The Project Gutenberg EBook of Contes Franais, by Douglas Labaree Buffum

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Title: Contes Franais

Author: Douglas Labaree Buffum

Release Date: July 19, 2004 [EBook #12949]

Language: English and French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CONTES FRANAIS ***




Produced by Renald Levesque




CONTES FRANAIS


EDITED WITH NOTES AND VOCABULARY
BY
DOUGLAS LABAREE BUFFUM, PH. D.
Professor of Romance Languages in Princeton University.




PREFACE.

This edition of _Contes Franais_ follows the lines of my
edition of _French Short Stories_, published in 1907. The stories have
been chosen from representative authors of the nineteenth century with a
view to: (1) literary worth, (2) varied style and subject-matter, (3)
large vocabulary, (4) interest for the student.

The vocabulary is large (between 6000 and 7000 words); it is hoped that
it will be found to be complete, with the exception of merely personal
names, having no English equivalent and of no signification beyond the
story in which they occur. In a few instances words will be found in the
text with special meanings; in these cases the vocabulary contains the
usual signification as well as the special. Irregularities in
pronunciation are indicated in the vocabulary.

A knowledge of the elementary principles of French grammar on the part
of the student is presupposed. Consequently the notes contain few
grammatical explanations. Repetition of rules that may be found in the
ordinary grammars would be unnecessary, and the individual instructor
will probably prefer to adapt this side of the work to the needs of each
class, Or better still to the needs of each student. Mere translations
have also been avoided in the notes; the complete vocabulary will enable
the student to do this work himself. The body of the notes is devoted to
the explanation of historical and literary references and to the
explanation of difficult or exceptional grammatical constructions. A few
general remarks have been made in connection with each author in order
to point out his place in French literature; bibliographical material
for more detailed information has been indicated and the principal works
of each author have been mentioned, together with one or more editions
of his works.

No alteration of any kind has been made in the French Text.


CONTENTS



PRFACE

MRIME
  L'ENLVEMENT DE LA REDOUTE
  LE COUP DE PISTOLET

MAUPASSANT
  LA MAIN
  UNE VENDETTA
  L'AVENTURE DE WALTER SCHNAFFS
  TOMBOUCTOU
  EN MER
  LES PRISONNIERS
  LE BAPTME
  TOINE
  LE PRE MILON

DAUDET
  LE CUR DE CUCUGNAN
  LE SOUS-PRFET AUX CHAMPS
  LE PAPE EST MORT
  UN RVEILLON DANS LE MARAIS
  LA VISION DU JUGE DE COLMAR

ERCKMANN-CHATRIAN
  LA MONTRE DU DOYEN

COPPE
  LE LOUIS D'OR
  L'ENFANT PERDU

GAUTIER
  LA MILLE ET DEUXIME NUIT

BALZAC
  UN DRAME AU BORD DE LA MER.

MUSSET
  CROISILLES

NOTES.

VOCABULARY.


[Transcriber's note: Page numbers and line numbers have
been retained to facilitate the location of the topics
pointed to, in the "Nldquo;Notes" section.]



CONTES FRANAIS


Page 1


MRIME

L'ENLVEMENT DE LA REDOUTE

Un militaire de mes amis, qui est mort de la fivre en
Grce il y a quelques annes, me conta un jour la premire
affaire  laquelle il avait assist. Son rcit me frappa
tellement, que je l'crivis de mmoire aussitt que j'en
[5]eus le loisir. Le voici:

Je rejoignis le rgiment le 4 septembre au soir. Je
trouvai le colonel au bivac. Il me reut d'abord assez
brusquement; mais, aprs avoir lu la lettre de recommandation
du gnral B * * *, il changea de manires, et
[10]m'adressa quelques paroles obligeantes.

Je fus prsent par lui  mon capitaine, qui revenait 
l'instant mme d'une reconnaissance. Ce capitaine, que
je n'eus gure le temps de connatre, tait un grand homme
brun, d'une physionomie dure et repoussante. Il avait
t simple soldat, et avait gagn ses paulettes et sa croix
[15]sur les champs de bataille. Sa voix, qui tait enroue et
faible, contrastait singulirement avec sa stature presque
gigantesque. On me dit qu'il devait cette voix trange 
une balle qui l'avait perc de part en part  la bataille
[20]d'Ina.

En apprenant que je sortais de l'cole de Fontainebleau,
il fit la grimace et dit:

Page 2

--Mon lieutenant est mort hier...

Je compris qu'il voulait dire: C'est vous qui devez le
remplacer, et vous n'en tes pas capable. Un mot piquant
me vint sur les lvres, mais je me contins.

[5]La lune se leva derrire la redoute de Cheverino, situe
 deux portes de canon de notre bivac. Elle tait large
et rouge comme cela est ordinaire  son lever. Mais, ce
soir-l elle me parut d'une grandeur extraordinaire. Pendant
un instant, la redoute se dtacha en noir sur le disque
[10]clatant de la lune. Elle ressemblait au cne d'un volcan
au moment de l'ruption.

Un vieux soldat, auprs duquel je me trouvais, remarqua
la couleur de la lune.

--Elle est bien rouge, dit-il; c'est signe qu'il en cotera
[15]bon pour l'avoir, cette fameuse redoute! J'ai toujours
t superstitieux, et cet augure, dans ce moment surtout,
m'affecta. Je me couchai, mais je ne pus dormir. Je me
levai, et je marchai quelque temps, regardant l'immense
ligne de feux qui couvrait les hauteurs au del du village
[20]de Cheverino.

Lorsque je crus que l'air frais et piquant de la nuit avait
assez rafrachi mon sang, je revins auprs du feu; je
m'enveloppai soigneusement dans mon manteau, et je
fermai les yeux, esprant ne pas les ouvrir avant le jour.
[25]Mais le sommeil me tint rigueur. Insensiblement mes
penses prenaient une teinte lugubre. Je me disais que je
n'avais pas un ami parmi les cent mille hommes qui couvraient
cette plaine. Si j'tais bless, je serais dans un hpital,
trait sans gards par des chirurgiens ignorants. Ce que
[30]j'avais entendu dire des oprations chirurgicales me revint
 la mmoire. Mon coeur battait avec violence, et machinalement
je disposais, comme une espce de cuirasse,

Page 3

le mouchoir et le portefeuille que j'avais sur la poitrine.
La fatigue m'accablait, je m'assoupissais  chaque instant,
et  chaque instant quelque pense sinistre se reproduisait
avec plus de force et me rveillait en sursaut.

[5]Cependant la fatigue l'avait emport, et, quand on
battit la diane, j'tais tout  fait endormi. Nous nous
mimes en bataille, on fit l'appel, puis on remit les armes
en faisceaux, et tout annonait que nous allions passer
une journe tranquille.

[10]Vers trois heures, un aide de camp arriva, apportant un
ordre. On nous fit reprendre les armes; nos tirailleurs se
rpandirent dans la plaine; nous les suivmes lentement,
et, au bout de vingt minutes, nous vmes tous les avant-postes
des Russes se replier et rentrer dans la redoute.

[15]Une batterie d'artillerie vint s'tablir  notre droite,
une autre  notre gauche, mais toutes les deux bien en
avant de nous. Elles commencrent un feu trs vif sur
l'ennemi, qui riposta nergiquement, et bientt la redoute
de Cheverino disparut sous des nuages pais de fume.

[20]Notre rgiment tait presque  couvert du feu des
Russes par un pli de terrain. Leurs boulets, rares d'ailleurs
pour nous (car ils tiraient de prfrence sur nos canonniers),
passaient au-dessus de nos ttes, ou tout au plus nous
envoyaient de la terre et de petites pierres.

[25]Aussitt que l'ordre de marcher en avant nous eut t
donn, mon capitaine me regarda avec une attention qui
m'obligea  passer deux ou trois fois la main sur ma jeune
moustache d'un air aussi dgag qu'il me fut possible.
Au reste, je n'avais pas peur, et la seule crainte que
[30]j'prouvasse, c'tait que l'on ne s'imagint que j'avais
peur. Ces boulets inoffensifs contriburent encore  me
maintenir dans mon calme hroque. Mon amour-propre

Page 4

me disait que je courais un danger rel, puisque enfin
j'tais sous le feu d'une batterie. J'tais enchant d'tre
si  mon aise, et je songeai au plaisir de raconter la prise
de la redoute de Cheverino, dans le salon de madame de
[5]B * * *, rue de Provence.

Le colonel passa devant notre compagnie; il m'adressa
la parole: Eh bien, vous allez en voir de grises pour votre
dbut.

Je souris d'un air tout  fait martial en brossant la
[10]manche de mon habit, sur laquelle un boulet, tomb 
trente pas de moi, avait envoy un peu de poussire.

Il parut que les Russes s'aperurent du mauvais succs
de leurs boulets; car ils les remplacrent par des obus qui
pouvaient plus facilement nous atteindre dans le creux o
[15]nous tions posts. Un assez gros clat m'enleva mon
schako et tua un homme auprs de moi.

--Je vous fais mon compliment, me dit le capitaine,
comme je venais de ramasser mon schako, vous en voil
quitte pour la journe. Je connaissais cette superstition
[20]militaire qui croit que l'axiome _non bis in idem_ trouve son
application aussi bien sur un champ de bataille que dans
une cour de justice. Je remis firement mon schako.

--C'est faire saluer les gens sans crmonie, dis-je aussi
gaiement que je pus. Cette mauvaise plaisanterie, vu la
[25]circonstance, parut excellente.

--Je vous flicite, reprit le capitaine, vous n'aurez rien
de plus, et vous commanderez une compagnie ce soir; car
je sens bien que le four chauffe pour moi. Toutes les fois
que j'ai t bless, l'officier auprs de moi a reu quelque
[30]balle morte, et, ajouta-t-il d'un ton plus bas et presque
honteux, leurs noms commenaient toujours par un P.

Je fis l'esprit fort; bien des gens auraient fait comme moi;

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bien des gens auraient t aussi bien que moi frapps de
ces paroles prophtiques. Conscrit comme je l'tais, je
sentais que je ne pouvais confier mes sentiments  personne,
et que je devais toujours paratre froidement
[5]intrpide.

Au bout d'une demi-heure, le feu des Russes diminua
sensiblement; alors nous sortmes de notre couvert pour
marcher sur la redoute.

Notre rgiment tait compos de trois bataillons. Le
[10]deuxime fut charg de tourner la redoute du ct de la
gorge; les deux autres devaient donner l'assaut. J'tais
dans le troisime bataillon.

En sortant de derrire l'espce d'paulement qui nous
avait protgs, nous fmes reus par plusieurs dcharges
[15]de mousqueterie qui ne firent que peu de mal dans nos
rangs. Le sifflement des balles me surprit: souvent je
tournais la tte, et je m'attirai ainsi quelques plaisanteries
de la part de mes camarades plus familiariss avec ce bruit.

--A tout prendre, me dis-je, une bataille n'est pas une
[20]chose si terrible.

Nous avancions au pas de course, prcds de tirailleurs:
tout  coup les Russes poussrent trois hourras, trois
hourras distincts, puis demeurrent silencieux et sans
tirer.

[25]--Je n'aime pas ce silence, dit mon capitaine; cela ne
nous prsage rien de bon.

Je trouvai que nos gens taient un peu trop bruyants, et
je ne pus m'empcher de faire intrieurement la comparaison
de leurs clameurs tumultueuses avec le silence imposant
[30]de l'ennemi.

Nous parvnmes rapidement au pied de la redoute, les
palissades avaient t brises et la terre bouleverse par

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nos boulets. Les soldats s'lancrent sur ces ruines
nouvelles avec des cris de _Vive l'empereur!_ plus fort qu'on
ne l'aurait attendu de gens qui avaient dj tant cri.

Je levai les yeux, et jamais je n'oublierai le spectacle que
[5]je vis. La plus grande partie de la fume s'tait leve et
restait suspendue comme un dais  vingt pieds au-dessus
de la redoute. Au travers d'une vapeur bleutre, on apercevait
derrire leur parapet  demi dtruit les grenadiers
russes, l'arme haute, immobiles comme des statues. Je
[10]crois voir encore chaque soldat, l'oeil gauche attach sur
nous, le droit cach par son fusil lev. Dans une embrasure,
 quelques pieds de nous, un homme tenant une
lance  feu tait auprs d'un canon.

Je frissonnai, et je crus que ma dernire heure tait
[15]venue.

--Voil la danse qui va commencer! s'cria mon capitaine.
Bonsoir!

Ce furent les dernires paroles que je l'entendis
prononcer.

[20]Un roulement de tambours retentit dans la redoute.
Je vis se baisser tous les fusils. Je fermai les yeux; et
j'entendis un fracas pouvantable, suivi de cris et de
gmissements. J'ouvris les yeux, surpris de me trouver
encore au monde. La redoute tait de nouveau enveloppe
[25]de fume. J'tais entour de blesss et de morts. Mon
capitaine tait tendu  mes pieds: sa tte avait t broye
par un boulet, et j'tais couvert de sa cervelle et de son
sang. De toute ma compagnie, il ne restait debout que
six hommes et moi.

[30]A ce carnage succda un moment de stupeur. Le colonel,
mettant son chapeau au bout de son pe, gravit le premier
le parapet en criant: _Vive l'empereur!_ il fut suivi aussitt

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de tous les survivants. Je n'ai presque plus de souvenir
net de ce qui suivit. Nous entrmes dans la redoute, je ne
sais comment. On se battit corps  corps au milieu d'une
fume si paisse, que l'on ne pouvait se voir. Je crois que
[5]je frappai, car mon sabre se trouva tout sanglant. Enfin
j'entendis crier: Victoire! et la fume diminuant, j'aperus
du sang et des morts sous lesquels disparaissait la
terre de la redoute. Les canons surtout taient enterrs
sous des tas de cadavres. Environ deux cents hommes
[10]debout, en uniforme franais, taient groups sans ordre,
les uns chargeant leurs fusils, les autres essuyant leurs
baonnettes. Onze prisonniers russes taient avec eux.

Le colonel tait renvers tout sanglant sur un caisson
bris, prs de la gorge. Quelques soldats s'empressaient
[15]autour de lui: je m'approchai.

--O est le plus ancien capitaine? demandait-il  un
sergent.

Le sergent haussa les paules d'une manire trs
expressive.

[20]--Et le plus ancien lieutenant?

--Voici monsieur qui est arriv d'hier, dit le sergent
d'un ton tout  fait calme.

Le colonel sourit amrement.

--Allons; monsieur, me dit-il, vous commandez en chef;
[25]faites promptement fortifier la gorge de la redoute avec
ces chariots, car l'ennemi est en force; mais le gnral
C ...va vous faire soutenir.

--Colonel, lui dis-je, vous tes grivement bless?

--F..., mon cher, mais la redoute est prise!

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LE COUP DE PISTOLET

TRADUIT DE POUCHKINE

I
Nous fmes feu l'un sur l'autre.
Bariatynski

J'ai jur de le tuer selon le code du duel, et j'ai encore mon coup
tirer.
(Un soir au bivac.)

[5]Nous tions en cantonnement dans le village de * * *.
On sait ce qu'est la vie d'un officier dans la ligne: le matin,
l'exercice, le mange; puis le dner chez le commandant
du rgiment ou bien au restaurant juif; le soir, le punch
et les cartes. A * * *, il n'y avait pas une maison qui ret,
[10]pas une demoiselle  marier. Nous passions notre temps
les uns chez les autres, et, dans nos runions, on ne voyait
que nos uniformes.

Il y avait pourtant dans notre petite socit un homme
qui n'tait pas militaire. On pouvait lui donner environ
[15]trente-cinq ans; aussi nous le regardions comme un vieillard.
Parmi nous, son exprience lui donnait une importance
considrable; en outre, sa taciturnit, son caractre
altier et difficile, son ton sarcastique faisaient une grande
impression sur nous autres jeunes gens. Je ne sais quel
[20]mystre semblait entourer sa destine. Il paraissait tre
Russe, mais il avait un nom tranger. Autrefois, il avait
servi dans un rgiment de hussards et mme y avait fait
figure; tout  coup, donnant sa dmission, on ne savait

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pour quel motif, il s'tait tabli dans un pauvre village
o il vivait trs mal tout en faisant grande dpense. Il
sortait toujours  pied avec une vieille redingote noire, et
cependant tenait table ouverte pour tous les officiers de
[5]notre rgiment. A la vrit, son dner ne se composait
que de deux ou trois plats apprts par un soldat rform,
mais le champagne y coulait par torrents. Personne ne
savait sa fortune, sa condition, et personne n'osait le
questionner  cet gard. On trouvait chez lui des livres,
[10]--des livres militaires surtout,--et aussi des romans.
Il les donnait volontiers  lire et ne les redemandait jamais
par contre, il ne rendait jamais ceux qu'on lui avait
prts. Sa grande occupation tait de tirer le pistolet; les
murs de sa chambre, cribls de balles, ressemblaient  des
[15]rayons de miel. Une riche collection de pistolets, voil le
seul luxe de la misrable baraque qu'il habitait. L'adresse
qu'il avait acquise tait incroyable, et, s'il avait pari
d'abattre le pompon d'une casquette, personne dans notre
rgiment n'et fait difficult de mettre la casquette sur
[20]sa tte. Quelquefois, la conversation roulait parmi nous
sur les duels. Silvio (c'est ainsi que je l'appellerai) n'y
prenait jamais part. Lui demandait-on s'il s'tait battu,
il rpondait schement que oui, mais pas le moindre
dtail, et il tait vident que de semblables questions ne
[25]lui plaisaient point. Nous supposions que quelque victime
de sa terrible adresse avait laiss un poids sur sa
conscience. D'ailleurs, personne d'entre nous ne se ft
jamais avis de souponner en lui quelque chose de semblable
 de la faiblesse. Il y a des gens dont l'extrieur
[30]seul loigne de pareilles ides. Une occasion imprvue
nous surprit tous trangement.

Un jour, une dizaine de nos officiers dnaient chez

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Silvio. On but comme de coutume, c'est--dire normment.
Le dner fini, nous primes le matre de la maison de nous
faire une banque de pharaon. Aprs s'y tre longtemps
refus, car il ne jouait presque jamais, il fit apporter des
[5]cartes, mit devant lui sur la table une cinquantaine de
ducats et s'assit pour tailler. On fit cercle autour de lui
et le jeu commena. Lorsqu'il jouait, Silvio avait l'habitude
d'observer le silence le plus absolu; jamais de rclamations,
jamais d'explications. Si un ponte faisait une
[10]erreur, il lui payait juste ce qui lui revenait, ou bien
marquait  son propre compte ce qu'il avait gagn. Nous savions
tout cela, et nous le laissions faire son petit mnage
 sa guise; mais il y avait avec nous un officier nouvellement
arriv au corps, qui, par distraction, fit un faux
[15]paroli. Silvio prit la craie et fit son compte  son ordinaire.
L'officier, persuad qu'il se trompait, se mit  rclamer.
Silvio, toujours muet, continua de tailler. L'officier, perdant
patience, prit la brosse et effaa ce qui lui semblait
marqu  tort. Silvio prit la craie et le marqua de
[20]nouveau. Sur quoi, l'officier, chauff par le vin, par le jeu
et par les rires de ses camarades, se crut gravement offens,
et, saisissant, de fureur, un chandelier de cuivre, le
jeta  la tte de Silvio, qui, par un mouvement rapide,
eut le bonheur d'viter le coup. Grand tapage! Silvio
[25]se leva, ple de fureur et les yeux tincelants:

--Mon cher monsieur, dit-il, veuillez sortir, et remerciez
Dieu que cela se soit pass chez moi.

Personne d'entre nous ne douta des suites de l'affaire,
et dj nous regardions notre nouveau camarade comme
[30]un homme mort. L'officier sortit en disant qu'il tait prt
 rendre raison  M. le banquier, aussitt qu'il lui conviendrait.
Le pharaon continua encore quelques minutes,

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mais on s'aperut que le matre de la maison n'tait plus
au jeu; nous nous loignmes l'un aprs l'autre, et nous
regagnmes nos quartiers en causant de la vacance qui
allait arriver.

[5]Le lendemain, au mange, nous demandions si le pauvre
lieutenant tait mort ou vivant, quand nous le vmes paratre
en personne. On le questionna, Il rpondit qu'il
n'avait pas eu de nouvelles de Silvio. Cela nous surprit.
Nous allmes voir Silvio, et nous le trouvmes dans sa
[10]cour, faisant passer balle sur balle dans un as clou sur la
porte. Il nous reut  son ordinaire, et sans dire un mot
de la scne de la veille. Trois jours se passrent et le lieutenant
vivait toujours. Nous nous disions, tout bahis:
Est-ce que Silvio ne se battra pas? Silvio ne se battit
[15]pas. Il se contenta d'une explication trs lgre et tout
fut dit.

Cette longanimit lui fit beaucoup de tort parmi nos
jeunes gens. Le manque de hardiesse est ce que la jeunesse
pardonne le moins, et, pour elle, le courage est le
[20]premier de tous les mrites, l'excuse de tous les dfauts.
Pourtant, petit  petit, tout fut oubli, et Silvio reprit
parmi nous son ancienne influence.

Seul, je ne pus me rapprocher de lui. Grce  mon imagination
romanesque, je m'tais attach plus que personne
[25] cet homme dont la vie tait une nigme, et j'en avais
fait le hros d'un drame mystrieux. Il m'aimait; du
moins, avec moi seul, quittant son ton tranchant et son
langage caustique, il causait de diffrents sujets avec
abandon et quelquefois avec une grce extraordinaire.
[30]Depuis cette malheureuse soire, la pense que son honneur
tait souill d'une tache, et que volontairement il
ne l'avait pas essuye, me tourmentait sans cesse et

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m'empchait d'tre  mon aise avec lui comme autrefois. Je me
faisais conscience de le regarder. Silvio avait trop d'esprit
et de pntration pour ne pas s'en apercevoir et deviner
la cause de ma conduite. Il m'en sembla pein. Deux
[5]fois, du moins, je crus remarquer en lui le dsir d'avoir
une explication avec moi, mais je l'vitai, et Silvio m'abandonna.
Depuis lors, je ne le vis qu'avec nos camarades,
et nos causeries intimes ne se renouvelrent plus.

Les heureux habitants de la capitale, entours de
[10]distractions, ne connaissent pas maintes impressions
Familires aux habitants des villages ou des petites villes, par
exemple, l'attente du jour de poste. Le mardi et le vendredi,
le bureau de notre rgiment tait plein d'officiers.
L'un attendait de l'argent, un autre des lettres, celui-l
[15]les gazettes. D'ordinaire, on dcachetait sur place tous
les paquets; on se communiquait les nouvelles, et le bureau
prsentait le tableau le plus anim. Les lettres de
Silvio lui taient adresses  notre rgiment, et il venait
les chercher avec nous autres. Un jour, on lui remit une
[20]lettre dont il rompit le cachet avec prcipitation. En la
parcourant, ses yeux brillaient d'un feu extraordinaire.
Nos officiers, occups de leurs lettres, ne s'taient aperus
de rien.

--Messieurs, dit Silvio, des affaires m'obligent  partir
[25]prcipitamment. Je me mets en route cette nuit; j'espre
que vous ne refuserez pas de dner avec moi pour la dernire
fois.--Je compte sur vous aussi, continua-t-il en se
tournant vers moi. J'y compte absolument.

L-dessus, il se retira  la hte, et, aprs tre convenus
[30]de nous retrouver tous chez lui, nous nous en allmes
chacun de son ct.

J'arrivai chez Silvio  l'heure indique, et j'y trouvai

Page 13

presque tout le rgiment. Dj tout ce qui lui appartenait
tait emball. On ne voyait plus que les murs nus et
mouchets de balles. Nous nous mmes  table. Notre
hte tait en belle humeur, et bientt il la fit partager 
[5]toute la compagnie. Les bouchons sautaient rapidement;
la mousse montait dans les verres, vids et remplis sans
interruption; et nous, pleins d'une belle tendresse, nous
souhaitions au partant heureux voyage, joie et prosprit.
Il tait tard quand on quitta la table. Lorsqu'on
[10]en fut  se partager les casquettes, Silvio dit adieu 
chacun de nous, mais il me prit la main et me retint au
moment mme o j'allais sortir.

--J'ai besoin de causer un peu avec vous, me dit-il tout
bas.

[15]Je restai.

Les autres partirent et nous demeurmes seuls, assis
l'un en face de l'autre, fumant nos pipes en silence. Silvio
semblait soucieux et il ne restait plus sur son front la
moindre trace de sa gaiet convulsive. Sa pleur sinistre,
[20]ses yeux ardents, les longues bouffes de fume qui
sortaient de sa bouche, lui donnaient l'air d'un vrai dmon.
Au bout de quelques minutes, il rompit le silence.

--Il se peut, me dit-il, que nous ne nous revoyions jamais:
avant de nous sparer, j'ai voulu avoir une
[25]explication avec nous. Vous avez pu remarquer que je me
soucie peu de l'opinion des indiffrents; mais je vous
aime, et je sens qu'il me serait pnible de vous laisser de
moi une opinion dfavorable.

Il s'interrompit pour faire tomber la cendre de sa pipe.
[30]Je gardai le silence et je baissai les yeux.

--Il a pu vous paratre singulier, poursuivit-il, que je
n'aie pas exig une satisfaction complte de cet ivrogne,

Page 14

de ce fou de R... Vous conviendrez qu'ayant le droit
de choisir les armes, sa vie tait entre mes mains, et que
je n'avais pas grand risque  courir. Je pourrais appeler
ma modration de la gnrosit, mais je ne veux pas mentir.
[5]Si j'avais pu donner une correction  R... sans
risquer ma vie, sans la risquer en aucune faon, il n'aurait
pas t si facilement quitte avec moi.

Je regardai Silvio avec surprise. Un pareil aveu me
troubla au dernier point. Il continua.

[10]--Eh bien, malheureusement, je n'ai pas le droit de
m'exposer  la mort. Il y a six ans, j'ai reu un soufflet,
et mon ennemi est encore vivant.

Ma curiosit tait vivement excite.

--Vous ne vous tes pas battu avec lui? lui demandai-je.
[15]Assurment, quelques circonstances particulires vous
ont empch de le joindre?

--Je me suis battu avec lui, rpondit Silvio, et voici un
souvenir de notre rencontre.

Il se leva et tira d'une boite un bonnet de drap rouge
[20]avec un galon et un gland d'or, comme ce que les Franais
appellent bonnet de police; il le posa sur sa tte; il
tait perc d'une balle  un pouce au-dessus du front.

--Vous savez, dit Silvio, que j'ai servi dans les hussards
de... Vous connaissez mon caractre. J'ai l'habitude
[25]de la domination; mais, dans ma jeunesse, c'tait
chez moi une passion furieuse. De mon temps, les tapageurs
taient  la mode: j'tais le premier tapageur de
l'arme. On faisait gloire de s'enivrer: j'ai mis sous la
table le fameux B..., chant par D. D... Tous les
[30]jours, il y avait des duels dans notre rgiment: tous les
jours, j'y jouais mon rle comme second ou principal.
Mes camarades m'avaient en vnration, et nos officiers

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suprieurs, qui changeaient sans cesse, me regardaient
comme un flau dont on ne pouvait se dlivrer.

Pour moi, je suivais tranquillement (ou plutt fort
tumultueusement) ma carrire de gloire, lorsqu'on nous
[5]envoya au rgiment un jeune homme riche et d'une famille
distingue. Je ne vous le nommerai pas. Jamais il ne
s'est rencontr un gaillard dou d'un bonheur plus insolent.
Figurez-vous jeunesse, esprit, jolie figure, gaiet
enrage, bravoure insouciante du danger, un beau nom,
[10]de l'argent tant qu'il en voulait, et qu'il ne pouvait venir
 bout de perdre; et, maintenant, reprsentez-vous quel
effet il dut produire parmi nous. Ma domination fut
branle. D'abord, bloui de ma rputation, il rechercha
mon amiti. Mais je reus froidement ses avances, et lui,
[15]sans en paratre le moins du monde mortifi, me laissa
l. Je le pris en grippe. Ses succs dans le rgiment et
parmi les dames me mettaient au dsespoir. Je voulus lui
chercher querelle. A mes pigrammes, il rpondit par des
pigrammes qui, toujours, me paraissaient plus piquantes
[20]et plus inattendues que les miennes, et qui, pour le moins,
taient beaucoup plus gaies. Il plaisantait; moi, je
hassais. Enfin, certain jour,  un bal chez un propritaire
polonais, voyant qu'il tait l'objet de l'attention de
plusieurs dames, et notamment de la matresse de la
[25]maison, avec laquelle j'tais fort bien, je lui dis  l'oreille
je ne sais quelle plate grossiret. Il prit feu et me donna
un soufflet. Nous sautions sur nos sabres, les dames
s'vanouissaient; on nous spara, et, sur-le-champ, nous
sortmes pour nous battre.

[30]Le jour paraissait. J'tais au rendez-vous avec mes
trois tmoins, attendant mon adversaire avec une impatience
indicible. Un soleil d't se leva, et dj la

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chaleur commenait  nous griller. Je l'aperus de loin.
Il s'en venait  pied en manches de chemise, son uniforme
sur son sabre, accompagn d'un seul tmoin. Nous
allmes  sa rencontre. Il s'approcha, tenant sa casquette
[5]pleine de guignes. Nos tmoins nous placrent  douze
pas. C'tait  moi de tirer le premier; mais la passion et
la haine me dominaient tellement, que je craignis de n'avoir
pas la main sre, et, pour me donner le temps de me calmer,
je lui cdai le premier feu. Il refusa. On convint de s'en
[10]rapporter au sort. Ce fut  lui de tirer le premier,  lui,
cet ternel enfant gt de la fortune. Il fit feu et pera
ma casquette. C'tait  mon tour. Enfin, j'tais matre
de sa vie. Je le regardais avec avidit, m'efforant de
surprendre sur ses traits au moins une ombre d'motion.
[15]Non, il tait sous mon pistolet, choisissant dans sa
casquette les guignes les plus mres et soufflant les noyaux,
qui allaient tomber  mes pieds. Son sang-froid me faisait
endiabler.

--Que gagnerai-je, me dis-je,  lui ter la vie, quand
[20]il en fait si peu de cas?

Une pense atroce me traversa l'esprit. Je dsarmai
mon pistolet:

--Il parait, lui dis-je, que vous n'tes pas d'humeur
de mourir pour le moment. Vous prfrez djeuner. A
[25]votre aise, je n'ai pas envie de vous dranger.

--Ne vous mlez pas de mes affaires, rpondit-il, et
donnez-vous la peine de faire feu... Au surplus, comme
il vous plaira: vous avez toujours votre coup  tirer, et,
en tout temps, je serai  votre service.

[30]Je m'loignai avec les tmoins,  qui je dis que, pour
le moment, je n'avais pas l'intention de tirer; et ainsi se
termina l'affaire.

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Je donnai ma dmission et me retirai dans ce village.
Depuis ce moment, il ne s'est pas pass un jour sans que
je songeasse  la vengeance. Maintenant, mon heure est
venue!...

[5]Silvio tira de sa poche la lettre qu'il avait reue le matin
et me la donna  lire. Quelqu'un, son homme d'affaires
comme il semblait, lui crivait de Moscou que la personne
en question allait bientt se marier avec une jeune et belle
demoiselle.

[10]--Vous devinez, dit Silvio, quelle est la personne en
question. Je pars pour Moscou. Nous verrons s'il regardera
la mort, au milieu d'une noce, avec autant de
sang-froid qu'en face d'une livre de guignes!
A ces mots, il se leva, jeta sa casquette sur le plancher,
[15]et se mit  marcher par la chambre de long en large,
comme un tigre dans sa cage. Je l'avais cout, immobile
et tourment par mille sentiments contraires.
Un domestique entra et annona que les chevaux taient
arrivs. Silvio me serra fortement la main; nous nous
[20]embrassmes. Il monta dans une petite calche o il y avait
deux coffres contenant, l'un ses pistolets, l'autre son
bagage. Nous nous dmes adieu encore une fois, et les
chevaux partirent.

II

Quelques annes se passrent, et des affaires de famille
[25]m'obligrent  m'exiler dans un misrable petit village
du district de * * *. Occup de mon bien, je ne cessais de
soupirer en pensant  la vie de bruit et d'insouciance que
j'avais mene jusqu'alors. Ce que je trouvai de plus
pnible, ce fut de m'habituer  passer les soires de
[30]printemps et d'hiver dans une solitude complte. Jusqu'au

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diner, je parvenais tant bien que mal  tuer le temps,
causant avec le staroste, visitant mes ouvriers, examinant
mes constructions nouvelles. Mais, aussitt qu'il commenait
 faire sombre, je ne savais plus que devenir. Je
[5]connaissais par coeur le petit nombre de livres que j'avais
trouvs dans les armoires et dans le grenier. Toutes les
histoires que se rappelait ma mnagre, la Kirilovna, je
me les tais fait conter et reconter. Les chansons des
paysannes m'attristaient. Je me mis  boire des liqueurs
[10]fraches et autres, et cela me faisait mal  la tte. Oui,
je l'avouerai, j'eus peur un instant de devenir ivrogne par
dpit, autrement dit un des pires ivrognes, tel que notre
district m'en offrait quantit de modles.

De proches voisins, il n'y avait prs de moi que deux
[15]ou trois de ces ivrognes mrites dont la conversation ne
consistait gure qu'en soupirs et en hoquets. Mieux
valait la solitude. Enfin, je pris le parti de me coucher
d'aussi bonne heure que possible, de dner le plus tard
possible, en sorte que je rsolus le problme d'accourcir
[20]les soires et d'allonger les jours, _et je vis que cela tait bon_.

A quatre verstes de chez moi se trouvait une belle
proprit appartenant  la comtesse B * * *, mais il n'y
avait l que son homme d'affaires; la comtesse n'avait
habit son chteau qu'une fois, la premire anne de son
[25]mariage, et n'y tait demeure gure qu'un mois. Un
jour, le second printemps de ma vie d'ermite, j'appris que
la comtesse viendrait passer l't avec son mari dans son
chteau. En effet, ils s'y installrent au commencement
du mois de juin.

[30]L'arrive d'un voisin riche fait poque dans la vie des
campagnards. Les propritaires et leurs gens en parlent
deux mois  l'avance et trois ans aprs. Pour moi, je

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l'avoue, l'annonce de l'arrive prochaine d'une voisine
jeune et jolie m'agita considrablement. Je mourais
d'impatience de la voir, et, le premier dimanche qui suivit
son tablissement, je me rendis aprs dner au chteau
[5]de * * * pour prsenter mes hommages  madame la
comtesse en qualit de son plus proche voisin et son plus
humble serviteur.

Un laquais me conduisit dans le cabinet du comte et
sortit pour m'annoncer. Ce cabinet tait vaste et meubl
[10]avec tout le luxe possible. Le long des murailles, on
voyait des armoires remplies de livres, et sur chacune un
buste en bronze; au-dessus d'une chemine de marbre,
une large glace. Le plancher tait couvert de drap vert,
par-dessus lequel taient tendus des tapis de Perse.
[15]Dshabitu du luxe dans mon taudis, il y avait si longtemps
que je n'avais vu le spectacle de la richesse, que je me
sentis pris par la timidit, et j'attendis le comte avec un
certain tremblement, comme un solliciteur de province
qui va se prsenter  l'audience d'un ministre. La porte
[20]s'ouvrit, et je vis entrer un jeune homme de trente-deux
ans, d'une charmante figure. Le comte m'accueillit de la
manire la plus ouverte et la plus aimable. Je fis un effort
pour me remettre, et j'allais commencer mon compliment
de voisinage, lorsqu'il me prvint en m'offrant sa maison
[25]de la meilleure grce. Nous nous assmes. La conversation,
pleine de naturel et d'affabilit, dissipa bientt
ma timide sauvagerie, et je commenais  me trouver
dans mon assiette ordinaire, lorsque tout  coup parut la
comtesse, qui me rejeta dans un trouble pire que le
[30]premier. C'tait vraiment une beaut. Le comte me prsenta.
Je voulus prendre un air dgag, mais plus je
m'efforais de paraitre  mon aise, plus je me sentais

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gauche et embarrass. Mes htes, pour me donner le
temps de me rassurer et de me faire  mes nouvelles connaissances,
se mirent  parler entre eux, comme pour me
montrer qu'ils me traitaient en bon voisin et sans crmonie.
[5]Cependant, j'allais et je venais dans le cabinet,
regardant les livres et les tableaux. En matire de tableaux,
je ne suis pas connaisseur, mais il y en eut un qui
attira mon attention. C'tait je ne sais quelle vue de
Suisse, et le mrite du paysage ne fut pas ce qui me frappa
[10]le plus. Je remarquai que la toile tait perce de deux
balles videmment tires l'une sur l'autre.

--Voil un joli coup! m'criai-je en me tournant vers
le comte.

--Oui, dit-il, un coup assez singulier. Vous tirez le
[15]pistolet, monsieur? ajouta-t-il.

--Mon Dieu, oui, passablement, rpondis-je, enchant
de trouver une occasion de parler de quelque chose de ma
comptence. A trente pas, je ne manquerais pas une
carte, bien entendu avec des pistolets que je connatrais.

[20]--Vraiment? dit la comtesse avec un air de grand intrt.
Et toi, mon ami, est-ce que tu mettrais  trente
pas dans une carte?

--Nous verrons cela, rpondit le comte. De mon temps,
je ne tirais pas mal, mais il y a bien quatre ans que je
[25]n'ai touch un pistolet.

--Alors, monsieur le comte, repris-je, je parierais que,
mme  vingt pas, vous ne feriez pas mouche. Pour le
pistolet, il faut une pratique continuelle. Je le sais par
exprience. Chez nous, dans notre rgiment, je passais
[30]pour un des meilleurs tireurs. Une fois, le hasard fit que
je passai un mois sans prendre un pistolet; les miens
taient chez l'armurier. Nous allmes au tir. Que

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pensez-vous qu'il m'arriva, monsieur le comte? La premire
fois que je m'y remis, je manquai quatre fois de
suite une bouteille  vingt-cinq pas. Il y avait chez nous
un chef d'escadron, bon enfant, grand farceur: Parbleu!
[5]mon camarade, me dit-il, c'est trop de sobrit! tu respectes
trop les bouteilles. Croyez-moi, monsieur le comte, il
ne faut pas cesser de pratiquer: on se rouille. Le meilleur
tireur que j'aie rencontr tirait le pistolet tous les jours,
au moins trois coups avant son diner; il n'y manquait
[10]pas plus qu' prendre son verre d'eau-de-vie avant la
soupe.

Le comte et la comtesse semblaient contents de m'entendre
causer.

--Et comment faisait-il? demanda le comte.

[15]--Comment? vous allez voir. Il apercevait une mouche
pose sur le mur... Vous riez? madame la comtesse...
Je vous jure que c'est vrai. Eh! Kouzka! un pistolet!
Kouzka lui apporte un pistolet charg.--Pan! voil la
mouche aplatie sur le mur.

[20]--Quelle adresse! s'cria le comte; et comment le
nommez-vous?

--Silvio, monsieur le comte.

--Silvio! s'cria le comte sautant sur ses pieds; vous
avez connu Silvio?

[25]--Si je l'ai connu, monsieur le comte! nous tions les
meilleurs amis; il tait avec nous autres, au rgiment,
comme un camarade. Mais voil cinq ans que je n'en ai
pas eu la moindre nouvelle. Ainsi, il a l'honneur d'tre
connu de vous, monsieur le comte?

[30]--Oui, connu, parfaitement connu.

--Vous a-t-il, par hasard, racont une histoire assez
drle qui lui est arrive?

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--Un soufflet que, dans une soire, il reut d'un certain
animal...

--Et vous a-t-il dit le nom de cet animal?

--Non, monsieur le comte, il ne m'a pas dit...

[5]Ah! monsieur le comte, m'criai-je devinant la vrit,
pardonnez-moi... Je ne savais pas... Serait-ce
vous?...

--Moi-mme, rpondit le comte d'un air de confusion,
et ce tableau trou est un souvenir de notre dernire
[10]entrevue.

--Ah! cher ami, dit la comtesse, pour l'amour de Dieu,
ne parle pas de cela! cela me fait encore peur.

--Non, dit le comte; il faut dire la chose  monsieur;
il sait comment j'eus le malheur d'offenser son ami, il
[15]est juste qu'il apprenne comment il s'est veng.

Le comte m'avana un fauteuil, et j'coutai avec la
plus vive curiosit le rcit suivant:

--Il y a cinq ans que je me mariai. Le premier mois,
_the honeymoon_, je le passai ici, dans ce chteau. A ce
[20]chteau se rattache le souvenir des moments les plus
heureux de ma vie, et aussi d'un des plus pnibles.
Un soir, nous tions sortis tous les deux  cheval; le
cheval de ma femme se dfendait; elle eut peur; elle mit
pied  terre et me pria de le ramener en main, tandis qu'elle
[25]regagnerait le chteau  pied. A la porte, je trouvai une
calche de voyage. On m'annona que, dans mon cabinet,
il y avait un homme qui n'avait pas voulu dcliner son
nom, et qui avait dit seulement qu'il avait  me parler
d'affaires. J'entrai dans cette chambre-ci, et, dans le
[30]demi-jour, je vis un homme  longue barbe et couvert de
poussire, debout devant la chemine. Je m'approchai,
cherchant  me rappeler ses traits.

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-- Tu ne me reconnais pas, comte? me dit-il d'une voix
Tremblante.

-- Silvio! m'criai-je.

Et, je vous l'avouerai, je crus sentir mes cheveux se
[5]dresser sur mon front.

-- Prcisment, continua-t-il, et c'est  moi de tirer.
Je suis venu dcharger mon pistolet. Es-tu prt?
J'aperus un pistolet qui sortait de sa poche de ct.
Je mesurai douze pas, et j'allai me placer l, dans cet angle,
[10]en le priant de se dpcher de tirer avant que ma femme
rentrt. Il ne voulut pas et demanda de la lumire. On
apporta des bougies.

Je fermai la porte, je dis qu'on ne laisst entrer personne,
et, de nouveau, je le sommai de tirer. Il leva son
[15]pistolet et m'ajusta... Je comptais les secondes... Je
pensais  elle... Cela dura une effroyable minute. Silvio
baissa son arme.

-- J'en suis bien fch, dit-il, mais mon pistolet n'est
pas charg de noyaux de guignes;... une balle est dure
[20]...Mais je fais une rflexion: ce que nous faisons ne
ressemble pas trop  un duel, c'est un meurtre. Je ne
suis pas accoutum  tirer sur un homme dsarm. Recommenons
tout cela; tirons au sort  qui le premier
feu.

[25]La tte me tournait. Il parait que je refusai... Enfin,
nous chargemes un autre pistolet; nous fmes deux billets
qu'il jeta dans cette mme casquette qu'autrefois ma balle
avait traverse. Je pris un billet, et j'eus encore le
numro 1.

[30]-- Tu es diablement heureux, comte! me dit-il avec
un sourire que je n'oublierai jamais.

Je ne comprends pas ce qui se passait en moi, et comment

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il parvint  me contraindre,... mais je fis feu, et ma
balle alla frapper ce tableau.

Le comte me montrait du doigt la toile troue par le
coup de pistolet. Son visage tait rouge comme le feu.

[5]La comtesse tait plus ple que son mouchoir, et, moi,
j'eus peine  retenir un cri.

--Je tirai donc, poursuivit le comte, et, grce  Dieu,
je le manquai... Alors, Silvio... dans ce moment, il tait
vraiment effroyable! se mit  m'ajuster. Tout  coup la
[10]porte s'ouvrit. Macha se prcipite dans le cabinet et
s'lance  mon cou. Sa prsence me rendit ma fermet.

-- Ma chre, lui dis-je, est-ce que tu ne vois pas que
nous plaisantons? Comme te voil effraye!... Va, va
boire un verre d'eau, et reviens-nous. Je te prsenterai
[15]un ancien ami et un camarade.

Macha n'avait garde de me croire.

-- Dites-moi, est-ce vrai, ce que dit mon mari?
demanda-t~elle au terrible Silvio. Est-il vrai que vous
plaisantez?

[20]-- Il plaisante toujours, comtesse, rpondit Silvio.
Une fois, par plaisanterie, il m'a donn un soufflet; par
plaisanterie, il m'a envoy une balle dans ma casquette;
par plaisanterie, il vient tout  l'heure de me manquer
d'un coup de pistolet. Maintenant, c'est  mon tour de
[25]rire un peu...

A ces mots, il se remit  me viser... sous les yeux de
ma femme. Macha tait tombe  ses pieds.

-- Lve-toi, Macha! n'as-tu point de honte! m'criai-je
avec rage. --Et vous, monsieur, voulez-vous rendre folle
[30]une malheureuse femme? Voulez-vous tirer, oui ou non?

-- Je ne veux pas, rpondit Silvio. Je suis content.
J'ai vu ton trouble, ta faiblesse; je t'ai forc de tirer sur

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moi, je suis satisfait; tu te souviendras de moi, je
t'abandonne  ta conscience.

Il fit un pas vers la porte, et, s'arrtant sur le seuil, il
jeta un coup d'oeil sur le tableau trou, et, presque sans
[5]ajuster, il fit feu et doubla ma balle, puis il sortit. Ma
femme s'vanouit. Mes gens n'osrent l'arrter et s'ouvrirent
devant lui avec effroi. Il alla sur le perron, appela son
postillon, et il tait dj loin avant que j'eusse recouvr
ma prsence d'esprit...

[10]Le comte se tut.

C'est ainsi que j'appris la fin d'une histoire dont le
commencement m'avait tant intrigu. Je n'en ai jamais
revu le hros. On dit que Silvio, au moment de l'insurrection
d'Alexandre Ypsilanti, tait  la tte d'un corps
[15]d'htarismes, et qu'il fut tu dans la droute de Skouliani.

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MAUPASSANT

LA MAIN

On faisait cercle autour de M. Bermutier, juge d'instruction,
qui donnait son avis sur l'affaire mystrieuse
de Saint-Cloud. Depuis un mois, cet inexplicable crime
affolait Paris. Personne n'y comprenait rien.

[5]M. Bermutier, debout, le dos  la chemine, parlait,
assemblait les preuves, discutait les diverses opinions,
mais ne concluait pas.

Plusieurs femmes s'taient leves pour s'approcher et
demeuraient debout, l'oeil fix sur la bouche rase du
[10]magistrat d'o sortaient les paroles graves. Elles frissonnaient,
vibraient, crispes par leur peur curieuse, par
l'avide et insatiable besoin d'pouvante qui hante leur
me, les torture comme une faim.

Une d'elles, plus ple que les autres, pronona pendant
[15]un silence:

--C'est affreux. Cela touche au surnaturel. On ne
saura jamais rien.

Le magistrat se tourna vers elle:

--Oui, madame, il est probable qu'on ne saura jamais
[20]rien. Quant au mot surnaturel que vous venez d'employer,
il n'a rien  faire ici. Nous sommes en prsence
d'un crime fort habilement conu, fort habilement excut,
si bien envelopp de mystre que nous ne pouvons
le dgager des circonstances impntrables qui l'entourent.
[25]Mais j'ai eu, moi, autrefois,  suivre une affaire o

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vraiment semblait se mler quelque chose de fantastique. Il
a fallu l'abandonner d'ailleurs, faute de moyens de
l'claircir.

Plusieurs femmes prononcrent en mme temps, si vite
[5]que leurs voix n'en firent qu'une:

--Oh! dites-nous cela.

M. Bermutier sourit gravement, comme doit sourire un
juge d'instruction. Il reprit:

--N'allez pas croire, au moins, que j'aie pu, mme un
[10]instant, supposer en cette aventure quelque chose de
surhumain. Je ne crois qu'aux causes normales. Mais
si, au lieu d'employer le mot surnaturel pour exprimer
ce que nous ne comprenons pas, nous nous servions simplement
du mot inexplicable, cela vaudrait beaucoup mieux.
[15]En tout cas, dans l'affaire que je vais vous dire, ce sont
surtout les circonstances environnantes, les circonstances
prparatoires qui m'ont mu. Enfin, voici les faits:

J'tais alors juge d'instruction  Ajaccio, une petite
ville blanche, couche au bord d'un admirable golfe
[20]qu'entourent partout de hautes montagnes.

Ce que j'avais surtout  poursuivre l-bas, c'taient les
affaires de vendetta. Il y en a de superbes, de dramatiques
au possible, de froces, d'hroques. Nous retrouvons l
les plus beaux sujets de vengeance qu'on puisse rver, les
[25]haines sculaires, apaises un moment, jamais teintes,
les ruses abominables, les assassinats devenant des massacres
et presque des actions glorieuses. Depuis deux
ans, je n'entendais parler que du prix du sang, que de ce
terrible prjug corse qui force  venger toute injure sur
la personne qui l'a faite, sur ses descendants et ses proches.
J'avais vu gorger des vieillards, des enfants, des cousins,
j'avais la tte pleine de ces histoires.

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Or, j'appris un jour qu'un Anglais venait de louer pour
plusieurs annes une petite villa au fond du golfe. Il
avait amen avec lui un domestique franais, pris  Marseille
en passant.

[5]Bientt tout le monde s'occupa de ce personnage singulier,
qui vivait seul dans sa demeure, ne sortant que pour
chasser et pour pcher. Il ne parlait  personne, ne venait
jamais  la ville, et, chaque matin, s'exerait pendant une
heure ou deux,  tirer au pistolet et  la carabine.

[10]Des lgendes se firent autour de lui. On prtendit que
c'tait un haut personnage fuyant sa patrie pour des
raisons politiques; puis on affirma qu'il se cachait aprs
avoir commis un crime pouvantable. On citait mme
des circonstances particulirement horribles.

[15]Je voulus, en ma qualit de juge d'instruction, prendre
quelques renseignements sur cet homme; mais il me fut
impossible de rien apprendre. Il se faisait appeler sir
John Rowell.

Je me contentai donc de le surveiller de prs; mais on
[20]ne me signalait, en ralit, rien de suspect  son gard.

Cependant, comme les rumeurs sur son compte continuaient,
grossissaient, devenaient gnrales, je rsolus
d'essayer de voir moi-mme cet tranger, et je me mis 
chasser rgulirement dans les environs de sa proprit.

[25]J'attendis longtemps une occasion. Elle se prsenta
enfin sous la forme d'une perdrix que je tirai et que je tuai
devant le nez de l'Anglais. Mon chien me la rapporta;
mais, prenant aussitt le gibier, j'allai m'excuser de mon
inconvenance et prier sir John Rowell d'accepter l'oiseau
[30]mort.

C'tait un grand homme  cheveux rouges,  barbe
rouge, trs haut, trs large, une sorte d'hercule placide et

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poli. Il n'avait rien de la raideur dite britannique et il
me remercia vivement de ma dlicatesse en un franais
accentu d' outre-Manche. Au bout d'un mois, nous
avions caus ensemble cinq ou six fois.

[5]Un soir enfin, comme je passais devant sa porte, je
l'aperus qui fumait sa pipe,  cheval sur une chaise dans
son jardin. Je le saluai, et il m'invita  entrer pour boire
un verre de bire. Je ne me le fis pas rpter.

Il me reut avec toute la mticuleuse courtoisie anglaise,
[10]parla avec loge de la France, de la Corse, dclara qu'il
aimait beaucoup cette pays, et cette rivage.

Alors je lui posai, avec de grandes prcautions et sous la
forme d'un intrt trs vif, quelques questions sur sa vie,
sur ses projets. Il rpondit sans embarras, me raconta
[15]qu'il avait beaucoup voyag, en Afrique, dans les Indes,
en Amrique. Il ajouta en riant:

--J'av eu bcoup d'aventures, oh! yes.

Puis je me remis  parler chasse, et il me donna des
dtails les plus curieux sur la chasse  l'hippopotame, au
[20]tigre,  l'lphant et mme la chasse au gorille.

Je dis:

--Tous ces animaux sont redoutables.

Il sourit:

--Oh! n, le plus mauvais c't l'homme.

[25]Il se mit  rire tout  fait, d'un bon rire de gros Anglais
content:

--J'av beaucoup chass l'homme aussi.

Puis il parla d'armes, et il m'offrit d'entrer chez lui
pour me montrer des fusils de divers systmes.

[30]Son salon tait tendu de noir, de soie noire brode d'or.
De grandes fleurs jaunes couraient sur l'toffe sombre,
brillaient comme du feu.

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Il annona:

--C't une drap japonaise.

Mais, au milieu du plus large panneau, une chose trange
me tira l'oeil. Sur un carr de velours rouge, un objet
[5]noir se dtachait. Je m'approchai: c'tait une main, une
main d'homme. Non pas une main de squelette, blanche
et propre, mais une main noire dessche, avec les ongles
jaunes, les muscles  nu et des traces de sang ancien, de
sang pareil  une crasse, sur les os coups net, comme
[10]d'un coup de hache, vers le milieu de l'avant-bras.

Autour du poignet, une norme chaine de fer, rive,
soude  ce membre malpropre, l'attachait au mur par
un anneau assez fort pour tenir un lphant en laisse.

Je demandai:

--Qu'est-ce que cela?

L'Anglais rpondit tranquillement:

--C't ma meilleur ennemi. Il ven d'Amrique. Il
av t fendu avec le sabre et arrach la peau avec une
caillou coupante, et sch dans le soleil pendant huit
[20]jours. Aoh, trs bonne pour moi, cette.

Je touchai ce dbris humain qui avait d appartenir
 un colosse. Les doigts, dmesurment longs, taient
attachs par des tendons normes que retenaient des
lanires de peau par places. Cette main tait affreuse 
[25]voir, corche ainsi, elle faisait penser naturellement 
quelque vengeance de sauvage.

Je dis:

--Cet homme devait tre trs fort.

L'Anglais pronona avec douceur:

30 --Aoh yes; mais je t plus fort que lui. J'av mis
cette chaine pour le tenir.

Je crus qu'il plaisantait. Je dis:

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--Cette chaine maintenant est bien inutile, la main ne
se sauvera pas.

Sir John Rowell reprit gravement:

--Elle voul toujours s'en aller. Cette chaine t
[5]ncessaire.

D'un coup d'oeil rapide j'interrogeai son visage, me
demandant:

--Est-ce un fou, ou un mauvais plaisant?

Mais la figure demeurait impntrable, tranquille et
[10]bienveillante. Je parlai d'autre chose et j'admirai les
fusils.

Je remarquai cependant que trois revolvers chargs
taient poss sur les meubles, comme si cet homme et
vcu dans la crainte constante d'une attaque. Je revins
[15]plusieurs fois chez lui. Puis je n'y allai plus. On s'tait
accoutum  sa prsence; il tait devenu indiffrent  tous.

Une anne entire s'coula. Or un matin, vers la fin de
novembre, mon domestique me rveilla en m'annonant
que sir John Rowell avait t assassin dans la nuit.

[20]Une demi-heure plus tard, je pntrais dans la maison
de l'Anglais avec le commissaire central et le capitaine
de gendarmerie. Le valet, perdu et dsespr, pleurait
devant la porte. Je souponnai d'abord cet homme, mais
il tait innocent.

[25]On ne put jamais trouver le coupable.
En entrant dans le salon de sir John, j'aperus du premier
coup d'oeil le cadavre tendu sur le dos, au milieu
de la pice.

Le gilet tait dchir, une manche arrache pendait,
tout annonait qu'une lutte terrible avait eu lieu.

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L'Anglais tait mort trangl! Sa figure noire et gonfle,
effrayante, semblait exprimer une pouvante abominable;
il tenait entre ses dents serres quelque chose; et
le cou, perc de cinq trous qu'on aurait dit faits avec des
[5]pointes de fer, tait couvert de sang.

Un mdecin nous rejoignit. Il examina longtemps les
traces des doigts dans la chair et pronona ces tranges
paroles:

--On dirait qu'il a t trangl par un squelette.

[10]Un frisson me passa dans le dos, et je jetai les yeux
sur le mur,  la place o j'avais vu jadis l'horrible main
d'corch. Elle n'y tait plus. La chaine, brise,
pendait.

Alors je me baissai vers le mort, et je trouvai dans
[15]sa bouche crispe un des doigts de cette main disparue,
coup ou plutt sci par les dents juste  la deuxime
phalange.

Puis on procda aux constatations. On ne dcouvrit
rien. Aucune porte n'avait t force, aucune fentre,
[20]aucun meuble. Les deux chiens de garde ne s'taient pas
rveills.

Voici, en quelques mots, la dposition du domestique:

Depuis un mois, son matre semblait agit. Il avait reu
beaucoup de lettres, brles  mesure.

[25]Souvent, prenant une cravache, dans une colre qui
semblait de la dmence, il avait frapp avec fureur cette
main sche, scelle au mur et enleve, on ne sait comment,
 l'heure mme du crime.

Il se couchait fort tard et s'enfermait avec soin. Il
[30]avait toujours des armes  porte du bras. Souvent, la
nuit, il parlait haut, comme s'il se ft querell avec quelqu'un.

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Cette nuit-l, par hasard, il n'avait fait aucun bruit, et
c'est seulement en venant ouvrir les fentres que le serviteur
avait trouv sir John assassin. Il ne souponnait
personne.

[5]Je communiquai ce que je savais du mort aux magistrats
et aux officiers de la force publique, et on fit dans toute
l'le une enqute minutieuse. On ne dcouvrit rien.

Or, une nuit, trois mois aprs le crime, j'eus un affreux
cauchemar. Il me sembla que je voyais la main, l'horrible
[10]main, courir comme un scorpion ou comme une araigne le
long de mes rideaux et de mes murs. Trois fois, je me rveillai,
trois fois je me rendormis, trois fois je revis le
hideux dbris galoper autour de ma chambre en remuant
les doigts comme des pattes.

[15]Le lendemain, on me l'apporta, trouv dans le cimetire,
sur la tombe de sir John Rowell, enterr l; car on
n'avait pu dcouvrir sa famille. L'index manquait.

Voil, mesdames, mon histoire.. Je ne sais rien de plus.


Les femmes, perdues, taient ples, frissonnantes.

[20]Une d'elles s'cria:

--Mais ce n'est pas un dnouement cela, ni une explication!
Nous n'allons pas dormir si vous ne nous dites
pas ce qui s'tait pass, selon vous.

Le magistrat sourit avec svrit:

[25]--Oh! moi, mesdames, je vais gter, certes, vos rves
terribles. Je pense tout simplement que le lgitime propritaire
de la main n'tait pas mort, qu'il est venu la
chercher avec celle qui lui restait. Mais je n'ai pu savoir
comment il a fait, par exemple. C'est l une sorte de
[30]vendetta.

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Une des femmes murmura:

--Non, a ne doit pas tre ainsi.

Et le juge d'instruction, souriant toujours, conclut:

--Je vous avais bien dit que mon explication ne vous
[5]irait pas.

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UNE VENDETTA

La veuve de Paolo Saverini habitait seule avec son fils
une petite maison pauvre sur les remparts de Bonifacio.
La ville, btie sur une avance de la montagne, suspendue
mme par places au-dessus de la mer, regarde, par-dessus
[5]le dtroit hriss d'cueils, la cte plus basse de la
Sardaigne. A ses pieds, de l'autre ct, la contournant presque
entirement, une coupure de la falaise, qui ressemble  un
gigantesque corridor, lui sert de port, amne jusqu'aux
premires maisons, aprs un long circuit entre deux
[10]murailles abruptes, les petits bateaux pcheurs italiens ou
sardes, et, chaque quinzaine, le vieux vapeur poussif qui
fait le service d'Ajaccio.

Sur la montagne blanche, le tas de maisons pose une
tache plus blanche encore. Elles ont l'air de nids d'oiseaux
[15]sauvages, accroches ainsi sur ce roc, dominant sur ce
passage terrible o ne s'aventurent gure les navires. Le
vent, sans repos, fatigue la cte nue, ronge par lui, 
peine vtue d'herbe; il s'engouffre dans le dtroit, dont il
ravage les deux bords. Les tranes d'cume ple,
[20]accroches aux pointes noires des innombrables rocs qui
percent partout les vagues, ont l'air de lambeaux de toiles
flottant et palpitant  la surface de l'eau.

La maison de la veuve Saverini, soude au bord mme
de la falaise, ouvrait ses trois fentres sur cet horizon sauvage
[25]et dsol.

Elle vivait l, seule, avec son fils Antoine et leur chienne
Smillante, grande bte maigre, aux poils longs et rudes,

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de la race des gardeurs de troupeaux. Elle servait au
jeune homme pour chasser.

Un soir, aprs une dispute, Antoine Saverini fut tu
tratreusement, d'un coup de couteau, par Nicolas
[5]Ravolati, qui, la nuit mme, gagna la Sardaigne.

Quand la vieille mre reut le corps de son enfant, que
des passants lui rapportrent, elle ne pleura pas, mais elle
demeura longtemps immobile  le regarder; puis, tendant
sa main ride sur le cadavre, elle lui promit la vendetta.
[10]Elle ne voulut point qu'on restt avec elle, et elle
s'enferma auprs du corps avec la chienne, qui hurlait. Elle
hurlait, cette bte, d'une faon continue, debout au pied
du lit, la tte tendue vers son matre, et la queue serre
entre les pattes. Elle ne bougeait pas plus que la mre,
[15]qui penche maintenant sur le corps, l'oeil fixe, pleurait de
grosses larmes muettes en le contemplant.

Le jeune homme, sur le dos, vtu de sa veste de gros
drap, troue et dchire  la poitrine, semblait dormir;
mais il avait du sang partout: sur la chemise arrache
[20]pour les premiers soins; sur son gilet, sur sa culotte, sur
la face, sur les mains. Des caillots de sang s'taient figs
dans la barbe et dans les cheveux.

La vieille mre se mit  lui parler. Au bruit de cette
voix, la chienne se tut.

--Va, va, tu seras veng, mon petit, mon garon, mon
pauvre enfant. Dors, dors, tu seras veng, entends-tu?
C'est la mre qui le promet! Et elle tient toujours sa
parole, la mre, tu le sais bien.

Et lentement elle se pencha vers lui, collant ses lvres
[30]froides sur les lvres mortes.

Alors, Smillante se remit  gmir. Elle poussait une
longue plainte monotone, dchirante, horrible.

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Elles restrent l, toutes les deux, la femme et la bte,
jusqu'au matin.

Antoine Saverini fut enterr le lendemain, et bientt on
ne parla plus de lui dans Bonifacio.

[5]Il n'avait laiss ni frre, ni proches cousins. Aucun
homme n'tait l pour poursuivre la vendetta. Seule, la
mre y pensait, la vieille:

De l'autre ct du dtroit, elle voyait du matin au soir
un point blanc sur la cte. C'est un petit village sarde,
[10]Longosardo, o se rfugient les bandits corses traqus de
trop prs. Ils peuplent presque seuls ce hameau, en face
des ctes de leur patrie, et ils attendent l le moment de
revenir, de retourner au maquis. C'est dans ce village,
elle le savait, que s'tait rfugi Nicolas Ravolati.

[15]Toute seule, tout le long du jour, assise  sa fentre, elle
regardait l-bas en songeant  la vengeance. Comment
ferait-elle sans personne, infirme, si prs de la mort?
Mais elle avait promis, elle avait jur sur le cadavre. Elle
ne pouvait oublier, elle ne pouvait attendre. Que ferait-elle?
[20]Elle ne dormait plus la nuit; elle n'avait plus ni
repos ni apaisement; elle cherchait, obstine. La chienne,
 ses pieds, sommeillait, et, parfois, levant la tte, hurlait
au loin. Depuis que son maitre n'tait plus l, elle hurlait
souvent ainsi, comme si elle l'et appel, comme si
[25]son me de bte, inconsolable, et aussi gard le souvenir
que rien n'efface.

Or, une nuit, comme Smillante se remettait  gmir, la
mre, tout  coup, eut une ide, une ide de sauvage vindicatif
et froce. Elle la mdita jusqu'au matin; puis,
[30]leve ds les approches du jour, elle se rendit  l'glise.
Elle pria, prosterne sur le pav, abattue devant Dieu, le

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suppliant de l'aider, de la soutenir, de donner  son pauvre
corps us la force qu'il lui fallait pour venger le fils.

Puis elle rentra. Elle avait dans sa cour un ancien
baril dfonc, qui recueillait l'eau des gouttires; elle le
[5]renversa, le vida, l'assujettit contre le sol avec des pieux
et des pierres; puis elle enchana Smillante  cette niche,
et elle rentra.

Elle marchait maintenant, sans repos, dans sa chambre,
l'oeil fix toujours sur la cte de Sardaigne. Il tait
[10]l-bas, l'assassin.
La chienne, tout le jour et toute la nuit, hurla. La
vieille, au matin, lui porta de l'eau dans une jatte; mais
rien de plus: pas de soupe, pas de pain.

La journe encore s'coula. Smillante, extnue, dormait.
[15]Le lendemain, elle avait les yeux luisants, le poil
hriss, et elle tirait perdument sur sa chane.

La vieille ne lui donna encore rien  manger. La bte,
devenue furieuse, aboyait d'une voix rauque. La nuit
encore se passa.

[20]Alors, au jour lev, la mre Saverini alla chez le voisin,
prier qu'on lui donnt deux bottes de paille. Elle prit de
vieilles hardes qu'avait portes autrefois son mari, et les
bourra de fourrage, pour simuler un corps humain.

Ayant piqu un bton dans le sol, devant la niche de
[25]Smillante, elle noua dessus ce mannequin, qui semblait
ainsi se tenir debout. Puis elle figura la tte au moyen
d'un paquet de vieux linge.

La chienne, surprise, regardait cet homme de paille, et
se taisait bien que dvore de faim.

[30]Alors la vieille alla acheter chez le charcutier un long
morceau de boudin noir. Rentre chez elle, elle alluma un
feu de bois dans sa cour, auprs de la niche, et fit griller

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son boudin. Smillante, affole, bondissait, cumait, les
yeux fixs sur le gril, dont le fumet lui entrait au ventre.

Puis la mre fit de cette bouillie fumante une cravate
 l'homme de paille. Elle la lui ficela longtemps autour
[5]du cou, comme pour la lui entrer dedans. Quand ce fu
fini, elle dchana la chienne.

D'un saut formidable, la bte atteignit la gorge du mannequin,
et, les pattes sur les paules, se mit  la dchirer.
Elle retombait, un morceau de sa proie  la gueule, puis
[10]s'lanait de nouveau, enfonait ses crocs dans les cordes,
arrachait quelques parcelles de nourriture, retombait encore,
et rebondissait, acharne. Elle enlevait le visage
par grands coups de dents, mettait en lambeaux le col
entier.

[15]La vieille, immobile et muette, regardait, l'oeil allum.
Puis elle renchana sa bte, la fit encore jener deux jours,
et recommena cet trange exercice.

Pendant trois mois, elle l'habitua  cette sorte de lutte,
 ce repas conquis  coups de crocs. Elle ne l'enchanait
[20]plus maintenant, mais elle la lanait d'un geste sur le
mannequin.

Elle lui avait appris  le dchirer,  le dvorer, sans
mme qu'aucune nourriture ft cache en sa gorge. Elle
lui donnait ensuite, comme rcompense, le boudin grill
[25]pour elle.

Ds qu'elle apercevait l'homme, Smillante frmissait,
puis tournait les yeux vers sa matresse, qui lui criait:
Va! d'une voix sifflante, en levant le doigt.


Quand elle jugea le temps venu, la mre Saverini alla
[30]se confesser et communia un dimanche matin, avec une
ferveur extatique, puis, ayant revtu des habits de mle,

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semblable  un vieux pauvre dguenill, elle fit march
avec un pcheur sarde, qui la conduisit, accompagne de
sa chienne, de l'autre ct du dtroit.

Elle avait, dans un sac de toile, un grand morceau de
[5]boudin. Smillante jenait depuis deux jours. La vieille
femme,  tout moment, lui faisait sentir la nourriture
odorante, et l'excitait.

Elles entrrent dans Longosardo. La Corse allait en
boitillant. Elle se prsenta chez un boulanger et demanda
[10]la demeure de Nicolas Ravolati. Il avait repris son ancien
mtier, celui de menuisier. Il travaillait seul au fond de
sa boutique.

La vieille poussa la porte et l'appela:

--H! Nicolas!

[15]Il se tourna; alors, lchant sa chienne, elle cria:

--Va, va, dvore, dvore!

L'animal, affol, s'lana, saisit la gorge. L'homme
tendit les bras, l'treignit, roula par terre. Pendant
quelques secondes, il se tordit, battant le sol de ses pieds;
[10]puis il demeura immobile, pendant que Smillante lui
fouillait le cou, qu'elle arrachait par lambeaux. Deux
voisins, assis sur leur porte, se rappelrent parfaitement
avoir vu sortir un vieux pauvre avec un chien noir efflanqu
qui mangeait, tout en marchant, quelque chose de
[25]brun que lui donnait son matre.

La vieille, le soir, tait rentre chez elle. Elle dormit
bien, cette nuit-l.

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L'AVENTURE DE WALTER SCHNAFFS

_A Robert Pinchon_

Depuis son entre en France avec l'arme d'invasion,
Walter Schnaffs se jugeait le plus malheureux des hommes.
Il tait gros, marchait avec peine, soufflait beaucoup et
souffrait affreusement des pieds qu'il avait fort plats et
[5]fort gras. Il tait en outre pacifique et bienveillant,
nullement magnanime ou sanguinaire, pre de quatre enfants
qu'il adorait et mari avec une jeune femme blonde,
dont il regrettait dsesprment chaque soir les tendresses,
les petits soins et les baisers. Il aimait se lever tard et se
[10]coucher tt, manger lentement de bonnes choses et boire
de la bire dans les brasseries. Il songeait en outre que
tout ce qui est doux dans l'existence disparat avec la vie;
et il gardait au coeur une haine pouvantable, instinctive
et raisonne en mme temps, pour les canons, les fusils, les
revolvers et les sabres, mais surtout pour les baonnettes,
[15]se sentant incapable de manoeuvrer assez vivement cette
arme rapide pour dfendre son gros ventre.

Et, quand il se couchait sur la terre, la nuit venue, roul
dans son manteau  ct des camarades qui ronflaient, il
[20]pensait longuement aux siens laisss l-bas et aux dangers
sems sur sa route: S'il tait tu, que deviendraient les
petits? Qui donc les nourrirait et les lverait? A l'heure
mme, ils n'taient pas riches, malgr les dettes qu'il
avait contractes en partant pour leur laisser quelque
[25]argent. Et Walter Schnaffs pleurait quelquefois.

Au commencement des batailles il se sentait dans les

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jambes de telles faiblesses qu'il se serait laiss tomber, s'il
n'avait song que toute l'arme lui passerait sur le corps.
Le sifflement des balles hrissait le poil sur sa peau.

Depuis des mois il vivait ainsi dans la terreur et dans
[5]l'angoisse.

Son corps d'arme s'avanait vers la Normandie, et
il fut un jour envoy en reconnaissance avec un faible
dtachement qui devait simplement explorer une partie du
pays et se replier ensuite. Tout semblait calme dans la
[10]campagne; rien n'indiquait une rsistance prpare.

Or, les Prussiens descendaient avec tranquillit dans
une petite valle que coupaient des ravins profonds,
quand une fusillade violente les arrta net, jetant bas une
vingtaine des leurs; et une troupe de francs-tireurs,
[15]sortant brusquement d'un petit bois grand comme la main,
s'lana en avant, la baonnette au fusil.

Walter Schnaffs demeura d'abord immobile, tellement
surpris et perdu qu'il ne pensait mme pas  fuir. Puis
un dsir fou de dtaler le saisit; mais il songea aussitt
[20]qu'il courait comme une tortue en comparaison des maigres
Franais qui arrivaient en bondissant comme un
troupeau de chvres. Alors, apercevant  six pas devant
lui un large foss plein de broussailles couvertes de feuilles
sches, il y sauta  pieds joints, sans songer mme  la
[25]profondeur, comme on saute d'un pont dans une rivire.

Il passa,  la faon d'une flche,  travers une couche
paisse de lianes et de ronces aigus qui lui dchirrent la
face et les mains, et il tomba lourdement assis sur un lit
de pierres.

[30]Levant aussitt les yeux, il vit le ciel par le trou qu'il
avait fait. Ce trou rvlateur le pouvait dnoncer, et il
se trana avec prcaution,  quatre pattes, au fond de

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cette ornire, sous le toit de branchages enlacs, allant le
plus vite possible, en s'loignant du lieu de combat.
Puis il s'arrta et s'assit de nouveau, tapi comme un
livre au milieu des hautes herbes sches.

Il entendit pendant quelque temps encore des dtonations,
[5]des cris et des plaintes. Puis les clameurs de la
lutte s'affaiblirent, cessrent. Tout redevint muet et
calme.

Soudain quelque chose remua: contre lui. Il eut un
[10]sursaut pouvantable. C'tait un petit oiseau qui, s'tant
pos sur une branche, agitait des feuilles mortes. Pendant
prs d'une heure, le coeur de Walter Schnaffs en battit 
grands coups presss.

La nuit venait, emplissant d'ombre le ravin. Et le
[15]soldat se mit  songer. Qu'allait-il faire? Qu'allait-il
devenir? Rejoindre son arme?... Mais comment?
Mais par o? Et il lui faudrait recommencer l'horrible
vie d'angoisses, d'pouvantes, de fatigues et de souffrances
qu'il menait depuis le commencement de la guerre! Non!
[20]Il ne se sentait plus ce courage. Il n'aurait plus l'nergie
qu'il fallait pour supporter les marches et affronter les
dangers de toutes les minutes.

Mais que faire? Il ne pouvait rester dans ce ravin et
s'y cacher jusqu' la fin des hostilits. Non, certes. S'il
[25]n'avait pas fallu manger, cette perspective ne l'aurait
pas trop atterr; mais il fallait manger, manger tous les
jours.

Et il se trouvait ainsi tout seul, en armes, en uniforme,
sur le territoire ennemi, loin de ceux qui le pouvaient
[30]dfendre. Des frissons lui couraient sur la peau.

Soudain il pensa: Si seulement j'tais prisonnier! Et
son coeur frmit de dsir, d'un dsir violent, immodr,

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d'tre prisonnier des Franais. Prisonnier! Il serait
sauv, nourri, log,  l'abri des balles et des sabres, sans
apprhension possible, dans une bonne prison bien garde.
Prisonnier! Quel rve!

[5]Et sa rsolution fut prise immdiatement:

--Je vais me constituer prisonnier.

Il se leva, rsolu  excuter ce projet sans tarder d'une
minute. Mais il demeura immobile, assailli soudain par
des rflexions fcheuses et par des terreurs nouvelles.

[10]O allait-il se constituer prisonnier? Comment? De
quel ct? Et des images affreuses, des images de mort,
se prcipitrent dans son me.

Il allait courir des dangers terribles en s'aventurant
seul, avec son casque  pointe, par la campagne.

[15]S'il rencontrait des paysans? Ces paysans, voyant un
Prussien perdu, un Prussien sans dfense, le tueraient
comme un chien errant! Ils le massacreraient avec leurs
fourches, leurs pioches, leurs faux, leurs pelles! Ils en
feraient une bouillie, une pte, avec l'acharnement des
[20]vaincus exasprs.

S'il rencontrait des francs-tireurs? Ces francs-tireurs,
des enrags sans loi ni discipline, le fusilleraient pour
s'amuser, pour passer une heure, histoire de rire en voyant
sa tte. Et il se croyait dj appuy contre un mur en
[25]face de douze canons de fusils, dont les petits trous ronds
et noirs semblaient le regarder.

S'il rencontrait l'arme franaise elle-mme? Les
hommes d'avant-garde le prendraient pour un claireur,
pour quelque hardi et malin troupier parti seul en reconnaissance,
[30]et ils lui tireraient dessus. Et il entendait dj
les dtonations irrgulires des soldats couchs dans les
broussailles, tandis que lui, debout au milieu d'un champ,

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affaissait, trou comme une cumoire par les balles qu'il
sentait entrer dans sa chair.

Il se rassit, dsespr. Sa situation lui paraissait sans
issue.

[5]La nuit tait tout  fait venue, la nuit muette et noire.
Il ne bougeait plus. Tressaillant  tous les bruits inconnus
et lgers qui passent dans les tnbres. Un lapin, tapant
du cul au bord d'un terrier, faillit faire s'enfuir Walter
Schnaffs. Les cris des chouettes lui dchiraient l'me, le
[10]traversant de peurs soudaines, douloureuses comme des
blessures. Il carquillait ses gros yeux pour tcher de
voir dans l'ombre; et il s'imaginait  tout moment entendre
marcher prs de lui.

Aprs d'interminables heures et des angoisses de damn,
[15]il aperut,  travers son plafond de branchages, le ciel qui
devenait clair. Alors, un soulagement immense le pntra;
ses membres se dtendirent, reposs soudain; son coeur
s'apaisa; ses yeux se fermrent. Il s'endormit.

Quand il se rveilla, le soleil lui parut arriv  peu prs
[20]au milieu du ciel; il devait tre midi. Aucun bruit ne
troublait la paix morne des champs; et Walter Schnaffs
s'aperut qu'il tait atteint d'une faim aigu.

Il billait, la bouche humide  la pense du saucisson
des soldats; et son estomac lui faisait mal.

[25]Il se leva, fit quelques pas, sentit que ses jambes taient
faibles, et se rassit pour rflchir. Pendant deux ou trois
heures encore, il tablit le pour et le contre, changeant
 tout moment de rsolution, combattu, malheureux,
tiraill par les raisons les plus contraires.

[30]Une ide lui parut enfin logique et pratique, c'tait de
guetter le passage d'un villageois seul, sans armes, et sans
outils de travail dangereux, de courir au-devant de lui et

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de se remettre en ses mains en lui faisant bien comprendre
qu'il se rendait.

Alors il ta son casque, dont la pointe le pouvait trahir,
et il sortit sa tte au bord de son trou, avec des prcautions
[5]infinies.

Aucun tre isol ne se montrait  l'horizon. L-bas,
 droite, un petit village envoyait au ciel la fume de
ses toits, la fume de ses cuisines! L-bas,  gauche; il
apercevait, au bout des arbres d'une avenue, un grand
[10]chteau flanqu de tourelles.

Il attendit jusqu'au soir, souffrant affreusement, ne
voyant rien que des vols de corbeaux, n'entendant rien
que les plaintes sourdes de ses entrailles.

Et la nuit encore tomba sur lui.

[15]Il s'allongea au fond de sa retraite et il s'endormit d'un
sommeil fivreux, hant de cauchemars, d'un sommeil
d'homme affam.

L'aurore se leva de nouveau sur sa tte. Il se remit en
observation. Mais la campagne restait vide comme la
[20]veille; et une peur nouvelle entrait dans l'esprit de Walter
Schnaffs, la peur de mourir de faim! Il se voyait tendu
au fond de son trou, sur le dos, les deux yeux ferms. Puis
des btes, des petites btes de toute sorte s'approchaient
de son cadavre et se mettaient  le manger, l'attaquant
[25]partout  la fois, se glissant sous ses vtements pour
mordre sa peau froide. Et un grand corbeau lui piquait
les yeux de son bec effil.

Alors, il devint fou, s'imaginant qu'il allait s'vanouir
de faiblesse et ne plus pouvoir marcher. Et dj, il
[30]s'apprtait  s'lancer vers le village, rsolu  tout oser, 
tout braver, quand il aperut trois paysans qui s'en allaient
aux champs avec leurs fourches sur l'paule, et il se replongea
dans sa cachette.

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Mais, ds que le soir obscurcit la plaine, il sortit lentement
du foss, et se mit en route, courb, craintif, le coeur
battant, vers le chteau lointain, prfrant entrer
l-dedans plutt qu'au village qui lui semblait redoutable
[5]comme une tanire pleine de tigres.

Les fentres d'en bas brillaient. Une d'elles tait mme
ouverte; et une forte odeur de viande cuite s'en chappait,
une odeur qui pntra brusquement dans le nez et jusqu'au
fond du ventre de Walter Schnaffs, qui le crispa, le fit
[10]haleter, l'attirant irrsistiblement, lui jetant au coeur une
audace dsespre.

Et brusquement, sans rflchir, il apparut, casqu, dans
le cadre de la fentre.

Huit domestiques dnaient autour d'une grande table.
[15]Mais soudain une bonne demeura bante, laissant tomber
son verre, les yeux fixes. Tous les regards suivirent le sien!

On aperut l'ennemi!

Seigneur! les Prussiens attaquaient le chteau! ...

Ce fut d'abord un cri, un seul cri, fait de huit cris pousss
[20]sur huit tons diffrents, un cri d'pouvante horrible, puis
une leve tumultueuse, une bousculade mle, une fuite
perdue vers la porte du fond. Les chaises tombaient, les
hommes renversaient les femmes et passaient dessus. En
deux secondes, la pice fut vide, abandonne, avec la table
[25]couverte de mangeaille en face de Walter Schnaffs stupfait,
toujours debout dans sa fentre.

Aprs quelques instants d'hsitation, il enjamba le mur
d'appui et s'avana vers les assiettes. Sa faim exaspre
le faisait trembler comme un fivreux: mais une terreur le
[30]retenait, le paralysait encore. Il couta. Toute la maison
semblait frmir; des portes se fermaient, des pas rapides
couraient sur le plancher de dessus. Le Prussien inquiet
tendait l'oreille  ces confuses rumeurs; puis il entendit

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des bruits sourds comme si des corps fussent tombs dans
la terre molle, au pied des murs, des corps humains sautant
du premier tage.

Puis tout mouvement, toute agitation cessrent, et le
[5]grand chteau devint silencieux comme un tombeau.
Walter Schnaffs s'assit devant une assiette reste intacte,
et il se mit  manger. Il mangeait par grandes bouches
comme s'il et craint d'tre interrompu trop tt, de ne
pouvoir engloutir assez. Il jetait  deux mains les
[10]morceaux dans sa bouche ouverte comme une trappe; et des
paquets de nourriture lui descendaient coup sur coup dans
l'estomac, gonflant sa gorge en passant. Parfois, il
s'interrompait, prt  crever  la faon d'un tuyau trop
plein. Il prenait  la cruche au cidre et se dblayait
[15]l'oesophage comme on lave un conduit bouch.

Il vida toutes les assiettes, tous les plats et toutes les
bouteilles; puis, saoul de liquide et de mangeaille, abruti,
rouge, secou par des hoquets, l'esprit troubl et la bouche
grasse, il dboutonna son uniforme pour souffler, incapable
[20]d'ailleurs de faire un pas. Ses yeux se fermaient, ses
ides s'engourdissaient; il posa son front pesant dans ses
bras croiss sur la table, et il perdit doucement la notion
des choses et des faits.

Le dernier croissant clairait vaguement l'horizon au-dessus
[25]des arbres du parc. C'tait l'heure froide qui
prcde le jour.

Des ombres glissaient dans les fourrs, nombreuses et
muettes; et parfois, un rayon de lune faisait reluire dans
l'ombre une pointe d'acier.
[30]Le chteau tranquille dressait sa grande silhouette noire.
Deux fentres seules brillaient encore au rez-de-chausse.

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Soudain, une voix tonnante hurla:

--En avant! nom d'un nom!  l'assaut! mes enfants!

Alors, en un instant, les portes, les contrevents et les
vitres s'enfoncrent sous un flot d'hommes qui s'lana,
[5]brisa, creva tout, envahit la maison. En un instant cinquante
soldats arms jusqu'aux cheveux, bondirent dans
la cuisine o reposait pacifiquement Walter Schnaffs, et,
lui posant sur la poitrine cinquante fusils chargs, le culbutrent,
le roulrent, le saisirent, le lirent des pieds  la
[10]tte.

Il haletait d'ahurissement, trop abruti pour comprendre,
battu, cross et fou de peur.

Et tout d'un coup, un gros militaire chamarr d'or lui
planta son pied sur le ventre en vocifrant:

[15]--Vous tes mon prisonnier, rendez-vous!

Le Prussien n'entendit que ce seul mot prisonnier, et
il gmit: _ya, ya, ya_.

Il fut relev, ficel sur une chaise, et examin avec une
vive curiosit par ses vainqueurs qui soufflaient comme des
[20]baleines. Plusieurs s'assirent, n'en pouvant plus d'motion
et de fatigue.

Il souriait, lui, il souriait maintenant, sr d'tre enfin
prisonnier!

Un autre officier entra et pronona:

[25]--Mon colonel, les ennemis se sont enfuis; plusieurs
semblent avoir t blesss. Nous restons matres de la
place.

Le gros militaire qui s'essuyait le front vocifra:

Victoire!

Et il crivit sur un petit agenda de commerce tir de sa
[30]poche:

Aprs une lutte acharne, les Prussiens ont d battre

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en retraite, emportant leurs morts et leurs blesss, qu'on
value  cinquante hommes hors

Le jeune officier reprit:

[5]--Quelles dispositions dois-je prendre, mon colonel?

Le colonel rpondit:

--Nous allons nous replier pour viter un retour offensif
avec de l'artillerie et des forces suprieures.

Et il donna l'ordre de repartir.

[10]La colonne se reforma dans l'ombre, sous les murs du
chteau, et se mit en mouvement, enveloppant de partout
Walter Schnaffs garrott, tenu par six guerriers le revolver
au poing.

Des reconnaissances furent envoyes pour clairer la
[15]route. On avanait avec prudence, faisant halte de temps
en temps.

Au jour levant, on arrivait  la sous-prfecture de la
Roche-Oysel, dont la garde nationale avait accompli ce
fait d'armes.

[20]La population anxieuse et surexcite attendait. Quand
on aperut le casque du prisonnier, des clameurs formidables
clatrent. Les femmes levaient les bras; des vieilles
pleuraient; un aeul lana sa bquille au Prussien et blessa
le nez d'un de ses gardiens.

[25]Le colonel hurlait.

--Veillez  la sret du captif.

On parvint enfin  la maison de ville. La prison fut
ouverte, et Walter Schnaffs jet dedans, libre de liens.
Deux cents hommes en armes montrent la garde autour
[30]du btiment.

Alors, malgr des symptmes d'indigestion qui le tourmentaient
depuis quelque temps, le Prussien, fou de joie,

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se mit  danser,  danser perdument, en levant les bras et
les jambes,  danser en poussant des cris frntiques,
jusqu'au moment o il tomba, puis au pied d'un mur.

Il tait prisonnier! Sauv!

[5]C'est ainsi que le chteau de Champignet fut repris 
l'ennemi aprs six heures seulement d'occupation.

Le colonel Ratier, marchand de drap, qui enleva cette
affaire  la tte des gardes nationaux de la Roche-Oysel,
fut dcor.

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TOMBOUCTOU

Le boulevard, ce fleuve de vie, grouillait dans la poudre
d'or du soleil couchant. Tout le ciel tait rouge, aveuglant;
et, derrire la Madeleine, une immense nue
flamboyante jetait dans toute la longue avenue une
[5]oblique averse de feu, vibrante comme une vapeur de
brasier.

La foule gaie, palpitante, allait sous cette brume enflamme
et semblait dans une apothose. Les visages
taient dors; les chapeaux noirs et les habits avaient des
[10]reflets de pourpre; le vernis des chaussures jetait des
flammes sur l'asphalte des trottoirs.

Devant les cafs, un peuple d'hommes buvait les boissons
brillantes et colores qu'on aurait prises pour des pierres
prcieuses fondues dans le cristal.

[15]Au milieu des consommateurs aux lgers vtements plus
foncs, deux officiers en grande tenue faisaient baisser
tous les yeux par l'blouissement de leurs dorures. Ils
causaient, joyeux sans motif, dans cette gloire de vie, dans
ce rayonnement radieux du soir; et ils regardaient la foule,
[20]les hommes lents et les femmes presses qui laissaient
derrire elles une odeur savoureuse et troublante.

Tout  coup un ngre norme, vtu de noir, ventru,
chamarr de breloques sur un gilet de coutil, la face luisante
comme si elle et t cire, passa devant eux avec
[25]un air de triomphe. Il riait aux passants, il riait aux
vendeurs de journaux, il riait au ciel clatant, il riait  Paris

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entier. Il tait si grand qu'il dpassait toutes les ttes;
et, derrire lui, tous les badauds se retournaient pour le
contempler de dos.

Mais soudain il aperut les officiers, et, culbutant les
[5]buveurs, il s'lana. Ds qu'il fut devant leur table, il
planta sur eux ses yeux luisants et ravis, et les coins de sa
bouche lui montrent jusqu'aux oreilles, dcouvrant ses
dents blanches, claires comme un croissant de lune dans
un ciel noir. Les deux hommes, stupfaits, contemplaient
[10]ce gant d'bne, sans rien comprendre  sa gaiet.

Et il s'cria, d'une voix qui fit rire toutes les tables:

--Bonjou, mon lieutenant.

Un des officiers tait chef de bataillon, l'autre colonel.

Le premier dit:

[15]--Je ne vous connais pas, monsieur; j'ignore ce que
vous voulez.

Le ngre reprit:
--Moi aim beaucoup toi, lieutenant Vdi, sige Bzi,
beaucoup raisin, cherch moi.

[20]L'officier, tout  fait perdu, regardait fixement l'homme,
cherchant au fond de ses souvenirs; mais brusquement il
s'cria:

--Tombouctou?

Le ngre, radieux, tapa sur sa cuisse en poussant un
[25]rire d'une invraisemblable violence et beuglant:

--Si, si, ya, mon lieutenant, reconn Tombouctou. ya,
bonjou.

Le commandant lui tendit la main en riant lui-mme de
tout son coeur. Alors Tombouctou redevint grave. Il
[30]saisit la main de l'officier, et, si vite que l'autre ne put
l'empcher, il la baisa, selon la coutume ngre et arabe.
Confus, le militaire lui dit d'une voix svre:

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--Allons, Tombouctou, nous ne sommes pas en Afrique.
Assieds-toi l et dis-moi comment je te trouve ici.

Tombouctou tendit son ventre, et, bredouillant, tant
il parlait vite:

[5]--Gagn beaucoup d'agent, beaucoup, grand'estaurant,
bon mang, Prussiens, moi, beaucoup vol, beaucoup,
cuisine franaise, Tombouctou, cuisini de l'Empeu, deux
cent mille francs  moi. Ah! ah! ah! ah!

Et il riait, tordu, hurlant avec une folie de joie dans le
[10]regard.

Quand l'officier, qui comprenait son trange langage,
l'eut interrog quelque temps, il lui dit:

--Eh bien, au revoir, Tombouctou;  bientt.

Le ngre aussitt se leva, serra, cette fois, la main qu'on
[15]lui tendait, et riant toujours, cria:

--Bonjou, bonjou, mon lieutenant!

Il s'en alla, si content, qu'il gesticulait en marchant, et
qu'on le prenait pour un fou.

Le colonel demanda:

[20]-Qu'est-ce que cette brute?

--Un brave garon et un brave soldat. Je vais vous
dire ce que je sais de lui; c'est assez drle.


Vous savez qu'au commencement de la guerre de 1870
je fus enferm dans Bzires, que ce ngre appelle Bzi.
[25]Nous n'tions point assigs, mais bloqus. Les lignes
prussiennes nous entouraient de partout, hors de porte des
canons, ne tirant pas non plus sur nous, mais nous affamant
peu  peu.

J'tais alors lieutenant. Notre garnison se trouvait

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compose de troupes de toute nature, dbris de rgiments
charps, fuyards, maraudeurs, spars des corps d'arme.
Nous avions de tout enfin, mme onze turcos arrivs un
soir on ne sait comment, on ne sait par o. Ils s'taient
[5]prsents aux portes de la ville, harasss, dguenills,
affams et saouls. On me les donna.

Je reconnus bientt qu'ils taient rebelles  toute discipline,
toujours dehors et toujours gris. J'essayai de la
salle de police, mme de la prison, rien n'y fit. Mes
[10]hommes disparaissaient des jours entiers, comme s'ils se
fussent enfoncs sous terre, puis reparaissaient ivres 
tomber. Ils n'avaient pas d'argent. O buvaient-ils?
Et comment, et avec quoi?

Cela commenait  m'intriguer vivement, d'autant plus
[15]que ces sauvages m'intressaient avec leur rire ternel et
leur caractre de grands enfants espigles.

Je m'aperus alors qu'ils obissaient aveuglment au
plus grand d'eux tous, celui que vous venez de voir. Il
les gouvernait  son gr, prparait leurs mystrieuses
[20]entreprises en chef tout-puissant et incontest. Je le fis
venir chez moi et je l'interrogeai. Notre conversation dura
bien trois heures, tant j'avais de peine  pntrer son surprenant
charabia. Quant  lui, le pauvre diable, il faisait
des efforts inous pour tre compris, inventait des mots,
[25]gesticulait, suait de peine, s'essuyait le front, soufflait,
s'arrtait et repartait brusquement, quand il croyait avoir
trouv un nouveau moyen de s'expliquer.

Je devinai enfin qu'il tait fils d'un grand chef, d'une
sorte de roi ngre des environs de Tombouctou. Je lui
[30]demandai son nom. Il rpondit quelque chose comme
Chavaharibouhalikhranafotapolara. Il me parut plus
simple de lui donner le nom de son pays: Tombouctou.

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Et, huit jours plus tard, toute la garnison ne le nommait
plus autrement.

Mais une envie folle nous tenait de savoir o cet ex-prince
africain trouvait  boire. Je le dcouvris d'une
[5]singulire faon.

J'tais un matin sur les remparts, tudiant l'horizon,
quand j'aperus dans une vigne quelque chose qui remuait.
On arrivait au temps des vendanges, les raisins
taient mrs, mais je ne songeais gure  cela. Je pensai
[10]qu'un espion s'approchait de la ville, et j'organisai une
expdition complte pour saisir le rdeur. Je pris moi-mme
le commandement, aprs avoir obtenu l'autorisation
du gnral.

J'avais fait sortir, par trois portes diffrentes, trois
[15]petites troupes qui devaient se rejoindre auprs de la vigne
suspecte et la cerner. Pour couper la retraite  l'espion,
un de ces dtachements avait  taire une marche d'une
heure au moins. Un homme rest en observation sur les
murs m'indiqua par signe que l'tre aperu n'avait point
[20]quitt le champ. Nous allions en grand silence, rampant,
presque couchs dans les ornires. Enfin, nous touchons
au point dsign; je dploie brusquement mes soldats, qui
s'lancent dans la vigne, et trouvent.... Tombouctou
voyageant  quatre pattes au milieu des ceps et mangeant
[25]du raisin, ou plutt happant du raisin comme un chien
qui mange sa soupe,  pleine bouche,  la plante mme,
en arrachant la grappe d'un coup de dent.

Je voulus le faire relever; il n'y fallait pas songer, et je
compris alors pourquoi il se tranait ainsi sur les mains
[30]et sur les genoux. Ds qu'on l'eut plant sur ses jambes
il oscilla quelques secondes, tendit les bras et s'abattit
sur le nez. Il tait gris comme je n'ai jamais vu un
homme tre gris.

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On le rapporta sur deux chalas, il ne cessa de rire
tout le long de la route en gesticulant des bras et des
jambes.

C'tait l tout le mystre. Mes gaillards buvaient au
[5]raisin lui-mme. Puis, lorsqu'ils taient saouls  ne plus
bouger, ils dormaient sur place.

Quant  Tombouctou, son amour de la vigne passait
toute croyance et toute mesure. Il vivait l-dedans  la
faon des grives, qu'il hassait d'ailleurs d'une haine de
[10]rival jaloux. Il rptait sans cesse:

--Les gives mang tout le raisin, capules!

Un soir on vint me chercher. On apercevait par la
plaine quelque chose arrivant vers nous. Je n'avais point
pris ma lunette, et je distinguais fort mal. On et dit un
[15]grand serpent qui se droulait, un convoi, que sais-je?

J'envoyai quelques hommes au-devant de cette trange
caravane qui fit bientt son entre triomphale. Tombouctou
et neuf de ses compagnons portaient sur une sorte
d'autel, fait avec des chaises de campagne, huit ttes
[20]coupes, sanglantes et grimaantes. Le dixime turco
tranait un cheval  la queue duquel un autre tait attach,
et six autres btes suivaient encore, retenues de la mme
faon.

Voici ce que j'appris. tant partis aux vignes, mes
[25]Africains avaient aperu tout  coup un dtachement
prussien s'approchant d'un village. Au lieu de fuir, ils
s'taient cachs; puis, lorsque les officiers eurent mis pied
 terre devant une auberge pour se rafrachir, les onze
gaillards s'lancrent, mirent en fuite les uhlans qui se
[30]crurent attaqus, turent les deux sentinelles, plus le
colonel et les cinq officiers de son escorte.

Ce jour-l, j'embrassai Tombouctou. Mais je m'aperus

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qu'il marchait avec peine. Je le crus bless; il se mit 
rire et me dit:

--Moi, povisions pou pays.

C'est que Tombouctou ne faisait point la guerre pour
[5]l'honneur, mais bien pour le gain. Tout ce qu'il trouvait,
tout ce qui lui paraissait avoir une valeur quelconque,
tout ce qui brillait surtout, il le plongeait dans sa poche!
Quelle poche! un gouffre qui commenait  la hanche et
finissait aux chevilles. Ayant retenu un terme de troupier,
[10]il l'appelait sa profonde, et c'tait sa profonde, en effet!

Donc il avait dtach l'or des uniformes prussiens, le
cuivre des casques, les boutons, etc., et jet le tout dans
sa profonde qui tait pleine  dborder.

Chaque jour, il prcipitait l-dedans tout objet luisant
[15]qui lui tombait sous les yeux, morceaux d'tain ou pices
d'argent, ce qui lui donnait parfois une tournure infiniment
drle.

Il comptait remporter cela au pays des autruches, dont
il semblait bien frre, ce fils de roi, tortur par le besoin
[20]d'engloutir les corps brillants. S'il n'avait pas eu sa
profonde, qu'aurait-il fait? Il les aurait sans doute
avals.

Chaque matin sa poche tait vide. Il avait donc un
magasin gnral o s'entassaient ses richesses. Mais o?
[25]Je ne l'ai pu dcouvrir.

Le gnral, prvenu du haut fait de Tombouctou, fit
bien vite enterrer les corps demeurs au village voisin,
pour qu'on ne dcouvrit point qu'ils avaient t dcapits.
Les Prussiens y revinrent le lendemain. Le maire et sept
[30]habitants notables furent fusills sur-le-champ, par
reprsailles, comme ayant dnonc la prsence des Allemands.

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L'hiver tait venu. Nous tions harasss et dsesprs.
On se battait maintenant tous les jours. Les hommes
affams ne marchaient plus. Seuls les huit turcos (trois
avaient t tus) demeuraient gras et luisants, et vigoureux,
[5]toujours prts  se battre. Tombouctou engraissait
mme. Il me dit un jour:

--Toi beaucoup faim, moi bon viande.

Et il m'apporta en effet un excellent filet. Mais de
quoi? Nous n'avions plus ni boeufs, ni moutons, ni chvres,
[10]ni nes, ni porcs. Il tait impossible de se procurer
du cheval. Je rflchis  tout cela aprs avoir dvor
ma viande. Alors une pense horrible me vint. Ces
ngres taient ns bien prs du pays o l'on mange des
hommes! Et chaque jour tant de soldats tombaient
[15]autour de la ville! J'interrogeai Tombouctou. Il ne voulut
pas rpondre. Je n'insistai point, mais je refusai dsormais
ses prsents.

Il m'adorait. Une nuit, la neige nous surprit aux
avant-postes. Nous tions assis par terre. Je regardais
[20]avec piti les pauvres ngres grelottant sous cette
poussire blanche et glace. Comme j'avais grand froid, je
me mis  tousser. Je sentis aussitt quelque chose s'abattre
sur moi, comme une grande et chaude couverture.
C'tait le manteau de Tombouctou qu'il me jetait sur les
[25]paules.

Je me levai et, lui rendant son vtement:

--Garde a, mon garon; tu en as plus besoin que moi.

Il rpondit:

--Non, mon lieutenant, pou toi, moi pas besoin, moi
[30]chaud, chaud.

Et il me contemplait avec des yeux suppliants.

Je repris:

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--Allons, obis, garde ton manteau, je le veux.

Le ngre alors se leva, tira son sabre qu'il savait rendre
coupant comme une faulx, et tenant de l'autre main sa
large capote que je refusais:

5--Si toi pas gad manteau, moi cop; psonne
manteau.

Il l'aurait fait. Je cdai.

Huit jours plus tard, nous avions capitul. Quelques-uns
d'entre nous avaient pu s'enfuir. Les autres allaient
[10]sortir de la ville et se rendre aux vainqueurs.

Je me dirigeais vers la place d'Armes o nous devions
nous runir quand je demeurai stupide d'tonnement devant
un ngre gant vtu de coutil blanc et coiff d'un
chapeau de paille. C'tait Tombouctou. Il semblait
[15]radieux et se promenait, les mains dans ses poches, devant
une petite boutique o l'on voyait en montre deux
assiettes et deux verres.

Je lui dis:

--Qu'est-ce que tu fais?

[20]Il rpondit:

--Moi pas pati, moi bon cuisin, moi fait mang colonel,
Algie; moi mang Pussiens, beaucoup vol, beaucoup.

Il gelait  dix degrs. Je grelottais devant ce ngre en
coutil. Alors il me prit par le bras et me fit entrer.
[25]J'aperus une enseigne dmesure qu'il allait pendre devant
sa porte sitt que nous serions partis, car il avait quelque
pudeur.

Et je lus, trac par la main de quelque complice, cet
appel:

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CUISINE MILITAIRE DE M. TOMBOUCTOU
ANCIEN CUISINER DE S. M. L'EMPEREUR.
_Artiste de Paris.--Prix modrs._

Malgr le dsespoir qui me rongeait le coeur, je ne pus
[5]m'empcher de rire, et je laissai mon ngre  son nouveau
commerce.

Cela ne valait-il pas mieux que de le faire emmener
prisonnier?

Vous venez de voir qu'il a russi, le gaillard.
[10]Bzires, aujourd'hui, appartient  l'Allemagne. Le
restaurant Tombouctou est un commencement de
Revanche.

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EN MER

A Henry Card


On lisait dernirement dans les journaux les lignes
suivantes:

Boulogne-sur-Mer, 22 janvier.--On nous crit:

Un affreux malheur vient de jeter la consternation
[5]parmi notre population maritime dj si prouve depuis
deux annes. Le bateau de pche command par le
patron Javel, entrant dans le port, a t jet  l'Ouest et
est venu se briser sur les roches du brise-lames de la jete.

Malgr les efforts du bateau de sauvetage et des lignes
[10]envoyes au moyen du fusil porte-amarre, quatre hommes
et le mousse ont pri.

Le mauvais temps continue. On craint de nouveaux
sinistres.

Quel est ce patron Javel? Est-il le frre du manchot?

[15]Si le pauvre homme roul par la vague, et mort peut-tre
sous les dbris de son bateau mis en pices, est celui
auquel je pense, il avait assist, voici dix-huit ans maintenant,
 un autre drame, terrible et simple comme sont
toujours ces drames formidables des flots.

[20]Javel an tait alors patron d'un chalutier.

Le chalutier est le bateau de pche par excellence.
Solide  ne craindre aucun temps, le ventre rond, roul
sans cesse par les lames comme un bouchon, toujours dehors,
toujours fouett par les vents durs et sals de la
[25]Manche, il travaille la mer, infatigable, la voile gonfle,

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tranant par le flanc un grand filet qui racle le fond de
l'Ocan, et dtache et cueille toutes les btes endormies
dans les roches, les poissons plats colls au sable, les crabes
lourds aux pattes crochues, les homards aux moustaches
[5]pointues.

Quand la brise est frache et la vague courte, le bateau
se met  pcher. Son filet est fix tout le long d'une grande
tige de bois garnie de fer qu'il laisse descendre au moyen
de deux cbles glissant sur deux rouleaux aux deux bouts
[10]de l'embarcation. Et le bateau, drivant sous le vent et
le courant, tire avec lui cet appareil qui ravage et dvaste
le sol de la mer.

Javel avait  son bord son frre cadet, quatre hommes
et un mousse. Il tait sorti de Boulogne par un beau
[15]temps clair pour jeter le chalut.

Or, bientt le vent s'leva, et une bourrasque survenant
fora le chalutier  fuir. Il gagna les ctes d'Angleterre;
mais la mer dmonte battait les falaises, se ruait
contre la terre, rendait impossible l'entre des ports. Le
[20]petit bateau reprit le large et revint sur les ctes de France.
La tempte continuait  faire infranchissables les jetes,
enveloppant d'cume, de bruit et de danger tous les abords
des refuges.

Le chalutier repartit encore, courant sur le dos des flots,
[25]ballott, secou, ruisselant, soufflet par des paquets d'eau,
mais gaillard, malgr tout, accoutum  ces gros temps qui
le tenaient parfois cinq ou six jours errant entre les deux
pays voisins sans pouvoir aborder l'un ou l'autre.

Puis enfin l'ouragan se calma comme il se trouvait en
[30]pleine mer, et, bien que la vague ft encore forte, le
patron commanda de jeter le chalut.

Donc le grand engin de pche fut pass par-dessus bord,

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et deux hommes  l'avant, deux hommes  l'arrire, commencrent
 filer sur les rouleaux les amarres qui le tenaient.
Soudain il toucha le fond, mais une haute lame
inclinant le bateau, Javel cadet, qui se trouvait  l'avant
[5]et dirigeait la descente du filet, chancela, et son bras se
trouva saisi entre la corde un instant dtendue par la
secousse et le bois o elle glissait. Il fit un effort dsespr,
tchant de l'autre main de soulever l'amarre, mais
le chalut tranait dj et le cble roidi ne cda point.

[10]L'homme crisp par la douleur appela. Tous accoururent.
Son frre quitta la barre. Ils se jetrent sur la corde,
s'efforant de dgager le membre qu'elle broyait. Ce
fut en vain. Faut couper, dit un matelot, et il tira de
sa poche un large couteau, qui pouvait, en deux coups,
[15]sauver le bras de Javel cadet.

Mais couper, c'tait perdre le chalut, et ce chalut valait
de l'argent, beaucoup d'argent, quinze cents francs; et il
appartenait  Javel an, qui tenait  son avoir.

Il cria, le coeur tortur: Non, coupe pas, attends, je
[20]vas lofer. Et il courut au gouvernail, mettant toute la
barre dessous.

Le bateau n'obit qu' peine, paralys par ce filet qui
immobilisait son impulsion, et entran d'ailleurs par la
force de la drive et du vent.

[25]Javel cadet s'tait laiss tomber sur les genoux, les
dents serres, les yeux hagards. Il ne disait rien. Son
frre revint, craignant toujours le couteau d'un marin:
Attends, attends, coupe pas, faut mouiller l'ancre.

L'ancre fut mouille, toute la chaine file, puis on se
[30]mit  virer au cabestan pour dtendre les amarres du
chalut. Elles s'amollirent, enfin, et on dgagea le bras
inerte, sous la manche de laine ensanglante.

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Javel cadet semblait idiot. On lui retira la vareuse et
on vit une chose horrible, une bouillie de chair dont le
sang jaillissait  flots qu'on et dit pousss par une pompe.
Alors l'homme regarda son bras et murmura: Foutu.

Puis, comme l'hmorragie faisait une mare sur le pont
du bateau, un des matelots cria: Il va se vider, faut
nouer la veine.

Alors ils prirent une ficelle, une grosse ficelle brune et
goudronne, et, enlaant le membre au-dessus de la
[10]blessure, ils serrrent de toute leur force. Les jets de sang
s'arrtaient peu  peu; et finirent par cesser tout  fait.
Javel cadet se leva, son bras pendait  son ct. Il le
prit de l'autre main, le souleva, le tourna, le secoua. Tout
tait rompu, les os casss; les muscles seuls retenaient ce
[15]morceau de son corps. Il le considrait d'un oeil morne,
rflchissant.. Puis il s'assit sur une voile plie, et les
camarades lui conseillrent de mouiller sans cesse la blessure
pour empcher le mal noir.

On mit un seau auprs de lui, et, de minute en minute, il
[20]puisait dedans au moyen d'un verre, et baignait l'horrible
plaie en laissant couler dessus un petit filet d'eau claire.

--Tu serais mieux en bas, lui dit son frre. Il descendit,
mais au bout d'une heure il remonta, ne se sentant
pas bien tout seul. Et puis, il prfrait le grand air. Il
[25]se rassit sur sa voile et recommena  bassiner son bras.

La pche tait bonne. Les larges poissons  ventre
blanc gisaient  ct de lui, secous par des spasmes de
mort; il les regardait sans cesser d'arroser ses chairs
crases.

[30]Comme on allait regagner Boulogne, un nouveau coup
de vent se dchana; et le petit bateau recommena sa

Page 66

course folle, bondissant et culbutant, secouant le triste
bless.

La nuit vint. Le temps fut gros jusqu' l'aurore. Au
soleil levant on apercevait de nouveau l'Angleterre, mais,
[5]comme la mer tait moins dure, on repartit pour la France
en louvoyant.

Vers le soir, Javel cadet appela ses camarades et leur
montra des traces noires, toute une vilaine apparence de
pourriture sur la partie du membre qui ne tenait plus 
[10]lui.

Les matelots regardaient, disant leur avis.

--a pourrait bien tre le Noir, pensait l'un.

--Faudrait de l'eau sale l-dessus, dclarait un autre.

On apporta donc de l'eau sale et on en versa sur le
[15]mal. Le bless devint livide, grina des dents, se tordit
un peu; mais il ne cria pas.

Puis, quand la brlure se fut calme: Donne-moi ton
couteau, dit-il  son frre. Le frre tendit son couteau.

--Tiens-moi le bras en l'air, tout drait, tire dessus.

[20]On fit ce qu'il demandait.

Alors il se mit  couper lui-mme. Il coupait doucement,
avec rflexion, tranchant les derniers tendons avec cette
lame aigu, comme un fil de rasoir; et bientt il n'eut plus
qu'un moignon. Il poussa un profond soupir et dclara:
[25]Fallait a. J'tais foutu.

Il semblait soulag et respirait avec force. Il recommena
 verser de l'eau sur le tronon de membre qui lui
restait.

La nuit fut mauvaise encore et on ne put atterrir.

[30]Quand le jour parut, Javel cadet prit son bras dtach
et l'examina longuement. La putrfaction se dclarait.
Les camarades vinrent aussi l'examiner, et ils se le

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passaient de main en main, le ttaient, le retournaient, le
flairaient.

Son frre dit: Faut jeter a  la mer  c't'-heure.

Mais Javel cadet se fcha: Ah! mais non, ah! mais non.
[5]J'veux point. C'est  moi, pas vrai, puisque c'est mon
bras.

Il le reprit et le posa entre ses jambes.

--Il va pas moins pourrir, dit l'an. Alors une ide
vint au bless. Pour conserver le poisson quand on tenait
[10]longtemps la mer, on l'empilait en des barils de sel.

Il demanda: J'pourrions t'y point l'mettre dans la
saumure?

--a, c'est vrai, dclarrent les autres.

Alors on vida un des barils, plein dj de la pche des
[15]jours derniers; et, tout au fond, on dposa le bras. On
versa du sel dessus, puis on replaa, un  un, les poissons.

Un des matelots fit cette plaisanterie: Pourvu que je
l'vendions point  la crie.

Et tout le monde rit, hormis les deux Javel.

[20]Le vent soufflait toujours. On louvoya encore en vue
de Boulogne jusqu'au lendemain dix heures. Le bless
continuait sans cesse  jeter de l'eau sur sa plaie.

De temps en temps il se levait et marchait d'un bout 
l'autre du bateau.

[25]Son frre, qui tenait la barre, le suivait de l'oeil en
hochant la tte.

On finit par rentrer au port.

Le mdecin examina la blessure et la dclara en bonne
voie. Il fit un pansement complet et ordonna le repos.

[30]Mais Javel ne voulut pas se coucher sans avoir repris son
bras, et il retourna bien vite au port pour retrouver le
baril qu'il avait marqu d'une croix.

Page 68

On le vida devant lui et il ressaisit son membre, bien
conserv dans la saumure, rid, rafrachi. Il l'enveloppa
dans une serviette emporte  cette intention et rentra
chez lui.

[5]Sa femme et ses enfants examinrent longuement ce
dbris du pre, ttant les doigts, enlevant les brins de sel
rests sous les ongles; puis on fit venir le menuisier pour
un petit cercueil.

Le lendemain l'quipage complet du chalutier suivit
[10]l'enterrement du bras dtach. Les deux frres, cte 
cte, conduisaient le deuil. Le sacristain de paroisse
tenait son cadavre sous son aisselle.

Javel cadet cessa de naviguer. Il obtint un petit
emploi dans le port, et, quand il parlait plus tard de son
[15]accident, il confiait tout bas  son auditeur: Si le frre
avait voulu couper le chalut, j'aurais encore mon bras,
pour sr. Mais il tait regardant  son bien.

Page 69


LES PRISONNIERS

Aucun bruit dans la fort que le frmissement lger de
la neige tombant sur les arbres. Elle tombait depuis midi,
une petite neige fine qui poudrait les branches d'une
mousse glace qui jetait sur les feuilles mortes des fourrs
[5]un lger toit d'argent, tendait par les chemins un immense
tapis moelleux et blanc, et qui paississait le silence illimit
de cet ocan d'arbres.

Devant la porte de la maison forestire, une jeune
femme, les bras nus, cassait du bois  coups de hache sur
[10]une pierre. Elle tait grande, mince et forte, une fille des
forts, fille et femme de forestiers.

Une voix cria de l'intrieur de la maison:

--Nous sommes seules, ce soir, Berthine, faut rentrer,
v'l la nuit, y a p't-tre bien des Prussiens et des loups qui
[15]rdent.

La bcheronne rpondit en fendant une souche  grands
coups qui redressaient sa poitrine  chaque mouvement
pour lever les bras.

--J'ai fini, m'man. Me v'l, me v'l, y a pas de crainte;
[20]il fait encore jour.

Puis elle rapporta ses fagots et ses bches et les entassa
le long de la chemine, ressortit pour fermer les auvents,
d'normes auvents en coeur de chne, et rentre enfin, elle
poussa les lourds verrous de la porte.

[25]Sa mre filait auprs du feu, une vieille ride que l'ge
avait rendue craintive:

--J'aime pas, dit-elle, quand le pre est dehors. Deux
femmes a n'est pas fort.

Page 70

La jeune rpondit:

--Oh! je tuerais ben un loup ou un Prussien tout de
mme.

Et elle montrait de l'oeil un gros revolver suspendu
[5]au-dessus de l'tre.

Son homme avait t incorpor dans l'arme au commencement
de l'invasion prussienne; et les deux femmes
taient demeures seules avec le pre, le vieux garde
Nicolas Pichon, dit l'chasse, qui avait refus obstinment
[10]de quitter sa demeure pour rentrer  la ville.

La ville prochaine, c'tait Rethel, ancienne place forte
perche sur un rocher. On y tait patriote, et les bourgeois
avaient dcid de rsister aux envahisseurs, de s'enfermer
chez eux et de soutenir un sige selon la tradition de la
[15]cit. Deux fois dj, sous Henri IV et Louis XIV, les
habitants de Rethel s'taient illustrs par des dfenses
hroques. Ils en feraient autant cette fois, ventrebleu!
ou bien on les brlerait dans leurs murs.

Donc, ils avaient achet des canons et des fusils, quip
[20]une milice, form des bataillons et des compagnies, et ils
s'exeraient tout le jour sur la place d'Armes. Tous,
boulangers, piciers, bouchers, notaires, avous, menuisiers,
libraires, pharmaciens eux-mmes manoeuvraient 
tour de rle,  des heures rgulires, sous les ordres de M.
[25]Lavigne, ancien sous-officier de dragons, aujourd'hui
mercier, ayant pous la fille et hrit de la boutique de M.
Ravaudan, l'an.

Il avait pris le grade de commandant-major de la place,
et tous les jeunes hommes tant partis  l'arme, il avait
[30]enrgiment tous les autres qui s'entranaient pour la
rsistance. Les gros n'allaient plus par les rues qu'au pas
gymnastique pour fondre leur graisse et prolonger leur

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haleine, les faibles portaient des fardeaux pour fortifier
leurs muscles.

Et on attendait les Prussiens. Mais les Prussiens ne
paraissaient pas. Ils n'taient pas loin, cependant; car
[5]deux fois dj leurs claireurs avaient pouss  travers
bois jusqu' la maison forestire de Nicolas Pichon,
dit l'chasse.

Le vieux garde, qui courait comme un renard, tait venu
prvenir la ville. On avait point les canons, mais
[10]l'ennemi ne s'tait point montr.

Le logis de l'chasse servait de poste avanc dans la
fort d'Aveline. L'homme, deux fois par semaine, allait
aux provisions et apportait aux bourgeois citadins des
nouvelles de la campagne.

[15]Il tait parti ce jour-l pour annoncer qu'un petit
dtachement d'infanterie allemande s'tait arrt chez lui
l'avant-veille, vers deux heures de l'aprs-midi, puis tait
reparti presque aussitt. Le sous-officier qui commandait
parlait franais.

[20]Quand il s'en allait ainsi, le vieux, il emmenait ses deux
chiens, deux molosses  gueule de lion, par crainte des
loups qui commenaient  devenir froces, et il laissait
ses deux femmes en leur recommandant de se barricader
dans la maison ds que la nuit approcherait.

[25]La jeune n'avait peur de rien, mais la vieille tremblait
toujours et rptait:

--a finira mal, tout a, vous verrez que a finira mal.

Ce soir-l, elle tait encore plus inquite que de coutume:

--Sais-tu  quelle heure rentrera le pre? dit-elle.

[30]--Oh! pas avant onze heures, pour sr. Quand il dne
chez le commandant, il rentre toujours tard.

Page 72

Et elle accrochait sa marmite sur le feu pour faire la
soupe, quand elle cessa de remuer, coutant un bruit vague
qui lui tait venu par le tuyau de la chemine.

Elle murmura:

[5]--V'l qu'on marche dans le bois, il y a ben sept-huit
hommes, au moins.

La mre, effare, arrta son rouet en balbutiant:

--Oh! mon Dieu! et le pre qu'est pas l!

Elle n'avait point fini de parler que des coups violents
[10]firent trembler la porte.

Comme les femmes ne rpondaient point, une voix forte
et gutturale cria:

--Oufrez!

Puis, aprs un silence, la mme voix reprit:

[15]--Oufrez ou che gasse la borte!

Alors Berthine glissa dans la poche de sa jupe le gros
revolver de la chemine, puis, tant venue coller son
oreille contre l'huis, elle demanda:

--Qui tes-vous?

[20]La voix rpondit:

--Che suis le ttachement de l'autre chour.

La jeune femme reprit:

--Qu'est-ce que vous voulez?

--Che suis berdu tepuis ce matin, tans le pois, avec mon
[25]ttachement. Oufrez ou che gasse la borte.

La forestire n'avait pas le choix; elle fit glisser vivement
le gros verrou, puis tirant le lourd battant, elle
aperut dans l'ombre ple des neiges, six hommes, six
soldats prussiens, les mmes qui taient venus la veille.

[30]Elle pronona d'un ton rsolu:

--Qu'est-ce que vous venez faire  cette heure-ci?

Le sous-officier rpta:

Page 73

--Che suis berdu, tout  fait berdu, ch regonnu la
maison. Che n'ai rien manch tepuis ce matin, mon
ttachement non blus.

Berthine dclara:

[5]--C'est que je suis toute seule avec maman, ce soir.

Le soldat, qui paraissait un brave homme, rpondit:

--a ne fait rien. Che ne ferai bas de mal, mais fous
nous ferez  mancher. Nous dombons te faim et te
fatigue.

[10]La forestire se recula:

--Entrez, dit-elle.

Ils entrrent, poudrs de neige, portant sur leurs casques
une sorte de crme mousseuse qui les faisait ressembler 
des meringues, et ils paraissaient las, extnus.

[15]La jeune femme montra les bancs de bois des deux cts
de la grande table.

--Asseyez-vous, dit-elle, je vais vous faire de la soupe.
C'est vrai que vous avez l'air rendus.

Puis elle referma les verrous de la porte.

[20]Elle remit de l'eau dans la marmite, y jeta de nouveau
du beurre et des pommes de terre, puis dcrochant un
morceau de lard pendu dans la chemine, elle en coupa
la moiti qu'elle plongea dans le bouillon.

Les six hommes suivaient de l'oeil tous ses mouvements
[25]avec une faim veille dans leurs yeux. Ils avaient pos
leurs fusils et leurs casques dans un coin, et ils attendaient,
sages comme des enfants sur les bancs d'une cole.

La mre s'tait remise  filer en jetant  tout moment
des regards perdus sur les soldats envahisseurs. On n'entendait
[30]rien autre chose que le ronflement lger du rouet
et le crpitement du feu et le murmure de l'eau qui
S'chauffait.

Page 74

Mais soudain un bruit trange les fit tous tressaillir,
quelque chose comme un souffle rauque pouss sous la
porte, un souffle de bte, fort et ronflant.

Le sous-officier allemand avait fait un bond vers les
[5]fusils. La forestire l'arrta d'un geste, et souriante:

--C'est les loups, dit-elle. Ils sont comme vous, ils
rdent et ils ont faim.

L'homme incrdule voulut voir, et sitt que le battant
fut ouvert, il aperut deux grandes btes grises qui
[10]s'enfuyaient d'un trot rapide et allong.

Il revint s'asseoir, en murmurant:

--Ch n'aurais pas gru:

Et il attendit que sa pte ft prte.

Ils la mangrent voracement, avec des bouches fendues
[15]jusqu'aux oreilles pour en avaler davantage, des yeux
ronds s'ouvrant en mme temps que les mchoires, et des
bruits de gorge pareils  des glouglous de gouttires.

Les deux femmes, muettes, regardaient les rapides
mouvements des grandes barbes rouges; et les pommes de
[20]terre avaient l'air de s'enfoncer dans ces toisons
mouvantes,

Mais comme ils avaient soif, la forestire descendit  la
cave leur tirer du cidre. Elle y resta longtemps; c'tait
un petit caveau vot qui, pendant la rvolution, avait
[25]servi de prison et de cachette, disait-on. On y parvenait
au moyen d'un troit escalier tournant ferm par une
trappe au fond de la cuisine.

Quand Berthine reparut, elle riait, elle riait toute seule,
d'un air sournois. Et elle donna aux Allemands sa cruche
[30]de boisson.

Puis elle soupa aussi, avec sa mre,  l'autre bout de la
Cuisine.

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Les soldats avaient fini de manger, et ils s'endormaient
tous les six, autour de la table. De temps en temps un
front tombait sur la planche avec un bruit sourd, puis
l'homme, rveill brusquement, se redressait.

[5]Berthine dit au sous-officier:

--Couchez-vous devant le feu, pardi, il y a bien d'la
place pour six. Moi je grimpe  ma chambre avec
maman.

Et les deux femmes montrent au premier tage. On
[10]les entendit fermer leur porte  clef, marcher quelque
temps; puis elles ne firent plus aucun bruit.

Les Prussiens s'tendirent sur le pav, les pieds au feu,
la tte supporte par leurs manteaux rouls, et ils ronflrent
bientt tous les six sur six tons divers, aigus ou
[15]sonores, mais continus et formidables.

Ils dormaient certes depuis longtemps dj quand un
coup de feu retentit, si fort, qu'on l'aurait cru tir contre
les murs de la maison. Les soldats se dressrent aussitt.
Mais deux nouvelles dtonations clatrent, suivies de
[20]trois autres encore.

La porte du premier s'ouvrit brusquement, et la forestire
parut, nu-pieds, en chemise, en jupon court, une
chandelle  la main, l'air affol. Elle balbutia:

--V'l les Franais, ils sont au moins deux cents. S'ils
[25]vous trouvent ici, ils vont brler la maison. Descendez
dans la cave bien vite, et faites pas de bruit. Si vous faites
du bruit, nous sommes perdus.

Le sous-officier, effar, murmura:

--Che feux pien, che feux pien. Par o faut-il
[30]tescendre?

La jeune femme souleva avec prcipitation la trappe

Page 76

troite et carre, et les six hommes disparurent par le petit
escalier tournant, s'enfonant dans le sol l'un aprs l'autre,
 reculons, pour bien tter les marches du pied.

Mais quand la pointe du dernier casque eut disparu,
[5]Berthine rabattant la lourde planche de chne, paisse
comme un mur, dure comme de l'acier, maintenue par des
charnires et une serrure de cacht, donna deux longs
tours de clef, puis elle se mit  rire, d'un rire muet et ravi,
avec une envie folle de danser sur la tte de ses prisonniers.

[10]Ils ne faisaient aucun bruit, enferms l-dedans comme
dans une boite solide, une boite de pierre, ne recevant
que l'air d'un soupirail garni de barres de fer.

~-Berthine aussitt ralluma son feu, remit dessus sa
marmite, et refit de la soupe en murmurant:

[15]--Le pre s'ra fatigu cette nuit.

Puis elle s'assit et attendit. Seul, le balancier sonore
de l'horloge promenait dans le silence son tic-tac rgulier.

De temps en temps la jeune femme jetait un regard sur
le cadran, un regard impatient qui semblait dire:

[20]--a ne va pas vite.

Mais bientt il lui sembla qu'on murmurait sous ses
pieds. Des paroles basses, confuses, lui parvenaient 
travers la vote maonne de la cave. Les Prussiens
commenaient  deviner sa ruse, et bientt le sous-officier
[25]remonta le petit escalier et vint heurter du poing la
trappe. Il cria de nouveau:

--Oufrez.

Elle se leva, s'approcha et, imitant son accent:

--Qu'est-ce que fous foulez?

[30]--Oufrez.

--Che n'oufre pas.

L'homme se fchait.

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--Oufrez ou che gasse la borte.

Elle se mit  rire:

--Casse, mon bonhomme, casse, mon bonhomme!

Et il commena  frapper avec la crosse de son fusil
[5]contre la trappe de chne, ferme sur sa tte. Mais elle
aurait rsist  des coups de catapulte.

La forestire l'entendit redescendre. Puis les soldats
vinrent, l'un aprs l'autre, essayer leur force, et inspecter
la fermeture. Mais, jugeant sans doute leurs tentatives
[10]inutiles, ils redescendirent tous dans la cave et
recommencrent  parler entre eux.

La jeune femme les coutait, puis elle alla ouvrir la
porte du dehors et elle tendit l'oreille dans la nuit.

Un aboiement lointain lui parvint. Elle se mit  siffler
[15]comme aurait fait un chasseur, et, presque aussitt, deux
normes chiens surgirent dans l'ombre et bondirent sur elle
en gambadant. Elle les saisit par le cou et les maintint
pour les empcher de courir. Puis elle cria de toute sa force:

--Oh pre!

[20]Une voix rpondit, trs loigne encore:

~-Oh Berthine!

Elle attendit quelques secondes, puis reprit:

--Oh pre!

La voix plus proche rpta:

[25]--Oh Berthine!

La forestire reprit:

--Passe pas devant le soupirail. Y a des Prussiens
dans la cave.

Et brusquement la grande silhouette de l'homme se
[30]dessina sur la gauche, arrte entre deux troncs d'arbres.
Il demanda, inquiet:

--Des Prussiens dans la cave. Qu qui font?

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La jeune femme se mit  rire:

--C'est ceux d'hier. Ils s'taient perdus dans la fort,
je les ai mis au frais dans la cave.

Et elle conta l'aventure, comment elle les avait effrays
[5]avec des coups de revolver et enferms dans le caveau.

Le vieux toujours grave demanda:

--Qu que tu veux que j'en fassions  c't'heure?

Elle rpondit:

--Va qurir M. Lavigne avec sa troupe. Il les fera
[10]prisonniers. C'est lui qui sera content.

Et le pre Pichon sourit:

--C'est vrai qu'i sera content.

Sa fille reprit:

~-T'as de la soupe, mange-la vite et pi repars.

[15]Le vieux garde s'attabla, et se mit  manger la soupe
aprs avoir pos par terre deux assiettes pleines pour ses
chiens.

Les Prussiens, entendant parler, s'taient tus.

L'chasse repartit un quart d'heure plus tard. Et
[20]Berthine, la tte dans ses mains, attendit.

Les prisonniers recommenaient  s'agiter. Ils criaient
maintenant, appelaient, battaient sans cesse de coups de
crosse furieux la trappe inbranlable.

Puis ils se mirent  tirer des coups de fusil par le soupirail,
[25]esprant sans doute tre entendus si quelque dtachement
allemand passait dans les environs.

La forestire ne remuait plus; mais tout ce bruit l'nervait,
l'irritait. Une colre mchante s'veillait en elle;
elle et voulu les assassiner, les gueux, pour les faire taire.

[30]Puis son impatience grandissant, elle se mit  regarder
l'horloge,  compter les minutes.

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Le pre tait parti depuis une heure et demie. Il avait
atteint la ville maintenant. Elle croyait le voir. Il racontait
la chose  M. Lavigne, qui plissait d'motion et
sonnait sa bonne pour avoir on uniforme et ses armes;
[5]Elle entendait, lui semblait-il, le tambour courant par les
rues. Les ttes effares apparaissaient aux fentres. Les
soldats citoyens sortaient de leurs maisons,  peine vtus,
essouffls, bouclant leurs ceinturons, et partaient, au pas
gymnastique, vers la maison du commandant.

[10]Puis la troupe, l'chasse en tte, se mettait en marche,
dans la nuit, dans la neige, vers la fort.

Elle regardait l'horloge. Ils peuvent tre ici dans une
heure.

Une impatience nerveuse l'envahissait. Les minutes
[15]lui paraissaient interminables. Comme c'tait long!

Enfin, le temps qu'elle avait fix pour leur arrive fut
marqu par l'aiguille.

Et elle ouvrit de nouveau la porte, pour les couter
venir. Elle aperut une ombre marchant avec
[20]prcaution. Elle eut peur, poussa un cri. C'tait son
pre.

Il dit:

--Ils m'envoient pour voir s'il n'y a rien de chang.

--Non, rien.

[25]Alors, il lana  son tour, dans la nuit, un coup de sifflet
strident et prolong. Et, bientt, on vit une chose brune
qui s'en venait, sous les arbres, lentement: l'avant-garde
compose de dix hommes.

L'chasse rptait  tout instant:

[30]--Passez pas devant le soupirail.

Et les premiers arrivs montraient aux nouveaux venus
le soupirail redout.

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Enfin le gros de la troupe se montra, en tout deux cents
hommes, portant chacun deux cents cartouches.

M. Lavigne, agit, frmissant, les disposa de faon  cerner
de partout la maison en laissant un large espace libre
[5]devant le petit trou noir, au ras du sol, par o la cave
prenait de l'air.

Puis il entra dans l'habitation et s'informa de la force
et de l'attitude de l'ennemi, devenu tellement muet qu'on
aurait pu le croire disparu, vanoui, envol par le soupirail.

[10]M. Lavigne frappa du pied la trappe et appela:

--Monsieur l'officier prussien?

L'Allemand ne rpondit pas.

Le commandant reprit:

--Monsieur l'officier prussien?

[15]Ce fut en vain. Pendant vingt minutes il somma cet
officier silencieux de se rendre avec armes et bagages, en
lui promettant la vie sauve et les honneurs militaires pour
lui et ses soldats. Mais il n'obtint aucun signe de consentement
ou d'hostilit. La situation devenait difficile.

[20]Les soldats-citoyens battaient la semelle dans la neige,
se frappaient les paules  grands coups de bras, comme
font les cochers pour s'chauffer, et ils regardaient le
soupirail avec une envie grandissante et purile de passer
devant.

[25]Un d'eux, enfin, se hasarda, un nomm Potdevin qui
tait trs souple. Il prit son lan et passa en courant
comme un cerf. La tentative russit. Les prisonniers
semblaient morts.

30 ~~Y a personne.

Et un autre soldat traversa l'espace libre devant le trou
dangereux. Alors ce fut un jeu. De minute en minute, un

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homme se lanant, passait d'une troupe dans l'autre
comme font les enfants en jouant aux barres, et il lanait
derrire lui des claboussures de neige tant il agitait vivement
les pieds. On avait allum, pour se chauffer, de
[5]grands feux de bois mort, et ce profil courant du garde
national apparaissait illumin dans un rapide voyage du
camp de droite au camp de gauche.

Quelqu'un cria:

--A toi, Maloison.

[10]Maloison tait un gros boulanger dont le ventre donnait
 rire aux camarades.

Il hsitait. On le blagua. Alors, prenant son parti il
se mit en route, d'un petit pas gymnastique rgulier et
essouffl, qui secouait sa forte bedaine.

[15]Tout le dtachement riait aux larmes. On criait pour
l'encourager:

--Bravo, bravo, Maloison!

Il arrivait environ aux deux tiers de son trajet quand
une flamme longue, rapide et rouge, jaillit du soupirail.
[20]Une dtonation retentit, et le vaste boulanger s'abattit
sur le nez avec un cri pouvantable.

Personne ne s'lana pour le secourir. Alors on le vit se
trainer  quatre pattes dans la neige en gmissant, et,
quand il fut sorti du terrible passage, il s'vanouit.

[25]Il avait une balle dans le gras de la cuisse, tout en haut.
Aprs la premire surprise et la premire pouvante, un
nouveau rire s'leva.

Mais le commandant Lavigne apparut sur le seuil de
la maison forestire. Il venait d'arrter son plan d'attaque.

[30]Il commanda d'une voix vibrante:

--Le zingueur Planchut et ses ouvriers.

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Trois hommes s'approchrent.

~-Descellez les gouttires de la maison.

Et en un quart d'heure on eut apport au commandant
vingt mtres de gouttires.

[5]Alors il fit pratiquer, avec mille prcautions de prudence,
un petit trou rond dans le bord de la trappe, et, organisant
un conduit d'eau de la pompe  cette ouverture, il dclara
d'un air enchant:

--Nous allons offrir  boire  messieurs les Allemands.

[10]Un hurrah frntique d'admiration clata suivi de
hurlements de joie et de rires perdus. Et le commandant
organisa des pelotons de travail qui se relayeraient de
cinq minutes en cinq minutes. Puis il commanda:

--Pompez.

[15]Et le volant de fer ayant t mis en branle, un petit
bruit glissa le long des tuyaux et tomba bientt dans la
cave, de marche en marche, avec un murmure de cascade,
un murmure de rocher  poissons rouges.

On attendit.

[20]Une heure s'coula, puis deux, puis trois.
Le commandant fivreux se promenait dans la cuisine,
collant son oreille  terre de temps en temps, cherchant 
deviner ce que faisait l'ennemi, se demandant s'il allait
bientt capituler.

[25]Il s'agitait maintenant, l'ennemi. On l'entendait remuer
les barriques, parler, clapoter.

Puis, vers huit heures du matin, une voix sortit du
soupirail:

--Ch foul parl  monsieur l'officier franais.

[30]Lavigne rpondit, de la fentre, sans avancer trop la
tte:

--Vous rendez-vous?

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--Che me rends.

--Alors passez les fusils dehors.

Et on vit aussitt une arme sortir du trou et tomber
dans la neige, puis deux, trois, toutes les armes. Et la
[5]mme voix dclara:

--Che n'ai blus. Tpchez-fous. Ch suis noy.

Le commandant commanda:

--Cessez.

Le volant de la pompe retomba immobile.

[10]Et, ayant empli la cuisine de soldats qui attendaient,
l'arme au pied, il souleva lentement la trappe de chne.

Quatre ttes apparurent trempes, quatre ttes blondes
aux longs cheveux ples, et on vit sortir, l'un aprs l'autre,
les six Allemands grelottants, ruisselants, effars.

[15]Ils furent saisis et garrotts. Puis, comme on craignait
une surprise, on repartit tout de suite, en deux convois,
l'un conduisant les prisonniers et l'autre conduisant
Maloison sur un matelas pos sur des perches.

Ils rentrrent triomphalement dans Rethel.

[20]M. Lavigne fut dcor pour avoir captur une avant-garde
prussienne, et le gros boulanger eut la mdaille
militaire pour blessure reue devant l'ennemi.

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LE BAPTME

A Guillemet

Devant la porte de la ferme, les hommes endimanchs
attendaient. Le soleil de mai versait sa claire lumire sur
les pommiers panouis, ronds comme d'immenses bouquets
blancs, roses et parfums, et qui mettaient sur la cour
[5]entire un toit de fleurs. Ils semaient sans cesse autour
d'eux une neige de ptales menus, qui voltigeaient et
tournoyaient en tombant dans l'herbe haute, o les pissenlits
brillaient comme des flammes, o les coquelicots
semblaient des gouttes de sang.

[10]Une truie somnolait sur le bord du fumier, le ventre
norme, les mamelles gonfles, tandis qu'une troupe de
petits porcs tournait autour, avec leur queue roule comme
une corde.

Tout  coup, l-bas, derrire les arbres des fermes,
[15]la cloche de l'glise tinta. Sa voix de fer jetait dans le
ciel joyeux son appel faible et lointain. Des hirondelles
filaient comme des flches  travers l'espace bleu qu'enfermaient
les grands htres immobiles. Une odeur d'table
passait parfois, mle au souffle doux et sucr des
[20]pommiers.

Un des hommes debout devant la porte se tourna vera
la maison et cria:

--Allons, allons, Mlina, v'l que a sonne!

Il avait peut-tre trente ans. C'tait un grand paysan,
[25]que les longs travaux des champs n'avaient point encore
courb ni dform. Un vieux, son pre, noueux comme un

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tronc de chne, avec des poignets bossus et des jambes
torses, dclara:

--Les femmes, c'est jamais prt, d'abord.

Les deux autres fils du vieux se mirent  rire, et l'un,
[5]se tournant vers le frre ain, qui avait appel le premier,
lui dit:

--Va les qurir, Polyte. All' viendront point avant
midi.

Et le jeune homme entra dans sa demeure.

[10]Une bande de canards arrte prs des paysans se mit 
crier en battant des ailes; puis ils partirent vers la mare
de leur pas lent et balanc.

Alors, sur la porte demeure ouverte, une grosse femme
parut qui portait un enfant de deux mois, Les brides
[15]blanches de son haut bonnet lui pendaient sur le dos,
retombant sur un chle rouge, clatant comme un incendie,
et le moutard, envelopp de linges blancs, reposait sur le
ventre en bosse de la garde.

Puis la mre, grande et forte, sortit  son tour,  peine
[20]ge de dix-huit ans, frache et souriante, tenant le bras
de son homme. Et les deux grand'mres vinrent ensuite,
fanes ainsi que de vieilles pommes, avec une fatigue
vidente dans leurs reins forcs, tourns depuis longtemps
par les patientes et rudes besognes. Une d'elles tait
[25]veuve; elle prit le bras du grand-pre, demeur devant la
porte, et ils partirent en tte du cortge, derrire l'enfant
et la sage-femme. Et le reste de la famille se mit en route
 la suite. Les plus jeunes portaient des sacs de papier
pleins de drages.

[30]L-bas, la petite cloche sonnait sans repos, appelant de
toute sa force le frle marmot attendu. Des gamins
montaient sur les fosss; des gens apparaissaient aux

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barrires; des filles de ferme restaient debout entre deux
seaux pleins de lait qu'elles posaient  terre pour regarder
le baptme.

Et la garde, triomphante, portait son fardeau vivant,
[5]vitait les flaques d'eau dans les chemins creux, entre les
talus plants d'arbres. Et les vieux venaient avec crmonie,
marchant un peu de travers, vu l'ge et les douleurs;
et les jeunes avaient envie de danser, et ils regardaient les
filles qui venaient les voir passer; et le pre et la mre
[10]allaient gravement, plus srieux, suivant cet enfant qui
les remplacerait, plus tard, dans la vie, qui continuerait
dans le pays leur nom, le nom des Dentu, bien connu par
le canton.

Ils dbouchrent dans la plaine et prirent  travers les
[15]champs pour viter le long dtour de la route.

On apercevait l'glise maintenant, avec son clocher
pointu. Une ouverture le traversait juste au-dessous du
toit d'ardoises; et quelque chose, remuait l-dedans, allant
et venant d'un mouvement vif, passant et repassant
[20]derrire l'troite fentre. C'tait la cloche qui sonnait
toujours, criant au nouveau-n de venir, pour la premire
fois, dans la maison du Bon Dieu.

Un chien s'tait mis  suivre. On lui jetait des drages,
il gambadait autour des gens.

[25]La porte de l'glise tait ouverte. Le prtre, un grand
garon  cheveux rouges, maigre et fort, un Dentu aussi,
lui, oncle du petit, encore un frre du pre, attendait
devant l'autel. Et il baptisa suivant les rites son neveu
Prosper-Csar, qui se mit  pleurer en gotant le sel
[30]symbolique.

Quand la crmonie fut acheve, la famille demeura sur
le seuil pendant que l'abb quittait son surplis; puis on se
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remit en route. On allait vite maintenant, car on pensait
au diner. Toute la marmaille du pays suivait, et, chaque
fois qu'on lui jetait une poigne de bonbons, c'tait une
mle furieuse, des luttes corps  corps, des cheveux arrachs;
[5]et le chien aussi se jetait dans le tas pour ramasser
les sucreries, tir par la queue, par les oreilles, par les
pattes, mais plus obstin que les gamins.

La garde un peu lasse, dit  l'abb qui marchait auprs
d'elle:

[10]-Dites donc, m'sieu le cur, si a ne vous opposait
pas de m'tenir un brin vot'neveu pendant que je m'dgourdirai.
J'ai quasiment une crampe dans les estomacs.

Le prtre prit l'enfant, dont la robe blanche faisait une
grande tache clatante sur la soutane noire, et il l'embrassa,
[15]gn par ce lger fardeau, ne sachant comment le tenir,
comment le poser. Tout le monde se mit  rire. Une des
grand'mres demanda de loin:

--a ne t'fait-il point deuil, dis, l'abb, qu'tu n'en
auras jamais comme a?

[20]Le prtre ne rpondit pas. Il allait  grandes enjambes,
regardant fixement le moutard aux yeux bleus, dont
il avait envie d'embrasser encore les joues rondes. Il n'y
tint plus, et, le levant jusqu' son visage, il le baisa
longuement.

[25]Le pre cria:

--Dis donc, cur, si t'en veux un, t'as qu' le dire.

Et on se mit  plaisanter, comme plaisantent les gens
des champs.

Ds qu'on fut assis  table, la lourde gaiet campagnarde
[30]clata comme une tempte. Les deux autres fils allaient
aussi se marier; leurs fiances taient l, arrives seulement
pour le repas; et les invits ne cessaient de lancer des

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allusions  toutes les gnrations futures que promettaient
ces unions.

C'taient des gros mots, fortement sals, qui faisaient
ricaner les filles rougissantes et se tordre les hommes. Ils
[5]tapaient du poing sur la table, poussaient des cris. Le
pre et le grand-pre ne tarissaient point en propos polissons.
La mre souriait; les vieilles prenaient leur part de
joie et lanaient aussi des gaillardises.

Le cur, habitu  ces dbauches paysannes, restait tranquille,
[10]assis  ct de la garde, agaant du doigt la petite
bouche de son neveu pour le faire rire. Il semblait surpris
par la vue de cet enfant, comme s'il n'en avait jamais
aperu. Il le considrait avec une attention rflchie,
avec une gravit songeuse, avec une tendresse inconnue,
[15]singulire, vive et un peu triste, pour ce petit tre fragile
qui tait le fils de son frre.

Il n'entendait rien, il ne voyait rien, il contemplait
l'enfant. Il avait envie de le prendre encore sur ses genoux,
car il gardait, sur sa poitrine et dans son coeur, la sensation
[20]douce de l'avoir port tout  l'heure, en revenant de l'glise.
Il restait mu devant cette larve d'homme comme devant
un mystre ineffable auquel il n'avait jamais pens, un
mystre auguste et saint, l'incarnation d'une me nouvelle,
le grand mystre de la vie qui commence, de l'amour
[25]qui s'veille, de la race qui se continue, de l'humanit qui
marche toujours.

La garde mangeait, la face rouge, les yeux luisants, gne
par le petit qui l'cartait de la table.

L'abb lui dit:

[30]--Donnez-le-moi. Je n'ai pas faim.

Et il reprit l'enfant. Alors tout disparut autour de
lui, tout s'effaa: et il restait les yeux fixs sur cette figure

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rose et bouffie; et peu  peu, la chaleur du petit corps, 
travers les langes et le drap de la soutane, lui gagnait les
jambes, le pntrait comme une caresse trs lgre, trs
bonne, trs chaste, une caresse dlicieuse qui lui mettait
[5]des larmes aux yeux.

Le bruit des mangeurs devenait effrayant. L'enfant,
agac par ces clameurs, se mit  pleurer.

Une voix s'cria:

--Dis donc, l'abb, donne-lui  tter.

[10]Et une explosion de rires secoua la salle. Mais la mre
s'tait leve; elle prit son fils et l'emporta dans la chambre
voisine. Elle revint au bout de quelques minutes en dclarant
qu'il dormait tranquillement dans son berceau.

Et le repas continua. Hommes et femmes sortaient de
[15]temps en temps dans la cour, puis rentraient se mettre 
table. Les viandes, les lgumes, le cidre et le vin s'engouffraient
dans les bouches, gonflaient les ventres, allumaient
les yeux, faisaient dlirer les esprits.

La nuit tombait quand on prit le caf. Depuis
[20]long-temps le prtre avait disparu, sans qu'on s'tonnt de son
absence.

La jeune mre enfin se leva pour aller voir si le petit
dormait toujours. Il faisait sombre  prsent: Elle pntra
dans la chambre  ttons; et elle avanait les bras
[25]tendus, pour ne point heurter de meuble. Mais un bruit
singulier l'arrta net; et elle ressortit effare, sre d'avoir
entendu remuer quelqu'un. Elle rentra dans la salle, fort
ple, tremblante, et raconta la chose. Tous les hommes
se levrent en tumulte, gris et menaants; et le pre, une
[30]lampe  la main, s'lana.

L'abb,  genoux prs du berceau, sanglotait, le front
sur l'oreiller o reposait la tte de l'enfant.

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TOlNE

I

On le connaissait  dix lieues aux environs le pre Toine,
le gros Toine, Toine-ma-Fine, Antoine Mchebl, dit
Brlot, le cabaretier de Tournevent.

Il avait rendu clbre le hameau enfonc dans un pli
[5]du vallon qui descendait vers la mer, pauvre hameau paysan
compos de dix maisons normandes entoures de
fosss et d'arbres.

Elles taient l, ces maisons, blotties dans ce ravin couvert
d'herbe et d'ajonc, derrire la courbe qui avait fait
[10]nommer ce lieu Tournevent. Elles semblaient avoir
cherch un abri dans ce trou comme les oiseaux qui se
cachent dans les sillons les jours d'ouragan, un abri contre
le grand vent de mer, le vent du large, le vent dur et sal,
qui ronge et brle comme le feu, dessche et dtruit comme
[15]les geles d'hiver.

Mais le hameau tout entier semblait tre la proprit
d'Antoine Mchebl, dit Brlot, qu'on appelait d'ailleurs
aussi souvent Toine et Toine-ma-Fine, par suite d'une
locution dont il se servait sans cesse:

[20]--Ma Fine est la premire de France.

Sa Fine, c'tait son cognac, bien entendu.

Depuis vingt ans il abreuvait le pays de sa Fine et de
ses Brlots, car chaque fois qu'on lui demandait:

--Qu'est-ce que j'allons b, p Toine?

[25]Il rpondait invariablement:

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--Un brlot, mon gendre, a chauffe la tripe et a
nettoie la tte; y a rien de meilleur pour le corps.

Il avait aussi cette coutume d'appeler tout le monde
mon gendre, bien qu'il n'et jamais eu de fille marie
[5]ou  marier.

Ah! oui, on le connaissait Toine Brlot, le plus gros
homme du canton, et mme de l'arrondissement. Sa petite
maison semblait drisoirement trop troite et trop basse
pour le contenir, et quand on le voyait debout sur sa
[10]porte o il passait des journes entires, on se demandait
comment il pourrait entrer dans sa demeure. Il y rentrait
chaque fois que se prsentait un consommateur, car
Toine-ma-Fine tait invit de droit  prlever son petit
verre sur tout ce qu'on buvait chez lui.

[15]Son caf avait pour enseigne: Au rendez-vous des
Amis, et il tait bien, le p Toine, l'ami de toute la
contre. On venait de Fcamp et de Montivilliers pour le
voir et pour rigoler en l'coutant, car il aurait fait rire une
pierre de tombe, ce gros homme. Il avait une manire
[20]de blaguer les gens sans les fcher, de cligner de l'oeil pour
exprimer ce qu'il ne disait pas, de se taper sur la cuisse
dans ses accs de gaiet qui vous tirait le rire du ventre
malgr vous,  tous les coups. Et puis c'tait une curiosit
rien que de le regarder boire. Il buvait tant qu'on lui en
[25]offrait, et de tout, avec une joie dans son oeil malin, une
joie qui venait de son double plaisir, plaisir de se rgaler
d'abord et d'amasser des gros sous, ensuite pour sa
rgalade.

Les farceurs du pays lui demandaient:

[30]--Pourquoi que tu ne b point la m, p Toine?

Il rpondait:

--Y a deux choses qui m'opposent, primo qu'al'est

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sale, et deusio qu'i faudrait la mettre en bouteille, vu que
mon abdomin n'est point pliable pour b  c'te tasse-l!

Et puis il fallait l'entendre se quereller avec sa femme.
C'tait une telle comdie qu'on aurait pay sa place de
[5]bon coeur. Depuis trente ans qu'ils taient maris, ils se
chamaillaient tous les jours. Seulement Toine rigolait,
tandis que sa bourgeoise se fchait. C'tait une grande
paysanne, marchant  longs pas d'chassier, et portant
une tte de chat-huant en colre. Elle passait son temps.
[10] lever des poules dans une petite cour, derrire le cabaret,
et elle tait renomme pour la faon dont elle savait engraisser
les volailles.

Quand on donnait un repas  Fcamp chez des gens de
la haute, il fallait, pour que le dner ft got, qu'on y
[15]manget une pensionnaire de la m Toine.

Mais elle tait ne de mauvaise humeur et elle avait
continu  tre mcontente de tout. Fche contre le
monde entier, elle en voulait principalement  son mari.
Elle lui en voulait de sa gaiet, de sa renomme, de sa
[20]sant et de son embonpoint. Elle le traitait de propre 
rien, parce qu'il gagnait de l'argent sans rien faire, de
sapas, pare qu'il mangeait et buvait comme dix hommes
ordinaires, et il ne se passait point de jour sans qu'elle
dclart d'un air exaspr:

[25]--a serait-il point mieux dans l'table  cochons, un
qutou comme a? C'est que d'la graisse, que a en fait
mal au coeur.

Et elle lui criait dans la figure:

--Espre, espre un brin; j'verrons c'qu'arrivera,
[30]j'verrons ben! a crvera comme un sac  grain, ce gros bouffi!

Toine riait de tout son coeur en se tapant sur le ventre et
Rpondait:

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--Eh! la m Poule, ma planche, tche d'engraisser
comme a d'la volaille. Tche pour voir.

Et relevant sa manche sur son bras norme:

--En v'l un aileron, la m, en v'l un.

[5]Et les consommateurs tapaient du poing sur les tables
en se tordant de joie, tapaient du pied sur la terre du sol,
et crachaient par terre dans un dlire de gaiet.

La vieille furieuse reprenait:

--Espre un brin... espre un brin... j'verrons
[10]c'qu'arrivera... a crvera comme un sac  grain...

Et elle s'en allait furieuse, sous les rires des buveurs.

Toine, en effet, tait surprenant  voir, tant il tait
devenu pais et gros, rouge et soufflant. C'tait un de ces
tres normes sur qui la mort semble s'amuser, avec des
[15]ruses, des gaiets et des perfidies bouffonnes, rendant
irrsistiblement comique son travail lent de destruction.
Au lieu de se montrer comme elle fait chez les autres, la
gueuse, de se montrer dans les cheveux blancs, dans la
maigreur, dans les rides, dans l'affaissement croissant qui
[20]fait dire avec un frisson: Bigre! comme il a chang!
elle prenait plaisir  l'engraisser, celui-l,  le faire monstrueux
et drle,  l'enluminer de rouge et de bleu,  le
souffler,  lui donner l'apparence d'une sant surhumaine;
et les dformations qu'elle inflige  tous les tres devenaient
[25]chez lui risibles, cocasses, divertissantes, au lieu d'tre
sinistres et pitoyables.

--Espre un brin, rptait la mre Toine, j'verrons ce
qu'arrivera.

II

Il arriva que Toine eut une attaque et tomba paralys.
[30]On coucha ce colosse dans la petite chambre derrire la

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cloison du caf, afin qu'il pt entendre ce qu'on disait 
ct, et causer avec les amis, car sa tte tait demeure
libre, tandis que son corps, un corps norme, impossible 
remuer,  soulever, restait frapp d'immobilit. On
[5]esprait, dans les premiers temps, que ses grosses jambes
reprendraient quelque nergie, mais cet espoir disparut
bientt, et Toine-ma-Fine passa ses jours et ses nuits dans
son lit qu'on ne retapait qu'une fois par semaine, avec le
secours de quatre voisins qui enlevaient le cabaretier par
[10]les quatre membres pendant qu'on retournait sa paillasse.

Il demeurait gai pourtant, mais d'une gaiet diffrente,
plus timide, plus humble, avec des craintes de petit enfant
devant sa femme qui piaillait toute la journe:

--Le v'l, le gros sapas, le v'l, le propre  rien, le
[15]faigniant, ce gros solot! C'est du propre, c'est du propre!

Il ne rpondait plus. Il clignait seulement de l'oeil
derrire le dos de la vieille et il se retournait sur sa couche,
seul mouvement qui lui demeurt possible. Il appelait
cet exercice faire un va-t-au nord, ou un va-t-au sud.

[20]Sa grande distraction maintenant c'tait d'couter les
conversations du caf, et de dialoguer  travers le mur;
quand il reconnaissait les voix des amis, il criait:

--H, mon gendre, c'est t Clestin?

Et Clestin Maloisel rpondait:

[25]--C'est m, p Toine. C'est-il que tu regalopes, gros
lapin?

Toine-ma-Fine prononait:

--Pour galoper, point encore. Mais je n'ai point
maigri, l'coffre est bon.

[30]Bientt, il fit venir les plus intimes dans sa chambre et
on lui tenait compagnie, bien qu'il se dsolt de voir qu'on
buvait sans lui. Il rptait:

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--C'est a qui me fait deuil, mon gendre, de n'pu goter
d'ma fine, nom d'un nom. L'reste, j'm'en gargarise,
mais de ne point b a me fait deuil.

Et la tte de chat-huant de la mre Toine apparaissait
[5]dans la fentre. Elle criait:

--Gutez-le, gutez-le,  c't'heure ce gros faigniant,
qu'y faut nourrir, qu'i faut laver, qu'i faut nettoyer comme
un porc.

Et quand la vieille avait disparu, un coq aux plumes
[10]rouges sautait parfois sur la fentre, regardait d'un oeil
rond et curieux dans la chambre, puis poussait son cri
sonore. Et parfois aussi, une ou deux poules volaient
jusqu'aux pieds du lit, cherchant des miettes sur le
sol.

[15]Les amis de Toine-ma-Fine dsertrent bientt la salle
du caf, pour venir, chaque aprs-midi, faire la causette
autour du lit du gros homme. Tout couch qu'il tait, ce
farceur de Toine, il les amusait encore. Il aurait fait
rire le diable, ce malin-l. Ils taient trois qui reparaissait
[20]tous les jours: Clestin Maloisel, un grand maigre,
un peu tordu comme un tronc de pommier, Prosper Horslaville,
un petit sec avec un nez de furet, malicieux, fut
comme un renard, et Csaire Paumelle, qui ne parlait
jamais, mais qui s'amusait tout de mme.

[25]On apportait une planche de la cour, on la posait au
bord du lit et on jouait aux dominos pardi, et on faisait
de rudes parties, depuis deux heures jusqu' six.

Mais la mre Toine devint bientt insupportable. Elle
ne pouvait point tolrer que son gros faignant d'homme
[30]continut  se distraire, en jouant aux dominos dans son
lit; et chaque fois qu'elle voyait une partie commence,
elle s'lanait avec fureur, culbutait la planche,

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saisissait le jeu, le rapportait dans le caf et dclarait que
c'tait assez de nourrir ce gros suiffeux  ne rien faire
sans le voir encore se divertir comme pour narguer le
pauvre monde qui travaillait toute la journe.

[5]Clestin Maloisel et Csaire Paumelle courbaient la
tte, mais Prosper Horslaville excitait la vieille, s'amusait
de ses colres.

La voyant un jour plus exaspre que de coutume, il
lui dit:

[10]--H! la m, savez-vous c'que j'f'rais, m, si j'tais de
vous?

Elle attendit qu'il s'expliqut, fixant sur lui son oeil de
chouette.

Il reprit:

[15]--Il est chaud comme un four, vot'homme, qui n'sort
point d'son lit. Eh ben, m, j'li f'rais couver des oeufs.

Elle demeura stupfaite, pensant qu'on se moquait
d'elle, considrant la figure mince et ruse du paysan qui
continua:

[20]--J'y en mettrais cinq sous un bras, cinq sous l'autre,
l'mme jour que je donnerais la couve  une poule. a
natrait d'mme. Quand ils seraient clos j'porterais 
vot' poule les poussins de vot' homme pour qu'a les lve.
a vous en f'rait de la volaille, la m!

[25]La vieille interdite demanda:

--a se peut-il?

L'homme reprit:

--Si a s'peut! Pourqu que a n'se pourrait point!
Pisqu'on fait ben couver des oeufs dans une boite chaude,
[30]on peut en mett' couver dans un lit.

Elle fut frappe par ce raisonnement et s'en alla, songeuse
et calme.

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Huit jours plus tard elle entra dans la chambre de Toine
avec son tablier plein d'oeufs. Et elle dit:

--J'viens d'mett' la jaune au nid avec dix oeufs. En
v'l dix pour t. Tche de n'point les casser.

[5]Toine perdu, demanda:

--Qu que tu veux?

Elle rpondit:

--J'veux qu'tu les couves, propre  rien.

Il rit d'abord; puis, comme elle insistait, il se fcha, il
[10]rsista, il refusa rsolument de laisser mettre sous ses gros
bras cette graine de volaille que sa chaleur ferait clore.

Mais la vieille, furieuse, dclara:

--Tu n'auras point d'fricot tant que tu n'les prendras
point. J'verrons ben c'qu'arrivera.

[15]Toine, inquiet, ne rpondit rien.

Quand il entendit sonner midi, il appela:

--H! la m, la soupe est-elle cuite?

La vieille cria de sa cuisine:

--Y a point de soupe pour t, gros faigniant.

[20]Il crut qu'elle plaisantait et attendit, puis il pria,
supplia, jura, fit des va-t-au nord et des va-t-au sud
dsesprs, tapa la muraille  coups de poing, mais il dut se
rsigner  laisser introduire dans sa couche cinq oeufs
contre son flanc gauche. Aprs quoi il eut sa soupe.

[25]Quand ses amis arrivrent, ils le crurent tout  fait
mal, tant il paraissait drle et gn.

Puis on fit la partie de tous les jours. Mais Toine semblait
n'y prendre aucun plaisir et n'avanait la main
qu'avec des lenteurs et des prcautions infinies.

[30]--T'as donc l'bras nou, demandait Horslaville.

Toine rpondit:

--J'ai quasiment t'une lourdeur dans l'paule.

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Soudain, on entendit entrer dans le caf, les joueurs se
turent.

C'tait le maire avec l'adjoint. Ils demandrent deux
verres de fine et se mirent  causer des affaires du pays.
[5]Comme ils parlaient  voix basse, Toine Brlot voulut
coller son oreille contre le mur, et, oubliant ses oeufs, il
fit un brusque va-t-au nord qui le coucha sur une
omelette.

Au juron qu'il poussa, la mre Toine accourut, et
[10]devinant le dsastre, le dcouvrit d'une secousse. Elle
demeura d'abord immobile, indigne, trop suffoque pour
parler devant le cataplasme jaune coll sur le flanc de son
homme.

Puis, frmissant de fureur, elle se rua sur le paralytique
[15]et se mit  lui taper de grands coups sur le ventre, comme
lorsqu'elle lavait son linge au bord de la mare. Ses mains
tombaient l'une aprs l'autre avec un bruit sourd, rapides
comme les pattes d'un lapin qui bat du tambour.

Les trois amis de Toine riaient  suffoquer, toussant,
[20]ternuant, poussant des cris, et le gros homme effar
parait les attaques de sa femme avec prudence, pour ne
point casser encore les cinq oeufs qu'il avait de l'autre ct.

III

Toine fut vaincu. Il dut couver, il dut renoncer aux
parties de domino, renoncer  tout mouvement, car la
[25]vieille le privait de nourriture avec frocit chaque fois
qu'il cassait un oeuf.

Il demeurait sur le dos, l'oeil au plafond, immobile, les
bras soulevs comme des ailes, chauffant contre lui les
germes de volailles enferms dans les coques blanches.

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Il ne parlait plus qu' voix basse comme s'il et craint
le bruit autant que le mouvement, et il s'inquitait de la
couveuse jaune qui accomplissait dans le poulailler la
mme besogne que lui.

[5]Il demandait  sa femme:

--La jaune a-t-elle mang la nuit?

Et la vieille allait de ses poules  son homme, et de son
homme  ses poules, obsde, possde par la proccupation
des petits poulets qui mrissaient dans le lit et dans
[10]le nid.

Les gens du pays qui savaient l'histoire s'en venaient,
curieux et srieux, prendre des nouvelles de Toine. Ils
entraient  pas lgers comme on entre chez les malades et
demandaient avec intrt:

[15]-~Eh bien! a va-t-il?

Toine rpondait:

--Pour aller, a va, mais j'ai maujeure tant que a
m'chauffe. J'ai des frmis qui me galopent sur la peau.
Or, un matin, sa femme entra trs mue et dclara:

[20]--La jaune en a sept. Y avait trois oeufs de mauvais.
Toine sentit battre son coeur. -Combien en aurait-il,
lui?

Il demanda:

--Ce sera tantt?--avec une angoisse de femme qui
[25]va devenir mre.

La vieille rpondit d'un air furieux, torture par la
crainte d'un insuccs:

--Faut croire!

Ils attendirent. Les amis prvenus que les temps
[30]taient proches arrivrent bientt inquiets eux-mmes.

On en jasait dans les maisons. On allait s'informer aux
portes voisines.

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Vers trois heures, Toine s'assoupit. Il dormait maintenant
la moiti des jours. Il fut rveill soudain par
un chatouillement inusit sous le bras droit. Il y porta
aussitt la main gauche et saisit une bte couverte de
[5]duvet jaune, qui remuait dans ses doigts.

Son motion fut telle, qu'il se mit  pousser des cris, et
il lcha le poussin qui courut sur sa poitrine. Le caf
tait plein de monde. Les buveurs se prcipitrent, envahirent
la chambre, firent cercle comme autour d'un
[10]saltimbanque, et la vieille tant arrive cueillit avec
prcaution la bestiole blottie sous la barbe de son mari.

Personne ne parlait plus. C'tait par un jour chaud
d'avril. On entendait par la fentre ouverte glousser la
poule jaune appelant ses nouveau-ns.

[15]Toine, qui suait d'motion, d'angoisse, d'inquitude,
murmura:

--J'en ai encore un sous le bras gauche,  c't'heure.

Sa femme plongea dans le lit sa grande main maigre, et
ramena un second poussin, avec des mouvements
[20]soigneux de sage-femme.

Les voisins voulurent le voir. On se le repassa en le considrant
attentivement comme s'il et t un phnomne.
Pendant vingt minutes, il n'en naquit pas, puis quatre
sortirent en mme temps de leurs coquilles.

[25]Ce fut une grande rumeur parmi les assistants. Et
Toine sourit, content de son succs, commenant 
s'enorgueillir de cette paternit singulire. On n'en avait
pas souvent vu comme lui, tout de mme! C'tait un
drle d'homme, vraiment!

[30]Il dclara:

--a fait six. Nom de nom qu baptme!

Et un grand rire s'leva dans le public. D'autres

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personnes emplissaient le caf. D'autres encore attendaient
devant la porte. On se demandait:

--Combien qu'i en a?

--Yen a six.

[5]--La mre Toine portait  la poule cette famille nouvelle,
et la poule gloussait perdument, hrissait ses plumes,
ouvrait les ailes toutes grandes pour abriter la troupe
grossissante de ses petits.

--En v'l encore un! cria Toine.

[10]Il s'tait tromp, il y en avait trois! Ce fut un
triomphe! Le dernier creva son enveloppe  sept heures
du soir. Tous les oeufs taient bons! Et Toine affol de
joie, dlivr, glorieux, baisa sur le dos le frle animal,
faillit l'touffer avec ses lvres. Il voulut le garder dans
[15]son lit, celui-l, jusqu'au lendemain, saisi par une
tendresse de mre pour cet tre si petiot qu'il avait donn
 la vie; mais la vieille l'emporta comme les autres sans
couter les supplications de son homme.

Les assistants, ravis, s'en allrent en devisant de
[20]l'vnement, et Horslaville rest le dernier, demanda:

--Dis donc, p Toine, tu m'invites  fricasser l'premier,
pas vrai?

A cette ide de fricasse, le visage de Toine s'illumina,
et le gros homme rpondit:

[25]--Pour sr que je t'invite, mon gendre.

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LE PRE MILON

Depuis un mois, le large soleil jette aux champs sa
flamme cuisante. La vie radieuse clot sous cette averse
de feu; la terre est verte  perte de vue. Jusqu'aux bords
de l'horizon, le ciel est bleu. Les fermes normandes
[5]semes par la plaine semblent, de loin, de petits bois,
enfermes dans leur ceinture de htres lancs. De prs,
quand on ouvre la barrire vermoulue, on croit voir un
jardin gant, car tous les antiques pommiers, osseux
comme les paysans, sont en fleur. Les vieux troncs noirs,
[10]crochus, tortus, aligns par la cour, talent sous le ciel
leurs dmes clatants, blancs et roses. Le doux parfum
de leur panouissement se mle aux grasses senteurs des
tables ouvertes et aux vapeurs du fumier qui fermente,
couvert de poules.

[15]Il est midi. La famille dne  l'ombre du poirier plant
devant la porte: le pre, la mre; les quatre enfants, les
deux servantes et les trois valets. On ne parle gure. On
mange la soupe, puis on dcouvre le plat de fricot plein
de pommes de terre au lard.

[20]De temps en temps, une servante se lve et va remplir
au cellier la cruche au cidre.

L'homme, un grand gars de quarante ans, contemple,
contre sa maison, une vigne reste nue, et courant, tordue
comme un serpent, sous les volets, tout le long du mur.

[25]Il dit enfin: La vigne au pre bourgeonne de bonne
heure c't'anne. P't-tre qu'a donnera.

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La femme aussi se retourne et regarde, sans dire un mot.

Cette vigne est plante juste  la place o le pre a t
fusill.

 *
* *

C'tait pendant la guerre de 1870. Les Prussiens
[5]occupaient tout le pays. Le gnral Faidherbe, avec l'arme
du Nord, leur tenait tte.

Or l'tat-major prussien s'tait post dans cette ferme.
Le vieux paysan qui la possdait, le pre Milon, Pierre,
les avait reus et installs de son mieux.

[10]Depuis un mois l'avant-garde allemande restait en
observation dans le village. Les Franais demeuraient
immobiles,  dix lieues de l; et cependant, chaque nuit,
des uhlans disparaissaient.

Tous les claireurs isols, ceux qu'on envoyait faire des
[15]rondes, alors qu'ils partaient  deux ou trois seulement,
ne rentraient jamais.

On les ramassait morts, au matin, dans un champ, au
bord d'une cour, dans un foss. Leurs chevaux eux-mmes
gisaient le long des routes, gorgs d'un coup de
[20]sabre.

Ces meurtres semblaient accomplis par les mmes
hommes, qu'on ne pouvait dcouvrir.

Le pays fut terroris. On fusilla des paysans sur une
simple dnonciation, on emprisonna des femmes; on voulut
[25]obtenir, par la peur, des rvlations des enfants. On ne
dcouvrit rien.

Mais voil qu'un matin, on aperut le pre Milon tendu
dans son curie, la figure coupe d'une balafre.

Deux uhlans ventrs furent retrouvs  trois kilomtres
[30]de la ferme. Un d'eux tenait encore  la main son
arme ensanglante. Il s'tait battu, dfendu.

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Un conseil de guerre ayant t aussitt constitu, en
plein air, devant la ferme, le vieux fut amen.

Il avait soixante-huit ans. Il tait petit, maigre, un peu
tors, avec de grandes mains pareilles  des pinces de crabe.
[5]Ses cheveux ternes, rares et lgers comme un duvet de
jeune canard, laissaient voir partout la chair du crne.
La peau brune et plisse du cou montrait de grosses veines
qui s'enfonaient sous les mchoires et reparaissaient aux
tempes. Il passait dans la contre pour avare et difficile
[10]en affaires.

On le plaa debout, entre quatre soldats, devant la
table de cuisine tire dehors. Cinq officiers et le colonel
s'assirent en face de lui.

Le colonel prit la parole en franais.

[15]--Pre Milon, depuis que nous sommes ici, nous n'avons
eu qu' nous louer de vous. Vous avez toujours t complaisant
et mme attentionn pour nous. Mais aujourd'hui
une accusation terrible pse sur vous, et il faut que la
lumire se fasse. Comment avez-vous reu la blessure que
[20]vous portez sur la figure?

Le paysan ne rpondit rien.

Le colonel reprit:

--Votre silence vous condamne, pre Milon. Mais je
veux que vous me rpondiez, entendez-vous? Savez-vous
[25]qui a tu les deux uhlans qu'on a trouvs ce matin prs du
Calvaire?

Le vieux articula nettement:

--C'est m.

Le colonel, surpris, se tut une seconde, regardant
[30]fixement le prisonnier. Le pre Milon demeurait impassible,
avec son air abruti de paysan, les yeux baisss comme s'il
et parl  son cur. Une seule chose pouvait rvler un

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trouble intrieur, c'est qu'il avalait coup sur coup sa
salive, avec un effort visible, comme si sa gorge et t
tout  fait trangle.

La famille du bonhomme, son fils Jean, sa bru et deux
[5]petits enfants se tenaient  dix pas en arrire, effars et
consterns.

Le colonel reprit:

--Savez-vous aussi qui a tu tous les claireurs de notre
arme qu'on retrouve chaque matin, par la campagne,
[10]depuis un mois?

Le vieux rpondit avec la mme impassibilit de brute:

--C'est m.

~-C'est vous qui les avez tus tous?

--Tretous, oui, c'est m.

[15]--Vous seul?

--M seul.

--Dites-moi comment vous vous y preniez.

Cette fois l'homme parut mu; la ncessit de parler
longtemps le gnait visiblement. Il balbutia:

[20]-Je sais-ti, m? J'ai fait a comme a s'trouvait.

Le colonel reprit:

--Je vous prviens qu'il faudra que vous me disiez
tout. Vous ferez donc bien de vous dcider immdiatement.
Comment avez-vous commenc?

[25]L'homme jeta un regard inquiet sur sa famille attentive
derrire lui. Il hsita un instant encore, puis, tout  coup,
se dcida.

--Je r'venais un soir, qu'il tait p't-tre dix heures, le
lend'main que vous tiez ici. Vous, et pi vos soldats,
vous m'aviez pris pour pu de chinquante cus de fourrage
avec une vaque et deux moutons. Je me dis: Tant qu'i
me prendront de fois vingt cus, tant que je leur y revaudrai

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a. Et pi j'avais d'autres choses itou su l'coeur, que
j'vous dirai. V'l qu'j'en aperois un d'vos cavaliers qui
fumait sa pipe su mon foss, derrire ma grange. J'allai
dcrocher ma faux et je r'vins  p'tits pas par derrire,
[5]qu'il n'entendit seulement rien. Et j'li coupai la tte
d'un coup, d'un seul, comme un pi, qu'il n'a pas seulement
dit ouf! Vous n'auriez qu' chercher au fond d'la mare;
vous le trouveriez dans un sac  charbon, avec une pierre
de la barrire.

[10]J'avais mon ide. J'pris tous ses effets d'puis les
bottes jusqu'au bonnet et je les cachai dans le four 
pltre du bois Martin, derrire la cour.

Le vieux se tut. Les officiers, interdits, se regardaient.
L'interrogatoire recommena; et voici ce qu'ils apprirent:

* * *

[15]Une fois son meurtre accompli, l'homme avait vcu avec
cette pense: Tuer des Prussiens! Il les hassait d'une
haine sournoise et acharne de paysan cupide et patriote
aussi. Il avait son ide, comme il disait. Il attendit
quelques jours.

[20]On le laissait libre d'aller et de venir, d'entrer et de
sortir  sa guise, tant il s'tait montr humble envers les
vainqueurs, soumis et complaisant. Or il voyait, chaque
soir, partir les estafettes; et il sortit, une nuit, ayant
entendu le nom du village o se rendaient les cavaliers, et
[25]ayant appris, dans la frquentation des soldats, les quelques
mots d'allemand qu'il lui fallait.

Il sortit de sa cour, se glissa dans le bois, gagna le four
 pltre, pntra au fond de la longue galerie et, ayant
retrouv par terre les vtements du mort, il s'en vtit.

[30]Alors il se mit  rder par les champs, rampant, suivant

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les talus pour se cacher, coutant les moindres bruits,
inquiet comme un braconnier.

Lorsqu'il crut l'heure arrive, il se rapprocha de la route
et se cacha dans une broussaille. Il attendit encore.
[5]Enfin, vers minuit, un galop de cheval sonna sur la terre
dure du chemin. L'homme mit l'oreille  terre pour
s'assurer qu'un seul cavalier s'approchait, puis il
s'apprta.

Le uhlan arrivait au grand trot, rapportant des dpches.
[10]Il allait, l'oeil en veil, l'oreille tendue. Ds qu'il ne fut
plus qu' dix pas, le pre Milon se trana en travers de la
route en gmissant: _Hilfe! Hilfe!_ A l'aide,  l'aide!
Le cavalier s'arrta, reconnut un Allemand dmont, le
crut bless, descendit de cheval, s'approcha sans souponner
[15]rien, et, comme il se penchait sur l'inconnu, il reut au
milieu du ventre la longue lame courbe du sabre. Il
s'abattit, sans agonie, secou seulement par quelques frissons
suprmes.

Alors le Normand, radieux, d'une joie muette de vieux
[20]paysan, se releva, et, pour son plaisir, coupa la gorge du
cadavre. Puis, il le trana jusqu'au foss et l'y jeta.

Le cheval, tranquille, attendait son matre. Le pre
Milon se mit en selle, et il partit au galop  travers les
plaines.

[25]Au bout d'une heure, il aperut encore deux uhlans
cte  cte qui rentraient au quartier. Il alla droit sur
eux, criant encore: _Hilfe! Hilfe!_ Les Prussiens le
laissaient venir, reconnaissant l'uniforme, sans mfiance.
aucune. Et il passa, le vieux, comme un boulet entre les
[30]deux, les abattant l'un et l'autre avec son sabre et un
revolver.

Puis il gorgea les chevaux, des chevaux allemands!

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Puis il rentra doucement au four  pltre et cacha un
cheval au fond de la sombre galerie. Il y quitta son uniforme,
reprit ses hardes de gueux et, regagnant son lit,
dormit jusqu'au matin.

[5]Pendant quatre jours, il ne sortit pas, attendant la fin
de l'enqute ouverte; mais, le cinquime jour, il repartit,
et tua encore deux soldats par le mme stratagme. Ds
lors, il ne s'arrta plus. Chaque nuit, il errait, il rdait 
l'aventure, abattant des Prussiens tantt ici, tantt l,
[10]galopant par les champs dserts, sous la lune, uhlan perdu,
chasseur d'hommes. Puis, sa tche finie, laissant derrire
lui des cadavres couchs le long des routes, le vieux cavalier
rentrait cacher au fond du tour  pltre son cheval et son
uniforme.

[15]Il allait vers midi, d'un air tranquille, porter de l'avoine
et de l'eau  sa monture reste au fond du souterrain, et
il la nourrissait  profusion, exigeant d'elle un grand
travail.

Mais, la veille, un de ceux qu'il avait attaqus se tenait
[20]sur ses gardes et avait coup d'un coup de sabre la figure
du vieux paysan.

Il les avait tus cependant tous les deux! Il tait
revenu encore, avait cach le cheval et repris ses humbles
habits; mais, en rentrant, une faiblesse l'avait saisi et il
[25]s'tait tran jusqu' l'curie, ne pouvant plus gagner la
maison.

On l'avait trouv l tout sanglant, sur la paille. ..

* * *

Quand il eut fini son rcit, il releva soudain la tte et
regarda firement les officiers prussiens.

[30]Le colonel, qui tirait sa moustache, lui demanda:

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--Vous n'avez plus rien  dire?

--Non, pu rien; l'compte est juste: j'en ai tu seize, pas
un de pus, pas un de moins.

--Vous savez que vous allez mourir?

[5]--J'vous ai pas d'mand de grce.

--Avez-vous t soldat?

--Oui. J'ai fait campagne, dans le temps. Et puis,
c'est vous qu'avez tu mon pre, qu'tait soldat de
l'Empereur premier. Sans compter que vous avez tu mon
[10]fils cadet, Franois, le mois dernier, auprs d'vreux. Je
vous en devais, j'ai pay. Je sommes quittes.

Les officiers se regardaient.

Le vieux reprit:

--Huit pour mon pre, huit pour mon fieu, je sommes
[15]quittes. J'ai pas t vous chercher querelle, m! J'vous
connais point! J'sais pas seulement d'o qu'vous v'nez.
Vous v'l chez m, que vous y commandez comme si
c'tait chez vous. Je m'suis veng su l's autres. J'm'en
r'pens point.

[20]Et, redressant son torse ankylos, le vieux croisa ses
bras dans une pose d'humble hros.

Les Prussiens se parlrent bas longtemps. Un capitaine,
qui avait aussi perdu son fils, le mois dernier, dfendait ce
gueux magnanime.

[25]Alors le colonel se leva et, s'approchant du pre Milon,
baissant la voix:

--coutez, le vieux, il y a peut-tre un moyen de vous
sauver la vie, c'est de...

Mais le bonhomme n'coutait point, et, les yeux plants
[30]droit sur l'officier vainqueur, tandis que le vent agitait les
poils follets de son crne, il fit une grimace affreuse qui
crispa sa maigre face toute coupe par la balafre, et,

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gonflant sa poitrine, il cracha, de toute sa force, en pleine
figure du Prussien.

Le colonel, affol, leva la main, et l'homme, pour la
seconde fois, lui cracha par la figure.

[5]Tous les officiers s'taient dresss et hurlaient des ordres
en mme temps.

En moins d'une minute, le bonhomme, toujours impassible,
fut coll contre le mur et fusill, alors qu'il envoyait
des sourires  Jean, son fils ain;  sa bru et aux deux petits,
[10]qui regardaient, perdus.


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DAUDET

LE CUR DE CUCUGNAN

Tous les ans,  la Chandeleur, les potes provenaux
publient en Avignon un joyeux petit livre rempli jusqu'aux
bords de beaux vers et de jolis contes. Celui de cette
anne m'arrive  l'instant, et j'y trouve un adorable
[5]fabliau que je vais essayer de vous traduire en l'abrgeant
un peu... Parisiens, tendez vos mannes. C'est de la
fine fleur de farine provenale qu'on va vous servir cette
fois...

........................................................

L'abb Martin tait cur... de Cucugnan.

[10]Bon comme le pain, franc comme l'or, il aimait
paternellement ses Cucugnanais; pour lui, son Cucugnan aurait
t le paradis sur terre, si les Cucugnanais lui avaient
donn un peu plus de satisfaction. Mais, hlas! les
araignes filaient dans son confessionnal, et, le beau jour
[15]de Pques, les hosties restaient au fond de son saint-ciboire.
Le bon prtre en avait le coeur meurtri, et toujours
il demandait  Dieu la grce de ne pas mourir avant
d'avoir ramen au bercail son troupeau dispers.

Or, vous allez voir que Dieu l'entendit.

[20]Un dimanche, aprs l'vangile, M. Martin monta en
chaire.

......................................................

--Mes frres, dit-il, vous me croirez si vous voulez:
l'autre nuit, je me suis trouv, moi misrable pcheur, 
la porte du paradis.

Page 112

Je frappai: saint Pierre m'ouvrit!

-- Tiens! c'est vous, mon brave monsieur Martin, me
fit-il; quel bon vent...? et qu'y a-t-il pour votre service?

-- Beau saint Pierre, vous qui tenez le grand livre et
[5]la clef, pourriez-vous me dire, si je ne suis pas trop curieux,
combien vous avez de Cucugnanais en paradis?

--Je n'ai rien  vous refuser, monsieur Martin; asseyez-vous,
nous allons voir la chose ensemble.

Et saint Pierre prit son gros livre, l'ouvrit, mit ses
[10]besicles:

- Voyons un peu: Cucugnan, disons-nous. Cu...
Cu. ..Cucugnan. Nous y sommes. Cucugnan... Mon
brave monsieur Martin, la page est toute blanche. Pas
une me. ..Pas plus de Cucugnanais que d'artes dans
[15]une dinde.

--Comment! Personne de Cucugnan ici? Personne?
Ce n'est pas possible! Regardez mieux...

--Personne, saint homme. Regardez vous-mme, si
vous croyez que je plaisante.

[20]Moi, pcare! je frappais des pieds, et, les mains jointes,
je criais misricorde. Alors, saint Pierre:

--Croyez-moi, monsieur Martin, il ne faut pas ainsi
vous mettre le coeur  l'envers, car vous pourriez en avoir
quelque mauvais-coup de sang. Ce n'est pas votre faute,
[25]aprs tout. Vos Cucugnanais, voyez-vous, doivent faire
 coup sr leur petite quarantaine en purgatoire.

-Ah! par charit, grand saint Pierre! faites que je
puisse au moins les voir et les consoler.

- Volontiers, mon ami... Tenez, chaussez vite ces
[30]sandales, car les chemins ne sont pas beaux de reste...
Voil qui est bien... Maintenant, cheminez droit devant
vous. Voyez~vous l-bas, au fond, en tournant? Vous

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trouverez une porte d'argent toute constelle de croix
noires... a main droite... Vous frapperez, on vous
ouvrira... Adessias! Tenez-vous sain et gaillardet.

...................................................

Et je cheminai... je cheminai! Quelle battue! j'ai
[5]la chair de poule, rien que d'y songer. Un petit sentier,
plein de ronces, d'escarboucles qui luisaient et de serpents
qui sifflaient, m'amena jusqu' la porte d'argent.

--Pan! pan!

--Qui frappe? me fait une voix rauque et dolente.

[10]--Le cur de Cucugnan.

--De...?

--De Cucugnan.

--Ah!... Entrez.

J'entrai. Un grand bel ange, avec des ailes sombres
[15]comme la nuit, avec une robe resplendissante comme le
jour, avec une clef de diamant pendue a sa ceinture, crivait,
cra-cra, dans un grand livre plus gros que celui de
saint Pierre...

--Finalement, que voulez-vous et que demandez-vous?
[20]dit l'ange.

--Bel ange de Dieu, je veux savoir,--je suis bien
curieux peut-tre,--si vous avez ici les Cucugnanais.

--Les...?

--Les Cucugnanais, les gens de Cucugnan... que
[25]c'est moi qui suis leur prieur.

--Ah! l'abb Martin, n'est-ce pas?

--Pour vous servir, monsieur l'ange.

--Vous dites donc Cucugnan...

Et l'ange ouvre et feuillette son grand livre,

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mouillant son doigt de salive pour que le feuillet glisse
mieux...

--Cucugnan, dit-il poussant un long soupir... Monsieur
Martin, nous n'avons en purgatoire personne de
[5]Cucugnan.

--Jsus! Marie! Joseph! personne de Cucugnan en
purgatoire! O grand Dieu! o sont-ils donc?

--Eh! saint homme, ils sont en paradis. O diantre
voulez-vous qu'ils soient?

[10]--Mais j'en viens, du paradis...

--Vous en venez!!... Eh bien?

--Eh bien! ils n'y sont pas!... Ah! bonne mre des
anges!...

--Que voulez-vous, monsieur le cur? s'ils ne sont ni
[15]en paradis ni en purgatoire, il n'y a pas de milieu, ils
sont....

--Sainte croix! Jsus, fils de David! A! a! a! est-il
possible?... Serait-ce un mensonge du grand saint Pierre?
...Pourtant je n'ai pas entendu chanter le coq!... A
[20]pauvres nous! comment irai-je en paradis si mes
Cucugnanais n'y sont pas?

--coutez, mon pauvre monsieur Martin, puisque
vous voulez, cote que cote, tre sr de tout ceci, et voir
de vos yeux de quoi il retourne, prenez ce sentier, filez
[25]en courant, si vous savez courir... Vous trouverez, 
gauche, un grand portail. L, vous vous renseignerez sur
tout. Dieu vous le donne!

Et l'ange ferma la porte.

C'tait un long sentier tout pav de braise rouge. Je
[30]chancelais comme si j'avais bu;  chaque pas, je

Page 115

trbuchais; j'tais tout en eau, chaque poil de mon corps avait
sa goutte de sueur, et je haletais de soif... Mais, ma foi,
grce aux sandales que le bon saint Pierre m'avait prtes,
je ne me brlai pas les pieds.

[5]Quand j'eus fait assez de faux pas clopin-clopant, je
vis  ma main gauche une porte... non, un portail, un
norme portail, tout billant, comme la porte d'un grand
four. Oh! mes enfants, quel spectacle! L on ne demande
pas mon nom; l, point de registre. Par fournes et 
[10]pleine porte, on entra l, mes frres, comme le dimanche
vous entrez au cabaret.

Je suais  grosses gouttes, et pourtant j'tais transi,
j'avais le frisson. Mes cheveux se dressaient. Je sentais
le brl, la chair rtie, quelque chose comme l'odeur qui
[15]se rpand dans notre Cucugnan quand loy, le marchal,
brle pour la ferrer la botte d'un vieil ne. Je perdais
haleine dans cet air puant et embras; j'entendais une
clameur horrible, des gmissements, des hurlements et des
jurements.

[20]--Eh bien! entres-tu ou n'entres~tu pas, toi?
me fait, en me piquant de sa fourche, un dmon
cornu.

--Moi? Je n'entre pas. Je suis un ami de Dieu.

--Tu es un ami de Dieu... Eh! b... de teigneux!
[25]que viens-tu faire ici?...

--Je viens... Ah! ne m'en parlez pas, que je ne puis
plus me tenir sur mes jambes... Je viens... je viens de
loin... humblement vous demander... si... si, par
coup de hasard... vous n'auriez pas ici... quelqu'un
[30]...quelqu'un de Cucugnan...

--Ah! feu de Dieu! tu fais la bte, toi, comme si tu
ne savais pas que tout Cucugnan est ici. Tiens, laid

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corbeau, regarde, et tu verras comme nous les arrangeons ici,
tes fameux Cucugnanais...

..........................................................

Et je vis, au milieu d'un pouvantable tourbillon de
flamme:

[5]Le long Coq-Galine,--vous l'avez tous connu, mes
frres,--Coq-Galine, qui se grisait si souvent, et si souvent
secouait les puces  sa pauvre Clairon.

Je vis Catarinet... cette petite gueuse... avec son
nez en l'air... qui couchait toute seule  la grange... Il
[10]vous en souvient, mes drles!... Mais passons, j'en ai
trop dit.

Je vis Pascal Doigt-de-Poix, qui faisait son huile avec
les olives de M. Julien.

Je vis Babet la glaneuse, qui, en glanant, pour avoir
[15]plus vite nou sa gerbe, puisait  poignes aux gerbiers.

Je vis matre Grapasi, qui huilait si bien la roue de sa
brouette.

Et Dauphine, qui vendait si cher l'eau de son
puits.

[20]Et le Tortillard, qui, lorsqu'il me rencontrait portant
le bon Dieu, filait son chemin, la barrette sur la tte et la
pipe au bec... et fier comme Artaban... comme s'il
avait rencontr un chien.

Et Coulau avec sa Zette, et Jacques, et Pierre, et
[25]Toni...

...........................................................

mu, blme de peur, l'auditoire gmit, en voyant, dans
l'enfer tout ouvert, qui son pre et qui sa mre, qui sa
grand'mre et qui sa soeur...

--Vous sentez bien, mes frres, reprit le bon abb,

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Martin, vous sentez bien que ceci ne peut pas durer. J'ai
charge d'mes, et je veux, je veux vous sauver de l'abme
o vous tes tous en train de rouler tte premire. Demain
je me mets  l'ouvrage, pas plus tard que demain.
[5]Et l'ouvrage ne manquera pas! Voici comment je m'y
prendrai. Pour que tout se fasse bien, il faut tout faire
avec ordre. Nous irons rang par rang, comme  Jonquires
quand on danse.

Demain lundi, je confesserai les vieux et les vieilles.
[10]Ce n'est rien.

Mardi, les enfants. J'aurai bientt fait.

Mercredi, les garons et les filles. Cela pourra tre
long.

Jeudi, les hommes. Nous couperons court.

[15]Vendredi, les femmes. Je dirai: Pas d'histoires!

Samedi, le meunier!... Ce n'est pas trop d'un jour
pour lui tout seul...

Et, si dimanche nous avons fini, nous serons bien
heureux.

[20]Voyez-vous, mes enfants, quand le bl est mr, il faut
le couper; quand le vin est tir, il faut le boire. Voil
assez de linge sale, il s'agit de le laver, et de le bien laver.

C'est la grce que je vous souhaite. _Amen!_

......................................................

Ce qui fut dit fut fait. On coula la lessive.

[25]Depuis ce dimanche mmorable, le parfum des vertus
de Cucugnan se respire  dix lieues  l'entour.

Et le bon pasteur M. Martin, heureux et plein d'allgresse,
a rv l'autre nuit que, suivi de tout son troupeau,
il gravissait, en resplendissante procession, au milieu des
[30]cierges allums, d'un nuage d'encens qui embaumait et

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des enfants de choeur qui chantaient _Te Deum_, le chemin
clair de la cit de Dieu.

Et voil l'histoire du cur de Cucugnan, telle que m'a
ordonn de vous le dire ce grand gueusard de Roumanille,
[5]qui la tenait lui-mme d'un autre bon compagnon.

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LE SOUS-PRFET AUX CHAMPS

M. le sous-prfet est en tourne. Cocher devant, laquais
derrire, la calche de la sous-prfecture l'emporte
majestueusement au concours rgional de la Combe-aux-Fes.
Pour cette journe mmorable, M. le sous-prfet a
[5]mis son bel habit brod, son petit claque, sa culotte
collante  bandes d'argent et son pe de gala  poigne de
nacre... Sur ses genoux repose une grande serviette en
chagrin gaufr qu'il regarde tristement.

M. le sous-prfet regarde tristement sa serviette en
[10]chagrin gaufr; il songe au fameux discours qu'il va falloir
prononcer tout  l'heure devant les habitants de la
Combe-aux-Fes:

--Messieurs et chers administrs...

Mais il a beau tortiller la soie blonde de ses favoris et
[15]rpter vingt fois de suite:

--Messieurs et chers administrs... la suite du discours
ne vient pas.

La suite du discours ne vient pas... Il fait si chaud
dans cette calche!... A perte de vue, la route de la
[20]Combe-aux-Fes poudroie sous le soleil du Midi...
L'air est embras... et sur les ormeaux du bord du
chemin, tout couverts de poussire blanche, des milliers
de cigales se rpondent d'un arbre  l'autre... Tout 
coup M. le sous-prfet tressaille. L-bas, au pied d'un
[25]coteau, il vient d'apercevoir un petit bois de chnes verts
qui semble lui faire signe.

Le petit bois de chnes verts semble lui faire signe:

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--Venez donc par ici, monsieur le sous-prfet; pour
composer votre discours, vous serez beaucoup mieux sous
mes arbres...

M. le sous-prfet est sduit; il saute  bas de sa calche
[5]et dit  ses gens de l'attendre, qu'il va composer son
discours dans le petit bois de chnes verts.

Dans le petit bois de chnes verts il y a des oiseaux, des
violettes, et des sources sous l'herbe fine... Quand ils
ont aperu M. le sous-prfet avec sa belle culotte et sa
[10]serviette en chagrin gaufr, les oiseaux ont eu peur et se
sont arrts de chanter, les sources n'ont plus os faire de
bruit, et les violettes se sont caches dans le gazon.
Tout ce petit monde-l n'a jamais vu de sous-prfet, et se
demande  voix basse quel est ce beau seigneur qui se
[15]promne en culotte d'argent.

A voix basse, sous la feuille, on se demande quel est
ce beau seigneur en culotte d'argent... Pendant ce
temps-l, M. le sous-prfet, ravi du silence et de la fracheur
du bois, relve les pans de son habit, pose son claque
[20]sur l'herbe et s'assied dans la mousse au pied d'un jeune
chne; puis il ouvre sur ses genoux sa grande serviette de
chagrin gaufr et en tire une large feuille de papier
ministre.

--C'est un artiste! dit la fauvette.

[25]--Non, dit le bouvreuil, ce n'est pas un artiste, puisqu'il
a une culotte en argent; c'est plutt un prince.

--C'est plutt un prince, dit le bouvreuil.

~-Ni un artiste, ni un prince, interrompt un vieux rossignol,
qui a chant toute une saison dans les jardins de
[30]la sous-prfecture... Je sais ce que c'est: c'est un
sous-prfet!

Et tout le petit bois va chuchotant:

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--C'est un sous-prfet! c'est un sous-prfet!

--Comme il est chauve! remarque une alouette  grande
huppe.

Les violettes demandent:

[5]--Est-ce que c'est mchant?

--Est-ce que c'est mchant? demandent les violettes.

Le vieux rossignol rpond:

--Pas du tout!

Et sur cette assurance, les oiseaux se remettent 
[10]chanter, les sources  courir, les violettes  embaumer,
comme si le monsieur n'tait pas l... Impassible au
milieu de tout ce joli tapage, M. le sous-prfet invoque
dans son coeur la Muse des comices agricoles, et, le crayon
lev, commence  dclamer de sa voix de crmonie:

[15]--Messieurs et chers administrs...

--Messieurs et chers administrs, dit le sous-prfet de
sa voix de crmonie...

Un clat de rire l'interrompt; il se retourne et ne voit
rien qu'un gros pivert qui le regarde en riant, perch sur
[20]son claque. Le sous-prfet hausse les paules et veut
continuer son discours; mais le pivert l'interrompt encore
et lui crie de loin:

--A quoi bon?

--Comment!  quoi bon? dit le sous-prfet, qui devient
[25]tout rouge; et, chassant d'un geste cette bte
effronte, il reprend de plus belle:

--Messieurs et chers administrs...

--Messieurs et chers administrs..., a repris le sous-prfet
de plus belle.

[30]Mais alors, voil, les petites violettes qui se haussent
vers lui sur le bout de leurs tiges et qui lui disent
doucement:

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--Monsieur le sous-prfet, sentez-vous comme nous
sentons bon?

Et les sources lui font sous la mousse une musique divine;
et dans les branches, au-dessus de sa tte, des tas
[5]de fauvettes viennent lui chanter leurs plus jolis airs; et
tout le petit bois conspire pour l'empcher de composer
son discours.

Tout le petit bois conspire pour l'empcher de composer
son discours... M. le sous-prfet, gris de parfums, ivre
[10]de musique, essaye vainement de rsister au nouveau
charme qui l'envahit. Il s'accoude sur l'herbe, dgrafe
son bel habit, balbutie encore deux ou trois fois:

--Messieurs et chers administrs... Messieurs et
chers admi... Messieurs et chers...

[15]Puis il envoie les administrs au diable; et la Muse des
comices agricoles n'a plus qu' se voiler la face.

Voile-toi la face,  Muse des comices agricoles!... Lorsque,
au bout d'une heure, les gens de la sous-prfecture,
inquiets de leur matre sont entrs dans le petit bois, ils
[20]ont vu un spectacle qui les a fait reculer d'horreur...
M. le sous-prfet tait couch sur le ventre, dans l'herbe,
dbraill comme un bohme. Il avait mis son habit bas;
...et, tout en mchonnant des violettes, M. le sous-prfet
faisait des vers.

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LE PAPE EST MORT

J'ai pass mon enfance dans une grande ville de province
coupe en deux par une rivire trs-encombre, trs-remuante,
o j'ai pris de bonne heure le got des voyages
et la passion de la vie sur l'eau. Il y a surtout un coin de
[5]quai, prs d'une certaine passerelle Saint-Vincent, auquel
je ne pense jamais, mme aujourd'hui, sans motion.
Je revois l'criteau clou au bout d'une vergue: _Cornet_,
bateaux de louage, le petit escalier qui s'enfonait dans
l'eau, tout glissant et noirci de mouillure, la flottille de
[10]petits canots frachement peints de couleurs vives s'alignant
au bas de l'chelle, se balanant doucement bord 
bord, comme allgs par les jolis noms qu'ils portaient 
leur arrire en lettres blanches: _l'Oiseau-Mouche,
l'Hirondelle_.

[15]Puis, parmi les longs avirons reluisants de cruse qui
taient en train de scher contre le talus, le pre Cornet
s'en allant avec son seau  peinture, ses grands pinceaux,
sa figure tanne, crevasse, ride de mille petites fossettes
comme la rivire un soir de vent frais... Oh! ce pre
[20]Cornet. 'a t le satan de mon enfance, ma passion
douloureuse, mon pch, mon remords. M'en a-t-il fait
commettre des crimes avec ses canots! Je manquais
l'cole, je vendais mes livres. Qu'est-ce que je n'aurais
pas vendu pour une aprs-midi de canotage!

[25]Tous mes cahiers de classe au fond du bateau, la veste
 bas, le chapeau en arrire, et dans les cheveux le bon
coup d'ventail de la brise d'eau, je tirais ferme sur mes
rames, en fronant les sourcils pour bien me donner la

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tournure d'un vieux loup de mer. Tant que j'tais en
ville, je tenais le milieu de la rivire, a gale distance des
deux rives, o le vieux loup de mer aurait pu tre reconnu.
Quel triomphe de me mler  ce grand mouvement de
[5]barques, de radeaux, de trains de bois, de mouches 
vapeur qui se ctoyaient, s'vitaient, spars seulement
par un mince lisr d'cume! Il y avait de lourds bateaux
qui tournaient pour prendre le courant, et cela en
dplaait une foule d'autres.

[10]Tout  coup les roues d'un vapeur battaient l'eau prs
de moi; ou bien une ombre lourde m'arrivait dessus,
c'tait l'avant d'un bateau de pommes.

Gare donc, moucheron! me criait une voix enroue;
et je suais, je me dbattais, emptr dans le va-et-vient
[15]de cette vie du fleuve que la vie de la rue traversait
incessamment par tous ces ponts, toutes ces passerelles qui
mettaient des reflets d'omnibus sous la coupe des avirons.
Et le courant si dur  la pointe des arches, et les remous,
les tourbillons, le fameux trou de la Mort-gui-trompe!
[20]Pensez que ce n'tait pas une petite affaire de se guider
l-dedans avec des bras de douze ans et personne pour
tenir la barre.

Quelquefois j'avais la chance de rencontrer la chane.
Vite je m'accrochais tout au bout de ces longs trains de
[25]bateaux qu'elle remorquait, et, les rames immobiles,
tendues comme des ailes qui planent, je me laissais aller 
cette vitesse silencieuse qui coupait la rivire en longs
rubans d'cume et faisait filer des deux cts les arbres,
les maisons du quai. Devant moi, loin, bien loin, j'entendais
[30]le battement monotone de l'hlice, un chien qui
aboyait sur un des bateaux de la remorque, o montait
d'une chemine basse un petit filet de fume; et tout cela

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me donnait l'illusion d'un grand voyage, de la vraie vie
de bord.

Malheureusement, ces rencontres de la chane taient
rares. Le plus souvent il fallait ramer et ramer aux heures
[5]de soleil. Oh! les pleins midis tombant d'aplomb sur la
rivire, il me semble qu'ils me brillent encore. Tout
flambait, tout miroitait. Dans cette atmosphre aveuglante
et sonore qui flotte au-dessus des vagues et vibre 
tous leurs mouvements, les courts plongeons de mes rames,
[10]les cordes des haleurs souleves de l'eau toutes ruisselantes
faisaient passer des lumires vives d'argent poli.
Et je ramais en fermant les yeux. Par moments,  la
vigueur de mes efforts,  l'lan de l'eau sous ma barque,
je me figurais que j'allais trs-vite; mais en relevant la
[15]tte, je voyais toujours le mme arbre, le mme mur en
face de moi sur la rive.

Enfin,  force de fatigues, tout moite et rouge de chaleur,
je parvenais  sortir de la ville. Le vacarme des bains
froids, des bateaux de blanchisseuses, des pontons
[20]d'embarquement diminuait. Les ponts s'espaaient sur la
rive largie. Quelques jardins de faubourg, une chemine
d'usine, s'y refltaient de loin en loin. A l'horizon
tremblaient des les vertes. Alors, n'en pouvant plus, je venais
me ranger contre la rive, au milieu des roseaux tout
[25]bourdonnants; et l, abasourdi par le soleil, la fatigue,
cette chaleur lourde qui montait de l'eau toile de larges
fleurs jaunes, le vieux loup de mer se mettait  saigner du
nez pendant des heures. Jamais mes voyages n'avaient
un autre dnoment. Mais que voulez-vous? Je trouvais
[30]cela dlicieux.

Le terrible, par exemple, c'tait le retour, la rentre.
J'avais beau revenir  toutes rames, j'arrivais toujours

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trop tard, longtemps aprs la sortie des classes. L'impression
du jour qui tombe, les premiers becs de gaz dans
le brouillard, la retraite, tout augmentait mes transes,
mon remords. Les gens qui passaient, rentrant chez eux
[5]bien tranquilles, me faisaient envie; et je courais la tte
lourde, pleine de soleil et d'eau, avec des ronflements de
coquillages au fond des oreilles, et dj sur la figure le
rouge du mensonge que j'allais dire.

Car il en fallait un chaque fois pour faire tte  ce
[10]terrible d'o viens-tu? qui m'attendait en travers de la
porte. C'est cet interrogatoire de l'arrive qui m'pouvantait
le plus. Je devais rpondre l, sur le palier, au
pied lev, avoir toujours une histoire prte, quelque
chose  dire, et de si tonnant, de si renversant, que la
[15]surprise coupt court  toutes les questions. Cela me
donnait le temps d'entrer, de reprendre haleine; et pour en
arriver l, rien ne me cotait. J'inventais des sinistres, des
rvolutions, des choses terribles, tout un ct de la ville
qui brlait, le pont du chemin de fer s'croulant dans la
[20]rivire. Mais ce que je trouvai encore de plus fort, le voici:

Ce soir-l, j'arrivai trs en retard. Ma mre, qui m'attendait
depuis une grande heure, guettait, debout, en haut
de l'escalier.

D'o viens-tu? me cria-t-elle.

[25]Dites-moi ce qu'il peut tenir de diableries dans une tte
d'enfant. Je n'avais rien trouv, rien prpar. J'tais
venu trop vite... Tout  coup il me passa une ide folle.
Je savais la chre femme trs-pieuse, catholique enrage
comme une Romaine, et je lui rpondis dans tout
[30]l'essoufflement d'une grande motion:

O maman... Si vous saviez!...

--Quoi donc?...Qu'est-ce qu'il y a encore?...

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--Le pape est mort.

--Le pape est mort!... fit la pauvre mre, et elle
s'appuya toute ple contre la muraille. Je passai vite
dans ma chambre, un peu effray de mon succs et de
[5]l'normit du mensonge; pourtant, j'eus le courage de le
soutenir jusqu'au bout. Je me souviens d'une soire funbre
et douce; le pre trs-grave, la mre atterre. ..On
causait bas autour de la table. Moi, je baissais les yeux;
mais mon escapade s'tait si bien perdue dans la dsolation
[10]gnrale que personne n'y pensait plus.

Chacun citait  l'envi quelque trait de vertu de ce pauvre
Pie IX; puis, peu  peu, la conversation s'garait 
travers l'histoire des papes. Tante Rose parla de Pie VII,
qu'elle se souvenait trs-bien d'avoir vu passer dans le
[15]Midi, au fond d'une chaise de poste, entre des gendarmes.
On rappela la fameuse scne avec l'empereur: _Comediante!
...tragediante_!... C'tait bien la centime fois que je
l'entendais raconter, cette terrible scne, toujours avec
les mmes intonations, les mmes gestes, et ce strotyp
[20]des traditions de famille qu'on se lgue et qui restent l,
puriles et locales, comme des histoires de couvent.

C'est gal, jamais elle ne m'avait paru si intressante.

Je l'coutais avec des soupirs hypocrites, des questions,
un air de faux intrt, et tout le temps je me disais:

[25]Demain matin, en apprenant que le pape n'est pas
mort, ils seront si contents que personne n'aura le courage
de me gronder.

Tout en pensant  cela, mes yeux se fermaient malgr
moi, et j'avais des visions de petits bateaux peints en
[30]bleu, avec des coins de Sane alourdis par la chaleur, et
de grandes pattes d'argyrontes courant dans tous les sens
et rayant l'eau vitreuse, comme des pointes de diamant.

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UN RVEILLON DANS LE MARAIS
CONTE DE NOL

M. Majest, fabricant d'eau de Seltz dans le Marais,
vient de faire un petit rveillon chez des amis de la place
Royale, et regagne son logis en fredonnant... Deux
heures sonnent  Saint-Paul. Comme il est tard! se
[5]dit le brave homme, et il se dpche; mais le pav glisse,
les rues sont noires, et puis dans ce diable de vieux quartier,
qui date du temps o les voitures taient rares, il y a
un tas de tournants, d'encoignures, de bornes devant les
portes  l'usage des cavaliers. Tout cela empche d'aller
[10]vite, surtout quand on a dj les jambes un peu lourdes,
et les yeux embrouills par les toasts du rveillon...
Enfin M. Majest arrive chez lui. Il s'arrte devant un
grand portail orn, o brille au clair de lune un cusson,
dor de neuf, d'anciennes armoiries repeintes dont il a fait
[15]marque de fabrique:

HTEL CI-DEVANT DE NESMOND
MAJEST JEUNE
FABRICANT D'EAU DE SELTZ

Sur tous les siphons de la fabrique, sur les bordereaux,
[20]les ttes de lettres, s'talent ainsi et resplendissent les
vieilles armes des Nesmond.

Aprs le portail, c'est la cour, une large cour are et
claire, qui dans le jour en s'ouvrant fait de la lumire 
toute la rue. Au fond de la cour, une grande btisse trs
[25]ancienne, des murailles noires, brodes, ouvrages, des
balcons de fer arrondis, des balcons de pierre  pilastres,

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d'immenses fentres trs-hautes, surmontes de frontons,
de chapiteaux qui s'lvent aux derniers tages comme
autant de petits toits dans le toit, et enfin sur le faite, au
milieu des ardoises, les lucarnes des mansardes, rondes,
[5]coquettes, encadres de guirlandes comme des miroirs.
Avec cela un grand perron de pierre, rong et verdi par
la pluie, une vigne maigre qui s'accroche aux murs, aussi
noire, aussi tordue que la corde qui se balance l-haut 
la poulie du grenier, je ne sais quel grand air de vtust et
[10]de tristesse... C'est l'ancien htel de Nesmond.

En plein jour, l'aspect de l'htel n'est pas le mme. Les
mots: Caisse, Magasin, Entre des ateliers clatent partout
 en or sur les vieilles murailles, les font vivre, les
rajeunissent. Les camions des chemins de fer branlent
[15]le portail; les commis s'avancent au perron la plume 
l'oreille pour recevoir les marchandises. La cour est
encombre de caisses, de paniers, de paille, de toile
d'emballage. On se sent bien dans une fabrique... Mais avec
la nuit, le grand silence, cette lune d'hiver qui, dans le
[20]fouillis des toits compliqus, jette et entremle des ombres,
l'antique maison des Nesmond reprend ses allures seigneuriales.
Les balcons sont en dentelle; la cour d'honneur
s'agrandit, et le vieil escalier, qu'clairent des jours
ingaux, vous a des recoins de cathdrale, avec des niches
[25]vides et des marches perdues qui ressemblent  des autels.

Cette nuit-l surtout, M. Majest trouve  sa maison
un aspect singulirement grandiose. En traversant la
cour dserte, le bruit de ses pas l'impressionne. L'escalier
lui parait immense, surtout trs lourd  monter. C'est le
[30]rveillon sans doute... Arriv au premier tage, il
s'arrte pour respirer, et s'approche d'une fentre. Ce
que c'est que d'habiter une maison historique! M. Majest

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n'est pas pote, oh! non; et pourtant, en regardant cette
belle cour aristocratique, o la lune tend une nappe de
lumire bleue, ce vieux logis de grand seigneur qui a si
bien l'air de dormir avec ses toits engourdis sous leur
[5]capuchon de neige, il lui vient des ides de l'autre monde:

Hein?... tout de mme, si les Nesmond revenaient...

A ce moment, un grand coup de sonnette retentit. Le
portail s'ouvre  deux battants, si vite, si brusquement,
que le rverbre s'teint; et pendant quelques minutes il
[10]se fait l-bas, dans l'ombre de la porte, un bruit confus de
frlements, de chuchotements. On se dispute, on se
presse pour entrer. Voici des valets, beaucoup de valets,
des carrosses tout en glaces miroitant au clair de lune,
des chaises  porteurs balances entre deux torches qui
[15]s'avivent au courant d'air du portail. En rien de temps,
la cour est encombre. Mais au pied du perron, la confusion
cesse. Des gens descendent des voitures, se saluent,
entrent en causant comme s'ils connaissaient la
maison. Il y a l, sur ce perron, un froissement de soie,
[20]cliquetis d'pes. Rien que des chevelures blanches,
alourdies et mates de poudre; rien que des petites voix
claires, un peu tremblantes, des petits rires sans timbre,
des pas lgers. Tous ces gens ont l'air d'tre vieux, vieux.
Ce sont des yeux effacs, des bijoux endormis, d'anciennes
[25]soies broches, adoucies de nuances changeantes, que la
lumire des torches fait briller d'un clat doux; et sur
tout cela flotte un petit nuage de poudre, qui monte des
cheveux chafauds, rouls en boucles,  chacune de ces
jolies rvrences, un peu guindes par les pes et les
[30]grands paniers... Bientt toute la maison a l'air d'tre
hante. Les torches brillent de fentre en fentre, montent
et descendent dans le tournoiement des escaliers, jusqu'aux

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lucarnes des mansardes qui ont leur tincelle de fte et
de vie. Tout l'htel de Nesmond s'illumine, comme si un
grand coup de soleil couchant avait allum ses vitres.
Ah! mon Dieu! ils vont mettre le feu!... se dit M.
[5]Majest. Et, revenu de sa stupeur, il tche de secouer
l'engourdissement de ses jambes et descend vite dans la
cour, o les laquais viennent d'allumer un grand feu clair.
M. Majest s'approche; il leur parle. Les laquais ne lui
rpondent pas, et continuent de causer tout bas entre eux,
[10]sans que la moindre vapeur s'chappe de leurs lvres dans
l'ombre glaciale de la nuit, M. Majest n'est pas content,
cependant une chose le rassure, c'est que ce grand feu qui
flambe si haut et si droit est un feu singulier, une flamme
sans chaleur, qui brille et ne brle pas. Tranquillis de
[15]ce ct, le bonhomme franchit le perron et entre dans ses
magasins.

Ces magasins du rez-de-chausse devaient faire autrefois
de beaux salons de rception. Des parcelles d'or terni
brillent encore  tous les angles. Des peintures
[20]mythologiques tournent au plafond, entourent les glaces, flottent
au-dessus des portes dans des teintes vagues, un peu
ternes, comme le souvenir des annes coules. Malheureusement
il n'y a plus de rideaux, plus de meubles.
Rien que des paniers, de grandes caisses pleines de siphons
[25] ttes d'tain, et les branches dessches d'un vieux lilas
qui montent toutes noires derrire les vitres. M. Majest,
en entrant, trouve son magasin plein de lumire et de
monde. Il salue, mais personne ne fait attention  lui.
Les femmes aux bras de leurs cavaliers continuent 
[30]minauder crmonieusement sous leurs pelisses de satin. On
se promne, on cause, on se disperse. Vraiment tous ces
vieux marquis ont l'air d'tre chez eux. Devant un

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trumeau peint, une petite ombre s'arrte, toute tremblante:
Dire que c'est moi, et que me voil! et elle regarde en
souriant une Diane qui se dresse dans la boiserie,--mince
et rose, avec un croissant au front.

[5]Nesmond, viens donc voir tes armes! et tout le monde
rit en regardant le blason des Nesmond qui s'tale sur une
toile d'emballage, avec le nom de Majest au-dessous.

Ah! ah! ah!... Majest!... Il y en a donc encore des
Majests en France?

[10]Et ce sont des gaiets sans fin, de petits rires  son de
flte, des doigts en l'air, des bouches qui minaudent...

Tout  coup quelqu'un crie:

Du champagne! du champagne!

--Mais non...

[15]--Mais si!... si, c'est du champagne... Allons,
comtesse, vite un petit rveillon.

C'est de l'eau de Seltz de M. Majest qu'ils ont prise
pour du champagne. On le trouve bien un peu vent;
mais bah! on le boit tout de mme; et comme ces pauvres
[20]petites ombres n'ont pas la tte bien solide, peu  peu
cette mousse d'eau~de Seltz les anime, les excite, leur donne
envie de danser. Des menuets s'organisent. Quatre fins
violons que Nesmond a fait venir commencent un air de
Rameau, tout en triolets, menu et mlancolique dans sa
[25]vivacit. Il faut voir toutes ces jolies vieilles tourner
lentement, saluer en mesure d'un air grave. Leurs atours
en sont rajeunis, et aussi les gilets d'or, les habits brochs,
les souliers  boucles de diamants. Les panneaux eux-mmes
semblent revivre en entendant ces anciens airs.
[30]La vieille glace, enferme dans le mur depuis deux cents
ans, les reconnat aussi, et tout, rafle, noircie aux angles,
elle s'allume doucement et renvoie aux danseurs leur

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image, un peu efface, comme attendrie d'un regret. Au
milieu de toutes ces lgances, M. Majest se sent gn.
Il s'est blotti derrire une caisse et regarde...

Petit  petit cependant le jour arrive. Par les portes
[5]vitres du magasin, on voit la cour blanchir, puis le haut
des fentres, puis tout un ct du salon. A mesure que
la lumire vient, les figures s'effacent, se confondent.
Bientt M. Majest ne voit plus que deux petits violons
attards dans un coin, et que le jour vapore en les
[10]touchant. Dans la cour, il aperoit encore, mais si vague, la
forme d'une chaise  porteurs, une tte poudre seme
d'meraudes, les dernires tincelles d'une torche que les
laquais ont jete sur le pav, et qui se mlent avec le feu
des roues d'une voiture de roulage entrant  grand bruit
par le portail ouvert...

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LA VISION DU JUGE DE COLMAR

Avant qu'il et prt serment  l'empereur Guillaume,
il n'y avait pas d'homme plus heureux que le petit juge
Dollinger, du tribunal de Colmar, lorsqu'il arrivait 
l'audience avec sa toque sur l'oreille, son gros ventre, sa
[5]lvre en fleur et ses trois mentons bien poss sur un ruban
de mousseline.

--Ah! le bon petit somme que je vais faire, avait-il
l'air de se dire en s'asseyant, et c'tait plaisir de le voir
allonger ses jambes grassouillettes, s'enfoncer sur son
[10]grand fauteuil, sur ce rond de cuir frais et moelleux auquel
il devait d'avoir encore l'humeur gale et le teint clair,
aprs trente ans de magistrature assise.

Infortun Dollinger!

C'est ce rond de cuir qui l'a perdu. Il se trouvait si
[15]bien dessus, sa place tait si bien faite sur ce coussinet de
moleskine, qu'il a mieux aim devenir Prussien que de
bouger de l. L'empereur Guillaume lui a dit: Restez
assis, monsieur Dollinger! et Dollinger est rest assis;
et aujourd'hui le voil conseiller  la cour de Colmar,
[20]rendant bravement la justice au nom de Sa Majest
berlinoise.

Autour de lui, rien n'est chang: c'est toujours le mme
tribunal fan et monotone, la mme salle de catchisme
avec ses bancs luisants, ses murs nus, son bourdonnement
[25]d'avocats, le mme demi-jour tombant des hautes fentres
 rideaux de serge, le mme grand christ poudreux qui

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penche la tte, les bras tendus. En passant  la Prusse,
la cour de Colmar n'a pas drog: il y a toujours un buste
d'empereur au fond du prtoire... Mais c'est gal!
Dollinger se sent dpays. Il a beau se rouler dans son
[5]fauteuil, s'y enfoncer rageusement; il n'y trouve plus les
bons petits sommes d'autrefois, et quand par hasard il lui
arrive encore de s'endormir  l'audience, c'est pour faire
des rves pouvantables...

Dollinger rve qu'il est sur une haute montagne, quelque
[10]chose comme le Honeck ou le ballon d'Alsace... Qu'est-ce
qu'il fait l, tout seul, en robe de juge, assis sur son grand
fauteuil  ces hauteurs immenses o l'on ne voit plus rien
que des arbres rabougris et des tourbillons de petites
mouches?... Dollinger ne le sait pas. Il attend, tout
[15]frissonnant de la sueur froide et de l'angoisse du cauchemar.
Un grand soleil rouge se lve de l'autre ct du
Rhin, derrire les sapins de la fort Noire, et,  mesure
que le soleil monte, en bas, dans les valles de Thann, de
Munster, d'un bout  l'autre de l'Alsace, c'est un roulement
[20]confus, un bruit de pas, de voitures en marche, et
cela grossit, et cela s'approche, et Dollinger a le coeur
serr! Bientt, par la longue route tournante qui grimpe
aux flancs de la montagne, le juge de Colmar voit venir 
lui un cortge lugubre et interminable, tout le peuple
[25]d'Alsace qui s'est donn rendez-vous  cette passe des
Vosges pour migrer solennellement.

En avant montent de longs chariots attels de quatre
boeufs, ces longs chariots  claire-voie que l'on rencontre
tout dbordants de gerbes au temps des moissons, et qui
[30]maintenant s'en vont chargs de meubles, de hardes,
d'instruments de travail. Ce sont les grands lits, les hautes
armoires, les garnitures d'indienne, les huches, les rouets,

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les petites chaises des enfants, les fauteuils des anctres,
vieilles reliques entasses, tires de leurs coins, dispersant
au vent de la route la sainte poussire des foyers. Des
maisons entires partent dans ces chariots. Aussi
[5]n'avancent-ils qu'en gmissant, et les boeufs les tirent avec
peine, comme si le sol s'attachait aux roues, comme si ces
parcelles de terre sche restes aux herses, aux charrues,
aux pioches, aux rteaux, rendant la charge encore plus
lourde, faisaient de ce dpart un dracinement. Derrire
[10]se presse une foule silencieuse, de tout rang, de tout ge,
depuis les grands vieux  tricorne qui s'appuient en
tremblant sur des btons, jusqu'aux petits blondins friss,
vtus d'une bretelle et d'un pantalon de futaine, depuis
l'aeule paralytique que de fiers garons portent sur leurs
[15]paules, jusqu'aux enfants de lait que les mres serrent
contre leurs poitrines; tous, les vaillants comme les infirmes,
ceux qui seront les soldats de l'anne prochaine et ceux
qui ont fait la terrible campagne, des cuirassiers amputs
qui se tranent sur des bquilles, des artilleurs hves,
[20]extnus, ayant encore dans leurs uniformes en loque la
moisissure des casemates de Spandau; tout cela dfile
firement sur la route, au bord de laquelle le juge de Colmar
est assis, et, en passant devant lui, chaque visage se
dtourne avec une terrible expression de colre et de
[25]dgot...

Oh! le malheureux Dollinger! il voudrait se cacher, s'enfuir;
mais impossible. Son fauteuil est incrust dans la
montagne, son rond de cuir dans son fauteuil, et lui dans
son rond de cuir. Alors il comprend qu'il est l comme au
[30]pilori, et qu'on a mis le pilori aussi haut pour que sa honte
se vt de plus loin... Et le dfil continue, village par
village, ceux de la frontire suisse menant d'immenses

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troupeaux, ceux de la Saar poussant leurs durs outils de
fer dans des wagons  minerais. Puis les villes arrivent,
tout le peuple des filatures, les tanneurs, les tisserands,
les ourdisseurs, les bourgeois, les prtres, les rabbins, les
[5]magistrats, des robes noires, des robes rouges. ..Voil le
tribunal de Colmar, son vieux prsident en tte. Et
Dollinger, mourant de honte, essaye de cacher sa figure,
mais ses mains sont paralyses; de fermer les yeux,
mais ses paupires restent immobiles et droites. Il faut
[10]qu'il voie et qu'on le voie, et qu'il ne perde pas un des
regards de mpris que ses collgues lui jettent en
passant...

Ce juge au pilori, c'est quelque chose de terrible! Mais
ce qui est plus terrible encore, c'est qu'il a tous les siens
[15]dans cette foule, et que pas un n'a l'air de le reconnatre.
Sa femme, ses enfants passent devant lui en baissant
la tte. On dirait qu'ils ont honte, eux aussi! Jusqu'
son petit Michel qu'il aime tant, et qui s'en va pour toujours
sans seulement le regarder. Seul, son vieux prsident
[20]s'est arrt une minute pour lui dire  voix basse:

Venez avec nous, Dollinger. Ne restez pas l, mon
ami...

Mais Dollinger ne peut pas se lever. Il s'agite, il appelle,
et le cortge dfile pendant des heures; et lorsqu'il
[25]s'loigne au jour tombant, toutes ces belles valles pleines
de clochers et d'usines se font silencieuses. L'Alsace
entire est partie. Il n'y a plus que le juge de Colmar
qui reste l-haut, clou sur son pilori, assis et
inamovible...

[30]...Soudain la scne change. Des ifs, des croix noires,
des ranges de tombes, une foule en deuil. C'est le

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cimetire de Colmar, un jour de grand enterrement. Toutes
les cloches de la ville sont en branle. Le conseiller Dollinger
vient de mourir. Ce que l'honneur n'avait pas pu
faire, la mort s'en est charge. Elle a dviss de son rond
[5]de cuir le magistrat inamovible, et couch tout de son
long l'homme qui s'enttait  rester assis...

Rver qu'on est mort et se pleurer soi-mme, il n'y a
pas de sensation plus horrible. Le coeur navr, Dollinger
assiste  ses propres funrailles; et ce qui le dsespre
[10]encore plus que sa mort, c'est que dans cette foule immense
qui se presse autour de lui, il n'a pas un ami, pas
un parent. Personne de Colmar, rien que des Prussiens!
Ce sont des soldats prussiens qui ont fourni l'escorte, des
magistrats prussiens qui mnent le deuil, et les discours
[15]qu'on prononce sur sa tombe sont des discours prussiens,
et la terre qu'on lui jette dessus et qu'il trouve si froide
est de la terre prussienne, hlas!

Tout  coup la foule s'carte, respectueuse; un magnifique
cuirassier blanc s'approche, cachant sous son manteau
[20]quelque chose qui a l'air d'une grande couronne
d'immortelles. Tout autour on dit:

Voil Bismarck...voil Bismarck... Et le juge de
Colmar pense avec tristesse:

C'est beaucoup d'honneur que vous me faites, monsieur
[25]le comte, mais si j'avais l mon petit Michel...

Un immense clat de rire l'empche d'achever, un rire
fou, scandaleux, sauvage, inextinguible.

Qu'est-ce qu'ils ont donc? se demande le juge pouvant.
Il se dresse, il regarde... C'est son rond, son rond
[30]de cuir que M. de Bismarck vient de dposer religieusement
sur sa tombe avec cette inscription en entourage
dans la moleskine:

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AU JUGE DOLLINGER
HONNEUR DE LA MAGISTRATURE ASSISE
SOUVENIRS ET REGRETS

D'un bout  l'autre du cimetire, tout le monde rit, tout
[5]le monde se tord, et cette grosse gaiet prussienne rsonne
jusqu'au fond du caveau, o le mort pleure de honte,
cras sous un ridicule ternel...

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ERCKMANN-CHATRIAN

LA MONTRE DU DOYEN

I
Le jour d'avant la Nol 1832, mon ami Wilfrid, sa
contre-basse en sautoir, et moi mon violon sous le bras,
nous allions de la Fort Noire  Heidelberg. Il faisait un
temps de neige extraordinaire; aussi loin que s'tendaient
[5]nos regards sur l'immense plaine dserte, nous ne dcouvrions
plus de trace de route, de chemin, ni de sentier.
La bise sifflait son ariette stridente avec une persistance
monotone, et Wilfrid, la besace aplatie sur sa maigre chine,
ses longues jambes de hron tendues, la visire de sa
[10]petite casquette plate rabattue sur le nez, marchait devant
moi, fredonnant je ne sais quelle joyeuse chanson. J'embotais
le pas, ayant de la neige jusqu'aux genoux, et je
sentais la mlancolie me gagner insensiblement.

Les hauteurs de Heidelberg commenaient  poindre
[15]tout au bout de l'horizon, et nous esprions arriver avant
la nuit close, lorsque nous entendmes un cheval galoper
derrire nous. Il tait alors environ cinq heures du soir,
et de gros flocons de neige tourbillonnaient dans l'air
gristre. Bientt le cavalier fut  vingt pas. Il ralentit
[20]sa marche, nous observant du coin de l'oeil; de notre part,
nous l'observions aussi.

Figurez-vous un gros homme roux de barbe et de
cheveux, coiff d'un superbe tricorne, la capote brune,
recouverte d'une pelisse de renard flottante, les mains

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enfonces dans des gants fourrs remontant jusqu'aux
coudes: quelque chevin ou bourgmestre  large panse,
une belle valise tablie sur la croupe de son vigoureux
roussin. Bref, un vritable personnage.

[5]H! h! mes garons, fit-il en sortant une de ses grosses
mains des moufles suspendues  sa rhingrave, nous allons
 Heidelberg, sans doute, pour faire de la musique?

Wilfrid regarda le voyageur de travers et rpondit
brusquement:

[10]Cela vous intresse, monsieur?

--Eh! oui... J'aurais un bon conseil  vous donner.

--Un conseil?

--Mon Dieu... Si vous le voulez bien.

Wilfrid allongea le pas sans rpondre, et, de mon ct,
[15]je m'aperus que le voyageur avait exactement la mine
d'un gros chat: les oreilles cartes de la tte, les paupires
demi-closes, les moustaches bouriffes, l'air tendre et
paterne.

Mon cher ami, reprit-il en s'adressant  moi, franchement,
[20]vous feriez bien de reprendre la route d'o vous
venez.

--Pourquoi, monsieur?

--L'illustre mastro Pimenti, de Novare, vient d'annoncer
un grand concert  Heidelberg pour Nol; toute
[25]la ville y sera, vous ne gagnerez pas un kreutzer.

Mais Wilfrid, se retournant de mauvaise humeur, lui
rpliqua:

Nous nous moquons de votre mastro et de tous les
Pimenti du monde. Regardez ce jeune homme, regardez-le
[30]bien! a n'a pas encore un brin de barbe au menton; a
n'a jamais jou que dans les petits _bouchons_ de la Fort
Noire pour faire danser les _bourengrdel_ et les

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charbonnires. Eh bien, ce petit bonhomme, avec ses longues
boucles blondes et ses grands yeux bleus, dfie tous vos
charlatans italiens; sa main gauche renferme des trsors
de mlodie, de grce et de souplesse... Sa droite a le plus
[5]magnifique coup d'archet que le Seigneur-Dieu daigne
accorder parfois aux pauvres mortels, dans ses moments
de bonne humeur.

--Eh! eh! fit l'autre, en vrit?

--C'est comme je vous le dis, s'cria Wilfrid, se
[10]remettant  courir, en soufflant dans ses doigts rouges.

Je crus qu'il voulait se moquer du voyageur, qui nous
suivait toujours au petit trot.

Nous fmes ainsi plus d'une demi-lieue en silence. Tout
 coup l'inconnu, d'une voix brusque, nous dit:

[15]Quoi qu'il en soit de votre mrite, retournez dans la
Fort Noire; nous avons assez de vagabonds  Heidelberg,
sans que vous veniez en grossir le nombre... Je vous
donne un bon conseil, surtout dans les circonstances
prsentes... Profitez-en!

[20]Wilfrid indign allait lui rpondre, mais il avait pris le
galop et traversait dj la grande avenue de l'lecteur.
Une immense file de corbeaux: venaient de s'lever dans la
plaine, et semblaient suivre le gros homme, en remplissant
le ciel de leurs clameurs.

[25]Nous arrivmes  Heidelberg vers sept heures du soir,
et nous vmes, en effet, l'affiche magnifique de Pimenti sur
toutes les murailles de la ville: Grand concerto, solo, etc.

Dans la soire mme, en parcourant les brasseries des
thologiens et des philosophes, nous rencontrmes plusieurs
[30]musiciens de la Fort Noire, de vieux camarades, qui nous
engagrent dans leur troupe. Il y avait le vieux Brmer,
le violoncelliste; ses deux fils Ludwig et Karl, deux bons

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seconds violons; Heinrich Siebel, la clarinette; la grande
Berthe avec sa harpe; puis Wilfrid et sa contre-basse, et
moi comme premier violon.

Il fut arrt que nous irions ensemble, et qu'aprs la
[5]Nol, nous partagerions en frres. Wilfrid avait dj
lou, pour nous deux, une chambre au sixime tage de
la petite auberge du _Pied-de-Mouton_,  quatre kreutzers
la nuit. A proprement parler, ce n'tait qu'un grenier;
mais heureusement il y avait un fourneau de tle, et nous
[10]y fimes du feu pour nous scher.

Comme nous tions assis tranquillement  rtir des
marrons et  boire une cruche de vin, voil que la petite
Annette, la fille d'auberge, en petite jupe coquelicot et
cornette de velours noir, les joues vermeilles, les lvres roses
[15]comme un bouquet de cerises... Annette monte l'escalier
quatre  quatre, frappe  la porte, et vient se jeter dans,
mes bras, toute rjouie.

Je connaissais cette jolie petite depuis longtemps, nous
tions du mme village, et puisqu'il faut tout vous dire, ses
[20]yeux ptillants, son air espigle m'avaient captiv le coeur.

Je viens causer un instant avec toi, me dit-elle, en
s'asseyant sur un escabeau. Je t'ai vu monter tout 
l'heure, et me voil!

Elle se mit alors  babiller, me demandant des nouvelles
[25]de celui-ci, de celui-l, enfin de tout le village: c'tait 
peine si j'avais le temps de lui rpondre. Parfois elle
s'arrtait et me regardait avec une tendresse inexprimable.
Nous serions rests l jusqu'au lendemain, si la mre Grdel
Dick ne s'tait mise  crier dans l'escalier:

[30]Annette! Annette! viendras-tu?

--Me voil, madame, me voil! fit la pauvre enfant, se
levant toute surprise. Elle me donna une petite tape sur

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la joue et s'lana vers la porte; mais au moment de sortir
elle s'arrta:

Ah! s'cria-t-elle en revenant, j'oubliais de vous dire;
avez-vous appris?

[5]--Quoi donc?

--La mort de notre pro-recteur Zhn!

--Et que nous importe cela?

--Oui, mais prenez garde, prenez garde, si vos papiers
ne sont pas en rgle. Demain  huit heures, on viendra
[10]vous les demander. On arrte tant de monde, tant de
monde depuis quinze jours! Le pro-recteur a t assassin
dans la bibliothque du clotre Saint-Christophe hier
soir. La semaine dernire on a pareillement assassin le
vieux sacrificateur Ulmet lias, de la rue des Juifs!
[15]Quelques jours avant, on a tu la vieille Christina Has et le
marchand d'agates Sligmann! Ainsi, mon pauvre Kasper,
fit-elle tendrement, veille bien sur toi, et que tous vos
papiers soient en ordre.

Tandis qu'elle parlait, on criait toujours d'en bas:
[20]Annette! Annette! viendras-tu? Oh! la malheureuse,
qui me laisse toute seule!

Et les cris des buveurs s'entendaient aussi, demandant
du vin, de la bire, du jambon, des saucisses. Il fallut
bien partir. Annette descendit en courant comme elle
[25]tait venue, et rpondant de sa voix douce:

Mon Dieu!... mon Dieu!... qu'y a-t-il donc, madame,
pour crier de la sorte?... Ne croirait-on pas que le feu est
dans la maison!...

Wilfrid alla refermer la porte, et, ayant repris sa place,
[30]nous nous regardmes, non sans quelque inquitude.

Voil de singulires nouvelles, dit-il... Au moins tes
papiers sont-ils en rgle?

Page 145

--Sans doute.

Et je lui fis voir mon livret.

Bon, le mien est l... Je l'ai fait viser avant de partir
...Mais c'est gal, tous ces meurtres ne nous annoncent
[5]rien de bon... Je crains que nous ne fassions pas nos
affaires ici... Bien des familles sont dans le deuil... et
d'ailleurs les ennuis, les inquitudes...

--Bah! tu vois tout en noir, lui dis-je.

Nous continumes  causer de ces vnements tranges
[10]jusque pass minuit. Le feu de notre petit pole clairait
toute la chambre. De temps en temps une souris attire
par la chaleur glissait comme une flche le long du mur.
On entendait le vent s'engouffrer dans les hautes chemines
et balayer la poussire de neige des gouttires. Je songeais
[15] Annette. Le silence s'tait rtabli.

Tout  coup Wilfrid, tant sa veste, s'cria:

Il est temps de dormir... Mets encore une bche au
fourneau et couchons-nous.

--Oui, c'est ce que nous avons de mieux  faire.

[20]Ce disant, je tirai mes bottes, et deux minutes aprs
nous tions tendus sur la paillasse, la couverture tire
jusqu'au menton, un gros rondin sous la tte pour oreiller.
Wilfrid ne tarda point  s'endormir. La lumire du petit
pole allait et venait... Le vent redoublait au dehors...
[25]et, tout en rvant, je m'endormis  mon tour comme un
bienheureux.

Vers deux heures du matin je fus veill par un bruit
inexplicable; je crus d'abord que c'tait un chat courant
sur les gouttires; mais ayant mis l'oreille contre les
[30]bardeaux, mon incertitude ne fut pas longue: quelqu'un
marchait sur le toit.

Je poussai Wilfrid du coude pour l'veiller.

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Chut! fit-il en me serrant la main.

Il avait entendu comme moi. La flamme jetait alors
ses dernires lueurs, qui se dbattaient contre la muraille
dcrpite. J'allais me lever, quand, d'un seul coup, la
[5]petite fentre, ferme par un fragment de brique, fut
pousse et s'ouvrit: une tte ple, les cheveux roux, les
yeux phosphorescents, les joues frmissantes, parut...,
regardant  l'intrieur. Notre saisissement fut tel que
nous n'emes pas la force de jeter un cri. L'homme passa
[10]une jambe, puis l'autre, par la lucarne et descendit dans
notre grenier avec tant de prudence, que pas un atome ne
bruit sous ses pas.

Cet homme, large et rond des paules, court, trapu, la
face crispe comme celle d'un tigre  l'afft, n'tait autre
[15]que le personnage bonasse qui nous avait donn des conseils
sur la route de Heidelberg. Que sa physionomie nous
parut change alors! Malgr le froid excessif, il tait en
manches de chemise; il ne portait qu'une simple culotte
serre autour des reins, des bas de laine et des souliers 
[20]boucles d'argent. Un long couteau tach de sang brillait
dans sa main.

Wilfrid et moi nous nous crmes perdus... Mais lui
ne parut pas nous voir dans l'ombre oblique de la mansarde,
quoique la flamme se ft ranime au courant d'air glacial
[25]de la lucarne. Il s'accroupit sur un escabeau et se prit 
grelotter d'une faon bizarre... subitement ses yeux, d'un
vert jauntre, s'arrtrent sur moi..., ses narines se
dilatrent..., il me regarda plus d'une longue minute...
Je n'avais plus une goutte de sang dans les veines! Puis,
[30]se tournant vers le pole, il toussa d'une voix rauque,
pareille  celle d'un chat, sans qu'un seul muscle de sa face
tressaillit. Il tira du gousset de sa culotte une grosse

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montre, fit le geste d'un homme qui regarde l'heure, et,
soit distraction ou tout autre motif, il la dposa sur la
table. Enfin, se levant comme incertain, il considra la
lucarne, parut hsiter et sortit, laissant la porte ouverte
[5]tout au large.

Je me levai aussitt pour pousser le verrou, mais dj
les pas de l'homme criaient dans l'escalier  deux tages
en dessous. Une curiosit invincible l'emporta sur ma
terreur, et, comme je l'entendais ouvrir une fentre donnant
[10]sur la cour, moi-mme je m'inclinai vers la lucarne
de l'escalier en tourelle du mme ct. La cour de cette
hauteur tait profonde comme un puits; un mur, haut de
cinquante  soixante pieds, la partageait en deux. Sa
crte partait de la fentre que l'assassin venait d'ouvrir, et
[15]s'tendait en ligne droite, sur le toit d'une vaste et sombre
demeure en face. Comme la lune brillait entre de grands
nuages chargs de neige, je vis tout cela d'un coup d'oeil,
et je frmis en apercevant l'homme fuir sur la haute muraille,
la tte penche en avant et son long couteau  la
[20]main, tandis que le vent soufflait avec des sifflements
lugubres.

Il gagna le toit en face et disparut dans une lucarne.
Je croyais rver. Pendant quelques instants je restai
l, bouche bante, la poitrine nue, les cheveux flottants,
[25]sous le grsil qui tombait du toit. Enfin, revenant de ma
stupeur, je rentrai dans notre rduit et trouvai Wilfrid,
qui me regarda tout hagard et murmurant une
prire  voix basse. Je m'empressai de remettre du
bois au fourneau, de passer mes habits et de fermer le
[30]verrou.

Eh bien? demanda mon camarade en se levant.

--Eh bien! lui rpondis-je, nous en sommes rchapps

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...Si cet homme ne nous a pas vus, c'est que Dieu ne veut
pas encore notre mort.

--Oui, fit-il... oui! c'est l'un des assassins dont nous
parlait Annette... Grand Dieu!... quelle figure... et
[5]quel couteau!

Il retomba sur la paillasse... Moi, je vidai d'un trait ce
qui restait de vin dans la cruche, et comme le feu s'tait
ranim, que la chaleur se rpandait de nouveau dans la
chambre, et que le verrou me paraissait solide, je repris
[10]courage.

Pourtant, la montre tait l... l'homme pouvait revenir
la chercher!... Cette ide nous glaa d'pouvante.

Qu'allons-nous faire, maintenant? dit Wilfrid. Notre
plus court serait de reprendre tout de suite le chemin de la
[15]Fort Noire!

--Pourquoi?

--Je n'ai plus envie de jouer de la contre-basse...
Arrangez-vous comme vous voudrez.

--Mais pourquoi donc? Qu'est-ce qui nous force 
[20]partir? Avons-nous commis un crime?

--Parle bas... parle bas... fit-il... Rien que ce mot
crime, si quelqu'un l'entendait, pourrait nous faire prendre
...De pauvres diables comme nous servent d'exemples
aux autres... On ne regarde pas longtemps s'ils commettent
[25]des crimes... Il suffit qu'on trouve cette montre
ici...

--coute, Wilfrid, lui dis-je, il ne s'agit pas de perdre
la tte. Je veux bien croire qu'un crime a t commis ce
soir dans notre quartier... Oui, je le crois... c'est mme
[30]trs-probable... mais, en pareille circonstance, que doit
faire un honnte homme? Au lieu de fuir, il doit aider la
justice, il doit...

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--Et comment, comment l'aider?

--Le plus simple sera de prendre la montre et d'aller la
remettre demain au grand bailli, en lui racontant ce qui
s'est pass.

[5]--Jamais... jamais... je n'oserai toucher cette
montre!

--Eh bien! moi, j'irai. Couchons-nous et tchons de
dormir encore s'il est possible.

--Je n'ai plus envie de dormir.

[10]--Alors, causons... allume ta pipe... attendons le
jour... Il Y a peut-tre encore du monde  l'auberge...
si tu veux, nous descendrons.

--J'aime mieux rester ici.

--Soit!

[15]Et nous reprmes notre place au coin du feu.
Le lendemain, ds que le jour parut, j'allai prendre la
montre sur la table. C'tait une montre trs-belle, 
double cadran marquait les heures, l'autre les minutes.
Wilfrid parut plus rassur.

[20]Kasper, me dit-il, toute rflexion faite, il convient
mieux que j'aille voir le bailli. Tu es trop jeune pour
entrer dans de telles affaires... Tu t'expliquerais mal!

--C'est comme tu voudras.

--Oui, il paratrait bien trange qu'un homme de mon
[25]ge envoyt un enfant.

--Bien... bien... je comprends, Wilfrid

Il prit la montre, et je remarquai que son amour-propre
seul le poussait  cette rsolution: il aurait rougi, sans
doute, devant ses camarades, d'avoir montr moins de
[30]courage que moi.

Nous descendmes du grenier tout mditatifs. En
traversant l'alle qui donne sur la rue Saint-Christophe,

Page 150

nous entendmes le cliquetis des verres et des fourchettes
...Je distinguai la voix du vieux Brmer et de ses deux
fils, Ludwig et Karl.

Ma foi, dis-je  Wilfrid, avant de sortir, nous ne ferions
[5]pas mal de boire un bon coup.

En mme temps je poussai la porte de la salle. Toute
notre socit tait l, les violons, les cors de chasse
suspendus  la muraille; la harpe dans un coin. Nous fmes
accueillis par des cris joyeux. On s'empressa de nous
[10]faire place  table.

H! disait le vieux Brmer, bonne journe, camarades
Du vent... de la neige... Toutes les brasseries
seront pleines de monde; chaque flocon qui tourbillonne
dans l'air est un florin qui nous tombera dans la poche!

[15]J'aperus ma petite Annette, frache, dgourdie, me
souriant des yeux et des lvres avec amour. Cette vue
me ranima... Les meilleures tranches de jambon taient
pour moi, et chaque fois qu'elle venait dposer une cruche
 ma droite, sa douce main s'appuyait avec expression sur
[20]mon paule.

Oh! que mon coeur sautillait, en songeant aux marrons
que nous avions croqus la veille ensemble! Pourtant,
la figure ple du meurtrier passait de temps en temps
devant mes yeux et me faisait tressaillir... Je regardais
[25]Wilfrid, il tait tout mditatif. Enfin, au coup de huit
heures, notre troupe allait partir, lorsque la porte s'ouvrit,
et que trois escogriffes, la face plombe, les yeux brillants
comme des rats, le chapeau dform, suivis de plusieurs
autres de la mme espce, se prsentrent sur le seuil.
[30]L'un d'eux, au nez long, un norme gourdin suspendu au
poignet, s'avana en s'criant:

Vos papiers, messieurs?

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Chacun s'empressa de satisfaire  sa demande. Malheureusement
Wilfrid, gui se trouvait debout auprs du
Pole, fut pris d'un tremblement subit, et comme l'agent
de police,  l'oeil exerc, suspendait sa lecture pour
[5]l'observer d'un regard quivoque, il eut la funeste ide de
faire glisser la montre dans sa botte, mais, avant
qu'elle et atteint sa destination, l'agent de police frappait
sur la cuisse de mon camarade et s'criait d'un ton
goguenard:

[10]H, h! il parait que ceci nous gne?

Alors Wilfrid tomba en faiblesse,  la grande stupfaction
de tout le monde, il s'affaissa sur un banc, ple comme
la mort, et Madoc, le chef de la police, sans gne, ouvrit
son pantalon et en retira la montre avec un mchant clat
[15]de rire... Mais  peine l'eut-il regarde, qu'il devint
grave, et se tournant vers ses agents:

Que personne ne sorte! s'cria-t-il d'une voix terrible.
Nous tenons la bande... Voici la montre du doyen Daniel
Van den Berg... Attention... Les menottes!

[20]Ce cri nous traversa jusqu' la moelle des os. Il se fit
un tumulte pouvantable... Moi, nous sentant perdus,
je me glissai sous le banc, prs du mur, et comme on enchanait
le pauvre vieux Brmer, ses fils Heinrich et Wilfrid,
qui sanglotaient et protestaient... je sentis une
[25]petite main me passer sur le cou.. la douce main d'Annette,
o j'imprimai mes lvres pour dernier adieu...
Mais elle me prit par l'oreille, m'attira doucement...
doucement... Je vis la porte du cellier ouverte sous un
bout de la table... Je m'y laissai glisser... La porte se
[30]referma!

Ce fut l'affaire d'une seconde, au milieu de la bagarre.

A peine au fond de mon trou, on trpignait dj sur la

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porte... puis tout devint silencieux: mes pauvres camarades
taient partis!--La mre Grdel Dick jetait son
cri de paon sur le seuil de son alle, disant que l'auberge
du _Pied-de-Mouton_ tait dshonore.

[5]Je vous laisse  penser les rflexions que je dus faire
durant tout un jour, blotti derrire une futaille, les reins
courbs, les jambes replies sous moi, songeant que si un
chien descendait  la cave... que s'il prenait fantaisie 
la cabaretire de venir elle-mme remplir la cruche. ..
[10]que si la tonne se vidait dans le jour et qu'il fallt en
mettre une autre en perce... que le moindre hasard enfin
pouvait me perdre.

Toutes ces ides et mille autres me passaient par la
tte. Je reprsentais mes camarades dj pendus au gibet.
[15]Annette, non moins trouble que moi, par excs de prudence
refermait la porte chaque fois qu'elle remontait du
cellier.--J'entendis la vieille lui crier:

Mais laisse donc cette porte. Es-tu folle de perdre la
moiti de ton temps  l'ouvrir?

[20]Alors, la porte resta entre-bille, et du fond de l'ombre
je vis les tables se garnir de nouveaux buveurs... J'entendais
des cris, des discussions, des histoires sans fin sur la
fameuse bande.

Oh! les sclrats, disait l'un, grce au ciel on les tient!
[25]Quel flau pour Heidelberg!... On n'osait plus se hasarder
dans les rues aprs dix heures... Le commerce en souffrait...
Enfin, c'est fini, dans quinze jours, tout sera
rentr dans l'ordre.

--Voyez-vous ces musiciens de la Fort Noire, criait
[30]un autre... c'est un tas de bandits! ils s'introduisent dans
les maisons sous prtexte de faire de la musique... Ils
observent les serrures, les coffres, les armoires, les issues,

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et puis, un beau matin, on apprend que matre un tel a
eu la gorge coupe dans son lit... que sa femme a t
massacre... ses enfants gorgs... la maison pille de
fond en comble... qu'on a mis le feu  la grange... ou
[5]autre chose dans ce genre... Quels misrables! On
devrait les exterminer tous sans misricorde... au moins
le pays serait tranquille.

--Toute la ville ira les voir pendre, disait la mre
Grdel... Ce sera le plus beau jour de ma vie!

[10]--Savez-vous que sans la montre du doyen Daniel, on
n'aurait jamais trouv leur trace? Hier soir la montre
disparat... Ce matin, matre Daniel en donne le signalement
 la police... une heure aprs, Madoc mettait la
main sur toute la couve... h! h! h!

[15]Et toute la salle de rire aux clats. La honte,
l'indignation, la peur, me faisaient frmir tour  tour.
Cependant la nuit vint. Quelques buveurs seuls
restaient encore  table. On avait veill la nuit prcdente;
j'entendais la grosse propritaire qui billait et
[20]murmurait:

Ah! mon Dieu, quand pourrons-nous aller nous
coucher?

Une seule chandelle restait allume dans la salle.

Allez dormir, madame, dit la douce voix d'Annette, je
[25]veillerai bien toute seule jusqu' ce que ces messieurs s'en
aillent.

Quelques ivrognes comprirent cette invitation et se
retirrent; il n'en restait plus qu'un, assoupi en face de sa
cruche. Le wachtmann, tant venu faire sa ronde,
[30]l'veilla, et je l'entendis sortir  son tour, grognant et
trbuchant jusqu' la porte.

Enfin, me dis-je, le voil parti; ce n'est pas malheureux.

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La mre Grdel va dormir, et la petite Annette ne tardera
point  me dlivrer.

Dans cette agrable pense je dtirais dj mes membres
engourdis, quand ces paroles de la grosse cabaretire
[5]frapprent mes oreilles:

Annette, va fermer, et n'oublie pas de mettre la barre.
Moi, je descends  la cave.

Il parait qu'elle avait cette louable habitude pour
s'assurer que tout tait en ordre.

[10]Mais, madame, balbutia la petite, le tonneau n'est pas
vide; vous n'avez pas besoin...

--Mle-toi de tes affaires, interrompit la grosse femme,
dont la chandelle brillait dj sur l'escalier.

Je n'eus que le temps de me replier de nouveau derrire
[15]la futaille. La vieille, courbe sous la vote basse du
cellier, allait d'une tonne  l'autre, et je l'entendais
murmurer:

Oh! la coquine, comme elle laisse couler le vin! At~
tends, attends, je vais t'apprendre  mieux fermer les
[20]robinets. A-t-on jamais vu! A-t-on jamais vu!

La lumire projetait les ombres contre le mur humide.
Je me dissimulais de plus en plus.

Tout  coup, au moment o je croyais la visite termine,
j'entendis la grosse mre exhaler un soupir, mais un soupir
[25]si long, si lugubre, que l'ide me vint aussitt qu'il se
passait quelque chose d'extraordinaire. Je hasardai un
oeil... le moins possible; et qu'est-ce que je vis? Dame
Grdel Dick, la bouche bante, les yeux hors de la tte,
contemplant le dessous de la tonne, derrire laquelle je
[30]me tenais immobile. Elie venait d'apercevoir un de mes
pieds sous la solive servant de cale, et s'imaginait sans
doute avoir dcouvert le chef des brigands, cach l pour

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l'gorger pendant la nuit. Ma rsolution fut prompte:
je me redressai en murmurant:

Madame, au nom du ciel! ayez piti de moi. Je
suis...

[5]Mais alors, elle, sans me regarder, sans m'couter, se
prit  jeter des cris de paon, des cris  vous dchirer les
oreilles, tout en grimpant l'escalier aussi vite que le lui
permettait son norme corpulence. De mon ct, saisi
d'une terreur inexprimable, je m'accrochai  sa robe, pour
[10]la prier  genoux. Mais ce fut pis encore:

Au secours!  l'assassin! Oh! ah! mon Dieu! Lchez-moi.
Prenez mon argent. Oh! oh!

C'tait effrayant. J'avais beau lui dire:

Madame, regardez-moi. Je ne suis pas ce que vous
[15]pensez...

Bah! elle tait folle d'pouvante, elle radotait, elle
bgayait, elle piaillait d'un accent si aigu que si nous
n'eussions t sous terre, tout le quartier en et t veill.
Dans cette extrmit, ne consultant que ma rage, je lui
[20]grimpai sur le dos, et j'atteignis avant elle la porte, que
je lui refermai sur le nez comme la foudre, ayant soin
d'assujettir le verrou. Pendant la lutte, la lumire s'tait
teinte, dame Grdel restait dans les tnbres, et sa voix
ne s'entendait plus que faiblement, comme dans le
[25]lointain.

Moi, puis, ananti, je regardais Annette dont le
trouble galait le mien. Nous n'avions plus la force de
nous dire un mot; et nous coutions ces cris expirants, qui
finirent par s'teindre: la pauvre femme s'tait vanouie.

[30]Oh! Kasper, me dit Annette en joignant les mains,
que faire, mon Dieu, que faire? Sauve-toi... Sauve-toi
...On a peut-tre entendu... Tu l'as donc tue?

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--Tue... moi?

--Eh bien!... chappe-toi... Je vais t'ouvrir.

En effet, elle leva la barre, et je me pris  courir dans la
rue, sans mme la remercier. ..Ingrat! Mais j'avais si
[5]peur... le danger tait si pressant... le ciel si noir! Il
faisait un temps abominable: pas une toile au ciel...
pas un rverbre allum... Et le vent... et la neige!
Ce n'est qu'aprs avoir couru au moins une demi-heure,
que je m'arrtai pour reprendre haleine... Et qu'on
[10]s'imagine mon pouvante quand, levant les yeux, je me
vis juste en face du _Pied-de-Mouton_. Dans ma terreur,
j'avais fait le tour du quartier, peut-tre trois ou quatre
fois de suite... Mes jambes taient lourdes, boueuses...
mes genoux vacillaient.

[15]L'auberge, tout  l'heure dserte, bourdonnait comme
une ruche; des lumires couraient d'une fentre  l'autre
...Elle tait sans doute pleine d'agents de police. Alors,
malheureux, puis par le froid et la faim, dsespr, ne
sachant o trouver un asile, je pris la plus singulire de
[20]toutes les rsolutions:

Ma foi, me dis-je, mourir pour mourir... autant
tre pendu que de laisser ses os en plein champ sur la
route de la Fort Noire!

Et j'entrai dans l'auberge, pour me livrer moi-mme 
[25]la justice. Outre les individus rps, aux chapeaux
dforms, aux triques normes, que j'avais dj vus le matin,
et qui allaient, venaient, furetaient et s'introduisaient
partout, il y avait alors devant une table le grand
bailli Zimmer, vtu de noir, l'air grave, l'oeil pntrant, et
[30]le secrtaire Rth, avec sa perruque rousse, sa grimace
imposante et ses larges oreilles plates comme des cailles
d'hutres. C'est  peine si l'on fit attention  moi,

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circonstance qui modifia tout de suite ma rsolution. Je
m'assis dans l'un des coins de la salle, derrire le grand
fourneau de fonte, en compagnie de deux ou trois voisins,
accourus pour voir ce qui se passait, et je demandai
[5]tranquillement une chopine de vin et un plat de
choucroute.

Annette faillit me trahir:

Ah! mon Dieu, fit-elle, est-ce possible?

Mais une exclamation de plus ou de moins dans une
[10]telle cohue ne signifiait absolument rien... Personne n'y
prit garde; et, tout en mangeant du meilleur apptit,
j'coutai l'interrogatoire que subissait dame Grdel,
accroupie dans un large fauteuil, les cheveux pars et les
yeux encore carquills par la peur.

[15]Quel ge paraissait avoir cet homme? lui demanda le
bailli.

--De quarante  cinquante ans, monsieur... C'tait
un homme norme, avec des favoris noirs... ou bruns
...je ne sais pas au juste... le nez long... les yeux
[20]verts.

--N'avait-il pas quelques signes particuliers... des
taches au visage... des cicatrices?

--Non... je ne me rappelle pas... Il n'avait qu'un
gros marteau... et des pistolets...

[25]-Fort bien. Et que vous a-t-il dit?

--Il m'a prise  la gorge... Heureusement j'ai cri si
haut que la peur l'a saisi... et puis, je me suis dfendue
avec les ongles... Ah! quand on veut vous massacrer
...on se dfend, monsieur!...

[30]--Rien de plus naturel, de plus lgitime, madame...
crivez, monsieur Rth... Le sang-froid de cette bonne
dame a t vraiment admirable!

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Ainsi du reste de la dposition.

On entendit ensuite Annette, qui dclara simplement
avoir t si trouble qu'elle ne se souvenait de rien.

Cela suffit, dit le bailli; s'il nous faut d'autres
[5]renseignements, nous reviendrons demain.

Tout le monde sortit, et je demandai  la dame Grdel
une chambre pour la nuit. Elle, n'eut pas le moindre
souvenir de m'avoir vu... tant la peur lui avait troubl
la cervelle.

[10]Annette, dit-elle, conduis monsieur  la petite chambre
verte du troisime. Moi, je ne tiens plus sur mes jambes
...Ah mon Dieu... mon Dieu...  quoi n'est-on pas
expos dans ce monde!

Elle se prit  sangloter, ce qui la soulagea.

[15]Annette, ayant allum une chandelle, me conduisit
dans la chambre dsigne, et quand nous fmes seuls:

Oh! Kasper... Kasper... s'cria-t-elle navement...
qui aurait jamais cru que tu tais de la bande? Je ne me
consolerai jamais d'avoir aim un brigand!

[20]--Comment, Annette... toi aussi! lui rpondis-je en
m'asseyant dsol... Ah! tu m'achves!

J'tais prt  fondre en larmes... Mais elle, revenant
aussitt de son injustice et m'entourant de ses bras:

Non! non! fit-elle... Tu n'es pas de la bande... Tu
[25]es trop gentil pour cela, mon bon Kasper... Mais
c'est gal... tu as un fier courage tout de mme d'tre
revenu!

Je lui dis que j'allais mourir de froid dehors, et que cela
seul m'avait dcid. Nous restmes quelques instants
[30]tout pensifs, puis elle sortit pour ne pas veiller les
soupons de dame Grdel. Quand je fus seul, aprs m'tre
assur que les fentres ne donnaient sur aucun mur et

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que le verrou fermait bien, je remerciai le Seigneur de
m'avoir sauv dans ces circonstances prilleuses. Puis
m'tant couch, je m'endormis profondment.


II

Le lendemain, je m'veillai vers huit heures. Le temps
[5]tait humide et terne. En cartant le rideau de mon lit,
je remarquai que la neige s'tait amoncele au bord des
fentres: les vitres en taient toutes blanches. Je me pris
 rver tristement au sort de mes camarades; ils avaient
d bien souffrir du froid... la grande Berthe et le vieux
[10]Brmer surtout! Cette ide me serra le coeur.
Comme je rvais ainsi, un tumulte trange s'leva dehors.
Il se rapprochait de l'auberge, et ce n'est pas sans inquitude
que je m'lanai vers une fentre, pour juger de ce
nouveau pril.

[15]On venait confronter la fameuse bande avec dame Grdel
Dick, qui ne pouvait sortir aprs les terribles motions
de la veille. Mes pauvres compagnons descendaient la
rue bourbeuse entre deux files d'agents de police, et
suivis d'une avalanche de gamins, hurlant et sifflant
[20]comme de vrais sauvages. Il me semble encore voir cette
scne affreuse: le pauvre Brmer, enchan avec son fils
Ludwig, puis Karl et Wilfrid, et enfin la grande Berthe,
qui marchait seule derrire et criait d'une voix
lamentable:

[25]Au nom du ciel, messieurs, au nom du ciel... ayez
piti d'une pauvre harpiste innocente!... Moi... tuer!
...moi... voler. Oh! Dieu! est-ce possible.

Elle se tordait les mains. Les autres taient mornes, la
tte penche, les cheveux pendant sur la face.

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Tout ce monde s'engouffra dans l'alle sombre de l'auberge.
Les gardes en expulsrent les trangers... On referma
la porte, et la foule avide resta dehors, les pieds
dans la boue, le nez aplati contre les fentres.

[5]Le plus profond silence s'tablit alors dans la maison.
M'tant habill, j'entr'ouvris la porte de ma chambre
pour couter, et voir s'il ne serait pas possible de reprendre
la clef des champs.

J'entendis quelques clats de voix, des alles et des
[10]venues aux tages infrieurs, ce qui me convainquit que
les issues taient bien gardes. Ma porte donnait sur le
palier, juste en face de la fentre que l'homme avait
ouverte pour fuir. Je n'y fis d'abord pas attention...
Mais comme je restais l, tout  coup je m'aperus que la
[15]fentre tait ouverte, qu'il n'y avait point de neige sur
son bord, et, m'tant approch, je vis de nouvelles traces
sur le mur. Cette dcouverte me donna le frisson.

L'homme tait revenu!... Il revenait peut-tre toutes les
nuits: le chat, la fouine, le furet... tous les carnassiers
[20]ont ainsi leur passage habituel. Quelle rvlation! Tout
s'clairait dans mon esprit d'une lumire mystrieuse.

Oh! si c'tait vrai, me dis-je, si le hasard venait de me
livrer le sort de l'assassin... mes pauvres camarades seraient
sauvs!

[25]Et je suivis des yeux cette trace, qui se prolongeait avec
une nettet surprenante, jusque sur le toit voisin.

En ce moment, quelques paroles de l'interrogatoire
frapprent mes oreilles... On venait d'ouvrir la porte
de la salle pour renouveler l'air... J'entendis:

[30]Reconnaissez-vous avoir, le 20 de ce mois, particip 
l'assassinat du sacrificateur Ulmet lias?

Puis quelques paroles inintelligibles.

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Refermez la porte, Madoc, dit la voix du bailli...
refermez la porte... Madame est souffrante...

Je n'entendis plus rien.

La tte appuye sur la rampe, une grande rsolution
[5]se dbattait alors en moi.

Je puis sauver mes camarades, me disais-je; Dieu vient
de m'indiquer le moyen de les rendre  leurs familles...
Si la peur me fait reculer devant un tel devoir, c'est moi
qui les aurai assassins... Mon repos, mon honneur,
[10]seront perdus  jamais... Je me jugerai le plus lche...
le plus vil des misrables!

Longtemps j'hsitai; mais tout  coup ma rsolution
fut prise... Je descendis et je pntrai dans la cuisine.

N'avez-vous jamais vu cette montre, disait le bailli 
[15]dame Grdel; recueillez bien vos souvenirs, madame.
Sans attendre la rponse, je m'avanai dans la salle, et,
d'une voix ferme, je rpondis:

Cette montre, monsieur le bailli... je l'ai vue entre
les mains de l'assassin lui-mme... Je la reconnais...
[20]Et quant  l'assassin, je puis vous le livrer ce soir, si vous
daignez m'entendre.

Un silence profond s'tablit autour de moi; tous les
assistants se regardaient l'un l'autre avec stupeur; mes
pauvres camarades parurent se ranimer.

[25]Qui tes-vous, monsieur? me demanda le bailli revenu
de son motion.

--Je suis le compagnon de ces infortuns, et je n'en ai
pas honte, car tous, monsieur le bailli, tous, quoique
pauvres, sont d'honntes gens... Pas un d'entre eux
[30]n'est capable de commettre les crimes qu'on leur
impute.

Il y eut un nouveau silence. La grande Berthe se prit

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sangloter tout bas; le bailli parut se recueillir. Enfin,
me regardant d'un oeil fixe:

O donc prtendez-vous nous livrer l'assassin?

--Ici mme, monsieur le bailli... dans cette maison
[5]...Et, pour vous convaincre, je ne demande qu'un instant
d'audience particulire.

--Voyons, dit-il en se levant.

Il fit signe au chef de la police secrte, Madoc, de nous
suivre, aux autres de rester. Nous sortmes.

[10]Je montai rapidement l'escalier. Ils taient sur mes
pas. Au troisime, m'arrtant devant la fentre et
leur montrant les traces de l'homme imprimes dans la
neige:

Voici les traces de l'assassin, leur dis-je... C'est ici
[15]qu'il passe chaque soir... Il est venu hier  deux heures
lu matin... Il est revenu cette nuit... Il reviendra sans
doute ce soir.

Le bailli et Madoc regardrent les traces quelques
instants sans murmurer une parole.

[20]Et qui vous dit que ce sont les pas du meurtrier?
me demanda le chef de la police d'un air de doute.

Alors je leur racontai l'apparition de l'assassin dans
notre grenier. Je leur indiquai, au-dessus de nous, la
lucarne d'o je l'avais vu fuir au clair de lune, ce que
[25]n'avait pu faire Wilfrid, puisqu'il tait rest couch... Je
leur avouai que le hasard seul m'avait fait dcouvrir les
empreintes de la nuit prcdente.

C'est trange, murmurait le bailli; ceci modifie beaucoup
la situation des accuss. Mais comment nous
[30]expliquez-vous la prsence du meurtrier dans la cave de
l'auberge?

--Ce meurtrier, c'tait moi, monsieur le bailli!

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Et je lui racontai simplement ce qui s'tait pass la
veille, depuis l'arrestation de mes camarades jusqu' la
nuit close, au moment de ma fuite.

Cela suffit, dit-il.

[5]Et se tournant vers le chef de la police:

Je dois vous avouer, Madoc, que les dpositions de ces
mntriers ne m'ont jamais paru concluantes; elles taient
loin de me confirmer dans l'ide de leur participation aux
crimes... D'ailleurs, leurs papiers taient, pour plusieurs,
[10]un alibi trs difficile  dmentir. Toutefois, jeune
homme, malgr la vraisemblance des indices que vous nous
donnez, vous resterez en notre pouvoir jusqu' la vrification
du fait... Madoc, ne le perdez pas de vue, et
prenez vos mesures en consquence.

[15]Le bailli descendit alors tout mditatif, et, repliant ses
papiers, sans ajouter un mot  l'interrogatoire:

Qu'on reconduise les accuss  la prison, dit-il en
lanant  la grosse cabaretire un regard de mpris.

Il sortit suivi de son secrtaire.

[20]Madoc resta seul avec deux agents.

Madame, dit-il  l'aubergiste, vous garderez le plus
grand silence sur ce qui vient de se passer. De plus, vous
rendrez  ce brave jeune homme la chambre qu'il occupait
avant-hier.

[25]Le regard et l'accent de Madoc n'admettaient pas de
rplique: dame Grdel promit de faire ce que l'on voudrait,
pourvu qu'on la dbarrasst des brigands.

Ne vous inquitez pas des brigands, rpliqua Madoc;
nous resterons ici tout le jour et toute la nuit pour vous
[30]garder... Vaquez tranquillement  vos affaires, et
commencez par nous servir  djeuner... Jeune homme, vous
me ferez l'honneur de djeuner avec nous?

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Ma situation ne me permettait pas de dcliner cette
offre... J'acceptai.

Nous voil donc assis en face d'un jambon et d'une
cruche de vin du Rhin. D'autres individus vinrent boire
[5]comme d'habitude, provoquant les confidences de dame
Grdel et d'Annette; mais elles se gardrent bien de parler
en notre prsence, et furent extrmement rserves, ce
qui dut leur paraitre fort mritoire.

Nous passmes toute l'aprs-midi  fumer des pipes, 
[10]vider des petits verres et des chopes; personne ne faisait
attention  nous.

Le chef de la police, malgr sa figure plombe, son regard
perant, ses lvres ples et son grand nez en bec d'aigle,
tait assez bon enfant aprs boire. Il nous racontait des
[15]gaudrioles avec verve et facilit. Il cherchait  saisir la
petite Annette au passage. A chacune de ses paroles,
les autres clataient de rire; moi, je restais morne,
silencieux.

Allons, jeune homme, me disait-il en riant, oubliez la
[20]mort de votre respectable grand'mre... Nous sommes
tous mortels, que diable!... Buvez un coup et chassez ces
ides nbuleuses.

D'autres se mlaient  notre conversation, et le temps
s'coulait ainsi au milieu de la fume du tabac, du
[25]cliquetis des verres et du tintement des canettes.

Mais  neuf heures, aprs la visite du wachtmann, tout
changea de face; Madoc se leva et dit:

Ah! ! procdons  nos petites affaires... Fermez la
porte et les volets... et lestement! Quant  vous, madame
[30]et mademoiselle, allez vous coucher!

Ces trois hommes, abominablement dguenills, semblaient
tre plutt de vritables brigands que les soutiens

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de l'ordre et de la justice. Ils tirrent de leur pantalon des
tiges de fer, armes  l'extrmit d'une boule de plomb...
Le brigadier Madoc, frappant sur la poche de sa redingote,
s'assura qu'un pistolet s'y trouvait... Un instant aprs,
[5]il le sortit pour y mettre une capsule.

Tout cela se faisait froidement... Enfin, le chef de la
police m'ordonna de les conduire dans mon grenier.

Nous montmes.

Arrivs dans le taudis, o la petite Annette avait eu
[10]soin de faire du feu, Madoc, jurant entre ses dents,
s'empressa de jeter de l'eau sur le charbon; puis m'indiquant
la paillasse:

Si le coeur vous en dit, vous pouvez dormir.

Il s'assit alors avec ses deux acolytes, au fond de la
[15]chambre, prs du mur, et l'on souffla la lumire.

Je m'tais couch, priant tout bas le Seigneur d'envoyer
l'assassin.

Le silence, aprs minuit, devint si profond, qu'on ne se
serait gure dout que trois hommes taient l, l'oeil
[20]ouvert, attentifs au moindre bruit comme des chasseurs
 l'afft de quelque bte fauve. Les heures s'coulaient
lentement... lentement... Je ne dormais pas... Mille
ides terribles me passaient par la tte... J'entendis
sonner une heure... deux heures... et rien... rien
[25]n'apparaissait!

A trois heures, un des agents de police bougea... je
crus que l'homme arrivait... mais tout se tut de nouveau.
Je me pris alors  penser que Madoc devait me prendre
pour un imposteur, qu'il devait terriblement m'en vouloir,
[30]que le lendemain il me maltraiterait... que, bien
loin d'avoir servi mes camarades, je serais mis  la
chaine.

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Aprs trois heures, le temps me parut extrmement
rapide; j'aurais voulu que la nuit durt toujours, pour
conserver au moins une lueur d'esprance.

Comme j'tais ainsi  ressasser les mmes ides pour la
[5]centime fois... tout  coup, sans que j'eusse entendu le
moindre bruit... la lucarne s'ouvrit... deux yeux brillrent
 l'ouverture... rien ne remua dans le grenier.

Les autres se seront endormis, me dis-je.

La tte restait toujours l... attentive... On et dit
[10]que le sclrat se doutait de quelque chose... Oh! que
mon coeur galopait... que le sang coulait vite dans mes
veines... et pourtant le froid de la peur se rpandait sur
ma face... Je ne respirais plus!

Il se passa bien quelques minutes ainsi... puis...
[15]subitement... l'homme parut se dcider... il se glissa
dans notre grenier, avec la mme prudence que la veille.

Mais au mme instant un cri terrible... un cri bref,
vibrant... retentit:

Nous le tenons!

[20]Et toute la maison fut branle de fond en comble...
des cris... des trpignements... des clameurs rauques
...me glacrent d'pouvante... L'homme rugissait...
les autres respiraient haletants... puis il y eut un choc
qui fit craquer le plancher... je n'entendis plus qu'un
[25]grincement de dents... un cliquetis de chanes...

De la lumire! cria le terrible Madoc.

Et tandis que le soufre flambait, jetant dans le rduit
sa lueur bleutre, je distinguai vaguement les agents de
police accroupis sur l'homme en manches de chemise: l'un
[30]le tenait  la gorge, l'autre lui appuyait les deux genoux
sur la poitrine; Madoc lui serrait les poings dans des
menottes  faire craquer les os; l'homme semblait inerte;

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seulement une de ses grosses jambes, nue depuis le genou
jusqu' la cheville, se relevait de temps en temps et frappait
le plancher par un mouvement convulsif... Les yeux
lui sortaient littralement de la tte... une cume
[5]sanglante s'agitait sur ses lvres.

A peine eus-je allum la chandelle, que les agents de
police firent une exclamation trange.

Notre doyen!...

Et tous trois se relevant... je les vis se regarder ples
[10]de terreur.

L'oeil de l'assassin bouffi de sang se tourna vers Madoc
...Il voulut parler... mais seulement au bout de quelques
secondes... je l'entendis murmurer:

Quel rve!... mon Dieu... quel rve!

[15]Puis il fit un soupir et resta immobile.
Je m'tais approch pour le voir... C'tait bien lui...
L'homme qui nous avait donn de si bons conseils sur la
route de Heidelberg... Peut-tre avait-il pressenti que
nous serions la cause de sa perte: on a parfois de ces
[20]pressentiments terribles! Comme il ne bougeait plus et
qu'un filet de sang glissait sur le plancher poudreux,
Madoc, revenu de sa surprise, se pencha sur lui et dchira
sa chemise; nous vmes alors qu'il s'tait donn un coup
de son grand couteau dans le coeur.

[25]Eh! fit Madoc avec un sourire sinistre, M, le doyen a
fait banqueroute  la potence... Il connaissait la bonne
place et ne s'est pas manqu! Restez ici, vous autres...
Je vais prvenir le bailli.

Puis il ramassa son chapeau, tomb pendant la lutte,
[30]et sortit sans ajouter un mot.

Je restai seul en face du cadavre avec les deux agents
de police.

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Le lendemain, vers huit heures, tout Heidelberg apprit
la grande nouvelle. Ce fut un vnement pour le pays.
Daniel Van den Berg, doyen des drapiers, jouissait d'une
fortune et d'une considration si bien tablies, que
[5]beaucoup de gens se refusrent  croire aux abominables
instincts qui le dominaient.

On discuta ces vnements de mille manires diffrentes.
Les uns disaient que le riche doyen tait somnambule, et
par consquent irresponsable de ses actions... les autres,
[10]qu'il tait assassin par amour du sang, n'ayant aucun
intrt srieux  commettre de tels crimes... Peut-tre
tait-il l'un et l'autre!

C'est un fait incontestable que l'tre moral, la volont,
l'me, n'existe pas chez le somnambule. Or l'animal, abandonn
[15] lui-mme, subit l'impulsion naturelle de ses instincts
pacifiques ou sanguinaires, et la face ramasse de
matre Daniel van den Berg, sa tte plate, renfle derrire
les oreilles, ses longues moustaches hrisses, ses yeux verts,
tout prouve qu'il appartenait malheureusement  la famille
[20]des chats, race terrible, qui tue pour le plaisir de tuer.

Quoi qu'il en soit, mes compagnons furent rendus  la
libert. On cita la petite Annette, pendant quinze jours,
comme un modle de dvouement. Elle fut mme recherche
en mariage par le fils du bourgmestre Trungott, jeune
[25]homme romanesque, qui fera le malheur de sa famille.
Moi, je m'empressai de retourner dans la Fort Noire, o,
depuis cette poque, je remplis les fonctions de chef d'orchestre
au bouchon du _Sabre-Vert_, sur la route de Tubingue.
S'il vous arrive de passer par l, et que mon histoire
[30]vous ait intress, venez me voir... nous viderons deux ou
trois bouteilles ensemble... et je vous raconterai certains
dtails, qui vous feront dresser les cheveux sur la tte!...

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COPPE


LE LOUIS D'OR
(CONTE DE NOL)
_A mon cher cousin douard Tramasset_

Lorsque Lucien de Hem eut vu son dernier billet de
cent francs agripp par le rteau du banquier, et qu'il se
fut lev de la table de roulette o il venait de perdre les
dbris de sa petite fortune, runis par lui pour cette
[5]suprme bataille, il prouva comme un vertige et crut qu'il
allait tomber.

La tte trouble, les jambes molles, il alla se jeter sur la
large banquette de cuir qui faisait le tour de la salle de
jeu. Pendant quelques minutes, il regarda vaguement le
[10]tripot clandestin dans lequel il avait gch les plus belles
annes de sa jeunesse, reconnut les ttes ravages des
joueurs, crment claires par les trois grands abat-jour,
couta le lger frottement de l'or sur le tapis, songea qu'il
tait ruin, perdu, se rappela qu'il avait chez lui, dans un
[15]tiroir de commode, les pistolets d'ordonnance dont son
pre, le gnral de Hem, alors simple capitaine, s'tait si
bien servi  l'attaque de Zaatcha; puis, bris de fatigue, il
s'endormit d'un sommeil profond.

Quand il se rveilla, la bouche pteuse, il constata, par
[20]un regard jet  la pendule, qu'il avait dormi une demi-heure
 peine, et il prouva un imprieux besoin de respirer
l'air de la nuit. Les aiguilles marquaient sur le cadran
minuit moins le quart. Tout en se levant et en s'tirant

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les bras, Lucien se souvint alors qu'on tait  la veille de
Nol, et, par un jeu ironique de la mmoire, il se revit
soudain tout petit enfant et mettant, avant de se coucher,
ses souliers dans la chemine.

[5]En ce moment, le vieux Dronski--un pilier du tripot,
le Polonais classique, portant le caban rp, tout orn de
soutaches et d'olives--s'approcha de Lucien et marmotta
quelques mots dans sa sale barbiche grise:

Prtez-moi donc une pice de cinq francs, monsieur.
[10]Voil deux jours que je n'ai pas boug du cercle, et depuis
deux jours le dix-sept n'est pas sorti... Moquez-vous
de moi, si vous voulez; mais je donnerais mon poing 
couper que tout  l'heure, au coup de minuit, le numro
sortira.

[15]Lucien de Hem haussa les paules; il n'avait mme plus
dans sa poche de quoi acquitter cet impt que les habitus
de l'endroit appelaient les cent sous du Polonais.
Il passa dans l'antichambre, mit son chapeau et sa pelisse,
et descendit l'escalier avec l'agilit des gens qui ont la
[20]fivre.

Depuis quatre heures que Lucien tait enferm dans le
tripot, la neige tait tombe abondamment, et la rue--une
rue du centre de Paris, assez troite et btie de hautes
maisons--tait toute blanche. Dans le ciel purg, d'un
[25]bleu noir, de froides toiles scintillaient.

Le joueur dcav frissonna sous ses fourrures et se mit
 marcher, roulant toujours dans son esprit des penses de
dsespoir et songeant plus que jamais  la boite de pistolets
qui l'attendait dans le tiroir de sa commode; mais,
[30]aprs avoir fait quelques pas, il s'arrta brusquement
devant un navrant spectacle.

Sur un banc de pierre plac, selon l'usage d'autrefois,

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prs de la porte monumentale d'un htel, une petite fille
de six ou sept ans,  peine vtue d'une robe noire en
loques, tait assise dans la neige. Elle s'tait endormie l,
malgr le froid cruel, dans une attitude effrayante de
[5]fatigue et d'accablement, et sa pauvre petite tte et son
paule mignonne taient comme croules dans un angle
de la muraille et reposaient sur la pierre glace. Une
des savates dont l'enfant tait chausse s'tait dtache
de son pied qui pendait, et gisait lugubrement devant
[10]elle.

D'un geste machinal, Lucien de Hem porta la main  son
gousset; mais il se souvint qu'un instant auparavant il
n'y avait mme pas trouv une pice de vingt sous oublie,
et qu'il n'avait pas pu donner de pourboire au garon du
[15]cercle. Cependant, pouss par un instinctif sentiment de
piti, il s'approcha de la petite fille, et il allait peut-tre
l'emporter dans ses bras et lui donner asile pour la nuit,
lorsque, dans la savate tombe sur la neige, il vit quelque
chose de brillant.

[20]Il se pencha. C'tait un louis d'or.

Une personne charitable, une femme sans doute, avait
pass par l, avait vu, dans cette nuit de Nol, cette
chaussure devant cette enfant endormie, et, se rappelant
la touchante lgende, elle avait laiss tomber, d'une main
[25]discrte, une magnifique aumne, pour que la petite
abandonne crt encore aux cadeaux faits par l'Enfant-Jsus
et conservt, malgr son malheur, quelque confiance
et quelque espoir dans la bont de la Providence.

Un louis! c'taient plusieurs jours de repos et de richesse
[30]pour la mendiante; et Lucien tait sur le point de l'veiller
pour lui dire cela, quand il entendit prs de son oreille,

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comme dans une hallucination, une voix--la voix du
Polonais avec son accent tranant et gras--qui murmurait
tout bas ces mots:

Voil deux jours que je n'ai pas boug du cercle, et
[5]depuis deux jours le dix-sept n'est pas sorti... Je
donnerais mon poing  couper que tout  l'heure, au coup
de minuit, le numro sortira.

Alors ce jeune homme de vingt-trois ans, qui descendait
d'une race d'honntes gens, qui portait un superbe nom
[10]militaire, et qui n'avait jamais failli  l'honneur, conut
une pouvantable pense; il fut pris d'un dsir fou,
hystrique, monstrueux. D'un regard il s'assura qu'il
tait bien seul dans la rue dserte, et, pliant le genou,
avanant avec prcaution sa main frmissante, il vola le
[15]louis d'or dans la savate tombe! Puis, courant de toutes
ses forces, il revint  la maison de jeu, grimpa l'escalier en
quelques enjambes, poussa d'un coup de poing la porte
rembourre de la salle maudite, y pntra au moment
prcis o la pendule sonnait le premier coup de minuit,
[20]posa la pice d'or sur le tapis vert et cria:

En plein sur le dix-sept!

Le dix-sept gagna.

D'un revers de main, Lucien poussa les trente-six louis
sur la rouge.

[25]La rouge gagna.

Il laissa les soixante-douze louis sur la mme couleur.
La rouge sortit de nouveau.

Il fit encore le paroli deux fois, trois fois, toujours avec
le mme bonheur. Il avait maintenant devant lui un tas
[30]d'or et de billets, et il se mit  poudrer le tapis,
frntiquement. La douzaine, la colonne, le numro, toutes
les combinaisons lui russissaient. C'tait une chance

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inoue, surnaturelle. On et dit que la petite bille d'ivoire,
sautillant dans les cases de la roulette, tait magntise,
fascine par le regard de ce joueur, et lui obissait. Il
avait rattrap, en une dizaine de coups, les quelques
[5]misrables billets de mille francs, sa dernire ressource,
qu'il avait perdus au commencement de la soire. A prsent,
pontant des deux ou trois cents louis  la fois, et
servi par sa veine fantastique, il allait bientt regagner,
et au del, le capital hrditaire qu'il avait gaspill en si
[10]peu d'annes, reconstituer sa fortune. Dans son empressement
 se mettre au jeu, il n'avait pas quitt sa lourde
pelisse; dj il en avait gonfl les grandes poches de liasses
de bank-notes et de rouleaux de pices d'or; et, ne sachant
plus o entasser son gain, il bourrait maintenant de monnaie
[15]et de papier les poches intrieures et extrieures de
sa redingote, les goussets de son gilet et de son pantalon,
son porte-cigares, son mouchoir, tout ce qui pouvait servir
de rcipient. Et il jouait toujours, et il gagnait toujours,
comme un furieux! comme un homme ivre! et il jetait ses
[20]poignes de louis sur le tableau, au hasard,  la vanvole,
avec un geste de certitude et de ddain!

Seulement, il avait comme un fer rouge dans le coeur,
et il ne pensait qu' la petite mendiante endormie dans la
neige,  l'enfant qu'il avait vole.

[25]Elle est encore  la mme place! Certainement, elle
doit y tre encore!... Tout  l'heure... oui, quand une
heure sonnera... je me le jure!... je sortirai d'ici, j'irai
la prendre, tout endormie, dans mes bras, je l'emporterai
chez moi, je la coucherai sur mon lit... Et je l'lverai,
[30]je la doterai, je l'aimerai comme ma fille, et j'aurai soin
d'elle toujours, toujours!

Mais la pendule sonna une heure, et le quart, et la

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demie, et les trois quarts... et Lucien tait toujours
assis  la table infernale.

Enfin, une minute avant deux heures, le chef de partie
se leva brusquement et dit  voix haute:

[5]La banque a saut, messieurs... Assez pour
aujourd'hui!

D'un bond, Lucien fut debout. cartant avec brutalit
les joueurs qui l'entouraient et le regardaient avec une
envieuse admiration, il partit vivement, dgringola les
[10]tages et courut jusqu'au banc de pierre. De loin,  la
lueur d'un bec de gaz, il aperut la petite fille.

Dieu soit lou! s'cria-t-il. Elle est encore l!

Il s'approcha d'elle, lui saisit la main:

Oh! qu'elle a froid! Pauvre petite!

[15]Il la prit sous les bras, la souleva pour l'emporter. La
tte de l'enfant retomba en arrire, sans qu'elle s'veillt:

Comme on dort,  cet ge-l!

Il la serra contre sa poitrine pour la rchauffer, et, pris
d'une vague inquitude, il voulut, afin de la tirer de ce
[20]lourd sommeil, la baiser sur les yeux, comme il faisait
nagure  sa matresse la plus chrie.

Mais alors il s'aperut avec terreur que les paupires de
l'enfant taient entr'ouvertes et laissaient voir  demi
les prunelles vitreuses, teintes, immobiles. Le cerveau
[25]travers d'un horrible soupon, Lucien mit sa bouche tout
prs de la bouche de la petite fille; aucun souffle n'en
sortit.

Pendant qu'avec le louis d'or qu'il avait vol  cette
mendiante Lucien gagnait au jeu une fortune, l'enfant
[30]sans asile tait morte, morte de froid!

treint  la gorge par la plus effroyable des angoisses,
Lucien voulut pousser un cri... et, dans l'effort qu'il fit,

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il se rveilla de son cauchemar sur la banquette du cercle,
o il s'tait endormi un peu avant minuit et o le garon
du tripot, s'en allant le dernier vers cinq heures du matin,
l'avait laiss tranquille, par bont d'me pour le dcav.

[5]Une brumeuse aurore de dcembre faisait plir les vitres
des croises. Lucien sortit, mit sa montre en gage, prit
un bain, djeuna, et alla au bureau de recrutement signer
un engagement volontaire au 1er rgiment de chasseurs
d'Afrique.

[10]Aujourd'hui, Lucien de Hem est lieutenant; il n'a que
sa solde pour vivre, mais il s'en tire, tant un officier trs
rang et ne touchant jamais une carte. Il parait mme
qu'il trouve encore moyen de faire des conomies; car
l'autre jour,  Alger, un de ses camarades, qui le suivait 
[15]quelques pas de distance dans une rue montueuse de la
Kasba, le vit faire l'aumne  une petite Espagnole
endormie sous une porte, et eut l'indiscrtion de regarder
ce que Lucien avait donn  la pauvresse. Le curieux fut
trs surpris de la gnrosit du pauvre lieutenant.

[20]Lucien de Hem avait mis un louis d'or dans la main de
la petite fille.

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L'ENFANT PERDU
(CONTE DE NOL)
_A Jules Claretie_


I

Ce matin-l, qui tait la veille de Nol, deux vnements
d'importance eurent lieu simultanment. Le soleil se leva,
--et M. Jean-Baptiste Godefroy aussi.

Sans doute, le soleil,--au coeur de l'hiver, aprs quinze
[5]jours de brume et de ciel gris, quand par bonheur le vent
passe au nord-est et ramne le temps sec et clair,--le
soleil, inondant tout  coup de lumire le Paris matinal,
est un vieux camarade que chacun revoit avec plaisir. Il
est d'ailleurs un personnage considrable. Jadis il a t
[10]Dieu: il s'est appel Osiris, Apollon, est-ce que je sais?
et il n'y a pas deux sicles qu'il rgnait en France sous le
nom de Louis XIV. Mais M. Jean-Baptiste Godefroy,
financier richissime, directeur du Comptoir gnral de
crdit, administrateur de plusieurs grandes compagnies,
[15]dput et membre du Conseil gnral de l'Eure, officier de
la Lgion d'honneur, etc., etc., n'tait pas non plus un
homme  ddaigner. Et puis l'opinion que le soleil peut
avoir sur son propre compte n'est certainement pas plus
flatteuse que celle que M. Jean-Baptiste Godefroy avait
[20]de lui-mme. Nous sommes donc autoris  dire que, le
matin en question, vers huit heures moins le quart, le
soleil et M. Jean-Baptiste Godefroy se levrent.

Par exemple, le rveil de ces puissants seigneurs fut tout
 fait diffrent. Le bon vieux soleil, lui, commena par

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faire une foule de choses charmantes. Comme le grsil,
pendant la nuit, avait confit dans du sucre en poudre les
platanes dpouills du boulevard Malesherbes, o est
situ l'htel Godefroy, ce magicien de soleil s'amusa
[5]d'abord  les transformer en gigantesques bouquets de corail
rose; et, tout en accomplissant ce dlicieux tour de fantasmagorie,
il rpandit, avec la plus impartiale bienveillance,
ses rayons sans chaleur, mais joyeux, sur tous les humbles
passants que la ncessit de gagner leur vie forait  tre
[10]dehors de si bonne heure. Il eut le mme sourire pour le
petit employ en paletot trop mince se htant vers son
bureau, pour la grisette frissonnant sous sa confection
 bon march, pour l'ouvrier portant la moiti d'un pain
rond sous son bras, pour le conducteur de tramway faisant
[15]sonner son compteur, pour le marchand de marrons en
train de griller sa premire pole. Enfin ce brave homme
de soleil fit plaisir  tout le monde. M. Jean-Baptiste
Godefroy, au contraire, eut un rveil assez maussade. Il
avait assist, la veille, chez le ministre de l'Agriculture, 
[20]un dner encombr de truffes, depuis le relev du potage
jusqu' la salade, et son estomac de quarante-sept ans
prouvait la brlante morsure du pyrosis. Aussi,  la faon
dont M. Godefroy donna son premier coup de sonnette,
Charles, le valet de chambre, tout en prenant de l'eau
[25]chaude pour la barbe du patron, dit  la fille de cuisine:

Allons, bon!... Le singe est encore d'une humeur
massacrante, ce matin... Ma pauvre Gertrude, nous
allons avoir une sale journe.

Puis, marchant sur la pointe du pied, les yeux modestement
[30]baisss, il entra dans la chambre  coucher, ouvrit
les rideaux, alluma le feu et prpara tout ce qu'il fallait
pour la toilette, avec les faons discrtes et, les gestes

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respectueux d'un sacristain disposant les objets du culte
sur l'autel, avant la messe de M. le cur...

Quel temps ce matin? demanda d'une voix brve M.
Godefroy en boutonnant son veston de molleton gris sur
[5]un abdomen un peu trop majestueux dj.

--Trs froid, monsieur, rpondit Charles. A six heures,
le thermomtre marquait sept degrs au-dessous de zro.
Mais monsieur voit que le ciel s'est clairci, et je crois que
nous aurons une belle matine.

[10]Tout en repassant son rasoir, M. Godefroy s'approcha
de la fentre, carta l'un des petits rideaux, vit le
boulevard baign de lumire et fit une lgre grimace qui
ressemblait  un sourire. Mon Dieu, oui! On a beau
tre plein de morgue et de tenue, et savoir parfaitement
[15]qu'il est du plus mauvais genre de manifester quoi que ce
soit devant les domestiques, l'apparition de ce gueusard
de soleil, en plein mois de dcembre, donne une sensation
si agrable qu'il n'y a gure moyen de la dissimuler. M.
Godefroy daigna donc sourire. Si quelqu'un lui avait dit
[20]alors que cette satisfaction instinctive lui tait commune
avec l'apprenti typographe en bonnet de papier qui faisait
une glissade sur le ruisseau gel d'en face, M. Godefroy
et t profondment choqu. C'tait ainsi pourtant; et,
pendant une minute, cet homme cras d'affaires, ce gros
[25]bonnet du monde politique et financier, fit cet enfantillage
de regarder les passants et les voitures qui filaient joyeusement
dans la brume dore.

Mais, rassurez-vous, cela ne dura qu'une minute.
Sourire  un rayon de soleil, c'est bon pour des gens
[30]inoccups, pas srieux; c'est bon pour les femmes, les
enfants, les potes, la canaille. M. Godefroy avait d'autres
chats  fouetter, et, prcisment pour cette journe qui

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commenait, son programme tait trs charg. De huit
heures et demie  dix heures, il avait rendez-vous, dans
son cabinet, avec un certain nombre de messieurs trs
agits, tous habills et rass comme lui ds l'aurore et
[5]comme lui sans fracheur d'me, qui devaient venir lui
parler de toutes sortes d'affaires, ayant tous le mme but:
gagner de l'argent. Aprs djeuner,--et il ne fallait pas
s'attarder aux petits verres,--M. Godefroy tait oblig
de sauter dans son coup et de courir  la Bourse, pour y
[10]changer quelques paroles avec d'autres messieurs qui
s'taient aussi levs de bonne heure et qui n'avaient pas
non plus de petite fleur bleue dans l'imagination; et cela
toujours pour le mme motif: gagner de l'argent. De l,
sans perdre un instant, M. Godefroy, allait prsider,
[15]devant une table verte encombre d'encriers siphodes,
un nouveau groupe de compagnons dpourvus de tendresse
et s'entretenir avec eux de divers moyens de gagner de
l'argent. Aprs quoi, il devait paratre, comme dput,
dans trois ou quatre commissions et sous-commissions,
[20]toujours avec tables vertes et encriers siphodes, o il
rejoindrait d'autres personnages peu sentimentaux, tous
incapables aussi, je vous prie de le croire, de ngliger la
moindre occasion de gagner de l'argent, mais qui avaient
pourtant la bont de sacrifier quelques prcieuses heures
[25]de l'aprs-midi pour assurer, par-dessus le march, la
gloire et le bonheur de la France.

Aprs s'tre vivement ras, en pargnant toutefois le
collier de barbe poivre et sel qui lui donnait un air de
famille avec les Auvergnats et les singes de la grande
[30]espce, M. Godefroy revtit un complet du matin, dont
la coupe lgante et un peu jeunette prouvait que ce veuf
cinglant vers la cinquantaine, n'avait pas absolument

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renonc  plaire. Puis il descendit dans son cabinet, o
commena le dfil des hommes peu tendres et sans rverie
uniquement proccups d'augmenter leur bien-aim
capital. Ces messieurs parlrent de plusieurs entreprises
[5]en projet, galement considrables, notamment d'une
nouvelle ligne de chemin de fer  lancer  travers un dsert
sauvage, d'une usine monstre  fonder aux environs
de Paris, et d'une mine de n'importe quoi  exploiter
dans je ne sais plus quelle rpublique de l'Amrique
[10]du Sud. Bien entendu, on n'agita pas un seul instant
la question de savoir si le futur railway aurait  transporter
un grand nombre de voyageurs et une grande quantit
de marchandises, si l'usine fabriquerait du sucre ou
des bonnets de coton, si la mine produirait de l'or
[15]vierge ou du cuivre de deuxime qualit. Non! Les
dialogues de M. Godefroy et de ses visiteurs matinaux roulrent
exclusivement sur le bnfice plus ou moins gros 
raliser, dans les huit jours qui suivraient l'mission, en
spculant sur les actions de ces diverses affaires, actions
[20]trs probablement destines du reste, et dans un bref dlai,
 n'avoir plus d'autre valeur que le poids du papier et le
mrite de la vignette.

Ces conversations nourries de chiffres durrent jusqu'
dix heures prcises, et M. le directeur du Comptoir
[25]gnral de crdit, qui tait honnte homme pourtant, autant
qu'on peut l'tre dans les affaires, reconduisit jusque sur
le palier, avec les plus grands gards, son dernier visiteur,
vieux filou cousu d'or qui, par un hasard assez frquent,
jouissait de la considration gnrale, au lieu d'tre log 
[30]Poissy ou  Gaillon aux frais de l'tat pendant un laps de
temps fix par les tribunaux, et de s'y livrer  une besogne
honorable et hyginique telle que la confection des chaussons

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de lisire ou de la brosserie  bon march. Puis M. le
directeur consigna sa porte impitoyablement--il fallait
tre  la Bourse  onze heures--et passa dans la salle 
manger.

[5]Elle tait somptueuse. On aurait pu constituer le trsor
d'une cathdrale avec les massives argenteries qui
encombraient bahuts et dressoirs. Nanmoins, malgr
l'absorption d'une dose copieuse de bicarbonate de soude,
le pyrosis de M. Godefroy tait  peine calm, et le financier
[10]ne s'tait command qu'un djeuner de dyspeptique.
Au milieu de ce luxe de table, devant ce dcor qui clbrait
la bombance, et sous l'oeil impassible d'un matre
d'htel  deux cents louis de gage, qui s'en faisait deux
fois autant par la vertu de l'anse du panier, M. Godefroy
[15]ne mangea donc, d'un air assez piteux, que deux oeufs 
la coque et la noix d'une ctelette; et encore, l'un des oeufs
sentait la paille. L'homme plein d'or chipotait son
dessert,--oh! presque rien, un peu de roquefort,  peine pour
deux ou trois sous, je vous assure,--lorsqu'une porte
[20]s'ouvrit, et soudain, gracieux et mignon, bien qu'un peu
chtif dans son costume de velours bleu et trop plot sous
son norme feutre  plume blanche, le fils de M. le directeur,
le jeune Raoul, g de quatre ans, entra dans la
salle  manger, conduit par son Allemande.

[25]Cette apparition se produisait chaque jour,  onze
heures moins le quart exactement, lorsque le coup, attel
pour la Bourse, attendait devant le perron, et que
l'alezan brl, vendu  M. Godefroy, par les soins de son
cocher, mille francs de plus qu'il ne valait, grattait, d'un
[30]sabot impatient, le dallage de la cour. L'illustre brasseur
d'argent s'occupait de son fils de dix heures quarante-cinq
 onze heures. Pas plus, pas moins, il n'avait qu'un

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quart d'heure, juste,  consacrer au sentiment paternel.
Non qu'il n'aimt pas son fils, grand dieu! Il l'adorait,
 sa faon. Mais, que voulez-vous, les affaires!...

A quarante-deux ans, plus que mr et passablement
[5]frip, il s'tait cru trs amoureux, par pur snobisme, de
la fille d'un de ses camarades de cercle, le marquis de
Neufontaine, vieux chat teint, joueur comme les cartes, qui,
sans la compassion vaniteuse de M. Godefroy, et t
plus d'une fois affich au club. Ce gentilhomme effondr,
[10]mais toujours trs chic, et qui venait encore de lancer
ne casquette pour bains de mer, fut trop heureux de devenir
le beau-pre d'un homme qui payerait ses dettes, et
livra sans scrupule au banquier fatigu une ingnue de
dix-sept ans, d'une beaut suave et frle, sortant d'un
[15]couvent de province, et n'ayant pour dot que son trousseau
de pensionnaire et qu'un trsor de prjugs aristocratiques
et d'illusions romanesques. M. Godefroy, fils
d'un avou grippe-sou des Andelys, tait rest peuple
mme fort vulgaire, malgr son fabuleux avancement dans
[20]la hirarchie sociale. Il blessa tout de suite sa jeune
femme dans toutes ses dlicatesses; et les choses allaient
mal tourner, quand la pauvre enfant fut emporte,  sa
premire couche. Presque lgiaque lorsqu'il parlait de sa
dfunte pouse, avec laquelle il et sans doute divorc si
[25]elle avait vcu six mois de plus, M. Godefroy aimait son
petit Raoul pour plusieurs raisons: d'abord  titre de fils
unique, puis comme produit rare et distingu d'un Godefroy
et d'une Neufontaine, enfin et surtout par le respect
qu'inspirait  cet homme d'argent l'hritier d'une fortune
[30]de plusieurs millions. Le bb fit donc ses premires
dents sur un hochet d'or et fut lev comme un Dauphin.
Seulement, son pre, accabl de besogne, dbord

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d'occupations, ne pouvait lui consacrer que quinze minutes
par jour,--comme aujourd'hui, au moment du
roquefort,--et l'abandonnait aux domestiques.

Bonjour, Raoul.

[5]--Bonzou, p'pa,

Et M. le directeur du Comptoir gnral de crdit, ayant
jet sa serviette, installa sur sa cuisse gauche le jeune
Raoul, prit dans sa grosse patte la petite main de l'enfant
et la baisa plusieurs fois, oubliant, ma parole d'honneur!
[10]la hausse de vingt-cinq centimes sur le trois pour cent, les
tables couleur de pturage et les encriers volumineux devant
lesquels il devait traiter tout  l'heure de si grosses
questions d'intrt, et mme son vote de l'aprs-midi pour
ou contre le ministre, selon qu'il obtiendrait ou non, en
[15]faveur de son bourg-pourri, une place de sous-prfet,
deux de percepteur, trois de garde champtre, quatre
bureaux de tabac, plus une pension pour le cousin issu de
germain d'une victime du Deux Dcembre.

P'pa, et le p'tit Nol... y mettra-ti' tet' chose dans
[20]mon soulier? demanda tout  coup Raoul, dans son
_sabir_ enfantin.

Le pre, aprs un: Oui, si tu as t sage, fort surprenant
chez ce dput libre penseur, qui,  la Chambre,
appuyait d'un nergique: Trs bien! toutes les propositions
[25]anticlricales, prit note, dans le meilleur coin de
sa mmoire, qu'il aurait  acheter des joujoux. Puis,
s'adressant  la gouvernante:

Vous tes toujours contente de Raoul, mademoiselle
Bertha?

[30]L'Allemande, qui se faisait passer pour Autrichienne,
cela va sans dire, mais qui tait, en ralit, la fille d'un
pasteur pomranien afflig de quatorze enfants, devint rouge

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comme une tomate sous ses cheveux blond albinos, comme
si la question toute simple qu'on lui adressait et t de
la pire indcence, et, aprs avoir donn cette preuve de
respect intimid, rpondit par un petit rire imbcile, qui
[5]parut satisfaire pleinement la curiosit de M. Godefroy
sur la conduite de son fils.

Il fait beau aujourd'hui, reprit le financier, mais froid.
Si vous menez Raoul au parc Monceau, mademoiselle,
vous aurez soin, n'est-ce pas? de le bien couvrir.

[10]La fraulein, par un second accs de rire idiot, ayant
rassur M. Godefroy sur ce point essentiel, il embrassa
une dernire fois le bb, se leva de table--onze heures
sonnaient au cartel--et s'lana vers le vestibule, o
Charles, le valet de chambre, lui enfila sa pelisse et referma
[15]sur lui la portire du coup. Aprs quoi, ce serviteur fidle
courut immdiatement au petit caf de la rue de Miromesnil,
o il avait rendez-vous avec le groom de la baronne
d'en face, pour une partie de billard, en trente lis, avec
dfense de queuter, bien entendu.

II

[20]Grce au bai brun,--pay mille francs de trop,  la
suite d'un djeuner d'escargots offert par le maquignon
au cocher de M. Godefroy,--grce  cet animal d'un
prix excessif mais qui filait bien tout de mme, M. le
directeur du Comptoir gnral de crdit put accomplir, sans
[25]aucun retard, sa tourne d'affaires. Il parut  la Bourse,
sigea devant plusieurs encriers monumentaux, et mme,
vers cinq heures moins le quart, il rassura la France et
l'Europe inquite des bruits de crise, en votant pour le
ministre; car il avait obtenu les faveurs sollicites, y compris

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la pension pour celui de ses lecteurs dont l'oncle,  la
mode de Bretagne, avait t rvoqu d'un emploi de
surnumraire non rtribu,  l'poque du coup d'tat.

Attendri sans doute par la satisfaction d'avoir contribu
[5] cet acte de justice tardive, M. Godefroy se souvint
alors de ce que lui avait dit Raoul au sujet des prsents du
petit Nol, et jeta  son cocher l'adresse d'un grand marchand
de jouets. L, il acheta et fit transporter dans sa
voiture un cheval fantastique en bois creux mont sur
[10]roulettes, avec une manivelle dans chaque oreille; une
boite de soldats de plomb aussi semblables les uns aux
autres que les grenadiers de ce rgiment russe, du temps
de Paul 1er, qui tous avaient les cheveux noirs et le nez
retrouss; vingt autres joujoux clatants et magnifiques.
[15]Puis, en rentrant chez lui, doucement berc sur les
coussins de son coup bien suspendu, l'homme riche, qui aprs
tout, avait des entrailles de pre, se mit  penser  son
fils avec orgueil.

L'enfant grandirait, recevrait l'ducation d'un prince,
[20]en serait un, parbleu! puisque, grce aux conqutes de
89, il n'y avait plus d'aristocratie que celle de l'argent, et
que Raoul aurait, un jour, vingt, vingt-cinq, qui sait?
trente millions de capital. Si son pre, petit provincial,
fils d'un mchant noircisseur de papier timbr; son pre,
[25]qui avait dn  vingt sous jadis au Quartier Latin, et se
rendait bien compte chaque soir, en mettant sa cravate
blanche, qu'il avait l'air d'un mari du samedi; si ce pre,
malgr sa tache originelle, avait pu accumuler une norme
fortune, devenir fraction de roi sous la Rpublique parlementaire
[30]et obtenir en mariage une demoiselle dont un anctre
tait mort  Marignan,  quoi donc ne pouvait pas
prtendre Raoul, ds l'enfance beau comme un gentilhomme.

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Raoul au sang affin par l'atavisme maternel, Raoul de
qui l'intelligence serait cultive comme une fleur rare, qui
apprenait dj les langues trangres ds le berceau, qui,
l'an prochain, aurait le derrire sur une selle de poney,
[5]Raoul, qui serait un jour autoris  joindre  son nom
celui de sa mre, et s'appellerait ainsi Godefroy de
Neufontaine, Godefroy devenant le prnom, et quel prnom!
royal, moyengeux, sentant  plein nez la croisade?...

Avec des millions, quel avenir! quelle carrire!... Et le
[10]dmocrate--il y en a plus d'un comme celui-ci, n'en
doutez pas!--imaginait navement la monarchie restaure,--en
France, tout arrive,--voyait son Raoul,
non! son Godefroy de Neufontaine mari au Faubourg,
bien vu au chteau, puis, qui sait? tout prs du trne,
[15]avec une clef de chambellan dans le dos et un blason tout
battant neuf sur son argenterie et sur les panneaux de son
carrosse!... O sottise, sottise! Ainsi rvait le parvenu
gorg d'or, dans sa voiture qu'encombraient tous ces joujoux
achets pour la Nol,--sans se rappeler, hlas! que
[20]c'tait, ce soir-l, la fte d'un trs pauvre petit enfant, fils
d'un couple vagabond, n dans une table, o l'on avait
log ses parents par charit.

Mais le cocher a cri: Port' siou p'ait! On rentre 
l'htel; et, franchissant les degrs du perron, M. Godefroy
[25]se dit qu'il n'a que le temps de faire sa toilette du soir,
lorsque, dans le vestibule, il voit tous ses domestiques, en
cercle devant lui, l'air constern, et, dans un coin, affale
sur une banquette, l'Allemande, qui pousse un cri en l'apercevant,
et cache aussitt dans ses deux mains son
[30]visage bouffi de larmes. M. Godefroy a le pressentiment
d'un malheur.

Qu'est-ce que cela veut dire? Qu'y a-t-il?

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Charles, le valet de chambre,--un drle de la pire espce,
pourtant,--regarde son matre avec des yeux pleins
de piti, et bgayant et troubl: Monsieur Raoul!...

--Mon fils?...

[5]--Perdu, monsieur!... Cette stupide Allemande!...
Perdu depuis quatre heures de l'aprs-midi!...

Le pre recule de deux pas en chancelant, comme un
soldat frapp d'une balle; et l'Allemand se jette  ses
pieds, hurlant d'une voix de folle: Pardon!... Pardon!
[10]et les laquais parlent tous  la fois.

Bertha n'tait pas alle au parc Monceau... C'est
l-bas, sur les fortifications, qu'elle a laiss se perdre le
petit... On a cherch partout M. le directeur; on est all
au Comptoir,  la Chambre; il venait de partir...
[15]Figurez-vous que l'Allemande rejoignait tous les jours son
amoureux, au del du rempart, prs de la porte d'Asnires
...Quelle horreur!... Un quartier plein de bohmiens,
de saltimbanques! Qui sait si l'on n'a pas vol
l'enfant?... Ah! le commissaire tait dj prvenu... Mais
[20]conoit-on cela? Cette sainte-nitouche!... Des rendez-vous
avec un amant, un homme de son pays!... Un espion
prussien, pour sr!...

Son fils! Perdu! M. Godefroy entend l'orage de l'apoplexie
gronder dans ses oreilles. Il bondit sur l'Allemande,
[25]l'empoigne par le bras, la secoue avec fureur.

O l'avez-vous perdu de vue, misrable?... Dites la
vrit, ou je vous crase!... O ? O ?...

Mais la malheureuse fille ne sait que pleurer et crier
grce. Voyons, du calme!... Son fils! son fils  lui, perdu,
[30]vol? Ce n'est pas possible! On va le lui retrouver, le
lui rendre tout de suite. Il peut jeter l'or  poignes,
mettre toute la police en l'air. Ah! pas un instant  perdre,

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Charles, qu'on ne dtelle pas... Vous autres, gardez-moi
cette coquine... Je vais  la Prfecture.

Et M. Godefroy, le coeur battant  se rompre, les cheveux
soulevs d'pouvante, s'lance de nouveau dans
[5]son coup, qui repart d'un trot enrag. Quelle ironie!
La voiture est pleine de jouets tincelants, o chaque bec
de gaz, chaque boutique illumine, allume au passage cent
paillettes de feu. C'est aujourd'hui, la fte des enfants, ne
l'oublions pas, la fte du nouveau-n divin, que sont venus
[10]adorer les mages et les bergers conduits par une toile.

Mon Raoul!... mon fils!... O est mon fils?...
se rpte le pre crisp par l'angoisse en dchirant ses
ongles au cuir des coussins. A quoi lui servent maintenant
ses titres, ses honneurs, ses millions,  l'homme
[15]riche, au gros personnage? Il n'a plus qu'une ide, fixe
comme un clou de feu, l, entre ses deux sourcils, dans
son cerveau douloureux et brlant: Mon enfant, o est
mon enfant?...

Voici la Prfecture de police. Mais il n'y a plus
[20]personne; les bureaux sont dserts depuis longtemps.

Je suis M. Godefroy, dput de l'Eure... Mon fils est
perdu dans Paris; un enfant de quatre ans... Je veux
absolument voir M. le prfet.

Et un louis dans la main du concierge.

[25]Le bonhomme, un vtran  moustaches grises, moins
pour la pice d'or que par compassion pour ce pauvre
pre, le conduit aux appartements privs du prfet, l'aide
 forcer les consignes. Enfin, M. Godefroy est introduit
devant l'homme en qui repose  prsent toute son esprance,
[30]un beau fonctionnaire, en tenue de soire,--il allait
sortir,--l'air rserv, un peu prtentieux, le monocle 
l'oeil.

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M. Godefroy, les jambes casses par l'motion, tombe
dans un fauteuil, fond en larmes, et raconte son malheur,
en phrases bredouilles, coupes de sanglots.

Le prfet--il est pre de famille, lui aussi,--a le coeur
[5]tout remu; mais, par profession, il dissimule son accs de
sensibilit, se donne de l'importance.

Et vous dites, monsieur le dput, que l'enfant a d
se perdre vers quatre heures?

--Oui, monsieur le prfet.

[10]--A la nuit tombante... Diable!... Et il n'est pas
avanc pour son ge; il parle mal, ignore son adresse, ne
sait pas prononcer son nom de famille?

--Oui!... Hlas! Oui!...

--Du ct de la porte d'Asnires?... Quartier suspect
[15]...Mais remettez-vous... Nous avons par l un commissaire
de police trs intelligent... Je vais tlphoner.
L'infortun pre reste seul pendant cinq minutes. Quelle
atroce migraine! quels battements de coeur fous! Puis
brusquement, le prfet reparat, le sourire aux lvres, un
[20]contentement dans le regard: Retrouv!

Oh! le cri de joie furieuse de M. Godefroy! Comme il
se jette sur les mains du prfet, les serre  les broyer!
Et il faut convenir, monsieur le dput, que nous
avons de la chance... Un petit blond, n'est-ce pas? un
[25]peu ple?... Costume de velours bleu?... Chapeau de
feutre  plume blanche?...

--Oui, parfaitement... C'est lui! c'est mon petit
Raoul!

--Eh bien, il est chez un pauvre diable qui loge de ce
[30]ct-l; et qui est venu tout  l'heure faire sa dclaration
au commissariat... Voici l'adresse par crit: Pierron, rue
des Cailloux,  Levallois-Perret. Avec une bonne voiture,

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vous pourrez revoir votre fils avant une heure. Par
exemple, ajoute le fonctionnaire, vous n'allez pas retrouver
votre enfant dans un milieu bien aristocratique,
dans la haute, comme disent nos agents. L'homme
[5]qui l'a recueilli est tout simplement un marchand des
quatre saisons... Mais qu'importe! n'est-ce pas?...

Ah, oui, qu'importe! M. Godefroy remercie le prfet
avec effusion, descend l'escalier quatre  quatre, remonte
en coup, et, dans ce moment, je vous en rponds, si le
[10]marchand des quatre saisons tait l, il lui sauterait au
cou. Oui, M. Godefroy, directeur du Comptoir gnral de
crdit, dput, officier de la Lgion d'honneur, etc., etc.,
accolerait ce plbien! Mais, dites-moi donc, est-ce que,
par hasard, il y aurait autre chose, dans ce richard, que
[15]la frnsie de l'or et des vanits? A partir de cette minute,
il reconnat seulement  quel point il aime son enfant.
Fouette, cocher! Celui que tu emportes, dans un coup,
par cette froide nuit de Nol, ne songe plus  entasser
pour son fils millions sur millions,  le faire duquer comme
[20]un Fils de France,  le lancer dans le monde; et pas de
danger, dsormais, qu'on le laisse aux mains des mercenaires!
A l'avenir, M. Godefroy sera capable de ngliger
ses propres affaires et celles de la France--qui ne s'en
portera pas plus mal--pour s'occuper un peu plus srieusement
[25]de son petit Raoul. Il fera venir des Andelys la
soeur de son pre, la vieille tante reste  moiti paysanne,
dont il avait la sottise de rougir. Elle scandalisera la
valetaille par son accent normand et ses bonnets de
linge. Mais elle veillera sur son petit-neveu, la bonne
[30]femme. Fouette, fouette, cocher! Ce patron, toujours si
press, que tu as conduit  tant de rendez-vous intresss,
 tant de runions de gens cupides, est, ce soir, encore

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plus impatient d'arriver, et il a un autre souci que de
gagner de l'argent. C'est la premire fois de sa vie qu'il
va embrasser son enfant pour de bon. Fouette donc,
cocher! Plus vite! Plus vite!

[5]Cependant, par la nuit froide et claire, le coup rapide
a de nouveau travers Paris, dvor l'interminable boulevard
Malesherbes; et, le rempart franchi, aprs les maisons
monumentales et les lgants htels, tout de suite voici
la solitude sinistre, les ruelles sombres de la banlieue. On
[10]s'arrte, et M. Godefroy,  la clart des lanternes clatantes
de sa voiture, voit une basse et sordide baraque de
pltras, un bouge. C'est bien le numro, c'est l que loge
ce Pierron. Aussitt la porte s'ouvre, et un homme parait,
un grand gaillard, une tte bien franaise,  moustaches
[15]rousses. C'est un manchot, et la manche gauche de son
tricot de laine est plie en deux sous l'aisselle. Il regarde
l'lgant coup, le bourgeois en belle pelisse, et dit
gaiement:

Alors, monsieur, c'est vous qui tes le papa?... Ayez
[20]pas peur... Il n'est rien arriv au gosse.

Et, s'effaant pour permettre au visiteur d'entrer, il
ajoute, en mettant un doigt sur sa bouche: Chut! il fait
dodo.

III

Un bouge, en vrit! A la lueur d'une petite lampe 
[25]ptrole qui claire trs mal et qui sent trs mauvais, M.
Godefroy distingue une commode  laquelle manque un
tiroir, quelques chaises clopes, une table ronde o flnent
un litre  moiti vide, trois verres, du veau froid dans
une assiette, et, sur le pltre nu de la muraille, deux
[30]chromos: l'Exposition de 89  vol d'oiseau, avec la tour

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Eiffel en bleu de perruquier, et le portrait du gnral
Boulanger, jeune et joli comme un sous-lieutenant. Excusez
cette dernire faiblesse chez l'habitant de ce pauvre
logis: elle a t partage par presque toute la France.
[5]Mais le manchot a pris la lampe et, marchant sur la
pointe du pied, claire un coin de chambre, o; sur un lit
assez propre, deux petits garons sont profondment endormis.
Dans le plus jeune des enfants, que l'autre enveloppe
d'un bras protecteur et serre contre son paule,
[10]M. Godefroy reconnat son fils.

Les deux mmes mouraient de sommeil, dit Pierron,
en essayant d'adoucir sa voix rude. Comme je ne savais
pas quand on viendrait rclamer le petit aristo, je leur
ai donn mon pieu, et, ds qu'ils ont tap de l'oeil, j'ai
[15]t faire ma dclaration au commissaire... D'ordinaire,
Zidore a son petit lit dans la soupente; mais je me suis dit:
Ils seront mieux l. Je veillerai, voil tout. Je serai
plus tt lev demain, pour aller aux Halles.

Mais M. Godefroy coute  peine. Dans un trouble
[20]tout nouveau pour lui, il considre les deux enfants
endormis. Ils sont dans un mchant lit de fer, sur une
couverture grise de caserne ou d'hpital. Pourtant quel
groupe touchant et gracieux! Et comme Raoul, qui a
gard son joli costume de velours, et qui reste blotti avec
[25]une confiance peureuse dans les bras de son camarade en
blouse, semble faible et dlicat! Le pre, un instant priv
de son fils, envie presque le teint brun et l'nergique visage
du petit faubourien.

C'est votre fils? demande-t-il au manchot.

[30]--Non, monsieur, rpond l'homme. Je suis garon et
je ne me marierai sans doute pas, rapport  mon accident
...oh! bte comme tout! un camion qui m'a pass sur le

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bras... Mais voil. Il y a deux ans, une voisine, une
pauvre fille plante l par un coquin avec un enfant sur
les bras, est morte  la peine. Elle travaillait dans les
couronnes de perles, pour les cimetires. On n'y gagne
[5]pas sa vie,  ce mtier-l. Elle a lev son petit jusqu'
l'ge de cinq ans, et puis, 'a t pour elle,  son tour,
que les voisines ont achet des couronnes. Alors je me
suis charg du gosse. Oh! je n'ai pas eu grand mrite, et
j'ai t bien vite rcompens. A sept ans, c'est dj un
[10]petit homme, et il se rend utile. Le dimanche et le jeudi,
et aussi les autres jours, aprs l'cole, il est avec moi,
tient les balances, m'aide  pousser ma charrette, ce qui
ne m'est pas trop commode, avec mon aileron... Dire
qu'autrefois j'tais un bon ajusteur,  dix francs par
[15]jour!... Allez! Zidore est joliment dbrouillard. C'est
lui qui a ramass le petit bourgeois.

--Comment? s'crie M. Godefroy. C'est cet enfant?...

--Un petit homme, que je vous dis. Il sortait de la
classe, quand il a rencontr l'autre qui allait tout droit.
[20]devant lui, sur le trottoir, en pleurant comme une fontaine.
Il lui a parl comme  un copain, l'a consol, rassur
du mieux qu'il a pu. Seulement, on ne comprend
pas bien ce qu'il raconte, votre bonhomme. Des mots
d'anglais, des mots d'allemand; mais pas moyen de lui
[25]tirer son nom et son adresse... Zidore me l'a amen;
je n'tais pas loin de l,  vendre mes salades. Alors les
commres nous ont entours, en coassant comme des grenouilles:
Faut le mener chez le commissaire. Mais
Zidore a protest. a fera peur au mme, qu'il disait.
[30]Car il est comme tous les Parisiens: il n'aime pas les
sergots. Et puis votre gamin ne voulait plus le quitter.
Ma foi, tant pis! j'ai rat ma vente, et je suis rentr ici

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avec les mioches. Ils ont mang un morceau ensemble,
comme une paire d'amis, et puis, au dodo!... Sont-ils
gentils tout de mme, hein?

C'est trange, ce qui se passe dans l'me de M. Godefroy.
[5]Tout  l'heure, dans sa voiture, il se proposait bien,
sans doute, de donner  celui qui avait recueilli son fils
une belle rcompense, une poigne de cet or si facilement
gagn en prsence des encriers siphodes. Mais on vient
de lever devant l'homme un coin du rideau qui cache la
[10]vie des pauvres, si vaillants dans leur misre, si
charitables entre eux. Le courage de cette fille-mre se tuant
de travail pour son enfant, la gnrosit de cet infirme
adoptant un orphelin, et surtout l'intelligente bont de ce
gamin de la rue, de ce petit homme secourable pour un
[15]plus petit, le recueillant, se faisant tout de suite son ami
et son frre an, et lui pargnant, par un instinct dlicat,
le grossier contact de la police, tout cela meut M. Godefroy
et lui donne  rflchir. Non, il ne se contentera pas
d'ouvrir son portefeuille. Il veut faire mieux et plus pour
[20]Zidore et pour Pierron le manchot, assurer leur avenir,
les suivre de sa bienveillance. Ah! si les peu sentimentaux
personnages qui viennent constamment parler d'affaires
 M. le directeur du Comptoir gnral de crdit
pouvaient lire en ce moment dans son esprit, ils seraient
[25]profondment tonns; et pourtant M. le directeur vient
de faire la meilleure affaire de sa vie: il vient de se dcouvrir
un coeur de brave homme. Oui, monsieur le directeur,
vous comptiez offrir une gratification  ces pauvres
gens, et voil que ce sont eux qui vous font un magnifique
[30]cadeau, celui, d'un sentiment, et du plus doux, du plus
noble de tous, la piti. Car M. Godefroy songe,  prsent,
--et il s'en souviendra,--qu'il y a d'autres estropis que

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Pierron, l'ancien ajusteur devenu marchand de verdure,
d'autres orphelins que le petit Zidore. Bien plus, il se
demande, avec une inquitude profonde, si l'argent ne
doit vraiment servir qu' engendrer l'argent, et si l'on n'a
[5]pas mieux  faire, entre ses repas, que de vendre en hausse
des valeurs achetes en baisse et d'obtenir des places pour
ses lecteurs.

Telle est sa rverie devant le groupe des deux enfants
qui dorment. Enfin il se dtourne, regarde en face le
[10]marchand des quatre saisons; il est charm par l'expression
loyale de ce visage de guerrier gaulois, aux yeux
clairs, aux moustaches ardentes.

Mon ami, dit M. Godefroy, vous venez de me rendre,
vous et votre fils adoptif, un de ces services! ...Bientt,
[15]vous aurez la preuve que je ne suis pas un ingrat. Mais,
ds aujourd'hui... Je vois bien que vous n'tes pas 
l'aise et je veux vous laisser un premier souvenir.

Mais de son unique main le manchot arrte le bras de
M. Godefroy, qui plonge dj sous le revers de la
[20]redingote, du ct des bank-notes.

Non, monsieur, non! N'importe qui aurait agi comme
nous... Je n'accepterai rien, soit dit sans vous offenser
...On ne roule pas sur l'or, c'est vrai, mais, excusez la
fiert, on a t soldat,--j'ai ma mdaille du Tonkin, l,
[25]dans le tiroir,--et on ne veut manger que le pain qu'on
gagne.

--Soit, reprend le financier. Mais, voyons, un brave
homme comme vous, un ancien militaire... Vous me
paraissez capable de mieux faire que de pousser une charrette
[30] bras... On s'occupera de vous, soyez tranquille.

Mais l'estropi se contente de rpondre froidement, avec
un sourire triste qui rvle bien des dceptions, tout un

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pass de dcouragement: Enfin, si monsieur veut bien
songer  moi!...

Quelle surprise pour les loups-cerviers de la Bourse et
les intrigants du Palais-Bourbon s'ils pouvaient savoir!
[5]Voil que M. Godefroy est dsol,  prsent, de la mfiance
de ce pauvre diable. Attendez un peu! Il saura
bien lui apprendre  ne pas douter de sa reconnaissance.
Il y a de bonnes places de surveillants et de garons de
caisse, au Comptoir. Qu'est-ce que vous direz, monsieur
[10]le sceptique, quand vous aurez un bel habit de drap gris-bleu,
avec votre mdaille du Tonkin  ct de la plaque
d'argent? Et ce sera fait ds demain, n'ayez pas peur!
Et c'est vous qui serez bien attrap, ah! ah! ...

Et Zidore? s'crie M. Godefroy avec plus de chaleur
[15]que s'il s'agissait de faire un bon coup sur les valeurs 
turban. Vous permettrez bien que je m'occupe un peu de
Zidore?...

--Ah! pour a, oui! rpond joyeusement Pierron.
Souvent, quand je songe que le pauvre petit n'a que moi
[20]au monde, je me dis: Quel dommage!... Car il est plein
de moyens. Les matres sont enchants de lui,  l'cole
primaire.

Mais Pierron s'interrompt brusquement, et, dans son
regard de franchise, M. Godefroy lit encore, et trs clairement,
[25]cette arrire-pense: C'est trop beau, tout a...
Le bourgeois nous oubliera, une fois le dos tourn.

Maintenant, dit le manchot, je crois que nous n'avons
plus qu' transporter votre gamin dans la voiture; car
vous devez bien vous dire qu'il sera mieux chez vous qu'ici
[30]...Oh! vous n'avez qu' le prendre dans vos bras; il ne
se rveillera mme pas... On dort si bien  cet ge-l
...Seulement il faudrait d'abord lui remettre ses souliers.

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Et, suivant le regard du marchand des quatre saisons,
M. Godefroy aperoit devant le foyer, o se meurt un
petit feu de coke, deux paires de chaussures enfantines:
les fines bottines de Raoul et les souliers  clous de Zidore;
[5]et chacune des paires de chaussures contient un pantin de
deux sous et un cornet de bonbons de chez l'picier.

Ne faites pas attention, monsieur, murmure alors
Pierron d'une voix presque honteuse. C'est Zidore, avant
de se jeter sur le lit, qui a mis l ses souliers et ceux de
[10]votre fils... A la laque, on a beau leur dire que c'est de
la blague, les enfants croient encore  la Nol... Alors,
moi, en revenant de chez le commissaire, comme je ne
savais pas, aprs tout, si votre gamin ne passerait pas la
nuit dans ma turne, j'ai achet ces btises-l... vous
[15]comprenez... pour que les gosses...  leur rveil...

Ah! c'est  prsent que les bras leur tomberaient, aux
dputs qui ont vu si souvent M. Godefroy voter pour la
libre pense;--au fond, il s'en moquait pas mal, mais la
rlection!--C'est  prsent qu'ils jetteraient leur langue
[20]au chat, tous les messieurs durs et secs qui sigeaient avec
M. Godefroy autour des tables vertes et qui l'admiraient
comme un matre pour sa scheresse et pour sa duret.
Est-ce que, par hasard, ce serait aujourd'hui la fin du
monde?... M. Godefroy a les yeux pleins de larmes!

[25]Tout  coup, il s'lance hors de la baraque, y rentre au
bout d'une minute, les bras chargs du superbe cheval
mcanique, de la grosse boite de soldats de plomb, des
autres jouets magnifiques achets par lui dans l'aprs-midi
et rests dans sa voiture; et, devant Pierron stupfait,
[30]il dpose son fardeau dor et verni auprs des petits
souliers. Puis, saisissant la main du manchot dans les
siennes, et d'une voix que l'motion fait trembler:

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Mon ami, mon cher ami, dit-il au marchand des quatre
saisons, voici les cadeaux que Nol apportait  mon petit
Raoul. Je veux qu'il les trouve ici, en se rveillant, et
qu'il les partage avec Zidore, qui sera dsormais son
[5]camarade... Maintenant, vous me croyez, n'est-ce pas?
...Je me charge de vous et du gamin...et je reste
encore votre oblig; car vous ne m'avez pas seulement
aid  retrouver mon fils perdu; vous m'avez aussi rappel
qu'il y avait des pauvres gens,  moi, mauvais
[10]riche qui vivais sans y songer. Mais, je le jure par ces
deux enfants endormis, je ne l'oublierai plus, dsormais!
...Tel est le miracle, messieurs et mesdames, accompli
le 24 dcembre dernier,  Paris, en plein gosme moderne.
Il est trs invraisemblable, j'en conviens; et, en dpit des
[15]anciens votes anticlricaux de M. Godefroy et de l'ducation
purement laque reue par Zidore  l'cole primaire,
je suis bien forc d'attribuer cet vnement merveilleux
 la grce de l'Enfant divin, venu au monde, il y a prs
de dix-neuf cents ans, pour ordonner aux hommes de
[20]s'aimer les uns les autres.

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GAUTIER

LA MILLE ET DEUXIME NUIT

IL y avait une fois dans la ville du Caire un jeune homme
nomm Mahmoud-Ben-Ahmed, qui demeurait sur la place
de l'Esbekick.

Son pre et sa mre taient morts depuis quelques annes
[5]en lui laissant une fortune mdiocre, mais suffisante pour
qu'il pt vivre sans avoir recours au travail de ses mains:
d'autres auraient essay de charger un vaisseau de
marchandises ou de joindre quelques chameaux chargs
d'toffes prcieuses  la caravane qui va de Bagdad 
[10]la Mecque; mais Mahmoud-Ben-Ahmed prfrait vivre.
tranquille, et ses plaisirs consistaient  fumer du tombeki
dans son narguilh, en prenant des sorbets et en mangeant
des confitures sches de Damas.

Quoiqu'il ft bien fait de sa personne, de visage rgulier
[15]et de mine agrable, il ne cherchait pas les aventures, et
avait rpondu plusieurs fois aux personnes qui le pressaient
de se marier et lui proposaient des partis riches et convenables,
qu'il n'tait pas encore temps et qu'il ne se
sentait nullement d'humeur  prendre femme.

[20]Mahmoud-Ben-Ahmed avait reu une bonne ducation:
il lisait couramment dans les livres les plus anciens,
possdait une belle criture, savait par coeur les versets du
Coran, les remarques des commentateurs, et et rcit
sans se tromper d'un vers les Moallakats des fameux
[25]potes affichs aux portes des mosques; il tait un peu

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pote lui-mme et composait volontiers des vers assonants
et rims, qu'il dclamait sur des airs de sa faon avec
beaucoup de grce et de charme.

A force de fumer son narguilh et de rver  la fracheur
[5]du soir sur les dalles de marbre de sa terrasse, la tte de
Mahmoud-Ben-Ahmed s'tait un peu exalte: il avait
form le projet d'tre l'amant d'une pri ou tout au moins
d'une princesse du sang royal. Voil le motif secret qui
lui faisait recevoir avec tant d'indiffrence les propositions
[10]de mariage et refuser les offres des marchands
d'esclaves. La seule compagnie qu'il pt supporter tait
celle de son cousin Abdul-Malek, jeune homme doux et
timide qui semblait partager la modestie de ses gots.

Un jour, Mahmoud- Ben-Ahmed se rendait au bazar pour
[15]acheter quelques flacons d'atar-gull et autres drogueries
de Constantinople, dont il avait besoin. Il rencontra,
dans une rue fort troite, une litire ferme par des rideaux
de velours incarnadin, porte par deux mules blanches et
prcde de zebeks et de chiaoux richement costums. Il
[20]se rangea contre le mur pour laisser passer le cortge;
mais il ne put le faire si prcipitamment qu'il n'et le
temps de voir, par l'interstice des courtines, qu'une folle
bouffe d'air souleva, une fort belle dame assise sur des
coussins de brocart d'or. La dame, se fiant sur l'paisseur
[25]des rideaux et se croyant  l'abri de tout regard tmraire,
avait relev son voile  cause de la chaleur. Ce ne fut
qu'un clair; cependant cela suffit pour faire tourner la
tte du pauvre Mahmoud-Ben-Ahmed: la dame avait le
teint d'une blancheur blouissante, des sourcils que l'on
[30]et pu croire tracs au pinceau, une bouche de grenade
qui en s'entr'ouvrant laissait voir une double file de perles
d'Orient plus fines et plus limpides que celles qui forment

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les bracelets et le collier de la sultane favorite, un air
agrable et fier, et dans toute sa personne je ne sais quoi
de noble et de royal.

Mahmoud-Ben-Ahmed, comme bloui de tant de
[5]perfections, resta longtemps immobile  la mme place, et,
oubliant qu'il tait sorti pour faire des emplettes, il retourna
chez lui les mains vides, emportant dans son coeur
la radieuse vision.

Toute la nuit il ne songea qu' la belle inconnue, et ds
[10]qu'il fut lev il se mit  composer en son honneur une
longue pice de posie, o les comparaisons les plus fleuries
et les plus galantes taient prodigues.

Ne sachant que faire, sa pice acheve et transcrite sur
une belle feuille de papyrus avec de belles majuscules en
[15]encre rouge et des fleurons dors, il la mit dans sa manche
et sortit pour montrer ce morceau  son ami Abdul, pour
lequel il n'avait aucune pense secrte.

En se rendant  la maison d'Abdul, il passa devant le
bazar et entra dans la boutique du marchand de parfums
[20]pour prendre les flacons d'atar-gull. Il y trouva une belle
dame enveloppe d'un long voile blanc qui ne laissait
dcouvert que l'oeil gauche. Mahmoud-Ben-Ahmed, sur
ce seul oeil gauche, reconnut incontinent la belle dame du
palanquin. Son motion fut si forte, qu'il fut oblig de
[25]s'adosser  la muraille.

La dame au voile blanc s'aperut du trouble de
Mahmoud-Ben-Ahmed, et lui demanda obligeamment ce qu'il
avait et si, par hasard, il se trouvait incommod.

Le marchand, la dame et Mahmoud-Ben-Ahmed passrent
[30]dans l'arrire-boutique. Un petit ngre apporta
sur un plateau un verre d'eau de neige, dont
Mahmoud-Ben-Ahmed but quelques gorges.

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Pourquoi donc ma vue vous a-t-elle caus une si vive
impression? dit la dame d'un ton de voix fort doux et o
perait un intrt assez tendre.

Mahmoud-Ben-Ahmed lui raconta comment il l'avait
[5]vue prs de la mosque du sultan Hassan  l'instant o les
rideaux de sa litire s'taient un peu carts, et que depuis
cet instant il se mourait d'amour pour elle.

Vraiment, dit la dame, votre passion est ne si subitement
que cela? je ne croyais pas que l'amour vnt si vite.
[10]Je suis effectivement la femme que vous avez rencontre
hier; je me rendais au bain dans ma litire, et comme la
chaleur tait touffante, j'avais relev mon voile. Mais
vous m'avez mal vue, et je ne suis pas si belle que vous le
dites.

[15]En disant ces mots, elle carta son voile et dcouvrit un
visage radieux de beaut, et si parfait, que l'envie n'aurait
pu y trouver le moindre dfaut.

Vous pouvez juger quels furent les transports de
Mahmoud-Ben-Ahmed  une telle faveur; il se rpandit en
[20]compliments qui avaient le mrite, bien rare pour des
compliments, d'tre parfaitement sincres et de n'avoir
rien d'exagr. Comme il parlait avec beaucoup de feu
et de vhmence, le papier sur lequel ses vers taient
transcrits s'chappa de sa manche et roula sur le plancher.
[25]Quel est ce papier? dit la dame, l'criture m'en parat
fort belle et annonce une main exerce.

--C'est, rpondit le jeune homme en rougissant beaucoup,
une pice de vers que j'ai compose cette nuit, ne
pouvant dormir. J'ai tch d'y clbrer vos perfections;
[30]mais la copie est bien loin de l'original, et mes vers n'ont
point les brillants qu'il faut pour clbrer ceux de vos
Yeux.

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La jeune dame lut ces vers attentivement, et dit en les
mettant dans sa ceinture:

Quoiqu'ils contiennent beaucoup de flatteries, ils ne
sont vraiment pas mal tourns.

[5]Puis elle ajusta son voile et sortit de la boutique en
laissant tomber avec un accent qui pntra le coeur de
Mahmoud-Ben-Ahmed:

Je viens quelquefois, au retour du bain, acheter des
essences et des boites de parfumerie chez Bedredin.

[10]Le marchand flicita Mahmoud-Ben-Ahmed de sa
bonne fortune, et, l'emmenant tout au fond de sa boutique,
il lui dit bien bas  l'oreille:

Cette jeune dame n'est autre que la princesse Ayesha,
fille du calife.

[15]Mahmoud-Ben-Ahmed rentra chez lui tout tourdi de
son bonheur et n'osant y croire. Cependant, quelque
modeste qu'il ft, il ne pouvait se dissimuler que la princesse
Ayesha ne l'et regard d'un oeil favorable. Le
hasard, ce grand entremetteur, avait t au del de ses
[20]plus audacieuses esprances. Combien il se flicita alors
de ne pas avoir cd aux suggestions de ses amis qui
l'engageaient  prendre femme, et aux portraits sduisants
que lui faisaient les vieilles des jeunes filles  marier qui
ont toujours, comme chacun le sait, des yeux de gazelle,
[25]une figure de pleine lune, des cheveux plus longs que la
queue d'Al Borack, la jument du Prophte, une bouche
de jaspe rouge, avec une haleine d'ambre gris, et mille
autres perfections qui tombent avec le hack et le voile
nuptial: comme il fut heureux de se sentir dgag de tout
[30]lien vulgaire, et libre de s'abandonner tout entier  sa
nouvelle passion!

Il eut beau s'agiter et se tourner sur son divan, il ne

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put s'endormir; l'image de la princesse Ayesha, tincelante
comme un oiseau de flamme sur un fond de soleil
couchant, passait et repassait devant ses yeux. Ne pouvant
trouver de repos, il monta dans un de ses cabinets de
[5]bois de cdre merveilleusement dcoup que l'on applique,
dans les villes d'Orient, aux murailles extrieures des
maisons, afin d'y profiter de la fracheur et du courant
d'air qu'une rue ne peut manquer de former; le sommeil
ne lui vint pas encore, car le sommeil est comme le bonheur,
[10]il fuit quand on le cherche; et, pour calmer ses esprits
par le spectacle d'une nuit sereine, il se rendit avec
son narguilh sur la plus haute terrasse de son habitation.

L'air frais de la nuit, la beaut du ciel plus paillet d'or
qu'une robe de pri et dans lequel la lune faisait voir ses
[15]joues d'argent, comme une sultane ple d'amour qui se
penche aux treillis de son kiosque, firent du bien 
Mahmoud-Ben-Ahmed, car il tait pote, et ne pouvait rester
insensible au magnifique spectacle qui s'offrait  sa vue.

De cette hauteur, la ville du Caire se dployait devant
[20]lui comme un de ces plans en relief o les giaours retracent
leurs villes fortes. Les terrasses ornes de pots de plantes
grasses, et barioles de tapis; les places o miroitait l'eau
du Nil, car on tait  l'poque de l'inondation; les jardins
d'o jaillissaient des groupes de palmiers, des touffes de
[25]caroubiers ou de nopals; les iles de maisons coupes de
rues troites; les coupoles d'tain des mosques; les minarets
frles et dcoups  jour comme un hochet d'ivoire;
les angles obscurs ou lumineux des palais formaient un
coup d'oeil arrang  souhait pour le plaisir des yeux.
[30]Tout au fond, les sables cendrs de la plaine confondaient
leurs teintes avec les couleurs laiteuses du firmament, et
les trois pyramides de Giseh, vaguement bauches par

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un rayon bleutre, dessinaient au bord de l'horizon leur
gigantesque triangle de pierre.

Assis sur une pile de carreaux et le corps envelopp par
les circonvolutions lastiques du tuyau de son narguilh,
[5]Mahmoud-Ben-Ahmed tchait de dmler dans la transparente
obscurit la forme lointaine du palais o dormait
la belle Ayesha. Un silence profond rgnait sur ce tableau
qu'on aurait pu croire peint, car aucun souffle,
aucun murmure n'y rvlaient la prsence d'un tre
[10]vivant: le seul bruit apprciable tait celui que faisait la
fume du narguilh de Mahmoud-Ben-Ahmed en traversant
la boule de cristal de roche remplie d'eau destine 
refroidir ses blanches bouffes. Tout d'un coup, un cri
aigu clata au milieu de ce calme, un cri de dtresse suprme,
[15]comme doit en pousser, au bord de la source, l'antilope
qui sent se poser sur son cou la griffe d'un lion, ou
s'engloutir sa tte dans la gueule d'un crocodile.
Mahmoud-Ben-Ahmed, effray par ce cri d'agonie et de
dsespoir, se leva d'un seul bond et posa instinctivement la
[20]main sur le pommeau de son yatagan dont il fit jouer la
lame pour s'assurer qu'elle ne tenait pas au fourreau;
puis il se pencha du ct d'o le bruit avait sembl
partir.

Il dmla fort loin dans l'ombre un groupe trange, mystrieux,
[25]compos d'une figure blanche poursuivie par une
meute de figures noires, bizarres et monstrueuses, aux
gestes frntiques, aux allures dsordonnes. L'ombre
blanche semblait voltiger sur la cime des maisons, et
l'intervalle qui la sparait de ses perscuteurs tait si peu
[30]considrable, qu'il tait  craindre qu'elle ne ft bientt
prise si sa course se prolongeait, et qu'aucun vnement
ne vint  son secours. Mahmoud-Ben-Ahmed crut d'abord

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que c'tait une pri ayant aux trousses un essaim de
goules mchant de la chair de mort dans leurs incisives
dmesures, ou de djinns aux ailes flasques, membraneuses,
armes d'ongles comme celles des chauves-souris, et,
[5]tirant de sa poche son comboloio de graines d'alos jaspes,
il se mit  rciter, comme prservatif, les quatre-vingt-dix-neuf noms
d'Allah. Il n'tait pas au vingtime, qu'il
s'arrta. Ce n'tait pas une pri, un tre surnaturel qui
fuyait ainsi en sautant d'une terrasse  l'autre et en
[10]franchissant les rues de quatre ou cinq pieds de large qui
coupent le bloc compacte des villes orientales, mais bien
une femme; les djinns n'taient que des zebecks, des chiaoux
et des eunuques acharns  sa poursuite.

Deux ou trois terrasses et une rue sparaient encore la
[15]fugitive de la plate-forme o se tenait Mahmoud-Ben-Ahmed,
mais ses forces semblaient la trahir; elle retourna
convulsivement la tte sur l'paule, et, comme un cheval
puis dont l'peron ouvre le flanc, voyant si prs d'elle
le groupe hideux qui la poursuivait, elle mit la rue entre
[20]elle et ses ennemis d'un bond dsespr.
Elle frla dans son lan Mahmoud-Ben-Ahmed qu'elle
n'aperut pas, car la lune s'tait voile, et courut  l'extrmit
de la terrasse qui donnait de ce ct-l sur une
seconde rue plus large que la premire. Dsesprant de
[25]la pouvoir sauter, elle eut l'air de chercher des yeux
quelque coin o se blottir, et, avisant un grand vase de marbre,
elle se cacha dedans comme le gnie qui rentre dans la
coupe d'un lis.

La troupe furibonde envahit la terrasse avec l'imptuosit
[30]d'un vol de dmons. Leurs faces cuivres ou noires 
longues moustaches, ou hideusement imberbes, leurs yeux
tincelants, leurs mains crispes agitant des damas et des

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kandjars, la fureur empreinte sur leurs physionomies basses
et froces, causrent un mouvement d'effroi  Mahmoud-Ben-Ahmed,
quoiqu'il ft brave de sa personne et habile
au maniement des armes. Ils parcoururent de l'oeil la
[5]terrasse vide, et n'y voyant pas la fugitive, ils pensrent
sans doute qu'elle avait franchi la seconde rue, et ils
continurent leur poursuite sans faire autrement attention 
Mahmoud-Ben-Ahmed.

Quand le cliquetis de leurs armes et le bruit de leurs
[10]babouches sur les dalles des terrasses se fut teint dans
l'loignement, la fugitive commena  lever par-dessus les
bords du vase sa jolie tte ple, et promena autour d'elle
des regards d'antilope effraye, puis elle sortit ses paules
et se mit debout, charmant pistil de cette grande fleur de
[15]marbre; n'apercevant plus que Mahmoud-Ben-Ahmed qui
lui souriait et lui faisait signe qu'elle n'avait rien  craindre,
elle s'lana hors du vase et vint vers le jeune homme
avec une attitude humble et des bras suppliants.

Par grce, par piti, seigneur, sauvez-moi, cachez-moi
[20]dans le coin le plus obscur de votre maison, drobez-moi
 ces dmons qui me poursuivent.

Mahmoud-Ben-Ahmed la prit par la main, la conduisit
 l'escalier de la terrasse dont il ferma la trappe avec soin,
et la mena dans sa chambre. Quand il eut allum la
[25]lampe, il vit que la fugitive tait jeune, il l'avait dj
devin au timbre argentin de sa voix, et fort jolie, ce qui
ne l'tonna pas; car  la lueur des toiles, il avait distingu
sa taille lgante. Elle paraissait avoir quinze ans tout
au plus. Son extrme pleur faisait ressortir ses grands
[30]yeux noirs en amande, dont les coins se prolongeaient
jusqu'aux tempes; son nez mince et dlicat donnait beaucoup
de noblesse  son profil, qui aurait pu faire envie

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aux plus belles filles de Chio ou de Chypre, et rivaliser
avec la beaut de marbre des idoles adores par les vieux
paens grecs. Son cou tait charmant et d'une blancheur
parfaite; seulement, sur sa nuque, on voyait une lgre
[5]raie de pourpre mince comme un cheveu ou comme le
plus dli fil de soie, quelques petites gouttelettes de sang
sortaient de cette ligne rouge. Ses vtements taient
simples et se composaient d'une veste passemente de
soie, de pantalons de mousseline et d'une ceinture bariole;
[10]sa poitrine se levait et s'abaissait sous sa tunique de gaze
raye, car elle tait encore hors d'haleine et  peine remise
de son effroi.

Lorsqu'elle fut un peu repose et rassure, elle s'agenouilla
devant Mahmoud-Ben-Ahmed et lui raconta son
[15]histoire en fort bons termes: J'tais esclave dans le
srail du riche Abu-Becker, et j'ai commis la faute de
remettre  la sultane favorite un slam ou lettre de fleurs
envoye par un jeune mir de la plus belle mine avec qui
elle entretenait un commerce amoureux. Abu-Becker,
[20]ayant surpris le slam, est entr dans une fureur horrible,
a fait enfermer sa sultane favorite dans un sac de cuir avec
deux chats, l'a fait jeter  l'eau et m'a condamne  avoir
la tte tranche. Le Kislar-agassi fut charg de cette
excution; mais, profitant de l'effroi et du dsordre qu'avait
[25]caus dans le srail le chtiment terrible inflig  la pauvre
Nourmahal, et trouvant ouverte la trappe de la terrasse,
je me sauvai. Ma fuite fut aperue, et bientt les eunuques
noirs, les zebecs et les Albanais au service de mon
matre se mirent  ma poursuite. L'un d'eux, Mesrour,
[30]dont j'ai toujours repouss les prtentions, m'a talonn de
si prs avec son damas brandi, qu'il a bien manqu de
m'atteindre; une fois mme j'ai senti le fil de son sabre

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effleurer ma peau, et c'est alors que j'ai pouss ce cri
terrible que vous avez d entendre, car je vous avoue que
j'ai cru que ma dernire heure tait arrive; mais Dieu
est Dieu et Mahomet est son prophte; l'ange Asral
[5]n'tait pas encore prt  m'emporter vers le pont d'Alsirat.
Maintenant je n'ai plus d'espoir qu'en vous. Abu-Becker
est puissant, il me fera chercher, et s'il peut me reprendre,
Mesrour aurait cette fois la main plus sre, et son damas
ne se contenterait pas de m'effleurer le cou, dit-elle en
[10]souriant, et en passant la main sur l'imperceptible raie
rose trace par le sabre du zebec. Acceptez-moi pour
votre esclave, je vous consacrerai une vie que je vous dois.
Vous trouverez toujours mon paule pour appuyer votre
coude, et ma chevelure pour essuyer la poudre de vos
[15]sandales.

Mahmoud-Ben-Ahmed tait fort compatissant de sa
nature, comme tous les gens qui ont tudi les lettres et
la posie. Leila, tel tait le nom de l'esclave fugitive,
s'exprimait en termes choisis; elle tait jeune, belle, et
[20]n'et-elle t rien de tout cela, l'humanit et dfendu de
la renvoyer. Mahmoud-Ben-Ahmed montra  la jeune
esclave un tapis de Perse, des carreaux de soie dans l'angle
de la chambre, et sur le rebord de l'estrade une petite collation
de dattes, de cdrats confits et de conserves de roses
[25]de Constantinople,  laquelle, distrait par ses penses, il
n'avait pas touch lui-mme, et de plus, deux pots  rafrachir
l'eau, en terre poreuse de Thbes, poss dans des
soucoupes de porcelaine de Japon et couverts d'une
transpiration perle. Ayant ainsi provisoirement install
[30]Leila, il remonta sur sa terrasse pour achever son narguilh
et trouver la dernire assonance du ghazel qu'il composait
en l'honneur de la princesse Ayesha, ghazel o les lis d'Iran,

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les fleurs du Gulistan, les toiles et toutes les constellations
clestes se disputaient pour entrer.

Le lendemain, Mahmoud-Ben-Ahmed, ds que le jour
parut, fit cette rflexion qu'il n'avait pas de sachet de
[5]benjoin, qu'il manquait de civette, et que la bourse de
soie broche d'or et constelle de paillettes, o il serrait
son lataki, tait raille et demandait  tre remplace
par une autre plus riche et de meilleur got. Ayant 
peine pris le temps de faire ses ablutions et de rciter sa
[10]prire en se tournant du ct de l'orient, il sortit de sa
maison aprs avoir recopi sa posie et l'avoir mise dans
sa manche comme la premire fois, non pas dans l'intention
de la montrer  son ami Abdul, mais pour la remettre
 la princesse Ayesha en personne, dans le cas o il la
[15]rencontrerait au bazar, dans la boutique de Bedredin.
Le muezzin, perch sur le balcon du minaret, annonait
seulement la cinquime heure; il n'y avait dans les rues
que les fellahs, poussant devant eux leurs nes chargs de
pastques, de rgimes de dattes, de poules lies par les
[20]pattes, et de moitis de moutons qu'ils portaient au march.
Il fut dans le quartier o tait situ le palais d'Ayesha,
mais il ne vit rien que des murailles crneles et blanchies
 la chaux. Rien ne paraissait aux trois ou quatre petites
fentres obstrues de treillis de bois  mailles troites, qui
[25]permettaient aux gens de la maison de voir ce qui se
passait dans la rue, mais ne laissaient aucun espoir aux
regards indiscrets et aux curieux du dehors. Les palais
orientaux,  l'envers des palais du Franquistan, rservent
leurs magnificences pour l'intrieur et tournent, pour ainsi
[30]dire, le dos au passant. Mahmoud-Ben-Ahmed ne retira
donc pas grand fruit de ses investigations. Il vit entrer
et sortir deux ou trois esclaves noirs, richement habills,

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et dont la mine insolente et fire prouvait la conscience
d'appartenir  une maison considrable et  une personne
de la plus haute qualit. Notre amoureux, en regardant
ces paisses murailles, fit de vains efforts pour dcouvrir
[5]de quel ct se trouvaient les appartements d'Ayesha. Il
ne put y parvenir: la grande porte, forme par un arc
dcoup en coeur, tait mure au fond, ne donnait accs
dans la cour que par une porte latrale, et ne permettait
pas au regard d'y pntrer. Mahmoud-Ben-Ahmed fut
[10]oblig de se retirer sans avoir fait aucune dcouverte;
l'heure s'avanait et il aurait pu tre remarqu. Il se
rendit donc chez Bedredin, auquel il fit, pour se le rendre
favorable, des emplettes assez considrables d'objets dont
il n'avait aucun besoin. Il s'assit dans la boutique,
[15]questionna le marchand, s'enquit de son commerce, s'il
s'tait heureusement dfait des soieries et des tapis apports
par la dernire caravane d'Alep, si ses vaisseaux
taient arrivs au port sans avaries; bref, il fit toutes les
lchets habituelles aux amoureux; il esprait toujours
[20]voir paratre Ayesha; mais il fut tromp dans son attente:
elle ne vint pas ce jour-l. Il s'en retourna chez lui, le
coeur gros, l'appelant dj cruelle et perfide, comme si
effectivement elle lui et promis de se trouver chez Bedredin
et qu'elle lui et manqu de parole.

[25]En rentrant dans sa chambre, il mit ses babouches dans
la niche de marbre sculpt, creuse  ct de la porte pour
cet usage; il ta le caftan d'toffe prcieuse qu'il avait
endoss dans l'ide rehausser sa bonne mine et de
paratre avec tous ses avantages aux yeux d'Ayesha, et
[30]s'tendit sur son divan dans un affaissement voisin du
dsespoir. Il lui semblait que tout tait perdu, que le
monde allait finir, et il se plaignait amrement de la

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fatalit; le tout, pour ne pas avoir rencontr, ainsi qu'il
l'esprait, une femme qu'il ne connaissait pas deux jours
auparavant.

Comme il avait ferm les yeux de son corps pour mieux
[5]voir le rve de son me, il sentit un vent lger lui rafrachir
le front; il souleva ses paupires, et vit, assise  ct de
lui, par terre, Leila qui agitait un de ces petits pavillons
d'corce de palmier, qui servent, en Orient, d'ventail et
de chasse-mouche. Il l'avait compltement oublie.

[10]Qu'avez-vous, mon cher seigneur? dit-elle d'une voix
perle et mlodieuse comme de la musique. Vous ne
paraissez pas jouir de votre tranquillit d'esprit; quelque
souci vous tourmente. S'il tait au pouvoir de votre
esclave de dissiper ce nuage de tristesse qui voile votre
[15]front, elle s'estimerait la plus heureuse femme du monde,
et ne porterait pas envie  la sultane Ayesha elle-mme,
quelque belle et quelque riche qu'elle soit.

Ce nom fit tressaillir Mahmoud-Ben-Ahmed sur son
divan, comme un malade dont on touche la plaie par
[20]hasard; il se souleva un peu et jeta un regard inquisiteur
sur Leila, dont la physionomie tait la plus calme du
monde et n'exprimait rien autre chose qu'une tendre
sollicitude. Il rougit cependant comme s'il avait t
surpris dans le secret de sa passion. Leila, sans faire
[25]attention  cette rougeur dlatrice et significative,
continua  offrir ses consolations  son nouveau matre:

Que puis-je faire pour loigner de votre esprit les
sombres ides qui l'obsdent? un peu de musique dissiperait
peut-tre cette mlancolie. Une vieille esclave qui
[30]avait t odalisque de l'ancien sultan m'a appris les secrets
de la composition; je puis improviser des vers et m'accompagner
de la guzla!

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En disant ces mots, elle dtacha du mur la guzla au
ventre de citronnier, ctel d'ivoire, au manche incrust
de nacre, de burgau et d'bne, et joua d'abord avec une
rare perfection la tarabuca et quelques autres airs arabes.

[5]La justesse de la voix et la douceur de la musique eussent,
en toute autre occasion, rjoui Mahmoud-Ben-Ahmed,
qui tait fort sensible aux agrments des vers et
de l'harmonie; mais il avait le cerveau et le coeur si
proccups de la dame qu'il avait vue chez Bedredin, qu'il ne
[10]fit aucune attention aux chansons de Leila.

Le lendemain, plus heureux que la veille, il rencontra
Ayesha dans la boutique de Bedredin. Vous dcrire sa
joie serait une entreprise impossible; ceux qui ont t
amoureux peuvent seuls la comprendre. Il resta un
[15]moment sans voix, sans haleine, un nuage dans les yeux.
Ayesha, qui vit son motion, lui en sut gr et lui adressa
la parole avec beaucoup d'affabilit; car rien ne flatte les
personnes de haute naissance comme le trouble qu'elles
inspirent. Mahmoud-Ben-Ahmed, revenu  lui, fit tous
[20]ses efforts pour tre agrable, et comme il tait jeune, de
belle apparence, qu'il avait tudi la posie et s'exprimait
dans les termes les plus lgants, il crut s'apercevoir qu'il
ne dplaisait point, et il s'enhardit  demander un rendez-vous
 la princesse dans un lieu plus propice et plus sr
[25]que la boutique de Bedredin.

Je sais, lui dit-il, que je suis tout au plus bon pour tre
la poussire de votre chemin, que la distance de vous 
moi ne pourrait tre parcourue en mille ans par un cheval
de la race du prophte toujours lanc au galop; mais
[30]l'amour rend audacieux, et la chenille prise de la rose ne
saurait s'empcher d'avouer son amour.

Ayesha couta tout cela sans le moindre signe de

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courroux, et, fixant sur Mahmoud-Ben-Ahmed des yeux
chargs de langueur, elle lui dit:

Trouvez-vous demain  l'heure de la prire dans la
mosque du sultan Hassan, sous la troisime lampe; vous
[5]y rencontrerez un esclave noir vtu de damas jaune. Il
marchera devant vous, et vous le suivrez.

Cela dit, elle ramena son voile sur sa figure et sortit.

Notre amoureux n'eut garde de manquer au rendez-vous:
il se planta sous la troisime lampe, n'osant s'en
[10]carter de peur de ne pas tre trouv par l'esclave noir,
qui n'tait pas encore  son poste. Il est vrai que
Mahmoud-Ben-Ahmed avait devanc de deux heures le moment
indiqu. Enfin, il vit paratre le ngre vtu de damas jaune;
il vint droit au pilier contre lequel Mahmoud-Ben-Ahmed
[15]se tenait debout. L'esclave l'ayant regard attentivement,
lui fit un signe imperceptible pour l'engager  le suivre.
Ils sortirent tous deux de la mosque. Le noir marchait
d'un pas rapide, fit faire  Mahmoud-Ben-Ahmed une
infinit de dtours  travers l'cheveau embrouill et
[20]compliqu des rues du Caire. Notre jeune homme une
fois voulut adresser la parole  son guide; mais celui-ci,
ouvrant sa large bouche meuble de dents aigus et
blanches, lui fit voir que sa langue avait t coupe
jusqu'aux racines. Ainsi il lui et t difficile de
[25]commettre des indiscrtions.

Enfin ils arrivrent dans un endroit de la ville tout 
fait dsert et que Mahmoud-Ben-Ahmed ne connaissait
pas, quoiqu'il ft natif du Caire et qu'il crt en connatre
tous les quartiers: le muet s'arrta devant un mur blanchi
[30] la chaux, o il n'y avait pas apparence de porte. Il
compta six pas  partir de l'angle du mur, et chercha avec
beaucoup d'attention un ressort sans doute cach dans

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l'interstice des pierres. L'ayant trouv, il pressa la dtente,
une colonne tourna sur elle-mme, et laissa voir un passage
sombre, troit, o le muet s'engagea, suivi de
Mahmoud-Ben-Ahmed. Ils descendirent d'abord plus de cent
[5]marches, et suivirent ensuite un corridor obscur d'une
longueur interminable. Mahmoud-Ben-Ahmed, en ttant
les murs, reconnut qu'ils taient de roche vive, sculpts
d'hiroglyphes en creux et comprit qu'il tait dans les
couloirs souterrains d'une ancienne ncropole gyptienne
[10]dont on avait profit pour tablir cette issue secrte. Au
bout du corridor, dans un grand loignement, scintillaient
quelques lueurs de jour bleutre. Ce jour passait  travers
des dentelles d'une sculpture vide faisant partie de la
salle o le corridor aboutissait. Le muet poussa un autre
[15]ressort, et Mahmoud-Ben-Ahmed se trouva dans une
salle dalle de marbre blanc, avec un bassin et un jet
d'eau au milieu, des colonnes d'albtre, des murs revtus
de mosaques de verre, de sentences du Coran entremles
de fleurs et d'ornements, et couverte par une vote
[20]sculpte, fouille, travaille comme l'intrieur d'une ruche
ou d'une grotte  stalactites, d'normes pivoines carlates
poses dans d'normes vases mauresques de porcelaine
blanche et bleue compltaient la dcoration. Sur une
estrade garnie de coussins, espce d'alcve pratique dans
[25]l'paisseur du mur, tait assise la princesse Ayesha, sans
voile, radieuse, et surpassant en beaut les houris du
quatrime ciel.

Eh bien! Mahmoud-Ben-Ahmed, avez-vous fait d'autres
vers en mon honneur? lui dit-elle du ton le plus
[30]gracieux en lui faisant signe de s'asseoir.

Mahmoud-Ben-Ahmed se jeta aux genoux d'Ayesha et
tira son papyrus de sa manche, et lui rcita son ghazel

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du ton le plus passionn; c'tait vraiment un remarquable
morceau de posie. Pendant qu'il lisait, les joues de la
princesse s'clairaient et se coloraient comme une lampe
d'albtre que l'on vient d'allumer. Ses yeux toilaient et
[5]lanaient des rayons d'une clart extraordinaire, son corps
devenait comme transparent, sur ses paules frmissantes
s'bauchaient vaguement des ailes de papillon.
Malheureusement Mahmoud-Ben-Ahmed, trop occup de la
lecture de sa pice de vers, ne leva pas les yeux et ne
[10]s'aperut pas de la mtamorphose qui s'tait opre.
Quand il eut achev, il n'avait plus devant lui que la
princesse Ayesha qui le regardait en souriant d'un air
ironique.

Comme tous les potes, trop occups de leurs propres
[15]crations, Mahmoud-Ben-Ahmed avait oubli que les
plus beaux vers ne valent pas une parole sincre, un regard
illumin par la clart de l'amour.--Les pris sont comme
les femmes, il faut les deviner et les prendre juste au
moment o elles vont remonter aux cieux pour n'en plus
[20]descendre.--L'occasion doit tre saisie par la boucle
de cheveux qui lui pend sur le front, et les esprits de
l'air par leurs ailes. C'est ainsi qu'on peut s'en rendre
matre.

Vraiment, Mahmoud-Ben-Ahmed, vous avez un talent
[25]de pote des plus rares, et vos vers mritent d'tre affichs
 la porte des mosques, crits en lettres d'or,  ct des
plus clbres productions de Ferdoussi, de Saadi et d'Ibnn-Ben-Omaz.
C'est dommage qu'absorb par la perfection
de vos rimes allitres, vous ne m'avez pas regarde tout
[30] l'heure, vous auriez vu... ce que vous ne reverrez
peut-tre jamais plus. Votre voeu le plus cher s'est accompli
devant vous sans que vous vous en soyez aperu.

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Adieu, Mahmoud-Ben-Ahmed, qui ne vouliez aimer
qu'une pri.

L-dessus Ayesha se leva d'un air tout  fait majestueux,
souleva une portire de brocart d'or et disparut.

[5]Le muet vint reprendre Mahmoud-Ben-Ahmed, et le
reconduisit par le mme chemin jusqu' l'endroit o il
l'avait pris. Mahmoud-Ben-Ahmed, afflig et surpris
d'avoir t ainsi congdi, ne savait que penser et se
perdait dans ses rflexions, sans pouvoir trouver de motif 
[10]la brusque sortie de la princesse: il finit par l'attribuer  un
caprice de femme qui changerait  la premire occasion;
mais il eut beau aller chez Bedredin acheter du benjoin et
des peaux de civette, il ne rencontra plus la princesse
Ayesha; il fit un nombre infini de stations prs du troisime
[15]pilier de la mosque du sultan Hassan, il ne vit plus
reparatre le noir vtu de damas jaune, ce qui le jeta dans une
noire et profonde mlancolie.

Leila s'ingniait  mille inventions pour le distraire:
elle lui jouait de la guzla; elle lui rcitait des histoires
[20]merveilleuses; ornait sa chambre de bouquets dont les
couleurs taient si bien maries et diversifies, que la vue
en tait aussi rjouie que l'odorat; quelquefois mme elle
dansait devant lui avec autant de souplesse et de grce
que l'alme la plus habile; tout autre que Mahmoud-Ben-Ahmed
[25]et t touch de tant de prvenances et d'attentions;
mais il avait la tte ailleurs, et le dsir de retrouver
Ayesha ne lui laissait aucun repos. Il avait t bien
souvent errer  l'entour du palais de la princesse; mais il
n'avait jamais pu l'apercevoir; rien ne se montrait derrire
[30]les treillis exactement ferms; le palais tait comme
un tombeau.

Son ami Abdul-Maleck, alarm de son tat, venait le

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visiter souvent et ne pouvait s'empcher de remarquer
les grces et la beaut de Leila, qui galaient pour le
moins celles de la princesse Ayesha, si mme elles ne les
dpassaient, et s'tonnait de l'aveuglement de
[5]Mahmoud-Ben-Ahmed; et s'il n'et craint de violer les saintes lois
de l'amiti, il et pris volontiers la jeune esclave pour
femme. Cependant, sans rien perdre de sa beaut, Leila
devenait chaque jour plus ple; ses grands yeux s'alanguissaient;
les rougeurs de l'aurore faisaient place sur ses
[10]joues aux pleurs du clair de lune. Un jour
Mahmoud-Ben-Ahmed s'aperut qu'elle avait pleur, et lui en
demanda la cause:

O mon cher seigneur, je n'oserais jamais vous la dire:
moi, pauvre esclave recueillie par piti, je vous aime; mais
[15]que suis-je  vos yeux? je sais que vous avez form le voeu
de n'aimer qu'une pri ou qu'une sultane: d'autres se
contenteraient d'tre aims sincrement par un coeur
jeune et pur et ne s'inquiteraient pas de la fille du calife
ou de la reine des gnies: regardez-moi, j'ai eu quinze
[20]ans hier, je suis peut-tre aussi belle que cette Ayesha
dont vous parlez tout haut en rvant; il est vrai qu'on ne
voit pas briller sur mon front l'escarboucle magique, ou
l'aigrette de plume de hron; je ne marche pas accompagne
de soldats aux mousquets incrusts d'argent et de
[25]corail. Mais cependant je sais chanter, improviser sur la
guzla, je danse comme Emineh elle-mme, je suis pour
vous comme une soeur dvoue, que faut-il donc pour
toucher votre coeur?

Mahmoud-Ben-Ahmed, en entendant ainsi parler Leila,
[30]sentait son coeur se troubler; cependant il ne disait rien
et semblait en proie  une profonde mditation. Deux
rsolutions contraires se disputaient son me: d'une part,

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il lui en cotait de renoncer  son rve favori; de l'autre,
il se disait qu'il serait bien fou de s'attacher  une femme
qui s'tait joue de lui et l'avait quitt avec des paroles
railleuses, lorsqu'il avait dans sa maison, en jeunesse et
[5]en beaut, au moins l'quivalent de ce qu'il perdait.

Leila, comme attendant son arrt, se tenait agenouille,
et deux larmes coulaient silencieusement sur la figure ple
de la pauvre enfant.

Ah! pourquoi le sabre de Mesrour n'a-t-il pas achev
[10]ce qu'il avait commenc! dit-elle en portant la main 
son cou frle et blanc.

Touch de cet accent de douleur, Mahmoud-Ben-Ahmed
releva la jeune esclave et dposa un baiser sur son
front.

[15]Leila redressa la tte comme une colombe caresse, et,
se posant devant Mahmoud-Ben-Ahmed, lui prit les
mains, et lui dit:

Regardez-moi bien attentivement; ne trouvez-vous
pas que je ressemble fort  quelqu'un de votre
[20]connaissance?

Mahmoud-Ben-Ahmed ne put retenir un cri de surprise:

C'est la mme figure, les mmes yeux, tous les traits
en un mot de la princesse Ayesha. Comment se fait-il
que je n'aie pas remarqu cette ressemblance plus
[25]tt?

--Vous n'aviez jusqu' prsent laiss tomber sur votre
pauvre esclave qu'un regard fort distrait, rpondit Leila
d'un ton de douce raillerie.

--La princesse Ayesha elle-mme n'enverrait maintenant
[30]son noir  la robe de damas jaune, avec le slam
d'amour, que je refuserais de le suivre.

--Bien vrai? dit Leila d'une voix plus mlodieuse que

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celle de Bulbul faisant ses aveux  la rose bien-aime.
Cependant, il ne faudrait pas trop mpriser cette pauvre
Ayesha, qui me ressemble tant.

Pour toute rponse, M~oud-Ben-Ahmed pressa la
[5]jeune esclave sur son coeur. Mais quel fut son tonnement
lorsqu'il vit la figure de Leila s'illuminer, l'escarboucle
magique s'allumer sur son front, et des ailes, semes
d'yeux de paon, se dvelopper sur ses charmantes paules!
Leila tait une pri!

[10]Je ne suis, mon cher Mahmoud-Ben-Ahmed, ni la
princesse Ayesha, ni Leila l'esclave. Mon vritable nom
est Boudroulboudour. Je suis pri du premier ordre,
comme vous pouvez le voir par mon escarboucle et par
mes ailes. Un soir, passant dans l'air  ct de votre
[15]terrasse, je vous entendis mettre le voeu d'tre aim d'une
pri. Cette ambition me plut; les mortels ignorants,
grossiers et perdus dans les plaisirs terrestres, ne songent
pas  de si rares volupts. J'ai voulu vous prouver, et
j'ai pris le dguisement d'Ayesha et de Leila pour voir si
[20]vous sauriez me reconnatre et m'aimer sous cette
enveloppe humaine. Votre coeur a t plus clairvoyant que
votre esprit, et vous avez eu plus de bont que d'orgueil.
Le dvouement de l'esclave vous l'a fait prfrer  la
sultane; c'tait l que je vous attendais. Un moment
[25]sduite par la beaut de vos vers, j'ai t sur le point de
me trahir; mais j'avais peur que vous ne fussiez qu'un
pote amoureux seulement de votre imagination et de vos
rimes, et je me suis retire, affectant un ddain superbe.
Vous avez voulu pouser Leila l'esclave, Boudroulboudour
[20]la pri se charge de la remplacer. Je serai Leila pour tous,
et pri pour vous seul; car je veux votre bonheur, et le
monde ne vous pardonnerait pas de jouir d'une flicit

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suprieure  la sienne. Toute fe que je sois, c'est tout au
plus si je pourrais vous dfendre contre l'envie et la
mchancet des hommes.

Ces conditions furent acceptes avec transport par
[5]Mahmoud-Ben-Ahmed, et les noces furent faites comme
s'il et pous rellement la petite Leila.


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BALZAC

UN DRAME AU BORD DE LA MER

_A Madame la Princesse Caroline Gallitzin de Genthod
ne Comtesse Walewska

Hommage et souvenir de l'auteur_

Les jeunes gens ont presque tous un compas avec lequel
ils se plaisent  mesurer l'avenir; quand leur volont
s'accorde avec la hardiesse de l'angle qu'ils ouvrent, le
monde est  eux. Mais ce phnomne de la vie morale
[5]n'a lieu qu' un certain ge. Cet ge, qui, pour tous les
hommes, se trouve entre vingt-deux et vingt-huit ans, est
celui des grandes penses, l'ge des conceptions premires,
parce qu'il est l'ge des immenses dsirs, l'ge o l'on ne
doute de rien: qui dit doute, dit impuissance. Aprs cet
[10]ge rapide comme une semaison, vient celui de l'excution.
Il est en quelque sorte deux jeunesses, la jeunesse
durant laquelle on croit, la jeunesse pendant laquelle
on agit; souvent elles se confondent chez les hommes
que la nature a favoriss, et qui sont, comme Csar,
[15]Newton et Bonaparte, les plus grands parmi les grands
hommes.

Je mesurais ce qu'une pense veut de temps pour se
dvelopper; et, mon compas  la main, debout sur un
rocher,  cent toises au-dessus de l'Ocan, dont les lames
[20]se jouaient dans les brisants, j'arpentais mon avenir en le
meublant d'ouvrages, comme un ingnieur qui, sur un
terrain vide, trace des forteresses et des palais. La mer

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tait belle, je venais de m'habiller aprs avoir nag.
J'attendais Pauline, mon ange gardien, qui se baignait dans
une cuve granit pleine d'un sable fin, la plus coquette
baignoire que la nature ait dessine pour ses fes marines.
[5]Nous tions  l'extrmit du Croisic, une mignonne
presqu'le de la Bretagne; nous tions loin du port, dans un
endroit que le fisc a jug tellement inabordable, que le
douanier n'y passe presque jamais. Nager dans les airs
aprs avoir nag dans la mer! ah! qui n'aurait nag dans
[10]l'avenir? Pourquoi pensais-je? pourquoi vient un mal?
qui le sait? Les ides vous tombent au coeur ou  la tte
sans vous consulter. Nulle courtisane ne fut plus fantasque
ni plus imprieuse que ne l'est la conception pour les
artistes; il faut la prendre comme la fortune,  pleins
[15]cheveux, quand elle vient. Grimp sur ma pense comme
Astolphe sur son hippogriffe, je chevauchais donc  travers
le monde, en y disposant de tout  mon gr. Quand
je voulus chercher autour de moi quelque prsage pour
les audacieuses constructions que ma folle imagination me
[20]conseillait d'entreprendre, un joli cri, le cri d'une femme
qui sort d'un bain, ranime, joyeuse, domina le murmure
des franges incessamment mobiles que dessinaient le flux
et le reflux sur les dcoupures de la cte. En entendant
cette note jaillie de l'me, je crus avoir vu dans les
[25]rochers le pied d'un ange qui, dployant ses ailes, s'tait
cri:--Tu russiras! Je descendis, radieux, lger; je
descendis en bondissant comme un caillou jet sur une
pente rapide. Quand elle me vit, elle me dit:--Qu'as-tu?
Je ne rpondis pas, mes yeux se mouillrent. La
[30]veille, Pauline avait compris mes douleurs, comme elle
comprenait en ce moment mes joies, avec la sensibilit
magique d'une harpe qui obit aux variations de

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l'atmosphre. La vie humaine a de beaux moments! Nous
allmes en silence le long des grves. Le ciel tait sans
nuages, la mer tait sans rides; d'autres n'y eussent vu
que deux steppes bleus l'un sur l'autre; mais nous, nous
[5]qui nous entendions sans avoir besoin de la parole, nous
qui pouvions faire jouer entre ces deux langes de l'infini
les illusions avec lesquelles on se repat au jeune ge, nous
nous serrions la main au moindre changement que prsentaient,
soit la nappe d'eau, soit les nappes de l'air, car
[10]nous prenions ces lgers phnomnes pour des traductions
matrielles de notre double pense. Qui n'a pas savour
dans les plaisirs ce moment de joie illimite o l'me semble
s'tre dbarrasse des liens de la chair, et se trouver
comme rendue au monde d'o elle vient? Le plaisir n'est
[15]pas notre seul guide en ces rgions. N'est-il pas des heures
o les sentiments s'enlacent d'eux-mmes et s'y lancent,
comme souvent deux enfants se prennent par la main et se
mettent  courir sans savoir pourquoi? Nous allions ainsi.
Au moment o les toits de la ville apparurent  l'horizon
[20]en y traant une ligne gristre, nous rencontrmes
un pauvre pcheur qui retournait au Croisic; ses pieds
taient nus, son pantalon de toile tait dchiquet par le
bas, trou, mal raccommod: puis, il avait une chemise
de toile  voile, de mauvaises bretelles en lisire, et pour
[25]veste un haillon. Cette misre nous fit mal, comme si
c'et t quelque dissonance au milieu de nos harmonies.
Nous nous regardmes pour nous plaindre l'un  l'autre
de ne pas avoir en ce moment le pouvoir de puiser dans les
trsors d'Aboul-Casem. Nous apermes un superbe
[30]homard et une araigne de mer accrochs  une cordelette
que le pcheur balanait dans sa main droite, tandis
que de l'autre il maintenait ses agrs et ses engins. Nous

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l'accostmes, dans l'intention de lui acheter sa pche, ide
qui nous vint  tous deux et qui s'exprima dans un sourire
auquel je rpondis par une lgre pression du bras que je
tenais et que je ramenai prs de mon coeur. C'est de ces
[5]riens dont plus tard le souvenir fait des pomes, quand
auprs du feu nous nous rappelons l'heure o ce rien nous
a mus, le lieu o ce fut, et ce mirage dont les effets n'ont
pas encore t constats, mais qui s'exerce souvent sur les
objets qui nous entourent dans les moments o la vie est
[10]lgre et o nos coeurs sont pleins. Les sites les plus
beaux ne sont que ce que nous les faisons. Quel homme
un peu pote n'a dans ses souvenirs un quartier de roche
qui tient plus de place que n'en ont pris les plus clbres
aspects de pays cherchs  grands frais! Prs de ce
[15]rocher, de tumultueuses penses; l, toute une vie employe;
l, des craintes dissipes; l, des rayons d'esprance
sont descendus dans l'me. En ce moment, le soleil,
sympathisant avec ces penses d'amour ou d'avenir, a
jet sur les flancs fauves de cette roche une lueur ardente;
[20]quelques fleurs des montagnes attiraient l'attention; le
calme et le silence grandissaient cette anfractuosit sombre
en ralit, colore par le rveur; alors elle tait belle
avec ses maigres vgtations, ses camomilles chaudes, ses
cheveux de Vnus aux feuilles veloutes. Fte prolonge,
[25]dcorations magnifiques, heureuse exaltation des forces
humaines! Une fois dj le lac de Bienne, vu de l'le
Saint-Pierre, m'avait ainsi parl; le rocher du Croisic
sera peut-tre la dernire de ces joies. Mais alors, que
deviendra Pauline?

[30]--Vous avez fait une belle pche ce matin, mon brave
homme? dis-je au pcheur.

--Oui, monsieur, rpondit-il en s'arrtant et en nous

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montrant la figure bistre des gens qui restent pendant
des heures entires exposs  la rverbration du soleil
sur l'eau.

Ce visage annonait une longue rsignation, la patience
[5]du pcheur et ses moeurs douces. Cet homme avait une
voix sans rudesse, des lvres bonnes, nulle ambition, je ne
sais quoi de grle, de chtif. Toute autre physionomie
nous aurait dplu.

--O allez-vous vendre a?

[10]--A la ville.

--Combien vous payera-t-on le homard?

--Quinze sous.

--L'araigne?

--Vingt sous.

[15]--Pourquoi tant de diffrence entre le homard et
l'araigne?

--Monsieur, l'araigne (il la nommait _iraigne_) est bien
plus dlicate! puis, elle est maligne comme un smge, et se
laisse rarement prendre.

[20]--Voulez-vous nous donner le tout pour cent sous? dit
Pauline.

L'homme resta ptrifi.

--Vous ne l'aurez pas! dis-je en riant, j'en donne dix
francs. Il faut savoir payer les motions ce qu'elles valent.

[25]--Eh bien, rpondit-elle, je l'aurai! j'en donne dix
francs deux sous.

--Dix sous.

--Douze francs.

--Quinze francs.
[30]-Quinze francs cinquante centimes, dit-elle.

--Cent francs.

--Cent cinquante.

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Je m'inclinai. Nous n'tions pas en ce moment assez
riches pour pousser plus haut cette enchre. Notre pauvre
pcheur ne savait pas s'il devait se fcher d'une mystification
ou se livrer  la joie; nous le tirmes de peine en lui
[5]donnant le nom de notre htesse, et en lui recommandant
de porter chez elle le homard et l'araigne.

--Gagnez-vous votre vie? lui demandai-je, pour savoir
 quelle cause devait tre attribu son dnment.

--Avec bien de la peine et en souffrant bien des misres,
[10]me dit-il. La pche au bord de la mer, quand on n'a ni
barque ni filets, et qu'on ne peut la faire qu'aux engins ou
 la ligne, est un chanceux mtier. Voyez-vous, il faut y
attendre le poisson ou le coquillage, tandis que les grands
pcheurs vont le chercher en pleine mer. Il est si difficile
[15]de gagner sa vie ainsi, que je suis le seul qui pche 
la cte. Je passe des journes entires sans rien rapporter.
Pour attraper quelque chose, il faut qu'une iraigne
se soit oublie  dormir comme celle-ci, ou qu'un homard
soit assez tourdi pour rester dans les rochers. Quelquefois
[20]il y vient des lubines aprs la haute mer, alors je les
empoigne.

--Enfin, l'un portant l'autre, que gagnez-vous par jour?

--Onze  douze sous. Je m'en tirerais, si j'tais seul,
mais j'ai mon pre  nourrir, et le bonhomme ne peut pas
[25]m'aider, il est aveugle.

A cette phrase, prononce simplement, nous nous regardmes,
Pauline et moi, sans mot dire.

--Vous avez une femme ou quelque bonne amie?

Il nous jeta l'un des plus dplorables regards que j'aie
[30]vus, en rpondant:--Si j'avais une femme, il faudrait
donc abandonner mon pre; je ne pourrais pas le nourrir
et nourrir encore une femme et des enfants.

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~-Eh bien! mon pauvre garon, comment ne cherchez-vous
pas  gagner davantage en portant du sel sur le port
ou en travaillant aux marais salants?

--Ah! monsieur, je ne ferais pas ce mtier pendant
[5]trois mois. Je ne suis pas assez fort, et si je mourais, mon
pre serait  la mendicit. Il me fallait un mtier qui ne
voult qu'un peu d'adresse et beaucoup de patience.

--Eh comment deux personnes peuvent-elles vivre
avec douze sous par jour?

[10]-Oh! monsieur, nous mangeons des galettes de sarrasin
et des bernicles que je dtache des rochers.

~ Quel ge avez-vous donc?

~ Trente-sept ans.

~ tes-vous sorti d'ici?

[15]~ Je suis all une fois  Gurande pour tirer  la milice,
et suis all  Savenay pour me faire voir  des messieurs
qui m'ont mesur. Si j'avais eu un pouce de plus, j'tais
soldat. Je serais crev  la premire fatigue, et mon
pauvre pre demanderait aujourd'hui la charit.

[20]J'avais bien pens des drames; Pauline tait habitue 
de grandes motions, prs d'un homme souffrant comme
je le suis; eh bien! jamais, ni l'un ni l'autre, nous n'avions
entendu de paroles plus mouvantes que ne l'taient celles
de ce pcheur. Nous fmes quelques pas en silence, mesurant
[25]tous deux la profondeur muette de cette vie inconnue,
admirant la noblesse de ce dvouement qui s'ignorait lui-mme;
la force de cette faiblesse nous tonna; cette insoucieuse
gnrosit nous rapetissa. Je voyais ce pauvre
tre tout instinctif riv sur ce rocher comme un galrien
[30]l'est  son boulet, y guettant depuis vingt ans des coquillages
pour gagner sa vie, et soutenu dans sa patience par
un seul sentiment. Combien d'heures consumes au coin

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d'une grve! Combien d'esprances renverses par un
grain, par un changement de temps! il restait suspendu
au bord d'une table de granit, le bras tendu comme celui
d'un faquir de l'Inde, tandis que son pre, assis sur une
[5]escabelle, attendait, dans le silence et les tnbres, le plus
grossier des coquillages, et du pain, si le voulait la mer.

--Buvez-vous quelquefois du vin? lui demandai-je.

--Trois ou quatre fois par an.

--Eh bien! vous en boirez aujourd'hui, vous et votre
[10]pre, et nous vous enverrons un pain blanc.

--Vous tes bien bon, monsieur.

--Nous vous donnerons  dner si vous voulez nous conduire
par le bord de la mer jusqu' Batz, o nous irons
voir la tour qui domine le bassin et les ctes entre Batz
[15]et le Croisic.

--Avec plaisir, nous dit-il. Allez droit devant vous,
en suivant le chemin dans lequel vous tes, je vous y
retrouverai aprs m'tre dbarrass de mes agrs et de ma
pche.

[20]Nous fmes un mme signe de consentement, et il
s'lana joyeusement vers la ville. Cette rencontre nous
maintint dans la situation morale o nous tions, mais
elle en avait affaibli la gaiet.

--Pauvre homme, me dit Pauline avec cet accent qui
[25]te  la compassion d'une femme ce que la piti peut
avoir de blessant, n'a-t-on pas honte de se trouver heureux
en voyant cette misre?

--Rien n'est plus cruel que d'avoir des dsirs impuissants,
lui rpondis-je. Ces deux pauvres tres, le pre et
[30]le fils, ne sauront pas plus combien ont t vives nos
sympathies que le monde ne sait combien leur vie est belle,
car ils amassent des trsors dans le ciel.

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~-Le pauvre pays! dit-elle en me montrant le long
d'un champ environn d'un mur  pierres sches, des
bouses de vache appliques symtriquement. J'ai demand
ce que c'tait que cela. Une paysanne, occupe
[5] les coller, m'a rpondu qu'elle _faisait du bois_.
Imaginez-vous, mon ami, que, quand ces bouses sont sches,
ces pauvres gens les rcoltent, les entassent et s'en chauffent.
Pendant l'hiver, on les vend comme on vend des
mottes de tan. Enfin, que crois-tu que gagne la couturire
[10]la plus chrement paye? Cinq sous par jour, dit-elle
aprs une pause; mais on la nourrit.

--Vois, lui dis-je, les vents de mer desschent ou renversent
tout, il n'y a point d'arbres; les dbris des embarcations
hors de service se vendent aux riches, car le
[15]prix des transports les empche sans doute de consommer
le bois de chauffage dont abonde la Bretagne Ce pays
n'est beau que pour les grandes ames; les gens sans coeur
n'y vivraient pas; il ne peut tre habit que par des
potes ou par des bernicles. N'a-t-il pas fallu que l'entrept
[20]du sel se plat sur ce rocher pour qu'il ft habit?
D'un ct, la mer; ici des sables; en haut, l'espace.

Nous avions dj dpass la ville, et nous tions dans
l'espce de dsert qui spare le Croisic du bourg de Batz.
Figurez-vous, mon cher oncle, une lande de deux lieues
[25]remplie par le sable luisant qui se trouve au bord de la
mer.  et l quelques rochers y levaient leurs ttes, et
vous eussiez dit des animaux gigantesques couchs dans
les dunes. Le long de la mer apparaissaient quelques
rcifs autour desquels se jouait l'eau, en leur donnant
[30]l'apparence de grandes roses blanches flottant sur l'tendue
liquide et venant se poser sur le rivage. En voyant
cette savane termine par l'Ocan sur la droite, borde

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sur la gauche par le grand lac que fait l'irruption de la
mer entre le Croisic et les hauteurs sablonneuses de Gurande,
au bas desquelles se trouvent des marais salants
dnus de vgtation, je regardai Pauline en lui demandant
[5]si elle se sentait le courage d'affronter les ardeurs
du soleil et la force de marcher dans le sable.

--J'ai des brodequins, allons-y, me dit-elle en me montrant
la tour de Batz qui arrtait la vue par une construction
place l comme une pyramide, mais une pyramide
[10]fusele, dcoupe, une pyramide si potiquement orne,
qu'elle permettait  l'imagination d'y voir la premire
des ruines d'une grande ville asiatique. Nous fmes
quelques pas pour aller nous asseoir sur la portion d'une
roche qui se trouvait encore ombre; mais il tait onze
[15]heures du matin, et cette ombre, qui cessait  nos pieds,
s'effaait avec rapidit.

--Combien ce silence est beau, me dit-elle, et comme
la profondeur en est tendue par le retour gal du
frmissement de la mer sur cette plage.

[20]--Si tu veux livrer ton entendement aux trois immensits
qui nous entourent, l'eau, l'air et les sables, en
coutant exclusivement le son rpt du flux et du reflux,
lui rpondis-je, tu n'en supporteras pas le langage, tu
croiras y dcouvrir une pense qui t'accablera. Hier,
[25]au coucher du soleil, j'ai eu cette sensation; elle m'a
bris.

--Oh! oui, parlons, dit-elle aprs une longue pause.
Aucun orateur n'est plus terrible. Je crois dcouvrir les
causes des harmonies qui nous environnent, reprit-elle.
[30]Ce paysage, qui n'a que trois couleurs tranches, le jaune
brillant des sables, l'azur du ciel et le vert uni de la mer,
est grand sans tre sauvage, il est immense, sans tre

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dsert; il est monotone, sans tre fatigant; il n'a que trois
lments, il est vari.

--Les femmes seules savent rendre ainsi leurs impressions,
rpondis-je, tu serais dsesprante pour un pote,
[5]chre me que j'ai si bien devine!

--L'excessive chaleur du midi jette  ces trois expressions
de l'infini une couleur dvorante, reprit Pauline en
riant. Je conois ici les posies et les passions de l'Orient.

--Et moi, j'y conois le dsespoir.

[10]--Oui, dit-elle, cette dune est un clotre sublime.

Nous entendmes le pas press de notre guide; il s'tait
endimanch. Nous lui adressmes quelques paroles insignifiantes;
il crut voir que nos dispositions d'me avaient
chang; et, avec cette rserve que donne le malheur, il
[15]garda le silence. Quoique nous nous pressassions de
temps en temps la main pour nous avertir de la mutualit
de nos ides et de nos impressions, nous marchmes pendant
une demi-heure en silence, soit que nous fussions
accabls par la chaleur qui s'lanait en ondes brillantes
[20]du milieu des sables, soit que la difficult de la marche
employt notre attention. Nous allions en nous tenant
par la main, comme deux enfants; nous n'eussions pas
fait douze pas si nous nous tions donn le bras. Le
chemin qui mne au bourg de Batz n'tait pas trac; il
[25]suffisait d'un coup de vent pour effacer les marques que
laissaient les pieds de chevaux ou les jantes de charrette;
mais l'oeil exerc de notre guide reconnaissait  quelques
fientes de bestiaux,  quelques parcelles de crottin, ce
chemin qui tantt descendait vers la mer, tantt remontait
[30]vers les terres, au gr des pentes, ou pour tourner des
rochers. A midi, nous n'tions qu' mi-chemin.

--Nous nous reposerons l-bas, dis-je en montrant le

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promontoire compos de rochers assez levs pour faire
supposer que nous y trouverions une grotte.

En m'entendant, le pcheur, qui avait suivi la direction
de mon doigt, hocha la tte, et me dit:--Il y a l quelqu'un.
[5]Ceux qui viennent du bourg de Batz au Croisic,
ou du Croisic au bourg de Batz, font tous un dtour pour
n'y point passer.

Les paroles de cet homme furent dites  voix basse, et
supposaient un mystre.

[10]--Est-ce donc un voleur, un assassin?

Notre guide ne nous rpondit que par une aspiration
creuse qui redoubla notre curiosit.

--Mais, si nous y passons, nous arrivera-t-il quelque
malheur?

[15]--Oh! non.

--Y passerez-vous avec nous?

--Non, monsieur.

--Nous irons donc, si vous nous assurez qu'il n'y a nul
danger pour nous.

[20]--Je ne dis pas cela, rpondit vivement le pcheur. Je
dis seulement que celui qui s'y trouve ne vous dira rien
et ne vous fera aucun mal. Oh! mon Dieu, il ne bougera
seulement pas de sa place.

--Qui est-ce donc?

[25]--Un homme!

Jamais deux syllabes ne furent prononces d'une faon
si tragique. En ce moment, nous tions  une vingtaine
de pas de ce rcif dans lequel se jouait la mer; notre
guide prit le chemin qui entourait les rochers; nous continumes
[30]droit devant nous; mais Pauline me prit le bras.
Notre guide hta le pas, afin de se trouver en mme temp
que nous  l'endroit o les deux chemins se rejoignaient.

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Il supposait sans doute qu'aprs avoir vu l'homme, nous
irions d'un pas press. Cette circonstance alluma notre
curiosit, qui devint alors si vive, que nos coeurs palpitrent
comme si nous eussions prouv un sentiment de
[5]peur. Malgr la chaleur du jour et l'espce de fatigue que
nous causait la marche dans les sables, nos mes taient
encore livres  la mollesse indicible d'une merveilleuse
extase; elles taient pleines de ce plaisir pur qu'on ne
saurait peindre qu'en le comparant  celui qu'on ressent
[10]en coutant quelque dlicieuse musique, l'_andiamo mio
ben_ de Mozart. Deux sentiments purs qui se confondent,
ne sont-ils pas comme deux belles voix qui chantent? Pour
pouvoir bien apprcier l'motion qui vint nous saisir, il
faut donc partager l'tat  demi voluptueux dans lequel
[15]nous avaient plongs les vnements de cette matine.
Admirez pendant longtemps une tourterelle aux jolies
couleurs, pose sur un souple rameau, prs d'une source,
vous jetterez un cri de douleur en voyant tomber sur elle
un mouchet qui lui enfonce ses griffes d'acier jusqu'au
[20]coeur et l'emporte avec la rapidit meurtrire que la poudre
communique au boulet. Quand nous emes fait un pas
dans l'espace qui se trouvait devant la grotte, espce
d'esplanade situe  cent pieds au-dessus de l'Ocan, et
dfendue contre ses fureurs par une cascade de rochers
[25]abruptes, nous prouvmes un frmissement lectrique
assez semblable au sursaut que cause un bruit soudain
au milieu d'une nuit silencieuse. Nous avions vu, sur un
quartier de granit, un homme assis qui nous avait regards.
Son coup d'oeil, semblable  la flamme d'un
[30]canon, sortit de deux yeux ensanglants, et son immobilit
stoque ne pouvait se comparer qu' l'inaltrable
attitude des piles granitiques qui l'environnaient. Ses

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yeux se remurent par un mouvement lent, son corps demeura
fixe, comme s'il et t ptrifi; puis, aprs nous
avoir jet ce regard qui nous frappa violemment, il reporta
ses yeux sur l'tendue de l'Ocan, et la contempla
[5]malgr la lumire qui en jaillissait, comme on dit que les
aigles contemplent le soleil, sans baisser ses paupires, qu'il
ne releva plus. Cherchez  vous rappeler, mon cher oncle,
une de ces vieilles truisses de chne, dont le tronc noueux,
branch de la veille, s'lve fantastiquement sur un
[10]chemin dsert, et vous aurez une image vraie de cet homme.
C'tait des formes herculennes ruines, un visage de
Jupiter Olympien, mais dtruit par l'ge, par les rudes
travaux de la mer, par le chagrin, par une nourriture grossire,
et comme noirci par un clat de foudre. En voyant
[15]ses mains poilues et dures, j'aperus des nerfs qui ressemblaient
 des veines de fer. D'ailleurs, tout en lui dnotait
une constitution vigoureuse. Je remarquai dans un
coin de la grotte une assez grande quantit de mousse, et
sur une grossire tablette taille par le hasard au milieu
[20]du granit, un pain rond cass qui couvrait une cruche de
grs. Jamais mon imagination, quand elle me reportait
vers les dserts o vcurent les premiers anachortes de
la chrtient, ne m'avait dessin de figure plus grandement
religieuse ni plus horriblement repentante que l'tait celle
[25]de cet homme. Vous qui avez pratiqu le confessionnal,
mon cher oncle, vous n'avez jamais peut-tre vu un si
beau remords, mais ce remords tait noy dans les ondes
de la prire, la prire continue d'un muet dsespoir. Ce
pcheur, ce marin, ce Breton grossier tait sublime par
[30]un sentiment inconnu. Mais ces yeux avaient-ils pleur?
Cette main de statue bauche avait-elle frapp? Ce
front rude, empreint de probit farouche, et sur lequel la

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force avait nanmoins laiss 1es vestiges de cette douceur
qui est l'apanage de toute force vraie, ce front sillonn de
rides, tait-il en harmonie avec un grand coeur? Pourquoi
cet homme dans le granit? Pourquoi le granit dans cet
[5]homme? O tait l'homme, o tait le granit? Il nous
tomba tout un monde de penses dans la tte. Comme
l'avait suppos notre guide, nous passmes en silence,
promptement, et il nous revit mus de terreur ou saisis
d'tonnement, mais il ne s'arma point contre nous de la
[10]ralit de ses prdictions.

--Vous l'avez vu? dit-il.

--Quel est cet homme? dis-je.

--On l'appelle l'_Homme au voeu_.

Vous figurez~vous bien  ce mot le mouvement par
[15]lequel nos deux ttes se tournrent vers notre pcheur!
C'tait un homme simple; il comprit notre muette interrogation,
et voici ce qu'il nous dit dans son langage,
auquel je tche de conserver son allure populaire.

--Madame, ceux du Croisic, comme ceux de Batz,
[20]croient que cet homme est coupable de quelque chose, et
fait une pnitence ordonne par un fameux recteur auquel
il est all se confesser plus loin que Nantes. D'autres
croient que Cambremer, c'est son nom, a une mauvaise
chance qu'il communique  qui passe sous son air. Aussi
[25]plusieurs, avant de tourner sa roche, regardent-ils d'o
vient le vent! S'il est de galerne, dit-il en nous montrant
l'ouest, ils ne continueraient pas leur chemin quand il
s'agirait d'aller qurir un morceau de la vraie croix; ils
retournent, ils ont peur. D'autres, les riches du Croisic,
[30]disent que Cambremer a fait un voeu, d'o son nom
l'_Homme au voeu_. Il est l nuit et jour, sans en sortir.
Ces dires ont une apparence de raison. Voyez-vous, dit-il

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en se retournant pour nous montrer une chose que nous
n'avions pas remarque, il a plant l,  gauche, une
croix de bois pour annoncer qu'il s'est mis sous la protection
de Dieu, de la sainte Vierge et des saints. Il ne se
[5]serait pas sacr comme a, que la frayeur qu'il donne au
monde fait qu'il est l en sret comme s'il tait gard par
de la troupe. Il n'a pas dit un mot depuis qu'il s'est enferm
en plein air; il se nourrit de pain et d'eau que lui
apporte tous les matins la fille de son frre, une petite
[10]tronquette de douze ans,  laquelle il a laiss ses biens, et
qu'est une jolie crature douce comme un agneau, une
bien mignonne fille, bien plaisante. Elle vous a, dit-il en
montrant son pouce, des yeux bleus _longs comme a_, sous
une chevelure de chrubin. Quand on lui demande: Dis
[15]donc, Protte?... (a veut dire chez nous Pierrette, fit-il
en s'interrompant; elle est voue  saint Pierre; Cambremer
s'appelle Pierre, il a t son parrain). Dis donc, Protte,
reprit-il qu qui te dit ton oncle?--Il ne me dit rin,
qu'elle rpond, rin du tout, rin.--Eh bien! qu qu'il te
[20]fait?--Il m'embrasse au front le dimanche.--Tu n'en
as pas peur?--Ah ben! qu'a dit, il est mon parrain. Il
n'a pas voulu d'autre personne pour lui apporter  manger.
Protte prtend qu'il sourit quand elle vient, mais
autant dire un rayon de soleil dans la brouine, car on dit
[25]qu'il est nuageux comme un brouillard.

--Mais, lui dis-je, vous excitez notre curiosit sans la
satisfaire. Savez-vous ce qui l'a conduit l? Est-ce le
chagrin? est-ce le repentir? est-ce une manie? est-ce un
crime? est-ce...

[30]--Eh, monsieur, il n'y a gure que mon pre et moi qui
sachions la vrit de la chose. Dfunt ma mre servait un
homme de justice  qui Cambremer a tout dit par ordre

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du prtre qui ne lui a donn l'absolution qu' cette
condition-l,  entendre les gens du port. Ma pauvre
mre a entendu Cambremer sans le vouloir, parce que
la cuisine du justicier tait  ct de sa salle; elle a cout!
[5]Elle est morte; le juge qu'a cout est dfunt aussi. Ma
mre nous a fait promettre,  mon pre et  moi, de n'en
rin affrer aux gens du pays; mais je puis vous dire  vous
que le soir o ma mre nous a racont a, les cheveux me
grsillaient dans la tte.

[10]--Eh bien, dis-nous a, mon garon, nous n'en parlerons
 personne.

Le pcheur nous regarda, et continua ainsi:--Pierre
Cambremer, que vous avez vu l, est l'an des Cambremer,
qui de pre en fils sont marins; leur nom le dit, la mer a
[15]toujours pli sous eux. Celui que vous avez vu s'tait
fait pcheur  bateaux. Il avait donc des barques, allait
pcher la sardine, il pchait aussi le haut poisson, pour
les marchands. Il aurait arm un btiment et pch la
morue, s'il n'avait pas tant aim sa femme, qui tait une
[20]belle femme, une Brouin de Gurande, une fille superbe,
et qui avait bon coeur. Elle aimait tant Cambremer,
qu'elle n'a jamais voulu que son homme la quittt plus
du temps ncessaire  la pche aux sardines. Ils demeuraient
l-bas, tenez! dit le pcheur en montant sur une
[25]minence pour nous montrer un lot dans la petite
mditerrane qui se trouve entre les dunes o nous marchions
et les marais salants de Gurande, voyez~vous cette
maison? Elle tait  lui. Jacquette Brouin et Cambremer
n'ont eu qu'un enfant, un garon qu'ils ont aim... comme
[30]quoi dirai-je? dame! comme on aime un enfant unique;
ils en taient fous. Leur petit Jacques aurait fait, sous
votre respect, dans la marmite qu'ils auraient trouv que

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c'tait du sucre. Combien donc que nous les avons vus
de fois,  la fore, acheter les plus belles breloques pour
lui! C'tait de la draison, tout le monde le leur disait.
Le petit Cambremer, voyant que tout lui tait permis, est
[5]devenu mchant comme un ne rouge. Quand on venait
dire au pre Cambremer:--Votre fils a manqu tuer le
petit un tel! il riait et disait:--Bah! ce sera un fier
marin! il commandera les flottes du roi. Un
autre:--Pierre Cambremer, savez-vous que votre gars a crev
[10]l'oeil de la petite Pougaud?--Il aimera les filles! disait
Pierre. Il trouvait tout bon. Alors mon petit mtin, 
dix ans, battait tout le monde et s'amusait  couper le cou
aux poules, il ventrait les cochons, enfin il se roulait dans
le sang comme une fouine.--Ce sera un fameux soldat!
[15]disait Cambremer, il a got au sang. Voyez-vous, moi,
je me suis souvenu de tout a, dit le pcheur. Et Cambremer
aussi, ajouta-t-il aprs une pause. A quinze ou
seize ans, Jacques Cambremer tait... quoi? un requin.
Il allait s'amuser  Gurande, ou faire le joli coeur 
[20]Savenay. Fallait des espces. Alors il se mit  voler
sa mre, qui n'osait en rien dire  son mari. Cambremer
tait un homme probe  faire vingt lieues pour rendre 
quelqu'un deux sous qu'on lui aurait donn de trop dans
un compte. Enfin, un jour la mre fut dpouille de tout.
[25]Pendant une pche de son pre, le fils emporta le buffet,
la mette, les draps, le linge, ne laissa que les quatre murs,
il avait tout vendu pour aller faire ses frigousses  Nantes.
La pauvre femme en a pleur pendant des jours et des
nuits. Fallait dire a au pre  son retour, elle craignait
[30]le pre, pas pour elle, allez! Quand Pierre Cambremer
revint, qu'il vit sa maison garnie des meubles que l'on
avait prts  sa femme, il dit:--Qu'est-ce que c'est que

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a? La pauvre femme tait plus morte que vive, elle dit:
--Nous avons t vols.--O donc est Jacques?
Jacques, il est en riole! Personne ne savait o le drle tait
all.--Il s'amuse trop! dit Pierre. Six mois aprs, le
[5]pauvre pre sut que son fils allait tre pris par la justice 
Nantes. Il fait la route  pied, y va plus vite que par mer,
met la main sur son fils et l'amne ici. Il ne lui demande
pas:--Qu'as-tu fait? Il lui dit:--Si tu ne te tiens pas sage
pendant deux ans ici avec ta mre et avec moi, allant 
[10]la pche et te conduisant comme un honnte homme, tu
auras affaire  moi. L'enrag, comptant sur la btise de
ses pre et mre, lui a fait grimace. Pierre, l-dessus, lui
flanque une mornifle qui vous a mis Jacques au lit pour
six mois. La pauvre mre se mourait de chagrin. Un
[15]soir, elle dormait paisiblement  ct de son mari, elle
entend du bruit, se lve, elle reoit un coup de couteau
dans le bras. Elle crie, on cherche de la lumire. Pierre
Cambremer voit sa femme blesse; il croit que c'est un
voleur, comme s'il y en avait dans notre pays, o l'on
[20]peut porter sans crainte dix mille francs en or, du Croisic
 Saint-Nazaire, sans avoir  s'entendre demander ce
qu'on a sous le bras. Pierre cherche Jacques, il ne trouve
point son fils. Le matin, ce monstre-l n'avait-il pas eu
le front de revenir en disant qu'il tait all  Batz. Faut
[25]vous dire que sa mre ne savait o cacher son argent.
Cambremer, lui, mettait le sien chez monsieur Dupotet
du Croisic. Les folies de leur fils leur avaient mang des
cent cus, des cent francs, des louis d'or, ils taient
quasiment ruins, et c'tait dur pour des gens qui avaient aux
[30]environs de douze mille livres, compris leur lot. Personne
ne sait ce que Cambremer a donn  Nantes pour
ravoir son fils. Le guignon ravageait la famille. Il tait

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arriv des malheurs au frre de Cambremer, qui avait
besoin de secours. Pierre lui disait pour le consoler que
Jacques et Protte (la fille au cadet Cambremer) se marieraient.
Puis, pour lui faire gagner son pain, il l'employait
[5] la pche; car Joseph Cambremer en tait rduit  vivre
de son travail. Sa femme avait pri de la fivre, il fallait
payer les mois de nourrice de Protte. La femme de
Pierre Cambremer devait une somme de cent francs 
diverses personnes pour cette petite, du linge, des hardes,
[10]et deux ou trois mois  la grande Frelu qu'avait un enfant
de Simon Gaudry et qui nourrissait Protte. La Cambremer
avait cousu une pice d'Espagne dans la laine de
son matelas, en mettant dessus: A Protte. Elle avait
reu beaucoup d'ducation, elle crivait comme un greffier,
[15]et avait appris  lire  son fils, c'est ce qui l'a perdu.
Personne n'a su comment a s'est fait, mais ce gredin de
Jacques avait flair l'or, l'avait pris et tait all riboter
au Croisic. Le bonhomme Cambremer, par un fait exprs,
revenait avec sa barque chez lui. En abordant il voit
[20]flotter un bout de papier, le prend, l'apporte  sa femme
qui tombe  la renverse en reconnaissant ses propres
paroles crites. Cambremer ne dit rien, va au Croisic,
apprend l que son fils est au billard; pour lors, il fait
demander la bonne femme qui tient le caf, et lui dit:
[25]--J'avais dit  Jacques de ne pas se servir d'une pice
d'or avec quoi il vous payera; rendez-la-moi, j'attendrai
sur la porte, et vous donnerai de l'argent blanc pour. La
bonne femme lui apporta la pice. Cambremer la prend
en disant: --Bon! et revint chez lui. Toute la ville a su
[30]cela. Mais voil ce que je sais et ce dont les autres ne
font que de se douter en gros. Il dit  sa femme d'approprier
leur chambre qu'est en bas; il fait du feu dans la

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chemine, allume deux chandelles, place deux chaises
d'un ct de l'tre, et met de l'autre ct un escabeau.
Puis dit  sa femme de lui apprter ses habits de noces, en
lui commandant de pouiller les siens. Il s'habille. Quand
[5]il est vtu, il va chercher son frre, et lui dit de faire le
guet devant la maison pour l'avertir s'il entendait du
bruit sur les deux grves, celle-ci et celle des marais de
Gurande. Il rentre quand il juge que sa femme est
habille, il charge un fusil et le cache dans le coin de la
[10]chemine. Voil Jacques qui revient; il revient tard; il
avait bu et jou jusqu' dix heures; il s'tait fait passer 
la pointe de Camouf. Son oncle l'entend hler, va le
chercher sur la grve des marais, et le passe sans rien dire.
Quand il entre, son pre lui dit:--Assieds-toi l, en lui
[15]montrant l'escabeau. Tu es, dit-il, devant ton pre et
ta mre que tu as offenss, et qui ont  te juger. Jacques
se mit  beugler, parce que la figure de Cambremer tait
tortille d'une singulire manire. La mre tait raide
comme une rame.--Si tu cries, si tu bouges, si tu ne te
[20]tiens pas comme un mt sur ton escabeau, dit Pierre en
l'ajustant avec son fusil, je te tue comme un chien. Le
fils devint muet comme un poisson; la mre n'a rien dit.
--Voil, dit Pierre  son fils, un papier qui enveloppait
une pice d'or espagnole; la pice d'or tait dans le lit de
[25]ta mre; ta mre seule savait l'endroit o elle l'avait mise;
j'ai trouv le papier sur l'eau en abordant ici; tu viens de
donner ce soir cette pice d'or espagnole  la mre Fleurant,
et ta mre n'a plus vu sa pice dans son lit. Explique-toi.
Jacques dit qu'il n'avait pas pris la pice de sa mre,
[30]et que cette pice lui tait reste de Nantes.--Tant mieux,
dit Pierre. Comment peux-tu nous prouver cela?--Je
l'avais.--Tu n'as pas pris celle de ta mre--Non.--

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Peux-tu le jurer sur ta vie ternelle? Il allait le jurer; sa
mre leva les yeux sur lui et lui dit:--Jacques, mon
enfant, prends garde, ne jure pas si ce n'est vrai; tu peux
t'amender, te repentir; il est temps encore. Et elle pleura.
[5]--Vous tes une ci et une a, lui dit-il, qu'avez toujours
voulu ma perte. Cambremer plit et dit:--Ce que tu
viens de dire  ta mre grossira ton compte. Allons au
fait! Jures-tu?--Oui.--Tiens, dit-il, y avait-il sur ta pice
cette croix que le marchand de sardines qui me l'a donne
[10]avait faite sur la ntre? Jacques se dgrisa et pleura.
Assez caus, dit Pierre. Je ne te parle pas de ce que tu as
fait avant cela, je ne veux pas qu'un Cambremer soit fait
mourir sur la place du Croisic. Fais tes prires, et dpchons-nous!
Il va venir un prtre pour te confesser. La
[15]mre tait sortie, pour ne pas entendre condamner son
fils. Quand elle fut dehors, Cambremer l'oncle vint avec
le recteur de Piriac, auquel Jacques ne voulut rien dire.
Il tait malin, il connaissait assez son pre pour savoir
qu'il ne le tuerait pas sans confession.--Merci, excusez-nous,
[20]monsieur, dit Cambremer au prtre, quand il vit
l'obstination de Jacques. Je voulais donner une leon 
mon fils et vous prier de n'en rien dire.--Toi, dit-il 
Jacques, si tu ne t'amendes pas, la premire fois ce sera
pour de bon, et j'en finirai sans confession. Il l'envoya se
[25]coucher. L'enfant crut cela et s'imagina qu'il pourrait se
remettre avec son pre. Il dormit. Le pre veilla. Quand
il vit son fils au fin fond de son sommeil, il lui couvrit la
bouche avec du chanvre, la lui banda avec un chiffon de
voile bien serr; puis il lui lia les mains et les pieds. Il
[30]rageait, il pleurait du sang, disait Cambremer au justicier.
Que voulez-vous! la mre se jeta aux pieds du pre.--Il
est jug, dit-il, tu vas m'aider  le mettre dans la barque.

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Elle s'y refusa. Cambremer l'y mit tout seul, l'y assujettit
au fond, lui mit une pierre au cou, sortit du bassin, gagna
la mer, et vint  la hauteur de la roche o il est. Pour
lors, la pauvre mre, qui s'tait fait passer ici par son
[5]beau-frre, eut beau crier _Grce!_ a servit comme une
pierre  un loup. Il y avait de la lune, elle a vu le pre
jetant  la mer son fils qui lui tenait encore aux entrailles,
et comme il n'y avait pas d'air elle a entendu blouf! puis
rin, ni trace, ni bouillon; la mer est d'une fameuse garde,
[10]allez! En abordant l pour faire taire sa femme qui
gmissait, Cambremer la trouva quasi morte; il fut impossible
aux deux frres de la porter, il a fallu la mettre dans
la barque qui venait de servir au fils, et ils l'ont ramene
chez elle en faisant le tour par la passe du Croisic. Ah!
[15]ben, la belle Brouin, comme on l'appelait, n'a pas dur
huit jours; elle est morte en demandant  son mari de
brler la damne barque. Oh! il l'a fait. Lui, il est devenu
tout chose, il savait plus ce qu'il voulait; il fringalait en
marchant comme un homme qui ne peut pas porter le vin.
[20]Puis, il a fait un voyage de dix jours et est revenu se
mettre o vous l'avez vu, et, depuis qu'il y est, il n'a pas
dit une parole.

Le pcheur ne mit qu'un moment  nous raconter cette
histoire et nous la dit plus simplement encore que je ne
[25]l'cris. Les gens du peuple font peu de rflexions en
contant, ils accusent le fait qui les a frapps, et le traduisent
comme ils le sentent. Ce rcit fut aussi aigrement incisif
que l'est un coup de hache.

--Je n'irai pas  Batz, dit Pauline en arrivant au contour
[30]suprieur du lac. Nous revnmes au Croisic par les
marais salants, dans le ddale desquels nous conduisit le
pcheur, devenu comme nous silencieux. La disposition

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de nos mes tait change. Nous tions tous deux plongs
en de funestes rflexions, attrists par ce drame qui
expliquait le rapide pressentiment que nous en avions eu 
l'aspect de Cambremer. Nous avions l'un et l'autre assez
[5]de connaissance du monde pour deviner de cette triple
vie tout ce que nous en avait tu notre guide. Les malheurs
de ces trois tres se reproduisaient devant nous comme si
nous les avions vus dans les tableaux d'un drame que ce
pre couronnait en expiant son crime ncessaire. Nous
[10]n'osions regarder la roche o tait l'homme fatal qui
faisait peur  toute une contre. Quelques nuages embrumaient
le ciel; des vapeurs s'levaient  l'horizon, nous
marchions au milieu de la nature la plus crement sombre
que j'aie jamais rencontre. Nous foulions une nature qui
[15]semblait souffrante, maladive, des marais salants, qu'on
peut  bon droit nommer les crouelles de la terre. L, le
sol est divis en carrs ingaux de forme, tous encaisss par
d'normes talus de terre grise, tous pleins d'une eau
saumtre,  la surface de laquelle arrive le sel. Ces
[20]ravins, faits  main d'homme, sont intrieurement
partags en plates-bandes, le long desquelles marchent des
ouvriers arms de longs rteaux,  l'aide desquels ils
crment cette saumure, et amnent sur des plates-formes
rondes pratiques de distance en distance ce sel quand il
[25]est bon  mettre en mulons. Nous ctoymes pendant
deux heures ce triste damier, o le sel touffe par son
abondance la vgtation, et o nous n'apercevions de
loin en loin que quelques paludiers, nom donn  ceux qui
cultivent le sel. Ces hommes, ou plutt ce clan de Bretons
[30]porte un costume spcial, une jaquette blanche assez
semblable  celle des brasseurs. Ils se marient entre eux.
Il n'y a pas d'exemple qu'une fille de cette tribu ait pous

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un autre homme qu'un paludier. L'horrible aspect de ces
marcages, dont la boue tait symtriquement ratisse,
et cette terre grise dont a horreur la Flore bretonne,
s'harmonisaient avec le deuil de notre me. Quand nous
[5]arrivmes  l'endroit o l'on passe le bras de mer form
par l'irruption des eaux dans ce fond, et qui sert sans
doute  alimenter les marais salants, nous apermes avec
plaisir les maigres vgtations qui garnissent les sables de
la plage. Dans la traverse, nous apermes au milieu
[10]du lac l'le o demeurent les Cambremer; nous dtournmes
la tte.

En arrivant  notre htel, nous remarqumes un billard
dans une salle basse, et quand nous apprmes que c'tait
le seul billard public qu'il y et au Croisic, nous fmes nos
[15]apprts de dpart pendant la nuit; le lendemain, nous
tions  Gurande. Pauline tait encore triste, et moi je
ressentais dj les approches de cette flamme qui me brle
le cerveau. J'tais si cruellement tourment par les
visions que j'avais de ces trois existences, qu'elle me dit:

[20]--Louis, cris cela, tu donneras le change  la nature de
cette fivre.

Je vous ai donc crit cette aventure, mon cher oncle;
mais elle m'a dj fait perdre le calme que je devais  mes
bains et  notre sjour ici.

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MUSSET

CROISILLES

I

Au commencement du rgne de Louis XV, un jeune
homme nomm Croisilles, fils d'un orfvre, revenait de
Paris au Havre, sa ville natale. Il avait t charg par son
pre d'une affaire de commerce, et cette affaire s'tait
[5]termine  son gr. La joie d'apporter une bonne nouvelle le
faisait marcher plus gaiement et plus lestement que de coutume;
car, bien qu'il et dans ses poches une somme d'argent
assez considrable, il voyageait  pied pour son plaisir.
C'tait un garon de bonne humeur, et qui ne manquait
[10]pas d'esprit, mais tellement distrait et tourdi, qu'on le
regardait comme un peu fou. Son gilet boutonn de
travers, sa perruque au vent, son chapeau sous le bras, il
suivait les rives de la Seine, tantt rvant, tantt chantant,
lev ds le matin, soupant au cabaret, et charm de
[15]traverser ainsi l'une des plus belles contres de la France.
Tout en dvastant, au passage, les pommiers de la Normandie,
il cherchait des rimes dans sa tte (car tout tourdi
est un peu pote), et il essayait de faire un madrigal pour
une belle demoiselle de son pays; ce n'tait pas moins que
[20]la fille d'un fermier gnral, mademoiselle Godeau, la
perle du Havre, riche hritire fort courtise. Croisilles
n'tait point reu chez M. Godeau autrement que par
hasard, c'est--dire qu'il y avait port quelquefois des
bijoux achets chez son pre. M. Godeau, dont le nom,

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tant soit peu commun, soutenait mal une immense fortune,
se vengeait par sa morgue du tort de sa naissance, et
se montrait, en toute occasion, normment et impitoyablement
riche. Il n'tait donc pas homme  laisser entrer
[5]dans son salon le fils d'un orfvre; mais, comme mademoiselle
Godeau avait les plus beaux yeux du monde, que
Croisilles n'tait pas mal tourn, et que rien n'empche
un joli garon de devenir amoureux d'une belle fille, Croisilles
adorait mademoiselle Godeau, qui n'en paraissait
[10]pas fche. Il pensait donc  elle tout en regagnant le
Havre, et, comme il n'avait jamais rflchi  rien, au
lieu de songer aux obstacles invincibles qui le sparaient
de sa bien-aime, il ne s'occupait que de trouver une rime
au nom de baptme qu'elle portait. Mademoiselle Godeau
[15]s'appelait Julie, et la rime tait aise  trouver. Croisilles,
arriv  Honfleur, s'embarqua le coeur satisfait, son argent
et son madrigal en poche, et, ds qu'il eut touch le rivage
il courut  la maison paternelle.

Il trouva la boutique ferme; il y frappa  plusieurs reprises,
[20]non sans tonnement ni sans crainte, car ce n'tait
point un jour de fte; personne ne venait. Il appela son
pre, mais en vain. Il entra chez un voisin pour demander
ce qui tait arriv; au lieu de lui rpondre, le voisin
dtourna la tte, comme ne voulant pas le reconnatre.
[25]Croisilles rpta ses questions; il apprit que son pre,
depuis longtemps gn dans ses affaires, venait de faire
faillite, et s'tait enfui en Amrique, abandonnant  ses
cranciers tout ce qu'il possdait.

Avant de sentir tout son malheur, Croisilles fut d'abord
[30]frapp de l'ide qu'il ne reverrait peut-tre jamais son
pre. Il lui paraissait impossible de se trouver ainsi abandonn
tout  coup; il voulut  toute force entrer dans la

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boutique, mais on lui fit entendre que les scells taient
mis, il s'assit sur une borne, et, se livrant  sa douleur, il
se mit  pleurer  chaudes larmes, sourd aux consolations
de ceux qui l'entouraient, ne pouvant cesser d'appeler son
[5]pre, quoiqu'il le st dj bien loin; enfin il se leva, honteux
de voir la foule s'attrouper autour de lui, et, dans le
plus profond dsespoir, il se dirigea vers le port.
Arriv sur la jete, il marcha devant lui comme un
homme gar qui ne sait plus o il va ni que devenir. Il
[10]se voyait perdu sans ressources, n'ayant plus d'asile, aucun
moyen de salut, et, bien entendu, plus d'amis. Seul, errant
au bord de la mer, il fut tent de mourir en s'y prcipitant.
Au moment o, cdant  cette pense, il s'avanait
vers un rempart lev, un vieux domestique, nomm Jean,
[15]qui servait sa famille depuis nombre d'annes, s'approcha
de lui.

--Ah! mon pauvre Jean! s'cria-t-il, tu sais ce qui s'est
pass depuis mon dpart. Est-il possible que mon pre
nous quitte sans avertissement, sans adieu?

[20]--Il est parti, rpondit Jean, mais non pas sans vous dire
adieu.

En mme temps il tira de sa poche une lettre qu'il donna
 son jeune matre. Croisilles reconnut l'criture de son
pre, et, avant d'ouvrir la lettre, il la baisa avec transport;
[25]mais elle ne renfermait que quelques mots. Au lieu de
sentir sa peine adoucie, le jeune homme la trouva confirme.
Honnte jusque-l et connu pour tel, ruin par
un malheur imprvu (la banqueroute d'un associ), le
vieil orfvre n'avait laiss  son fils que quelques paroles
[30]banales de consolation, et nul espoir, sinon cet espoir
vague, sans but ni raison, le dernier bien, dit-on, qui se
Perde.

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--Jean, mon ami, tu m'as berc, dit Croisilles aprs
avoir lu la lettre, et tu es certainement aujourd'hui le seul
tre qui puisse m'aimer un peu; c'est une chose qui m'est
bien douce, mais qui est fcheuse pour toi; car, aussi vrai
[5]que mon pre s'est embarqu l, je vais me jeter dans cette
mer qui le porte, non pas devant toi ni tout de suite, mais
un jour ou l'autre, car je suis perdu.

--Que voulez~vous y faire? rpliqua Jean, n'ayant point
l'air d'avoir entendu, mais retenant Croisilles par le pan de
[10]son habit; que voulez~vous y faire, mon cher maitre? Votre
pre a t tromp; il attendait de l'argent qui n'est pas
venu, et ce n'tait pas peu de chose. Pouvait-il rester ici?
Je l'ai vu, monsieur, gagner sa fortune depuis trente ans
que je le sers; je l'ai vu travailler, faire son commerce, et
[15]les cus arriver un  un chez vous. C'est un honnte
homme, et habile; on a cruellement abus de lui. Ces jours
derniers, j'tais encore l, et comme les cus taient arrivs,
je les ai vus partir du logis. Votre pre a pay tout ce qu'il
a pu pendant une journe entire; et, lorsque son secrtaire
[20]a t vide, il n'a pu s'empcher de me dire, en me montrant
un tiroir o il ne restait que six francs: Il y avait ici cent
mille francs ce matin! Ce n'est pas l une banqueroute,
monsieur, ce n'est point une chose qui dshonore!

--Je ne doute pas plus de la probit de mon pre,
[25]rpondit Croisilles, que de son malheur. Je ne doute pas
non plus de son affection; mais j'aurais voulu l'embrasser,
car que veux-tu que je devienne? Je ne suis point fait 
la misre, je n'ai pas l'esprit ncessaire pour recommencer
ma fortune. Et quand je l'aurais? mon pre est parti.
[30]S'il a mis trente ans  s'enrichir, combien m'en faudra-t-il
pour rparer ce coup? Bien davantage. Et vivra-t-il
alors? Non sans doute; il mourra l-bas, et je ne puis pas

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mme l'y aller trouver; je ne puis le rejoindre qu'en
mourant aussi.

Tout dsol qu'tait Croisilles, il avait beaucoup de
religion. Quoique son dsespoir lui ft dsirer la mort, il
[5]hsitait  se la donner. Ds les premiers mots de cet
entretien, il s'tait appuy sur le bras de Jean, et tous deux
retournaient vers la ville. Lorsqu'ils furent entrs dans
les rues, et lorsque la mer ne fut plus si proche:

--Mais, monsieur, dit encore Jean, il me semble qu'un
[10]homme de bien a le droit de vivre, et qu'un malheur ne
prouve rien. Puisque votre pre ne s'est pas tu, Dieu
merci, comment pouvez-vous songer  mourir? Puisqu'il
n'y a point de dshonneur, et toute la ville le sait, que
penserait-on de vous? Que vous n'avez pu supporter la
[15]pauvret. Ce ne serait ni brave ni chrtien; car, au fond,
qu'est-ce qui vous effraye? Il y a des gens qui naissent
pauvres, et qui n'ont jamais eu ni pre ni mre. Je sais
bien que tout le monde ne se ressemble pas, mais enfin
il n'y a rien d'impossible  Dieu. Qu'est-ce que vous feriez
[20]en pareil cas? Votre pre n'tait pas n riche, tant s'en
faut, sans vous offenser, et c'est peut-tre ce qui le console.
Si vous aviez t ici depuis un mois, cela vous aurait
donn du courage. Oui, monsieur, on peut se ruiner, personne
n'est  l'abri d'une banqueroute; mais votre pre,
[25]j'ose le dire, a t un homme, quoiqu'il soit parti un peu
vite. Mais que voulez-vous? on ne trouve pas tous les
jours un btiment pour l'Amrique. Je l'ai accompagn
jusque sur le port, et si vous aviez vu sa tristesse! comme
il m'a recommand d'avoir soin de vous, de lui donner de
[30]vos nouvelles!... Monsieur, c'est une vilaine ide que
vous avez de jeter le manche aprs la cogne. Chacun a
son temps d'preuve ici-bas, et j'ai t soldat avant d'tre

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domestique. J'ai rudement souffert, mais j'tais jeune;
j'avais votre ge, monsieur,  cette poque-l, et il me
semblait que la Providence ne peut pas dire son dernier
mot  un homme de vingt-cinq ans. Pourquoi voulez-vous
[5]empcher le bon Dieu de rparer le mal qu'il vous
fait? Laissez-lui le temps, et tout s'arrangera. S'il m'tait
permis de vous conseiller, vous attendriez seulement deux
ou trois ans, et je gagerais que vous vous en trouveriez
bien. Il y a toujours moyen de s'en aller de ce monde.
[10]Pourquoi voulez-vous profiter d'un mauvais moment?

Pendant que Jean s'vertuait  persuader son maitre,
celui-ci marchait en silence, et, comme font souvent ceux
qui souffrent, il regardait de ct et d'autre, comme pour
chercher quelque chose qui pt le rattacher  la vie. Le
[15]hasard fit que, sur ces entrefaites, mademoiselle Godeau,
la fille du fermier gnral, vint  passer avec sa gouvernante.
L'htel qu'elle habitait n'tait pas loign de l;
Croisilles la vit entrer chez elle. Cette rencontre produisit
sur lui plus d'effet que tous les raisonnements du monde.
[20]J'ai dit qu'il tait un peu fou, et qu'il cdait presque
toujours  un premier mouvement. Sans hsiter plus long-temps
et sans s'expliquer, il quitta le bras de son vieux
domestique, et alla frapper  la porte de M. Godeau.

II

Quand on se reprsente aujourd'hui ce qu'on appelait
[25]jadis un financier, on imagine un ventre norme, de courtes
jambes, une immense perruque, une large face  triple
menton, et ce n'est pas sans raison qu'on s'est habitu a
se figurer ainsi ce personnage. Tout le monde sait  quels
abus ont donn lieu les fermes royales, et il semble qu'il

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y ait une loi de nature qui rende plus gras que le reste des
hommes ceux qui s'engraissent non-seulement de leur
propre oisivet, mais encore du travail des autres. M.
Godeau, parmi les financiers, tait des plus classiques qu'on
[5]pt voir, c'est--dire des plus gros; pour l'instant il avait
la goutte, chose fort  la mode en ce temps-l, comme l'est
 prsent la migraine. Couch sur une chaise longue, les
yeux  demi ferms, il se dorlotait au fond d'un boudoir.
Les panneaux de glaces qui l'environnaient rptaient
majestueusement de toutes parts son norme personne;
[10]des sacs pleins d'or couvraient sa table; autour de lui, les
meubles, les lambris, les portes, les serrures, la chemine,
le plafond, taient dors; son habit l'tait; je ne sais si sa
cervelle ne l'tait pas aussi. Il calculait les suites d'une
[15]petite affaire qui ne pouvait manquer de lui rapporter
quelques milliers de louis; il daignait en sourire tout seul,
lorsqu'on lui annona Croisilles, qui entra d'un air humble
mais rsolu, et dans tout le dsordre qu'on peut supposer
d'un homme qui a grande envie de se noyer. M. Godeau
[20]fut un peu surpris de cette visite inattendue; il crut que
sa fille avait fait quelque emplette; il fut confirm dans
cette pense en la voyant paratre presque en mme temps
que le jeune homme. Il fit signe  Croisilles, non pas de
s'asseoir, mais de parler. La demoiselle prit place sur un
[25]sofa, et Croisilles, rest debout, s'exprima  peu prs en
ces termes:

--Monsieur, mon pre vient de faire faillite. La banqueroute
d'un associ l'a forc  suspendre ses payements,
et, ne pouvant assister  sa propre honte, il s'est enfui en
[30]Amrique, aprs avoir donn  ses cranciers jusqu' son
dernier sou. J'tais absent lorsque cela s'est pass; j'arrive,
et il y a deux heures que je sais cet vnement. Je

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suis absolument sans ressources et dtermin  mourir.
Il est trs-probable qu'en sortant de chez vous je vais me
jeter  l'eau. Je l'aurais dj fait, selon toute apparence,
si le hasard ne m'avait fait rencontrer mademoiselle votre
[5]fille tout  l'heure. Je l'aime, monsieur, du plus profond
de mon coeur; il y a deux ans que je suis amoureux d'elle,
et je me suis tu jusqu'ici  cause du respect que je lui dois;
mais aujourd'hui, en vous le dclarant, je remplis un devoir
indispensable, et je croirais offenser Dieu si, avant de
[10]me donner la mort, je ne venais pas vous demander si vous
voulez, que j'pouse mademoiselle Julie. Je n'ai pas la
moindre esprance que vous m'accordiez cette demande,
mais je dois nanmoins vous la faire; car je suis bon chrtien,
monsieur, et lorsqu'un bon chrtien se voit arriv 
[15]un tel degr de malheur, qu'il ne lui soit plus possible de
souffrir la vie, il doit du moins, pour attnuer son crime,
puiser toutes les chances qui lui restent avant de prendre
un dernier parti.

Au commencement de ce discours, M. Godeau avait
[20]suppos qu'on venait lui emprunter de l'argent, et il avait
jet prudemment son mouchoir sur les sacs placs auprs
de lui, prparant d'avance un refus poli, car il avait toujours
eu de la bienveillance pour le pre de Croisilles. Mais
quand il eut cout jusqu'au bout, et qu'il eut compris de
[25]quoi il s'agissait, il ne douta pas que le pauvre garon ne
ft devenu compltement fou. Il eut d'abord quelque
envie de sonner et de le faire mettre  la porte; mais il lui
trouva une apparence si ferme, un visage si dtermin,
qu'il eut piti d'une dmence si tranquille. Il se contenta
[30]de dire  sa fille de se retirer, afin de ne pas l'exposer plus
longtemps  entendre de pareilles inconvenances.

Pendant que Croisilles avait parl, mademoiselle

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Godeau tait devenue rouge comme une pche au mois d'aot.
Sur l'ordre de son pre, elle se retira. Le jeune homme lui
fit un profond salut dont elle ne sembla pas s'apercevoir.
Demeur seul avec Croisilles, M. Godeau toussa, se souleva,
[5]se laissa retomber sur ses coussins, et s'efforant de
prendre un air paternel:

--Mon garon, dit-il, je veux bien croire que tu ne te
moques pas de moi et que tu as rellement perdu la tte.
Non-seulement j'excuse ta dmarche, mais je consens 
[10]ne point t'en punir. Je suis fch que ton pauvre diable
de pre ait fait banqueroute et qu'il ait dcamp; c'est
fort triste, et je comprends assez que cela t'ait tourn la
cervelle. Je veux faire quelque chose pour toi; prends un
pliant et assieds-toi l.

[15]--C'est inutile, monsieur, rpondit Croisilles; du moment
que vous me refusez, je n'ai plus qu' prendre cong
de vous. Je vous souhaite toutes sortes de prosprits.

--Et o t'en vas-tu?

--crire  mon pre et lui dire adieu.

[20]--Eh, que diantre! on jurerait que tu dis vrai; tu vas
te noyer, ou le diable m'emporte.

--Oui, monsieur; du moins je le crois, si le courage ne
m'abandonne pas.

--La belle avance! fi donc! quelle niaiserie! Assieds-toi,
[25]te dis-je, et coute-moi.

M. Godeau venait de faire une rflexion fort juste, c'est
qu'il n'est jamais agrable qu'on dise qu'un homme, quel
qu'il soit, s'est jet  l'eau en nous quittant. Il toussa
donc de nouveau, prit sa tabatire, jeta un regard distrait
[30]sur son jabot, et continua.

--Tu n'es qu'un sot, un fou, un enfant, c'est clair, tu
ne sais ce que tu dis. Tu es ruin, voil ton affaire. Mais,

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mon cher ami, tout cela ne suffit pas; il faut rflchir aux
choses de ce monde. Si tu venais me demander... je
ne sais quoi, un bon conseil, eh bien! passe; mais qu'est-ce
que tu veux? tu es amoureux de ma fille?

[5]--Oui, monsieur, et je vous rpte que je suis bien
loign de supposer que vous puissiez me la donner pour
femme; mais comme il n'y a que cela au monde qui pourrait
m'empcher de mourir, si vous croyez en Dieu, comme
je n'en doute pas, vous comprendrez la raison qui
[10]m'amne.

--Que je croie en Dieu ou non, cela ne te regarde pas,
je n'entends pas qu'on m'interroge; rponds d'abord: O
as-tu vu ma fille?

--Dans la boutique de mon pre et dans cette maison,
[15]lorsque j'y ai apport des bijoux pour mademoiselle
Julie.

--Qui est-ce qui t'a dit qu'elle s'appelle Julie? On ne
s'y reconnat plus, Dieu me pardonne! Mais, qu'elle s'appelle
Julie ou Javotte, sais-tu ce qu'il faut, avant tout,
[20]pour oser prtendre  la main de la fille d'un fermier
gnral?

--Non, je l'ignore absolument,  moins que ce ne soit.
d'tre aussi riche qu'elle.

--Il faut autre chose, mon cher, il faut un nom.

[25]--Eh bien! je m'appelle Croisilles.

--Tu t'appelles Croisilles, malheureux! Est-ce un nom
que Croisilles?

--Ma foi, monsieur, en mon me et conscience, c'est
un aussi beau nom que Godeau.

[30]--Tu es un impertinent, et tu me le payeras.

--Eh, mon Dieu! monsieur, ne vous fchez pas; je n'ai
pas la moindre envie de vous offenser. Si vous voyez l

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quelque chose qui vous blesse, et si vous voulez m'en
punir, vous n'avez que faire de vous mettre en colre: en
sortant d'ici, je vais me noyer.

Bien que M. Godeau se ft promis de renvoyer Croisilles
[5]le plus doucement possible, afin d'viter tout scandale,
sa prudence ne pouvait rsister  l'impatience de
l'orgueil offens; l'entretien auquel il essayait de se
rsigner lui paraissait monstrueux en lui-mme; je laisse 
penser ce qu'il prouvait en s'entendant parler de la
[10]sorte.

--coute, dit-il presque hors de lui et rsolu  en finir
 tout prix, tu n'es pas tellement fou que tu ne puisses
comprendre un mot de sens commun. Es-tu riche?...
Non. Es-tu noble? Encore moins. Qu'est-ce que
[15]c'est que la frnsie qui t'amne? Tu viens me tracasser,
tu crois faire un coup de tte; tu sais parfaitement bien
que c'est inutile; tu veux me rendre responsable de ta
mort. As-tu  te plaindre de moi? dois-je un sou  ton
pre? est-ce ma faute si tu en es l? Eh, mordieu! on se
[20]noie et on se tait.

--C'est ce que je vais faire de ce pas; je suis votre trs
humble serviteur.

--Un moment! il ne sera pas dit que tu auras eu en
vain recours  moi. Tiens, mon garon, voil quatre louis
[25]d'or; va-t'en dner  la cuisine, et que je n'entende plus
parler de toi.

--Bien oblig, je n'ai pas faim, et je n'ai que faire de
votre argent!

Croisilles sortit de la chambre, et le financier, ayant
[30]mis sa conscience en repos par l'offre qu'il venait de faire
se renfona de plus belle dans sa chaise et reprit ses
Mditations.

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Mademoiselle Godeau, pendant ce temps-l, n'tait pas
si loin qu'on pouvait le croire; elle s'tait, il est vrai,
retire par obissance pour son pre; mais, au lieu de regagner
sa chambre, elle tait reste  couter derrire la
[5]porte. Si l'extravagance de Croisilles lui paraissait
inconcevable, elle n'y voyait du moins rien d'offensant;
car l'amour, depuis que le monde existe, n'a jamais pass
pour offense; d'un autre ct, comme il n'tait pas possible
de douter du dsespoir du jeune homme, mademoiselle
[10]Godeau se trouvait prise  la fois par les deux
sentiments les plus dangereux aux femmes, la compassion et
la curiosit. Lorsqu'elle vit l'entretien termin et Croisilles
prt  sortir, elle traversa rapidement le salon o elle se
trouvait, ne voulant pas tre surprise aux aguets, et elle
[15]se dirigea vers son appartement; mais presque aussitt
elle revint sur ses pas. L'ide que Croisilles allait peut-tre
rellement se donner la mort lui troubla le coeur
malgr elle. Sans se rendre compte de ce qu'elle faisait,
elle marcha  sa rencontre; le salon tait vaste, et les deux
[20]jeunes gens vinrent lentement au-devant l'un de l'autre.
Croisilles tait ple comme la mort, et mademoiselle Godeau
cherchait vainement quelque parole qui pt exprimer
ce qu'elle sentait. En passant  ct de lui, elle
laissa tomber  terre un bouquet de violettes qu'elle
[25]tenait  la main. Il se baissa aussitt, ramassa le bouquet
et le prsenta  la jeune fille pour le lui rendre; mais,
au lieu de le reprendre, elle continua sa route sans
prononcer un mot, et entra dans le cabinet de son pre.
Croisilles, rest seul, mit le bouquet dans son sein, et sortit de
[30]la maison le coeur agit, ne sachant trop que penser de
cette aventure.

Page 259

III

A peine avait-il fait quelques pas dans la rue, qu'il vit
accourir son fidle Jean, dont le visage exprimait la joie.

--Qu'est-il arriv? lui demanda-t-il; as-tu quelque
nouvelle  m'apprendre?

[5]--Monsieur, rpondit Jean, j'ai  vous apprendre que
les scells sont levs, et que vous pouvez rentrer chez
vous. Toutes les dettes de votre pre payes, vous restez
propritaire de la maison. Il est bien vrai qu'on a
emport tout ce qu'il y avait d'argent et de bijoux, et
[10]qu'on a mme enlev les meubles; mais enfin la maison
vous appartient, et vous n'avez pas tout perdu. Je cours
partout depuis une heure, ne sachant ce que vous tiez
devenu, et j'espre, mon cher maitre, que vous serez assez
sage pour prendre un parti raisonnable.

[15]--Quel parti veux-tu que je prenne?

--Vendre cette maison, monsieur, c'est toute votre
fortune; elle vaut une trentaine de mille francs. Avec
cela, du moins, on ne meurt pas de faim; et qui vous
empcherait d'acheter un petit fonds de commerce qui ne
[20]manquerait pas de prosprer?

--Nous verrons cela, rpondit Croisilles, tout en se
htant de prendre le chemin de sa rue. Il lui tardait de
revoir le toit paternel; mais, lorsqu'il y fut arriv, un si
triste spectacle s'offrit  lui, qu'il eut  peine le courage
[25]d'entrer. La boutique en dsordre, les chambres dsertes,
l'alcve de son pre vide, tout prsentait  ses regards la
nudit de la misre. Il ne restait pas une chaise; tous les
tiroirs avaient t fouills, le comptoir bris, la caisse
emporte; rien n'avait chapp aux recherches avides des
[30]cranciers et de la justice, qui, aprs avoir pill la maison,

Page 260

taient partis, laissant les portes ouvertes, comme pour
tmoigner aux passants que leur besogne tait accomplie.

--Voil donc, s'cria Croisilles, voil donc ce qui reste
de trente ans de travail et de la plus honnte existence,
[5]faute d'avoir eu  temps, au jour fixe, de quoi faire
honneur  une signature imprudemment engage!

Pendant que le jeune homme se promenait de long en
large, livr aux plus tristes penses, Jean paraissait fort
embarrass. Il supposait que son maitre tait sans argent,
[10]et qu'il pouvait mme n'avoir pas dn. Il cherchait
donc quelque moyen pour le questionner l-dessus,
et pour lui offrir, en cas de besoin, une part de ses conomies.
Aprs s'tre mis l'esprit  la torture pendant un
quart d'heure pour imaginer un biais convenable, il ne
[15]trouva rien de mieux que de s'approcher de Croisilles, et
de lui demander d'une voix attendrie:

--Monsieur aime-t-il toujours les perdrix aux choux?

Le pauvre homme avait prononc ces mots avec un accent
 la fois si burlesque et si touchant, que Croisilles,
[20]malgr sa tristesse, ne put s'empcher d'en rire.

--Et  propos de quoi cette question? dit-il.

--Monsieur, rpondit Jean, c'est que ma femme m'en
fait cuire une pour mon dner, et si par hasard vous les
aimiez toujours...

[25]Croisilles avait entirement oubli jusqu' ce moment la
somme qu'il rapportait  son pre; la proposition de Jean
le fit se ressouvenir que ses poches taient pleines d'or.

--Je te remercie de tout mon coeur, dit-il au vieillard,
et j'accepte avec plaisir ton diner; mais, si tu es inquiet
[30]de ma fortune, rassure-toi, j'ai plus d'argent qu'il ne m'en
faut pour avoir ce soir un bon souper que tu partageras
 ton tour avec moi.

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En parlant ainsi, il posa sur la chemine quatre bourses
bien garnies, qu'il vida, et qui contenaient chacune
cinquante louis.

--Quoique cette somme ne m'appartienne pas, ajouta-t-il,
[5]je puis en user pour un jour ou deux. A qui faut-ils
que je m'adresse pour la faire tenir  mon pre?

--Monsieur, rpondit Jean avec empressement, votre
pre m'a bien recommand de vous dire que cet argent
vous appartenait; et si je ne vous en parlais point, c'est
[10]que je ne savais pas de quelle manire vos affaires de
Paris s'taient termines. Votre pre ne manquera de
rien l-bas; il logera chez un de vos correspondants, qui
le recevra de son mieux; il a d'ailleurs emport ce qu'il
lui faut, car il tait bien sr d'en laisser encore de trop, et
[15]ce qu'il a, laiss, monsieur, tout ce qu'il a laiss, est  vous,
il vous le marque lui-mme dans sa lettre, et je suis expressment
charg de vous le rpter. Cet or est donc aussi
lgitimement votre bien que cette maison o nous sommes.
Je puis vous rapporter les paroles mmes que votre
[20]pre m'a dites en partant: Que mon fils me pardonne de
le quitter; qu'il se souvienne seulement pour m'aimer que
je suis encore en ce monde, et qu'il use de ce qui restera
aprs mes dettes payes, comme si c'tait mon hritage.
Voil, monsieur, ses propres expressions; ainsi remettez
[25]ceci dans votre poche, et puisque vous voulez bien mon
diner, allons, je vous prie,  la maison.

La joie et la sincrit qui brillaient dans les yeux de
Jean ne laissaient aucun doute  Croisilles. Les paroles
de son pre l'avaient mu  tel point qu'il ne put retenir
[30]ses larmes; d'autre part, dans un pareil moment, quatre
mille francs n'taient pas une bagatelle. Pour ce qui
regardait la maison, ce n'tait point une ressource certaine,

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car on ne pouvait en tirer parti qu'en la vendant, chose
longue et difficile. Tout cela cependant ne laissait pas
que d'apporter un changement considrable  la situation
dans laquelle se trouvait le jeune homme; il se sentit
[5]tout  coup attendri, branl dans sa funeste rsolution, et,
pour ainsi dire,  la fois plus triste et moins dsol. Aprs
avoir ferm les volets de la boutique, il sortit de la maison
avec Jean, et, en traversant de nouveau la ville, il ne put
s'empcher de songer combien c'est peu de chose que nos
[10]afflictions, puisqu'elles servent quelquefois  nous faire
trouver une joie imprvue dans la plus faible lueur d'esprance.
Ce fut avec cette pense qu'il se mit  table 
ct de son vieux serviteur, qui ne manqua point, durant
le repas, de faire tous ses efforts pour l'gayer.

[15]Les tourdis ont un heureux dfaut: ils se dsolent
Aisment, mais ils n'ont mme pas le temps de se consoler,
tant il leur est facile de se distraire. On se tromperait de
les croire insensibles ou gostes; ils sentent peut-tre plus
vivement que d'autres, et ils sont trs capables de se
[20]brler la cervelle dans un moment de dsespoir; mais, ce
moment pass, s'ils sont encore en vie, il faut qu'ils aillent
diner, qu'ils boivent et mangent comme  l'ordinaire,
pour fondre ensuite en larmes en se couchant. La joie et
la douleur ne glissent pas sur eux; elles les traversent
[25]comme des flches: bonne et violente nature qui sait
souffrir, mais qui ne peut pas mentir, dans laquelle
on lit tout  nu, non pas fragile et vide comme le
verre, mais pleine et transparente comme le cristal de
roche.

[30]Aprs avoir trinqu avec Jean, Croisilles, au lieu de se
noyer, s'en alla  la comdie. Debout dans le fond du
parterre, il tira de son sein le bouquet de mademoiselle

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Godeau, et, pendant qu'il en respirait le parfum dans un
profond recueillement, il commena  penser d'un esprit
plus calme  son aventure du matin. Ds qu'il y eut rflchi
quelque temps, il vit clairement la vrit, c'est--dire
[5]que la jeune fille, en lui laissant son bouquet entre les
mains et en refusant de le reprendre, avait voulu lui
donner une marque d'intrt; car autrement ce refus et
ce silence n'auraient t qu'une preuve de mpris, et cette
supposition n'tait pas possible. Croisilles jugea donc
[10]que mademoiselle Godeau avait le coeur moins dur que
monsieur son pre, et il n'eut pas de peine  se souvenir
que le visage de la demoiselle, lorsqu'elle avait travers le
salon, avait exprim une motion d'autant plus vraie
qu'elle semblait involontaire. Mais cette motion tait-elle
[15]de l'amour ou seulement de la piti, ou moins encore
peut-tre, de l'humanit? Mademoiselle Godeau avait-elle
craint de le voir mourir, lui, Croisilles, ou seulement
d'tre la cause de la mort d'un homme, quel qu'il ft?
Bien que fan et  demi effeuill, le bouquet avait encore
[20]une odeur si exquise et une si galante tournure, qu'en le
respirant et en le regardant, Croisilles ne put se dfendre
d'esprer. C'tait une guirlande de roses autour d'une
touffe de violettes. Combien de sentiments et de mystres
un Turc aurait lus dans ces fleurs, en interprtant leur
[25]langage! Mais il n'y a que faire d'tre turc en pareille
circonstance. Les fleurs qui tombent du sein d'une jolie
femme, en Europe comme en Orient, ne sont jamais
muettes; quand elles ne raconteraient que ce qu'elles ont
vu lorsqu'elles reposaient sur une belle gorge, ce serait
[30]assez pour un amoureux, et elles le racontent en effet.
Les parfums ont plus d'une ressemblance avec l'amour, et
il y a mme des gens qui pensent que l'amour n'est qu'une

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sorte de parfum; il est vrai que la fleur qui l'exhale est la
plus belle de la cration.

Pendant que Croisilles divaguait ainsi, fort peu attentif
 la tragdie qu'on reprsentait pendant ce temps-l,
[5]mademoiselle Godeau elle-mme parut dans une loge en
face de lui. L'ide ne lui vint pas que, si elle l'apercevait,
elle pourrait bien trouver singulier de le voir l aprs ce
qui venait de se passer. Il fit au contraire tous ses efforts
pour se rapprocher d'elle; mais il n'y put parvenir. Une
[10]figurante de Paris tait venue en poste jouer Mrope, et
la foule tait si serre, qu'il n'y avait pas moyen de bouger.
Faute de mieux, il se contenta donc de fixer ses regards
sur sa belle, et de ne pas la quitter un instant des yeux.
Il remarqua qu'elle semblait proccupe, maussade, et
[15]qu'elle ne parlait  personne qu'avec une sorte de rpugnance.
Sa loge tait entoure, comme on peut penser, de
tout ce qu'il y avait de petits-matres normands dans la
ville; chacun venait  son tour passer devant elle  la
galerie, car, pour entrer dans la loge mme qu'elle occupait,
[20]cela n'tait pas possible, attendu que monsieur son
pre en remplissait seul, de sa personne, plus des trois
quarts. Croisilles remarqua encore qu'elle ne lorgnait
point et qu'elle n'coutait pas la pice. Le coude appuy
sur la balustrade, le menton dans sa main, le regard distrait,
[25]elle avait l'air, au milieu de ses atours, d'une statue
de Vnus dguise en marquise; l'talage de sa robe et de
sa coiffure, son rouge, sous lequel on devinait sa pleur,
toute la pompe de sa toilette, ne faisaient que mieux
ressortir son immobilit. Jamais Croisilles ne l'avait vue
[30]si jolie. Ayant trouv moyen, pendant l'entr'acte, de
s'chapper de la cohue, il courut regarder au carreau de
la loge, et, chose trange,  peine y eut-il mis la tte, que

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mademoiselle Godeau, qui n'avait pas boug depuis une
heure, se retourna. Elle tressaillit lgrement en l'apercevant,
et ne jeta sur lui qu'un coup d'oeil; puis elle reprit
sa premire posture. Si ce coup d'oeil exprimait la
[5]surprise, l'inquitude, le plaisir de l'amour; s'il voulait
dire: Quoi! vous n'tes pas mort! ou: Dieu soit bni!
vous voil vivant! je ne me charge pas de le dmler;
toujours est-il que, sur ce coup d'oeil, Croisilles se jura
tout bas de mourir ou de se faire aimer.

IV

De tous les obstacles qui nuisent  l'amour, l'un des
[10]plus grands est sans contredit ce qu'on appelle la fausse
honte, qui en est bien une trs-vritable. Croisilles n'avait
pas ce triste dfaut que donnent l'orgueil et la timidit;
il n'tait pas de ceux qui tournent pendant des mois
entiers autour de la femme qu'ils aiment, comme un chat
[15]autour d'un oiseau en cage. Ds qu'il eut renonc  se
noyer, il ne songea plus qu' faire savoir  sa chre Julie
qu'il vivait uniquement pour elle; mais comment le lui
dire? S'il se prsentait une seconde fois  l'htel du fermier
gnral, il n'tait pas douteux que M. Godeau ne le fit
[20]mettre au moins  la porte. Julie ne sortait jamais qu'avec
une femme de chambre, quand il lui arrivait d'aller  pied;
il tait donc inutile d'entreprendre de la suivre. Passer
les nuits sous les croises de sa matresse est une folie
chre aux amoureux, mais qui, dans le cas prsent, tait
[25]plus inutile encore. J'ai dit que Croisilles tait fort
religieux; il ne lui vint donc pas  l'esprit de chercher 
rencontrer sa belle  l'glise. Comme le meilleur parti,
quoique le plus dangereux, est d'crire aux gens lorsqu'on

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ne peut leur parler soi-mme, il crivit ds le lendemain.
Sa lettre n'avait, bien entendu, ni ordre ni raison. Elle
tait  peu prs conue en ces termes:

Mademoiselle,

[5]Dites-moi au juste, je vous en supplie, ce qu'il faudrait
possder de fortune pour pouvoir prtendre  vous pouser.
Je vous fais l une trange question; mais je vous aime si
perdument qu'il m'est impossible de ne pas la faire, et
vous tes la seule personne au monde  qui je puisse
[10]l'adresser. Il m'a sembl, hier au soir, que vous me
regardiez au spectacle. Je voulais mourir; plt  Dieu que
je fusse mort, en effet, si je me trompe et si ce regard
n'tait pas pour moi! Dites-moi si le hasard peut tre
assez cruel pour qu'un homme s'abuse d'une manire  la
[15]fois si triste et si douce? J'ai cru que vous m'ordonniez
de vivre. Vous tes riche, belle, je le sais; votre pre est
orgueilleux et avare, et vous avez le droit d'tre fire;
mais je vous aime, et le reste est un songe. Fixez sur moi
ces yeux charmants, pensez  ce que peut l'amour, puisque
[20]je souffre, que j'ai tout lieu de craindre, et que je ressens
une inexprimable jouissance  vous crire cette folle
lettre qui m'attirera peut-tre votre colre; mais pensez
aussi, mademoiselle, qu'il y a un peu de votre faute dans
cette folie. Pourquoi m'avez-vous laiss ce bouquet?
[25]Mettez-vous un instant, s'il se peut,  ma place; j'ose
croire que vous m'aimez, et j'ose vous demander de me le
dire. Pardonnez-moi, je vous en conjure. Je donnerais
mon sang pour tre certain de ne pas vous offenser, et pour
vous voir couter mon amour avec ce sourire d'ange qui
[30]n'appartient qu' vous. Quoi que vous fassiez, votre
image m'est reste; vous ne l'effacerez qu'en m'arrachant

Page 267

le coeur. Tant que votre regard vivra dans mon souvenir,
tant que ce bouquet gardera un reste de parfum, tant
qu'un mot voudra dire qu'on aime, je conserverai quelque
esprance.

[5]Aprs avoir cachet sa lettre, Croisilles s'en alla devant
l'htel Godeau, et se promena de long en large dans la rue,
jusqu' ce qu'il vt sortir un domestique. Le hasard, qui
sert toujours les amoureux en cachette, quand il le peut
sans se compromettre, voulut que la femme de chambre
[10]de mademoiselle Julie etait rsolu ce jour-l de faire
emplette d'un bonnet. Elle se rendait chez la marchande de
modes, lorsque Croisilles l'aborda, lui glissa un louis dans
la main, et la pria de se charger de sa lettre. Le march
fut bientt conclu; la servante prit l'argent pour payer son
[15]bonnet, et promit de faire la commission par reconnaissance.
Croisilles, plein de joie, revint  sa maison et
s'assit devant sa porte, attendant la rponse.

Avant de parler de cette rponse, il faut dire un mot de
mademoiselle Godeau. Elle n'tait pas tout  fait exempte
[20]de la vanit de son pre, mais son bon naturel y remdiait.
Elle tait, dans la force du terme, ce qu'on nomme
un enfant gt. D'habitude elle parlait fort peu, et jamais
on ne la voyait tenir une aiguille; elle passait les journes
 sa toilette, et les soires sur un sofa, n'ayant pas l'air
[25]d'entendre la conversation. Pour ce qui regardait sa
parure, elle tait prodigieusement coquette, et son propre
visage tait  coup sr ce qu'elle avait le plus considr en
ce monde. Un pli  sa collerette, une tache d'encre  son
doigt, l'auraient dsole; aussi, quand sa robe lui plaisait,
[30]rien ne saurait rendre le dernier regard qu'elle jetait sur
sa glace avant de quitter sa chambre. Elle ne montrait
ni got ni aversion pour les plaisirs qu'aiment ordinairement

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les jeunes filles; elle allait volontiers au bal, et elle
y renonait sans humeur, quelquefois sans motif; le
spectacle l'ennuyait, et elle s'y endormait continuellement.
Quand son pre, qui l'adorait, lui proposait de lui
[5]faire quelque cadeau  son choix, elle tait une heure 
se dcider, ne pouvant se trouver un dsir. Quand M.
Godeau recevait ou donnait  dner, il arrivait que Julie
ne paraissait pas au salon: elle passait la soire, pendant
ce temps-l, seule dans sa chambre, en grande toilette, 
[10]se promener de long en large, son ventail  la main. Si
on lui adressait un compliment, elle dtournait la tte, et
si on tentait de lui faire la cour, elle ne rpondait que par
un regard  la fois si brillant et si srieux, qu'elle
dconcertait le plus hardi. Jamais un bon mot ne l'avait fait
[15]rire; jamais un air d'opra, une tirade de tragdie, ne
l'avaient mue; jamais, enfin, son coeur n'avait donn
signe de vie, et, en la voyant passer dans tout l'clat de
sa nonchalante beaut, on aurait pu la prendre pour une
belle somnambule qui traversait ce monde en rvant.

[20]Tant d'indiffrence et de coquetterie ne semblait pas
ais  comprendre. Les uns disaient qu'elle n'aimait rien;
les autres, qu'elle n'aimait qu'elle-mme. Un seul mot
suffisait cependant pour expliquer son caractre: elle
attendait. Depuis l'ge de quatorze ans, elle avait entendu
[25]rpter sans cesse que rien n'tait aussi charmant qu'elle;
elle en tait persuade; c'est pourquoi elle prenait grand
soin de sa parure: en manquant de respect  sa personne,
elle aurait cru commettre un sacrilge. Elle marchait,
pour ainsi dire, dans sa beaut, comme un enfant dans ses
[30]habits de fte; mais elle tait bien loin de croire que cette
beaut dt rester inutile; sous son apparente insouciance
se cachait une volont secrte, inflexible, et d'autant plus

Page 269

forte qu'elle tait mieux dissimule. La coquetterie des
femmes ordinaires, qui se dpense en oeillades, en minauderies
et en sourires, lui semblait une escarmouche purile,
vaine, presque mprisable. Elle se sentait en possession
[5]d'un trsor, et elle ddaignait de le hasarder au jeu pice
 pice: il lui fallait un adversaire digne d'elle; mais, trop
habitue  voir ses dsirs prvenus, elle ne cherchait pas
cet adversaire; on peut mme dire davantage, elle tait
tonne qu'il se fit attendre. Depuis quatre ou cinq ans
[10]qu'elle allait dans le monde et qu'elle talait consciencieusement
ses paniers, ses falbalas et ses belles paules, il lui
paraissait inconcevable qu'elle n'et point encore inspir
une grande passion. Si elle et dit le fond de sa pense,
elle et volontiers rpondu  ceux qui lui faisaient des
[15]compliments: Eh bien! s'il est vrai que je sois si belle,
que ne vous brlez-vous la cervelle pour moi? Rponse
que, du reste, pourraient faire bien des jeunes filles, et que
plus d'une, qui ne dit rien, a au fond du coeur, quelquefois
sur le bord des lvres.

[20]Qu'y a-t-il, en effet, au monde, de plus impatientant
pour une femme que d'tre jeune, belle, riche, de se regarder
dans son miroir, de se voir pare, digne en tout point
de plaire, toute dispose  se laisser aimer, et de se dire:
On m'admire, on me vante, tout le monde me trouve
[25]charmante, et personne ne m'aime. Ma robe est de la
meilleure faiseuse, mes dentelles sont superbes, ma coiffure
est irrprochable, mon visage le plus beau de la terre, ma
taille fine, mon pied bien chauss; et tout cela ne me sert
 rien qu' aller biller dans le coin d'un salon! Si un
[30]jeune homme me parle, il me traite en enfant; si on me
demande en mariage, c'est pour ma dot; si quelqu'un me
serre la main en dansant, c'est un fat de province; ds que

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je parais quelque part, j'excite un murmure d'admiration,
mais personne ne me dit,  moi seule, un mot qui me fasse
battre le coeur. J'entends des impertinents qui me louent
tout haut,  deux pas de moi, et pas un regard modeste et
[5]sincre ne cherche le mien. Je porte une me ardente,
pleine de vie, et je ne suis,  tout prendre, qu'une jolie
poupe qu'on promne, qu'on fait sauter au bal, qu'une
gouvernante habille le matin et dcoiffe le soir, pour
recommencer le lendemain.

[10]Voil ce que mademoiselle Godeau s'tait dit bien des
fois  elle-mme, et il y avait de certains jours o cette
pense lui inspirait un si sombre ennui, qu'elle restait
muette et presque immobile une journe entire. Lorsque
Croisilles lui crivit, elle tait prcisment dans un accs
[15]d'humeur semblable. Elle venait de prendre son chocolat,
et elle rvait profondment, tendue dans une bergre,
lorsque sa femme de chambre entra et lui remit la
lettre d'un air mystrieux. Elle regarda l'adresse, et,
ne reconnaissant pas l'criture, elle retomba dans sa
[20]distraction. La femme de chambre se vit alors force
d'expliquer de quoi il s'agissait, ce qu'elle fit d'un air
assez dconcert, ne sachant trop comment la jeune fille
prendrait cette dmarche. Mademoiselle Godeau couta
sans bouger, ouvrit ensuite la lettre, et y jeta seulement
[25]un coup d'oeil elle demanda aussitt une feuille de papier,
et crivit nonchalamment ce peu de mots:

Eh, mon Dieu! non, monsieur, je ne suis pas fire. Si
vous aviez seulement cent mille cus, je vous pouserais
trs-volontiers.

[30]Telle fut la rponse que la femme de chambre rapporta
sur-le-champ  Croisilles, qui lui donna encore un louis
pour sa peine.

Page 271

V

Cent mille cus, comme dit le proverbe, ne se trouvent
pas dans le pas d'un ne; et si Croisilles et t dfiant, il
et pu croire, en lisant la lettre de mademoiselle Godeau,
qu'elle tait folle ou qu'elle se moquait de lui. Il ne pensa
[5]pourtant ni l'un ni l'autre; il ne vit rien autre chose, sinon
que sa chre Julie l'aimait, qu'il lui fallait cent mille cus,
et il ne songea, ds ce moment, qu' tcher de se les
procurer.

Il possdait deux cents louis comptant, plus une maison
[10]qui, comme je l'ai dit, pouvait valoir une trentaine de
mille francs. Que faire? Comment s'y prendre pour que
ces trente-quatre mille francs en devinssent tout  coup
trois cent mille? La premire ide qui vint  l'esprit du
jeune homme fut de trouver une manire quelconque de
[15]jouer  croix ou pile toute sa fortune; mais, pour cela, il
fallait vendre la maison. Croisilles commena donc par
coller sur sa porte un criteau portant que sa maison tait
 vendre; puis, tout en rvant  ce qu'il ferait de l'argent
qu'il pourrait en tirer, il attendit un acheteur.

[20]Une semaine s'coula, puis une autre; pas un acheteur
ne se prsenta. Croisilles passait ses journes  se dsoler
avec Jean, et le dsespoir s'emparait de lui, lorsqu'un
brocanteur juif sonna  sa porte.

--Cette maison est  vendre, monsieur. En tes-vous
[25]le propritaire?

--Oui, monsieur.

--Et combien vaut-elle?

--Trente mille francs,  ce que je crois; du moins je
l'ai entendu dire  mon pre.

[30]Le juif visita toutes les chambres, monta au premier,

Page 272

descendit  la cave, frappa sur les murailles, compta les
marches de l'escalier, fit tourner les portes sur leurs gonds
et les clefs dans les serrures, ouvrit et ferma les fentres;
puis enfin, aprs avoir tout bien examin, sans dire un mot
[5]et sans faire la moindre proposition, il salua Croisilles et
se retira.

Croisilles, qui, durant une heure, l'avait suivi le coeur
palpitant, ne fut pas, comme on pense, peu dsappoint
de cette retraite silencieuse. Il supposa que le juif avait
[10]voulu se donner le temps de rflchir, et qu'il reviendrait
incessamment. Il l'attendit pendant huit jours, n'osant
sortir de peur de manquer sa visite, et regardant  la
fentre du matin au soir; mais ce fut en vain: le juif ne
reparut point. Jean, fidle  son triste rle de raisonneur,
[15]faisait, comme on dit, de la morale  son maitre, pour le
dissuader de vendre sa maison d'une manire si prcipite
et dans un but si extravagant. Mourant d'impatience,
d'ennui et d'amour, Croisilles prit un matin ses deux cents
louis et sortit, rsolu  tenter la fortune avec cette somme,
[20]puisqu'il n'en pouvait avoir davantage.

Les tripots, dans ce temps-l, n'taient pas publics, et
l'on n'avait pas encore invent ce raffinement de civilisation
qui permet au premier venu de se ruiner  toute heure,
ds que l'envie lui en passe par la tte. A peine Croisilles
[25]fut-il dans la rue qu'il s'arrta, ne sachant o aller risquer
son argent. Il regardait les maisons du voisinage, et les
toisait les unes aprs les autres, tchant de leur trouver
une apparence suspecte et de deviner ce qu'il cherchait.
Un jeune homme de bonne mine, vtu d'un habit magnifique,
[30]vint  passer. A en juger par les dehors, ce ne
pouvait tre qu'un fils de famille. Croisilles l'aborda
Poliment.

Page 273

--Monsieur, lui dit-il, je vous demande pardon de la
libert que je prends. J'ai deux cents louis dans ma poche
et je meurs d'envie de les perdre ou d'en avoir davantage.
Ne pourriez-vous pas m'indiquer quelque honnte endroit
[5]o se font ces sortes de choses?

A ce discours assez trange, le jeune homme partit d'un
clat de rire.

--Ma foi! monsieur, rpondit-il, si vous cherchez un
mauvais lieu, vous n'avez qu' me suivre, car j'y vais.
[10]Croisilles le suivit, et au bout de quelques pas ils
entrrent tous deux dans une maison de la plus belle apparence,
o ils furent reus le mieux du monde par un vieux gentilhomme
de fort bonne compagnie. Plusieurs jeunes gens
taient dj assis autour d'un tapis vert: Croisilles y prit
[15]modestement une place, et en moins d'une heure ses deux
cents louis furent perdus.

Il sortit aussi triste que peut l'tre un amoureux qui se
croit aim. Il ne lui restait pas de quoi dner, mais ce
n'tait pas ce qui l'inquitait.

[20]--Comment ferai-je  prsent, se demanda-t-il, pour
me procurer de l'argent? A qui m'adresser dans cette
ville? Qui voudra me prter seulement cent louis sur
cette maison que je ne puis vendre?

Pendant qu'il tait dans cet embarras, il rencontra son
[25]brocanteur juif. Il n'hsita pas  s'adresser  lui, et, en
sa qualit d'tourdi, il ne manqua pas de lui dire dans
quelle situation il se trouvait. Le juif n'avait pas grande
envie d'acheter la maison; il n'tait venu la voir que par
curiosit, ou, pour mieux dire, par acquit de conscience,
[30]comme un chien entre en passant dans une cuisine dont
la porte est ouverte, pour voir s'il n'y a rien  voler; mais
il vit Croisilles si dsespr, si triste, si dnu de toute

Page 274

ressource, qu'il ne put rsister  la tentation de profiter de
sa misre, au risque de se gner un peu pour payer la maison.
Il lui en offrit donc  peu prs le quart de ce qu'elle:
valait. Croisilles lui sauta au cou, l'appela son ami et son
[5]sauveur, signa aveuglment un march  faire dresser les
cheveux sur la tte, et, ds le lendemain, possesseur de quatre
cents nouveaux louis, il se dirigea derechef vers le tripot
o il avait t si poliment et si lestement ruin la veille.
En s'y rendant, il passa sur le port. Un vaisseau allait
[10]en sortir; le vent tait doux, l'Ocan tranquille. De
toutes parts, des ngociants, des matelots, des officiers de
marine en uniforme, allaient et venaient. Des crocheteurs
transportaient d'normes ballots pleins de marchandises.
Les passagers faisaient leurs adieux; de lgres
[15]barques flottaient de tous cts; sur tous les visages on
lisait la crainte, l'impatience ou l'esprance; et, au milieu
de l'agitation qui l'entourait, le majestueux navire se
balanait doucement, gonflant ses voiles orgueilleuses.

--Quelle admirable chose, pensa Croisilles, que de
[20]risquer ainsi ce qu'on possde, et d'aller chercher au del
des mers une prilleuse fortune! Quelle motion de regarder
partir ce vaisseau charg de tant de richesses, du
bien-tre de tant de familles! Quelle joie de le voir revenir,
rapportant le double de ce qu'on lui a confi, rentrant
[25]plus fier et plus riche qu'il n'tait parti! Que ne
suis-je un de ces marchands! Que ne puis-je jouer ainsi
mes quatre cents louis! Quel tapis vert que cette mer
immense, pour y tenter hardiment le hasard! Pourquoi
n'achterais-je pas quelques ballots de toiles ou de
[30]soieries? qui m'en empche, puisque j'ai de l'or? Pourquoi
ce capitaine refuserait-il de se charger de mes marchandises?
Et qui sait? au lieu d'aller perdre cette pauvre et

Page 275

unique somme dans un tripot, je la doublerais, je la triplerais
peut-tre par une honnte industrie. Si Julie m'aime
vritablement, elle attendra quelques annes, et elle me
restera fidle jusqu' ce que je puisse l'pouser. Le commerce
[5]procure quelquefois des bnfices plus gros qu'on
ne pense; il ne manque pas d'exemples, en ce monde, de
fortunes rapides, surprenantes, gagnes ainsi sur ces flots
changeants; pourquoi la Providence ne bnirait-elle pas
une tentative faite dans un but si louable, si digne de sa
[10]protection? Parmi ces marchands qui ont tant amass
et qui envoient des navires aux deux bouts de la terre, plus
d'un a commenc par une moindre somme que celle que
j'ai l. Ils ont prospr avec l'aide de Dieu; pourquoi ne
pourrais-je pas prosprer  mon tour? Il me semble qu'un
[15]bon vent souffle dans ces voiles, et que ce vaisseau inspire
la confiance. Allons! le sort en est jet, je vais m'adresser
 ce capitaine qui me parait aussi de bonne mine, j'crirai
ensuite  Julie, et je veux devenir un habile ngociant.

Le plus grand danger que courent les gens qui sont
[20]habituellement un peu fous, c'est de le devenir tout 
fait par instants. Le pauvre garon, sans rflchir davantage,
mit son caprice  excution. Trouver des marchandises
 acheter lorsqu'on a de l'argent et qu'on ne s'y
connat pas, c'est la chose du monde la moins difficile.
[25]Le capitaine, pour obliger Croisilles, le mena chez un
fabricant de ses amis qui lui vendit autant de toiles et de
soieries qu'il put en payer; le tout, mis dans une charrette,
fut promptement transport  bord. Croisilles, ravi et
plein d'esprance, avait crit lui-mme en grosses lettres
[30]son nom sur ses ballots. Il les regarda s'embarquer avec
une joie inexprimable; l'heure du dpart arriva bientt,
et le navire s'loigna de la cte.

Page 276

VI

Je n'ai pas besoin de dire que, dans cette affaire, Croisilles
n'avait rien gard. D'un autre ct, sa maison tait
vendue; il ne lui restait pour tout bien que les habits qu'il
avait sur le corps; point de gte, et pas un denier. Avec
[5]toute la bonne volont possible, Jean ne pouvait supposer
que son matre ft rduit  un tel dnment; Croisilles
tait, non pas trop fier, mais trop insouciant pour le dire;
il prit le parti de coucher  la belle toile, et, quant aux
repas, voici le calcul qu'il fit: il prsumait que le vaisseau
[10]qui portait sa fortune mettrait six mois  revenir au Havre;
il vendit, non sans regret, une montre d'or que son pre
lui avait donne, et qu'il avait heureusement garde; il
en eut trente-six livres. C'tait de quoi vivre  peu prs
six mois avec quatre sous par jour. Il ne douta pas que
[15]ce ne ft assez, et, rassur par le prsent, il crivit 
mademoiselle Godeau pour l'informer de ce qu'il avait fait;
il se garda bien, dans sa lettre, de lui parler de sa dtresse;
il lui annona, au contraire, qu'il avait entrepris une opration
de commerce magnifique, dont les rsultats taient
[20]prochains et infaillibles; il lui expliqua comme quoi la
Fleurette, vaisseau  fret de cent cinquante tonneaux, portait
dans la Baltique ses toiles et ses soieries; il la supplia
de lui rester fidle pendant un an, se rservant de lui en
demander davantage ensuite, et, pour sa part, il lui jura
[25]un ternel amour.

Lorsque mademoiselle Godeau reut cette lettre, elle
tait au coin de son feu, et elle tenait  la main, en guise
d'cran, un de ces bulletins qu'on imprime dans les ports,
qui marquent l'entre et la sortie des navires, et en mme
[30]temps annoncent les dsastres. Il ne lui tait jamais.

Page 277

arriv, comme on peut penser, de prendre intrt  ces
sortes de choses, et elle n'avait jamais jet les yeux sur
une seule de ces feuilles. La lettre de Croisilles fut cause
qu'elle lut le bulletin qu'elle tenait; le premier mot qui
[5]frappa ses yeux fut prcisment le nom de la Fleurette; le
navire avait chou sur les ctes de France dans la nuit
mme qui avait suivi son dpart. L'quipage s'tait sauv
 grand'peine, mais toutes les marchandises avaient t
perdues.

[10]Mademoiselle Godeau,  cette nouvelle, ne se souvint
plus que Croisilles avait fait devant elle l'aveu de sa
pauvret; elle en fut aussi dsole que s'il se ft agi d'un
million; en un instant, l'horreur d'une tempte, les vents
en furie, les cris des noys, la ruine d'un homme qui
[15]l'aimait, toute une scne de roman, se prsentrent  sa
pense; le bulletin et la lettre lui tombrent des mains;
elle se leva dans un trouble extrme, et, le sein palpitant,
les yeux prts  pleurer, elle se promena  grands
pas, rsolue  agir dans cette occasion, et se demandant
[20]ce qu'elle devait faire.

Il y a une justice  rendre  l'amour, c'est que plus les
motifs qui le combattent sont forts, clairs, simples,
irrcusables, en un mot, moins il a le sens commun, plus la
passion s'irrite, et plus on aime; c'est une belle chose sous
[25]le ciel que cette draison du coeur; nous ne vaudrions pas
grand'chose sans elle. Aprs s'tre promene dans sa
chambre, sans oublier ni son cher ventail, ni le coup d'oeil
 la glace en passant, Julie se laissa retomber dans sa
bergre. Qui l'et pu voir en ce moment et joui d'un
[30]beau spectacle: ses yeux tincelaient, ses joues taient en
feu; elle poussa un long soupir et murmura avec une joie
et une douleur dlicieuses:

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--Pauvre garon! il s'est ruin pour moi!

Indpendamment de la fortune qu'elle devait attendre
de son pre, mademoiselle Godeau avait,  elle appartenant,
le bien que sa mre lui avait laiss. Elle n'y avait
[5]jamais song; en ce moment, pour la premire fois de sa
vie, elle se souvint qu'elle pouvait disposer de cinq cent
mille francs. Cette pense la fit sourire; un projet bizarre,
hardi, tout fminin, presque aussi fou que Croisilles lui-mme,
lui traversa l'esprit; elle bera quelque temps son
[10]ide dans sa tte, puis se dcida  l'excuter.

Elle commena par s'enqurir si Croisilles n'avait pas
quelque parent ou quelque ami; la femme de chambre
fut mise en campagne. Tout bien examin, on dcouvrit,
au quatrime tage d'une vieille maison, une tante  demi
[15]percluse, qui ne bougeait jamais de son fauteuil, et qui
n'tait pas sortie depuis quatre ou cinq ans. Cette pauvre
femme, fort ge, semblait avoir t mise ou plutt laisse
au monde comme un chantillon des misres humaines.
Aveugle, goutteuse, presque sourde, elle vivait seule dans
[20]un grenier; mais une gaiet plus forte que le malheur et
la maladie la soutenait  quatre-vingts ans et lui faisait
encore aimer la vie; ses voisins ne passaient jamais devant
sa porte sans entrer chez elle, et les airs suranns qu'elle
fredonnait gayaient toutes les filles du quartier. Elle
[25]possdait une petite rente viagre qui suffisait 
l'entretenir; tant que durait le jour, elle tricotait; pour le reste,
elle ne savait pas ce qui s'tait pass depuis la mort de
Louis XIV.

Ce fut chez cette respectable personne que Julie se fit
[30]conduire en secret. Elle se mit pour cela dans tous ses
atours; plumes, dentelles, rubans, diamants, rien ne fut
pargn: elle voulait sduire; mais sa vraie beaut en cette

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circonstance fut le caprice qui l'entranait. Elle monta
l'escalier raide et obscur qui menait chez la bonne dame,..
et, aprs le salut le plus gracieux, elle parla  peu prs
ainsi:

[5]--Vous avez, madame, un neveu nomm Croisilles, qui
m'aime et qui a demand ma main; je l'aime aussi et
voudrais l'pouser; mais mon pre, M. Godeau, fermier
gnral de cette ville, refuse de nous marier, parce que
votre neveu n'est pas riche. Je ne voudrais pour rien au
[10]monde tre l'occasion d'un scandale, ni causer de la peine
 personne; je ne saurais donc avoir la pense de disposer
de moi sans le consentement de ma famille. Je viens vous
demander une grce que je vous supplie de m'accorder; il
faudrait que vous vinssiez vous-mme proposer ce mariage
[15] mon pre. J'ai, grce  Dieu, une petite fortune qui est
toute  votre service; vous prendrez, quand il vous plaira,
cinq cent mille francs chez mon notaire, vous direz que
cette somme appartient  votre neveu, et elle lui appartient
en effet; ce n'est point un prsent que je veux lui faire,
[20]c'est une dette que je lui paye, car je suis cause de la ruine
de Croisilles, et il est juste que je la rpare. Mon pre ne
cdera pas aisment; il faudra que vous insistiez et que
vous ayez un peu de courage; je n'en manquerai pas de
mon ct. Comme personne au monde, except moi, n'a
[25]de droit sur la somme dont je vous parle, personne ne
saura jamais de quelle manire elle aura pass entre vos
mains. Vous n'tes pas trs riche non plus, je le sais, et
vous pouvez craindre qu'on ne s'tonne de vous voir doter
ainsi votre neveu; mais songez que mon pre ne vous
[30]connat pas, que vous vous montrez fort peu par la ville,
et que par consquent il vous sera facile de feindre que
vous arrivez de quelque voyage. Cette dmarche vous

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cotera sans doute, il faudra quitter votre fauteuil et
prendre un peu de peine; mais vous ferez deux heureux,
madame, et, si vous avez jamais connu l'amour; j'espre
que vous ne me refuserez pas.

[5]La bonne dame, pendant ce discours, avait t tour 
tour surprise, inquite, attendrie et charme. Le dernier
mot la persuada.

--Oui, mon enfant, rpta-t-elle plusieurs fois, je sais
ce que c'est, je sais ce que c'est!

[10]En parlant ainsi, elle fit un effort pour se lever; ses
jambes affaiblies la soutenaient  peine; Julie s'avana
rapidement, et lui tendit la main pour l'aider; par un
mouvement presque involontaire, elles se trouvrent en
un instant dans les bras l'une de l'autre. Le trait fut
[15]aussitt conclu; un cordial baiser le scella d'avance, et
toutes les confidences ncessaires s'ensuivirent sans peine.

Toutes les explications tant faites, la bonne dame tira
de son armoire une vnrable robe de taffetas qui avait
t sa robe de noce. Ce meuble antique n'avait pas moins
[20]de cinquante ans, mais pas une tache, pas un grain de
poussire ne l'avait dflor; Julie en fut dans l'admiration.
On envoya chercher un carrosse de louage, le plus beau qui
ft dans toute la ville. La bonne dame prpara le discours
qu'elle devait tenir  M. Godeau; Julie lui apprit de quelle
[25]faon il fallait toucher le coeur de son pre, et n'hsita pas
 avouer que la vanit tait son ct vulnrable.

--Si vous pouviez imaginer, dit-elle, un moyen de
flatter ce penchant, nous aurions partie gagne.

La bonne dame rflchit profondment, acheva sa
[30]toilette sans mot dire, serra la main de sa future nice,
et monta en voiture. Elle arriva bientt  l'htel Godeau;
l, elle se redressa si bien en entrant, qu'elle semblait

Page 281

rajeunie de dix ans. Elle traversa majestueusement le
salon o tait tomb le bouquet de Julie, et, quand la
porte du boudoir s'ouvrit, elle dit d'une voix ferme au
laquais qui la prcdait:

[5]--Annoncez la baronne douairire de Croisilles.
Ce mot dcida du bonheur des deux amants; M. Godeau
en fut bloui. Bien que les cinq cent mille francs lui
semblassent peu de chose, il consentit  tout pour faire de sa
fille une baronne, et elle le fut; qui et os lui en contester
le titre? A mon avis, elle l'avait bien gagn.

FIN





NOTES




The figures enclosed in bold tags (...) refer to the pages;
the ordinary figures refer to the lines.

PROSPER MRIME

Paris, 1803-Cannes, 1870

Mrime was at first identified with the Romantic movement, but his
hatred of exaggeration and his cynicism caused him to turn to a simpler
manner. His clear, concise narrative style and his objective manner of
treatment, combined with a grasp of human character, pathos, delicate
analysis, satire and an ability to portray local color and to omit
non-essentials may be said to be his chief characteristics. His test
work is seen in the short stories and in the _nouvelles_.

Important works (the dates refer to the year of publication): _Thtre
de Clara Gazul_ (1825), _La Jacquerie_ (1828), _Chronique du Rgne de
Charles IX_ (1829), _Nouvelles_ (including: _Tamango, Colomba, Vnus
d'Ille_, and other shorter stories; from 1830 to 1841), _Carmen_ (1847),
_Lokis_ (1869), _Dernires Nouvelles_ (1873); besides works on travel,
history, archeology, literature and translations (especially from the
Russian). _L'Enlvement de la Redoute_ was written in 1829 (for _La
Revue Franaise_) and _Le Coup de Pistolet_ in 1856 (for _Le Moniteur_).
Edition: Calmann Lvy.

Criticism: Advanced students should consult Lanson, _Histoire de la
littrature franaise_ (Hachette, Paris); others may consult Wright's
_History of French Literature_ (Oxford Press). Bibliographies may be
found in both of these works, further details can be found in the
special bibliographies published by Lanson and by Thieme.


L'ENLVEMENT DE LA REDOUTE

1.--1. un militaire de mes amis. Compare _un de mes amis_,
a friend of mine; _un mien ami_ also occurs in popular style. Mrime
refers to Henri Beyle (Stendhal), French novelist and soldier under
Napoleon, by whom this story was related to him (1783-1843).

8. aprs avoir lu. Note the use of the perfect infinitive, not
the present, after _aprs_.

9. gnral B * * *. General Berthier, Major-General of Napoleon's
army which invaded Russia; he became Prince and Marshal of France
(1753-1815).--il changea de manires. _De_ is used after
_changer_ when the object is changed for another of the same kind (if
the object is preceded by a modifier, such as a possessive pronoun,
_changer_ alone is used).

15. sa croix. The cross of the Legion of Honor; the cross is not
usually worn, but in its stead a small bow of ribbon.

21. cole de Fontainebleau. The reference is not to the present
military school (artillery and engineers) at Fontainebleau, which
was founded in 1871, but to the school which was moved from there to
Saint-Cyr in 1806, and which corresponds to the school at West Point in
the United States.

2.--5. Cheverino. Le 5 septembre un combat se livra pour
la possession d'une redoute russe sur le tertre de Chvardino, et fit
perdre aux Franais 4 ou 5000 hommes, aux Russes 7 ou 8000. Il annonait
du moins que les Russes avaient pris position et se disposaient, pour
sauver leur capitale,  livrer bataille. Lavisse et Rambaud, _Histoire
gnrale du IVe sicle  nos jours_, vol. IX, p. 787. The battle of
Borodino, known also as the battle of the Moscova, was fought two days
later, September 7, 1812, and Napoleon arrived at Moscow on September
14. On account of the other references in the text to Napoleon the
following note may be found convenient.--Born in Corsica in 1769, he
first distinguished himself by driving the English from Toulon (1793).
He became General-in-Chief of the Army of Italy, and won the celebrated
battles of Arcola (1796), Rivoli (1797), etc.; became First Consul in
1799 and Emperor in 1804; victor in the battles of Austerlitz (1805),
Ina (1806), Eylau (1807), Friedland (1807), Wagram (1809), he became
the ruler of western Europe. He led the Grande-Arme into Russia in
1812-1813, and never recovered from this disastrous campaign. Europe
rose against him; he was deposed in 1814 and sent to the Island of Elba,
whence he escaped to France in 1815 and ruled, during the Hundred Days,
until he was finally defeated at Waterloo, June 18, 1815. Banished to
Saint Helena, he died there in 1821.

12. auprs duquel. _Auprs de_ expresses a relation nearer than
that expressed by _prs de_.

14. il en cotera bon. _En_ is often added to _coter_ when the
latter is used impersonally.

3.--5. la fatigue l'avait emport. In this idiom the
pronoun refers to an unexpressed noun (_prix, choix_, etc.).

25. aussitt que l'ordre...eut t donn. The past anterior is a
literary tense; it is used to express completed action after certain
temporal conjunctions and _ peine...que_, also with _encore, plus tt,
sitt_, when they are negative and followed by _que_ and when the period
of time is mentioned (_il eut bientt fait son devoir_); in all these
cases the pluperfect is used if the action is repeated. The past
anterior is not used in conversation.

30. prouvasse. The imperfect subjunctive is a literary tense and
is to be avoided in conversation; it may be so avoided by using the
present subjunctive and thus violating the rule for the sequence of
tenses or by using a circumlocution (particularly obnoxious to
a Frenchman's ear are all the forms of this tense in the first
conjugation, except the third person singular).

4. -4. madame de B * * *. Possibly Mrime was thinking cf
his friend Madame la comtesse de Beaulaincourt, with whom he
corresponded. The _Revue des Deux Mondes_ (August 15, 1879) published a
collection of eleven letters written to her by Mrime (see also Filon,
_Mrime et ses Amis_, 2e d., Paris, 1909). More probably he refers to
Madame de Boigne, who lived in the street mentioned; he used to read his
stories in her Salon.

7. en voir de grises. For the use of a feminine adjective
referring to no expressed noun compare: _j'ai chapp belle_, I had a
narrow escape; _il se remit  courir de plus belle_, he began to run
harder than ever, etc. The feminine adjective in such phrases cannot
always be explained by saying that _manire, occasion, chose_, etc.,
have been omitted. Similar phrases occur in Italian, Spanish, Old French
and Romanian. Meyer-Lbke, _Grammaire des langues romanes_, vol. III, 
88, suggests _res, causa_, or a similar substantive as omitted in the
primitive Latin construction. In certain French phrases the reference
seems to be to _balle_, an expression borrowed from play--_donner la
balle belle_, then _la donner_ (or _bailler_) _belle  quelqu'un_, to
impose on anyone.

30. ajouta-t-il. The letter _t_ which occurs in such
interrogative forms is not introduced for the sake of euphony, nor is
it a survival of the Latin _t_ of the third person. It arose by analogy
with such forms as _est-il, sont-ils, donnent-ils_, where the letter
forms a part of the verb.

6.--7. au travers de. _Au travers_ should always be
followed by _de_, _ travers_ should never be followed by _de_; the
meaning is the same in each case.

18. que je l'entendis prononcer. Although the second verb has an
object, the object of entendre need not be in the indirect form; with
_faire_ in this construction the object of _faire_ must be Indirect.

7.--1. je n'ai presque plus. Notice that _presque_ is
placed between _plus_ (_pas, rien_, etc.) and the verb.

26. le gnral C * * * va vous faire soutenir. _Vous_ is the
object of soutenir, but in this construction the pronoun object of the
second verb is regularly placed in front of _faire_. General Compans was
in command of two regiments at the assault of the Redoubt, he was one of
Napoleon's distinguished generals; he was made a prisoner at Waterloo
and afterwards became a peer when the Bourbons were restored
(1767-1845).


LE COUP DE PISTOLET

8.--19. je ne sais quel. Note the omission of _pas_ in
this phrase which stands for _quelque_; note also the omission of _pas_
after _savait_ in the next sentence (see also note to p. 201, 1.
13).

9.--18. personne... n'et fait. The imperfect and the
pluperfect subjunctive sometimes occur in conditional sentences contrary
to fact, but only in literary style.

22. lui demandait-on s'il s'tait battu, il rpondait... que oui.
_Si_ is avoided in the first clause by means of inversion, otherwise two
successive clauses introduced by _si_ would occur; _que_ is used before
_oui_ because _oui_ substitutes a clause (_il s'tait battu_); notice
that no elision occurs before _oui_.

31. tous. When _tous_ is used without a following noun, _s_ is
Pronounced.

12.--14. celui-l. The meaning here is "sldquo;still another" or
"aldquo;a third."

25. prcipitamment. This is not an exception to the rule that
_-ment_ is added to the feminine form of the adjective to form the
adverb; adjectives having only two terminations in Latin, that is, those
that had the same form for the masculine and feminine (_grandis_, etc.)
had the same form for both the masculine and feminine in Old French;
_prcipitant_ is both masculine and feminine in Old French and becomes
with the addition of _-ment prcipitamment_ by assimilation (see also
note to p.87, l. 17).

13.--4. il la fit partager  toute la compagnie.
_Compagnie_ is the direct object of _fit_.

14.--1. R... Mrime uses both this form of abbreviation
and the form which occurs on p. 1, l .9 (cf. also p. 17, l. 26).
16.--7. de n'avoir pas. _Pas_ is usually placed before the
infinitive.

18.--12. dpit... des pires. Mrime tries to reproduce a
Russian pun by means of a play on these words. He gives the following
note: Il y a, dans le russe un jeu de mots impossible  traduire:
sdelatsa pianitseiou _s'goria_, t. c. samym _gorkim_ pia-nitseiou.

20.--24. il y a bien quatre ans que je n'ai touch. Note
that while _pas_ is omitted in this phrase it is used below (p. 21, l.
27) in _voil cinq ans que je n'en ai pas eu_; compare also: _il y a
cinq ans que je me mariai_ (p. 22, l. 18), where there is no negative
idea.

21.--10. prendre son verre d'eau-de-vie avant la soupe.
Mrime gives the following note: C'est l'usage en Russie de prendre de
l'eau-de-vie un peu avant le diner.

22.--6. serait-ce vous. The conditional here expresses
uncertainty; it should be rendered in English by "cldquo;could" not by "wldquo;would."

24.--14. reviens-nous. Note the use of the indirect object
(instead of _ nous_) with a verb of motion.


GUY DE MAUPASSANT

Miromesnil (Seine-Suprieure), 1850-Paris, 1893

De Maupassant was a godson and disciple of Flaubert, thus his name is
closely connected with the Naturalistic School, which goes back to
_Madame Bovary_, Flaubert's masterpiece. The leading writers of this
school are: Flaubert, the de Goncourt brothers, Daudet (only in portions
of his work), Zola and Maupassant. Maupassant is known as a writer of
short stories and as a novelist. His work is at times pessimistic and
morbid, in this respect he represents the worst side of the Naturalists;
he had, however, a remarkable power of observation and the "sldquo;saving gift
of irony," and was a master of style, the chief characteristics of which
are strength and simplicity. In the artistic composition of the short
story he is probably unsurpassed. Important works: _Des Vers_ (1880),
_Une Vie_ (1883), _Bel Ami_ (1885), _Mont Oriol_ (1881), _Pierre et
Jean_ (1888), _Fort comme la Mort_ (1889), and especially several
collections of _Contes_.

Edition: Havard, 9 vols.; Ollendorff, 8 vols.

LA MAIN

27.--20. qu'entourent partout de hautes montagnes. Note
the inversion in the relative clause.

28. ce terrible prjug corse. Compare Mrime's _Colomba_.

28.--10. on prtendit que c'tait. _Prtendre_, "tldquo;to
maintain," has the construction of a verb of saying, _prtendre_, "tldquo;to
require" or "tldquo;to insist on," takes the subjunctive.

29.--6. qui fumait. Note the relative clause where in
English the participle would be used.

11. cette pays, cette rivage. Illustrations of the frequent
mistakes in gender made by the English.

17. j'av ...bcoup. Illustrations of the errors made by the
English in pronouncing French vowels; _avais_ is pronounced _av_ and
_eau_ in _beaucoup_ should not be drawled; this latter remark applies
generally to French vowels. N (l. 24) represents the fa
to nasalize; c't (for _c'tait_, l. 24) illustrates the error
mentioned in regard to _avais_; une drap japonaise (p. 3
2), wrong gender; ma (p. 30, l. 17) for _mon_; c't, ven,
av (11. 17, 18), illustrate mistakes already mentioned; arrach
la peau, that is, _la peau avait t arrache_; une caillou
coupante, wrong gender; aoh, represents the English tendency
to diphthongize simple vowels; trs bonne pour moi, cette =
_c'est une trs bonne chose pour moi_; je t (l. 30) for
_j'tais_ or _j'ai t_.


UNE VENDETTA

37.--13. revenir, retourner. These words are not
synonymous.

39.--5. pour la lui entrer dedans. _Entrer_ is here
transitive; it is used intransitively in the preceding paragraph.

26. ds qu'elle apercevait. The imperfect is used to express the
repetition of the action; this and the following paragraphs offer good
material for a study of the use of tenses.


L'AVENTURE DE WALTER SCHNAFFS

41.--1. l'anne d'invasion. The reference is to the
Franco-Prussian War of 1870-1871. This war was largely brought on
through The instrumentality of Bismarck, who went so far as to falsify
French telegrams; it resulted in the defeat of France and the loss of
the Alsace-Lorraine territory. The French Emperor, Napoleon III, was
overthrown and the present Republic was established.

9. il aimait se lever tard. _Aimer_, except in poetry or unless
used colloquially as in this instance, is usually followed by
the infinitive with ; sometimes it is followed by the simple
infinitive,. in this case it is usually in the conditional or it is
accompanied by certain adverbs (_mieux, autant, bien, assez_, etc.); it
may even be followed by the infinitive with _de_ when the infinitive
gives the cause (_je vous aime d'avoir fait cela_).

46.--21. des petites btes. In familiar style, or when the
words form really only one idea, partition is expressed by _de_ and the
article even when an adjective precedes the noun.

47.--16. on aperut l'ennemi. Apercevoir refers especially
to the sense of sight, _s'apercevoir de_ to a mental process (_il
s'aperut de son erreur_).

48.--4. cessrent. Note the plural verb though the
singular subjects are not connected by _et_.

17. mangeaille, _-aille_ is a derogatory suffix; the force of the
various French suffixes, to which little or no attention is paid in the
ordinary French grammars, may be seen in the _Dictionnaire gnral_,
vol. l, pp. 43 ff. and pp. 48 ff.; also in Ayer, _Grammaire compare de
la langue franaise_ (4th edition), pp. 300 ff.

49.--25. mon colonel. The possessive pronoun is used by
French soldiers in addressing superior officers.


TOMBOUCTOU

63. -12. bonjou. The letter _r_ is as difficult for Tombouctou as
it is for the negroes in the Southern States. Tombouctou's language is
like the Pidgin-English used in the Orient, he pays no attention
to syntax, but puts his verbs in the first conjugation and in the>
infinitive, that is, he knows only one form of the verb (_aim, cherch;
reconn_, etc.); the mistakes will be easily seen (Bzi, p. 53,
l. 18, is for _Bzires_; Empeu, p. 54, l. 7, is for _Empereur_;
gives and capules, p. 57, l. 11, are for _grives_ and
_crapules_; povisions, p. 58, l. 3, for _provisions_, etc.);
gad, psonne = _garder, personne_ (p. 60, l. 5); pati, p.
60, l. 21, is for _parti_, one verb which he does not put in the
first conjugation; moi fait mang colonel, that is, he was the
colonel's cook; Algie, for _Algrie_.


EN MER

64.--13. faut couper. Popular omission of the subject
pronoun.

19. coupe pas. An example of the popular omission of _ne_.--
je vas, for _je vais_; the first person is formed on analogy with
the second and third (_vas, va_).

66.--13. iau. Dialectic for _eau_.

19. drait. Dialectic (Norman) for _droit_; this peculiarity may
be seen in Canadian French, which is partly Norman in origin; the Latin
_i_ and __ became in Old French _ei_, this sound developed in Modern
French into _oi_, but the Norman dialect retained the Old French sound
(represented here by _ai_).

23. aigu. Note the diaeresis, which indicates that _u_ is
pronounced in this word.

67.--3.  c't'-heure. For _ cette heure_, a popular
phrase for _maintenant_; this also illustrates the popular tendency to
slur over syllables and to omit completely the pronunciation of mute e.

11. j'pourrions t'y point. For _ne pourrais-je point?_ The
uneducated often use the first person plural with _je; t'y_ (sometimes
written _ti_ and _il_) represents the interrogative particle also used
by the uneducated, it arose by analogy with the sound of the final
syllable in such phrases as _est-il?, sont-ils?_

68.--17. il tait regardant  son bien. Compare the
English construction: "hldquo;he was looking after his property"; this use of
the French present participle is incorrect.


LES PRISONNIERS

70.--21. tous, boulangers, piciers, etc. The French are
fond of ridiculing these classes of tradespeople, particularly the
_piciers_, the _notaires_ and the _pharmaciens_; such soldiers would be
far from the martial type.

72.--5. sept~huit. For _sept ou huit_; v'l, for
_voil_, illustrates the popular tendency to slur over syllables.

13. oufrez. For _ouvrez_; the Germans in speaking a foreign
language confuse voiced and unvoiced consonants, that is, b, d, g, j,
v, become p, t, c, ch, f, and vice versa; these errors will be easily
detected (ch = _j'ai_; manch = _mang_, etc.).

73.--6. Un brave homme. Compare _un homme brave_;
adjectives having secondary meanings precede their nouns when they have
the figurative meaning and follow when the literal meaning occurs.

7. fous nous ferez  mancher. That is, _vous nous ferez manger_
or _vous nous donnerez  manger_.

74.--6. c'est les loups. Popular for _ce sont les loups_.
12. ch. For _je_.

77.--11. entre eux. Note that there is no elision with
_entre_ except in compound verbs (_entr'ouvrir_, etc.).

32. qu qui font. _For qu'est-ce qu'ils font_ (_il_ and _ils_ are
often pronounced _i_ even by the well educated).

78.--14. pi is for _puis_, t'as, for _tu as_; the
other errors have already been noted.

80.--25. Potdevin. Note de Maupassant's choice of names
(_cf. Maloison_, etc.).

83.--21. mdaille militaire. See note to p. 195, l. 24.


LE BAPTME

86.--3. les femmes, c'est jamais prt. A further example
of the popular omission of _ne_ and of the use of a singular verb
instead of the agreement of the verb with the real subject.

5. qui avait appel le premier. _Le premier_ is in apposition to
_qui_.

7. all' viendront point. _All'_ represents the vulgar
pronunciation of _elles_ with the tendency to omit completely the mute
_e_; the omission of _ne_ has already been noted.

27. sage-femme. Compare _femme sage_, and notice the importance
of the correct position of the adjective.

86.--29. le sel symbolique. Used in the Catholic
christening ceremony.

87.--10. m'sieu. A further example of the slurring over of
syllables by the uneducated (qu' for _que_, m' for _me_,
vot' for _votre_, Etc.).

12. dans les estomacs. That is, _dans l'estomac_, the plural may
be by analogy with les entrailles.

17. grand'mres. Etymologically the apostrophe is an error. The
adjective _grand_ had no distinct feminine form in Latin (_grandem_)
nor in Old French (_grant_), consequently no _e_ has been omitted;
the feminine form of Modern French (_grande_) is due to analogy with
feminine adjectives where _e_ represents a Latin _a_ (_bonne_, from
_bona_, etc.), the form _grand'_ is merely a preservation of the Old
French form; _cf. grand'rue_, main street, _grand merci_, I thank you
kindly (where the apostrophe is not written), also such adverbs as
_prudemment, prcipitamment_, etc. (see also note to p. 12, l. 25).


TOINE

90.--2. Toine-ma-Fine. A further illustration of de
Maupassant's choice of proper names. 24. b, p. _B_ is for
_boire_, _p_ for _Pre_, illustrating the dialectic omission of _r_ and
the Norman pronunciation of _oi_ (see note to p. 66, l. 19).

91.--7. arrondissement. See note to p. 176, l. 15. 32.
qu'al'est. For _parce qu'elle est_ (see note to p. 85, l. 7).

92.--1. i for _il_ (see note to p. 77, l. 32).

29. c'qu'arrivera. For _ce qui arrivera_, notice the incorrect
use of _que_ as subject (no elision would occur with _qui_).

93.--4. la m. The article may be used in familiar or
disrespectful address (for _la mre_).

94.--23. t. For _toi_ (see note to p. 66, l. 19); compare
also m for moi (l. 25); c'est-il, incorrect for _est-ce que_
(see also note top. 67, l. 11).

95.--1. pu. For _plus_.

6. gutez. For _guettez_; in the same sentence both y and
i represent _il_ (see note to p. 77, l. 32).

96.--16. li. For _lui_.

23. a. For _elle_ (see note to p. 85, l. 7).

28. pourqu. For _pourquoi_; pisque (l. 29) for _puisque_.

91.--6. qu que tu veux. For _qu'est-ce que tu veux_.

32. quasiment t'une lourdeur. _t'_ here shows that a liaison has
been made. The question of liaison is difficult for a foreigner, some
book on pronunciation (such as Geddes, _French Pronunciation_, Oxford
Press) should be consulted.

98.--1. on entendit entrer. Notice that the indefinite
subject of the infinitive is omitted.

18. un lapin qui bat du tambour. An allusion to the drumming of
rabbits.

23. il dut couver, il dut renoncer. The past definite of certain
verbs expresses accomplishment, "hldquo;he had to do it and he did it";
_devait_ would not express the accomplishment of the action.

100.--31. qu. For _quel_.

101.--3. combien qu'i en a. For _combien qu'il y en a_,
that is, _combien y a-t-il_?

5. cette famille nouvelle. When _nouveau_ is placed after the
noun, it means "rldquo;recently appeared," not "oldquo;other"; _nouveau_ should also
be distinguished from _neuf_, which means "uldquo;unused" and follows its noun.

11. son enveloppe. The use of _son_ before a feminine noun
beginning with a vowel arose by analogy with _bon: bon ami, bonne amie_,
therefore _son ami, son amie_.


LE PRE MILON

103.--4. la guerre de 1870. See note to p. 41, l. 1.

105.--14. tretous. A dialectic survival of an Old French
form (in Old French _trestot, trestout_, etc., are at times used for
_tout_, etc.; the word is derived from _trs_ and _tout_).

28. qu'il tait. The uneducated are fond of introducing que in
phrases where it is unnecessary. Other dialectic peculiarities in this
paragraph which have not been noted are: pu de chinquante for
_plus de cinquante_, the Picard dialect resembles the Italian in the
pronunciation of the soft _c_, on the other hand the French _ch_ is
pronounced in the Picard dialect as hard _c (k)_, _vache_ becoming
vaque; itou is another instance of a dialectic survival of
an Old French word (in Old French _itel_, "sldquo;such, similarly, also,"
occurred, formed on analogy with _icel=celui; itel_ and _tel, icel_ and
_cel_ were used without difference of meaning, _i_ is a relic of the
Latin _ecce_ originally added to the word for the sake of emphasis);
li is for _lui_. The following errors in syntax occur in this
passage: The first sentence should read, _Je revenais un soir, alors
qu'il tait peut-tre dix heures, le lendemain aprs que vous tiez
venus_ (or _arrivs_) _ici_. After the phrase, _Je me dis_, read,
_Autant de fois qu'ils me prendront vingt cus, autant de fois je leur
revaudrai a. De sorte_ or a similar phrase should be supplied before
_qu'il n'entendit_, also before _qu'il n'a pas seulement dit_.

109.--2. pu, pus. Both stand for plus, the spelling of the
latter form represents the frequent pronunciation of _s_ in plus when it
stands before a pause.

8. l'Empereur premier. For Napolon Premier.

16. o que. _Que_ is superfluous; after chez m (l. 17),
insert _de sorte_ or _de telle faon_.

27. le vieux. See note to p. 93, l. 4.

32. toute coupe. In this construction _tout_ does not take the
feminine form if the following adjective begins with a vowel (tout
ancienne, etc.).


ALPHONSE DAUDET

Nmes, 1840--Paris, 1897

Daudet has given the impressions and the experiences of his early life
in the two volumes with which he established his reputation: _Le Petit
Chose_ and _Lettres de Mon Moulin_; in the former he describes the
struggles of his boyhood, and in the latter the customs and legends
of his native Provence. The books which he published later are of a
different character, marked by the influence of the Naturalistic School,
but unlike the other members of this school, he was endowed with a
spontaneous, sympathetic nature, which enabled him to feel what he
described. Thus while de Maupassant describes with the greatest art
what he observes, Daudet sympathetically describes what he observes and
feels. He had too much originality ever to come completely under the
influence of the Naturalists. His short stories usually deal with some
incident of the Franco-Prussian War (_Le Sige de Berlin, La Dernire
Classe, La Vision du Juge de Colmar_, etc.) or with life in the Midi
(_Lettres de Mon Moulin_). _Le Cur de Cucugnan_ and _Le Sous-Prfet aux
Champs_ are taken from _Lettres de Mon Moulin_ (1869), the remaining
three stories of the collection are taken from _Contes du Lundi_ (1873).
His best novels are given in the following list; in these he has often
been compared with Dickens and Thackeray.

Important works (besides the collections of short stories mentioned):
_Les Amoureuses_ (verse, 1858), _Le Petit Chose_ (1868), _Aventures
Prodigieuses de Tartarin de Tarascon_ (1872), _L'Arlsienne_ (drama,
1872), _Fromont Jeune et Risler An_ (1874), _Jack_ (1876), _Le
Nabab_ (1877), _Les Rois en Exil_ (1879), _Numa Roumestan_ (1881),
_L'vangliste_ (1883), _Sapho_ (1884), _Tartarin sur les Alpes_ (1885),
_La Dfense de Tarascon_ (1887), _L'Immortel_ (1888), _Port Tarascon_
(1890).

Edition: Flammarion, 13 vols. (illustrated); Charpentier, Dentu, Hetzel
and Lemerre have each published portions of his work.


LE CUR DE CUCUGNAN

This story is an almost literal translation of _Lou Curat de Cucugnan_,
a Provenal story by Roumanille, published by him under the pseudonym of
Lou Cascarelet in the _Armana prouvenau_ (Provenal Almanac) in 1867
(Daudet was in Provence during this year). This Almanac was first
published in the year 1855, a little after the foundation of the
_Flibrige_ (May 21, 1854). _The Flibrige_ was a brotherhood of modern
Provenal poets, its purpose was to revive Provenal as a literary
language; the word _Flibrige_ is of unknown origin, it comes from an
obscure word found by Mistral in a Provenal text; the members of the
brotherhood, which later became a great literary society, were called
_flibres_; the brotherhood was originated by Roumanille, who was
followed by a more celebrated poet, Mistral, and five other poets,
Aubanel, Brunet, Camille Raybaud, Mathieu and Flix Gras. In regard to
the _Armana prouvenau_, the following quotation from an article by
Mistral in _Les Annales politiques et littraires_, May 13, 1906, will
give an idea of the type of this Almanac: Et sans parler ici des
innombrables posies qui s'y sont publies, sans parler de ses
Chroniques, o est continue, peut-on dire, l'histoire du Flibrige,
la quantit de contes, de lgendes, de sornettes, de facties et de
gaudrioles, tous recueillis dans le terroir, qui s'y sont ramasss, font
de cette entreprise une collection unique. Toute la tradition, toute la
raillerie, tout l'esprit de notre race se trouvent serrs l-dedans.
The dialects of France fall into two great classes: the _Langue d'ol_,
in the north, and the _Langue d'oc_, in the south (_ol_ is the old>
northern form for _oui, oc_ the southern form). The difference really
dates from Roman colonization, which occurred on the Mediterranean some
seventy-five years before Caesar conquered northern Gaul (59--5l B.C.).
Provenal is one of the principal dialects of the southern group; during
the eleventh, twelfth and thirteenth centuries (prior to the Albigensian
crusade) it was, at least in lyric poetry, the most important literary
language of France. Because of political and literary superiority, the
language of Paris, or of the le-de-France, became the general literary
language of France. The dialects, however, still live on, and Provenal
has, as described above, been somewhat revived as a literary language
by the efforts of Mistral and the other poets of the _Flibrige_. Many
scholars regard the characteristics of the territory embraced by the
modern departments of Loire, Rhne, Isre, Ain, Savoie, the old province
of Franche-Comt and a part of Switzerland as sufficient to form a third
group of dialects known as _Franco-Provenal_. The dividing line between
the _Langue d'oc_ and the _Langue d'ol_ passes approximately from the
mouth of the Gironde to the Alps by way of Limoges, Clermont-Ferrand and
Grenoble.

111.--1.  la Chandeleur. The article in such
constructions is usually explained as equal to _la fte de_; it should
be noticed, however, that in Old French a substantive frequently
occurred in the oblique without a preceding _de_, the construction being
equal to the Latin genitive, no preposition having been used (the phrase
is thus literally: "oldquo;on that of Candlemas").

2. en Avignon. _En_ is not now used with cities except in
ironical imitation of Provenal style (see Brunot, _Prcis de grammaire
historique de la langue franaise_, sec. 496, 2) or as a poetic and
archaic survival of the usage of the seventeenth century,--un joyeux
petit livre. The _Armana prouvenau_.

112.--3. quel bon vent. The verb is to be supplied (_quel
bon vent vous amne?_).

4. le grand livre et la clef. Cf. Matthew xvi, 19 and Revelation
xx, 12.

11. disons-nous. Here = _vous dites_.

27. faites que je puisse. _Faire_ in the imperative is followed
by the subjunctive, elsewhere by the indicative (_c'est ce qui fait que
cela va mal_), but notice that _faites attention_ takes the indicative
(_faites attention qu'il est l_).

114.--19. je n'ai pas entendu chanter le coq. See Matthew
xvi, 34 ff.

116.--9. en l'air. _En_ is never used before _les_; it is
rarely used before the singular definite article, when it is so used the
article is usually elided. In those cases where _en_ is not used, _dans_
takes its place; _en_ was more frequently used in former times, it is
now largely limited to fixed phrases. The following distinctions should
also be observed: _je ferai cet ouvrage en deux jours_ (two days will be
required), _je ferai cet ouvrage dans deux jours_ (after two days have
elapsed).

117.--7. rang par rang... quand on danse. As in the dance
called the _farandole_, where a number of people join bands and dance in
a long line.

16. le meunier. The French have always ridiculed the millers; cf.
the proverb: _il n'y a rien de plus hardi que la chemise d'un meunier,
parce qu'elle prend, tous les matins, un fripon au collier_; also, _il
s'est fait d'vque meunier_, said when one has fallen from a good
position to a poorer one.

118.--4. le. This pronoun does not refer to _histoire_,
but to all that has been told. This paragraph has not been added by
Daudet, but occurs in the Provenal version.


LE SOUS-PRFET AUX CHAMPS

121.--26. de plus belle. See note to p. 4, l. 7.


LE PAPE EST MORT

123.--1. une grande ville de province. Daudet was born at
Nmes, his father was a wealthy manufacturer of silk handkerchiefs, the
father lost his money and moved to Lyons when Alphonse was nine years
old, it was here that the boy went to school and it is this city that is
described in the story.

2. trs-encombre. The hyphen is now omitted after _trs_.

125.--32. j'avais beau revenir. Littr explains this idiom
as follows: _Avoir beau_, c'est toujours avoir beau champ, beau
temps, belle occasion; _avoir beau faire_, c'est proprement avoir tout
favorable pour faire. Voil le sens ancien et naturel. Par une ironie
facile  comprendre, _avoir beau_ a pris le sens d'avoir le champ libre,
de pouvoir faire ce qu'on voudra, et, par suite, de se perdre en vains
efforts.

127.--13. Pie VII. Pius VII was imprisoned by Napoleon
(l'empereur, l. 16) at Fontainebleau from 1812 to 1814; the words
_comediante... tragediante_ were used by Napoleon to the Pope and by the
Pope to Napoleon.


UN RVEILLON DANS LE MARAIS

130.--23. vieux, vieux. The .repetition of an adjective
for emphasis is much more common in Italian than in French.

132.--3. une Diane... avec un croissant au front. A
conventional manner of representing the goddess.

4. triolets. In versification this name (_triolet_) is given to a
poem of eight lines, of which the first is repeated after the third, and
both the first and second after the sixth, it is a development of the
Old French _rondeau_; in music, as it is here used, the name is given
to a group of three notes which, in a measure of 3/4 time, produces the
effect of 6/8 time.


LA VISION DU JUGE DE COLMAR

134.--1. l'empereur Guillaume. William I, King of Prussia
in 1861 and Emperor of Germany from 1871 to 1888; it was during his
reign that the Franco-Prussian War occurred.

17. restez assis. In France the judges hold office for life
(_magistrature assise_), while prosecuting attorneys, etc., may be
removed from office by the Minister of Justice (_magistrature debout_);
there is thus a double meaning in _restez assis_ "rldquo;remain seated" or
"rldquo;remain a judge (for life)"; on condition, of course, that Dollinger
renounce his allegiance to France and take the oath of allegiance to
Germany.

26. le mme grand christ. Used in administering oaths, the person
who took the oath raised his right hand toward the crucifix.

136.--4. aussi n'avancent-ils. Notice that _aussi_ here
means "tldquo;therefore" and that it causes inversion (this occurs also with _
peine, encore, peut-tre, ici, l_, etc.).

137.--5. des robes noires, des robes rouges. The former
are worn by the judges in the lower courts, the latter by the judges in
the courts of appeal.

6. prsident. The French Department of Justice is now constituted
as follows. The Department has at its head a Cabinet Minister (_Ministre
de la Justice_) and it comprises a civil and a criminal jurisdiction. In
each canton is a justice of the peace, in each department a civil court,
and in sixteen important cities a court of appeal. Criminals are tried
in each department in a court of assize, before a jury of citizens and
judges of whom the presiding judge is termed the _prsident_ and the
assistant judges _conseillers assesseurs_. Above all courts is the Court
of Appeal (_Cour de Cassation_, in the _Palais de Justice_ at Paris);
this court is charged with looking after the strict observance of the
Laws.

138.--24. monsieur le comte. Bismarck was given the higher
title of Prince in 1871.


ERCKMANN-CHATRIAN

mile Erckmann, Phalsbourg, 1822--Lunville, 1899. Alexandre Chatrian,
Soldatenthal, 1826--Villemombles, 1890

Most of the literary work of these two men was done jointly, hence their
hyphenated signature. Erckmann did most of the writing, Chatrian most of
the editing and adapting for the stage. Their work consisted of short
stories, novels and plays, particularly with scenes laid along the
Franco-German (Alsatian) frontier, where they were both born. Their
stories usually deal with incidents of the French Revolution, the Empire
of Napoleon l and the Franco-Prussian War; they attacked war, and their
stories are generally of a fantastic or idyllic type.

Important works: _Madame Thrse_ (1863), _Histoire d'un Conscrit de
1813_ (1864), _L'Ami Fritz_ (1864, their best known novel), _Le Juif
Polonais_ (1869, their best known play, known in English as _The
Bells_), _Les Rantzau_ (1882, a play), and several collections of
_Contes_. The _Montre du Doyen_ is from the _Contes Fantastiques_
(1860).

Edition: Most of their work has been published by Hetzel.


LA MONTRE DU DOYEN

141.--2. bourgmestre. This title is not applied to French
mayors, but to those of Belgium, Holland, Switzerland, Germany, etc.

142.--13. plus d'une demi-lieue. The use of _de_ instead
of _que_, "tldquo;than," occurs before numerals and is a survival of the Old
French construction, which employed _de_ (than) generally after a
comparative (cf. the more general use of _di_ in this sense in Italian).

27. grand concerto. Incorrect in Italian, where grande is usually
written _gran_ before a word beginning with a consonant (except _s_
followed by another consonant); before a vowel _grand'_ is used
(_grand'impero_, great empire).

29. thologiens... philosophes. A playful reference to the
students of Heidelberg University.

145.--10. jusque pass minuit. Note that _jusque_ and not
_jusqu'_ is here used; besides a following preposition (_jusque
sur_, etc.), certain following adverbs may have the same construction
(_jusqu'ici, jusque-l, jusqu'aujourd'hui_, etc.).

20. ce disant. A survival of the Old French construction where
_ce_ could be used as object without a noun. In modern French _ce_ is
usually either an adjective pronoun or it is the impersonal subject of
a verb or it is the antecedent of a relative; the other uses have been
taken over by _ceci_ and _cela_. Another similar construction is _sur
ce_, used by sovereigns in closing letters.

148.--8. que. To avoid repetition of _comme_.

149.--14. soit. The tendency, although usage varies, is to
pronounce the _t_ in this exclamation.

23. comme tu voudras. Note the tense, a polite future, where in
English the present would be used; notice also, the tense on p. 148, l.
18.

153.--15. et toute la salle de rire. An example of the
historical infinitive, which expresses the sudden result of a preceding
action and is accompanied by a new subject.

28. plus qu'un. Notice the difference between this phrase and
_plus d'une_ (p. 142, l. 13).

161.--29. pas un d'entre eux. Note the insertion of
_entre_; when spoken, _un d'eux_ would not be clear; note also that
_entre_ suffers no elision (see note to p. 77, l. 11).

164.--14. aprs boire. An example of the present
infinitive used after _aprs_ (cf. _il est parti aprs avoir bu un verre
d'eau_).

167.--6.  peine eus-je allum. Note that _ peine_ causes
inversion and that it is used with the past anterior (see notes to p.
136, l. 4 and p. 3, l. 25).

168.--29. et que mon histoire vous ait intress. When que
is used to avoid the repetition of _si_, the subjunctive is employed.


FRANOIS COPPE

Paris, 1842--Paris, 1908

Coppe is known as a poet and writer of short stories. His work usually
deals with the pathetic side of humble life. He has been accused of
sentimentality and superficiality; he is, however one of the most
popular and accomplished of the modern French poets, a dramatist of some
merit and the author of a number of _Contes_ relating to the life of the
_peuple_, particularly in and about Paris.

Important works: _Posies_ (several collections, 1864-1890), _Thtre_
(best plays: _Le Passant_, 1869; _Le Luthier de Crmone_, 1876; _Les
Jacobites_, 1885; _Pour la Couronne_, 1895), and several volumes of
_Contes_ (the two stories given in this collection are from his _Longues
et Brves_, published in 1893).

Edition: Lemerre.


LE LOUIS D'OR

169.--12. abat-jour. This compound noun is invariable in
the plural because the plural idea does not really belong to the second
element, which is the only part capable of inflection.

17. Zaatcha. This oasis was captured in 1849, during what may be
termed the second period of the French occupation of Algeria; the first
period extends from the landing of French troops in 1830 until the
capture of Constantine in 1837, the second period, from 1837 to 1849,
was a period of resistance, the third period extending to 1901 was one
of partial insurrections; Algeria is now the most important French
colony. France now possesses the colonies of St. Pierre and Miquelon,
near Newfoundland; Guadaloupe, Martinique and French Guiana in the West
Indies and South America; New Caledonia, New Hebrides and about 116
other islands in Oceania; Indo-China (comprising Cochin-China, Annam
and Tonkin, with about 18,000,000 inhabitants); Madagascar, Reunion and
other near-by islands; Djibouti, an African port on the Gulf of Aden;
French Congo, French Soudan, French Guinea, French Senegal, on the
western coast of Africa; Tunis, Algeria and Morocco (the latter since
1912) on the Mediterranean, with strong influence in the country lying
between this territory and the Soudan. In addition the French language
is spoken by the descendants of French colonists in Canada, New Orleans,
the Mexican mountains, etc.

170.--3. mettant... ses souliers dans la chemine. The
French children have this custom instead of hanging up their stockings.

171.--28. quelque espoir. The final vowel of _quelque_ is
elided only in _quelqu'un_ and _quelqu'une_.

172.--5. le dix-sept n'est pas sorti. The game of roulette
is played on a rectangular table with a revolving wheel in the center.
A ball is placed on the wheel which sends it into compartments; these
compartments (of which there are two series, one on each side of the
table) are numbered consecutively up to thirty-six and are arranged in
three parallel lines or columns. The players or punters stake their
money in various ways: on a single number or numro, which means
that if the ball rests on that number the player receives thirty-five
times the amount risked; on a colonne or row of numbers, in that case if
the ball remains on any number of the column the player receives three
times the amount risked; on a couleur (the numbers are half red,
half black), in this case he receives, if he is successful, the amount
he has risked; on the douzaine, that is, on the first, second or
third series of twelve numbers, in case he wins the player then receives
three times the amount he has risked; other combinations may also be
used and there are two compartments, and 00, which enable the bank to
maintain a constant advantage.


L'ENFANT PERDU

176.--11. sous le nom de Louis XIV. Louis XIV was also
known as le _Roi-Soleil_.

15. Conseil gnral de l'Eure. The old French provinces were
abolished during the Revolution, and the territory was redivided into
_dpartements_, of which there are at present 86 (if the territory
around Belfort be not counted); each department is governed by a
_prfet_, or prefect. These departments are subdivided into 362
arrondissements, with a sous-prfet at the head of each; these into
2899 _cantons_, governed by a council; and these in turn into 36,170
_communes_, governed by mayors. The chief magistrate of the modern
Republic (declared in 1870) is the President, elected for seven years by
the Senate and the Chamber of Deputies. These latter legislative bodies
are composed respectively of 300 members elected for nine years (one
third every three years), and of 597 members elected for four years.
The President appoints a cabinet of ten ministers to aid him in his
executive duties. When a cabinet receives only a minority of votes of
confidence in the Chamber of Deputies, it resigns in a body and a new
cabinet is formed. The executive power is represented throughout France
by the prfets, sous-prfets and mayors. Each commune, canton and
arrondissement possesses a council which cannot treat of political
questions. There is also a conseil gnral which considers
departmental affairs. A deliberative body and a representative of
the executive are thus found side by side throughout the strongly
centralized Republic.

20. nous sommes donc autoris. The author is speaking for himself
alone, hence the participle is in the singular.

178.--7. zro. The French use the Centigrade thermometer
with zero at 32 Fahrenheit; 1 4/5 F. = 1 C.

179.--28. un air de famille avec les Auvergnats. An
allusion to the custom in Auvergne of wearing the beard in this fashion.

180.--32. chaussons de lisire et de la brosserie.
List-shoes and brushes are manufactured in French prisons.

181.--13. qui s'en faisait deux fois autant par la vertu de
l'anse du panier. Compare the phrase, faire danser l'anse du
panier, said of a cook who makes a profit on the supplies of the
Household.

24. son Allemande. Gouvernante is to be understood.

182.--7. joueur comme les cartes. Compare the phrase in
another of Coppe's stories (les Vices du Capitaine), joueur
comme feu Bsigue, where the game (bezique) is spoken of as though
it were a person.

11. trop heureux de devenir. Notice the difference between this
phrase and _trop heureux pour devenir_.

31. Dauphin. When the province of Dauphin was added to French
territory, the last ruler of Dauphin, Humbert III, ceded the province
on condition that the title of Dauphin be given to the eldest son of the
French king; the province became a part of French territory in 1349.

183.--10. le trois pour cent. The reference is to
government bonds.

16. quatre bureaux de tabac. Tobacco is a government monopoly in
France, hence the management of the shops is sometimes turned over to
friends of politicians.

18. Deux Dcembre. The date (December 2, 1851) on which Louis
Napoleon executed his _coup d'tat_, by which he was elected President
for ten years. There was a Parisian uprising against this act, but he
put this down and in the following year he became Emperor with the title
of Napoleon III (1808-1873).

19. P'pa, et le p'tit Nol... y mettra-ti' tet' chose. For _Papa,
etc. ...y mettra-t-il quelque chose_. See also note to p. 77, l. 32.

184.--1. blond albinos. Modified adjectives of color are
usually invariable.

185.--20. conqutes de 89. The French Revolution began in
1789.

27. l'air d'un mari du samedi. The working people are often
married on Saturday.

29. Rpublique parlementaire. A Republic has been proclaimed
three times in France: the first lasted from 1792 until Napoleon I
became Emperor in 1804; the second extended from the fall of King Louis
Philippe in 1848 until the _coup d'tat_ of 1851; the third and present
Republic was proclaimed on September 4, 1870 (the allusion in the text
is to the last).

186.--14. au chteau. That is, _au chteau du Louvre_, the
former residence of the French kings.

23. Port' siou p'ait. (_Ouvrez la_) _porte s'il vous plat_.

187.--12. sur les fortifications. The reference is to the
walls around Paris, formerly used as fortifications; the type of the
quarter is described in the text.

191.--19. ayez pas peur. The popular omission of _ne_ has
already been noted (note to p. 64, l. 19), as well as the other popular
phrases which follow.

192.--14. j'ai t faire. The use of _tre_ for _aller_
when followed by an infinitive is inelegant, though the construction is
sometimes used by good writers.

195.--24. mdaille. The reference is to the military
medal, conferred for meritorious military service (instituted in 1852).



THOPHILE GAUTIER Tarbes, 1811--Paris, 1872

Born in Gascony, Gautier was educated, partly in his native town, partly
at the Lyce Charlemagne in Paris. Here he became a friend of Grard de
Nerval, who was of such influence on the later decadent school. He was
a friend of the Romanticist, Victor Hugo, and the typical red waistcoat
which he wore at the first presentation of Hernani has become almost
historic. In 1830 he published a volume of verse, and two years later
_Albertus_ in the extreme Romantic style. A novelist and poet, he
traveled extensively and embodied his experiences and impressions in
many works on travel and art criticism. His work is characterized by a
remarkable esthetic appreciation, an almost flawless, ornate style, and
a strong tendency toward the fantastic. Faguet says of him: "Hldquo;He knew all
the resources of the French language and style." He stands above all for
form (cf. his poem, _L'Art_).

Important works: _Posies_ (1830), _Albertus_ (1832), _Mademoiselle de
Maupin_ (1835), _Fortunio_ (1838), _Les Grotesques_ (1844), _Avatar and
Jettatura_ (1857), _maux et Cames_ (1858), _Le Roman de la Momie_
(1858), _Le Capitaine Fracasse_ (1863), besides descriptions of his
travels.

Edition: Charpentier, in 34 vols.


LA MILLE ET DEUXIME NUIT

The title is borrowed from the _Mille et Une Nuits_, translated into
French by Galland (1704).

201.--1. favorite. This peculiar feminine form is due to
analogy with _petite_ (in the masculine _petit_ and _favori_ end with
the same sound, hence by analogy they have the same sound in the
feminine).

13. ne sachant que faire. _Pas_ may be omitted: (1) in certain
fixed phrases (_n'importe_, etc.); (2) after _qui_ or _que_ expressing
a regret or a desire (_qui de nous n'a ses dfauts?_); (3) before the
interrogative pronouns _que, quel, quoi_ (_je n'ai que faire de vos
dons, ne sachant que faire_, etc.); (4) with _ni_ (_il ne boit ni ne
mange_); (5) with _ne... que_, meaning "oldquo;only," or when another negative
follows (_point, rien_, etc.); (6) with certain verbs followed by an
infinitive (_pouvoir, savoir_, etc.); (7) with _si_ when expressing a
reservation in the sense of _ moins que_; (8) in certain subordinate
clauses (_je n'y vais jamais qu'il ne m'arrive quelque accident; c'est
vrai qu'il ne s'est jamais mari, mais ce n'est pas qu'il ne l'ait
voulu_, etc.). This list does not embrace the pleonastic uses of _ne_.
Notice further in regard to this phrase (ne sachant que faire)
that, although the indirect question usually becomes in French a
relative clause (_il ne sait pas ce qu'il fait_), with the infinitive
the old Latin construction is preserved (with _avoir, pouvoir_ and
_savoir_, when negative). _Ne_ (alone) to express negation is a survival
of the usage in Old French where _ne_ (without pas) could be used
generally.

216.--27. Ibnn-Ben-Omaz. There seems to have been no
celebrated poet of this name. Gautier's knowledge of Arabi was
apparently limited (a number of his errors have been indicated under
the proper words in the vocabulary). Omar Khayyam (eleventh and twelfth
centuries) is naturally suggested; Ibn al-Khattab Omar, the second
Caliph, who succeeded Abu-Bekr in 634 and who took part in writing the
Koran, is also suggested. Omaz is not an Arabic name.

218.--22. l'escarboucle magique, ou l'aigrette de plume de
hron. That is, she was neither a fairy nor of royal blood; the
carbuncle was formerly a magic stone and was credited with the power to
emit light; in regard to the hron, possibly Gautier had in mind the
ibis, the sacred bird of Egypt.

219.--29. la princesse... n'enverrait... que je
refuserais. For _si la princesse envoyait... je refuserais_.

220.--23. vous l'a fait prfrer. Notice that in this
construction the object of the infinitive precedes _faire_.

221.--1. c'est tout au plus si je pourrais. In conditional
clauses the conditional is not allowed after _si_; this clause is
declarative, the meaning is: "aldquo;at the utmost I could do no more than."


HONOR DE BALZAC

Tours, 1799--Paris, 1850

Because of his father's circumstances Balzac was at an early age placed
in a law office; this work was especially irksome to him, and he soon
went over to literature. For a long time he suffered hardships from want
of money, which seems to have strongly colored much of his work. In 1850
he married a wealthy Polish lady, Madame Hanska, but he never was able
to enjoy the life of ease to which he had been looking forward for many
years; his death occurred a few months after his marriage. Balzac's
chief work is to be found in his _Comdie Humaine_, a collection of
stones filling some forty volumes. It is divided into: _(1) Scnes de
la Vie Prive, (2) Scnes de la Vie de Province, (3) Scnes de la
Vie Parisienne, (4) Scnes de la Vie Politique, (5) Scnes de la Vie
Militaire, (6) Scnes de la Vie de Campagne, (7) tudes Philosophiques,
(8) tudes Analytiques_. These novels are often connected by the
reappearance of certain characters, and especially by the analysis of
character which is always intimately connected with Balzac's name. Of
a robust, exuberant and vulgar nature, his style is poor; he lacked an
artistic sense and he was without poetic genius. He was unable to depict
a gentleman or a lady; but he excelled in the analysis of character,
especially among the middle and lower classes, and in the descriptions
of their surroundings; it is thus that he stands at the head of the
Realists.

Important works: To the _Comdie Humaine_ (1829-1850) above mentioned
should be added the _Contes Drolatiques_ (in which he imitates the
style and the language of the sixteenth century) and several volumes
of _Contes_. In the _Comdie Humaine_ the following volumes should be
especially mentioned: _Le Pre Goriot_, _Le Colonel Chabert_, _Le Lys
dans la Valle_, _Ursule Mirouet_, _Eugnie Grandet_, _Le Cur de Tours,
Illusions Perdues, Csar Birotteau, Les Paysans, Le Cur de Village_.
_Un Drame au Bord de la Mer_ (written in 1834) is taken from the _tudes
Philosophiques_ (published in 1835)

Edltlon: Calmann Lvy, in 24 vols. and in 45 vols. (his works have been
published in several other editions).


UN DRAME AU BORD DE LA MER

222.--7. conceptions premires. Numerals precede their
nouns; when _premier_ follows its noun, as here, the idea conveyed is
"cldquo;conceptions which form the basis of other conceptions."

12. durant. According to Littr, this preposition differs from
_pendant_ in that it means "dldquo;during the entire time," whereas pendant
may mean "aldquo;at a certain point during the time": _durant la campagne les
ennemis se sont enferms dans leurs places_, and _c'est pendant la
campagne que s'est livre la bataille dont vous parlez_.

227.--27. sans mot dire. Note the position of _mot_ in
this phrase; cf. _sans rien dire_.

229.--4. faquir. The fakirs or ascetic Mohammedan monks
comprise various classes and orders; Balzac apparently has in mind
those known as yogis, who assume and maintain for a long time various
unnatural postures, their belief being that this will effect a union of
the human soul with the Supreme Being, whereby further migration will be
avoided (this is known as the yoga system of philosophy).

6. si le voulait la mer. Notice the inversion.

230.--24. mon cher oncle. A detailed account of Balzac's
family can be found in E. Bir, _Honor de Balzac_.

232.--28. bestiaux. This word is now used as the plural of
_btail_; it is, however, etymologically not the plural of btail, but
of the adjective _bestial_; the latter singular form is not now used as
a substantive in the literary language, although it occurs in works of
the seventeenth century and is still used in Normandy, meaning "aldquo;all the
cattle" (cf. Nyrop, _Grammaire historique de la langue franaise_, vol.
II, sec. 292, 2, remark).

235.--22. anachortes. Anchorites differ from hermits in
that they live in the most absolute solitude and subject themselves to
the greatest privations.

237.--4. il ne se serait pas sacr comme a, que la
frayeur ...That is, _quand mme il ne se serait pas sacr comme a,
la frayeur..._ (the principal clause expresses a concession, and the
_que_ clause the conclusion).

11. qu'est. A popular error already noted (see note to p. 92, l.
29).

18. qu qui te dit. For _qu'est-ce qu'il te dit_; qu'elle
rpond (l. 19), an example of the superfluous que used by the
uneducated; qu'a dit (l. 21) _= qu'elle dit = dit-elle_.

31. dfunt ma mre. _Dfunt_, as also the adjective _feu_, does
not agree with its noun when the latter follows.

238.--5. qu'a cout. For _qu'elle a cout_. 22. plus
du temps. For _plus que le temps_.

239.--20. fallait des espces. Popular omission of il.

26. mette. The dialects often other examples of the survival of
Old French words; _mtal_ is the modern word for "mldquo;metal," it is
sometimes used in slang for "mldquo;money."

240.--27. des cent cus, des cent francs. For _des
centaines d'cus, des centaines de francs_.

241.--3. la fille au cadet. Popular for la _fille du
cadet_, another example of the survival of an Old French construction
among the common people.

10. qu'avait. For _qui avait_.

27. pour. Incorrect use of _pour_ without an object; the other
popular phrases have already been noted.

243.--18. malin. The feminine of this adjective, maligne,
is only apparently irregular; the Latin etyma are _malignum_ and
_malignam_ (French words, except those used in address, are derived
from the Latin accusative), these give regularly _malin_ and _maligne_,
because final Latin vowels fall except _a_ which becomes _e_ and final
_gn_ is reduced to _n_, whereas _gn_ between vowels gives the modern
French sound.

30. il pleurait du sang. Compare the English phrase "tldquo;to sweat
blood."

244.--18. il savait plus. Popular omission of _ne_.


ALFRED DE MUSSET Paris, 1810--Paris, 1857

De Musset at an early age became a member of the cnacle or inner circle
of the Romantic writers, with whom he is intimately connected. In 1829
he published a volume of verse of great merit; this and the _Spectacle
dans un Fauteuil_ made him famous at once. He had an extremely
excitable, poetic temperament and a weak will, which rendered him
incapable of entering any useful employment, such as a position in the
French Embassy at Madrid, or writing regularly for periodicals, both of
these positions having been offered him. He was elected to the French
Academy in 1852 and did little work thereafter. His best work was done
in verse and in the drama, but his short stories are of extraordinary
merit. His poems (especially the _Nuits_) possess preminently the
lyric quality, genuineness, originality and passion; his dramas, having
usually some proverb as a title, show great delicacy, grace, ingenuity
and wit; his short stories are exquisite. His style, in contrast to that
of Gautier, shows little care for form, and in many respects he may be
compared with the English poet Byron.

Important works: _Contes d'Espagne et d'Italie_ (1829), _Spectacle dans
un Fauteuil_ (1829), _Rolla_ (1833), _Nuits_ (1835 ff.); _Lettre 
Lamartine_ (1836), _Confessions d'un Enfant du Sicle_ (1836), _Posies
Nouvelles_ (1840), _Comdies et Proverbes_ (1850-1851, about
fifteen), besides several _Nouvelles and Contes</I> (1837-1854), such
as: _Emmeline, Frdric et Bernerette, Fils du Titien, Margot, Le Merle
Blanc, Croisilles_ (published in 1841), etc.

Edition: Charpentier, in 9 vols.; Lemerre, in 10 vols.


CROISILLES

250.--29. et quand je l'aurais. The apodosis (_qu'est-ce
que je ferais_) is omitted and only the protasis is expressed.

251.--13. que penserait-on de vous. Distinguish between
_penser _, to think of, and _penser de_, to have an opinion of.

252.--29. fermes royales. The old monarchy, which existed
in France before 1789, used to farm out the taxes to private individuals
or to a company, on condition that a certain sum should be turned over
to the Government, anything above this sum being the profit of the
_fermier_.

257.--9. de la sorte. Preservation of the old
demonstrative use of _illam_; the French article is the weakened Latin
demonstrative.

259.--1.  peine... que. Notice that _que_, not _quand_,
is used after _ peine_; the inversion with _ peine_ has already been
mentioned (note to p. 136, l. 4).

260.--10. n'avoir pas din. Both parts of the negative are
usually placed before the infinitive.

17. Monsieur aime-t-il. The third person is generally used by
French servants in addressing their masters.

263.--24. un Turc. De Musset has in mind the Turkish
custom of sending _slams_ (see this word in the vocabulary).

266.--4. Mademoiselle. _Cher, chre_ in the salutation of
a French letter expresses much greater intimacy than the corresponding
English word; it is omitted in formal letters.

268.--10. si on lui. _Si on_ and not _si l'on_ is used
when the letter _l_ immediately follows.

269.--18. plus d'une. Notice that, while the subject
contains a plural idea, the verb is singular because of the influence of
_un_.

270.--16. profondment. Not an exception to the rule that
French adverbs are derived by adding _-ment_ to the feminine adjective;
adverbs of this type go back to past participles ending in _-e_, the
final e having been lost (_aveuglment, commodment, conformment_,
etc.), or are formed on analogy with adverbs that are so derived (see
Darmesteter, _Historical French Grammar_, p. 382).

277.--26. grand'chose. See note to p. 87, l. 17 (cf. also
grand 'peine, l. 8).

279.--7. pouser... marier. Distinguish words.




VOCABULARY

ABBREVIATIONS

The following abbreviations have been used in the vocabulary.


  _adj._ adjective
  _adv._ adverb
  _art._ article
  _c._ about (_circa_)
  _card._ cardinal numeral
  _cf._ compare (_confer_)
  _conj._ conjunction
  _conj._ pr. conjunctive pronoun
  _dej._ definite
  _dem._ demonstrative
  _disj._ disjunctive pronoun
  _f._ feminine substantive
  _indef._ indefinite
  _int._ interrogative
  _interj._ interjection
  _m._ masculine substantive
  _m., f._ masculine and feminine substantive
  _ord._ ordinal numeral
  _p._ page
  _pl._ plural
  _poss._ possessive
  _pr._ pronoun
  _prep._ preposition
  _q.v._ which see (_quod vide_)
  _refl._ reflexive
  _rel._ relative
  _s._ substantive
  _v._ verb


A

, _prep._ ta, at, in, on, by, of, from, for, with, until;
solide--, strong enough to;--ce que, as.
abaisser, _v._ to lower, cast down; s'--, be lowered, sink,
fall.
abandon, _m._ abandon, abandonment, freedom.
abandonner, _v._ to abandon, give up.
abasourdir, _v._ to deafen, stun, daze.
abat-jour, _m._ shade (of a lamp, etc.).
abattre, _v._ to fell, throw down, bring or knock or strike down;
s'--, fall, fail prostrate; abattu, --e, cast down,
prostrated.
abb, _m._ abbot, abb (general title for Catholic priests).
abdomen, _m._ abdomen (en pronounced as in ennemi).
abdomin, represents the incorrect pronunciation of abdomen.
Abdul-Malek, perhaps Gautier was thinking of Abdalmalek, the name
of several noted Mohammedans (Gautier also uses the form Abdul-Maleck).
abime, _m._ abyss.
ablution, _f._ ablution.
aboiement, _m._ barking.
abominable, _adj._ abominable.
abominablement, _adv._ abominably.
abondamment, _adv._ abundantly.
abondance, _f._ abundance.
abonder, _v._ to abound.
abord, _m._ access, arrival, approach, landing; d'--, at
first, first.
aborder, _v._ to board, accost, land, arrive, reach, make
(a port).
Aboul-Casem, Abul Kasim Mansur, called also Ferdoussi, _q. v._
aboutir, _v._ to result, end.
aboyer, _v._ to bark.
abrger, _v._ to abridge.
abreuver, _v._ to givedrink to, quench the thirst of, drench.
abri, _m._ shelter;  l'-- de, sheltered from, safe from.
abriter, _v._ to shelter.
abrupt,--e, _adj._ abrupt, rugged (_pt_ pronounced).
abrutir, _v._ to stupefy; besot.
absence, _f._ absence (in this and in the next six words _b_ is
pronounced as _p_).
absent,--e, _adj._ absent.
absolu,--e, _adj._ absolute.
absolument, _adv._ absolutely.
absolution, _f._ absolution.
absorber, _v._ to absorb.
absorption, _f._ absorption.
Abu-Becker, this name suggests Abu-Bekr, father-in-law of
Mohammed.
abus, _m._ abuse.
abuser, _v._ to abuse, take advantage; s'--, be mistaken,
be deceived.
accablement, _m._ prostration, dejection; accabler, _v._
to overwhelm, crush.
accent, _m._ accent, note.
accentuer, _v._ to accentuate, accent.
accepter, _v._ to accept.
accs, _m._ access, attack, burst, rush.
accident, _m._ accident.
accoler, _v._ to embrace.
accompagner, _v._ to accompany.
accomplir, _v._ to accomplish, perform.
accorder, _v._ to accord, grant; s'--, accord, agree.
accoster, _v._ to accost.
accouder (s'), _v._ to lean on one's elbow.
accourcir, _v._ to shorten.
accourir, _v._ to run up.
accoutumer, _v._ to accustom; s'--, become accustomed;
accoutum,--e, accustomed, used.
accrocher, _v._ to hang ur, hook; s'--, hang (on), lay hold,
hook oneself (to); accroch,--e, hung, caught.
accroupir (s'), _v._ to squat, crouch; accroupi,--e, adj.
crouching, squatting.
accueillir, _v._ to receive, greet, welcome.
accumuler, _v._ to accumulate.
accusation, _f._ accusation.
accuser, _v._ to accuse, acknowledge, show, reveal, initiate, bring
out.
acharnement, _m._ animosity, blind fury, tenacity.
acharner, _v._ to enrage, madden; acharn,--e, adj.
infuriated, implacable, furiously intent upon.
acheter, _v._ to buy.
acheteur, _m._ buyer.
achever, _v._ to complete, finish, put the finishing touches to,
kill.
acier, _m._ steel.
acolyte, _m._ acolyte, attendant.
acqurir, _v._ to acquire, gain.
acquit, _m._ receipt, discharge; par--de conscience, to ease
one's conscience.
acquitter, _v._ to acquit, pay.
crement, _adv._ sourly, sharply, bitterly.
acte, _m._ act.
action, _f._ action, stock, share.
adessias, _adv._ adieu, good-by (Provenal).
adieu, _adv._ and _m._ good-by, farewell, adieu.
adjoint, _m._ adjunct, associate, assistant, deputy (used
especially of the magistrate who takes the place of the mayor when absent).
admettre, _v._ to admit.
administrateur, _m._ administrator, manager, director.
administrer, _v._ to administer;
administr, _m._ person under one's administration, fellow-citizen.
admirable, _adj._ admirable.
admiration, _f._ admiration.
admirer, _v._ to admire.
adopter, _v._ to adopt.
adoptif,--ive, _adj._ adoptive, adopted.
adorable, _adj._ adorable.
adorer, _v._ to adore.
adosser, _v._ to lean against, back (by); s'--, lean one's
back against.
adoucir, _v._ to sweeten, soften.
adresse, _f._ address, skill.
adresser, _v._ to address.
adversaire, _m._ adversary.
arer, _v._ to ventilate.
affabilit, _f._ affability.
affaiblir, _v._ to enfeeble, weaken; s'--, grow weaker or
fainter.
affaire, _f._ affair, matter, case, business transaction,
engagement (military); _pl._ affairs, business; avoir -~ ,
to have dealings with, have to reckon with; homme d'affaires,
agent; faire nos affaires, to do well, succeed.
affaissement, _m._ weakening, diminution of strength, collapse,
weakness.
affaisser, _v._ to sink; s'--, settle down, sink, collapse.
affaler, _v._ to lower; affal, -e, fallen, collapsed.
affamer, _v._ to starve; affam, -e, starved, famished.
affecter, _v._ to affect, assume.
affection, _f._ affection.
affrer, _v._ to tell (dialectic; _cf. averer_ in Old French).
affiche, _f._ hand-bill, poster.
afficher, _v._ to post (up).
affiner, _v._ to refine.
affirmer, _v._ to affirm, state.
affliction, _f._ affliction.
affliger, _v._ to afflict.
affoler, _v._ to madden, drive mad; affol, -e, adj.
distracted, crazed, beside oneself.
affreusement, _adv_. frightfully.
affreux, -euse, _adj._ frightful, dreadful.
affronter, _v._ to face, brave.
afft, _m._ gun-carriage, watch;  l'--, lying in wait.
afin (de _or_ que), _conj._ in order to, in order
that.
africain, -e, _adj._ and _s._ African (written Africain when
_s._).
Afrique, _f._ Africa.
agacer, _v._ to provoke, irritate.
agate, _f._ agate.
ge, _m._ age; jeune --, youth.
g, --e, _adj._ aged, old.
agenda, _m._ memorandum-book, note-book (_en_ pronounced as in
_bien_).
agenouiller (s'), _v._ to kneel; se tenir agenouill,
remain on one's knees.
agent, _m._ agent, police agent, policeman, deputy; -- de
police, police agent, policeman.
agilit, _f._ agility.
agir, _v._ to act; s'- de, be a question of; il ne
s'agit pas
de perdre la tte, it is no time to lose your head.
agitation, _f._ agitation, commotion.
agiter, _v._ to agitate, stir, shake, wave, move, disturb, raise
(a question); s'--, be agitated, stir, toss about, play.
agneau, _m._ lamb.
agonie, _f._ death agony.
agrandir, _v._ to enlarge; s'--, be enlarged, become
larger.
agrable, _adj._ agreeable.
agrment, _m._ charm.
agrs, _m. pl._ rigging, tackle.
agricole, _adj._ agricultural.
agriculture, _f._ agriculture.
agripper, _v._ to snatch up or away.
aguets, _m. pl._ watch.
ah, _interj._ ah!, ha!
ahurissement, _m._ bewilderment, amazement.
a, _interj._ ouch!, oh!, oh my!
aide, _f._ aid; -- de camp, m. aide-de-camp; 
l'--! help!
aider, _v._ to aid, help, assist.
aeul, -e, _m., f._ grandfather, grandmother, ancestor.
aigle, _m._ eagle.
aigrement, _adv._ sharply, roughly, keenly.
aigrette, _f._ egret, aigrette, tuft, plume.
aigu, -, _adj._ acute, sharp, shrill.
aiguille, _f._ needle, hand of a clock (_ui_ pronounced as in
lui).
aile, _f._ wing.
aileron, _m._ pinion, tip of a wing, small wing, fin, stump of an
arm (familiar in last sense).
ailleurs, _adv._ elsewhere; d'--, besides.
aimable, _adj._ kind, agreeable, amiable.
aimer, _v._ to love, like; -- mieux, prefer.
ain, -e, _adj. and s._ elder, eldest, senior.
ainsi, _adv. and conj._ thus, so, in this manner, as follows,
-- que, just as.
air, _m._ air, look, appearance, manner; en l'--, in the
air, up; -- de famille avec, family resemblance to; passer
sous son --, to pass to leeward of him; il n'y avait pas
d'--, there was no air stirring.
aise, _f._ case, pleasure;  son --,  l'--, at
one's ease, comfortable, well off.
ais, -e, _adj._ easy.
aisment, _adv._ easily.
aisselle, _f._ armpit.
Ajaccio, chief city of Corsica and birthplace of Napoleon I
(pronounced in French: _Ajaksio_).
ajonc, _m._ furze, thorn-broom.
ajouter, _v._ to add.
ajuster, _v._ to adjust, aim at.
ajusteur, _m._ mechanic, fitter, weigher (of coins at the mint).
alanguir, _v._ to make languid; s'--, languish, grow dim.
alarmer, _v._ to alarm.
albanais, -e, _adj._ and _s._ Albanian (written Albanais
when _s._).
albtre, _m._ alabaster.
albinos, _adj. and s._ albino (_s_ pronounced).
Al Borack, Al Borak, name of the legendary winged mule on which
Mohammed is said to have made a journey to heaven (= lightning, in
Arabic).
alcve, _f._ alcove.
Alep, Turkish city (Syria).
Alexandre, Alexander.
alezan, -e, _adj. and s._ chestnut color, chestnut horse; --
brl, dark chestnut.
Alger, Algiers (capital of Algeria).
Algrie, _f._ Algeria (conquered by France 1830-1871).
alibi, _m._ alibi.
alimenter, _v._ to feed.
aligner, _v._ to line up, lay out in line; s'--, line up,
be or fall in line, form a line.
Allah, Mohammedan name for God.
alle, _f._ going, passage, walk, path; -- et venue, going
and coming.
allger, _v._ to buoy up, lighten.
allgresse, _f._ glee, joy.
Allemagne, _f._ Germany.
allemand, -e, _adj._ and _s._ German (written Allemand
when _s._).
aller, _v._ to go, go on or along, get on, suit; s'en --,
go away oralong; allons!, come!, there now!; allez!,
va!, go along, come, get out, that's sure, etc.; a va-t-il?,
are you getting on all right?; -- et venir, come and go, rise and
fall, walk to and fro, etc.
allitr, -e, _adj._ alliterative.
allonger, _v._ to lengthen, stretch out; -- le pas,
lengthen one's stride, hasten on; allong -e, lengthened,
long.
allumer, _v._ to light; kindle, brighten; s'--, light up,
be brightened up, be kindled or lighted; l'oeil allum, with
bright eyes, allure, f. bearing, manner, style, gait, behavior.
allusion, _f._ allusion.
alme, _f._ Oriental dancer.
alos, _m._ aloe, century-plant (_s_ pronounced).
alors, _adv._ then; -- que, _conj._ when, while.
alouette, _f._ lark.
alourdir, _v._ to make drowsy or heavy.
Alpes, _f. pl._ Alps.
Alsace, _f._ Alsace (_s_ pronounced as _z_).
Alsirat, Al Sirat, the bridge, narrower than a razor, leading to
the Mohammedan Heaven (=the way, in Arahic).
altier, -re, _adj._ proud, lofty.
amande, _f._ almond.
amant, _m._ lover.
amarre, _f._ cable, hawser.
amasser, _v._ to amass, pile up, accumulate.
ambition, _f._ ambition.
ambre, _m._ amber; -- gris, ambergris (secretion of a whale
used in certain perfumes).
me, _f._ soul, heart, spirit, mind.
amen, _interj._ amen (pronounced as in Latin).
amender, _v._ to improve; s'--, reform, mend one's ways.
amener, _v._ to lead, bring, bring forward.
amrement, _adv._ bitterly.
Amrique, _f._ America; -- du Sud, South America.
ami, -e, _m., f._ friend, sweetheart; mon --, my dear, my
dear fellow, my friend; bonne amie, good friend, sweetheart.
amiti, _f._ friendship.
amollir, _v._ to soften; s'--, become soft or slack.
amonceler, _v._ to pile ip; s'--, be piled up.
amour, _m._ love.
amoureux, -euse, _adj._ and _s._ in love, sweetheart, lover;
devenir --, to fall in love (to be distinguished from the
lower word amant).
amour-propre, _m._ self-respect, self-esteem.
amputer, _v._ to amputate; amput, -e, with a limb
amputated.
amuser, _v._ to amuse; s'--, amuse oneself, be amused,
have a good time.
an, _m._ year.
anachorte, _m._ anchorite, hermit (_ch_ pronounced as _k_).
analytique, _adj._ analytical.
anctre, _m._ ancestor (more frequent in _pl._).
ancien, -ne, _adj._ ancient, former, of former times, of long
standing, old.
ancre, _f._ anchor.
Andelys (les), town in the department of Eure (Normandy).
andiamo mio ben, let us go, my beloved (Italian, aria from Mozart's
opera Don Giovanni).
ne, _m._ ass, donkey; il ne se trouve pas dans le pas d'un
--, it's not found every day.
anantir, _v._ to annihilate, dumbfound.
anfractuosit, _f._ anfractuosity, inequality, unevenness.
ange, _m._ angel.
anglais -e, _adj._ and _s._ English, Englishman (written Anglais
when _s._).
angle, _m._ angle, corner.
Angleterre, _f._ England.
angoisse, _f._ anguish, great anxiety.
animal, _m._ animal, creature, beast.
animer, _v._ to animate.
ankyloser, _v._ to ankylose (cause stiffening of the joints);
ankylos,-e, ankylosed, stiff.
annales, _f. pl._ annals.
anneau, _m._ ring.
anne, _f._ year.
Annette, Annie.
annonce, _f._ announcement, advertisement.
annoncer, _v._ to announce.
anse, _f._ handle, inlet, cove.
antichambre, _f._ antechamber, anteroom.
anticlrical, -e, _adj._ anti-clerical.
antilope, _f._ antelope.
antique, _adj._ antique, ancient, old-fashioned.
Antoine, Anthony.
anxieux, -euse, _adj._ anxious.
aoh, represents the English pronunciation of oh.
aot, _m._ August (pronounced: _ou_).
apaisement, _m._ appeasement, relief.
apaiser, _v._ to appease, soothe; s'--, be calmed, subside.
apanage, _m._ appanage, lot, characteristic.
apercevoir, _v._ to perceive, notice, see; s'-- (de),
perceive, etc.
aplatir, _v._ to flatten.
aplomb, _m._ plumb, perpendicular position; d'--, straight,
perpendicularly (_b_ not pronounced).
Apollon, Apollo (Greek and Roman god of oratory, medicine, poetry,
the arts, the sun, etc.).
apoplexie, _f._ apoplexy.
apothose, _f._ apotheosis.
apparaitre, _v._ to appear.
appareil, _m._ apparatus.
apparence, _f._ appearance, bearing, look.
apparent, -e, _adj._ apparent.
apparition, _f._ apparition, appearance.
appartement, _m._ apartment.
appartenir, _v._ to belong.
appel, _m._ call, roll-call, appeal; faire l'--, to call the
roll.
appeler, _v._ to call, call out; s'--, be named; il se
faisait --, he gave as his name.
apptit, _m._ appetite.
application, _f._ application.
appliquer, _v._ to apply, put one thing on another.
apporter, _v._ to bring, bring forward.
apprciable, _adj._ appreciable.
apprcier, _v._ to estimate, judge the value of, value, appreciate.
apprhension, _f._ apprehension.
apprendre, _v._ to learn, teach, tell, hear of, show.
apprenti, _m._ apprentice.
apprt, _m._ preparation.
apprter, _v._ to prepare, get ready; s'--, prepare, get
ready.
approche, _f._ approach, coming; approches du jour, approach
of day.
approcher, _v._ to approach; s'-- (de), approach.
approprier, _v._ to appropriate, tidy up.
appui, _m._ support, sill; mur d'--, supporting wall,
window-sill.
appuyer, _v._ to support, lean, rest; s'--, lean, rest;
appuy, -e, leaned, leaning.
aprs, _prep. and adv._ after, afterwards; -- que, _conj._
after.
aprs-midi, _f. (or m.)_ afternoon.
arabe, _adj. and s._ Arabic, Arabian, Arab (written Arabe when
_s._).
araigne, _f._ spider; -- de mer, spider-crab.
arbre, _m._ tree.
arc, _m._ bow, arch.
arche, _f._ ark, arch (of a bridge).
archet, _m._ bow; avoir le plus magnifique coup d'--, to play
the finest bow.
ardent, -e, _adj._ ardent, burning, warm, fiery, glowing.
ardeur, _f._ ardor, fervor, spirit, heat.
ardoise, _f._ slate.
arte, _f._ fish-bone.
argent, _m._ silver, money.
argenterie, _f._ silverware, silver.
argentin, -e, _adj._ silvery.
argyronte, _f._ water-spider.
ariette, _f._ arietta, light air, tune.
aristo, slang for aristocrate.
aristocrate, _m., f._ aristocrat.
aristocratie, _f._ aristocracy (pronounced: aristocracie).
aristocratique, _adj._ aristocratic.
Arlsien, -ne, _m., f._ native of Arles (in Provence).
arme, _f._ arm, weapon.
arme, _f._ army.
armer, _v._ to arm, fit, tip, cock, fit out.
armoire, _f._ cupboard, press, closet.
armoiries, _f. pl._ arms, coat of arms.
armurier, _m._ gunsmith.
arpenter, _v._ to measure (land), stride along or over.
arracher, _v._ to snatch, tear off, pull out.
arranger, _v._ to arrange, treat, "fldquo;fix"; s'--, be arranged,
make arrangements, manage.
arrestation, _f._ arrest.
arrt, _m._ stop, pause, decision.
arrter, _v._ to stop, arrest, decide, draw up; s'--, stop.
arrire, _v._ and m. back, rear, stern; en --, back,
backwards, behind, on the back (of the head, etc.).
arrire-boutique, _f._ back shop.
arrire-pense, _f._ mental reservation, thought not expressed.
arrive, _f._ arrival.
arriver, _v._ to arrive, happen, come; pour en -- l, to reach
that point (figurative).
arrondir, _v._ to round.
arrondissement, _m._ district, ward, arrondissement (subdivision of
a department).
arroser, _v._ to water, sprinkle.
art, _m._ art.
Artaban, proverbially proud hero of La Calprende's novel,
_Cloptre_ (17th century).
articuler, _v._ to pronounce, state.
artillerie, _f._ artillery.
artilleur, _m._ artilleryman, gunner.
artiste, _m., f._ artist.
as, _m._ ace (_s_ pronounced).
asiatique, _adj._ Asiatic.
asile, _m._ asylum, shelter, refuge.
Asnires (la porte d'), gate in northwestern wall of Paris
(pronounced: _nire_).
aspect, _m._ aspect, appearance, sight (pronounced: _asp_).
asphalte, _m._ asphalt.
aspiration, _f._ aspiration, inspiration, breathing.
Asral, Azrael (the angel who separates the soul from the body at
death, in Mohammedan and Jewish angelology).
assaillir, _v._ to assail.
assassin, _m._ assassin, murderer;  l'--!, murder!
assassinat, _m._ assassination, murder.
assassiner, _v._ to assassinate, murder.
assaut, _m._ assault;  l'--!, charge!
assembler, _v._ to assemble, gather, collect.
asseoir, _v._ to seat, set, s'--, sit, be seated, sit down;
assis, -e, seated, judicial.
assesseur, _m._ (also used adjectively), assistant (judge).
assez, _adv._ enough, sufficient, rather, well enough.
assiger, _v._ to besiege.
assiette, _f._ plate; se trouver dans son -- ordinaire, to
feel at home.
assise, _f._ court of assize, criminal court.
assistant, _m._ person present, bystander.
assister, _v._ to be present, attend, witness.
associ, -e, _m., f._ associate, partner.
assonance, _f._ assonance (rime with vowels, but not with
consonants).
assonant, -e, _adj._ assonant.
assoupir, _v._ to make drowsy, lull; s'--, become drowsy;
assoupi, -e, drowsy.
assujettir, _v._ to subject, fasten, make firm.
assurance, _f._ assurance.
assurment, _adv._ assuredly.
assurer, _v._ to assure.
Astolphe, Astolfo (legendary English Prince in the Charlemagne
romances, Ariosto's Orlando Furioso, etc., noted for his hippogriff and
for his fairy horn of which the piercing sound could strike terror to
all who heard it).
atar-gull, _m._ attar of roses (Persian: atar-gul).
atavisme, _m._ atavism, inheritance.
atelier, _m._ workshop, factory, studio.
atmosphre, _f._ atmosphere.
atome, _m._ atom.
atour, _m._ attire, finery (usually _pl._).
tre, _m._ hearth.
atroce, _adj._ atrocious.
attabler, _v._ to seat or place at table.
attacher, _v._ to attach, fasten, bind, fix; s'--, attach
oneself, be or become attached, stick.
attaque, _f._ attack.
attaquer, _v._ to attack.
attarder, _v._ to delay; s'--, be delayed, tarry; attard,
-e, delayed, belated.
atteindre, _v._ to attain, reach, attack.
atteler, _v._ to harness, put (horses) ta, hitch, yoke; attel
de, drawn by.
attendre, _v._ to await, wait for, wait, expect; s'-- ,
expect; c'tait l que je vous attendais, I was waiting for you
there, that was what I expected of you; attendu que, _conj._ seeing
that, in view of the fact that.
attendrir, _v._ to move, affect, touch; attendri, -e, _adj._
softened, tender.
attente, _f._ waiting, wait, expectation.
attentif, -ive, _adj._, attentive.
attention, _f. and interj._ attention, care, look out!
attentionn, -e _adj._ attentive.
attentivement, _adv._ attentively.
attnuer, _v._ to attenuate, soften.
atterrer, _v._ to strike down, cast down, overwhelm.
atterrir, _v._ to land, make land.
attirer, _v._ to attract, draw.
attitude, _f._ attitude.
attraper, _v._ to catch;
attribuer, _v._ to attribute.
attrister, _v._ to sadden.
attrouper, _v._ to assemble, collect (also _refl._).
au (aux) =  le ( les).
auberge, _f._ inn, tavern.
aubergiste, _m., f._ inn-keeper.
aucun, -e, _adj._ no, none, any.
audace, _f._ audacity.
audacieux, -ieuse, _adj._ audacious, daring.
audience, _f._ hearing, audience, court.
auditeur, _m._ auditor, hearer.
auditoire, _m._ audience.
augmenter, _v._ to increase.
augure, _m._ augury, omen.
auguste, _adj._ august.
aujourd'hui, _adv._ to-day.
aumne, _f._ alms, charity; faire l'-- , to give alms to.
auparavant, _adv._ before, previously.
auprs (de), _prep._ near, with.
auquel (auxquels, etc.) =  lequel ( lesquels, etc.).
aurore, _f._ dawn.
aussi, _adv. and conj._ also, so, as, therefore; -- ... que,
as ... as.
aussitt, _adv._ straightway, at once; --- que, _conj._ as
soon as.
autant, _adv._ as much, as many, so many, as well; comme --,
as so many; d'-- plus (moins), so much the more (less).
autel, _m._ altar.
auteur, _m._ author.
autorisation, _f._ authorization, consent.
autoriser, _v._ to authorize.
autour, _adv._ and prep. (with de), around.
autre, _adj._ other, else, of another kind; d'autres, others;
avec nous autres, with the rest of us; vous autres, the rest
of you.
autrefois, _adv._ formerly, former times.
autrement, _adv._ otherwise.
autrichien, -ne, _adj. and s._ Austrian (written Autrichien
when _s._).
autruche, _f._ ostrich.
auvent, _m._ penthouse, awning (sometimes incorrectly used for
shutter).
auvergnat, -e, _adj. and s._ of Auvergne (former province in
central France), native of Auvergne (written Auvergnat when _s._).
avalanche, _f._ avalanche.
avaler, _v._ to swallow.
avance, _f._ advance; d' ( l')--, in advance; la belle
--, a lot of good it would do.
avancement, _m._ advancement, promotion.
avancer, _v._ to advance, push forward; s'--, advance; poste
avanc, outpost; avance, _f._ spur (of a mountain).
avant, _prep., adv. and m._ before, forward part, bow; -- de,
before; en --, forward, in front; en -- de, before; --
que, _conj._ before.
avantage, _m._ advantage.
avant-bras, _m._ forearm.
avant-garde, _f._ vanguard, advance-guard.
avant-hier, _adv._ the day before yesterday.
avant-poste, _m._ outpost.
avant-veille, _f._ second day before, two days before.
avare, _adj. and s._ avaricious, miserly, miser.
avarie, _f._ damage;
avatar, _m._ incarnation, metamorphosis.
avec, _prep._ with (following noun should often be translated
adverbially: -- expression, expressively, etc.).
Aveline, name of a forest near Rethel (mentioned by de Maupassant).
avenir, _m._ future.
aventure, _f._ adventure;  l'--, at hazard.
aventurer (s'), _v._ to risk oneself, venture.
avenue, _f._ avenue, driveway.
averse, _f._ shower.
aversion, _f._ aversion.
avertir, _v._ to warn, give notice, inform, acquaint.
avertissement, _m._ warning, notification.
aveu, _m._ avowal, confession.
aveugle, _adj._ blind.
aveuglement, _m._ blindness.
aveuglment, _adv._ blindly.
aveugler, _v._ to blind.
avide, _adj._ greedy, voracious, eager.
avidit, _f._ avidity, eagerness.
Avignon, city on the Rhone, 75 miles north of Marseilles
(department of Vaucluse).
aviron, _m._ oar.
avis, _m._ opinion, notice.
aviser, _v._ to apprise, advise, see about, notice, espy, think
(of); s'--, take into one's head.
aviver, _v._ to brighten, enliven; s'--, become brighter.
avocat, _m._ lawyer, attorney, barrister.
avoine, _f._ oats.
avoir, _v._ to have, receive, be (age), take (care); -- faim,
peur, soif, froid, be hungry, afraid, thirsty, cold; il y a,
there is, there are, ago, for (of time); qu'avez-vous?, qu'as-tu?,
what is the matter with you?; qu'est-ce qu'il y a?, qu'y a-t-il?,
what is the matter?, what can I do?; -- soin, take cale; -- piti
de, feel pity for, be sorry for; -- beau (with infinitive), in
vain; c'est ce que nous avons de mieux  faire, it is the best we
can do; -- , have reason to; et n'et-elle t rien de tout
cela, and had she not been at all so; _m._ property (when _eu_
occurs in the forms of this verb, it is pronounced: _u_).
avou, _m._ attorney, solicitor, lawyer (who does not plead, in
this case avocat is used).
avouer, _v._ to acknowledge, confess.
avril, _m._ April.
axiome, _m._ axiom, adage, saying.
Ayesha, popular Arabic name, because of Ayesha the favorite wife of
Mohammed.
azur, -e, _adj. and m._ azure, sky-blue.


B


b..., abbreviation of bougre.
Babet, Bessie.
babiller, _v._ to prattle, chatter.
babouche, _f._ Turkish slipper.
badaud, _m._ idler, gaper, booby.
bagage, _m._ baggage, luggage (also in _pl._).
bagarre, _f._ scuffie, fray, hubbub.
bagatelle, _f._ mere trifle.
Bagdad, city of Asiatic Turkey on the Tigris.
bah, _interj._ ah!, pshaw!
bahut, _m._ chest.
bai, -e, _adj. and m._ bay, bay horse.
baigner, _v._ to bathe; se --, bathe.
baignoire, _f._ bath-tub.
bailler, _v._ to give.
biller, _v._ to yawn.
bailli, _m._ bailiff.
bain, _m._ bath; bains de mer, sea bathing; bains froids,
cold baths, floating bath-bouses (on a river).
baonnette, _f._ bayonet.
baiser, _v._ to kiss; _m._ kiss.
baisse, _f._ rail, recline, decline.
baisser, _v._ to lower, drop; se --, stoop, bow down, be lowered.
bal, _m._ ball (dance).
balafre, _f._ gash, slash, scar.
balance, _f._ scale, scales (also in _pl._).
balancer, _v._ to balance, swing; se --, swing, rock;
balanc, -e, balanced, swinging.
balancier, _m._ pendulum.
balayer, _v._ to sweep.
balbutier, _v._ to stammer (_t_ pronounced as _c_).
balcon, _m._ balcony.
baleine, _f._ whale.
ballade, _f._ ballad.
balle, _f._ ball, bullet.
ballon, _m._ balloon; le -- d'Alsace, a mountain with rounded
summit on the western border of Alsace.
ballot, _m._ bale.
ballotter, _v._ to toss about.
Baltique, _f._ Baltic.
balustrade, _f._ balustrade.
banal, -e, _adj._ hackneyed, commonplace.
banc, _m._ bench, scat.
bande, _f._ band, strip, stripe, Bock.
bander, _v._ to bandage, bind up.
bandit, _m._ bandit, ruffian.
bank-note, _f._ bank-note.
banlieue, _f._ outskirts, suburbs.
banque, _f._ bank.
banqueroute, _f._ bankruptcy; faire --, to go into bankruptcy;
faire -- , cheat.
banquette, _f._ bench (upholstered).
banquier, _m._ banker.
baptme, _m._ baptism, christening; nom de --, Christian name
(_p_ not pronounced).
baptiser, _v._ to baptize, christen (_p_ not pronounced).
baraque, _f._ booth, shack.
barbe, _f._ beard.
barbiche, _f._ small beard on the chin, imperial.
bardeau, _m._ shingle, thin board (over the rafters).
Bariatynski (Prince Alexander), Prussian field-marshal with
distinguished service in the Caucasus and in the Crimean war (1815-1879).
baril, _m._ barrel.
barioler, _v._ to variegate, color diversely.
baron, -ne, _m., f._ baron, baroness.
barque, _f._ bark, small boat.
barre, _f._ bar, tiller, rudder, helm; jouer aux barres, to play
at prisoners' base.
barrette, beretta, cardinal's cap, scullion's cap.
barricader, _v._ to barricade.
barrire, _f._ barrier, city wall, fence, railing.
barrique, _f._ barrel, cask.
bas, _m._ stocking.
bas, -se, _adj., adv. and m._ low, in a low tone, down, lower side,
bottom; en --, below, downstairs; l---, yonder, over there;
 --, down, down with, off;  -- de, down from; par le
--, along the bottom; mettre --, to take off (a coat, etc.).
bassin, _m._ basin.
bassiner, _v._ to warm (a bed), bathe.
bataille, _f._ battle, line of battle.
bataillon, _m._ battalion; chef de --, major.
bateau, _m._ boat.
btiment, _m._ building, vessel.
btir, _v._ to build.
btisse, _f._ building (of masonry).
bton, _m._ stick, staff, club.
battant, _m._ leaf (of a folding door); le portail s'ouvre  deux
battants, the large folding door opens wide.
battement, _m._ beating.
batterie, _f._ battery.
battre, _v._ to beat, strik, flap, churn; se --, fight;
battant neuf, brand new.
battue, _f._ battue (hunting), beating (of a horse's feet), chase.
Batz, village near le Croisic (pronounced as written, or: _Ba_).
bazar, _m._ bazaar, Oriental market.
bant, -e, _adj._ gaping, wide open.
beau (bel before vowels), belle, _adj._ beautiful, fair,
handsome, fine; de plus belle, harder (deeper, etc.) than ever;
belle, _f._ beauty (woman).
beaucoup, _adv._ much, many, very much, a good deal.
beau-frre, _m._ brother-in-law.
beau-pre, _m._ father-in-law.
beaut, _f._ beauty.
bb, _m._ baby.
bec, _m._ beak, prow, mouth (slang in last sense); -- de gaz,
gas-light.
bedaine, _f._ paunch, belly.
Bedredin, Bedreddin, name borrowed by Gautier from the Arabian Nights.
bgayer, _v._ to stammer.
ben, familiar for _bien_ (_en_ pronounced as in _bien_).
Ben, Hebrew word for son.
bnfice, _m._ profit.
bnir, _v._ to bless.
benjoin, _m._ benzoin (an aromatic resin; _en_ pronounced as in
_bien_).
bquille, _f._ crutch.
bercail, _m._ sheepfold, fold.
berceau, _m._ cradle.
bercer, _v._ to rock, soothe; lull, weigh (an idea).
berger, -re, _m., f._ shepherd, shepherdess; _f._ easy-chair.
berlinois, -e, _adj._ of Berlin.
bernicle, _f._ barnacle (popular form of bernacle).
Bertha, German form of Berthe.
Berthe, Bertha.
Berthine, diminutive of Berthe.
besace, _f._ wallet.
bsicles, _f. pl._ spectacles.
besogne, _f._ work, occupation, business.
besoin, _m._ need, necessity; avoir -- de, to need, must.
bestiole, _f._ little animal.
btail (_pl._ bestiaux), _m._ cattle.
bte, _f. and adj._ beast, animal, foolish, silly, stupid; faire
la --, to pretend to be a fool; petites btes, little animais,
insects, worms, etc.
btise, _f._ nonsense, silly thing, stupidity.
beugler, _v._ to bellow..
beurre, _m._ butter.
Bzires, name perhaps suggested by Bziers (in southern France) or
by Mzires (department of Ardennes).
biais, _m._ bias, slope, way.
bibliothque, _f._ library, bookcase.
bicarbonate, _m._ bicarbonate.
bien, _adv. and m._ well, very, quite, many, much, fully, nicely,
properly, comfortable, all right, indeed; _m._ good, goods, property,
possession; -- du (etc.), much, -- des, many; homme de
--, good or honest man; -- que, _conj._ although.
bien-aim, -e, _adj. and s._ well beloved, dearly loved,
sweetheart.
bien-tre, _m._ comfort.
bienheureux, -euse, _adj. and s._ blessed, one of the blest.
Bienne (lac de), Swiss lake northeast of Neuchtel.
bientt, adv. soon;  --, good-by, I'll see you again soon,
etc.
bienveillance, _f._ goodwill, friendliness, kindliness.
bienveillant, -e, _adj._ friendly, kindly, benevolent.
bire, _f._ beer.
bigre, _interj._ the deuce, etc;
bijou, _m._ jewel.
billard, _m._ billiard-table, billiards, billiard-room.
bille, _f._ billiard-ball, ball, marble.
billet, _m._ note, ticket, slip.
bise, _f._ north wind
Bismarck (Otto, Prince von), German statesman and chancellor,
founder of German unity, considered by the French largely responsible
for the Franco-Prussian war of 1870-1871 (1815-1898).
bistr, -e, _adj._ bistre-colored, dusky, swarthy.
bivac, _m._ bivouac (now usually written bivouac).
bizarre, _adj._ bizarre, odd, strange.
blague, _f._ humbug, bosh.
blaguer, _v._ to make fun of, tease, draw the long bow.
blanc, blanche, _adj._ and m. white; argent --, silver.
blancheur, _f._ whiteness, white.
blanchir, _v._ to whiten, make white, become white or light.
blanchisseuse, _f._ washerwoman, laundress.
blason, _m._ coat of arms.
bl, _m._ wheat, grain.
blme, _adj._ pale, wan.
blesser, _v._ to wound, offend;
bless, -e, _m., f._ injured or wounded persan, etc.; blessant,
-e, _adj._ offensive, shocking.
blessure, _f._ wound.
bleu, -e, _adj. and m._ blue; -- gris, blue-gray.
bleutre, _adj._ bluish.
bloc, _m._ block.
blond, -e, _adj. and s._ blond, fair, light.
blondin, -e, _adj. and s._ fair, persan with fair hair.
bloquer, _v._ to blockade.
blottir (se), _v._ to crouch; blotti, -e, crouched, squatting,
cowering, nestling.
blouf, _interj._ splash!
blouse, _f._ blouse.
boeuf, _m._ ox, beef.
Bohme, _f._ Bohemia.
bohme, _m._ tramp.
bohmien, -ne, _adj. and s._ Bohemian, gipsy, vagrant.
boire, _v._ to drink.
bois, _m._ wood.
boiserie, _f._ wainscoting.
boisson, _f._ drink.
boite, _f._ box.
boitiller, _v._ to hobble (not recognized by standard dictionaries).
bombance, _f._ feasting, high living.
bon, -ne, _adj._ good, kind, pleasant, agreeable; pour de --,
really, heartily, for good and all; bonne place, good place, right
spot; bonne, _f._ maid, servant; quel -- vent?, what lucky
wind?
Bonaparte (Napolon), the French Emperor (1769-1821); see note to
p. 2, l. 5.
bonasse, _adj._ soft (applied to persons), good-natured, silly,
simple.
bonbon, _m._ bonbon, candy.
bond, _m._ bound, leap, jump.
bondir, _v._ to bound, leap.
bonheur, _m._ happiness, good fortune.
bonhomme, _m._ good-natured or worthy old fellow, old fellow,
fellow, little fellow, worthy man.
Bonifacio, town and port of southern Corsica.
bonjour, _m._ good day, good morning.
bonnement, _adv._ simply.
bonnet, _m._ bonnet, cap; -- de police, foraging or fatigue
cap; gros --, big man; important person (familiar).
bonsoir, _m._ good evening.
bont, _f._ goodness, kindness.
bonzou, baby's pronunciation of bonjour.
bord, _m._ edge, border, bank, shore, brim, rail, side, sill, tip;
 --, on board; --  --, side by side;  son --, on board
bis boat; vie de --, life on board ship; sur le -- des lvres,
on the tip of the tongue; par-dessus --, overboard.
border, _v._ to border.
bordereau, _m._ account, note, memorandum.
borne, _f._ limit, mile-stone, stone post (at the corner of a
house, etc.), stepping-stone, horse-block.
bosse, _f._ hump, bump.
bossuer, _v._ to dent, bruise; bossu, -e, bruised, knotted.
botte, _f._ boat, hoof, bundle.
bottine, _f._ shoe (high).
bouche, _f._ mouth.
bouche, _f._ mouthful.
boucher, _m._ butcher.
boucher, _v._ to stop up.
bouchon, _m._ stopper, cork, pothouse, tavern.
boucle, _f._ buckle, curl.
boucler, _v._ to buckle.
boudin, _m._ blood pudding.
boudoir, _m._ boudoir.
Boudroulboudour, the Full Moon of the Full Moons (in Arabic:
Badru-l-budr).
boue, _f._ mud.
boueux, -euse, _adj._ muddy.
bouffe, _f._ puff, whiff.
bouffi -e, _adj. and s._ puffed up, puffy, swollen, puffed up or
bloated fellow.
bouffon, -ne, _adj._ clownish, ludicrous, farcical.
bouge, _m._ dirty hole, hovel.
bouger, _v._ to move, budge.
bougie, _f._ wax candle.
bougre, _m._ fellow (slang); b... de teigneux, scurvy devil.
bouillie, _f._ pap, pulp.
bouillon, _m._ bubble, broth.
boulanger, _m._ baker.
Boulanger (Georges), French general involved in political intrigue
to overthrow the Government (1837-1891).
boule, _f._ ball.
boulet, _m._ cannon-ball, ball.
boulevard, _m._ boulevard.
bouleverser, _v._ to upset, overthrow.
Boulogne-sur-Mer, city and port on the English Channel (department
of Pas-de-Calais).
bouquet, _m._ bouquet, cluster.
bourbeux, -euse, _adj._ muddy, miry.
bourdonnement, _m._ buzzing.
bourdonner, _v._ to buzz, hum.
bourengrdel, _f. pl._ (= German Bauerngredel) peasant girls
(Gredel = Grete = Maggie).
bourg, _m._ borough, country town, town.
bourgeois, -e, _adj._ and s. bourgeois, member of the middle class,
citizen, master, boss (language of the working class); sa
bourgeoise, his old woman.
bourgeonner, _v._ to bud, put out shoots.
bourgmestre, _m._ burgomaster, mayor (g pronounced).
bourg-pourri, _m._ rotten borough.
bourrasque, _f._ squall.
bourrer, _v._ to cram, stuff.
bourse, _f._ purse; la Bourse, the Stock-Exchange.
bousculade, _f._ jostling, bustling.
bouse, _f._ cow-dung.
bout, _m._ end, bit, limit; au -- de, at the end of, after;
venir  -- de, to manage to, succeed in.
bouteille, _f._ bottle.
boutique, _f._ shop.
bouton, _m._ button.
boutonner, _v._ to button.
bouvier, _m._ cowherd.
bouvreuil, _m._ bullfinch.
bracelet, _m._ bracelet.
braconnier, _m._ poacher.
braise, _f._ embers, live coals.
branchage, _m._ branches.
branche, _f._ branch.
brandir, _v._ to brandish.
branle, _m._ swinging, jogging motion; en --, swinging; tre
mis en --, to be set in motion, start.
bras, _m._ arms; les -- leur tomberaient, they would throw up
their hands in astonishment.
brasier, _m._ brazier, clear bright fire, fire of red-hot coals.
brasserie, _f._ brewery, beer-saloon, caf.
brasseur, _m._ brewer; -- d'argent, money-maker, scheming
money-maker.
brave, _adj._ brave, worthy, fine, good; un -- garon, un --
homme, a fine fellow, a good man; ce -- homme de soleil, this
good old sun.
bravement, _adv._ bravely, worthily.
braver, _v._ to brave.
bravo, _interj._ bravo!, fine!
bravoure, _f._ bravery.
bredouiller, _v._ to splutter, stutter.
bref, -ve, _adj. and adv._ brief, short, curt, in short.
breloque, _f._ bauble, trinket, charm.
Brmer, _cf._ German Bremer, of Bremen.
Bretagne, _f._ Brittany.
bretelle, _f._ brace, suspender.
breton, -ne, _adj. and s._ of Brittany, Breton (written Breton
when _s._).
bride, _f._ bridle, rein, string (of a bonnet).
brigadier, _m._ corporal, police sergeant.
brigand, _m._ brigand, ruffian.
briller, _v._ to shine; brillant, -e, adj. and m. brilliant,
shining, brilliancy, luster.
brin, _m._ blade, sprig, grain, bit; espre un --, wait a bit.
brindille, _f._ twig, sprig, bit.
brique, _f._ brick.
brisant, _m._ reef, breaker, surf.
brise, _f._ breeze.
brise-lames, _m._ breakwater.
briser, _v._ to break, break down, shatter; se --, be broken,
be dashed to pieces.
britannique, _adj._ British.
brocanteur, _m._ second-band dealer, dealer in curiosities.
brocart, _m._ brocade.
brocher, _v._ to figure, brocade, sew (books).
brodequin, _m._ high laced shoe.
broder, _v._ to embroider, embellish with designs in relief.
bronze, _m._ bronze.
brosse, _f._ brush.
brosser, _v._ to brush.
brosserie, _f._ brush-trade or manufactory, brushes.
brouette, _f._ wheelbarrow; huiler la roue de sa --, to help
oneself to other people's property, "gldquo;graft" (the idea being that the
wheel was oiled so well that the garden could be plundered without
noise).
brouillard, _m._ fog, mist.
Brouin, family name, perhaps Balzac derived it from the dialectic
form brouine.
brouine, dialectic for bruine.
broussailles, _f. pl._ brambles, briars, thorny undergrowth,
underbrush (rare in singular).
broyer, _v._ to crush, grind.
bru, _f._ daughter-in-law.
bruine, _f._ drizzling rain, drizzle.
bruire, _v._ to make a confused noise, rustle.
bruit, _m._ noise, report.
brler, _v._ to burn; brl, m. burning.
brlot, _m._ fire ship, firebrand, burning brandy with sugar.
brlure, _f._ burning, burn, scalding.
brume, _f._ mist.
brumeux, -euse, _adj._ misty, foggy.
brun, -e, _adj._ brown, dark.
brusque, _adj._ blunt, abrupt, brusk.
brusquement, _adv._ bruskly, rudely, quickly.
brut, -e, _adj._ raw, rough, crude.
brutalit, _f._ brutality.
brute, _f._ brute.
bruyant -e, _adj._ noisy.
bche, _f._ log, stick of wood.
bcheron -ne, _m., f._ wood-cutter.
buffet, _m._ sideboard, refreshment-room.
Bulbul, a kind of thrush in the Orient, sometimes called the
nightingale of the East (Arabic).
bulletin, _m._ bulletin.
bureau, _m._ desk, office; -- de tabac, tobacco shop.
burgau, _m._ mother-of-pearl (shell).
burlesque, _adj._ burlesque, ludicrous.
buste, _m._ bust.
but, _m._ goal, target, aim; dans un --, for an object.
buveur, _m._ drinker.

C

c' ('), _see_ ce.
a, _see_ cela.
, _adv. and interj._ here, now!, come now!; -- et l, here
and there.
caban, _m._ overcoat or cloak with hood.
cabaret, _m._ tavern, bar.
cabaretier -re, _m., f._ tavern-keeper, tavern-keeper's wife.
cabestan, _m._ capstan.
cabinet, _m._ office, study, closet, cabinet, small room.
cble, _m._ cable.
cacher, _v._ to conceal, bide.
cachet, _m._ seal.
cacheter, _v._ to seal.
cachette, _f._ hiding-place; en --, on the sly.
cachot, _m._ dungeon.
cadavre, _m._ corpse, dead body.
cadeau, _m._ present.
cadet -te, _adj. and s._ younger, youngest, junior, younger brother
or sister.
cadran, _m._ dial, face of a clock.
cadre, _m._ frame.
caf, _m._ coffee, caf.
caftan, _m._ caftan (Turkish for coat).
cage, _f._ cage.
cahier, _m._ copy-book, exercise-book.
caillot, _m._ clot.
caillou, _m._ pebble.
Cailloux (rue des), this street is in Clichy rather than in
Levallois-Perret.
Caire (le), Cairo (capital of Egypt).
caisse, _f._ case, chest, box, till, cashier's office; garon de
--, runner, collector, bank clerk.
caisson/, _m._ caisson, limber, ammunition-wagon.
calcul, _m._ calculation (final _l_ pronounced).
calculer, _v._ to calculate.
cale, _f._ wedge, prop, block, bold.
calche, _f._ open carriage, barouche; -- de voyage,
traveling barouche.
calife, _m._ caliph (Mohammedan ruler).
calme, _adj. and m._ calm, quiet, calmness, tranquillity; du
--, be calm.
calmer, _v._ to calm, quiet; se --, become calm, quiet down.
calvaire, _m._ calvary, crucifix placed on a mound.
camarade, _m., f._ comrade.
Cambremer, name derived from cambrer and mer.
cambrer, _v._ to curve, bend.
came, _m._ cameo.
camion, _m._ dray, truck.
camomille, _f._ camomile (plant).
camp, _m._ camp.
campagnard -e, _adj._ and s. country, rustic, countryman.
campagne, _f._ country, campaign; mis en --, set to work.
canaille, _f._ rabble, riffraff.
canard, _m._ duck.
canette, _f._ beer-bottle, jug.
Cannes, town and winter-resort on the French Riviera.
canon, _m._ cannon, gun-barrel.
canonnier, _m._ cannonier, gunner.
canot, _m._ small boat, ship's boat.
canotage, _m._ boating.
canton, _m._ canton (subdivision of an arrondissement).
cantonnement, _m._ cantonment, temporary quarters.
capable, _adj._ capable.
capitaine, _m._ captain.
capital, -e, _adj. and m._ capital, chief; capitale, _f._
capital (city).
capituler, _v._ to capitulate, surrender by treaty.
caporal, _m._ corporal.
capote, _f._ large cloak with hood, soldier's overcoat.
caprice, _m._ caprice, whim.
capsule, _f._ capsule, percussion cap.
captif -ive, _adj. and s._ captive.
captiver, _v._ to captivate.
capturer, _v._ to capture.
capuchon, _m._ cowl.
car, _conj._ for.
carabine, _f._ carbine, rifle.
caractre, _m._ character, disposition.
caravane, _f._ caravan.
caresse, _f._ caress.
caresser, _v._ to caress.
carnage, _m._ carnage, slaughter.
carnassier -re, _adj. and s._ carnivorous, carnivorous animal.
Carnouf, name of a promontory near le Croisic, mentioned by Balzac.
caroubier, _m._ carob-tree (resembling the locust).
carr, -e, _adj._ and m. square.
carreau, _m._ flooring-tile, floor, pane (of glass), square
cushion, hassock.
carrire, _f._ career.
carrosse, _m._ coach.
carte, _f._ card, map.
cartel, _m._ challenge, case of a wall-clock, wall-clock.
cartouche, _f._ cartridge.
cas, _m._ case, event; si peu de --, so little importance.
cascade, _f._ cascade, waterfall.
case, _f._ cabin, but, compartment (in which the hall falls in
roulette, etc.), pigeon-hole.
casemate, _f._ casemate.
caserne, _f._ barracks.
casque, _m._ helmet.
casqu, -e, _adj._ helmeted.
casquette, _f._ cap.
cassation, _f._ annulment, repeal, appeal (of a court).
casser, _v._ to break, split, crack, break down.
cataplasme, _m._ cataplasm, poultice.
catapulte, _f._ catapult.
Catarinet, Kitty (diminutive of Catarine).
catchisme, _m._ catechism.
cathdrale, _f._ cathedral.
catholique, _adj. and s._ Catholic.
cauchemar, _m._ nightmare.
cause, _f._ cause, reason;  -- de, because of; tre --
que, to cause.
causer, _v._ to cause, produce, chat; assez caus, enough
talk.
causerie, _f._ chat, chatting.
causette, _f._ chat, chatting; faire la --, to chat.
caustique, _adj._ caustic, biting.
cavalier, _m._ rider, horseman, cavalier, partner.
cave, _f._ cellar.
caveau, _m._ vault, small cellar, grave.
ce, _dem. pr._ this, that, it; -- qui, -- que, which,
what; -- disant, saying this.
ce, cette (ces, pl.), _dem. adj. pr._ this, that; cette nuit,
last night, to-night.
Card (Henry), French novelist, critic and playwright (1851--).
ceci, _dem. pr._ this, this thing.
cder, _v._ to cede, yield.
cdrat, _m._ cedrate (kind of lemon).
cdre, _m._ cedar.
ceinture, _f._ belt, waist.
ceinturon, _m._ sword-belt.
cela, _dem. pr._ that, that thing, that fellow or he (familiar in last
sense); avec --, with that, besides; abbreviated: a.
clbre, _adj._ celebrated.
clbrer, _v._ to celebrate, extol.
cleste, _adj._ celestial, heavenly.
Clestin, Celestine.
celle, _see_ celui.
cellier, _m._ cellar, store-room, basement.
celui, celle (ceux, celles, _pl._); _dem. pr._ this, that,
This one, etc.; ---ci, ---l, the latter, the former, this one, that
one; -- qui, he who, etc.
cendre, _f._ ashes, cinders.
cendr, -e, _adj._ ash-colored.
cent, _card._ one hundred; pour --, percent.
centaine, _f._ about one hundred, hundred.
centime, _ord._ hundredth.
centime, _m._ centime (fifth of a cent).
central, -e, _adj._ central, chief, of the central office.
centre, _m._ center.
cep, _m._ vine-stock, stalk (_p_ pronounced).
cependant, _adv. and conj._ however, yet, meantime.
cercle, _m._ circle, club.
cercueil, _m._ coffin, casket.
crmonie, _f._ ceremony.
crmonieusement, _adv._ ceremoniously.
cerf, _m._ stag, deer (_f_ pronounced).
cerise, _f._ cherry.
cerner, _v._ to surround, invest.
certain, -e, _adj._ certain.
certainement, _adv._ certainly.
certes, _adv._ certainly.
certitude, _f._ certainty, assurance.
cruse, _f._ white-lead.
cerveau, _m._ brain.
cervelle, _f._ brains, brain, head; se brler la --, to blow
one's brains out.
cervier, _see_ loup.
Csar (Jules), Julius Caesar. the celebrated Roman general (101-44 B.C.).
cesse, _f._ ceasing, cessation.
cesser, _v._ to cease, stop.
ceux, _see_ celui.
chacun, -e, _pr._ each, each one.
chagrin, _m._ grief, vexation, shagreen (leather).
chane, _f._ chain, drag-chain (on bottom of a stream); mettre 
la --, to put in chains.
chair, _f._ flesh, meat; _pl._ flesh.
chaire, _f._ pulpit, teacher's chair.
chaise, _f._ chair; -- longue, reclining-chair, chaise-longue;
--  porteurs, sedan-chair; -- de poste, post-chaise; -- de
campagne, camp-chair.
chle, _m._ shawl.
chaleur, _f._ heat, warmth.
chalut, _m._ drag-net.
chalutier, _m._ trawler (fishing-boat with drag-net).
chamailler, _v._ to squabble; se --, squabble, wrangle.
chamarrer, _v._ to trim with lace, cover with gold or silver lace
or braid, braid, bedeck.
chambellan, _m._ chamberlain (officer presiding over a prince's
chamber).
chambre, _f._ chamber, room; la Chambre, the Chamber of
Deputies.
chameau, _m._ camel.
champ, _m._ field.
Champagne, _f._ Champagne (Province).
champagne, _m._ champagne.
champtre, _adj._ rural; garde --, forester, keeper.
Champignet, name apparently coined by de Maupassant; perhaps he had
in mind Champigny, a village east of Paris, scene of a battle in the war
of 1870-1871.
chance, _f._ chance, luck.
chanceler, _v._ to totter, stagger, reel.
chanceux, -euse, _adj._ precarious, lucky.
Chandeleur, _f._ Candlemas-day (Feb. 2).
chandelier, _m._ candlestick.
chandelle, _f._ tallow candie.
change, _m._ exchange; donner le -- , to put on the wrong
track, change.
changement, _m._ change.
changer, _v._ to change; changeant, -e, changing, changeable.
chanson, _f._ song.
chanter, _v._ to sing, sing of, crow.
chanvre, _m._ hemp.
chapeau, _m._ hat.
chapiteau, _m._ capital (of a column).
chaque, _adj._ each.
charabia, _m._ gibberish.
charbon, _m._ coal.
charbonnier, -re, _m., f._ charcoal-burner, charcoal-burner's
wife, coal-man, coal-mine, colliery (J. in last sense).
charcutier, _m._ pork-butcher.
charge, _f._ charge, load, burden.
charger, _v._ to charge, load, fin, commission; se --, take
charge, take upon oneself; charg, -e, loaded, laden, full.
chariot, _m._ wagon.
charitable, _adj._ charitable.
charit, _f._ charity.
charlatan, _m._ charlatan, quack.
Charles, Charles.
charme, _m._ charm, delight.
charmer, _v._ to charm; charmant, -e, adj. charming.
charnire, _f._ hinge.
charrette, _f._ cart; --  bras, push-cart.
charrue, _f._ plow.
chasse, _f._ hunt, hunting, chase.
chasse-mouche, _m._ fly-fan, fly-flap (now usually written
chasse-mouches).
chasser, _v._ to chase, drive, drive away, hunt.
chasseur, _m._ hunter, light infantryman, light cavalryman.
chaste, _adj._ chaste.
chat, _m._ cat; chats  fouetter, fish to fry.
chteau, _m._ castle.
chat-huant, _m._ screech-owl (aspirate _h_).
chtiment, _m._ punishment.
chatouillement, _m._ tickling.
chaud, -e, _adj. and s._ warm, hot, heat.
chauffage, _m._ heating, fuel; bois de --, firewood.
chauffer, _v._ to warm.
chausser, _v._ to put on shoes or stockings; chauss, -e, shod.
chausson, _m._ felt shoe; -- de lisire, list-shoe, plaited
cloth shoes manufactured in prisons.
chaussure, _f._ shoe, shoes (in general sense).
chauve, _adj._ bald.
chauve-souris, _f._ bat.
chaux, _f._ lime; blanchir  la --, to whitewash.
chef, _m._ chief, leader, director; commander en --, to have
the chief command.
chemin, _m._ way, road; -- de fer, railway.
chemine, _f._ chimney, fireplace, mantel, funnel.
cheminer, _v._ to go on one's way, proceed, walk.
chemise, _f._ shirt, chemise.
chne, _m._ oak; -- vert, live oak.
chenille _f._ caterpillar.
cher, -re, _adj., adv. and s._ dear, dearly.
chrement, _adv._ dearly, at a high price.
chercher, _v._ to search, seek, look for, try; -- des yeux, look for.
chri, -e, _adj. and s._ beloved, darling.
chrubin, _m._ cherubin, cherub.
chtif, -ive, _adj._ thin, puny, sickly.
cheval, m. horse, horsemeat;  --, on horseback;  --
sur, astride.
chevaucher, _v._ to ride (on horseback).
chevelure, _f._ head of hair, hair.
Cheverino (or Chvardino), a Russian hillock west of Moscow.
cheveu, _m._ hair; pl. hair; arm jusqu'aux cheveux, armed to the teeth.
cheville, _f._ peg, ankle.
chvre, _f._ goat.
chez, _prep._ at or to the house or home of, with, in, in the room of, etc.
chiaoux, _m._ chiaous or chouse (Turkish attendant or interpreter).
chic, _adj. and m._ stylish, smart, style.
chien, -ne, _m., f._ dog.
chiffon, _m._ rag, piece.
chiffre, _m._ figure.
Chio, _f._ Chias (island in the Aegean Sea; pronounced: _kio_).
chipoter, _v._ to trille or toy with.
chirurgical, -e, _adj._ surgical.
chirurgien, _m._ surgeon.
choc, _m._ shock (final _c_ pronounced).
chocolat, _m._ chocolate.
choeur, _m._ choir, chorus (_ch_ pronounced as _k_).
choisir, _v._ to choose; choisi, -e, carefully chosen, choice.
choix, _m._ choice.
chope, _f._ beer-glass.
chopine, _f._ chopin (about one pint), glass.
chose, _f._ thing; autre --, something else, else; peu de
--, of little importance, a small matter; devenir tout --, to
become like I don't know what; _m._ (familiar), I don't know what,
what's his.
choquer, _v._ to shock (name), etc.
chou, _m._ cabbage.
choucroute, _f._ sauer-kraut.
chouette, _f._ kind of screech-owl, chough.
chrtien, -ne, _adj. and s._ Christian (in this and in the next
word _ien_ is pronounced as in _bien_).
chrtient, _f._ Christendom.
christ, _m._ crucifix (pronounced: _krist_).
Christina, Christine.
chromo, _m._ chromo (colored lithographic reproduction).
chronique, _f._ chronicle.
chuchotement, _m._ whispering, whisper.
chuchoter, _v._ to whisper.
chut, _interj._ hush! (_t_ pronounced).
Chypre, _f._ Cyprus (English island in eastern Mediterranean).
ci, _adv._ here (frequent as suffix; celui- --, etc.);
---devant, formerly; une -- et une a, hussy, etc.
ciboire, _m._ ciborium, pyx (vase for the host); saint- --,
holy pyx.
cicatrice, _f._ scar.
cidre, _m._ cider.
ciel, _m._ sky, heaven.
cierge, _f._ taper.
cigale, _f._ grassshopper.
cime, _f._ summit, top.
cimetire, _m._ cemetery.
cingler, _v._ to sail.
cinq, _card._ five (_q_ pronounced).
cinquantaine, _f._ about fifty, age of fifty.
cinquante, _card._ fifty.
cinquime, _ord._ fifth.
circonstance, _f._ circumstance.
circonvolution, _f._ circumvolution, coil.
circuit, _m._ circuit.
cirer, _v._ to wax, polish.
citadin, -e, _m., f._ citizen, townsman (also used adjectively).
cit, _f._ oldest part of a city, city.
citer, _v._ to cite.
citoyen, -ne, _m., f. and adj._ citizen.
citronnier, _m._ lemon-tree.
civette, _f._ civet (animal and perfume obtained from it).
civilisation, _f._ civilization.
clair, -e, _adj._ clear; light-colored, bright; -- de lune,
moonlight.
clairement, _adv._ clearly.
claire-voie, _f._ lattice, lattice gate;  --, with open sides
(of a cart).
Clairon, Clarinda, Clarissa (diminutive of Claire, Clara).
clairvoyant, -e, _adj._ clear-sighted, discerning.
clameur, _f._ clamor, uproar, outcry.
clan, _m._ clan, tribe.
clandestin, -e, _adj._ clandestine, secret.
clapoter, _v._ to splash, ripple.
claque, _m._ opera hat, chapeau (folding hat pointed in front and
behind used in U. S. army and by French officials, etc.).
Claretie (Jules), French novelist, dramatist and critic,
director of the Thtre Franais (1840-1914).
clarinette, _f._ clarinet, clarinettist.
clart, _f._ light, splendor, brilliancy, glow.
classe, _f._ class, school.
classique, _adj._ classic, typical.
clef, _f._ key; fermer  --, to lock; reprendre la -- des
champs, escape again (pronounced: _cl_).
cligner, _v._ to wink; -- de l'oeil, wink.
cliquetis, _m._ clashing, jingling, clanking, rattling, tinkling.
cloche, _f._ bell (usually large).
clocher, _m._ belfry, steeple.
cloison, _f._ partition.
cloitre, _m._ cloister.
clopin-clopant, _adv._ limpingly, hobbling.
clore, _v._ to close (defective and little used); la nuit
close, nightfall.
clou, _m._ nail, boil.
clouer, _v._ to nail, fix.
club, _m._ club.
coasser, _v._ to croak.
cocasse, _adj._ funny, odd.
cocher, _m._ coach man.
cochon, _m._ pig, hog.
code, _m._ code.
coeur, _m._ heart, center; de bon --, heartily, cheerfully;
faire mal au --, to make sick at the stomach; faire le joli
--, to court; si le -- vous en dit, if you feel inclined; --
de chne, solid oak.
coffre, _m._ chest, coffer, box (slang for chest of the body).
cognac, _m._ cognac (brandy manufactured in the town of this name,
department of Charente).
cogne, _f._ ax, hatchet (for felling); jeter le manche aprs la
--, to throw the helve after the hatchet, give up everything.
cohue, _f._ throng, crowd, mob.
coiffer, _v._ to put on the head, dress the hair; oiff, -e,
(de), wearing on the head.
coiffure, _f._ head-dress, arrangement of the hair.
coin, _m._ corner; -- du feu, fireside.
coke, _m._ coke (coal after extraction of the gas).
col, _m._ neck, collar (in the sense of neck, col is old,
cou is now used).
colre, _f._ anger (also in _pl._).
collation, _f._ collation, light luncheon.
collection, _f._ collection.
collgue, _m._ colleague.
coller, _v._ to stick, glue, stick or fasten on or together, paste,
apply, fit tight, hold fast.
collerette, _f._ small collar, dutch collar.
collet, _m._ collar.
collier, _m._ necklace, collar.
Colmar, small city in Alsace.
colombe, _f._ dove.
colonel, _m._ colonel.
colonne, _f._ column, row of numbers in roulette.
colorer, _v._ to color; se --, became colored.
colosse, _m._ colossus.
combat, _m._ combat, fight.
combattre, _v._ to combat, fight.
Combe-aux-Fes, imaginary town (= Valley of the Fairies).
combien, _adv._ how much, how many, how.
combinaison, _f._ combination.
comble, _m._ top; de fond en --, from top to bottom.
comboloio, _m._ Turkish chaplet with 100 beads corresponding to
the 100 names of the Divinity.
comediante, _m._ comedian (Italian).
comdie, _f._ comedy (sometimes used for theater).
comice, _m. pl._ comitia; -- agricoles, assembly for the
promotion of agriculture.
comique, _adj._ comic.
commandant, _m._ commandant, commander; --major, _m._
commandant (with rank of major, applied to military governor of a
fortified town).
commandement, _m._ command.
commander, _v._ to command, be in command, order, give orders.
comme, _adv. and conj._ as, so, like, how, as if, as it were.
commencement, _m._ beginning.
commencer, _v._ to commence, begin.
comment, _adv. and interj._ how, what!, how is that?, what do you
mean?, how is it that?; -- s'appelle (se nomme)-t-il, what is bis
name?
commentateur, _m._ commentator.
commerce, _m._ commerce, business, trade; -- amoureux, love
affair.
commre, _f._ godmother, gossip, talkative old woman.
commettre, _v._ to commit.
commis, _m._ clerk.
commissaire, _m._ commissary (superior officer of French police),
commissioner.
commissariat, _m._ office of the commissary.
commission, _f._ commission, committee, errand.
commode, _adj._ convenient, comfortable; _f._ chest of drawers.
commodment, _adv._ comfortably.
commun, -e, _adj._ common; lui tre -- avec, to be shared by
him and.
communier, _v._ to receive the sacrament.
communiquer, _v._ to communicate, make known, give, tell.
compacte, _adj._ compact, solid.
compagnie, _f._ company, corporation, breeding.
compagnon, _m._ companion; bon --, good companion, good fellow.
comparaison, _f._ comparison.
comparer, _v._ to compare; compar, -e, compared, comparative.
compas, _m._ pair of compasses.
compassion, _f._ compassion.
compatissant, -e, _adj._ compassionate.
comptence, _f._ competence, department; quelque chose de ma
--, something I know about.
complaire, _v._ to please; complaisant, -e, adj. obliging.
complet, -te, _adj. and m._ complete, suit of clothes.
compltement, _adv._ completely.
complter, _v._ to complete.
complice, _m., f._ accomplice.
compliment, _m._ compliment; je vous fais mon --, I compliment
you.
compliquer, _v._ to complicate.
composer, _v._ to compose; se --, be composed.
composition, _f._ composition.
comprendre, _v._ to understand; (y) compris, including.
compromettre, _v._ to compromise.
compte, _m._ count, account, reckoning, regard; se rendre --
de, to realize; se rendre bien --, to be quite aware (in this
and in the next three words _p_ is not pronounced).
compter, _v._ to count, include, count on, intend; comptant,
in cash.
compteur, _m._ register, meter.
comptoir, _m._ counter, bar, bank (usually for foreign
business); Comptoir gnral de crdit, International Bank.
comte, _m._ count.
comtesse, _f._ countess.
conception, _f._ conception.
concert, _m._ concert.
concerto, _m._ concerto (piece of music composed for one instrument
with accompaniment; Italian,-concert).
concevoir, _v._ to conceive.
concierge, _m., f._ concierge, door-keeper, porter, janitor.
conclure, _v._ to conclude, draw conclusions; concluant, -e,
conclusive.
concours, _m._ concourse, assembly, competition, fair.
condamner, _v._ to condemn (_m_ not pronounced):
condition, _f._ condition, position.
conducteur, _m._ conductor, driver.
conduire, _v._ to conduct, drive, lead, take, behave.
conduit, _m._ conduit, passage, pipe.
conduite, _f._ conduct.
cne, _m._ cone.
confection, _f._ making, ready-made suit.
confesser, _v._ to confess; aller se --, go to confession or
to confess.
confession, _f._ confession.
confessionnal, _m._ confessional
confiance, _f._ confidence.
confidence, _f._ confidential remark, secret.
confier, _v._ to confide.
confire, _v._ to preserve.
confirmer, _v._ to confirm.
confiture, _f._ preserves, sweet-meats.
confondre, _v._ to confound, confuse, blend; se --, be
confounded, be confused, blend.
conformment, _adv._ conformably, suitably.
confronter, _v._ to confront.
confus, -e, _adj._ confused.
confusion, _f._ confusion.
cong, _m._ leave.
congdier, _v._ to dismiss.
conjurer, _v._ to conjure, pray urgently.
connaissance, _f._ acquaintance, consciousness, knowledge.
connaisseur, _m._ connoisseur, good judge.
connatre, _v._ to be acquainted with, know; se -- , know
about.
conqurir, _v._ to conquer, gain, win.
conqute, _f._ conquest.
consacrer, _v._ to consecrate.
conscience, _f._ conscience; se faire -- de, to have scruples
about, shrink from; prouverla -- de, prove that one realizes that.
consciencieusement, _adv._ conscientiously.
conscrit, _m._ conscript, recruit.
conseil, _m._ counsel, council, piece of advice; _pl._ advice;
Conseil gnral, General Assembly of a Department.
conseiller, _v._ to advise.
conseiller, _m._ counselor, councilor, judge of an appellate court.
consentement, _m._ consent.
consentir, _v._ to consent, agree.
consquence, _f._ consequence; en --, in consequence,
accordingly.
consquent (with par), consequently, therefore.
conserve, _f._ conserve, preserve.
conserver, _v._ to preserve.
considrable, _adj._ considerable, important; si peu --, so
slight.
considrablement, _adv._ considerably.
considration, _f._ consideration, esteem.
considrer, _v._ to consider, look at.
consigne, _f._ watch-word, orders; forcer la -- (also in _pl._),
to break the orders, enter against orders.
consigner, _v._ to consign, refuse; -- la porte, refuse admittance.
consister, _v._ to consist.
consolation, _f._ consolation.
consoler, _v._ to console; se --, be consoled.
consommateur, _m._ consumer, patron (of a restaurant, etc.).
consommer, _v._ to consume, use.
conspirer, _v._ to conspire.
constamment, _adv._ constantly.
constant, -e, _adj._ constant.
Constantinople, Constantinople.
constatation, _f._ authentication, verification.
constater, _v._ to verify, ascertain, settle, discover.
constellation, _f._ constellation.
consteller, _v._ to constellate, star; constell, -e,
constellated, starred, starry.
consternation, _f._ consternation.
consterner, _v._ to astound, dismay, strike with consternation;
constern, -e, in consternation, etc.
constituer, _v._ to constitute, make up; se --, make oneself,
give oneself up.
constitution, _f._ constitution.
construction, _f._ construction.
consulter, _v._ to consult.
consumer, _v._ to consume, waste.
contact, _m._ contact (_ct_ pronounced).
conte, _m._ short story, tale.
contempler, _v._ to contemplate, survey, gaze at.
contenir, _v._ to contain, restrain.
content, -e, _adj._ contented, happy, glad.
contentement, _m._ contentment, look of satisfaction.
contenter, _v._ to content, satisfy; se --, be contented,
content oneself.
conter, _v._ to tell, tell of, recount, relate.
contester, _v._ to contest.
continu, -e, _adj._ continuous.
continuel, -le, _adj._ continual.
continuellement, _adv._ continually.
continuer, _v._ to continue; se --, be continued.
contour, _m._ contour, outline, circumference, edge.
contourner, _v._ to run around, encircle.
contracter, _v._ to contract.
contraindre, _v._ to constrain, compel.
contraire, _adj. and m._ contrary.
contraster, _v._ to contrast.
contre, _prep._ against, close by; par --, on the other hand;
fch --, angry with.
contre-basse, _f._ counter-base, double-base (large base-viol; this
word is now usually written: contrebasse).
contredire, _v._ to contradict.
contredit, _m._ contradiction.
contre, _f._ country, region.
contrevent, _m._ shutter.
contribuer, _v._ to contribute, aid.
convaincre, _v._ to convince.
convenable, _adj._ suitable, proper.
convenir, _v._ to suit, agree; -- mieux, be more fitting;
j'en conviens, I agree, I grant it.
conversation, _f._ conversation.
convoi, _m._ convoy, escort.
convulsif, -ive, _adj._ convulsive.
convulsivement, _adv._ convulsively.
copain, _m._ comrade, pal (familiar).
copie, _f._ copy.
copieux, -euse, _adj._ copious.
coq, _m._ cock; Coq-Galine, "Hldquo;Henpeck" (= Hen-Cock).
coque, _f._ shell, hull; oeuf  la --, boiled egg.
coquelicot, _m._ wild poppy; adjectively: poppy-colored.
coquet, -te, _adj._ coquettish, smart.
coquetterie, _f._ coquetry.
coquillage, _m._ shell, shells, shell-fish.
coquille, _f._ shell.
coquin, -e, _m., f._ rascal, rogue, scoundrel.
cor, _m._ horn; -- de chasse, hunting-horn, French horn.
corail, _m._ coral.
Coran, _m._ Koran (sacred book of the Mohammedans, drawn up by
Mohammed).
corbeau, _m._ raven, crow.
corde, _f._ line, rope, cord.
cordelette, _f._ small cord.
cordial, -e, _adj._ cordial.
cornet, _m._ cornucopia.
cornette, _f._ mob-cap.
cornu, -e, _adj._ horned.
corps, _m._ body, corps, object; --  --, hand to hand.
corpulence, _f._ corpulence, stoutness.
correction, _f._ correction; donner une -- , to give a lesson to.
correspondant, _m._ correspondent.
corridor, _m._ corridor.
Corse, _f._ Corsica; corse, _adj. and s._ Corsican (written
Corse when _s._; Corsica is a French department).
cortge, _m._ procession.
costume, _m._ costume.
costumer, _v._ to costume.
cte, _f._ rib, slope, coast; --  -~, side by side.
ct, _m._ side, direction; du -- de, in the direction of; de
--, to or on one side, sidewise, side;  --, in the next room,
next door;  -- de lui, by his side; d'un autre --, besides;
de -- et d'autre, on one side and on the other; de mon --, on
my side or part.
cteau, _m._ hillock, hill.
ctel, -e, _adj._ ribbed.
ctelette, _f._ cutlet, chop.
coton, _m._ cotton.
ctoyer, _v._ to go by the side of.
cou, _m._ neck, throat.
couche, _f._ couch, bed, layer, confinement.
coucher, _v._ to put to bed, lay out, lay, sleep, set; se --,
go to bed, lie down; envoyer se --, send to bed; chambre  --,
bedroom; couchant, -e, adj. setting; couch, -e, lying down,
in bed, lying, stretched out; _m._ setting, sunset.
coude, _m._ elbow; pousser du --, to nudge.
coudre, _v._ to sew; cousu d'or, rolling in money.
Coulau, proper name borrowed by Daudet from the Provenal (there is
a poor kind of fish of this name, coulaud, found in Rouergue).
couler, _v._ to flow, run, run down, trickle down.
couleur, _f._ color.
couloir, _m._ passage.
coup, _m._ blow, stroke, shot, gulp, gust, cast, play, beam; tout
d'un --, all of a sudden; tout  --, all of a sudden, suddenly;
-- sur --, time after time, one after the other; -- d'oeil,
glance, sight; -- de sang, shock, apoplectic stroke, fit; -- de
couteau, stab; -- d'tat, overthrow of the Government;  -- sr,
surely; -- de feu, shot; -- d'ventail, fanning; boire un
--, to take a drink; faire un bon --, do a good stroke of
business; faire un -- de tte, do something rash.
coupable, _adj. and s._ culpable, guilty, culprit.
coupe, _f._ cup, bowl, cut, cutting, stroke.
coup, _m._ coup.
couper, _v._ to cut, cut off; coupant, -e, cutting, sharp.
couple, _f._ couple (_m._ when objects not alike).
coupole, _f._ cupola.
coupure, _f._ cut, cutting.
cour, _f._ court, yard, court-yard.
courage, _m._ courage.
couramment, _adv._ fluently.
courant, _m._ current; -- d'air, current of air, draught.
courbe, _f._ curve.
courber, _v._ to curve, bend, bend over.
courir, _v._ to run, run along.
couronne, _f._ crown, wreath.
couronner, _v._ to crown.
courroux, _m._ anger.
course, _f._ course, race; au pas --, on a run.
court, -e, _adj._ short, shallow; le plus -- serait, the
shortest or quickest way would be.
courtine, _f._ bed-curtain (old word).
courtisan, _m._ courtier; courtisame, _f._ prostitute.
courtiser, _v._ to court.
courtoisie, _f._ courtesy.
cousin, -e, _m., f._ cousin.
coussin, _m._ cushion.
coussinet, _m._ small cushion.
couteau, _m._ knife.
coter, _v._ to cost, be costly, be a trouble, be hard; en --
bon, cost something; cote que cote, cost what it may; rien
ne me cotait, I did not count the cost.
coutil, _m._ ticking, duck (cloth).
coutume, _f._ custom; de --, usually, usual.
couturire, _f._ seamstress, dress-maker.
couve, _f._ nest of eggs, brood.
couvent, _m._ convent, monastery.
couver, _v._ to hatch.
couvert, _m._ cover;  --, protected, sheltered.
couverture, _f._ cover, covering, blanket.
couveuse, _f._ sitting hen, brooder.
couvrir, _v._ to cover, wrap up.
cra-cra, _interj._ scratch, scratch (onomatopoetic).
crabe, _m._ crab.
cracher, _v._ to spit.
craie, _f._ chalk.
craindre, _v._ to fear.
crainte, _f._ fear, dread.
craintif, -ive, _adj._ fearful, timorous, timid.
crampe, _f._ cramp.
crne, _m._ skull, cranium.
crapule, _f._ debauchery, vile people, rotten gang.
craquer, _v._ to crack.
crasse, _f._ filth, coat of filth, scum.
cravache, _f._ riding-whip, crop.
cravate, _f._ cravat.
crayon, _m._ pencil.
crancier, _m._ creditor.
cration, _f._ creation.
crature, _f._ creature.
crdit, _m._ credit.
crme, _f._ cream.
Crmone, Cremona (city of northern Italy).
crnel, -e, _adj._ embattled, crenelated.
crpitement, _m._ crackling.
crte, _f._ crest.
creuser, _v._ to dig, hollow, hollow out; creus, -e,
hollowed, hollow, excavated.
creux, -euse, _adj. and m._ hollow, sunken; en --, in
intaglio.
crevasse, _f._ crevice, crevasse.
crevasser, _v._ to crack, chap.
crever, _v._ to burst open, burst, knock or put out, die (vulgar in
last sense).
cri, _m._ cry, shout, scream.
cribler, _v._ to riddle.
crie, _f._ auction.
crier, _v._ to cry, cry out or for, scream, call, creak.
crime, _m._ crime.
crise, _f._ crisis, attack.
crisper, _v._ to contract, shrivel up, clench, twitch, convulse,
make tense, set on edge or irritate (the nerves), thrill.
cristal, _m._ crystal, cui glass; -- de roche, rock-crystal.
croc, _m._ book, fang; coup de --, ravenous bite (final _c_
not pronounced).
crocheteur, _m._ street-porter.
crochu, -e, _adj._ hooked, crooked.
crocodile, _m._ crocodile.
croire, _v._ to believe; faut --!, you'd better believe so,
you bet!;  ce que je crois, as I think, in my estimation.
croisade, _f._ crusade.
croise, _f._ window, casernent, transept.
croiser, _v._ to cross, intersect.
Croisic (le), peninsula and village north of the mouth of the Loire
(Loire-Infrieure), Croisilles, hero of de Musset's story (also a
village in Pas-de-Calais).
croitre, _v._ to increase, grow; croissant, -e, _adj. and m._
increasing, growing, crescent, quarter (moon).
croix, _f._ cross, reverse (of a coin).
croquer, _v._ to crunch.
crosse, _f._ butt (of a gun).
crosser, _v._ to bat, beat.
crottin, _m._ dung (of horses, sheep, etc.).
croupe, _f._ crupper, buttocks.
croyance, _f._ belief, creed.
cruche, _f._ jug, pitcher.
cruel, -le, _adj._ cruel.
cruellement, _adv._ cruelly.
crment, _adv._ crudely, harshly.
Cucugnan, humorous name of an imaginary town.
Cucugnanais, _m._ inhabitant of Cucugnan.
cueillir, _v._ to gather, pick up.
cuir, _m._ leather.
cuirasse, _f._ cuirass, breastplate.
cuirassier, _m._ cuirassier (cavalryman wearing a cuirass).
cuire, _v._ to cook; cuisant, -e, cooking, sweltering.
cuisine, _f._ kitchen.
cuisinier, -re, _m., f._ cook.
cuisse, _f._ thigh.
cuivre, _m._ copper.
cuivr, -e, _adj._ copper-colored.
cul, _m._ bottom, back, rump (_l_ not pronounced).
culbuter, _v._ to send head over heels, throw over, overthrow,
overturn, upset.
culotte, _f._ breeches.
culte, _m._ worship, creed, service.
cultiver, _v._ to cultivate, raise, harvest.
cupide, _adj._ covetous, greedy.
cur, _m._ vicar, parish priest, cur.
curieux, -euse, _adj. and s._ curious, curious person.
curiosit, _f._ curiosity.
cuve, _f._ vat, tub.

D

d', _see_ de.
daigner, _v._ to deign.
dais, _m._ dais, canopy.
dallage, _m._ flagging.
dalle, _f._ flagstone.
daller, _v._ to pave (with flagstones).
Damas, Damascus (Syrian city; _s_ pronounced).
damas, _m._ damask (kind of silk with raised figures, also linen of
the same pattern), Damascus blade.
dame, _f._ lady, dame (title).
dame, _interj._ indeed!, well now!
damier, _m._ checker-board.
damner, _v._ to damn; damn, -e, _m., f._ one damned
(pronounced: _dn_).
danger, _m._ danger, risk.
dangereux, -euse, _adj._ dangerous.
Daniel, Daniel.
dans, _prep._ in, into, to, on.
danse, _f._ dance.
danser, _v._ to dance.
danseur, -euse, _m., f._ dancer, partner.
dater, _v._ to date.
datte, _f._ date (fruit).
dauphin, -ine, _m., f._ dolphin, dauphin, dauphiness (eldest son
of a French king, or his wife); Dauphine, proper name.
davantage, _adv._ still more, more.
David, David (King of Israel, story given in Bible, beginning with
I Sam. 16).
de, _prep._ of, from, by, with, to, on, in, for, than, as, some
(partitive), ~ English possessive ('s); si j'tais -- vous, if I
were in your place.
dbarrasser, _v._ to disembarrass, free; se --, get rid.
dbattre, _v._ to debate; se --, be debated, struggle,
contend, flicker.
dbauche, _f._ debauch, debauchery.
dblayer, _v._ to clear out.
dborder, _v._ to overflow; dbord, -e, overflowing, brimming
over.
dboucher, _v._ to uncork, open, come out (into).
debout, _adv._ upright, up, standing; se tenir (mettre) --, to
stand upright.
dboutonner, _v._ to unbutton.
dbraill, -e, _adj._ with the clothes in disorder or disheveled.
dbris, _m._ dbris, remains, wreckage, ruins, relic.
dbrouillard, -e, _adj. and s._ shrewd, clever, shrewd fellow.
dbut, _m._ beginning, start, first appearance, dbut.
dcacheter, _v._ to unseal, open.
dcamper, _v._ to decamp, run off.
dcapiter, _v._ to decapitate, behead.
dcaver, _v._ to ruin (in gambling), fleece.
dcembre, _m._ December.
dception, _f._ deception, disappointment.
dchainer, _v._ to unchain, let loose; se --, get or break
loose, rage.
dcharge, _f._ discharge.
dcharger, _v._ to discharge; se --, empty.
dchiqueter, _v._ to cut to pieces, slash.
dchirer, _v._ to tear, rend, lacerate, split (the ears), harrow,
rend with anguish; dchirant, -e, heartrending.
dcider, _v._ to decide, make decide; se --, be decided, make
up one's mind.
dclamer, _v._ to declaim, recite.
dclaration, _f._ declaration.
dclarer, _v._ to declare; se --, declare oneself, set in.
dcliner, _v._ to decline, give (one's name).
dcoiffer, _v._ to take down the hair of.
dconcerter, _v._ to disconcert.
dcor, _m._ decoration.
dcoration, _f._ decoration, badge, order.
dcorer, _v._ to decorate, confer a medal on.
dcouper, _v._ to cut off or out, bring out, cause to stand out,
carve, notch, indent.
dcoupure, _f._ cutting out, cutting, outline.
dcouragement, _m._ discouragement.
dcouverte, _f._ discovery.
dcouvrir, _v._ to discover, disclose, uncover.
dcrpit, -e, _adj._ decrepit, dilapidated (_t_ not pronounced).
dcrire, _v._ to describe;
dcrocher, _v._ to unhook, take down.
ddaigner, _v._ to disdain.
ddain, _m._ disdain.
ddale, _m._ labyrinth, maze.
dedans, _adv. and m._ inside, within, in it, etc.; l- --, in
there, in it, etc.
dfaire, _v._ to undo, untie; se --, get rid (of).
dfaut, _m._ fault, defect, weak side, lack.
dfavorable, _adj._ unfavorable.
dfendre, _v._ to defend, forbid, prohibit; se --(de), defend
oneself, resist, jib (of horses).
dfense, _f._ defense, prohibition.
dfier, _v._ to defy; dfiant, -e, _adj._ distrustful.
dfil, _m._ filing-by, procession.
dfiler, _v._ to file by, march off.
dflorer, _v._ to deflower, besmirch, take away the freshness of.
dfoncer, _v._ to stave in, break in.
dformation, _f._ deformation.
dformer, _v._ to deform, put out of shape, crush.
dfunt, -e, _adj._ deceased, late, dead.
dgager, _v._ to disengage, set free; dgag, -e, disengaged,
unembarrassed, free, careless, easy.
dgourdir, _v._ to take away the numbness; se --, stretch, get
rid of one's stiffness; dgourdi, -e, _adj._ revived, fresh, brisk.
dgot, _m._ disgust.
dgrafer, _v._ to unhook, unfasten, unbutton.
degr, _m._ degree, step.
dgringoler, _v._ to tumble down, roll or scramble down.
dgriser, _v._ to sober; se --, get sober.
dguenill, -e, _adj._ ragged.
dguisement, _m._ disguise.
dguiser, _v._ to disguise.
dehors, _adv. and m._ outside, out, out of doors; du --,
outside, exterior; au --, outside, without; les --,
the exterior, the appearance.
dj, _adv._ already.
djeuner, _v._ to breakfast, lunch; _m._ breakfast, luncheon.
del, _prep. and adv._ beyond; au -- de, beyond; au --,
beyond, more.
dlai, _m._ delay, postponement, period.
dlateur, -trice, _adj. and s._ betraying, informer, tell-tale.
dlicat, -e, _adj._ delicate.
dlicatesse, _f._ delicacy, deftness, consideration, tact, refined
feeling.
dlicieux, -euse, _adj._ delicious, delightful.
dli, -e, _adj._ untied, slender.
dlier, _v._ to untie.
dlire, _m._ delirium.
dlirer, _v._ to be delirious, rave, wander.
dlivrer, _v._ to deliver, free, let out.
demain, _adv._ to-morrow.
demande, _f._ request, offer of marriage.
demander, _v._ to request, ask, ask for, need.
dmarche, _f._ gait, act, procedure, step.
dmler, _v._ to disentangle, make out, distinguish, settle.
dmence, _f._ dementia, insanity.
dmentir, _v._ to contradict, belie, disprove.
dmesur, -e, _adj._ boundless, huge.
dmesurment, _adv._ immoderately, excessively.
demeure, _f._ dwelling.
demeurer, _v._ to remain, live, stand, stop; demeur seul,
left alone.
demi, -e, _adj._ hall (frequent prefix);  --, half-way, half.
demi-jour, _m._ twilight.
dmission, _f._ resignation.
dmocrate, _m._ democrat.
demoiselle, _f._ young lady, girl of noble birth (old in this
sense); --  marier, marriageable young lady.
dmon, _m._ demon, devil.
dmonter, _v._ to dismount, baffle; mer dmonte, raging sea.
denier, _m._ farthing, penny.
dnoncer, _v._ to denounce, betray.
dnonciation, _f._ denunciation.
dnoter, _v._ to denote, betoken, indicate.
dnoment, _m._ dnouement, solution, end (also written
dnouement).
dent, _f._ tooth; coup de --, bite.
dentelle, _f._ lace, stone-work resembling lace.
Dentu, family name (_cf._ the Old French dentu, having long
teeth).
dnuer, _v._ to strip; dnu, -e, _adj._ stripped, deprived,
destitute.
dnment, _m._ destitution.
dpart, _m._ departure.
dpartement, _m._ department (one of the 86 subdivisions of French
territory).
dpasser, _v._ to pass beyond, overtop, surpass.
dpayser, _v._ to send from home, put out of one's natural
surroundings; se sentir dpays, to feel that one is not at home.
dpche, _f._ despatch.
dpcher, _v._ to hasten, hurry; se --, hasten, hurry.
dpense, _f._ expense.
dpenser, _v._ to spend; se --, be spent or expended orwasted.
dpit, _m._ spite, vexation; en -- de, in spite of.
dplacer, _v._ to displace, shift.
dplaire, _v._ to displease.
dplorable, _adj._ deplorable, wretched.
dployer, _v._ to unfold, display, spread out, deploy.
dposer, _v._ to put clown, place.
dposition, _f._ deposition, testimony.
dpouiller, _v._ to strip (of leaves, etc.).
dpourvu, -e, _adj._ destitute, void, lacking.
depuis, _prep._ from, since, for; -- que, _conj._ since.
dput, _m._ deputy (one of the 597 members of the Chambre des
Dputs or French House of Representatives).
dracinement, _m._ up-rooting, eradication.
draison, _f._ unreasonableness, anything preposterous.
dranger, _v._ to derange, disturb, inconvenience.
derechef, _adv._ once more, anew.
drisoirement, _adv._ derisively, ridiculously.
drive, _f._ drift.
driver, _v._ to derive, drift.
dernier, -re, _adj._ last.
dernirement, _adv._ recently.
drober, _v._ to steal, bide away from.
droger, _v._ to degrade oneself, lose dignity, stoop.
drouler (se), _v._ to unroll, spread out.
droute, _f._ rout, defeat, flight.
derrire, _prep., adv. and m._ behind, rear, back, seat; par
--, behind, from behind.
des=de les.
ds, _prep._ from, since, at, beginning with; -- que, conj. as
soon as, when; crire -- le lendemain, to write the next day.
dsappointer, _v._ to disappoint.
dsarmer, _v._ to disarm, uncock.
dsastre, _m._ disaster.
dsceller, _v._ to unseal, unfasten.
descendant, _m._ descendant.
descendre, _v._ to descend, go or come down, go downstairs,
dismount, get out (of a carriage, etc.).
descente, _f._ descent.
dsert, -e, _adj. and m._ deserted, desert.
dserter, _v._ to desert.
dsesprment, _adv._ desperately.
dsesprer, _v._ to despair, make desperate, dishearten;
dsespr, -e, desperate, disheartened, in despair.
dsespoir, _m._ despair, desperation.
dshabituer, _v._ to unaccustom, disaccustom.
dshonneur, _m._ dishonor.
dshonorer, _v._ to dishonor.
dsigner, _v._ to designate, point out.
dsir, _m._ desire, wish, eagerness.
dsirer, _v._ to desire.
dsolation, _f._ desolation, grief.
dsoler, _v._ to desolate, grieve, render disconsolate; se --,
grieve, be distressed, be disconsolate; dsol, -e, disconsolate,
desolate, grieved.
dsordonn, -e, _adj._ disorderly, unruly.
dsordre, _m._ disorder.
dsormais, _adv._ henceforth.
desquels = de lesquels.
desscher, _v._ to dry up, wither.
dessert, _m._ dessert.
dessiner, _v._ to design, outline, bring out; se --, be
designed, appear, be seen.
dessous, _adv., prep. and m._ below, under, down, lower side,
bottom; en --, below; au -- (de), below, beneath; mettre la
barre --, to put the helm down or a-lee.
dessus, _adv., prep. and m._ above, over, on, upon, over or on it,
etc., top; au -- de, above; par- --, over, above; l- --,
thereupon; de --, upper; lui tirer --, to shoot at him.
destination, _f._ destination.
destine, _f._ destiny.
destiner, _v._ to destine, intend.
destruction, _f._ destruction.
dtachement, _m._ detachment.
dtacher, _v._ to detach, take off or from; se --, stand out,
come off.
dtail, _m._ detail.
dtaler, _v._ to clear out, scamper away.
dteler, _v._ to unhitch, unharness.
dtendre, _v._ to unbend, slacken; se --, relax.
dtente, _f._ trigger, spring.
dterminer, _v._ to determine.
dtirer, _v._ to stretch.
dtonation, _f._ detonation, report.
dtour, _m._ detour, turn.
dtourner, _v._ to turn aside; se --, turn aside.
dtresse, _f._ distress.
dtroit, _m._ strait, straits.
dtruire, _v._ to destroy.
dette, _f._ debt.
deuil, _m._ mourning, sorrow; faire -- , to make sad;
conduire (mener) le --, lead the procession of mourners.
deusio, _adv._ secondly (word formed on analogy with primo, not
recognized by standard dictionaries).
deux, _card._ two;  -- ou trois, in twos or threes; tous
(les) --, both.
deuxime, _ord._ second (x pronounced as _z_).
devancer, _v._ to go or arrive before, anticipate.
devant, _prep., adv. and m._ before, in front of, in front, front;
au -- de, to meet; il marcha -- lui, he walked straight ahead.
dvaster, _v._ to devastate, lay waste, plunder, strip.
dvelopper, _v._ to develop, unfold; se --, develop, be
developed, etc.
devenir, _v._ to become; que devient-il?, what is becoming of
him?
deviner, _v._ to divine, conjecture, guess.
deviser, _v._ to chat.
dvisser, _v._ to unscrew.
devoir, _v._ must, ought, to owe, be indebted, be obliged, be
(necessity); _m._ duty.
dvorer, _v._ to devour, eat up, consume, absorb, cover (distance);
dvore!, eat him up!
dvouement, _m._ devotion.
dvouer, _v._ to devote.
diable, _m._ devil; interj. the devil!; que --!, the devil
take it!
diablement, _adv._ devilishly, deucedly.
diablerie, _f._ deviltry, mischief.
dialogue, _m._ dialogue.
dialoguer, _v._ to put in the form of or carry on a dialogue.
diamant, _m._ diamond.
Diane, Diana (goddess of hunting).
diane, _f._ reveille.
diantre, _interj._ the deuce!
Dick, proper name (_cf_., on account of the context, _dick_ =
thick, in German).
dictionnaire, _m._ dictionary.
Dieu, _m._ God; mon --!, heavens!, why!, etc.; grand --!,
great heavens!; le bon --, God; porter le bon --, to bear the
Sacrament.
diffrence, _f._ difference.
diffrent, -e, _adj._ different.
difficile, _adj._ difficult, hard to get on with.
difficult, _f._ difficulty; faire -- de, to object to.
digne, _adj._ worthy.
dilater, _v._ to dilate.
dimanche, _m._ Sunday.
diminuer, _v._ to diminish, lessen.
dinde, _f._ turkey-hen.
dner, _v._ to dine; m. dinner.
dire, _v._ to say, tell, call, speak; pour ainsi --, so to
speak; c'est---, that is to say; dites-moi, tell me, just
imagine, you have no idea; tout fut dit, all was settled; -- que
c'est, the idea of its being; _m. pl._ talk, gossip.
directeur, _m._ director, president.
direction, _f._ direction.
diriger, _v._ to direct; se --, go (towards, etc.).
discipline, _f._ discipline.
discours, _m._ discourse, speech.
discret, -te, _adj._ discreet.
discussion, _f._ discussion.
discuter, _v._ to discuss.
disparatre, _v._ to disappear.
disperser, _v._ to disperse, scatter; se --, disperse.
disposer, _v._ to dispose, arrange; se --, be disposed, make
ready.
disposition, _f._ disposition, disposal, arrangement, attitude.
dispute, _f._ quarrel.
disputer, _v._ to dispute; se --, dispute with one another,
dispute for the mastery of.
disque, _m._ disk.
dissimuler, _v._ to dissimulate, bide, try to conceal.
dissiper, _v._ to dissipate, scatter.
dissonance, _f._ dissonance.
dissuader, _v._ to dissuade.
distance, _f._ distance; de -- en --, at intervals.
distinct, -e, _adj._ distinct.
distinguer, _v._ to distinguish, make out, make out details;
distingu, -e, _adj._ distinguished.
distraction, _f._ distraction, inattention, apathy, amusement.
distraire, _v._ to distract, divert, amuse; distrait, -e, adj.
inattentive, absorbed, heedless.
district, _m._ district (_ct_ pronounced).
divaguer, _v._ to rave, wander (of the mind).
divan, _m._ divan, sofa.
divers, -e, _adj._ diverse, different.
diversifier, _v._ to diversify.
divertir, _v._ to divert, amuse.
divin, -e, _adj._ divine.
diviser, _v._ to divide.
divorcer, _v._ to divorce; -- avec, divorce.
dix, _card._ ten (pronounced: _dis; diz_ in liaison).
dix-huit, _card._ eighteen.
dixime, _ord._ tenth.
dix-neuf, _card._ nineteen.
dix-sept, _card._ seventeen.
dizaine, _f._ about ten, half a score.
djinn, _m._ evil spirit (among the Arabs; pronounced as gene in the
English word Eugene).
dodo, _m._ by-by; au --, by-by, to bed; faire --, to go
or be gone by-by, sleep (child's word).
doigt, _m._ finger; montrer du --, to point to.
dolent, -e, _adj._ doleful, mournful, woeful.
dme, _m._ dome.
domestique, _adj. and s._ domestic, servant.
domination, _f._ domination.
dominer, _v._ to dominate, overlook, govern; -- sur, overlook.
domino, _m._ domino, dominoes.
dommage, _m._ damage, pity; quel --, what a pity.
don, _m._ gift.
donc, _conj., adv. and interj._ then, therefore, pray, do, just,
now; dis --, say, etc.
donner, _v._ to give, hand, cause, make (assault), bear (fruit);
se --, give or represent oneself, take; -- sur, open on, run
into; -- , give (reason) to; --  dner, give a dinner; se
-- de l'importance, assume a consequential air; se -- la mort,
kill oneself.
dont, _rel. pr._ of which, whose, with (in, on, by, from) which,
etc.
dorer, _v._ to gild; dor, -e, gilded, golden.
dorloter, _v._ to pamper; se --, nurse oneself, take one's
ease.
dormir, _v._ to sleep.
dorure, _f._ gilding, gilt.
dos, _m._ back, crest; de --, from behind.
dose, _f._ dose.
dot, _f._ dowry (_t_ pronounced).
doter, _v._ to endow, give a dowry to.
douairire, _f._ dowager.
douanier, _m._ custom-house official.
double, _adj. and m._ double.
doubler, _v._ to double; -- une balle, duplicate a shot, hit
in the same place.
doucement, _adv._ sweetly, gently, softly, quietly.
douceur, _f._ gentleness, softness, mildness; avec --, softly.
douer, _v._ to endow.
douleur, _f._ pain, grief, sorrow.
douloureux, -euse, _adj._ painful.
doute, _m._ doubt.
douter, _v._ to doubt; se -- (de), suspect.
douteux, -euse, _adj._ doubtful, uncertain.
doux, douce, _adj._ sweet, gentle, soft, mild.
douzaine, _f._ dozen, twelve successive numbers in roulette.
douze, _card._ twelve.
doyen, _m._ dean, provost.
drage, _f._ sugared almond (used especially at christenings).
dragon, _m._ dragon, dragoon.
dramatique, _adj._ dramatic.
drame, _m._ drama, tragedy.
drap, _m._ cloth, sheet:
drapier, _m._ draper; doyen des drapiers, dean (chief officer) of
the guild of clothiers.
dresser, _v._ to erect, raise, straighten up; se --, draw
oneself up, fisc, straighten up; faire -- les cheveux sur la tte,
make the hair stand on end.
dressoir, _m._ sideboard.
droguerie, _f._ drugs.
droit, -e, _adj., adv. and m._ straight, erect, right, upright; 
bon --, by good right; il allait tout -- devant lui, he was
going straight ahead; droite, _f._ right hand.
drle, _adj._ droll, comical, ludicrous, odd; m. rascal; un --
d'homme, a droll or strange fellow.
du=de le.
ducat, _m._ ducat (about $2.25).
duel, _m._ duel.
dune, _f._ dune, downs.
Dupotet, proper name (_cf. potet_=little pot, in Old French).
duquel, _de lequel_.
dur, -e, _adj._ hard, harsh, rough.
durant, _prep._ during.
durer, _v._ to last.
duret, _f._ hardness.
duvet, _m._ down.
dyspeptique, _adj. and s._ dyspeptic.

E

eau, _f._ water; -- -de-vie, brandy; tre tout en --, to
be dripping with perspiration.
bahi, -e, _adj._ aghast, amazed.
baucher, _v._ to sketch, delineate, outline, make only part way or
awkwardly.
bne, _m._ ebony.
blouir, _v._ to dazzle.
blouissement, _m._ dazzling, giddiness.
bouriff, -e, _adj._ in disorder, with disheveled hair, unkempt.
brancher, _v._ to strip the branches off, lop.
branler, _v._ to shake.
caille, _f._ scale, shell.
carlate, _m._ (used adjectively), scarlet.
carquiller, _v._ to open wide.
carter, _v._ to turn aside, put or draw or rush aside, spread keep
from; s'--, withdraw, separate, draw away, part; cart, -e,
wide apart, projecting, flaring.
chafauder, _v._ to erect scaffolding, build up.
chalas, _m._ vine-prop.
changer, _v._ to exchange.
chantillon, _m._ sample, specimen.
chapper, _v._ to escape; s'--, escape.
charper, _v._ to slash, cut to pieces.
chasse, _f._ stilt, long leg of a wading-bird, stilt-bird,
long-shanks.
chassier, _m._ wading-bird.
chauffer, _v._ to heat, inflame, warm; s'--, get warm or hot.
chelle, _f._ ladder.
cheveau, _m._ skein.
chevin, _m._ alderman.
chine, _f._ spine, back.
chouer, _v._ to fun aground.
claboussure, _f._ splash.
clair, _m._ lightning, flash.
claircir, _v._ to clear up, throw light on, be cleared up, clear
off, clear.
clairer, _v._ to light, light up, give light to, reconnoiter;
s'--, brighten up, brighten, clear up, be explained; clair,
-e, lighted, bright.
claireur, _m._ scout.
clat, _m._ splinter, fragment, burst, explosion, flash,
brilliancy, brightness, splendor; clats de voix, outburst, loud
voices or exclamations.
clater, _v._ to explode, burst, burst forth, shine, flash out, go off
(gun); -- de rire, burst out laughing; clatant, -e, shilling,
brilliant, dazzling, resounding.
clop, -e, _adj._ crippled, lame, with broken legs (of furniture).
clore, _v._ to hatch, corne forth, blossom.
cole, _f._ school.
conomie, f. economy, saving; faire des conomies, to save up
money.
corce, _f._ bark.
corcher, _v._ to skin, flay;
corch, _m._ one who has been flayed or skinned.
couler, _v._ to run, flow out; s'--, run, elapse, pass by.
couter, _v._ to listen (to).
cran, _m._ screen.
craser, _v._ to crush, overwhelm.
crmer, _v._ to skim, skim off.
crier (s'), _v._ to exclaim, cry.
crire, _v._ to write; par crit, in writing; on nous
crit, from our special correspondent.
criteau, _m._ sign-board, placard.
criture, _f._ writing, handwriting.
crouelles, _f. pl._ scrofula.
crouler, _v._ to fall in, collapse; s'--, fall in, collapse.
cu, _m._ shield, crown (old coin worth 3 francs, also coin worth 5
francs).
cueil, _m._ reef.
cume, _f._ foam, froth.
cumer, _v._ to foam, froth.
cumoire, _f._ skimmer.
curie, _f._ stable.
cusson, _m._ escutcheon.
douard, Edward.
ducation, _f._ education, drill.
duquer, _v._ to bring up (children), educate.
effacer, _v._ to efface, rub or blot out, dull, dim; s'--,
efface oneself, get out of the way, disappear, be blotted out.
effarer, _v._ to scare, frighten, startle.
effectivement, _adv_. effectively, really, in reality.
effet, _m._ effect; pl. effects, goods, belongings; en --, in
reality, indeed.
effeuiller, _v._ to strip off the leaves.
effil, -e, _adj._ slender, slim, sharp.
effianqu, -e, _adj._ lean (usually of animais).
effleurer, _v._ to strip off the flowers, graze.
effondrer, _v._ to break in, break.
efforcer (s'), _v._ to strive.
effort, _m._ effort.
effrayer, _v._ to frighten; effrayant, -e, _adj._ frightful.
effroi, _m._ fright, dismay.
effront, -e, _adj._ shameless, bold.
effroyable, _adj._ frightful, horrible.
effusion, _f._ effusion.
gal, -e, _adj. and s._ equal, all the same, regular, even; c'est
--, all the same.
galement, _adv._ equally, uniformly.
galer, _v._ to equal.
gard, _m._ regard, consideration, subject;  son --, in
regard to him.
garer, _v._ to mislead, unsettle; s'--, get lost, wander;
gar, -e, unsettled, bewildered, wild, frantic, lost.
gayer, _v._ to enliven, amuse, cheer up.
glise, _f._ church.
gosme, _m._ egotism, selfishness.
goste, _adj._ egotistical, selfish.
gorger, _v._ to cut the throat of, slaughter.
gyptien, -ne, _adj._ Egyptian (_t_ pronounced as _c_).
eh, _interj._ ah!, ha!, or; -- bien, well.
Eiffel (la tour), Parisian tower, highest in the world (300 meters),
erected for the exposition of 1889 by the engineer of this name.
lan, _m._ spring, bound, start, impetus, clash, flight.
lancer, _v._ to throw; s'--, throw oneself, spring forward,
spring, dart, start up; lanc, -e, _adj._ slender.
largir, _v._ to widen; largi, -e, widened, spreading.
lastique, _adj._ elastic.
lecteur, _m._ elector, constituent; avenue de l'lecteur,
Kurfrstenalle (avenue near Heidelberg).
lectrique, _adj._ electric.
lgance, _f._ elegance.
lgant, -e, _adj._ elegant.
lgiaque, _adj._ elegiac.
lment, _m._ element.
lphant, _m._ elephant.
lever, _v._ to elevate, bring up, put up, ralse; s'--, rise,
arise; lev, -e, elevated, tall, lofty, towering.
Elias, Elias (Elia) is the New Testament and German form of lie, Elijah.
elle, _conj. and disj. pr._ (feminine), she, it.
elle-mme, _see_ lui-mme.
loge, _m._ praise.
loi (saint), Saint loi or Eligius, Bishop of Noyon (c. 588-659).
loignement, _m._ removal, distance.
loigner, _v._ to remove, send away, banish; s'--, go away,
move away; loign, -e, distant.
mail, _m._ enamel.
emballage, _m._ packing.
emballer, _v._ to pack up.
embarcation, _f._ small craft, boat.
embarquement, _m._ embarcation.
embarquer, _v._ to embark, put on board; s'--, embark, be put
on board.
embarras, _m._ embarrassment.
embarrasser, _v._ to embarrass.
embaumer, _v._ to embalm, perfume, smell sweet, give forth a sweet
odor.
emboiter, _v._ to join, fit in; -- le pas, lock step.
embonpoint, _m._ plumpness, stoutness.
embraser, _v._ to set on fire; embras, -e, burning, on fire.
embrasser, _v._ to embrace, kiss.
embrasure, _f._ embrasure, window-recess.
embrouiller, _v._ to entangle, tangle, confuse, befog.
embrumer, _v._ to cover (with mist), overcast.
meraude, _f._ emerald.
mrite, _adj._ emeritus, old, confirmed.
mettre, _v._ to emit, express.
migrer, _v._ to emigrate.
Emineh, the Trusty One or the Steadfast One (Arabic).
minence, _f._ eminence, height, rising ground.
mir, _m._ emir (Mohammedan governor, etc.).
mission, _f._ emission, issue.
emmener, _v._ to lead or take away, carry off (pronounced: ammener).
motion, _f._ emotion.
mouchet, _m._ sparrow-hawk.
mouvoir, _v._ to excite, move.
emparer (s'), _v._ to take possession.
empcher, _v._ to hinder, prevent, keep from; il n'a pu s'-- de,
he could not help.
empereur, _m._ emperor.
emptrer, _v._ to entangle.
empiler, _v._ to pile up.
emplette, _f._ purchase.
emplir, _v._ to fill.
emploi, _m._ employment, use, position, job.
employ, -e, _m., f._ employee, clerk.
employer, _v._ to employ, use, take up (attention).
empoigner, _v._ to grasp, lay hold of.
emporter, _v._ to carry off or away, take away, take; l'--,
carry (him, her, it) off, prevail, win the day.
empreindre, _v._ to imprint, impress, mark.
empreinte, _f._ imprint, impression.
empressement, _m._ eagerness, alacrity.
empresser (s'), _v._ to be eager, hasten, hurry, press eagerly (about).
emprisonner, _v._ to imprison.
emprunter, _v._ to borrow.
en, _conj. pr._ of it, of him, etc., some, with (of, by, etc.) it.
en, _prep._ in, into, ta, while, in the capacity of, as, like, by, at.
encadrer, _v._ to frame.
encaisser, _v._ to encage, embank, enclose.
encens, _m._ incense (_s_ not pronounced).
enchainer, _v._ to enchain, put in chains, chain.
enchanter, _v._ to enchant, delight.
enchre, _f._ bidding, auction.
encoignure, _f._ corner, angle.
encombrer, _v._ to obstruct, encumber, overload, crowd.
encore, _adv._ still, again, yet, besides; -- un, another.
encourager, _v._ to encourage.
encre, _f._ ink.
encrier, _m._ inkstand.
endiabler, _v._ to be in a passion; faire --, to throw into a
rage, arouse the devil in.
endimancher, _v._ to put on one's Sunday clothes (usually _refl._);
endimanch, -e, dressed in one's test clothes.
endormir, _v._ to put to sleep; s'--, fall asleep; endormi,
-e, asleep, sleeping, fallen asleep, dull.
endosser, _v._ to put on.
endroit, _m._ place.
nergie, _f._ energy.
nergique, _adj._ energetic.
nergiquement, _adv._ energetically.
nerver, _v._ to enervate, unnerve, weaken, wear on the nerves.
enfance, _f._ infancy, childhood.
enfant, _m., f._ child; bon --, good fellow; -- de
choeur, choir-boy.
enfantillage, _m._ childishness, childish act.
enfantin, -e, _adj._ infantile, childish, children's, child's.
enfer, _m._ hell.
enfermer, _v._ to shut up, enclose.
enfiler, _v._ to thread, string, slip on.
enfin, _adv._ finally, at last, after all, in short.
enflammer, _v._ to inflame, set fire to; enflamm, -e,
inflamed, flaming, on fire.
enfoncer, _v._ to sink, drive in, plunge, thrust, hide; s'--,
sink, go down (into), settle down, give way, be broken in, plunge.
enfuir (s'), _v._ to flee.
engagement, _m._ engagement, obligation, contract, enlistment.
engager, _v._ to engage, enlist, induce, urge, give (a signature);
s'--, enlist, enter.
engendrer, _v._ to engender, beget.
engin, _m._ engine, machine, fishing-gear.
engloutir, _v._ to engulf, devour, swallow greedily, gulp down;
s'--, be engulfed, be swallowed.
engouffrer, _v._ to engulf; s'--, be engulfed, be swallowed
up, be poured (into), rush (of the wind).
engourdir, _v._ to benumb, deaden; s'--, become benumbed or
drowsy or dull; engourdi, -e, benumbed, deadened, torpid, drowsy.
engourdissement, _m._ numbness, torpor.
engraisser, _v._ to fatten, get fat.
enhardir, _v._ to embolden; s'-- , become bold enough to
(avoid liaison with _n_ in this word).
nigme, _f._ enigma, riddle.
enivrer (s'), _v._ to get drunk (_en_ pronounced as in _ennui_).
enjambe, _f._ stride.
enjamber, _v._ to bestride, stride, put one's leg over, stride over.
enlacer, _v._ to lace, bind, entwine, interlace.
enlvement, _m._ carrying off, capture.
enlever, _v._ to take away, carry off, take off, raise, remove;
-- cette affaire, accomplish this.
enluminer, _v._ to color, paint.
ennemi, _m._ enemy; --, -e, adjectively, hostile.
ennui, _m._ ennui, tediousness,
tiresomeness, vexation (in this and in the next two words the first
syllable is nasalized).
ennuyer, _v._ to weary, bore.
enorgueillir, _v._ to make proud; s'--, be proud.
norme, _adj._ enormous.
normment, _adv._ enormously.
normit, _f._ enormity.
enqurir (s'), _v._ to inquire.
enqute, _f._ inquest, inquiry, search.
enrager, _v._ to enrage, become mad; enrag, --e, mad,
enraged, crazy, crazy fellow.
enrgimenter, _v._ to form into regiments, enroll.
enrichir, _v._ to enrich; s'--, become rich.
enrou, -e, _adj._ hoarse.
ensanglanter, _v._ to make bloody, make blood-red; ensanglant,
-e, bloody.
enseigne, _f._ sign, sign-board.
ensemble, _adv._ together.
ensuite, _adv._ then, next, afterwards.
ensuivre (s'), _v._ to ensue, follow.
entasser, _v._ to pile up; s'--, be piled up.
entendement, _m._ understanding, intellect, mind.
entendre, _v._ to hear, understand, mean, intend; s'--,
understand one another, be understood, be heard;  -- de, if you
listen to, according to; bien entendu, to be sure, of course.
enterrement, _m._ burial, funeral, funeral procession.
enterrer, _v._ to bury.
entter, _v._ to give a headache to, make vain; s'--, be
obstinate, persist.
entier, -re, _adj._ entire; tout --, entirely.
entirement, _adv._ entirely.
entour ( l'), _adv._ round about; -- de, around.
entourage, _m._ frame, intimates.
entourer, _v._ to surround, envelop.
entr'acte, _m._ intermission.
entrailles, _f. pl._ entrails, bowels, feeling; qui lui tenait
encore aux --, for whom she still yearned.
entraner, _v._ to drag, draw, draw along or on; s'--, drag
oneself, train, drill.
entre, _prep._ between, among, in; d'--, from among, among;
-- eux, among themselves, to one another, etc.; passer -- vos
mains, to pass into your hands; ils parlrent -- eux, they
talked to each other.
entre-bill, -e, _adj._ half-open, ajar.
entre, _f._ entrance, entry.
entrefaite, _f._ interval; sur ces entrefaites, meanwhile.
entremler, _v._ to intermix, intermingle.
entremetteur, _m._ go-between, procurer.
entrept, _m._ storeroom, warehouse.
entreprendre, _v._ to undertake.
entreprise, _f._ enterprise, undertaking.
entrer, _v._ to enter, come in, put or go in.
entretenir, _v._ to keep up, take care of, support, maintain;
s'--, converse.
entretien, _m._ support, keep, conversation, interview.
entrevue, _f._ interview.
entr'ouvrir, _v._ to half-open, set ajar, open part way.
envahir, _v._ to invade, penetrate, take possession of.
envahisseur, _m._ invader; adjectively: invading.
enveloppe, _f._ envelope, exterior, covering, cover, outward form.
envelopper, _v._ to envelop, wrap up, surround.
envers, _m._ wrong side; prep. towards;  l'--, contrary to,
wrong side outwards; se mettre le coeur  l'--, to be upset.
envi ( l'), _adv._ in emulation, vying with each other.
envie, _f._ desire, longing, envy; faire - , to make envious;
porter -- , be envious of.
envier, _v._ to envy, long for.
envieux, -euse, _adj._ envious.
environ, _adv._ about; aux (dans les) environs, in the
neighborhood or vicinity, in the suburbs.
environner, _v._ to surround, attend.
envoler (s'), _v._ to fly away.
envoyer, _v._ to send; -- des sourires , smile at.
pais, -se, _adj._ thick.
paisseur, _f._ thickness.
paissir, _v._ to thicken, deepen (silence).
panouir, _v._ to open, cheer; panoui, -e, open, cheerful, in
blossom.
panouissement, _m._ blossoming, blooms.
pargner, _v._ to save, spare.
pars, -e, _adj._ scattered, disheveled.
paule, _f._ shoulder.
paulement, _m._ breastwork.
paulette, _f._ epaulette.
pe, _f._ sword.
perdu, -e, _adj._ desperate, bewildered, frantic, distracted.
perdument, _adv._ frantically, desperately.
peron, _m._ spur.
pi, _m._ ear (of grain, etc.).
picier, _m._ groceryman, grocer.
pigramme, _f._ epigram.
poque, _f._ epoch, time.
pouser, _v._ to marry.
pouvantable, _adj._ terrible, appalling.
pouvante, _f._ fright, terror.
pouvanter, _v._ to terrify, appall.
poux, -ouse, _m., f._ husband, wife.
prendre (s'), _v._ to fall in love (with), be smitten.
preuve, _f._ trial, proof.
prouver, _v._ to experience, try, test, feel.
puiser, _v._ to exhaust.
quipage, _m._ crew.
quiper, _v._ to equip.
quivalent, _m._ equivalent.
quivoque, _adj._ equivocal, doubtful.
-er, see premier.
rafler, _v._ to scratch.
railler, _v._ to fray.
ermite, _m._ hermit.
errer, _v._ to wander; chien errant, stray dog.
erreur, _f._ error, mistake.
ruption, _f._ eruption.
Esbekick, Ezbekia Gardens (in northern section of Cairo).
escabeau, _m._ escabelle, f. stool.
escadron, _m._ squadron, cavalry; chef d'--, major.
escalier, _m._ staircase, stairway.
escapade, _f._ escapade, prank.
escarboucle, _f._ carbuncle (stone).
escargot, _m._ snail.
escarmouche, _f._ skirmish.
esclave, _m., f._ slave.
escogriffe, _m._ sharper, gawky or lanky fellow.
escorte, _f._ escort, convoy.
espace, _m._ space.
espacer, _v._ to space; s'--, to grow farther apart.
Espagne, _f._ Spain; pice d'--, Spanish coin.
espagnol, -e, _adj. and s._ Spanish, Spaniard (written
Espagnol when _s._).
espce, _f._ species, sort, kind, cash (in _pl._).
esprance, _f._ hope, expectation.
esprer, _v._ to hope.
espigle, _adj._ frolicsome, roguish, mischievous.
espion, _m._ spy.
esplanade, _f._ esplanade.
espoir, _m._ hope.
esprit, _m._ mind, wit, sense, brains, spirit; -- fort,
skeptic.
essaim, _m._ swarm.
essayer, _v._ to try.
essence, _f._ essence, perfume, scent.
essentiel, -le, _adj._ essential (_t_ pronounced as _c_).
essoufflement, _m._ breathlessness.
essoufiler, _v._ to put out of breath; essouffl, -e, out of
breath, breathless.
essuyer, _v._ to wipe, wipe away.
estafette, _f._ courier, messenger.
estimer, _v._ to esteem, estimate.
estomac, _m._ stomach (pronounced: _estoma_).
estrade, _f._ platform, dais.
estropi, -e, _adj. and s._ crippled, maimed, cripple.
et, _conj._ and.
table, _f._ stable, cattle-shed; --  cochons, pig-sty.
tablir, _v._ to establish, set up, set, settle, fix, fasten, make;
s'--, be established, take a position, settle down, etc.
tablissement, _m._ establishment, moving in.
tage, _m._ flight of stairs, story, floor (above the groundfloor);
premier --, second story.
tain, _m._ tin, pewter.
talage, _m._ goods exposed for sale, display, show-window.
taler, _v._ to set out, spread out, display, expose goods (for
sale); s'--, spread out, be exposed or displayed.
tat, _m._ state, condition.
tat-major, _m._ staff.
etc., pronounced in French: _ett ctra_.
t, _m._ summer.
teindre, _v._ to extinguish, put out; s'--, die out, go out;
teint, -e, extinguished, extinct, dead.
tendre, _v._ to extend, stretch, stretch out; s'--, extend,
stretch oneself out.
tendue, _f._ stretch, extent.
ternel, -le, _adj._ eternal, everlasting.
ternuer, _v._ to sneeze.
tinceler, _v._ to sparkle, glitter; tincelant, -e,
sparkling, glittering, brilliant.
tincelle, _f._ spark, flash, glitter.
tirer, _v._ to stretch.
toffe, _f._ stuff, fabric.
toile, _f._ star; coucher  la belle --, to sleep in the open
air.
toiler, _v._ to star, stud, dot, shine like a star, sparkle.
tonnement, _m._ astonishment.
tonner, _v._ to astonish, amaze; s'--, be astonished.
touffer, _v._ to stifle, muffle, smother, choke.
tourdi, -e, _adj. and s._ giddy, heedless, rattlebrained,
rattlebrain, madcap, giddy-headed fellow.
trange, _adj._ strange.
trangement, _adv._ strangely.
tranger, -re, _adj. and s._ strange, foreign, stranger, foreigner.
trangler, _v._ to strangle, choke.
tre, _v._ to be, go (in past tense); -- , belong to, be the
right of, be the turn of, be busy (about); en - , reach the point
of, come to; en - l, to be reduced to such a point, be in such a
condition; -- bien avec, be on good terms with; nous y sommes,
here we are; il est, there is or are (rarer than il y a);
n'est-ce pas?, isn't it?, don't you think so?, etc.; il n'tait
plus au jeu, he no longer had his mind on the game; elle en fut
dans l'admiration, she went into ecstacy over it; _m._ being.
treindre, _v._ to squeeze, hug, clasp, grip.
troit, -e, _adj._ narrow.
tude, _f._ study.
tudier, _v._ to study.
eunuque, _m._ eunuch.
Eure, _f._ French river and department (in Normandy).
Europe, _f._ Europe.
eux, _disj. pr._ they, them, themselves; causer entre --, to
chat with one another.
eux-mmes, _pr._ themselves, etc.; d'--, by themselves,
without interference.
valuer, _v._ to value, estimate.
vangliste, _m._ Evangelist.
vangile, _m._ Gospel.
vanouir (s'), _v._ to faint, vanish.
vaporer, _v._ to evaporate.
veil, _m._ awakening; en --, on the alert or watch.
veiller, _v._ to awaken, arouse; s'--, awake; veill,
-e, awakened, wide-awake.
vnement, _m._ event.
ventail, _m._ fan.
vent, -e, _adj._ flat, giddy.
ventrer, _v._ to rip open, disembowel.
vque, _m._ bishop.
vertuer (s'), _v._ to strive, do one's utmost.
videmment, _adv._ evidently (_em_ pronounced as _am_).
vident, -e, _adj._ evident.
vider, _v._ to hollow out; dentelles d'une sculpture vide,
open-work stone carving.
viter, _v._ to avoid.
vreux, town 68 miles northwest of Paris (department of Eure).
exactement, _adv._ exactly.
exagrer, _v._ to exaggerate.
exaltation, _f._ exaltation, glorification, exhilaration.
exalter, _v._ to exalt; s'--, become excited.
examiner, _v._ to examine.
exasprer, _v._ to exasperate.
excellence, _f._ excellence; par --, preminently.
excellent, -e, _adj._ excellent.
excepter, _v._ to except; except, _prep._ except.
excs, _m._ excess.
excessif, -ive, _adj._ excessive, exorbitant.
exciter, _v._ to excite, arouse.
exclamation, _f._ exclamation.
exclusivement, _adv._ exclusively.
excuse, _f._ excuse.
excuser, _v._ to excuse.
excuter, _v._ to execute.
excution, _f._ execution.
exemple, _m._ example, parallel, copy; par --, indeed, really,
for example.
exempt, -e, _adj._ exempt, free (_p_ not pronounced).
exercer, _v._ to exercise, practice, train; s'--, practice, be
trained, be exercised, drill, be produced.
exercice, _m._ exercise, drill.
exhaler, _v._ to exhale, give vent to, heave.
exiger, _v._ to exact, demand.
exil, _m._ exile.
exiler, _v._ to exile.
existence, _f._ existence.
exister, _v._ to exist.
expdition, _f._ expedition.
exprience, _f._ experience, experiment.
expier, _v._ to expiate, atone for.
expirer, _v._ to expire, die, die away.
explication, _f._ explanation.
expliquer, _v._ to explain; s'--, explain oneself, be
explained, give an explanation.
exploiter, _v._ to exploit.
explorer, _v._ to explore.
explosion, _f._ explosion.
exposer, _v._ to expose.
exposition, _f._ exposition; Exposition de 89, Paris Exposition
of 1889.
exprs, expresse, _adj. and adv._ express, on purpose; par un fait
--, on purpose, by a prearrangement.
expressment, _adv._ expressly.
expressif, -ive, _adj._ expressive.
expression, _f._ expression.
exprimer, _v._ to express.
ex-prince, _m._ ex-prince.
expulser, _v._ to expel, drive out.
exquis, -e, _adj._ exquisite.
extase, _f._ ecstasy.
extatique, _adj._ ecstatic.
extnuer, _v._ to extenuate, weaken, exhaust.
extrieur, -e, _adj._ and m. exterior, outer, outside.
exterminer, _v._ to exterminate.
extraordinaire, _adj._ extraordinary.
extravagance, _f._ extravagance, excess, wild idea.
extravagant, -e, _adj._ extravagant, wild, unreasonable.
extrme, _adj._ extreme.
extrmement, _adv._ extremely.
extrmit, _f._ extremity, tip.

F

f..., abbreviation for foutu.
fabliau, _m._ fabliau (humorous medieval tale).
fabricant, _m._ manufacturer.
fabrique, _f._ factory, manufacture, make; marque de --,
trade-mark.
fabriquer, _v._ to manufacture, make.
fabuleux, -euse, _adj._ fabulous.
face, _f._ face, front; en --, opposite, in presence of,
openly, squarely; en -- de, opposite, changer de --, to change
appearance.
factie, _f._ facetiousness, joke (_t_ pronounced as _c_).
fcher, _v._ to anger; se --, get angry; fch, -e, adj.
angry, sorry.
fcheux, -euse, _adj._ grievous, vexatious.
facile, _adj._ easy.
facilement, _adv._ easily.
facilit, _f._ facility, ease, fluency.
faon, _f._ fashion, manner, way, composition; de -- , so as
to; d'une -- continue, continuously.
fagot, _m._ fagot.
faible, _adj. and s._ feeble, weak, faint, weak person.
faiblement, _adv._ feebly, weakly, faintly.
faiblesse, _f._ feebleness, weakness, swoon.
Faidherbe (Louis), distinguished general of Franco-Prussian war
(1818-1889).
faignant, popular for faitnant.
faigniant, dialectic for fainant.
faillir, _v._ to rail, err, corne near; --  l'honneur, act
dishonorably.
faillite, _f._ bankruptcy; faire --, to fail.
faim, _f._ hunger.
fainant, -e, _adj. and s._ idle, lazy fellow, do-nothing, sluggard.
faire, _v._ to do, make, form, build, perform, cause, act, heave,
utter, let, mark, play the part of, bring it about (that), be (weather),
take (a step, a nap), commit (an act), have (a dream, supper, anything
clone), pay (court, compliment, attention), pass over or cover
(distance), serve (time), give (pleasure, trouble, light, pain), say
(when quoting), ask (a question), play (a game), attach (importance),
cut (teeth), compose (verses), carry on (trade); se --, be done, be
made, be produced, grow, become, be; se -- , become accustomed to,
adapt oneself to; -- danser, invite to dance, play for a dance for;
me -- envie, make me envious; -- entrer, show in, take in; --
voir, show; que --?, what is (was, etc.) to be done?; ne --
que, only (with a verb); n'avoir que -- de, have no reason to,
have nothing to do with; -- venir, send for; -- tte , stand
out against, face; il n'a rien -- ici, it is out of place here;
rien n'y fit, nothing worked; tre fait , be adapted to; les
noces furent faites, the wedding took place.
faisceau, _m._ bundle, sheaf; remettre les armes en faisceaux, to
stack arms again.
faiseur, -euse, _m., f._ maker, dressmaker.
fait, _m._ fact, deed; allons au --, let us come to the
point; haut fait, exploit.
fate, _m._ top, ridge (of a roof).
falaise, _f._ cliff.
falbala, _m._ furbelow, flounce.
falloir, _v._ to be necessary, need, must, should, have to; tant
s'en faut, by a good deal.
fameux, -euse, _adj._ famous, great, precious (familiar).
familiariser, _v._ to familiarize, accustom.
familier, -re, _adj_ familiar.
famille, _f._ family.
faner, _v._ to fade, wither.
fantaisie, _f._ fancy, whim.
fantasmagorie, _f._ phantasmagoria (fantastic series of illusive
or terrifying figures).
fantasque, _adj._ fantastic, fanciful, whimsical.
fantastique, _adj._ fantastic, supernatural, incredible.
fantastiquement, _adv._ fantastically.
faquir, _m._ fakir (Mohammedan monk).
farceur, _m._ joker.
fardeau, _m._ burden.
farine, _f._ flour.
farouche, _adj._ wild, unsociable, shy, skittish.
fasciner, _v._ to fascinate.
fat, _m._ fop, coxcomb (_t_ pronounced).
fatal, -e, _adj._ fatal.
fatalit, _f._ fatality, mischance.
fatigant, -e, _adj._ tiring.
fatigue, _f._ fatigue, weariness, hard work.
fatiguer, _v._ to weary, tire, exhaust, wear out, lash (of the
wind).
faubourg, _m._ outskirt, suburb, faubourg (quarter between
center and town limit); le Faubourg, the Faubourg Saint Germain
(Parisian quarter of the old aristocracy).
faubourien, -ne, _m., f._ inhabitant of a faubourg (where
laborers, workmen, etc., live), plebeian.
faulx, obsolescent spelling of faux, _f._
faute, _f._ fault, error; -- de, for lack of; -- de
mieux, for lack of anything better; il y a un peu de votre --
dans, you are a little to blame for.
fauteuil, _m._ armchair.
fauve, _adj._ fallow, fawn-colored, tawny; bte --, wild
beast, deer.
fauvette, _f._ warbler.
faux, _f._ scythe.
faux, fausse, _adj._ false, pretended, wrong; -- pas, misstep,
mistake.
faveur, _f._ favor.
favorable, _adj._ favorable, pleasing.
favori, -te, _adj._ favorite; _m. pl._ whiskers, side-whiskers.
favoriser, _v._ to favor.
Fcamp, town on the English Channel between Le Havre and Dieppe
(department of Seine-Infrieure).
fe, _f._ fairy.
feindre, _v._ to feign, pretend.
Flibrige, _m._ name of a modern school or society of Provenal
writers (see also note given on p. 295).
flicit, _f._ felicity.
fliciter, _v._ to congratulate.
fellah, _m._ fellah (Egyptian peasant).
fminin, -e, _adj._ feminine.
femme, _f._ woman, wife; -- de chambre, maid.
fendre, _v._ to split, cleave, crack;
fendu, -e, split, wide open (of the mouth).
fentre, _f._ window; sauter sur la --, to jump on the
window-sill.
fer, _m._ iron.
Ferdoussi, Firdusi or Ferdausi, celebrated Persian epic poet,
author of the Shahnamah or Book of Kings (c. 940-c. 1020).
ferme, _adj. and adv._ firm, steady, firmly, steadily, hard.
ferme, _f._ farm, farming out, lease.
fermenter, _v._ to ferment.
fermer, _v._ to close, shut; se --, close.
fermet, _f._ firmness, steadiness.
fermeture, _f._ closing, fastening.
fermier, _m._ farmer; -- gnral, farmer-general (financier to
whom, before the French Revolution, the taxes were farmed out).
froce, _adj._ ferocious.
frocit, _f._ ferocity.
ferrer, _v._ to tip with iron, shoe.
ferveur, _f._ fervor.
fte, _f._ festival, holiday, party, entertainment; jour de
--, holiday.
feu, _m._ fire, shot; de --, of fire, fiery, red-hot; faire
--, to fire; mettre le --, set fire (to anything); au coin de
son --, at her fireside.
feu, -e, _adj._ late, deceased.
feuille, _f._ leaf.
feuille, _f._ bower, foliage.
feuillet, _m._ leaf (of a book).
feuilleter, _v._ to turn the leaves of.
feutre, _m._ felt, felt hat.
fvrier, _m._ February.
fi, _interj._ fie!; -- donc!, fie!, for shame!
fiancer, _v._ to betroth; fianc, -e, fianc, fiance,
betrothed.
ficeler, _v._ to tie, bind.
ficelle, _f._ string.
fidle, _adj._ faithful.
fiente, _f._ dung (of birds, cattle, etc.).
fier, _v._ to trust; se --  (sur), trust to, rely on.
fier, -re, _adj._ proud, haughty, stout, bold; avoir un --
courage, to be downright courageous (_r_ pronounced).
firement, _adv._ proudly.
fiert, _f._ pride.
fieu, dialectic for fils.
fivre, _f._ lever.
fivreux, -euse, _adj. and s._ feverish, person with a lever.
figer, _v._ to congeal; se --, be congealed or coagulated.
figurant, -e, _m., f._ supernumerary.
figure, _f._ face, figure; faire -- to cut a figure, be quite
prominent.
figurer (se), _v._ to imagine, picture, represent; figurez-vous,
just imagine.
fil, _m._ thread, line, wire, edge (_l_ pronounced).
filature, _f._ spinning-mill.
file, _f._ file, row.
filer, _v._ to spin, file by, be off, get away, shoot by, move
along, cover ground, pay out; -- son chemin, make off.
filet, _m._ net, netting, thread, filet, bead, small stream,
fillet.
fille, _f._ daughter, girl; --  marier, marriageable girl;
-- mre, unmarried mother.
filou, _m._ pickpocket, sharper.
fils, _m._ son; -- de famille, gentleman's son;
Fils de France, French prince (pronounced: _fis_).
fin, _f._ end.
fin, -e, _adj._ fine, delicate, precious, of fine quality; fine
fleur, cream, finest quality; au -- fond de son sommeil, really
and soundly asleep;
fine, _f._ (abbreviation for fine champagne), choice brandy.
finalement, _adv._ finally, once for all.
financier, -re, _adj. and s._ financial, financier.
finir, _v._ to finish, end; -- par (with infinitive), finally.
firmament, _m._ firmament.
fisc, _m._ public treasury.
fixe, _adj._ fixed, appointed.
fixement, _adv._ fixedly.
fixer, _v._ to fix.
flacon, _m._ flask.
flairer, _v._ to scent, smell.
flamber, _v._ to flame, blaze, blaze up, burst into flame, burn.
flamboyer, _v._ to flame, glitter, glisten; flamboyant, -e,
flamboyant, flaming.
flamme, _f._ flame.
flanc, _m._ flank, side.
Flandre, _f._ Flanders.
flner, _v._ to lounge, lie about, lie, stroll.
flanquer, _v._ to flank, hit, let have or give (a blow); flanqu
de, flanked by, having on the sides.
flaque, _f._ puddle.
flasque, _adj._ flabby, loose.
flatter, _v._ to flatter.
flatterie, _f._ flattery.
flatteur, -euse, _adj._ flattering.
flau, _m._ flail, scourge.
flche, _f._ arrow.
fleur, _f._ flower; petite -- bleue, little blue flower of
poetic imagination.
fleurer, _v._ to smell (of).
fleurette, _f._ little flower, gallant speech.
fleurir, _v._ to flower, blossom, adorn with flowers; fleuri,
-e, flowered, flowery.
fleuron, _m._ flower-like ornament, vignette, flourish.
fleuve, _m._ river.
flocon, _m._ flake.
Flore, Flora (Roman goddess of flowers).
florin, _m._ florin (of varying value, the former German coin was
worth 40 cents).
flot, _m._ wave, flood.
flotte, _f._ fleet.
flotter, _v._ to float, wave (hair).
flottille, _f._ flotilla.
flte, _f._ flute;  son de --, high-pitched.
flux, _m._ flow, rising tide, flood (pronounced: _flu_).
foi, _f._ faith.
foire, _m._ fair.
fois, _f._ time; une --, once; deux --, twice;  la
--, at the same time, at a time; il y avait une --, there was
once upon a time.
folie, _f._ madness, insanity, folly, prank.
follet, -te, _adj._ playful, downy, silky; poils follets, clown.
fonc, -e, _adj._ dark.
fonction, _f._ function, duty.
fonctionaire, _m._ functionary, official.
fond, _m._ bottom, back, end, background, depths, low-land, heart.
fonder, _v._ to found.
fondre, _v._ to melt, reduce (fat); -- en larmes, burst into
tears.
fonds, _m._ stock.
fontaine, _f._ fountain.
Fontainebleau, town about 35 miles south of Paris with a famous
Renaissance castle built by Francis I, there is also an artillery and
engineering school for the army.
fonte, _f._ cast-iron.
force, _f._ force, might, strength, full strength;  -- de, by
dint of;  toute --, in spite of everything; -- publique,
police.
forcer, _v._ to force, make, break through, bend, overwork.
forestier, -re, _adj._ and s. forest, forester, forester's wife.
fort, _f._ forest; la Fort Noire, the Black Forest (east of
the upper Rhine, in Baden and Wrtemberg, corresponding in elevation to
the Vosges on the west bank).
forme, _f._ form, figure, proportion.
former, _v._ to form.
formidable, _adj._ formidable.
fort, -e, _adj., adv. and s._ strong, clever, hard, very; very
much,. much, heavy, loud, astounding.
fortement, _adv._ strongly, firmly, very.
forteresse, _f._ fortress.
fortification, _f._ fortification (in _pl._ the name is given to
the wall around Paris).
fortifier, _v._ to fortify, strengthen.
fortune, _f._ fortune.
foss, m. ditch, moat, drain.
fossette, _f._ dimple.
fou, folle, _adj. and s._ mad, crazy, wild, capricious, crazy
person, madman.
foudre, _f._ flash (of lightning), thunderbolt.
fouetter, _v._ to whip, whip up, lash.
fouiller, _v._ to dig, dig in, excavate, search, ransack.
fouillis, _m._ confused mass, confusion, disorder.
fouine, _f._ beech-marten (white-throated marten).
foule, _f._ crowd, lot.
fouler, _v._ to trample upon, tread.
four, _m._ oven, kiln; le -- chauffe pour moi, things are
getting hot for me.
fourche, _f._ fork, pitchfork.
fourchette, _f._ fork.
fourneau, _m._ stove, range, furnace.
fourne, _f._ ovenful, batch.
fournir, _v._ to furnish.
fourrage, _m._ fodder.
fourr, -e, _adj. and m._ furred, lined with fur, bushy, thick,
thicket.
fourreau, _m._ scabbard.
fourrure, _f._ fur.
foutu, -e, _adj._ done for, down and out, gone (extremely vulgar).
foyer, _m._ hearth, fireplace, fireside, home, foyer.
fracas, _m._ crash.
fraction, _f._ fraction, part.
fragile, _adj._ fragile.
fragment, _m._ fragment, piece.
frachement, _adv._ freshly.
fracheur, _f._ freshness, coolness, bloom, beauty.
frais, frache, _adj._ fresh, cool, rosy, with a fresh complexion,
recently made; mettre au --, to cool, cool off.
frais, _m. pl._ expenses, expense.
franc, _m._ franc (about 19 cents).
franc, franche, _adj._ frank, honest, open; -- comme l'or,
honest as the day.
franais, -e, _adj. and s._ French, Frenchman (written
Franais when _s._).
France, _f._ France.
franchement, _adv._ frankly.
franchir, _v._ to clear, pass over, pass, leap over.
franchise, _f._ frankness; de --, frank.
Franois, Francis.
franc-tireur, _m._ irregular sharp-shooter or skirmisher (volunteer
not in regular army).
frange, _f._ fringe.
Franguistan (usually written Frangistan), _m._ name given by
Orientais to Western Europe.
frapper, _v._ to strike, knock; -- des pieds, stamp; frapp
de, stricken with.
fraulein = demoiselle or mademoiselle (German).
frayeur, _f._ fright.
fredonner, _v._ to hum, trill.
frle, _adj._ frail, slender.
Frelu, proper name, _cf._ frle.
frmir, _v._ to shudder, shake, quiver.
fremis, _m._ = frmissement (dialectic).
frmissement, _m._ trembling, rustling, quivering, murmuring, shock.
frnsie, _f._ frenzy, madness.
frntique, _adj._ frantic.
frntiquement, _adv._ frantically.
frquent, -e, _adj._ frequent.
frquentation, _f._ frequentation; la -- de, frequenting.
frre, _m._ brother.
fret, _m._ freight; vaisseau  --, cargo-boat (pronounced:
_fr_).
fricasse, _f._ fricassee (meat cut up and served in sauce).
fricasser, _v._ to fricassee.
fricot, _m._ stew, ragout.
frigousse, _f._ food, feasting, high time (familiar).
fringaler, _v._ to stagger (Old French word = to dance).
friper, _v._ to rumple, wear out.
fripon, _m._ rogue, rascal.
friser, _v._ to curl; fris, -e, curled, curly.
frisson, _m._ shiver, shudder; avoir (donner) le --, to have
(give) the shivers.
frissonner, _v._ to shiver, shudder, tremble.
froid, -e, _adj. and m._ cold, chill.
froidement, _adv._ coldly, coolly.
froissement, _m._ rumpling, rustling.
frlement, _m._ rustling.
frler, _v._ to graze, brush.
froncer, _v._ to wrinkle, contract, pucker, knit; -- les
sourcils, frown, scowl.
front, _m._ forehead, brow, face, effrontery, impudence, "nldquo;nerve."
frontire, _f._ frontier.
fronton, _m._ pediment.
frottement, _m._ rubbing, scratching, scraping.
fruit, _m._ fruit, advantage, result.
fugitif, -ive, _adj. and s._ fugitive.
fuir, _v._ to flee, flee from.
fuite, _f._ flight.
fume, _f._ smoke.
fumer, _v._ to smoke.
fumet, _m._ savor, aroma.
fumier, _m._ dung-heap, manure.
funbre, _adj._ funeral, mournful.
funrailles, _f. pl._ funeral.
funeste, _adj._ fatal, baneful, disastrous, gloomy.
furet, _m._ ferret.
fureter, _v._ to ferret, rummage, pry.
fureur, _f._ fury.
furibond, -e, _adj._ furious, raging.
furie, _f._ fury; en --, raging.
furieux, -euse, _adj. and s._ furious, mad, madman.
fusel, -e, _adj._ spindle-shaped, slender.
fusil, _m._ gun.
fusillade, _f._ fusillade, discharge of musketry.
fusiller, _v._ to shoot.
futaille, _f._ cask, barrel.
futaine, _f._ fustian (cloth).
ft, -e, _adj._ cunning, sly, crafty, smart.
futur, -e, _adj._ future.
fuyard, _m._ fugitive, deserter.

G

gcher, _v._ to make a mess of, spoil.
gage, _m._ pledge, security; _pl._ wages; mettre en --, to
pawn.
gager, _v._ to wager.
gagner, _v._ to gain, win, gain possession of, reach, earn.
gai, -e, _adj._ gay, merry.
gaiement, _adv._ gaily, merrily.
gaiet, _f._ gaiety, jollity, glee, merriment.
gaillard, -e, _adj. and s._ jolly, jovial, plucky, brave, jolly
fellow, lusty feliow, fellow.
gaillardet, -te, _adj._ hearty (diminutive formed from
gaillard in imitation of the Provenal _gaiardet_).
gaillardise, _f._ jollity, broad joke.
Gaillon, village in the department of Eure (Normandy), contains a
prison (see context).
gain, _m._ gain, winnings.
gala, _m._ gala, show, ceremony, full dress.
galant, -e, _adj._ and s. gallant, courtly, graceful, elegant,
suitor, sweetheart.
galerie, _f._ gallery, corridor.
galrien, _m._ convict.
galerne, _f._ west-north-west wind, west-north-west.
galette, _f._ griddle-cake.
galine, _see_ coq.
Gallitzin (Caroline -- de Genthod, ne Comtesse Walewska), probably
a sister of the Pole, Alexander Walewski, a soldier, diplomat and
statesman in the French service (1810-1868).
galon, _m._ stripe.
galop, _m._ gallop.
galoper, _v._ to gallop, palpitate.
gambader, _v._ to gambol, frisk.
gamin, -e, _m., f._ gamin, brat.
gant, _m._ glove.
garon, _m._ boy, bachelor, fellow, waiter, attendant.
garde, _f._ guard, watch, nurse; _m._ guardian, guard, keeper;
n'avoir -- de, to have no intention to, take care not to, be far
from; prendre --, take care; prendre -- , pay attention to;
la mer est d'une fameuse --, the sea guards its own well; sur ses
gardes, on his guard; -- nationale, national guard (militia);
-- national, militia-man; chien de --, watchdog.
garder, _v._ to guard, keep; se -- de, take care not to.
gardeur, _m._ keeper, cowherd, cowherd's dog.
gardien, -ne, _adj. and s._ guardian, guard, keeper.
gare, _interj._ lookout!; -- donc!, come!, look out!
gargariser, _v._ to gargle; je m'en gargarise, I am enjoying
it.
garnir, _v._ to furnish, fit out, cover, adorn, fill, trim, be
scattered over; se --, be trimmed, be filled.
garnison, _f._ garrison.
garniture, _f._ trimming.
garrotter, _v._ to bind firmly.
gars, _m._ young fellow, stripling, fellow, boy (pronounced: _gar
or ga_).
gaspiller, _v._ to waste, squander.
gteau, _m._ cake.
gter, _v._ to spoil.
gauche, _adj._ left, awkward; _f._ left band.
gaudriole, _f._ broadjoke.
gaufrer, _v._ to gaffer, plat, flute.
gaulois, -e, _adj._ Gallic.
gaz, _m._ gas (_z_ pronounced).
gaze, _f._ gauze.
gazelle, _f._ gazelle.
gazette, _f._ newspaper.
gazon, _m._ sward, grass.
gant, -e, _adj. and s._ gigantic, giant.
gele, _f._ frost.
geler, _v._ to freeze.
gmir, _v._ to groan, moan.
gmissement, _m._ groan, wail.
gendarme, _m._ gendarme, military police officer.
gendarmerie, _f._ military police.
gendre, _m._ son-in-law.
gne, _f._ uneasiness, embarrassment, constraint, hesitation.
gner, _v._ to embarrass, trouble, be in the way of, inconvenience.
gnral, -e, _adj. and m._ general.
gnration, _f._ generation.
gnrosit, _f._ generosity.
gnie, _m._ genius, spirit.
genou, _m._ knee.
genre, _m._ kind, sort, form.
gens, _m. pl._ (preceding adjective takes feminine form) people;
jeunes --, young men, young people; ses --, his servants.
gentil, -le, _adj._ nice.
gentilhomme, _m._ nobleman, gentleman (_l_ pronounced as _y_).
gerbe, _f._ sheaf, cluster.
gerbier, _m._ stack, mow.
germe, _m._ germ.
germain, -e, _adj._ german, first; cousin issu de --, first
cousin once removed.
Gertrude, Gertrude.
gsir, _v._ to lie.
geste, _m._ gesture.
gesticuler, _v._ to gesticulate.
ghazel, _m._ gazel (Persian love poem).
giaour, _m._ giaour (Turkish name for all non-Mohammedans).
gibet, _m._ gibbet, gallows.
gibier, _m._ game.
gigantesque, _adj._ gigantic.
gilet, _m._ waistcoat.
Giseh, Gizeh (Egyptian city and province on the Nile).
gte, _m._ abode, shelter, resting-place.
glace, _f._ ice, plate-glass, mirror.
glacer, _v._ to ice, freeze, chill; glac, -e, iced, icy, frozen.
glacial, -e, _adj._ glacial, icy.
gland, _m._ acorn, tassel.
glaner, _v._ to glean.
glaneur, -euse, _m., f._ gleaner.
glissade, _f._ slide; faire une --, to slide.
glisser, _v._ to slide, slip, glide, be slippery; se --, slip,
glide; -- sur, slip on, slip or glide, slip off; glissant, -e,
_adj._ slippery.
gloire, _f._ glory; faire -- de, to glory in.
glorieux, -euse, _adj._ glorious, vainglorious, proud.
glouglou, _m._ gurgling.
glousser, _v._ to cluck.
Godeau, name of a family in Croisilles; Antoine -- was a
bishop and poet of the 17th century.
Godefroy, Godfrey; -- de Bouillon, duke and leader of the
first crusade and first King of Jerusalem (1058-1100).
goguenard, -e, _adj._ bantering, jeering, scoffing.
golfe, _m._ gulf.
gond, _m._ hinge (of a blind or door).
gonfler, _v._ to swell, swell out, put! out, fill; gonfl,
-e, swollen.
gorge, _f._ throat, gorge.
gorge, _f._ swallow.
gorger, _v._ to gorge.
gorille, _m._ gorilla.
gosse, _m., f._ small child, "kldquo;kid" (familiar).
goudronner, _v._ to tar.
gouffre, _m._ gulf, abyss.
goule, _f._ ghoul.
gourdin, _m._ cudgel, club.
gousset, _m._ gusset, watch-pocket (in trousers), waist-coat pocket.
got, _m._ taste.
goter, _v._ to taste, relish.
goutte, _f._ drop, gout.
gouttelette, _f._ little drop.
goutteux, -euse, _adj._ gouty.
gouttire, _f._ gutter.
gouvernail, _m._ rudder, helm.
gouvernante, _f._ governess.
gouverner, _v._ to govern.
grce, _f._ grace, charm, favor, pardon, mercy; -- , thanks
to.
gracieux, -euse, _adj._ gracious, graceful.
grade, _m._ grade, rank.
grain, _m._ grain, squall.
graine, _f._ seed, germ.
graisse, _f._ grease, fat.
grammaire, _f._ grammar.
grand, -e, _adj. and s._ great, grand, tall, large, big, chief,
full, wide (open), open (air), long (step), high (wind, officer, etc.);
au -- trot, at a fast trot; grande toilette, full evening
dress; grand'peine, great difficulty; grand'chose, much.
grandement, _adv._ greatly, highly.
grandeur, _f._ greatness, height, size, grandeur.
grandiose, _adj._ grand, majestic.
grandir, _v._ to grow tall, grow up, grow, make tall or great,
enlarge, increase.
grand'mre, _f._ grandmother.
grand-pre, _m._ grandfather.
grange, _f._ barn.
granit, _m._ granite.
granitique, _adj._ granite.
Grapasi, proper name suggesting grappiller, to pilfer.
grappe, _f._ cluster, bunch.
gras, -se, _adj. and s._ fat, greasy, rich, luxuriant, thick or
guttural (speech).
grassouillet, -te, _adj._ plump.
gratification, _f._ gratuity, reward.
gratter, _v._ to scratch, scrape.
grave, _adj._ grave.
gravement, _adv._ gravely.
gravir, _v._ to climb, clamber up, ascend.
gravit, _f._ gravity, seriousness.
gr, _m._ will, pleasure, liking.
grec, grecque, _adj. and s._ Greek (written Grec when _s._).
Grce, _f._ Greece.
Grdel, Margery, Maggie (German, _cf. Grete_ for _Margarete_).
gredin, _m._ rascal, scoundrel.
greffier, _m._ clerk (of the court).
grle, _adj._ slender, shrill.
grelotter, _v._ to shiver.
grenade, _f._ pomegranate, grenade.
grenadier, _m._ grenadier.
grenier, _m._ loft, garret, attic.
grenouille, _f._ frog (_ou_ and _i_ should both be pronounced
distinctly, _ou_ is not a semi-vowel as in louis).
grs, _m._ sandstone.
grsil, _m._ sleet.
grsiller, _v._ to shrivel, shrink, crackle, tingle.
grve, _f._ strand, beach, strike
grivement, _adv._ grievously, gravely, seriously.
griffe, _f._ claw.
gril, _m._ grid-iron.
griller, _v._ to broil, roast.
grimace, _f._ grimace, grin, wry or forbidding face; faire la
--, to make a (wry) face.
grimacer, _v._ to make wry faces, grin.
grimper, _v._ to climb.
grincement, _m._ gnashing, grinding.
grincer, _v._ to grind, gnash, grate.
grippe, _f._ whim, caprice; prendre en --, to take a dislike
to.
grippe-sou, _m. and adj._ skin-flint, miser, stingy.
gris, -e, _adj. and s._ gray, tipsy; en voir de grises, to
have a hot time.
gristre, _adj._ grayish.
griser, _v._ to make tipsy, intoxicate; se --, get drunk.
grisette, _f._ grisette (coquettish working girl or shop-girl).
grive, _f._ thrush.
grogner, _v._ to grumble, grunt, growl.
gronder, _v._ to scold, rumble, roar.
groom, _m._ groom.
gros, grosse, _adj. and s._ big, thick, stout, heavy, rough,
coarse, fat man, bulk, mass, main body; en --, wholesale, in a
general way; -- temps, stormy weather; -- mot, coarse word;
le coeur --, sick at heart.
grossier, -re, _adj._ coarse, gross, rude, rough, low.
grossiret, _f._ coarseness, rudeness, vulgar remark.
grossir, _v_ to enlarge, swell, magnify, grow, increase.
grotesque, _adj._ grotesque.
grotte, _f._ grotto.
grouiller, _v._ to swarm, crawl.
groupe, _m._ group.
grouper, _v._ to group.
Gurande, small town in the department of Loire-Infrieure.
gure, _adv._ scarcely; ne ... -- , scarcely.
guerre, _f._ war.
guerrier, -re, _adj. and s._ of war, warlike, warrior.
guet, _m._ watch; faire le --, to be on the lookout.
guetter, _v._ to watch, watch for.
gueule, _f._ mouth (of animals), jaws, chops.
gueusard, _m._ rascal.
gueux, -euse, _adj. and s._ beggarly, poor, beggar, scoundrel.
guide, _m._ guide.
guider, _v._ to guide, steer.
guigne, _f._ white-heart cherry.
guignon, _m._ bad luck.
Guillaume, William.
Guillemet, Willie (a child's name, diminutive of Guillaume).
guinder, _v._ to hoist, strain; guind, -e, stiff, unnatural.
guirlande, _f._ garland, wreath.
guise, _f._ manner, way; en -- de, as a.
Gulistan, _m._ Garden of Roses (name of a moralizing poem
by Sadi, a Persian poet of the 13th century).
guttural, -e, _adj._ guttural.
guzla, _f._ guzla (Croatian violin with one string).
gymnastique, _adj._ gymnastic; pas --, double-quick, run, trot.

H

('h=aspirate h)

habile, _adj._ clever, skilful.
habilement, _adv._ cleverly, skilfully.
habiller, _v._ to dress.
habit, _m._ coat, dress-coat; _pl._ clothes.
habitant, _m._ inhabitant.
habitation, _f._ habitation, dwelling, house.
habiter, _v._ to live in, dwell.
habitude, _f._ habit; d'--, usual, usually.
habitu, _m._ frequenter, regular customer.
habituel, -le, _adj._ habitual.
habituellement, _adv._ habitually.
habituer, _v._ to accustom.
'hache, _f._ ax.
'hagard, -e, _adj._ haggard.
'hack, _m._ hak (piece of cloth used as an outer garment by the
Arabs).
'haillon, _m._ rag, tatter.
'haine, _f._ hatred, hate.
'hair, _v._ to hate.
haleine, _f._ breath.
'haleter, _v._ to pant.
'haleur, _m._ hallier (person who draws a boat upon entering a
port, etc.).
'halle, _f._ market; les Halles, the large Central Market in Paris.
hallucination, _f._ hallucination.
'halte, _f._ halt; faire --, to halt.
'hameau, _m._ hamlet.
'hanche, _f._ hip.
'hanter, _v._ to haunt.
'happer, _v._ to snatch (with the mouth).
'harasser, _v._ to harass, jade, tire out.
'hardes, _f. pl._ clothes.
'hardi, -e, _adj._ bold.
'hardiesse, _f._ boldness.
'hardiment, _adv._ boldly.
harmonie, _f._ harmony.
harmonier, _v._ to harmonize (obsolescent, more usually:
harmoniser).
'harpe, _f._ harp.
'harpiste, _m., f._ harpist.
'hasard, _m._ hazard, chance, fortune, risk, danger; au --, at
random.
'hasarder, _v._ to risk; se --, risk oneself, dare; -- un
oeil, risk exposing an eye.
Hassan, grandson of Mohammed and a favorite Mohammedan name, also a
mosque in Cairo containing Hassan's relics.
'hte, _f._ haste, hurry;  la --, in haste.
'hter, _v._ to hasten, hurry; se --, hasten, hurry.
'hausse, _f._ rise.
'hausser, _v._ to lift, shrug.
'haut, -e, _adj., adv. and m._ high, tall, loud, important, aloud,
loudly, raised, top; en --, upstairs, above, in the upper part; en
-- de, on (at the) top of; l- --, up there; tout --,
aloud; la haute, society people (slang); -- de cinquante
pieds, fifty feet high; le -- poisson, fine or highly esteemed
fish.
'hauteur, _f._ height;  la -- de, at the height of, opposite,
even with.
'hve, _adj._ wan, emaciated.
'havre, _m._ haven, harbor.
'Havre (le), city and important port at the mouth of the Seine.
'h, _interj._ ho!, oh!, hello!
'Heidelberg, city with a noted university and castle on the Neckar,
in Baden.
'hein, _interj._ hey, what?
'Heinrich, Henry (German).
hlas, _interj._ alas! (_s_ pronounced).
'hler, _v._ to hail, call.
hlice, _f._ screw, propeller.
hmorragie, _f._ hemorrhage.
Henri IV, Henry IV, the popular French King, reigned: 1589-1610.
herbe, _f._ grass, herb.
hercule, _m._ Hercules, strong man.
herculen, -enne, _adj._ Herculean (_en_ pronounced as in _bien_).
hrditaire, _adj._ hereditary.
'hrisser, _v._ to bristle, make stand up, erect; hriss,
-e, _adj._ bristling.
hritage, _m._ heritage, patrimony.
hriter, _v._ to inherit.
hritier, -re, _m., f._ heir, heiress.
hroque, _adj._ heroic.
'hron, _m._ heron.
'hros, _m._ hero.
'herse, _f._ harrow.
hsitation, _f._ hesitation.
hsiter, _v._ to hesitate.
htairiste, _m._ hetoerist, member of the hetoeria (Greek secret
league at the time of the war for Greek independence).
'htre, _m._ beech-tree.
heure, _f._ hour, o'clock, time; de bonne --, early; tout 
l'--, in a little while, in a moment, just now, a moment ago; 
cette --, now (colloquial).
heureusement, _adv._ happily, fortunately.
heureux, -euse, _adj. and s._ happy, fortunate, happy person.
'heurter, _v._ to strike against, knock.
'hideusement, _adv._ hideously.
'hideux, -euse, _adj._ hideous.
hier, _adv._ yesterday; arriver d'--, to arrive yesterday.
'hirarchie, _f._ hierarchy.
hiroglyphe, _m. and adj._ hieroglyph, hieroglyphic.
'hilfe, _f._ help (German).
hippogriffe, _m._ hippogriff (half horse, half griffin, a fabulous
steed of the romances of chivalry).
hippopotame, _m._ hippopotamus.
hirondelle, _f._ swallow.
histoire, _f._ history, story; -- de rire, just to laugh (slang).
historique, _adj._ historical, historic.
hiver, _m._ winter.
'hocher, _v._ to shake.
'hochet, _m._ rattle.
'homard, _m._ lobster.
hommage, _m._ homage, respects; -- et souvenir de l'auteur,
with the kind regards and remembrances of the author.
homme, _m._ man; familiarly: husband.
'Honeck (le), _m._ the Hohneck (one of the Vosges mountains west of
Colmar).
Honfleur, village at the mouth of the Seine, opposite le Havre.
honnte, _adj._ honest, honorable, decent, respectable.
honneur, _m._ honor; faire -- , to honor.
honorable, _adj._ honorable.
'honte, _f._ shame; avoir --, to be ashamed; fausse --,
bashfulness.
'honteux, -euse, _adj._ ashamed, shameful, bashful.
hpital, _m._ hospital (usually for the poor).
'hoquet, _m._ hiccough.
horizon, _m._ horizon.
horloge, _f._ clock.
honnis, _prep._ except, save.
horreur, _f._ horror; quelle --, how horrible; avoir --
de, to abhor.
horrible, _adj._ horrible.
horriblement, _adv._ horribly.
'hors (de), _prep._ out of; -- de lui, beside himself; -- de
combat, disabled; les yeux -- de la tte, the eyes popping out
of the head.
hostie, _f._ consecrated wafer, host.
hostilit, _f._ hostility.
hte, _m._ host, guest; htesse, f. hostess.
htel, _m._ hotel, mansion, large private house.
'houri, _f._ houri (woman of the Mohammedan paradise).
'hourra, _m._ hurrah, cheer.
'huche, _f._ trough, bin.
huile, _f._ oil.
huiler, _v._ to oil.
huis, _m._ door (now little used).
'huit, _card._ eight; -- jours, a week.
huitre, _f._ oyster.
humain, -e, _adj._ human.
humanit, _f._ humanity.
humble, _adj._ humble.
humblement, _adv._ humbly.
humeur, _f._ disposition, ill humor, humor.
humide, _adj._ humid, damp, moist.
'huppe, _f._ topknot, tuft.
'hurlement, _m._ howl, howling, shriek, roar.
'hurler, _v._ to howl.
'hurrah, _interj. and m._ hurrah!, cheer.
'hussard, _m._ hussar (light cavalryman).
hyginique, _adj._ hygienic.
hypocrite, _adj. and s._ hypocritical, hypocrite.
hystrique, _adj._ hysterical.

I

Ibnn-Ben-Omaz, a peculiar name, possibly due to Gautier; Ibn is the
Arabic name for son, Ben is Hebrew for son.
ici, _adv._ here; par --, this way; -- -mme, in this
very place; -- -bas, here below.
ide, _f._ idea.
idiot, -e, _adj. and s._ idiotic, idiot.
idole, _f._ idol.
Ina, Jena (town in Saxe Weimar, scelle of the battle (1806) in
which Napoleon defeated the Prussians).
if, _m._ yew-tree.
ignorer, _v._ to be ignorant of, not to know; ignorant, -e,
ignorant.
il, ils, _conj. pr._ he, it, there, they.
ile, _f._ island.
illimit, -e, _adj._ unlimited, unbounded, measureless.
illuminer, _v._ to illuminate, light up; s'--, light up, be
illuminated.
illusion, _f._ illusion.
illustre, _adj._ illustrious.
illustrer, _v._ to illustrate, make illustrious.
lot, _m_. small island.
image, _f._ image, likeness, picture.
imagination, _f._ imagination.
imaginer, _v._ to imagine; s'--, imagine.
imbcile, _adj. and s._ foolish, silly, imbecile.
imberbe, _adj._ beardless.
imiter, _v._ to imitate.
immdiat, -e, _adj._ immediate.
immdiatement, _adv._ immediately.
immense, _adj._ immense.
immensit, _f._ immensity, vast stretch.
immobile, _adj._ quiet, motionless.
immobiliser, _v._ to render immovable, stop, paralyze.
immobilit, _f._ immobility.
immodr, -e, _adj._ immoderate, excessive.
immortel, -le, _adj._ immortal; _f._ everlasting (plant).
impartial, -e, _adj._ impartial (_ti_ pronouncedas _ci_).
impassible, _adj._ impassible, unmoved.
impassibilit, _f._ impassibility.
impatience, _f._ impatience (_ti_ in this and the next two words is
pronounced as _ci_).
impatient, -e, _adj._ impatient.
impatienter, _v._ to put out of patience, provoke.
impntrable, _adj._ impenetrable, inscrutable.
imperceptible, _adj._ imperceptible.
imprieux, -euse, _adj._ imperious, pressing, domineering.
impertinent, -e, _adj. and s._ impertinent, impertinent fellow.
imptuosit, _f._ impetuosity.
impitoyablement, _adv._ pitilessly.
importance, _f._ importance.
importer, _v._ to matter; n'importe, no matter;
qu'importe?, what does it matter?; n'importe quoi, anything
whatsoever; n'importe qui, anyone.
imposer, _v._ to impose.
impossible, _adj._ impossible.
imposteur, _m._ impostor.
impt, _m._ tax, toll.
impression _f._ impression
impressionner, _v._ to impress, make an impression upon.
imprvu, -e, _adj._ unforeseen, unexpected.
imprimer, _v._ to impress, press upon, print.
improviser, _v._ to improvise.
imprudemment, _adv._ imprudently (_em_ pronounced as _am_).
impuissance, _f._ impotency.
impuissant, -e, _adj._ impotent.
impulsion, _f._ impulse, impetus.
imputer, _v._ to impute.
inabordable, _adj._ inaccessible.
inaltrable, _adj._ unalterable, unchangeable.
inamovible, _adj._ irremovable (from office).
inattendu, -e, _adj._ unexpected.
incapable, _adj._ incapable.
incarnadin, -e, _adj._ flesh-colored, pink.
incarnation, _f._ incarnation.
incendie, _m._ fire, conflagration.
incertain, -e, _adj._ uncertain.
incertitude, _f._ uncertainty.
incessamment, _adv._ incessantly, directly.
incisif, -ive, _adj._ incisive.
incisive, _f._ incisor.
incliner, _v._ to incline, tilt; s'--, bow, lean.
incommod, -e, _adj._ indisposed.
inconcevable, _adj._ inconceivable.
inconnu, -e, _adj. and s._ unknown, strange, stranger.
inconsolable, _adj._ inconsolable.
incontestable, _adj._ incontestable.
incontest, -e, _adj._ uncontested.
incontinent, -e, _adj._ incontinent, intact; _adv._ at once.
inconvenance, _f._ impropriety, improper remark.
incorporer, _v._ to incorporate, take in.
incrdule, _adj._ incredulous.
incroyable, _adj._ incredible.
incruster, _v._ to incrust, inlay; incrust, -e, incrusted,
fast.
indcence, _f._ indecency, immodesty.
indpendamment, _adv._ independently.
Inde, _f._ India; Indes, _f. pl._ Indies, India.
index, _m._ index, forefinger.
indice, _f._ indication, probable evidence.
indicible, _adj._ unspeakable, unutterable.
indienne, _f._ calico.
indiffrence, _f._ indifference.
indiffrent, -e, _adj. and s._ indifferent, of no difference or
importance, indifferent person, person of no concern.
indigestion, _f._ indigestion.
indignation, _f._ indignation.
indigner, _v._ to make indignant; indign, -e, indignant.
indiquer, _v._ to indicate.
indiscret, -te, _adj._ indiscreet.
indiscrtion, _f._ indiscretion.
indispensable, _adj._ indispensable.
individu, _m._ individual.
industrie, _f._ industry, trade.
inbranlable, _adj._ unshakable, immovable.
ineffable, _adj._ ineffable, unutterable.
ingal, -e, _adj._ unequal, irregular.
inerte, _adj._ inert.
inexplicable, _adj._ inexplicable, unaccountable.
inexprimable, _adj._ inexpressible, unutterable.
inextinguible, _adj._ inextinguishable.
infaillible, _adj._ infallible.
infanterie, _f._ infantry.
infatigable, _adj._ indefatigable.
infrieur, -e, _adj._ inferior, lower.
infernal, -e, _adj._ infernal.
infini, -e, _adj. and m._ infinite, infinity.
infiniment, _adv._ infinitely.
infinit, _f._ infinite number.
infirme, _adj. and s._ infirm, weak, infirm person, cripple.
inflexible, _adj._ inflexible.
infliger, _v._ to inflict.
influence, _f._ influence.
informer, _v._ to inform; s'--, inquire.
infortun, -e, _adj. and s._ unfortunate, unfortunate person.
infranchissable, _adj._ insuperable, impassable.
ingnier (s'), _v._ to strive, tax one's ingenuity.
ingnieur, _m._ engineer.
ingnu, -e, _adj._ ingenuous, artless; ingnue, _f._ ingenuous
young girl.
ingrat, -e, _adj. and s._ ungrateful, ingrate.
inintelligible, _adj._ unintelligible.
injure, _f._ insult, wrong.
injustice, _f._ injustice.
innocent, -e, _adj._ innocent.
innombrable, _adj._ innumerable.
inoccup, -e, _adj._ unoccupied.
inoffensif, -ive, _adj._ inoffensive.
inondation, _f._ inundation, flood.
inonder, _v._ to flood.
inou, -e, _adj._ unheard of.
inquiet, -te, _adj._ anxious, uneasy, restless.
inquiter, _v._ to disturb, worry; s'--, be disturbed, be
uneasy, fret.
inquitude, _f._ disquietude, restlessness, anxiety.
inquisiteur, -trice, _adj._ inquisitive, searching.
insatiabfe, _adj._ insatiable.(_t_ pronounced as _c_).
inscription, _f._ inscription.
insensible, _adj._ without feeling, indifferent, insensible.
insensiblement, _adv._ insensibly.
insignifiant, -e, _adj._ insignificant.
insister, _v._ to insist.
insolent, -e, _adj._ insolent.
insouciance, _f._ unconcern, carelessness.
insouciant, -e, _adj._ careless, heedless.
insoucieux, -euse, _adj._ thoughtless, unthinking.
inspecter, _v._ to inspect.
inspirer, _v._ to inspire, instil.
installer, _v._ to install.
instant, _m._ instant; pour l'--, for the time being; il
m'arrive  l'--, it has just come to me this instant.
instinct, _m._ instinct (_ct_ not pronounced).
instinctif, -ive, _adj._ instinctive.
instinctivement, _adv._ instinctively.
instruction, _f._ instruction; juge d'--, examining
magistrate.
instrument, _m._ instrument, tool.
insuccs, _m._ failure.
insupportable, _adj._ insupportable.
insurrection, _f._ insurrection.
intact, -e, _adj._ intact, untouched (_ct_ pronounced).
intelligence, _f._ intelligence.
intelligent, -e, _adj._ intelligent.
intention, _f._ intention, purpose.
interdire, _v._ to interdict, forbid, prohibit, dumbfound, amaze.
intresser, _v._ to interest; intress, -e, adj. interested, for
gain; intressant, -e, interesting; cela vous intresse?, is
that any business of yours?
intrt, _m._ interest.
intrieur, -e, _adj. and m._ interior, inside, mental.
intrieurement, _adv._ internally, mentally, in or on the inside.
interminable, _adj._ interminable.
interprter, _v._ to interpret.
interrogation, _f._ interrogation, questioning.
interrogatoire, _m._ questioning, examination.
interroger, _v._ to interrogate, question.
interrompre, _v._ to interrupt; s'--, interrupt oneself, stop.
interruption, _f._ interruption.
interstice, _m._ interstice, opening, crevice.
intervalle, _m._ interval, space.
intime, _adj._ intimate.
intimider, _v._ to intimidate.
intonation, _f._ intonation.
intrpide, _adj._ intrepid, dauntless, fearless.
intrigant, _m._ intriguer.
intriguer, _v._ to puzzle, perplex.
introduire, _v._ to introduce, put or show in; s'--, introduce
oneself, get in.
inusit, -e, _adj._ unused, unaccustomed.
inutile, _adj._ useless, needless.
invariablement, _adv._ invariably.
invasion, _f._ invasion.
inventer, _v._ to invent.
invention, _f._ invention.
investigation, _f._ investigation.
invincible, _adj._ invincible, uncontrollable.
invitation, _f._ invitation.
inviter, _v._ to invite; invit, -e, _m., f._ guest.
involontaire, _adj._ involuntary.
invoquer, _v._ to invoke.
invraisemblable, _adj._ improbable, unlikely (_s_ pronounced as
in _sembler_).
iraigne, dialectic for araigne.
Iran, _m._ Iran (Persia, also the surrounding countries of the
great Asiatic plateau).
ironie, _f._ irony.
ironique, _adj._ ironical.
irrcusable, _adj._ unexceptionable, unobjectionable.
irrgulier, -re, _adj._ irregular.
irrprochable, _adj._ irreproachable.
irrsistiblement, _adv._ irresistibly.
irresponsable, _adj._ irresponsible.
irriter, _v._ to irritate; s'--, be irritated, be aroused.
irruption, _f._ irruption, bursting, inroad.
isoler, _v._ to isolate; isol, -e, isolated, solitary,
detached.
issu, -e, _adj._ descending, born.
issue, _f._ issue, escape, exit.
italien, -ne, _adj. and s._ Italian (written Italien when
_s._).
itou, _adv. and conj._ also (dialectic survival of the Old French
_itel_).
ivoire, _m._ ivory.
ivre, _adj._ intoxicated, drunk.
ivrogne, _m._ drunkard.

J

j', _see_ je.
jabot, _m._ frill.
Jacobite, _m._ Jacobite.
Jacquerie (la), name given to the uprising of the French peasants
against the nobles in 1358.
Jacques, James.
Jacquette, _cf._ Jenny, Janet.
jadis, _adv._ of old, in former times (_s_ pronounced).
jaillir, _v._ to burst forth or out, gush out, spurt, flash.
jaloux, -ouse, _adj._ jealous.
jamais, _adv._ never, ever; ne ... --, never.
jambe, _f._ leg.
jambon, _m._ ham.
jante, _f._ rim (of a wheel).
janvier, _m._ January.
Japon, _m._ Japan. japonais, -e, _adj. and s._ Japanese
(written Japonais when _s._).
jaquette, _f._ jacket.
jardin, _m._ garden.
jaser, _v._ to chatter, gossip.
jaspe, _m._ jasper.
jasper, _v._ to vein, streak, mottle.
jatte, _f._ bowl.
jauntre, _adj._ yellowish.
jaune, _adj. and m._ yellow; mettre la -- au nid, to put the
yellow hen on the nest.
Javotte, proper name (usually applied to talkative women).
je, _conj. pr._ I.
Jean, John.
Jean-Baptiste (_p_ not pronounced), frequent Christian name (from:
John the Baptist).
Jsus, Jesus; --!, _interj._ heavens!, etc. (_s_ pronounced).
jet, _m._ jet.
jete, _f._ jetty, pier.
jeter, _v._ to throw, cast, throw out, cast or give forth, throw
down or away, utter; se --, throw oneself, etc., dart; la langue
au chat, give up guessing.
jettatura, _f._ bewitching, spell (cast by the eyes, etc.; Italian).
jeu, _m._ game, gambling, trick, set (of dominoes, etc.), gaming;
-- de mots, pun.
jeudi, _m._ Thursday.
jeune, _adj._ young, junior; -- fille, girl.
jener, _v._ to fast.
jeunesse, _f._ youth.
jeunet, -te, _adj._ too or very young, youthful.
joie, _f._ joy.
joindre, _v._ to join, put together, meet, clasp, add, reach.
joli, -e, _adj._ pretty, good looking.
joliment, _adv._ prettily, mighty (familiar in last sense).
Jonquires, name of several French villages, the one to which
Daudet refers is in the department of Gard, near Beaucaire.
Joseph, Joseph (see Genesis xxxvii, etc.).
joue, _f._ cheek.
jouer, _v._ to play, stake; se --, play; faire --, start
moving, bring into action, call up, move to and fro; -- de, play (a
musical instrument); -- , play (a game).
jouet, _m._ toy, plaything.
joueur, _m._ player gambler.
jouir, _v._ to enjoy (object is preceded by de).
jouissance, _f._ enjoyment, pleasure, delight.
joujou, _m._ toy, plaything.
jour, _m._ day, daylight, daytime, light, opening;  --,
open-work; au -- levant, at daylight; faire --, to be light;
ce n'est pas trop d'un --, a day is not too much.
journal, _m._ newspaper.
journe, _f._ day.
joyeusement, _adv._ joyfully, gaily.
joyeux, -euse, _adj._ joyous, merry, cheerful.
juge, _m._ judge.
juger, _v._ to judge, consider.
juif, -ive, _adj. and s._ Jewish, Jew, Jewess.
juin, _m._ June.
Julie, Julia.
Julien, Julian.
jument, _f._ mare.
jupe, _f._ skirt.
Jupiter, the father and master of the Greek and Roman gods; --
Olympien, Olympian Jupiter (famous statue by Phidias at Olympia,
called one of the seven marvels of the world).
jupon, _m._ petticoat.
jurement, _m._ oath.
jurer, _v._ to swear.
juron, _m._ oath.
jusque, _prep._ to, up to, as far as, until; jusqu', to, as
far as, up to, until, even; -- l, till there, till then;
jusqu'ici, till now; jusqu' ce que, _conj._ until.
juste, _adj. and adv._ just, exact, exactly; au --, exactly.
justesse, _f._ accuracy, precision.
justice, _f._ justice, law, courts; homme de --, judge,
lawyer, man of law.
justicier, _m._ justiciary, judge.

K

kandjar, _m._ long Oriental dagger.
Karl, Charles (German).
Kasba, _f._ casbah (citadel and palace of a sovereign in the
Barbary States).
Kasper, Jasper (German).
kilomtre, _m._ kilometer (5/8 mile).
kiosque, _m._ kiosque (pavilion).
Kislar-agassi, _m._ the chief of the Eunuchs in the Imperial Harem
(_kz_ = girl or woman, in Turkish; _lar_ is the plural suffix; _ag_ =
chief; _si_ is the possessive pronoun of the third persan;
_kzlar-agsi_ = chief of the women).
kreutzer, _m._ kreutzer (German coin = 2/3 cent; pronounced in
French: _creutsair_).

L

l', used before on for euphony.
l', _see_ le, la (_art. or pr._).
la, _see_ le.
l, _adv_. there, here (frequent as affix or suffix, when so used
see word to which it is added); par --, that way, by there, over
that way.
lac, _m._ lake.
lche, _adj._ cowardly.
lcher, _v._ to loosen, let out, release, undo, let go.
lchet, _f._ cowardice, cowardly act.
laid, -e, _adj._ homely, ugly.
laine, _f._ wool; de --, woolen.
laque, _adj. and s._ secular, layman;  la --, outside the
Church, among the laity.
laisse, _f._ leash.
laisser, _v._ to let, leave, let alone; -- -l, leave alone,
drop (an acquaintance, etc.); il ne laissait pas que de, he did not
fail to.
lait, _m._ milk; enfant de --, nursling.
laiteux, -euse, _adj._ milky.
lambeau, _m._ rag, shred; mettre en lambeaux, to tear in shreds.
lambris, _m._ wainscoting, paneling.
lame, _f._ strip, blade, wave.
lamentable, _adj._ lamentable, sorrowful.
lampe, _f._ lamp.
lance, _f._ lance; --  feu, squib, slow-match.
lancer, _v._ to dart, throw, hurl, let go, send forth, cast, cast
or throw out, start; -- une casquette, introduce (or set the style
for) a cap.
lande, _f._ waste-land, heath.
langage, _m._ language.
lange, _m._ piece of cloth (usually for wrapping a new-born child);
strip (of cloth), swaddling-clothes (infrequent in singular).
langue, _f._ tongue, language.
langueur, _f._ languor.
lanire, _f._ thong.
lanterne, _f._ lantern.
lapin, _m._ rabbit.
laps, _m._ lapse, period (_ps_ pronounced).
laquais, _m._ lackey, footman.
lard, _m._ bacon.
large, _adj. and m._ broad, wide, sweeping, great, large, width,
breadth, open sea; ouvert tout au --, wide open.
larme, _f._ tear; rire aux larmes, to laugh till the tears came.
larve, _f._ larva.
las, -se, _adj._ weary, tired.
lataki, _m._ latakia (a fine Turkish tobacco).
latral, -e, _adj._ lateral, side.
latin, -e, _adj. and s._ Latin.
laver, _v._ to wash.
le, la (l', before vowels; les, _pl.), def. art._ the; de la
sorte, in that way.
le, la (les, _pl._; lui, leur, indirect), _conj. pr._ him,
her, it, so, them, to him, to them, etc.
leon, _f._ lesson.
lecture, _f._ reading.
lgende, _f._ legend.
lger, -re, _adj._ light (weight), slight, thin.
lgrement, _adv._ lightly, slightly.
lgion, _f._ legion; Lgion d'honeur, Legion of Honor (Order
established by Napoleon Bonaparte in 1802 to reward merit).
lgitime, _adj._ legitimate.
lgitimement, _adv._ legitimately.
lguer, _v._ to bequeath.
lgume, _m._ vegetable.
lendemain, _m._ following day, next day.
lent, -e, _adj._ slow.
lentement, _adv._ slowly.
lenteur, _f._ slowness; avec des lenteurs, slowly, with
hesitation or deliberation.
lequel, laquelle (lesquels, lesquelles,_ pl.), rel. and int. pr._
which, who, which?, who?
les, _see_ le.
lessive, _f._ lye, washing; couler la --, to soak the clothes
in lye, begin to wash.
lestement, _adv._ quickly, lightly.
lettre, _f._ letter.
leur, _conj. pr._, see le; _adj._ their; le --,
theirs.
Levallois-Perret, manufacturing suburb northwest of Paris.
leve, _f._ raising, uprising, breaking up.
lever, _v._ to raise; se --, rise, arise, get up, break
(dawn); _m._ rise, rising; au jour lev (levant), at daybreak;
lev, -e, up; au soleil levant, at sunrise.
lvre, _f._ lip; lvres en fleur, full-blown lips (like a
rose).
liane, _f._ bind-weed.
liasse, _f._ bundle, roll.
libert, _f._ liberty.
libraire, _m._ bookseller, stationer.
libre, _adj._ free, clear.
lien, _m._ bond.
lier, _v._ to bind, tie, tie up; li, _m._ rubber (in games).
lieu, _m._ place, spot; avoir --, to take place, have reason;
au -- de, instead of; donner -- , to cause.
lieue, _f._ league (2~1/2 miles).
lieutenant, _m._ lieutenant.
livre, _m._ hare.
ligne, _f._ line, fishing-line.
lilas, _m._ lilac, lilac-bush.
limpide, _adj._ limpid, clear.
linge, _m._ linen, cloth; pl. linen clothes; -- sale, dirty
linen or clothes; laver le --, to wash the clothes.
lion, _m._ lion.
liqueur, _f._ liquor, cordial.
liquide, _adj. and m._ liquid.
lire, _v._ to read.
lis, _m._ lily (s pronounced).
lisr, _m._ strip.
lisire, _f._ border, outskirts, selvage, list (cloth), string.
lit, _m._ bed.
litire, _f._ litter.
litre, _m._ liter (about 7/8 of a quart).
littraire, _adj._ literary.
littralement, _adv._ literally.
littrature, _f._ literature.
livide, _adj._ livid.
livre, _m._ book; grand --, great book, ledger.
livre, _f._ pound, franc.
livrer, _v._ to deliver, give over; se -- , devote or apply
oneself to, give oneself over to; un combat se livra, a battle was
fought.
livret, _m._ little book (of identification, etc., used as a passport).
local, -e, _adj._ local.
locution, _f._ locution.
lofer, _v._ to luff (bring the head of a vessel to the wind).
loge, _f._ lodge, porter's room, box (theater).
loger, _v._ to lodge, star.
logique, _adj._ logical.
logis, _m._ bouse, dwelling, lodge, lodging-house, lodgings.
loi, _f._ law.
loin, _adv. and m._ far away, distant, distance; plus --,
farther; de --, afar, at or from a distance; de -- en --, from
place to place, from time to time.
lointain, -e, _adj. and m._ distant, far away, distance.
loisir, _m._ leisure.
long, -ue, _adj. and m._ long, length; le -- de, along; tout
de son --, de tout son --, his whole length; tout le -- de,
the whole; de -- en large, to and fro.
longanimit, _f._ longanimity, forbearance.
Longosardo, Sardinian village and port at the western entrance of
the Strait of Bonifacio.
longtemps, _adv._ long time, long, for a long time.
longuement, _adv._ for a long time, lengthily, lingeringly.
longueur, _f._ length.
loque, _f._ rag, tatter.
lorgner, _v._ to squint at, look out of the corner of the eye,
ogle, look through opera glasses.
lors, _adv._ then, that time; pour --, then, thereupon;
depuis --, since then.
lorsque, _conj._ when.
louable, _adj._ laudable, praiseworthy.
louage, _m._ letting, hiring, hire; de --, hired, livery, for
hire.
louer, _v._ to praise, rent; se --, praise one self, be
pleased (with).
louis, _m._ louis (gold piece=$4).
Louis XIV, known as Louis le Grand, most famous of the French
kings; reigned: 1643-1715.
Louis XV, King of France; reigned: 1715-1774.
loup, _m._ wolf; -- cervier, lynx, speculator, sharper
(especially one who speculates without principle on government
enterprises); -- de mer, sea-dog.
lourd, -e, _adj._ heavy, dull, drowsy, clumsy, burdensome.
lourdement, _adv._ heavily.
lourdeur, _f._ heaviness, weight.
louvoyer, _v._ to tack (of a ship).
loyal, -e, _adj._ loyal.
lucarne, _f._ dormer-window.
lubine, _f._ popular name for the fish called bar, umbrine (usually
written lubin or loubin).
Lucien, Lucian.
Ludwig = Louis (German).
lueur, _f._ gleam, light.
lugubre, _adj._ mournful, lugubrious.
lugubrement, _adv._ dolefully, lugubriously.
lui, _conj. pr., see_ le; _disj. pr._ him, it, he, on his part,
himself, itself.
lui-mme, elle-mme (eux-mmes, elles-mmes, _pl.), pr._ himself,
herself, itself, etc.
luire, _v._ to shine.
lumire, _f._ light; il faut que la -- se fasse, it must be
cleared up.
lumineux, -euse, _adj._ luminous.
lundi, _m._ Monday.
lune, _f._ moon, moonlight.
lunette, _f._ telescope; _pl._ spectacles.
Lunville, town in the department of Meurthe-et-Moselle.
luthier, _m._ lute-maker, seller of musical instruments.
lutte, _f._ struggle, wrestling.
luxe, _m._ luxury.
lys, _m._ lily (s pronounced; now written lis).

M

M., abbreviation for Monsieur; m', _see_ me.
ma, _see_ mon.
mcher, _v._ to chew.
machinal, -e, _adj._ mechanical.
machinalement, _adv._ mechanically.
mchoire, _f._ jaw.
mchonner, _v._ to munch, chew.
maonner, _v._ to build, wall up; vote maonne, vaulted
masonry.
madame (mesdames, _pl.), f._ Mrs., Madam.
Madeleine (la), _f._ one of the principal and richest churches in
Paris, having the form of a Greek temple, built between 1764 and 1842.
mademoiselle, _f._ Miss, young lady.
madrigal, _m._ madrigal (love poem).
mastro, _m._ composer (Italian, = master).
magasin, _m._ warehouse, store, shop, storehouse.
mage, _m._ magian, astrologer; _pl._ magi, Wise Men (Bible).
magicien, _m._ magician, wizard.
magique, _adj._ magic.
magistrat, _m._ magistrate.
magistrature, _f._ magistracy; -- assise, judicial magistracy.
magnanime, _adj._ magnanimous, high-minded.
magntique, _adj._ magnetic.
magntiser, _v._ to magnetize.
magnificence, _f._ magnificence, splendor.
magnifique, _adj._ magnificent.
Mahnoud-Ben-Ahmed, Mahmud-Ben-Ahmed (the first and last names have
been borne by several Sultans of Turkey; Ben is the Hebrew word for son,
it is not Arahic).
Mahomet, Mohammed (founder of the Mohammedan religion, born in Mecca
c. 571, died in 632).
mai, _m._ May.
maigre, _adj. and s._ thin, scanty, meager, thin person.
maigreur, _f._ thinness.
maigrir, _v._ to grow thin.
maille, _f._ mesh, aperture.
main, _f._ hand; mettre la -- sur, to lay hold of.
maint, -e, _adj._ many, many a.
maintenant, _adv._ now.
maintenir, _v._ to maintain, keep, hold.
maire, _m._ mayor.
mais, _conj._ but; -- si, why yes; -- non, why no, no
indeed, no I tell you.
maison, _f._ house, household; -- de ville, town-hall.
matre, _m._ master, teacher, Squire or Mr. (title); --
d'htel, head-waiter, butler.
matresse, _f._ mistress, sweetheart.
majest, _f._ majesty.
majestueusement, _adv._ majestically.
majestueux, -euse, _adj._ majestic.
major, _m._ major.
majuscule, _adj. and f._ capital.
mal, -e, _adj._ (used only in a few phrases), bad, evil; male rage
(also written as one word), rage, fury.
mal, _adv. and m._ evil, wrong, ill, in a bad way, sore, badly,
poorly, indistinctly, harm, trouble, damage, malady; faire -- , to
hurt; -- noir, gangrene; (familiarly used as _adj._) bad, ill;
faire --  la tte, to give a headache.
malade, _adj. and s._ ill, sick, sick man, patient.
maladie, _f._ malady, illness.
maladif, ~ive, _adj._ sickly, unhealthy.
mle, _adj. and m._ male, man.
Malesherbes (Boulevard), handsome street in the north-western
section of Paris, named after the minister of Louis XVI, who was
beheaded in the French Revolution (h not pronounced).
malgr, _prep._ in spite of.
malheur, _m._ misfortune, accident, bad luck, unhappiness.
malheureusement, _adv._ unfortunately.
malheureux, -euse, _adj. and s._ unhappy, wretched, unfortunate,
unlucky, wretch, unfortunate person.
malicieux, -euse, _adj._ mischievous, roguish, malicious.
malin, -igne, _adj. and s._ cunning, sly, shrewd, cunning person,
rogue.
Maloisel, proper name; _oisel_ in Old French = oiseau.
Maloison, proper name, _cf._ oison, _m._ gosling.
malpropre, _adj._ dirty, unclean.
maltraiter, _v._ to maltreat, use roughly.
maman, _f._ mama.
mamelle, _f._ breast, teat, udder.
manche, _f._ sleeve; la Manche, the English Channel; _m._
handle.
manchot, -e, _adj. and s._ one-armed, one-armed person.
mange, _m._ horsemanship, riding-school, riding-grounds.
mangeaille, _f._ victuals.
manger, _v._ to eat, eat up; apporter  --, bring something to
eat.
mangeur, _m._ eater.
manie, _f._ mania, fancy.
maniement, _m._ handling.
manire, _f._ manner; _pl._ manners.
manivelle, _f._ crank, handle.
manifester, _v._ to manifest, make known, show.
manne, _f._ manna, hamper.
mannequin, _m._ manikin, dummy, man of straw.
manoeuvrer, _v._ to manoeuver, perform evolutions, drill, move.
manque, _m._ lack, want.
manquer, _v._ to be lacking, be missing, lack, miss, come near,
fail; il n'y manquait pas, he did not fail to do it.
mansarde, _f._ attic, garret, garret-window, Mansard window or roof.
manteau, _m._ mantle, cloak.
maquignon, _m._ horse dealer, jockey.
maquis, _m._ thicket (in Corsica).
marais, _m._ marsh, swamp.
Marais, _m._ quarter in Paris, north of the Htel de Ville,
more usually called the Temple.
maraudeur, _m._ marauder.
marbre, _m._ marble.
marchand, -e, _m., f._ merchant, peddler.
marchandise, _f._ (also _pl._) merchandise, wares, goods.
marche, _f._ march, walk, walking, pace, gait, step, progress,
move, moving, motion; marches perdues, superfluous steps (that lead
to nothing).
march, _m._ market, market-place, bargain, bargaining;  bon
--, cheap, cheaply; par-dessus le --, into the bargain.
marcher, _v._ to march, go on, walk, go, proceed.
mardi, _m._ Tuesday.
mare, _f._ pool.
marcage, _m._ marsh, bog, swamp.
marchal, _m._ marshal, blacksmith.
mari, _m._ husband.
mariage, _m._ marriage.
Marie, Mary.
marier, _v._ to marry, marry off, blend; se --, get married;
se -- avec, marry; mari avec, married to; mari, _m._
bridegroom.
Marignan, Melegnano (Italian town near Milan, where the French
defeated the Swiss in 1515).
marin, -e, _adj. and m._ marine, of the sea, sailor.
marine, _f._ marine, navy, shipping; officier de --, naval
officer.
maritime, _adj._ maritime.
marmaille, _f._ brats.
marmite, _f._ pot.
marmot, _m._ brat, little boy.
marmotter, _v._ to mutter, mumble.
marque, _f._ mark, track, token.
marquer, _v._ to mark, show, indicate.
marquis, -e, _m., f._ marquis, marchioness.
marron, _m._ large chestnut.
Marseille, Marseilles (principal seaport and second city in France).
marteau, _m._ hammer.
martial, -e, _adj._ martial (_t_ pronounced as _c_).
Martin, Martin (often applied to a simple person).
massacre, _m._ massacre.
massacrer, _v._ to massacre, slay;
massacrant, ~e, _adj._ murderous.
massif, -ive, _adj._ massive, solid.
mat, -e, _adj._ dull, dim, frosted.
mt, _m._ mast.
matelas, _m._ mattress.
matelot, _m._ sailor, seaman.
matriel, -le, _adj._ material, concrete.
maternel, -le, _adj._ maternal, on the mother's side.
matire, _f._ matter; en -- de, in regard to.
matin, _m._ morning, dawn.
mtin, _m._ mastiff, cur, rascal.
matinal, -e, _adj._ morning, early, in the morning.
matine, _f._ morning.
maudire, _v._ to curse; maudit, -e, cursed.
maujeure, _f._ a dialectic word used in Toine in the sense of: fever.
mauresque, _adj._ Moorish.
maussade, _adj._ cross, sour, ill-humored, sulky.
mauvais, -e, _adj. and s._ bad, wretched, evil, mean, dirty,
ill (humor), poor.
me, _conj. pr._ me, to me.
-me, abbreviation of numerals; 2me, 3me, 4me, etc. (for
deuxime, etc.).
mcanique, _adj._ mechanical.
mchancet, _f._ malice, ill will.
mchant, -e, _adj._ naughty, mean, mischievous, bad, malicious,
wicked, wretched.
mcontent, -e, _adj._ dissatisfied.
Mecque (la), Mecca (holy city of the Mohammedans, in Arabia).
mdaille, _f._ medal.
mdecin, _m._ doctor, physician.
mdiocre, _adj._ mediocre, only moderate.
mditatif, -ive, _adj._ meditative, thoughtful.
mditation, _f._ meditation.
mditer, _v._ to meditate, think over.
Mditerrane, _f._ Mediterranean Sea.
mfiance, _f._ distrust.
meilleur, -e, _adj._ better; le --, best.
mlancolie, _f._ melancholy, melancholia.
mlancolique, _adj._ melancholy.
mle, _f._ scuffle, fight.
mler, _v._ to mingle, mix, confuse; se -- de, meddle with,
mind; se --  (avec), mingle with, take part in.
mlodie, _f._ melody.
mlodieux, -euse, _adj._ melodious.
membraneux, -euse, _adj._ membranous.
membre, _m._ member, limb.
mme, _adj. and adv._ same, self, very, even; de --, in the
same way, at the same time.
mmoire, _f._ memory.
mmorable, _adj._ memorable.
menacer, _v._ to menace, threaten.
mnage, _m._ housekeeping, household; faire son petit --, to
have one's own sweet will.
mnager, -re, _m., f._ thrifty persan, housekeeper.
mendiant, -e, _m., f._ beggar.
mendicit, _f._ mendicity; tre  la --, to be reduced to
beggary.
mener, _v._ to lead, bring, take, drive.
mntrier, _m._ fiddler.
menottes, _f. pl._ handcuffs.
mensonge, _m._ lie.
mentir, _v._ to lie.
menton, _m._ chin.
menu, -e, _adj. and m._ thin, small, trifling, light, bill of fare.
menuet, _m._ minuet.
menuisier, _m._ cabinet-maker, joiner.
mpris, _m._ contempt, scorn.
mprisable, _adj._ contemptible.
mpriser, _v._ to despise.
mer, _f._ sea, tide.
mercenaire, _adj. and s._ mercenary, hireling.
merci, _f._ mercy, thanks, thank you (masculine with grand);
Dieu --, thank God.
mercier, _m._ mercer, haberdasher.
mercredi, _m._ Wednesday.
mre, _f._ mother.
meringue, _f._ meringue, light pastry with whipped cream.
mrite, _m._ merit, worth.
mriter, _v._ to merit, deserve.
mritoire, _adj._ meritorious.
merle, _m._ blackbird.
Mrope, a tragedy by Voltaire (1743).
merveilleusement, _adv._ marvelously, wonderfully.
merveilleux, -euse, _adj._ wonderful, marvelous.
mes, _see_ mon.
mesdames, _see_ madame.
messe, _f._ mass.
mesure, _f._ measure, proportion;  --, in proportion or
succession as (another action takes place); en --, in time, in
proportion;  -- que, in proportion as.
mesurer, _v._ to measure.
mtamorphose, _f._ metamorphosis.
mticuleux, -euse, _adj._ over-scrupulous, fastidious.
mtier, _m._ trade, loom.
mtre, _m._ meter (39 inches).
mette, _f._ metal (Old French).
mettre, _v._ to put, place, put on, set, put in place, take (time);
se -- , begin, set out in; se -- en route, start; se -- en
mouvement, begin to move; se --  table, seat oneself at table;
se -- en colre, get angry; se -- en marche, set out on the
march; se -- au jeu, get in the game; se -- en bataille, form
for battle; se -- dans tous ses atours, attire oneself in all one's
finery; -- dans, put in, hit; -- bas, take off; -- pied 
terre, dismount; -- en pices, tear or dash to pieces; --  la
porte, put out of doors; -- la police en l'air, stir up the
police; -- le feu, set fire; -- en fuite, set to flight.
meuble, _m._ piece of furniture, furniture, _pl._ furniture.
meubler, _v._ to furnish.
meunier, _m._ miller;
meurtre, _m._ murder.
meurtrier, _m._ murderer.
meurtrir, _v._ to bruise; avoir le coeur meurtri, to be sick
at heart.
meute, _f._ pack (of hounds, etc.).
mi, _adv. and adj._ (invariable), equally;  -- -chemin, half
way.
Michel, Michael.
midi, _m._ midday, noon, twelve o'ciock, south; Midi, _m._
South of France; les pleins midis, the midday heat.
miel, _m._ honey.
mien, -ne, _poss. adj. pr._ (usually with article), mine.
miette, _f._ crumb.
mieux, _adv._ better, more, more comfortable; tant --, so much
the better; de son --, the best he can, etc.; le --, best;
regardez --, look more closely.
mignon, -ne, _adj._ and s. darling, dainty, cunning, dear little.
migraine, _f._ sick-headache.
milice, _f._ militia.
milieu, _m._ middle, midst, middle ground, surroundings.
militaire, _adj. and m._ military, soldier.
mille, _card._ one thousand; -- et deuxime, _ord._ thousand
and second (in this and in the next two words _ll_ is not liquid).
millier, _m._ about one thousand, thousand.
million, _m._ million.
Milon, Milo.
minaret, _m._ minaret.
minauder, _v._ to simper, mince, smirk.
minauderie, _f._ smirking, simpering.
mince, _adj._ thin, slender, narrow.
mine, _f._ look, appearance.
mine, _f._ mine.
minerai, _m._ ore.
ministre, _m._ department (of a cabinet minister), building for
the administration offices, ministry, cabinet.
ministre, _m._ minister; adjectively: ministerial.
minuit, _m._ midnight.
minute, _f._ minute; de cinq minutes en cinq minutes, every
five minutes.
minutieux, -euse, _adj._ minute, searching (_t_ pronounced as _c_).
mioche, _m., f._ brat, youngster.
miracle, _m._ miracle.
mirage, _m._ mirage.
miroir, _m._ mirror.
miroiter, _v._ to glitter, shine, reflect light.
Miromesnil (rue de), Parisian street crossing the Boulevard
Malesherbes (pronounced: _Miromnil_).
misrable, _adj. and s._ miserable, wretched, wretch.
misre, _f._ misery, destitution, hardship.
misricorde, _f._ mercy.
Moallakats, a collection of seven Arabic poems of different authors
in the 6th and 7th centuries (also written Moallakt).
mobile, _adj._ movable, mobile, unsteady, variable, in motion, restless.
mode, _f._ manner, style, fashion; marchande de modes,
milliner;  la --, in style.
modle, _m._ model.
modration, _f._ moderation.
modr, -e, _adj._ moderate.
moderne, _adj._ modern.
modeste, _adj._ modest.
modestement, _adv._ modestly.
modestie, _f._ modesty.
modifier, _v._ to modify.
moelle, _f._ marrow (in this and in the next word _oe_ is
pronounced as _oi_ in moi).
moelleux, -euse, _adj._ soft.
moeurs, _f. pl._ manners, habits, customs (_s_ pronounced).
moi, _conj. and disj. pr._ me, to me, I, myself.
moignon, _m._ stump (of an arm, etc.).
moi-mme, _pr._ myself, I myself.
moindre, _adj._ less; le --, least, the slightest.
moins, _adv._ less, the less; le --, least; au --, at
least; du --, at least;  -- que or de, unless; pour le
--, at the least.
mois, _m._ month.
moisissure, _f._ mold.
moisson, _f._ harvest.
moite, _adj._ moist, damp.
moiti, _f._ half;  --, half.
moleskine, _f._ moleskin (corduroy, etc.; sometimes applied to
imitation leather).
mollesse, _f._ softness, laxness, enervation.
molleton,_ m._ swanskin (soft woollen stuff).
molosse, _m._ mastiff.
mme, _m., f._ youngster, "kldquo;kid" (familiar).
moment, _m._ moment.
momie, _f._ mummy.
mon, ma (mes, _pl.), poss. adj. pr._ my.
monarchie, _f._ monarchy.
Monceau (le parc), an attractive park in the northwestern section
of Paris.
monde, _m._ world, people, society; tout le --, everybody.
monnaie, _f._ change, coin.
monocle, _m._ monocle.
monotone, _adj._ monotonous.
monsieur (messieurs, _pl.), m._ mister, sir, gentleman, the
gentleman; abbreviated: M., Mr.; -- son pre, his father
(pronounced: _mesieu_).
monstre, _m. and adj._ monster, monstrous.
monstrueux, ~euse, _adj._ monstrous.
mont, _m._ mount.
montagne, _f._ mountain.
monter, _v._ to mount, go up, ascend, come up, get in.
Montivilliers, small Norman town between le Havre and Fcamp (_ll_
not liquid).
montre, _f._ watch, exhibition, show-window.
montrer, _v._ to show, indicate, point out; se --, show
oneself, appear.
montueux, -euse, _adj._ hilly.
monture, _f._ mount, horse (for riding).
monumental, -e, _adj._ monumental.
moquer, _v._ to mock; se -- de, make fun of, care nothing
about; s'en -- pas mal, not care a rap about it.
moral, -e, _adj._ moral, mental; faire de la morale , to
preach to, exhort.
morceau, _m._ morsel, bit, piece.
mordieu, _interj._ by heaven!, etc.
mordre, _v._ to bite.
morgue, _f._ pride, arrogance.
morne, _adj._ gloomy, mournful, sad.
mornifle, _f._ slap on the jaws.
morsure, _f._ bite.
mort, _f._ death; -- -qui-trompe, deceptive death, death in
ambush.
mortel, -le, _adj. and s._ mortal.
mortifier, _v._ to mortify.
morue, _f._ codfish.
mosaique, _f._ mosaic.
Moscou, Moscow.
mosque, _f._ mosque.
mot, _m._ word; un bon --, a witty remark.
motif, _m._ motive.
motte, _f._ clod, lump.
mou, molle, _adj._ soft, nerveless, flabby.
mouche, _f._ fly; faire --, to hit the bull's-eye; -- 
vapeur, small steamboat used on French rivers.
moucheron, _m._ gnat, "kldquo;kid" (slang in the latter sense).
moucheter, _v._ to spot, speckle.
mouchoir, _m._ handkerchief.
moufle, _f._ mitten.
mouiller, _v._ to wet, bathe, cast (anchor); se --, become
wet.
mouillure, _f._ wetness, wetting, dampness.
moulin, _m._ mill.
mourir, _v._ to die; se --, be dying; faire --, make die,
kill, execute; -- pour --, as well die one time as another; mort
-e, _adj. and s._ dead, spent (bullet), dead man, etc.
mousquet, _m._ musket.
mousqueterie, _f._ musketry.
mousse, _f._ moss, foam.
mousse, _m._ cabin-boy.
mousseline, _f._ muslin.
mousseux, -euse, _adj._ foamy, frothy.
moustache, _f._ mustache.
moutard, _m._ urchin, brat.
mouton, _m._ sheep, mutton.
mouvement, _m._ movement, motion, impulse.
mouvoir, _v._ to move; mouvant, -e, adj. moving, busy.
moyen, -ne, _adj. and m._ average, mean, medium, middle, means,
resource, way; au -- de, by means of.
moyengeux, -euse, _adj._ medieval.
Mozart, (Wolfgang Amadeus), noted German composer of _Marriage of
Figaro, Don Giovanni, Requiem_; etc., (1756-1791).
muet, -te, _adj. and s._ mute, silent.
muezzin, _m._ muezzin (Mohammedan priest who announces from the
minaret the hour for prayer).
mule, _f._ mule.
mulon, _m._ great heap of salt.
Munster, Mnster (small Alsatian town).
mur, _m._ wall.
mr, -e, _adj._ ripe, mature.
muraille, _f._ wall, rampart.
murer, _v._ to wall up.
mrir, _v._ to ripen, mature, develop.
murmure, _m._ murmur, murmuring.
murmurer, _v._ to murmur.
mutualit, _f._ mutuality.
muscle, _m._ muscle.
muse, _f._ muse.
musicien, _m._ musician.
musique, _f._ music; faire de la --, to play.
mystre, _m._ mystery.
mystrieux, -euse, _adj._ mysterious.
mystification, _f._ mystification, hoax.
mythologique, _adj._ mythological.

N

n', _see_ ne.
nabab, _m._ nabob.
nacre, _f._ mother-of-pearl.
nager, _v._ to swim.
nagure, _adv._ lately, but now, not long ago.
naissance, _f._ birth.
naitre, to be born; n, -e, born.
navement, _adv._ ingenuously, artlessly.
Nantes, important city on the lower Loire.
Napolon III, French Emperor
from 1852 to 1870.
nappe, _f._ tablecloth, sheet (of water, light, etc.).
narguer, _v._ to defy, snap one's fingers at.
narguilh, _m._ narghile (Oriental water pipe for smoking; usually
written narguil).
narine, _f._ nostril.
natal, -e, _adj._ natal, native.
natif, -ive, _adj. and s_. native.
national, -e, _adj._ national.
nature, _f._ nature, kind.
naturel, -le, _adj. and m._ natural, disposition, nature,
naturalness.
naturellement, _adv._ naturally.
naviguer, _v._ to sail.
navire, _m._ ship, vessel.
navrer, _v._ to break the heart of; navrant, -e, heartrending,
distressing; navr, -e, heart-broken; le coeur navr,
heart-broken.
ne, _adv._ (usually with pas, point, etc.), not
(frequently pleonastic).
nanmoins, _adv._ nevertheless, notwithstanding.
nbuieux, -euse, _adj._ nebulous, glooiny, disturbing.
ncessaire, _adj._ necessary.
ncessit, _f._ necessity.
ncropole, _f._ necropolis (catacombs).
ngliger, _v._ to neglect, slight.
ngociant, _m._ merchant, trader.
ngre, _adj. and m._ negro.
neige, _f._ snow; eau de --, melted snow, water chilled with
snow.
nerf, _m._ nerve, sinew (_f_ pronounced).
nerveux, -euse, _adj._ nervous.
Nesmond, noble French family prominent in the 17th and 18th centuries.
net, -te, _adj._ neat, clear, short; couper --, to cut short
or squarely off (_t_ pronounced).
nettement, _adv._ clearly, plainly.
nettet, _f._ neatness, clearness, distinctness.
nettoyer, _v._ to clean, clean out.
neuf, _card._ nine.
neuf, neuve, new; de --, freshly.
neveu, _m._ nephew; petit --, great nephew.
Newton (Sir Isaac), the famous English mathematician, physicist,
astronomer and philosopher, especially noted for his discovery of the
laws of gravitation and for his work on light (1642-1727).
nez, _m._ nose; devant le --, before the face; fermer sur le
--, to shut in the face (pronounced: _n_).
ni, _conj._ nor; -- ... --, neither ... nor.
niaiserie, _f._ nonsense.
niche, _f._ niche, recess, kennel.
Nicolas, Nicholas.
nid, _m._ nest.
nice, _f._ niece.
Nil (le), _m._ the Nile.
Nmes, city in the department of Gard.
noble, _adj. and s._ noble.
noblesse, _f._ nobility.
noce, _f._ wedding; _pl._ wedding.
Nol, _m._ Christmas; la --, the Christmas festival; le petit
--, Santa Claus.
noir, -e, _adj. and m._ black; le Noir, gangrene; voir tout
en --, to look on the dark side of everything.
noircir, _v._ to blacken.
noircisseur, _m._ dyer in black, scribbler.
noix, _f._ nut, Middle part, pope's eye (of meat).
nom, _m._ name; -- de --, euphemistic oath.
nombre, _m._ number; -- de, a number of.
nombreux, -euse, _adj._ numerous.
nommer, _v._ to name; nomm, -e, _adj. and s._ named, one
called.
non, adv. no, not; -- pas, not, not at all.
non bis in idem, not twice in the same place (Latin).
nonchalamment, _adv._ nonchalantly, carelessly, heedlessly.
nonchalant, -e, _adj._ listless, unmindful, nonchalant.
non-seulement, _adv._ not only.
nopal, _m._ nopal (cactus).
nord, _m._ north; -- est, north-east (_d_ is not pronounced in
nord, but is pronounced in nord-est).
normal, -e, _adj._ normal, natural.
normand, -e, _adj. and s._ Norman (written Normand when _s._).
Normandie, _f._ Normandy (former French province on the English Channel).
nos, _see_ notre.
notable, _adj._ notable.
notaire, _m._ notary.
notamment, _adv._ especially, particularly.
note, _f._ note, bill.
notion, _f._ notion, idea.
notre (nos, _pl.), poss. adj. pr._ our.
ntre, _poss. adj. pr._ ours (usually with article).
nouer, _v._ to knot, tie, tie up.
noueux, -euse, _adj._ knotty, knotted.
Nourmahal, popular Oriental name because of the wife of a Mogul
emperor, who bore this name in the 17th century.
nourrice, _f._ wet-nurse.
nourrir, _v._ to nourish, nurse, support, feed.
nourriture, _f._ food.
nous, _conj. and disj. pr._ we, us, to us.
nous-mmes, _pr._ we ourselves, ourselves.
nouveau, (nouvel before vowels), -elle, _adj._ new, other; de
--, anew, again; nouvelle(s), f. news, piece of news, story
(longer than the conte and shorter than the roman); de vos
nouvelles, news of you; ---n, new-born child, etc.; avoir des
nouvelles de, to hear from.
nouvellement, _adv._ newly, recently.
Novare, Novara (city of northern Italy).
novembre, _m._ November.
noyau, _m._ stone (of fruit).
noyer, _v._ to drown, swamp.
nu, -e, _adj._ naked, bare;  --, bare, exposed, openly;
-- pieds, barefooted.
nuage, _m._ cloud.
nuageux, -euse, _adj._ cloudy, somber.
nuance, _f._ tint, shade.
nudit, _f._ nudity, nakedness, bareness.
nue, _f._ thick cloud.
nuire, _v._ to injure, be harmful.
nuit, _f._ night; la --, the night, at night.
nul, -le, _adj. and pr._ no, no one.
nullement, _adv._ in no wise, by no means.
numro, _m._ number.
nuptial, -e, _adj._ nuptial, marriage (_t_ pronounced as _c_).
nuque, _f._ nape (of the neck).

O

, _interj._ O!
obir, _v._ to obey.
obissance, _f._ obedience.
objet, _m._ object.
obligeamment, _adv._ obligingly, courteously.
obliger, _v._ to oblige; obligeant, -e, adj. kind; rester
l'oblig, remain the debtor.
oblique, _adj._ oblique, slanting.
obscur, -e, _adj._ obscure, clark.
obscurcir, _v._ to darken.
obscurit, _f._ obscurity, darkness.
obsder, _v._ to beset (in this and in the next two words _b_ is
pronounced as _p_).
observation, _f._ observation.
observer, _v._ to observe, watch, look at.
obstacle, _m._ obstacle.
obstination, _f._ obstinacy.
obstin, -e, _adj._ obstinate.
obstinment, _adv._ obstinately.
obstruer, _v._ to obstruct.
obtenir, _v._ to obtain, get (_b_ pronounced as _p_).
obus, _m._ shell (_s_ pronounced as _z_).
occasion, _f._ occasion, opportunity, cause.
occupation, _f._ occupation.
occuper, _v._ to occupy; s'--, occupy oneself, be occupied,
busy oneself, attend.
ocan, _m._ ocean.
odalisque, _f._ odalisque (slave of a woman in the harem).
odeur, _f._ odor.
odorant, -e, _adj._ odorous, fragrant, sweet-smelling.
odorat, _m._ sense of smell.
oeil (yeux, pl.), _m._ eye, glance; regarder d'un --
favorable, to look upon favorably.
oeillade, _f._ ogling, sheep's eye.
oesophage, _m._ esophagus (pronounced: _sophage_).
oeuf, _m._ egg (_f_ pronounced in the singular, but not in the
plural).
offense, _f._ offense, affront.
offenser, _v._ to offend, hurt, injure, insult; offensant, -e,
_adj._ offensive.
offensif, -ive, _adj._ offensive.
officier, _m._ officer.
offre, _f._ offer.
offrir, _v._ to offer, offer the opportunity or the hospitality of;
s'--, be offered, be presented; m'-- sa maison, offer me the
hospitality of his house; --  boire, offer a drink to.
oh, _interj._ oh!
oh, _interj._ ho!, hello!
oiseau, _m._ bird; -- -mouche, humming-bird.
oisivet, _f._ idleness.
olive, _f._ olive, ornament or button of this shape.
olympien, -ne, _adj._ Olympian.
ombre, _f_. shade, shadow.
ombr, -e, _adj._ shaded.
omelette, _f_. omelet.
omettre, _v._ to omit.
omnibus, _m._ omnibus (_s_ pronounced).
on, _indef. pr._ one, people, they, you, we (accompanying verb may
often be translated as a passive).
oncle, _m._ uncle; --  la mode de Bretagne, first cousin.
onde, _f._ wave, billow.
onde, _f._ shower.
ongle, _m._ nail, claw.
onze, _card._ eleven (elision no longer allowed before this word).
opra, _m._ opera.
opration, _f._ operation.
oprer, _v._ to operate; s'--, be effected, wrought.
opinion _f._ opinion.
opposer, _v._ to oppose, prevent; si a ne vous opposait pas,
if you didn't mind.
or, _conj._ now, but.
or, _m._ gold.
orage, _m._ storm.
orateur, _m._ orator.
orchestre, _m._ orchestra (_ch_ pronounced as _k_).
ordinaire, _adj._ ordinary, usual; d'--,  l'--, ordinarily;
 son --, as usual, in his usual manner.
ordinairement, _adv._ ordinarily.
ordonnance, _f._ ordinance, regulation, orderly; pistolet
d'--, army pistol.
ordonner, _v._ to order.
ordre, _m._ order.
oreille, _f._ ear; dire  l'-- , to say in a low tone to.
oreiller, _m._ pillow.
orfvre, _m._ goldsmith.
organiser, _v._ to organize, form, start, make.
orgueil, _m._ pride.
orgueilleux, -euse, _adj._ proud.
Orient, _m._ Orient, East.
oriental, -e, _adj. and s._ Oriental.
original, -e, _adj. and m._ original.
originel, -le, _adj._ original, primitive (chiefly used in such
phrases as: pch --, etc.).
ormeau, _m._ young elm.
ornement, _m._ ornament.
orner, _v._ to ornament, adorn.
ornire, _f._ rut.
orphelin, _m._ orphan.
os, _m._ bone (_s_ pronounced in the singular, but not in the
plural).
osciller, _v._ to oscillate, swing, sway.
oser, _v._ to dare.
Osiris, ancient Egyptian god, protector of the dead and a
sun god, husband and brother of Isis.
osseux, -euse, _adj._ bony, knarled.
ter, _v._ to remove, take off or away.
ou, _conj._ or; -- ... --, either ... or; -- bien, or, or
on the other band.
o, _adv._ where, in which, when; d'--, whence, from where,
out of which; par --?, which way?, by which?; dans le cas --,
in case.
oublier, _v._ to forget; s'--  dormir, forget and go to sleep.
ouest, _m._ west (_st_ pronounced).
ouf, _interj._ oh!, ah! (usually expresses relief).
oui, _adv._ yes.
ouragan, _m._ hurricane.
ourdisseur, -euse, _m., f._ warper.
outil, _m._ tool.
outre, _prep. and adv._ beyond, beside; en --, in addition,
besides; -- Manche, across the Channel.
ouverture, _f._ opening.
ouvrage, _m._ work, work of art, structure.
ouvrag, -e, _adj._ worked, figured, wrought, carved.
ouvrier, -re, _adj. and s._ working, workman, workwoman.
ouvrir, _v._ to open; s'--, open, draw aside; ouvert, -e,
open, frank, cordial.

P

pacifique, _adj._ pacific, peaceful.
pacifiquement, _adv._ peacefully, peaceably.
page, _f._ page.
paien, -ne, _adj. and s._ pagan.
paillasse, _f._ straw mattress.
paille, _f._ straw.
pailleter, _v._ to bespangle.
paillette, _f._ spangle, golden flake.
pain, _m._ bread, loaf; bon comme le --, good as gold.
paire, _f._ pair.
paisiblement, _adv._ peacefully.
paix, _f._ peace.
palais, _m._ palace; -- de justice, court-house.
Palais-Bourbon, _m._ palace on the left bank of the Seine opposite
the Place de la Concorde, erected in 1722, for a member of the Bourbon
family, now used by the Chamber of Deputies.
palanquin, _m._ palanquin (litter).
ple, _adj._ pale.
paletot, _m._ overcoat.
pleur, _f._ pallor.
palier, _m._ landing (of a staircase).
plir, _v._ to become pale.
palissade, _f._ palisade, stockade.
palmier, _m._ palm, palm-tree.
plot, -te, _adj._ palish, wan.
palpiter, _v._ to palpitate; palpitant, -e, adj. palpitating,
throbbing, quivering.
paludier, _m._ salt-maker.
pan, _m._ side, skirt, face.
pan, _interj._ bang!
panier, _m._ basket, hoop-skirt.
panneau, _m._ panel.
panse, _f._ paunch, belly.
pansement, _m._ dressing.
pantalon, _m._ pair of trousers, trousers.
pantin, _m._ jumping-jack.
Paolo, Paul (Italian).
paon, _m._ peacock; yeux de --, peacock's eyes (of the
feathers; _o_ not pronounced).
papa, _m._ papa; p'pa, baby's pronunciation of papa.
pape, _m._ pope.
papier, _m._ paper; _pl._ papers, passport.
papillon, _m._ butterfly.
papyrus, _m._ papyrus (paper and plant; _s_ pronounced).
Pques, _m._ Easter.
paquet, _m._ package, pack, bundle, mass.
par, _prep._ by, through, with, because of, for, along, by way of,
in, in the name of, on; -- jour, a day.
paradis, _m._ paradise.
paratre, _v._ to appear.
paralyser, _v._ to paralyze.
paralytique, _adj. and s._ paralyzed, paralytic.
parapet, _m._ parapet.
parbleu, _interj._ gad!, upon my word!, by George!
parc, _m._ park (_c_ pronounced).
parcelle, _f._ bit, parcel.
parce que, _conj._ because.
parcourir, _v._ to run through or over, look over, cover; -- de
l'oeil, glance over.
pardi, _interj._ truly, certainly, by George!, really.
pardon, _m._ pardon, I beg your pardon.
pardonner, _v._ to pardon.
pareil, -le, _adj. and s._ similar, like, such, such a.
pareillement, _adv._ similarly, likewise, too.
parent, -e, _m., f._ relative; _pl._ relatives, parents.
parer, _v._ to adorn, attire, dress up, ward off, parry.
parfait, -e, _adj._ perfect.
parfaitement, _adv._ perfectly.
parfois, _adv._ at times.
parfum, _m._ perfume, flavor.
parfumer, _v._ to perfume, scent.
parfumerie, _f._ perfumery.
parier, _v._ to wager, bet.
Paris, Paris.
parisien, -ne, _adj. and s._ Parisian (written Parisien when
_s._).
parlementaire, _adj._ parliamentary.
parler, _v._ to speak, talk, talk of.
parmi, _prep._ among.
paroisse, _f._ parish, parish., church.
parole, _f._ word, speech; prendre la --, to speak; adresser
la -- , speak to.
paroli, _m._ paroli, double stake or bet.
parrain, _m._ godfather.
part, _f._ part, direction, share; d'une --, on the one hand;
d'autre --, on the other hand; quelque --, somewhere,
anywhere; de -- en --, through and through.
partager, _v._ to share, divide, distribute.
parterre, _m._ rear of orchestra, pit (theater).
parti, _m._ party, decision, side, match; prendre le (son) --,
to make up one's (his) mind; prendre un --, come to a decision, en
tirer --, reap advantage, profit by it.
participation, _f._ participation.
participer, _v._ to participate, take part, be an accomplice.
particulier, -re, _adj._ particular, peculiar, private.
particulirement, _adv._ particularly.
partie, _f._ part, portion, game; avoir -- gagne, to win.
partir, _v._ to depart, leave, burst out, set out, go off, give
vent; begin;  -- de, from; partant, m. departing one.
partout, _adv._ everywhere; de --, from everywhere, on all
sides.
parure, _f._ ornament, set of jewels, attire.
parvenir, _v._ to reach, attain, succeed, arrive; parvenu, -e,
_m., f._ parvenu, parvenue, upstart.
pas, _m._ step, pace; de ce --, at once, directly; sur mes
--, at my heels.
pas, _adv._ not, no; ne ... --, not, no.
passablement, _adv._ passably, tolerably.
passage, _m._ passage, passing, trip across, going by, path.
passager, _m._ passenger.
passe, _f._ pass, passage, channel.
passe, _interj._ let it pass, all right.
passementer, _v._ to lace, adorn.
passer, _v._ to pass, pass over, take across, put, go by, pass
through one's mind, put on; se --, pass, happen, take place; elle
s'est fait -- ici, she got herself taken to this place; un frisson
me passa dans le dos, a shiver ran along my back; passant, -e,
_adj. and s._ passing, passer-by; pass, -e, _adj. and m._ past.
passerelle, _f._ foot-bridge.
passion, _f._ passion, love.
passionner, _v._ to impassion; passionn, -e, _adj._ passionate.
pastque, _f._ watermelon.
pasteur, _m._ pastor.
pte, _f._ paste, mess (for dogs, etc.), porridge.
paterne, _adj._ grandmotherly, over-kindly.
paternel, -le, _adj._ paternal, father's.
paternellement, _adv._ paternally.
paternit, _f._ paternity.
pteux, -euse, _adj._ pasty, sticky, clammy.
patience, _f._ patience (in this and in the next word _ti_ is
pronounced as _ci_).
patient, -e, _adj._ patient, long-suffering, constant.
ptir, _v._ to suffer.
patrie, _f._ native land.
patriote, _adj. and s._ patriotic, patriot.
patron, _m._ patron, master, employer.
patte, _f._ paw, foot, claw;  quatre pattes, on all fours.
pturage, m. pasturage, pasture; couleur de --, grass-green.
Paul 1er, Paul I (Russian Emperor; reigned: 1796-1801).
Pauline, Paulina.
Paumelle, proper name; _cf._ paumelle, long-eared barley,
hand-leather (for protecting the hand in sewing).
paupire, _f._ eyelid.
pause, _f._ pause.
pauvre, _adj. and s._ poor, pitiful, late, poor person, beggar;
pauvres nous, alas for us.
pauvresse, _f._ poor woman, beggar.
pauvret, _f._ poverty.
pav, _m._ pavement.
paver, _v._ to pave.
pavillon, _m._ pavilion, flag, canopy.
payement, _m._ payment.
payer, _v._ to pay, pay for.
pays, _m._ country (pronounced: _Pyi_; the same pronunciation
occurs in the next two words).
paysage, _m._ landscape, scenery.
paysan, -ne, _m., f. and adj._ peasant.
peau, _f._ skin.
pcaire, _interj._ what a pity; (compassionate interjection used in
Provence).
pche, _f._ peach.
pche, _f._ fishing, catch, fishing trip; aller  la --, to go
fishing.
pch, _m._ sin.
pcher, _v._ to fish, fish for.
pcheur, pcheresse, _m., f._ sinner.
pcheur, -euse, _m., f. and adj._ fisherman, fisherwoman, fishing.
peindre, _v._ to paint, picture.
peine, _f._ suffering, grief, pain, difficulty, trouble, labor,
hard work, anxiety, torment;  --, scarcely; c'est  -- si,
scarcely.
peiner, _v._ to trouble, pain.
peinture, _f._ painting, paint.
pelisse, _f._ pelisse, fur coat.
pelle, _f._ shovel.
peloton, _m._ ball of worsted, platoon, group; -- de travail,
shift.
penchant, _m._ slope, propensity.
pencher, _v._ to bend, lean, bow; se --, bend, lean, lean
over; pench, -e, bent, bowed, leaning.
pendant, _prep._ during, for (time); -- que, _conj._ while.
pendre, _v._ to hang.
pendule, _f._ clock, mantel-clock.
pntration, _f._ penetration.
pntrer, _v._ to penetrate, fathom, pervade, enter, go in, invade.
pnible, _adj._ difficult, laborious, painful, distressing.
pnitence, _f._ penitence; penance.
pense, _f._ thought, thinking.
penser, _v._ to think, think out; pensez, think, you may imagine.
penseur, _m._ thinker.
pensif, -ive, _adj._ thoughtful.
pension, _f._ pension, board, boarding-house, boarding-school.
pensionnaire, _m., f._ boarder, boarding-school boy or girl.
pente, _f._ slope.
perce, _f._ borer, drill; mettre en --, to tap.
percepteur, _m._ tax-collector.
percer, _v._ to pierce, penetrate, be manifest.
perche, _f._ pole.
percher, _v._ to perch.
perclus, -e, _adj._ crippled, paralyzed.
perdre, _v._ to lose, ruin, undo; se --, lose oneself, get
lost, be lost.
perdrix, _f._ partridge (_x_ not pronounced).
pre, _m._ father, old man or "Uldquo;Uncle" (title).
perfection, _f._ perfection.
perfide, _adj._ perfidious.
perfidie, _f._ perfidy, treachery.
pri, _f._ peri (Oriental fairy).
pril, _m._ peril (l pronouned).
prilleux, -euse, _adj._ perilous, dangerous.
prir, _v._ to perish, be lost, die.
perle, _f._ pearl, bead.
perl, -e, _adj._ pearly, beaded, clear and silvery (voice).
permettre, _v._ to permit, allow.
Protte, dialectic for Pierrette.
perron, _m._ perron, elevated stone landing, stoop.
perruque, _f._ wig.
perruquier, _m._ wig-maker, hair-dresser, barber.
Perse, _f._ Persia; tapis de --, Persian rug.
perscuteur, _m._ persecutor.
persistance, _f._ persistence.
personnage, _m._ personage, person, person of importance.
personne, _f._ person; _m._ anyone, no one; ne ... --, no one.
perspective, _f._ perspective.
persuader, _v._ to persuade; en --, convince of it.
perte, _f._ loss, ruin;  -- de vue, as far as the eye can reach.
peser, _v._ to weigh, lest, bang (over); pesant, -e, _adj._
heavy.
ptale, _m._ petal.
ptiller, _v._ to crackle, sparkle.
petiot, -e, _adj._ tiny.
petit, -e, _adj. and s._ small, little, short, light, small person,
little one; --  --, little by little.
petit-maitre, _m._ dandy.
petit-neveu, _m._ grand-nephew.
ptrifier, _v._ to petrify.
ptrole, _m._ petroleum.
peu, _adv. and m._ little, not very, a little, few; --  --,
little by little; un --, a little, somewhat; tant soit --,
somewhat; -- de chose, not much, little, of small importance,
trifling.
peuple, _m._ people, common people, crowd; adjectively: common.
peupler, _v._ to people, populate.
peur, _f._ fear; faire -- (), to frighten.
peureux, -euse, _adj._ timorous, timid.
peut-tre, _adv._ perhaps; -- que, perhaps.
phalange, _f._ phalanx.
Phalsbourg, Pfalzburg (former French town in Lorraine, ceded to
Germany in 1871).
pharaon, _m._ faro (card-game, in which the players bet on the
order in which the dealer or banker will deal the cards); faire une
banque de --, to be the banker in a game of faro.
pharmacien, _m._ apothecary, druggist.
phnomne, _m._ phenomenon.
philosophe, _m._ philosopher.
philosophique, _adj._ philosophical.
phosphorescent, -e, _adj._ phosphorescent.
phrase, _f._ phrase.
physionomie, _f._ physiognomy, face.
piailler, _v._ to bawl, squeal, screech.
Pie Vll, Pius VII, Pope: 1800-1823; Pie VIII, Pope: 1829-1830;
Pie IX, Pope: 1846-1878; Pie X, Pope: 1903-1914.
pice, _f._ piece, room, play.
pied, _m._ foot; arme au --, weapon resting on the ground.
Pierre, Peter; saint --, Saint Peter.
pierre, _f._ stone.
Pierrette, feminine diminutive of Pierre.
Pierron, survival of the Old French oblique case of Pierre.
pieu, _m._ stake, "bldquo;bunk" (slang in last sense).
pieux, -euse, _adj._ pious.
pilastre, _m._ pilaster.
pile, _f._ pile, heap, reverse (of a coin); jouer  croix ou
--, to toss (a coin) for.
pilier, _m._ pillar, maintainer; steady customer, habitu.
piller, _v._ to plunder.
pilori, _m._ pillory.
Pimenti, proper name (_cf._ Italian _pimento_, cayenne pepper).
pince, _f._ pinch, pincers, claw.
pinceau, _m._ brush (painter's).
Pinchon (Robert), intimate friend of de Maupassant; many of the
anecdotes relating to de Maupassant are due to his published souvenirs;
he was also a librarian in Rouen.
pioche, _f._ pickax, mattock.
pipe, _f._ pipe.
piquer, _v._ to prick, stick, bite, peck; piquant, -e,
prickly, sharp, biting, stinging, keen.
pire, _adj._ worse; le --; worst.
Piriac, village and port in the department of Loire-Infrieure.
pis, _adv._ worse; le --, worst; tant --, so much the
worse.
pissenlit, _m._ dandelion.
pistil, _m._ pistil (_l_ pronounced).
pistolet, _m._ pistol.
piteux, -euse, _adj._ pitiful, woeful.
piti, _f._ pity.
pitoyable, _adj._ pitiful.
pivert, _m._ green woodpecker.
pivoine, _f._ peony.
place, _f._ place, square, position, stronghold, room; sur --,
on the spot; -- forte, stronghold; faire -- , to make way
for; -- d'Armes, parade-ground.
placer, _v._ to place.
placide, _adj._ placid.
plafond, _m._ ceiling.
plage, _f._ shore, beach.
plaie, _f._ wound, gare.
plaindre, _v._ to pity; se -- de; complain of, lament.
plaine, _f._ plain.
plainte, _f._ complaint, wail.
plaire, _v._ to please; plt  Dieu, would to God; se --, be
pleased; s'il vous plat, if you please; plaisant, -e, _adj.
and s._ pleasing, pleasant, joker; mauvais plaisant, sorry or
practical joker, joker.
plaisanter, _v._ to joke, jest.
plaisanterie, _f._ joke.
plaisir, _m._ pleasure.
plan, _m._ plan, plane.
planche, _f._ plank, board, skinny woman (slang in last sense).
plancher, _m._ floor.
planer, _v._ to goal.
plante, _f._ plant.
planter, _v._ to plant, place, fix; -- l, plant there, give
the slip to, leave in the lurch.
plaque, _f._ tablet, metal badge.
plat, _m._ dish.
plat, -e, _adj._ flat.
platane, _m._ plane-tree.
plateau, _m._ platter.
plate-bande, _f._ border (of a flower-bed, etc.).
plate-forme, _f._ platform.
pltras, _m._ old plaster, rubbish.
pltre, _m._ plaster.
plbien, -ne, _adj. and s._ plebeian.
plein, -e, _adj._ full, open (air, field, door, etc.); en --,
in the middle or midst of, completely, all; en pleine figure, right
in the face; en -- dcembre, in the middle of December;  pleins
cheveux, right by the hair;  pleine bouche, with mouth wide
open, lapping up without using the hands.
pleinement, _adv._ fully.
pleurer, _v._ to weep, weep for; --  chaudes larmes, to shed
hot tears.
pli, _m._ fold, bend, plait, depression, hollow, elevation.
pliable, _adj._ pliable, flexible.
pliant, _m._ folding-chair, camp-stool.
plier, _v._ to fold, bend.
plisser, _v._ to plait, crease, wrinkle.
plomb, _m._ lead (_b_ not pronounced).
plomb, -e, _adj._ leaden, livid.
plongeon, _m._ plunge, dive, dipping, dip.
plonger, _v._ to plunge, dive, throw or stick in.
pluie, _f._ rain.
plume, _f._ feather, pen; --  l'oreille, pen over the ear.
plus, _adv._ more, in addition, some more, plus, no more; le
--, most; -- ... --, the more...the more; ne ... --, no
longer, never more; non --, either; de --, in addition, more;
de -- en --, more and more; de -- ou de moins, more or less
(when = "sldquo;some more" or "pldquo;plus" or when emphatic, _s_ is pronounced).
plusieurs, _adj., pl._ several.
plutt, _adv._ rather, sooner.
poche, _f._ pocket.
pole, _m._ stove; _f._ frying-pan (_o_ in this and in the next
word is pronounced as _oi_ in poil).
pole, _f._ panful.
pome, _m._ poem.
posie, _f._ poetry, poesy, poem.
pote, _m._ poet; adjectively: poetic.
potiquement, _adv._ poetically.
poids, _m._ weight.
poigne, _f._ handful, hilt.
poignet, _m._ wrist.
poil, _m._ hair (usually of the body or of an animal).
poilu, -e, _adj._ hairy.
poindre, _v._ to sting, dawn, rise, appear.
poing, _m._ fist.
point, _m._ point place; en tout --, in every respect;
troubler au dernier --, to disturb in the highest degree.
point, _adv._ not at all; ne ... --, not at all.
pointe, _f._ point, tip; sur la -- du pied, on tiptoe; casque
 --, pointed helmet.
pointer, _v._ to point, aim.
pointu, -e, _adj._ pointed.
poirier, _m._ pear-tree.
poisson, _m._ fish.
Poissy, town on the Seine near Versailles, contains a prison (see context).
poitrine, _f._ breast, chest.
poivre, _m._ pepper.
poix, _f._ pitch; Doigt-de-Poix, Light-fingered.
poli, -e, _adj._ polite, polished.
police, _f._ police.
poliment, _adv._ politely.
polisson, -ne, _adj. and s._ mischievous, naughty, broad (of a
joke), scamp.
politique, _adj. and s._ political; _m._ politician; _f._ politics.
polonais, -e, _adj. and s._ Polish, Pole (written Polonais when
_s._).
Polyte, abbreviation of Hippolyte.
pomranien, -ne, _adj._ Pomeranian (of the Prussian province of Pomerania).
pomme, _f._ apple; -- de terre, potato.
pommeau, _m._ pummel.
pommier, _m._ apple-tree.
pompe, _f._ pomp, splendor.
pompe, _f._ pump.
pomper, _v._ to pump.
pompon, _m._ topknot, tuft.
poney, _m._ pony.
pont, _m._ bridge, deck.
ponte, _m._ punter (any player but the banker at faro).
ponter, _v._ to punt (bet against the banker at faro, roulette, etc.).
ponton, _m._ pontoon; -- d'embarquement, floating dock.
populaire, _adj._ popular.
population, _f._ population.
porc, _m._ pig, pork (_c_ is now usually pronounced in this word).
porcelaine, _f._ porcelain.
poreux, -euse, _adj._ porous.
port, _m._ port, wharf.
portail, _m._ portal, large door, front of a church.
porte, _f._ door, gate, doorway, door-sill; assis (debout) sur la
--, seated (standing) on the door-step.
porte-amarre, _m._ apparatus for throwing a cable; fusil --,
rocket-gun, life-rocket.
porte-cigarres, _m._ cigar-case.
porte, _f._ reach, range, shot.
portefeuille, _m._ portfolio, pocket-book.
porter, _v._ to carry, bear, wear, support, contain (information);
se --, be (of the health); qui ne s'en portera pas plus mal,
which will not be any the worse for it; l'un portant l'autre, on an
average.
porteur, _m._ bearer, porter.
portire, _f._ door-curtain, carriage-door.
portion, _f._ portion, piece.
portrait, _m._ portrait.
pose, _f._ pose.
poser, _v._ to place, put, set down, ask (a question); se --,
be placed, place oneself, alight; pos sur, sitting on (of a bird).
position, _f._ position.
possder, _v._ to possess, own, have.
possesseur, _m._ possessor, owner.
possession, _f._ possession.
possible, _adj._ possible; au --, most possible.
poste, _f._ post, post-office, mail, mail-coach; chaise de --,
post-chaise; _m._ military post, post, position.
poster, _v._ to post; se --, to be posted or established.
postillon, _m._ postilion.
posture, _f._ posture.
pot, _m._ pot.
potage, _m._ thick soup.
potence, _f._ gallows, gibbet.
pouce, _m._ thumb, inch.
Pouchkine, Pushkin (Alexander), Russian lyric poet, dramatist and
novelist, born in Moscow (1799-1837).
poudre, _f._ powder, dust; en --, powdered.
poudrer, _v._ to powder, sprinkle (powder, dust, money, etc.) on.
poudreux, -euse, _adj._ dusty.
poudroyer, _v._ to be dusty.
pouiller, _v._ to get the lice out of, clean, get into.
poulailler, _m._ chicken-house.
poule, _f._ hen, fowl, chicken; chair de --, goose-flesh.
poulet, _m._ chicken.
poulie, _f._ pulley.
poupe, _f._ doll.
pour, _prep._ for, to, in order to, in regard to; -- que,
_conj._ that, in order that, for; substantively: le -- et le
contre, the pros and cons; -- deux sous, two cents' worth.
pourboire, _m._ tip.
pourpre, _adj. and m._ purple (varying from violet to crimson).
pourquoi, _conj. and adv._ why, why?
pourrir, _v._ to rot.
pourriture, _f._ rot, decay, putrefaction.
poursuite, _f._ pursuit.
poursuivre, _v._ to pursue, follow up, continue, keep.
pourtant, _adv. and conj._ however, nevertheless.
pourvu que, _conj._ provided that.
pousser, _v._ to push, thrust, send forth, exhale, push to or in or
open, utter, urge on, heave, shoot (a bolt), give.
poussire, _f._ dust.
poussif, -ive, _adj._ short-winded, puffing.
poussin, _m._ young chicken.
pouvoir, _v._ to be able, can, may, be able to do; se --, be
possible; n'en -- plus, be tired out, be utterly exhausted; _m._
power.
pratique, _adj. and f._ practice, practical.
pratiquer, _v._ to practice, frequent, put up, make.
prcaution, _f._ precaution.
prcdent, -e, _adj._ preceding.
prcder, _v._ to precede.
prcieux, -euse, _adj._ precious.
prcipitamment, _adv._ precipitately, hurriedly.
prcipitation, _f._ precipitation, hurry.
prcipiter, _v._ to precipitate, throw; se --, rush forth,
rush forward, rush, throw oneself; prcipit, -e, precipitate,
hurried, hasty.
prcis, -e, _adj. and m._ precise, summary.
prcisment, _adv._ precisely, exactly.
prdiction, _f._ prediction.
prfecture, _f._ prefecture (office of the prefect of a department
or of the Prefect of Police in Paris).
prfrence, _f._ preference.
prfrer, _v._ to prefer.
prfet, _m._ prefect (head of a French department or of the police
in Paris).
prjug, _m._ prejudice, precedent.
prlever, _v._ to levy, take first.
premier, -re, _adj._ first, greatest; porte du --, second
story door; gravir le --, to be the first to climb (abbreviated: 1er).
prendre, _v._ to take, take on, catch, seize, get, acquire, regard,
make (resolutions, arrangements), assume (an air); se -- , begin;
s'y --, go about it; -- le galop, take to a gallop; -- 
travers, cut across (country);  tout --, everything
considered; --  la cruche, to attack or take a drink from the jug.
prnom, _m._ first or Christian name.
proccupation, _f._ preoccupation.
proccuper, _v._ to preoccupy.
prparatoire, _adj._ preparatory.
prparer, _v._ to prepare, plan.
prs, _prep._ (with de) _and adv._ near, about to; de --
closely, near at hand; de si --, so closely;  peu --, almost,
nearly.
prsage, _m._ omen.
prsager, _v._ to presage, foretoken, forebode.
prsence, _f._ presence.
prsent, -e, _adj. and s._ present, person present; _m._ present,
gift;  --, at present, now.
prsenter, _v._ to present.
prservatif, _m._ preservative, protection.
prsident, _m._ president, presiding judge.
prsider, _v._ to preside, preside over.
presque, _adv._ almost.
presqu'le, _f._ peninsula.
pressentiment, _m._ presentiment.
pressentir, _v._ to have a presentiment, foresee.
presser, _v._ to press, hurry, urge; se --, be in a hurry,
crowd, press, press close; aller d'un pas press, hurry along;
pressant, -e, pressing, urgent; press, -e, pressed, in a
hurry, hurried, quick, hasty.
pression, _f._ pressure.
prsumer, _v._ to presume, conjecture.
prt, -e, _adj._ ready.
prtendre, _v._ to pretend, claim, lay claim, mean, aspire,
maintain, require, insist on.
prtentieux, -euse, _adj._ pretentious, pompous (_ti_ pronounced as
_ci_).
prtention, _f._ pretension, claim.
prter, _v._ to lend, attribute; -- serment , swear
allegiance to.
prtexte, _m._ pretext, pretense.
prtoire, _m._ court-room.
prtre, _m._ priest.
preuve, _f._ proof.
prvenance, _f._ consideration, obligingness, kind attention, kindness.
prvenir, _v._ to anticipate, warn, inform.
prier, _v._ to pray, beg.
prire, _f._ prayer.
prieur, _m._ prior.
primaire, _adj._ primary.
primo, _adv._ firstly, in the first place.
prince, _m._ prince; princesse, _f._ princess.
principal, -e, _adj. and m._ principal.
principalement, _adv._ principally.
printemps, _m._ spring.
prise, _f._ capture, seizure.
prison, _f._ prison.
prisonnier, -re, _m., f._ prisoner.
priver, _v._ to deprive; priv, -e; _adj._ private.
prix, _m._ price, value, prize, cost.
probable, _adj._ probable.
probablement, _adv._ probably.
probe, _adj._ upright, honest.
probit, _f._ probity, honesty, integrity.
problme, _m._ problem.
procder, _v._ to proceed.
procession, _f._ procession.
prochain, -e, _adj._ next, nearest, coming, immediate.
proche, _adj. and s._ near, nigh, near relative.
procurer, _v._ to procure, get.
prodigieusement, _adv._ prodigiously.
prodigieux, -euse, _adj._ prodigious.
prodiguer, _v._ to lavish.
production, _f._ production.
produire, _v._ to produce; se --, be produced, be made, occur.
produit, _m._ product.
profession, _f._ profession.
profil, _m._ profile (_l_ pronounced).
profiter, _v._ to profit.
profond, -e, _adj. and m._ profound, deep; du plus -- de mon
coeur, from the depths of my heart; profonde, _f._ pocket
(slang).
profondment, _adv._ profoundly, deeply.
profondeur, _f._ depth.
profusion, _f._ profusion;  --, profusely, abundantly.
programme, _m._ program.
proie, _f._ prey; en -- , a prey to.
projet, _m._ project, plan.
prolonger, _v._ to prolong; se --, be prolonged, extend;
-- l'haleine, get a longer wind.
promener, _v._ to take about, take out, keep going, keep up, cast;
se --, take a walk, ride, etc., walk to and fro.
promettre, _v._ to promise.
promontoire, _m._ promontory.
prompt, -e, _adj._ prompt (in this and in the following word _p_ is
not pronounced).
promptement, _adv._ promptly.
prononcer, _v._ to pronounce, utter, declare, deliver.
prophte, _m._ prophet; le Prophte, Mohammed.
prophtique, _adj._ prophetic.
propice, _adj._ propitious.
propos, _m._ purpose, object, remark, talk;  -- de, in regard to.
proposer, _v._ to propose; se -- de, think of, intend to.
proposition, _f._ proposition.
propre, _adj._ proper, clean, own; --  rien, good for
nothing; c'est du --, that's (he's) a pretty mess.
proprement, _adv._ properly, correctly.
propritaire, _m., f._ proprietor, proprietress, owner, landowner.
proprit, _f._ property, propriety.
pro-recteur, _m._ vice-rector (acting head of a German university,
the head being the reigning prince).
prose, _f._ prose.
Prosper-Csar, Prosper Cresar (the French usually hyphenate two
given names).
prosprer, _v._ to prosper.
prosprit, _f._ prosperity.
prosterner, _v._ to prostrate.
protecteur, _m._ protector; adjectively: protecting.
protection, _f._ protection.
protger, _v._ to protect.
protester, _v._ to protest.
prouver, _v._ to prove.
provenal, -e, _adj._ Provenal, Provencial.
Provence, _f._ Provence (the extreme southeastern province in
France before the Revolution); rue de --, Parisian street a little
north of the Boulevard des Italiens.
proverbe, _m._ proverb.
providence, _f._ providence; la Providence, Providence.
province, _f._ province; de --, provincial.
provincial, -e, _adj. and s._ provincial.
provision, _f._ provision, supply.
provisoirement, _adv._ provisionally, temporarily.
provoquer, _v._ to provoke, challenge, invite.
prudemment, _adv._ prudently (_em_ pronounced as _am_).
prudence, _f._ prudence.
prunelle, _f._ pupil, eyeball, eye.
Prusse, _f._ Prussia.
prussien, -ne, _adj. and s._ Prussian (written Prussien when
_s._).
public, -ique, _adj. and m._ public.
publier, _v._ to publish.
puce, _f._ flea; secouer les puces, to shake the fleas from,
beat.
pudeur, _f._ modesty, bashfulness, shame.
puer, _v._ to stink.
puril, -e, _adj._ puerile, childish, boyish (_l_ pronounced).
puis, _adv._ then.
puiser, _v._ to draw, draw forth, dip.
puisque, _conj._ since.
puissant, -e, _adj._ powerful, mighty.
puits, _m._ well.
punch, _m._ punch (pronounced: _ponch_).
punir, _v._ to punish.
pur, -e, _adj._ pure.
purement, _adv._ purely.
purgatoire, _m._ purgatory.
purger, _v._ to purge, cleanse, clean.
putrfaction, _f._ putrefaction.
pyramide, _f._ pyramid.
pyrosis, _m._ pyrosis (burning pain in the epigastrium; final _s_
pronounced).

Q

qu', _see_ que.
quai, _m._ quay.
qualit, _f._ quality, rank, capacity; en sa -- d'tourdi, by
virtue of his giddiness or frivolity.
quand, _conj._ when, if, even if.
quant (), _adv._ as for, as to.
quantit, _f._ quantity.
quarantaine, _f._ quarantine, about forty.
quarante, _card._ forty.
quarante-cinq, _card._ forty-five.
quarante-deux, _card._ forty-two.
quarante-sept, _card._ forty-seven.
quart, _m._ quarter; moins le --, a quarter to.
quartier, _m._ quarter, quarters, section, block (of stone, etc.);
Quartier Latin, Latin Quarter (on the left bank of the Seine in
Paris, in it are the University (Sorbonne) and the principal schools of
Paris).
quasi, _adv._ almost.
quasiment, _adv._ almost, as it were, a sort of.
quatorze, _card._ fourteen.
quatre, _card._ four; --  --, four (steps, etc.) at a time.
quatre-vingt-dix-neuf, _card._ ninety-nine.
quatre-vingts, _card._ eighty.
quatrime, _ord._ fourth.
que, _conj. and adv._ that, in order that, than, as, whether, why,
how, but (after a negative), let, see that (used also to avoid
repetition of a conjunction, then takes the meaning of the first
conjunction); ne ... --, only, but, except, what; c'est --,
introductory phrase, often better left untranslated, sometimes = it is
because, that is, but.
que, _rel. pr._ whom, which, what, ever; ce --, what, etc.;
ce -- c'est -- de, that is what it is to; je ne sais --, some
or other; qu'est-ce -- (c'est --) cela?, what is that?; ce --
de, how much; ce -- c'est que d'habiter, what a life one leads
in.
que, _int. pr._ what?; qu'est-ce --(qui)?, what?
quel, -le, _adj. pr. (rel. or int.)_ what, which, of what kind,
who; -- qu'il soit, whoever he may be.
quelconque, _indef. adj. pr._ whatever, whatsoever; un ... --,
some ... or other.
quelque, _indef. adj. pr._ some, a few (_pl._); -- ... que,
however; -- chose de brun, something dark.
quelquefois, _adv._ sometimes.
quelqu'un, -une, (quelques-uns, -unes, _pl.) indef. pr._ someone,
somebody.
querelle, _f._ quarrel.
quereller, _v._ to quarrel; se --, quarrel.
qurir, _v._ to look for, fetch (used only in infinitive after
aller, venir and envoyer).
question, _f._ question.
questionner, _v._ to question.
qutou, _m._ a dialectic word, translate: good-for-nothing pig
(used in central France).
queue, _f._ tail.
queuter, _v._ to cue, strike two billiard balls at once.
qui, _rel. pr._ who, which, what, whoever; ce --, who, which,
what, etc.; -- ... --, one ... another; de --, whose, etc.
qui, _int. pr._ who?, which?, what?
quinzaine, _f._ about fifteen, fortnight.
quinze, _card._ fifteen; -- jours, two weeks.
quitte, _adj._ quit, quits, free; il n'aurait pas t si
facilement -- avec, he would not have got off so easily with.
quitter, _v._ to quit, leave, lay aside, take off, let go; ne pas
-- des yeux, not to take the eyes off.
quoi, _int. and rel. pr._ what, which; de --, wherewith,
means, the wherewithal; -- que, whatever; je ne sais -- (de),
I don't know what, something;  -- bon?, what is the good of it?;
-- qu'il en soit (de), whatever may be, however it may be; sur
--, whereupon; -- que ce soit, anything whatsoever; comme
--, how.
quoique, _conj._ although.

R

rabattre, _v._ to put down, pull down, lower.
rabbin, _m._ rabbi.
rabougrir, _v._ to stunt.
raccommoder, _v._ to mend, repair.
race, _f._ race.
racine, _f._ root.
racler, _v._ to scrape.
raconter, _v._ to tell, tell of, relate, recount.
radeau, _m._ raft, float.
radieux, -euse, _adj._ radiant.
radoter, _v._ to talk nonsense, rlave, dote.
raffinement, _m._ refinement.
rafraichir, _v._ to refresh, freshen, cool, keep cool; se --,
refresh oneself, take some refreshments.
rage, _f._ rage.
rager, _v._ to rage, storm, be furious.
rageusement, _adv._ wrathfully, fretfully.
raide, _adj._ stiff, rigid, steep.
raideur, _f._ stiffness.
raie, _f._ line, streak, part (of the hair).
raillerie, _f._ raillery, mockery.
railleur, -euse, _adj._ bantering, jesting.
railway, _m._ railway (English).
raisin, _m._ grape, grapes.
raison, _f._ reason; rendre --, to give satisfaction.
raisonnable, _adj._ reasonable.
raisonnement, _m._ reasoning.
raisonner, _v._ to reason; raisonn, -e, reasoned, rational.
raisonneur, -euse, _m., f._ reasoner.
rajeunir, _v._ to rejuvenate, make young again.
ralentir, _v._ to slacken.
rallumer, _v._ to light again.
ramasser, _v._ to pick up, gather; ramass, -e, _adj._
thick-set, heavy.
rame, _f._ oar;  toutes rames, rowing at full speed.
rameau, _m._ bough, branch.
Rameau (Jean Phillippe), French composer and musical theorist (1683-1764).
ramener, _v._ to bring back, lead or draw back.
ramer, _v._ to row.
rampe, _f._ hand-rail, banister, railing.
ramper, _v._ to creep, crawl.
rang, _m._ rank, row.
range, _f._ row.
ranger, _v._ to range, arrange, draw up, put in order; se --,
draw up, draw aside; rang, -e, steady, settled.
ranimer, _v._ to reanimate, revive; se --, brighten up, be
revived.
Raoul, Ralph.
rp, -e, shabby.
rapetisser, _v._ to belittle.
rapide, _adj._ rapid, quick, swift, steep.
rapidement, _adv._ rapidly.
rapidit, _f._ rapidity.
rappeler, _v._ to recall, remind; se --, remember, recall.
rapport, _m._ report, relation; -- , on account of.
rapporter, _v._ to bring back or in, report; s'en -- , leave
the matter to.
rapprocher, _v._ to draw or bring near; se -- de, approach
again, draw near, be reconciled with.
rare, _adj._ rare, scarce, thin.
rarement, _adv._ rarely.
ras, -e, _adj._ closely cut, short-napped; au -- de, on a
level with (_s_ not pronounced).
raser, _v._ to shave, shave clean.
rasoir, _m._ razor.
rasseoir, _v._ to reseat; se --, sit down again.
rassurer, _v._ to reassure; se --, reassure oneself, be
reassured.
rat, _m._ rat.
rteau, _m._ rake.
rater, _v._ to miss, spoil.
Ratier, proper name, _cf._ ratier, -re, _adj._ rat-catching
(of a dog, etc.), whimsical.
ratisser, _v._ to rake.
rattacher, _v._ to tie again, attach, make one cling to; se
--, be attached.
rattraper, _v._ to catch again, regain.
rauque, _adj._ hoarse, harsh.
ravager, _v._ to ravage (with dissipation, etc.), lay waste, ruin.
ravin, _m._ ravine.
ravir, _v._ to ravish, enrapture, delight.
ravoir, _v._ to have again.
rayer, _v._ to stripe, streak.
rayon, _m._ ray, beam; -- de miel, honeycomb.
rayonnement, _m._ radiance, gleam.
raliser, _v._ to realize.
ralit, _f._ reality.
rebelle, _adj. and s._ rebellious, rebel.
rebondir, _v._ to rebound, jump back or again.
rebord, _m._ edge, ledge.
rception, _f._ reception.
recevoir, _v._ to receive.
rchapper, _v._ to escape again, escape; nous en sommes
rchapps, we have had a narrow escape.
rchauffer, _v._ to heat again, warm up, warm.
recherche, _f._ scarching, investigation, search.
rechercher, _v._ to search for again, seek again, search for, seek.
rcif, _m._ reef.
rcipient, _m._ recipient, receptacle.
rcit, _m._ recital, narration.
rciter, _v._ to recite.
rclamation, _f._ claim, complaint, protest.
rclamer, _v._ to reclaim, claim, protest.
recoin, _m._ recess, remote coner, nook.
rcolter, _v._ to harvest, collect.
recommandation, _f._ recommendation; lettre de --, letter of
introduction.
recommander, _v._ to recommend, commend, bid.
recommencer, _v._ to recommence, begin again.
rcompense, _f._ recompense, reward.
rcompenser, _v._ to reward.
reconduire, _v._ to reconduct, lead back, take back.
reconnaissance, _f._ gratitude, reconnoissance, reconnoitering
party.
reconnatre, _v._ to recognize, admit, realize, acknowledge; on ne
s'y reconnat plus, we don't know any longer where we are.
reconstituer, _v._ to reconstitute, recoup.
reconter, _v._ to tell again, retell.
recopier, _v._ to recopy.
recours, _m._ recourse.
recouvrer, _v._ to recover.
recouvrir, _v._ to cover again, cover.
recrutement, _m._ recruitment, recruiting.
recteur, _m._ rector, priest (used in latter sense in Brittany).
recueillement, _m._ meditation.
recueillir, _v._ to gather, collect; pick up, take in; se --,
collect one's thoughts, reflect; recueillez bien vos souvenirs, try
to remember.
reculer, _v._ to draw back, fall or go back, recoil; se --, go
back, recoil, draw back.
reculons (), _adv._ backwards.
redemander, _v._ to ask again, request the return of.
redescendre, _v._ to descend again, go down again.
redevenir, _v._ to become again.
redingote, _f._ frock-coat.
redoubler, _v._ to redouble, increase.
redoutable, _adj._ dreadful, formidable, terrible.
redoute, _f._ redoubt.
redouter, _v._ to dread.
redresser, _v._ to straighten, straighten up, erect again; se
--, draw oneself up, straighten up again.
rduire, _v._ to reduce, compel.
rduit, _m._ retreat, nook, small room (in garret, etc.).
rel, -le, _adj._ real.
rlection, _f._ relection.
rellement, _adv._ really.
refaire, _v._ to make again.
refermer, _v._ to close again, close or shut; se --, close
again; -- les verrous de, bolt again.
rflchir, _v._ to refiect; rflchi, -e, adj. thoughtful.
reflet, _m._ refiection (of light, etc.).
reflter, _v._ to refiect (light, etc.).
rflexion, _f._ rcflection; faire une --, to reflect; toute
-- faite, after thinking about it carefully.
reflux, _m._ ebb, ebbing tide (_x_ not pronounced).
reformer, _v._ to form again.
rformer, _v._ to reform, dismiss.
refroidir, _v._ to cool.
refuge, _m._ refuge, shelter.
refugier (se), _v._ to take refuge.
refus, _m._ refusal.
refuser, _v._ to refuse; se --, to refuse, deny oneself; s'y
--, refuse to do it.
regagner, _v._ to regain, go or get back to, win back.
rgalade, _f._ treat, treating.
rgaler, _v._ to regale, treat.
regaloper, _v._ to gallop again, trot around again (colloquial,
derived from galoper).
regard, _m._ glance, look, regard, eye.
regarder, _v._ to look at, look, regard, watch, concern, look out (for).
rgime, _m._ diet, rule, cluster (of fruit).
rgiment, _m._ regiment.
rgion, _f._ region.
rgional, -e, _adj._ regional, district, inter-departmental.
registre, _m._ register.
rgle, _f._ rule; en --, all right.
rgne, _m._ reign.
rgner, _v._ to reign.
regret, _m._ regret.
regretter, _v._ to regret.
rgulier, -re, _adj._ regular.
rgulirement, _adv._ regularly.
rehausser, _v._ to heighten, enhance, set off.
rein, _m._ kidney, back; autour des reins, around the waist;
les reins courbs, with back bent.
reine, _f._ queen.
rejeter, _v._ to throw back.
rejoindre, _v._ to rejoin, meet, join; se --, meet.
rjouir, _v._ to rejoice, cheer, delight; rjoui, -e,
delighted, beaming.
relayer, _v._ to relieve.
relev, _m._ course immediately following the soup.
relever, _v._ to lift again, raise, lift, turn back; se --,
raise oneself, rise again, stand up, get up again, rise.
relief, _m._ relief (projection).
religieusement, _adv._ religiously.
religieux, -euse, _adj._ religious.
religion, _f._ religion, piety.
relique, _f._ relic.
reluire, _v._ to shine, glisten.
remarquable, _adj._ remarkable.
remarque, _f._ remark.
remarquer, _v._ to remark, notice.
rembourrer, _v._ to stuff, pad.
remdier, _v._ to remedy, obviate.
remercier, _v._ to thank.
remettre, _v._ to put back, put on again, put again, deliver, give,
give over, recover; se --, put oneself back, give oneself over,
place oneself again, recover one's composure, make up; se -- ,
begin again; se -- avec, get back into the good graces of, "mldquo;make up
with."
remonter, _v._ to remount, go or come up again, go back, go up, get
in again.
remords, _m._ remorse.
remorque, _f._ towing, tow.
remorquer, _v._ to tow.
remous, _m._ eddy.
rempart, _m._ rampart, city wall.
remplacer, _v._ to replace.
remplir, _v._ to fill, fulfil; rempli, -e, filled, full.
remporter, _v._ to carry off or back.
remuer, _v._ to move, stir; se --, bestir oneself, stir, move
about, move; remuant, -e, stirring, busy.
renard, _m._ fox.
renchaner, _v._ to chain up again.
rencontre, _f._ meeting;  sa --, to meet him.
rencontrer, _v._ to meet; se --, meet, find.
rendez-vous, _m._ rendez-vous, appointment, meeting; se donner
--, to make an appointment, agree to meet.
rendormir, _v._ to put to sleep again; se --, go to sleep
again.
rendre, _v._ to render, give back, make, restore, depict; se
--, make or render oneself, surrender, betake oneself, go;
rendu,-e, rendered, knocked up, done for, "aldquo;all in."
renfermer, _v._ to shut up again, enclose, contain.
renfler, _v._ to swell; renfl, -e, swollen, bulging.
renfoncer, _v._ to plunge deeper, settle down.
renomm, -e, _adj._ renowned, noted.
renomme, _f._ renown, fame.
renoncer, _v._ to renounce, give up.
renouveler, _v._ to renew, repeat; -- l'air, ventilate; se
--, be renewed.
renseignement, _m._ information (also in _pl._); prendre des
renseignements, to make inquiries.
renseigner, _v._ to inform; se--, get information.
rente, _f._ income, annuity, income from government bonds or
stocks, etc.
renre, _f._ rentrance, return, return home.
rentrer, _v._ to renter, go back in, come in, return.
renverse ( la), _adv._ backward, on one's back.
renverser, _v._ to overturn, upset, throw over or back.
renvoyer, _v._ to send back or away, dismiss, reflect.
repatre, _v._ to feed; se -- de (avec), delight in.
rpandre, _v._ to scatter, spread; se --, spread, be spread,
be spread out, scatter, launch, burst.
reparatre, _v._ to reappear.
rparer, _v._ to repair, make amends for, recover from.
repartir, _v._ to set out again, start again, leave.
repas, _m._ repast, meal.
repasser, _v._ to pass again, repass, pass on, iron, strop,
sharpen.
repeindre, _v._ to repaint.
repentir (se), _v._ to repent; repentant, -e, repentant,
penitent; repentir, m. repentance.
rpter, _v._ to repeat.
replacer, _v._ to replace, put back.
replier, _v._ to fold again, fold, fall back; se --, fall
back, retreat.
rplique, _f._ reply.
rpliquer, _v._ to reply.
replonger (se), _v._ to replunge, jump back (in).
rpondre, _v._ to respond, answer, reply; -- de, answer for,
assure of.
rponse, _f._ response, answer, reply.
reporter, _v._ to carry or bring back.
repos, _m._ repose, rest.
reposer, _v._ to repose, rest; se --, rest.
repousser, _v._ to push back, repulse; repoussant, -e, adj.
repulsive.
reprendre, _v._ to take again, get again, take on again, take up,
take to, continue, catch again, take back, regain, reply, resume.
reprsaille, _f._ retaliation, reprisal; _pl._ reprisal.
reprsenter, _v._ to represent, give; se --, represent
oneself, picture to oneself, imagine.
reprise, _f._ retaking, darn;  plusieurs reprises, several
times.
reproduire, _v._ to reproduce; se --, be reproduced.
rpublique, _f._ republic.
rpugnance, _f._ repugnance.
rputation, _f._ reputation.
requin, _m._ shark (applied also to a predatory or voracious
person).
rserve, _f._ reserve.
rserver, _v._ to reserve; se -- de, reserve the right to.
rsignation, _f._ resignation.
rsigner, _v._ to resign.
rsistance, _f._ resistance.
rsister, _v._ to resist, withstand.
rsolu, _see_ rsoudre.
rsolument, _adv._ resolutely.
rsolution, _f._ resolution.
rsonner, _v._ to resound.
rsoudre, _v._ to resolve, solve; rsolu, -e, resolved,
resolute.
respect, _m._ respect (now usually pronounced _respek_).
respectable, _adj._ respectable, venerable.
respecter, _v._ to respect.
respectueux, -euse, _adj._ respectful.
respirer, _v._ to breathe, inhale.
resplendir, _v._ to be resplendent; resplendissant, -e,
resplendent.
responsable, _adj._ responsible.
ressaisir, _v._ to seize or take hold of again (in this word and in
all the words to and including ressouvenir _re_ is pronounced as in
retenir).
ressasser, _v._ to resift, rexamine.
ressemblance, _f._ resemblance.
ressembler, _v._ to resemble.
ressentir, _v._ to feel again, feel, experience.
ressort, _m._ spring.
ressortir, _v._ to go or corne out again, stand out (in contrast).
ressource, _f._ resource.
ressouvenir (se), _v._ to remember again.
restaurant, _m._ restaurant.
restaurer, _v._ to restore.
reste, _m._ rest, remains, trace; du (de) --, au --, for the
rest, besides; ils ne sont pas beaux de reste, they are not any too
good.
rester, _v._ to remain, stay, stand; -- l, remain there or
unchanged.
rsultat, _m._ result.
rtablir, _v._ to restablish; le silence s'tait rtabli, it
had become silent again.
retaper, _v._ to make over or up.
retard, _m._ delay; en --, late.
retenir, _v._ to retain, hold back, hold, keep, restrain.
retentir, _v._ to resound, ring out.
Rethel, town in northeastern France (department of Ardennes); it
was captured in 1650 under Louis XIV, also by the duke de Guise in 1611
(minority of Louis XIII, not under Henri IV as stated by de Maupassant).
retirer, _v._ to retire, draw back, take off or from, get, draw
out; se --, retire, withdraw.
retomber, _v._ to fall again, fall back, relapse.
retour, _m._ return.
retourner, _v._ to go back, return, turn around, turn over again or
inside out, turn over, turn; se --, turn around or over; s'en
--, return, go back; voir de quoi il retourne, to see how the
land lies, get at the truth.
retracer, _v._ to retrace, sketch, lay out.
retraite, _f._ retreat, retirement, tattoo; battre en --, to
beat a retreat.
rtribuer, _v._ to remunerate, give a salary to.
retrousser (se), _v._ to turn up.
retrouver, _v._ to find again; se --, find oneself again, be
found again, meet again.
runion, _f._ reunion, meeting, gathering.
runir, _v._ to reunite, bring together, collect; se --, meet.
russir, _v._ to succeed (in or with).
revaloir, _v._ to pay back.
revanche, _f._ revenge.
rve, _m._ dream.
rveil, _m._ awakening.
rveiller, _v._ to awaken; se --, awaken.
rveillon, _m._ midnight feast, supper (on Christmas Eve, etc.).
rvlateur, -trice, _adj. and s._ revealing, tell-tale, revealer.
rvlation, _f._ revelation.
rvler, _v._ to reveal.
revenir, _v._ to come back; return, recover, be due; -- sur ses
pas, retrace one's steps; revenu  lui, having recovered his
self-possession, having become himself again.
rver, _v._ to dream, dream of.
rverbration, _f._ reflection.
rverbre, _m._ reflector, street-lamp.
rvrence, _f._ reverence, bow, curtsy.
rverie, _f._ revery, dreaming.
revers, _m._ reverse, facing (of cloth), back stroke (from left to
right), back.
revtir, _v._ to reclothe, put on, cover.
rveur, -euse, _adj. and s._ dreaming, dreamy, dreamer.
revivre, _v._ to revive, come to life again, live again.
revoir, _v._ to see again; au --, good-by (till next meeting).
rvolution, _f._ revolution.
revolver, _m._ revolver (pronounced: rvolver).
rvoquer, _v._ to revoke, recall.
revue, _f._ review.
rez-de-chausse, _m._ ground floor (first syllable is pronounced
_r_).
Rhin, _m._ Rhine.
rhingrave, _f._ wide breeches (of the 17th century).
riboter, _v._ to go on a spree.
ricaner, _v._ to sneer, chuckle.
richard, _m._ rich fellow (familiar).
riche, _adj. and s._ rich, rich person.
richement, _adv._ richly.
richesse, _f._ wealth, riches (also in _pl._).
richissime, _adj._ excessively rich (familiar).
ride, _f._ wrinkle, ripple.
rideau, _m._ curtain.
rider, _v._ to wrinkle.
ridicule, _adj. and m._ ridiculous, ridicule.
rien, _m._ nothing, anything; ne ... --, nothing; -- que,
only, merely; -- de bon, nothing good; -- de temps, no time;
a ne fait --, that makes no difference; -- autre chose que,
nothing but.
rigoler, _v._ to be very much amused, split one's sides (familiar).
rigueur, _f._ rigor; tenir -- , to treat coldly, refuse to
come to.
rime, _f._ rime.
rimer, _v._ to rime.
rin, dialectic for rien.
riole, _f._ debauch (obsolescent).
riposter, _v._ to reply (sharply).
rire, _v._ to laugh; donner  -- , make laugh; _m._ laughter,
laugh; -- , smile upon; -- aux clats, burst out laughing.
risible, _adj._ laughable.
risque, _m._ risk.
risquer, _v._ to risk.
rite, _m._ rite.
rivage, _m._ shore, beach.
rival, -e, _adj. and s._ rival.
rivaliser, _v._ to rival.
rive, _f._ bank (of a stream).
river, _v._ to rivet.
rivire, _f._ river.
robe, _f._ robe, dress, gown, frock.
robinet, _m._ faucet, spigot.
roc, _m._ rock (mass of rock still in the earth).
roche, _f._ rock.
Roche-Oysel, an imaginary town (=Bird-Rock).
rocher, _m._ rock, cliff.
rder, _v._ to roam, prowl.
rdeur, _m._ prowler.
roi, _m._ king.
roidir, _v._ to stiffen, tighten.
rle, _m._ rle, part;  tour de --, in turn.
romain, -e, _adj. and s._ Roman (written Romain when _s._).
roman, _m._ novel, story.
roman, -e, _adj._ Romance (belonging to the Latin languages).
romanesque, _adj._ romanesque, fantastic, romantic.
rompre, _v._ to break, rupture, rend; se --, be broken, break.
ronce, _f._ bramble, briar.
rond, -e, _adj. and m._ round; -- de cuir, round leather cushion.
ronde, _f._ round.
rondin, _m._ billet, round log.
ronflement, _m._ snoring, snore, humming, roar, roaring, whir.
ronfler, _v._ to snore, roar, snort.
ronger, _v._ to gnaw, eat away or out.
roquefort, _m._ roquefort cheese (made in Roquefort in
south-western France, department of Landes).
rose, _f._ rose; _adj._ pink.
roseau, _m._ reed.
rossignol, _m._ nightingale.
Rth, proper name; _cf. roth_ or _rot_, red, in German.
rtir, _v_. to roast.
roue, _f._ wheel.
rouet, _m._ spinning-wheel.
rouge, _adj. and m._ red, red-hot, redness, blush, rouge.
rougeur, _f._ glow, blush.
rougir, _v._ to redden, blush.
rouiller, _v._ to rust; se --, get rusty.
roulage, _m._ cartage; voiture de --, wagon.
rouleau, _m._ roll, stack, roller.
roulement, _m._ rolling, rumbling, beating (of a drum).
rouler, _v._ to roll, roll up or about, turn on or over, turn; se
--, roll oneself, roll about; -- sur, roll on, deal with.
roulette, _f._ roller, little wheel, roulette.
Roumanille (Joseph), Provenal writer and poet, one of the founders of
the brotherhood known as les Flibres consisting at first of seven
modern Provenal poets including Mistral (1818-1891).
roussin, _m._ steed, stallion.
route, _f._ route, way, highway, road; en --, on the way.
roux, rousse, _adj._ russet, reddish brown.
royal, -e, _adj._ royal; Place Royale, square in eastern section of
Paris, now called Place des Vosges, before the French Revolution it was a
center of fashion.
ruban, _m._ ribbon.
ruche, _f._ hive.
rude, _adj._ rude, rough; -- partie, great game.
rudement, _adv._ rudely, roughly, terribly.
rudesse, _f._ roughness.
rue, _f._ street.
ruelle, _f._ alley.
ruer, _v._ to throw, cast; se --, throw oneself, rush, dash.
rugir, _v._ to roar.
ruine, _f._ ruin.
ruiner, _v._ to ruin.
ruisseau, _m._ small stream, gutter.
ruisseler, _v._ to drip, trickle.
rumeur, _f._ rumor, murmur, uproar, noise.
ruse, _f._ ruse, trick.
rus, -e, _adj._ crafty, tricky, cunning.
russe, _adj. and s._ Russian (written Russe when _s._).
Russie, _f._ Russia.

S

s', _see_ se or si.
sa, _see_ son.
Sadi, Sadi, celebrated Persian poet, _see_ also Gulistan
(c. 1190-1291).
Saar, _f._ Saar (Alsatian river).
sabir, _m._ mixture of Arabic, French, Spanish and Italian spoken
in the Levant, jargon.
sable, _m._ sand.
sablonneux, -euse, _adj._ sandy.
sabot, _m._ wooden shoe, hoof.
sabre, _m._ saber.
sac, _m._ sack, bag.
sachet, _m._ sachet, scent-bag.
sacrer, _v._ to consecrate.
sacrificateur, _m._ priest, high priest (Jewish).
sacrifier, _v._ to sacrifice.
sacrilge, _m._ sacrilege.
sacristain, _m._ sacristan, sexton.
sage, _adj._ good, well-behaved, wise.
sage-femme, _f._ midwife.
saigner, _v._ to bleed; -- du nez, have the nosebleed.
sain, -e, _adj._ healthy, sound.
saint, -e, _adj. and s._ saintly, holy, sacred, saint.
Saint-Christophe, Saint Christopher (name of a church and street in
Heidelberg).
Saint-Cloud, town on the Seine, a western suburb of Paris.
Saint-Nazaire, city and port at the mouth of the Loire.
sainte-nitouche, _f._ sanctimonious person, one who affects an
innocent air.
Saint-Paul (htel), former residence of Charles V in the
Saint-Antoine quarter of Paris.
Saint-Pierre (le de), island in the Swiss Lake of Bienne (Rousseau
tried to take refuge here in 1765).
Saint-Vincent, name of a footbridge over the Sane in Lyons.
saisir, _v._ to seize, catch, grasp.
saisissement, m. shock.
saison, _f._ season; marchand des quatre saisons,
costermonger, huckster.
salade, _f._ salad.
salant, -e, _adj._ salt.
sale, _adj._ dirty, nasty.
sal, -e, _adj._ salt, spicy.
salive, _f._ saliva.
salle, _f._ hall, room, office; -- de police, guard-room; --
 manger, dining-room; -- de jeu, gambling-room.
salon, _m._ drawing-room, reception-room.
saltimbanque, _m._ mountebank, juggler, street actor.
saluer, _v._ to bow to, bow, greet, salute.
salut, _m._ salutation, bow, safety, salvation.
samedi, _m._ Saturday.
sandale, _f._ sandal.
sang, _m._ blood.
sang-froid, _m._ coolness.
sanglant, -e, _adj._ bloody.
sanglot, _m._ sob.
sangloter, _v._ to sob.
sanguinaire, _adj._ sanguinary, bloodthirsty.
sans, _prep._ without, except for, had it not been for; --
que, _conj._ without.
sant, _f._ health.
Sane, _f._ Sane (river flowing into the Rhone at Lyons; _a_ not
pronounced).
saoul, -e, _adj._ drunk (also written _sol_; pronounced: _sou_).
sapas, _m._ a slang word, translate: greedy-gut.
sapin, _m._ fir-tree, spruce.
sarcastique, _adj._ sarcastic.
Sardaigne, _f._ Sardinia (the ltalian island).
sarde, _adj._ Sardinian.
sardine, _f._ sardine.
sarrasin, -e, _adj. and s._ Saracenic, Saracen (written
Sarrasin when _s._).
sarrasin, _m._ buckwheat.
satan, _m._ Satan, evil genius.
satin, _m._ satin.
satisfaction, _f._ satisfaction.
satisfaire, _v._ to satisfy.
saucisse, _f._ Balisage.
saucisson, _m._ Balisage (large).
sauf, sauve, _adj._ safe.
saumtre, _adj._ briny, brackish.
saumure, _f._ brine.
saut, _m._ leap.
sauter, _v._ to jump, leap, skip, leap over, pop, be broken (bank);
-- sur les sabres, leap to draw the sabers; -- au cou de, fall
on the neck of.
sautiller, _v._ to hop, skip, leap.
sautoir, _m._ Saint Andrew's cross; en --, cross-wise, across
the shoulders.
sauvage, _adj. and s._ wild, savage.
sauvagerie, _f._ shyness.
sauver, _v._ to save; se --, save oneself, run away.
sauvetage, _m._ rescue; bateau de --, life-boat.
sauveur, _m._ savior.
savane, _f._ savannah, prairie.
savate, _f._ old shoe.
Savenay, village in the department of Loire-Infrieure.
savoir, _v._ to know, know how, know to be, find out, can; -- gr
, thank; on ne sait comment, somehow or other; je ne sais
quel, I do not know what, some; je ne sais plus quel, I have
forgotten what; est-ce que je sais?, do I know, "aldquo;and a lot of other
things," etc.
savourer, _v._ to savor, relish.
savoureux, -euse, _adj._ savory.
scandale, _m._ scandal.
scandaleux, -euse, _adj._ scandalous, shameful.
scandaliser, _v._ to scandalize.
sclrat, -e, _adj. and s._ wicked, heinous, villain, wretch, rascal.
scell, _m._ seal; mettre les scells, to geal up (the possessions
of a debtor).
sceller, _v._ to seal, make fast.
scne, _f._ scene.
sceptique, _adj. and s._ skeptical, skeptic.
schako, _m._ shako (military cap resembling a truncated cone
and having a plume or pompon, now little used in the French army).
scier, _v._ to saw.
scintiller, _v._ to scintillate, twinkle, sparkle.
scorpion, _m._ scorpion.
scrupule, _m._ scruple.
sculpter, _v._ to sculpture, carve, engrave (_p_ not pronounced).
sculpture, _f._ sculpture, carving (_p_ not pronounced).
se (s'), _refl. pr._ himself, herself, itself, themselves, etc.
seau, _m._ pail, bucket.
sec, sche, _adj. and s._ dry, dried up, skinny, keen, sharp, curt,
harsh, dried up fellow.
schement, _adv._ dryly, curtly.
scher, _v._ to dry.
scheresse, _f._ dryness, harshness, lack of feeling.
second, -e, _adj._ second (_c_ pronounced as _g_).
seconde, _f._ second (_c_ pronounced as _g_).
secouer, _v._ to shake, shake off.
secourable, _adj._ helpful; -- pour, willing to help.
secourir, _v._ to succor, aid, help.
secours, _m._ succor, aid, help, assistance; au --!, help!
secousse, _f._ shake, shaking, shock.
secret, -te, _adj. and m._ secret.
secrtaire, _m._ secretary, clerk, writing-desk.
sculaire, _adj._ secular, a hundred years old, venerable.
sduire, _v._ to seduce, attract, lead astray, be attractive;
sduisant, -e, seductive, attractive.
seigneur, _m._ lord; le Seigneur, the Lord.
seigneurial, -e, _adj._ seigniorial, lordly.
sein, _m._ breast, bosom.
Seine, _f._ Seine.
seize, _card._ sixteen.
sjour, _m._ sojourn, star, visit, staying.
sel, _m._ salt.
slam, _m._ Oriental name for a bouquet of flowers expressing a
thought (of love); derived from Arabic salam, salutation (_m_
pronounced).
selle, _f._ saddle.
selon, _prep._ according to; -- que, according as.
Seltz, Seltzer (town in Hesse); eau de --, Seltzer-water.
semaine, _f._ week.
semaison, _f._ seed-time, natural sowing of seeds by the plants
themselves (obsolescent).
semblable, _adj._ similar, like, of this kind.
sembler, _v._ to seem.
semelle, _f._ sole (shoe); battre la --, to tramp.
semer, _v._ to sow, strew.
smillant, -e, _adj._ frisky.
sens, _m._ sense, direction (final s not pronounced).
sensation, _f._ sensation.
sensibilit, _f._ sensitiveness, feeling.
sensible, _adj._ sensitive.
sensiblement, _adv._ perceptibly, sensibly.
sentence, _f._ maxim, saying.
senteur, _f._ odor, fragrance, perfume.
sentier, _m._ path.
sentiment, _m._ sentiment, feeling.
sentimental, -e, _adj._ sentimental.
sentinelle, _f._ sentinel.
sentir, _v._ to feel, perceive, smell, smell of; se --, feel
oneself, feel that one has or is, feel; --  plein nez, fill the
nose with odors of, reek with.
sparer, _v._ to separate; se --, be separated, separate.
sept, _card._ seven (_p_ not pronounced).
septembre, _m._ September.
srail, _m._ seraglio.
serein, -e, _adj._ serene, calm.
serge, _f._ serge.
sergent, _m._ sergeant.
sergot, _m._ "cldquo;cop" (slang).
srieusement, _adv._ seriously.
srieux, -euse, _adj._ serious.
serment, _m._ oath.
serpent, _m._ serpent.
serrer, _v._ to tighten, squeeze, press, clench, grip, keep, fit
tight on, draw tight, shake (hands); se -- le coeur, be or
make heart-sick; serr, -e, tight, close, compact, dense, pressed;
avoir le coeur serr, be heavy-hearted.
serrure, _f._ lock.
servante, _f._ maid-servant.
service, _m._ service, commission; pour votre --, to serve
you; faire le -- de, run to.
serviette, _f._ napkin, towel, portfolio.
servir, _v._ to serve, be of use; se -- de, make use of, use;
-- de, serve as; pour vous --, at your service.
serviteur, _m._ servant.
ses, _see_ son.
seuil, _m._ threshold.
seul, -e, _adj._ alone, single.
seulement, _adv._ only, even.
svre, _adj._ severe.
svrit, _f._ severity; avec --, sternly.
si, _conj. and adv._ if, to see if, whether, what if, so, yes
(contradiction), you ask if; -- a se peut, the idea of asking
whether that's possible.
sicle, _m._ century.
sige, _m._ seat, siege.
siger, _v._ to sit (of assemblies, etc.).
sien, -ne, _adj. pr._ (usually with le), his, hers, its, his
own, etc.; les siens, his people or family, etc.
sifflement, _m._ whistling.
siffler, _v._ to whistle, hiss.
sifflet, _m._ whistle; coup de --, whistle.
signalement, _m._ description.
signaler, _v._ to signal, call to one's attention.
signature, _f._ signature.
signe, _m._ sign; faire --, to make a sign, beckon.
signer, _v._ to sign.
significatif,-ive, _adj._ significant.
signifier, _v._ to signify.
silence, _m._ silence; garder le --, to keep silent.
silencieusement, _adv._ silently.
silencieux, -euse, _adj._ silent.
silhouette, _f._ silhouette (drawing representing a profile traced
by means of a shadow), outline.
sillon, _m._ furrow.
sillonner, _v._ to furrow.
Simon, Simon.
simple, _adj._ simple, mere, only; -- soldat, private.
simplement, _adv._ simply, merely.
simuler, _v._ to feign, simulate, take on the appearance of.
simultanment, _adv._ simultaneously.
sincre, _adj._ sincere.
sincrement, _adv._ sincerely.
sincrit, _f._ sincerity.
singe, _m._ monkey, ape (applied to a disagreeable person, =
"bldquo;bear").
singulier, -re, _adj._ singular, peculiar, odd.
singulirement, _adv._ singularly.
sinistre, _adj. and m._ sinister, accident.
sinon, _conj._ if not, except.
siphon, _m._ siphon.
siphode, _adj._ in the form of a siphon, siphonal.
sir, _m._ Sir (English title).
site, _m._ site, spot.
sitt, _adv._ so soon, as soon as; -- que, _conj._ as soon as.
situation, _f._ situation, state.
situer, _v._ to place; situ, -e, situated.
six, _card._ six; tous les --, all six (_x_ pronounced as
_s_).
sixime, _ord._ sixth (_x_ pronounced as _z_).
Skouliani, Skuleni (town on the Russo-Rumanian frontier).
snobisme, _m._ snobbishness, snobbism.
sobrit, _f._ sobriety.
social, -e, _adj._ social.
socit, _f._ society, company.
soeur, _f._ sister.
sofa, _m._ sofa.
soi, _refl. pr._ oneself, itself (indefinite).
soie, _f._ silk.
soierie, _f._ silk-trade; _pl._ silks.
soif, _f._ thirst.
soigneusement, _adv._ carefully.
soigneux, -euse, _adj._ careful.
soi-mme, _refl. pr._ oneself (indefinite).
soin, _m._ care, attention; _pl._ care, attentions, aid.
soir, _m._ evening; le --, the evening, in the evening; hier
au --, yesterday evening.
soire, _f._ evening, evening entertainment.
soit, _adv._ be it so, so be it, whether; -- que ... -- que,
either because ... or because.
soixante, _card._ sixty (_x_ pronounced as _s_).
soixante-douze, _card._ seventy-two.
soixante-huit, _card._ sixty-eight.
sol, _m._ soil, ground, floor.
soldat, _m._ soldier.
Soldatenthal, town in the former French department of Meurthe.
solde, _f._ soldier's pay.
soleil, _m._ sun, sunlight.
solennellement, _adv._ solemnly (_len_ pronounced: _lan_).
solide, _adj._ strong, steady, firm.
solitude, _f._ solitude.
solive, _f._ rafter, joist.
solliciter, _v._ to solicit, ask for.
solliciteur, -euse, _m., f._ solicitor, solicitress, one who asks
assistance.
sollicitude, _f._ solicitude.
solo, _m._ solo.
sombre, _adj._ somber, dark, gloomy.
somme, _f._ sum.
somme, _m._ nap.
sommeil, _m._ sleep.
sommeiller, _v._ to slumber, doze.
sommer, _v._ to summon, call upon.
somnambule, _adj. and s._ somnambulic, somnambulist.
somnoler, _v._ to be overcome with sleep, drowse.
somptueux, -euse, _adj._ sumptuous.
son, _m._ sound.
son, sa (ses, _pl.), poss. adj. pr._ his, her, its.
songe, _m._ dream, illusion.
songer, _v._ to dream, muse; think; mais songez, but just
think.
songeur, -euse, _adj._ dreamy, thoughtful.
sonner, _v._ to ring, ring out or for, strike.
sonnette, _f._ small tell; coup de --, ring; donner un coup
de --, to ring.
sonore, _adj._ sonorous.
sorbet, _m._ sherbet.
sordide, _adj._ sordid, dirty, filthy.
sornette, _f._ idle story, nonsense.
sort, _m._ lot, fate; le -- en est jet, the die is cast.
sorte, _f._ sort, kind; en quelque --, in some way, in a way;
en -- que, _conj._ so that.
sortie, _f._ going out, exit, egress, release, departure.
sortir, _v._ to go out, come out, get out, stick out, put or take
or be out, leave, project, graduate.
sot, -te,_ adj. and s._ foolish, stupid, fool.
sottise, _f._ foolishness, foolish act or remark, stupidity; avoir
la -- de, to be foolish enough to.
sou, _m._ sou, cent; gros --, two cent piece; cent sous,
five francs, dollar (familiar); une pice de vingt sous, a franc.
souche, _f._ stump, log.
souci, _m._ care, anxiety, concern.
soucier, _v._ to disturb; se --, care, be concerned.
soucieux, -euse, _adj._ anxious, care-worn.
soucoupe, _f._ saucer.
soudain, -e, _adj._ and adv. sudden, suddenly.
soude, _f._ soda.
souder, _v._ to solder, weld.
souffle, _m._ breath, breathing.
souffler, _v._ to blow, blow out or up, breathe, puff.
soufflet, _m._ bellows, box (on the ear).
souffleter, _v._ to buffet.
souffrance, _f._ suffering.
souffrir, _v._ to suffer; souffrant, -e, _adj._ ill.
soufre, _m._ sulphur.
souhait, _m._ wish;  --, as one would wish.
souhaiter, _v._ to wish.
souiller, _v._ to soil, sully.
soulagement, _m._ relief.
soulager, _v._ to relieve.
soulever, _v._ to raise, lift; se --, raise oneself, rise.
soulier, _m._ low shoe.
soulot, _m._ drunk (slang).
soumettre, _v._ to submit, subject; soumis, -e, _adj._
submissive.
soupon, _m._ suspicion.
souponner, _v._ to suspect.
soupe, _f._ soup.
soupente, _f._ loft, garret.
souper, _v._ to take supper, eat supper; _m._ supper.
soupir, _m._ sigh.
soupirail, _m._ air-hole, venthole, cellar window.
soupirer, _v._ to sigh.
souple, _adj._ supple.
souplesse, _f._ suppleness, flexibility.
source, _f._ source, spring.
sourcil, _m._ eye-brow.
sourd, -e, _adj._ deaf, muffied, dull, hollow.
sourire, _v._ to smile; _m._ smile.
souris, _f._ mouse.
sournois, -e, _adj._ sly, cunning.
sous, _prep._ under, beneath, in; -- votre respect, save your
respect.
sous-commission, _f._ sub-committee.
sous-lieutenant, _m._ second lieutenant.
sous-officier, _m._ non-commissioned officer.
sous-prfet, _m._ sub-prefect (head of an arrondissement).
sous-prfecture, _f._ sub-prefecture (house, function, district,
etc., of a sub-prefect).
soutache, _f._ braid (narrow).
soutane, _f._ cassock.
soutenir, _v._ to sustain, bear, maintain, support, keep up.
souterrain, -e, _adj. and m._ subterranean, subterranean passage,
tunnel.
soutien, _m._ support, prop, defender.
souvenir (se), _v._ to remember; il vous en souvient, you
remember it; _m._ memory, recollection, remembrance, souvenir.
souvent, _adv._ often.
Spandau, city and fortress near Berlin.
spasme, _m._ spasm.
spcial, -e, _adj._ special.
spectacle, _m._ spectacle, show, play, display, sight.
spculer, _v._ to speculate.
squelette, _m._ skeleton.
stalactite, _f._ stalactite.
staroste, _m._ starost (Polish nobleman, or in Russia = bailiff,
head of a commune).
station, _f._ stop, station, stand.
statue, _f._ statue.
stature, _f._ stature.
steppe, _m. or f._ steppe (great treeless tract in Russia and
Siberia).
strotyper, _v._ to stereotype;
strotyp, _m._ stereotyped character.
stoque, _adj._ stoic.
stratagme, _m._ stratagem.
strident, -e, _adj._ strident, shrill.
stupfaction, _f._ stupefaction.
stupfait, -e, _adj._ stupefied, astonished.
stupeur, _f._ stupor.
stupide, _adj._ stupid, stupefied.
suave, _adj._ suave, sweet, gentle.
subir, _v._ to undergo.
subit, -e, _adj._ sudden.
subitement, _adv._ suddenly.
sublime, _adj._ sublime.
succder, _v._ to succeed, follow.
succs, _m._ success.
sucre, _m._ sugar; -- en poudre, powdered sugar.
sucrer, _v._ to sugar, sweeten; sucr, -e, _adj._ sweet.
sucrerie, _f._ sugar-refinery; _pl._ sweetmeats, candy.
sud, _m._ south (_d_ pronounced).
suer, _v._ to sweat.
sueur, _f._ sweat.
suffire, _v._ to suffice, be enough; suffisant, -e, sufficient.
suffoquer, _v._ to suffocate, choke.
suggestion, _f._ suggestion.
suif, _m._ tallow.
suiffeux, _m._ fat and greasy fellow (slang, derived from
suif); gros --  ne rien faire, big fat good-for-nothing.
Suisse, _f. and adj._ Switzerland, Swiss (written suisse when
_adj._).
suite, _f._ following, retinue, succession, result, rest; tout de
--, immediately; par --, in consequence; par -- de,
because of;  la -- (de), after, behind; de --, in succession.
suivre, _v._ to follow, study.
sujet, _m._ subject; au -- de, about.
sultan, -e, _m., f._ sultan, sultana.
superbe, _adj._ superb, splendid.
suprieur, -e, _adj._ superior, upper.
superstitieux, -euse, _adj._ superstitious (second _ti_ pronounced
as _ci_).
superstition, _f._ superstition.
supplication, _f._ supplication, entreaty.
supplier, _v._ to supplicate, beg.
supporter, _v._ to support, tolerate.
supposer, _v._ to suppose, suggest.
supposition, _f._ supposition.
suprme, _adj._ supreme, last.
sur, _prep._ on, upon, over, near, about, toward, to; prendre
--, to take from; -- -le-champ, at once, on the spot; sauter
-- ses pieds, to leap to his feet; rouler -- l'or, roll in
money.
sr, -e, _adj._ sure, certain; pour -- (que), surely.
surann, -e, _adj._ superannuated, antiquated.
sret, _f._ safety.
surexciter, _v._ to overexcite.
surface, _f._ surface.
surgir, _v._ to rise, spring up.
surhumain, -e, _adj._ superhuman.
surmonter, _v._ to surmount.
surnaturel, -le, _adj._ supernatural.
surnumraire, _m._ supernumerary, one not yet receiving a salary.
surpasser, _v._ to surpass.
surplis, _m._ surplice (outer white garment of the clergy).
surplus, _m._ surplus; au --, moreover, besides, however.
surprendre, _v._ to surprise, take by surprise.
surprise, _f._ surprise.
sursaut, _m._ start, shock; en --, with a start.
surtout, _adv._ above all, especially.
surveillant, -e, _m., f._ watcher, watchman, guard, guardian.
surveiller, _v._ to watch.
survenir, _v._ to come on or up unexpectedly.
survivant, _m._ survivor.
suspect, -e, _adj._ suspicions, suspected (_ct_ pronounced).
suspendre, _v._ to suspend, hang.
syllabe, _f._ syllable.
symbolique, _adj._ symbolic.
symtriquement, _adv._ symmetrically.
sympathie, _f._ sympathy.
sympathiser, _v._ to sympathize.
symptme, _m._ symptom.
systme, _m._ system.

T

t', _see_ te.
ta, _see_ ton.
tabac, _m._ tobacco (_c_ not pronounced).
tabatire, _f._ snuff-box.
table, _f._ table.
tableau, _m._ picture, diagram.
tableau, scene, board.
tablette, _f._ tablet, shelf.
tablier, _m._ apron.
tache, _f._ stain, spot, taint.
tche, _f._ task.
tacher, _v._ to stain.
tcher, _v._ to try.
taciturnit, _f._ taciturnity.
taffetas, _m._ taffeta (formerly a heavy silk, now a thin, glossy
silk; _s_ not pronounced).
taille, _f._ cut, figure, size, waist.
tailler, _v._ to cut, cut out, carve; at faro: to hold the cards
and play alone against all, deal.
taire, _v._ to suppress, keep quiet; se --, be or become
silent, keep quiet.
talent, _m._ talent.
talonner, _v._ to be close on the heels of.
talus, _m._ embankment, bank, slope (_s_ not pronounced).
tambour, _m._ drum, drummer.
tan, _m._ tan (bark).
tandis, _adv._ meanwhile; -- que, _conj._ whereas, white.
tanire, _f._ den, lair.
tanner, _v._ to tan.
tanneur, _m._ tanner.
tant, _adv._ so much, so many; -- que, conj. so long as, as
much as, so much, as many; -- bien que mal, as well as possible,
fairly well.
tante, _f._ aunt.
tantt, _adv._ soon, a little ago, before long, just now; -- ...
--, now ... now.
tapage, _m._ uproar, noise, disturbance.
tapageur, -euse, _adj. and s._ roistering, noisy, uproarious,
riotous, brawler, roisterer, noisy fellow.
tape, _f._ rap, slap.
taper, _v._ to slap, strike, stamp; -- de l'oeil, drop off
(asleep).
tapir (se), _v._ to crouch; tapi, -e, crouching.
tapis, _m._ carpet, rug, table-cover, cloth; -- vert, green baize
(of the table).
tarabuca, _f._ used by Gautier as the name of an Arab air, probably
erroneously derived from darabukke (Arahic), a kind of tambourine or
hand-drum.
Tarascon, town on the Rhone, north of Arles.
Tarbes, town in the department of Hautes-Pyrnes.
tard, _adv._ late.
tarder, _v._ to be late, be slow in, be long in; il lui tardait de,
he was anxious to.
tardif, -ive, _adj._ tardy.
tarir, _v._ to dry up, exhaust; ne point -- en, never get
tired making.
tas, _m._ pile, heap.
tasse, _f._ cup.
tter, _v._ to feel, feel of.
ttons (), _adv._ groping, feeling one's way.
taudis, _m._ hovel, dirty hale.
te, _conj. pr._ (familiar), you, to you (occasionally: thee, to
thee).
Te Deum, _m._ Te Deum (a hymn sung as a service of thanksgiving;
pronounced as in Latin).
teigneux, -euse, _adj._ scurvy.
teindre, _v._ to dye.
teint, _m._ dye, tint, complexion.
teinte, _f._ tint, tinge, hue, coloring.
tel, -le, _adj._ such; un --, such a, such and such a one, so
and so; connu pour --, known as such, known to be so.
tlphoner, _v._ to telephone.
tellement, _adv._ so, to such a degree.
tmraire, _adj._ rash.
tmoigner, _v._ to witness, show.
tmoin, _m._ witness.
tempe, _f._ temple (of the head).
tempte, _f._ tempest.
temps, _m._ time, weather; dans le --, in former times; dans
les premiers --, at first (pronounced as the adverb tant).
tendon, _m._ tendon, sinew.
tendre, _adj._ tender.
tendre, _v._ to stretch, stretch out, extend, band, bang, drape;
-- l'oreille, listen intently.
tendrement, _adv._ tenderly.
tendresse, _f._ tenderness, fondness, affection.
tnbres, _f. pl._ darkness.
tenir, _v._ to hold, keep, get, keep to, stick to, be contained in;
tiens!, tenez!, wait!, see!, there!, here!, ah!; -- , insist
on, be attached to, cling to, cherish, be anxious about, deliver (a
speech) to; -- dans, hold in, be contained in; il n'y tint
plus, he could not stand it any longer; se --, remain, keep,
stand, be; je ne (me) tiens plus sur mes jambes, I cannot stand up
any longer; faire -- , have sent to.
tentation, _f._ temptation.
tentative, _f._ attempt.
tenter, _v._ to tempt, attempt.
tenue, _f._ bearing, carriage, dress, full dress, form, formality;
en grande --, in full dress; -- de soire, evening clothes.
terme, _m._ term, expression.
terminer, _v._ to termina to, end, finish; se --, end, etc.
terne, _adj._ dull, lusterless, gloomy.
ternir, _v._ to tarnish.
terrain, _m._ soil, piece of land, ground.
terrasse, _f._ terrace, flat roof of an Oriental house.
terre, _f._ earth, land, cultivated land, ground, earthenware; par
--, on the ground or floor;  --, to the ground or floor.
terrestre, _adj._ terrestrial.
terreur, _f._ terror.
terrible, _adj. and m._ terrible, terrible side of thing.
terriblement, _adv._ terribly.
terrier, _m._ terrier, hole, burrow.
territoire, _m._ territory.
terroir, _m._ soil.
terroriser, _v._ to terrorize.
tertre, _m._ hillock, mound.
tes, _see_ ton.
tte, _f._ head, top, expression;
en --, at the head, in front; -- de lettre, letter-head;
tenir -- , to resist, oppose.
tter, _v._ to suck; donner  --, nurse.
Thann, town in Alsace.
thtre, _m._ theater.
Thbes, Thebes (reference in the text is to the celebrated ancient
Egyptian city, not to the Greek village).
thologien, _m._ theologian.
thermomtre, _m._ thermometer.
ti, dialectic particle used in questions: je sais- --?, do I
know?
tic-tac, _m._ tick-tack, ticking.
tiers, _m._ third.
tige, _f._ stem, shaft, stick, club.
tigre, _m._ tiger.
timbre, _m._ bell, hand-bell, tone, sound, stamp.
timbr, -e, _adj._ stamped; papier --, officially stamped paper
(with the revenue stamp).
timide, _adj._ timid.
timidit, _f._ timidity.
tintement, _m._ tinkling.
tinter, _v._ to tinkle, ring, toll.
tir, _m._ shooting, shooting-gallery, shooting-grounds.
tirade, _f._ tirade (long speech in a drama).
tirailler, _v._ to pull about, plague.
tirailleur, _m._ sharp-shooter, skirmisher.
tirer, _v._ to draw, pull, draw lots, attract, pull off, extricate,
get out, shoot, tire, arouse; s'en --, get oneself out, manage, get
along; -- au sort  qui ..., draw lots to see who....
tireur, _m._ puller, shot (person).
tiroir, _m._ drawer.
tisserand, _m._ weaver.
titre, _m._ title, claim, right;  -- de, by virtue of being.
toast, _m._ toast (pronounced: _tost_).
toi, _disj. and conj. pr._ (familiar), you, to you (occasionally:
thou, thee, to thee);  --, your turn.
toile, _f._ cloth, canvas, linen, web.
toilette, _f._ toilet, dress, dressing.
Toine (abbreviation of Antoine), Tony.
toise, _f._ fathom (6 feet).
toiser, _v._ to size up, measure, eye from head to toot.
toison, _f._ fleece.
toit, _m._ roof.
tle, _f._ sheet-iron.
tolrer, _v._ to tolerate; -- que, bear to have.
tomate, _f._ tomato.
tombe, _f._ tomb, grave.
tombeau, _m._ tomb, tombstone.
tombeki, _m._ kind of tobacco raised chiefly in Persia (usually
written tombki).
tomber, _v._ to fall, fall down, drop; faire --, make fall,
empty (ashes, etc.); le jour tombe, it grows dark;  la nuit
tombante, au jour tombant, at nightfall.
Tombouctou, Timbuktu (African town on the upper Niger).
ton, _m._ tone.
ton, ta (tes, _pl.), poss. adj. pr._ (familiar), your
(occasionally: thy).
Toni, Tony.
Tonkin, _m._ Tonkin (French protectorate in Indo-China,
definitively conquered in 1885).
tonne, _f._ tun, hogshead.
tonneau, _m._ cask, barrel, ton.
tonner, _v._ to thunder.
toque, _f._ Hat cap, toque (the French judge's toque suggests a
cylinder flaring at the top).
torche, _f._ torch.
tordre, _v._ to twist, wring; se --, writhe, laugh
convulsively.
torrent, _m._ torrent, flood.
tors, -e, _adj._ twisted, crooked.
torse, _m._ trunk (of a person), body.
tort, _m._ wrong, harm, stigma; avoir --, to be wrong; 
--, wrongly.
Tortillard, proper name suggesting tortiller.
tortiller, _v._ to twist.
tortu, -e, _adj._ crooked, gnarled.
tortue, _f._ tortoise, turtle.
torture, _f._ torture, torment; mettre l'esprit  la --, to
rack one's brains.
torturer, _v._ to torture, torment.
tt, _adv._ soon, early.
toucher, _v._ to touch, touch on; -- , touch, meddle with,
border on, draw near; touchant,-e, touching, pathetic.
touffe, _f._ tuft, clump, cluster.
toujours, _adv._ always, all the time, continuously, ever, still,
nevertheless, at any rate.
tour, _f._ tower.
tour, _m._ turn, circuit, trip around, trick, feat; faire le --
(de), to make the circuit, fun around; --  --, in turn.
tourbillon, _m._ whirlwind, whirlpool, swarm.
tourbillonner, _v._ to whirl.
tourelle, _f._ turret; escalier en --, winding turret
stairway.
tourmenter, _v._ to torment.
tournant, _m._ turn, corner.
tourne, _f._ turn, tour, trip, round.
tourner, _v._ to turn, flank, turn around or over or the corner of,
turn out, wind, twist, bend, circle; se --, turn oneself, turn,
turn around; mal --, take a turn for the worse, turn out badly;
mal tourn, badly formed or built, homely; -- au plafond,
encircle the ceiling.
Tournevent, imaginary town.
tournoiement, _m._ turning, winding.
tournoyer, _v._ to turn, whirl.
tournure, _f._ shape, figure, form, appearance.
Tours, city on the Loire.
tourterelle, _f._ turtle-dove.
tous, _see_ tout.
tousser, _v._ to cough.
tout, -e (tous, toutes, _pl.), adj., adv. and s._ all, every,
everything, everyone, wholly, quite, very, wide (open), any; --le
jour, all day; tous les jours, every day; en -- cas, in
any case; --  fait, wholly, entirely, altogether, wholeheartedly;
-- de mme, all the same; pas du --, not at all; rien du
--, nothing at all; -- au plus, at the very most; c'est -- au
plus si je pourrais, at the very most I could only; avoir de
--, to have something of everything; -- un jour, an entire day;
comme --, as everything, as anything; toute fe que je sois,
fairy though I be; -- en, while, all the time (with participle);
le --, all (when tous stands alone, without a noun, _s_ is
pronounced).
toutefois, _adv._ however, still, yet, nevertheless.
tout-puissant, -e, _adj._ all-powerful, omnipotent.
Tramasset (douard), Coppe's cousin, to whom he dedicated _Le
Louis d'Or_.
tracasser, _v._ to vex, plague, annoy.
trace, _f._ trace, mark, track.
tracer, _v._ to trace.
tradition, _f._ tradition.
traduction, _f._ translation.
traduire, _v._ to translate.
tragediante, _m._ tragedian (Italian).
tragdie, _f._ tragedy.
tragique, _adj._ tragic.
trahir, _v._ to betray.
train, _m._ pace, rate, bustle, course, train, raft, train of
boats; en -- de, in the act of, about to; -- de bateaux, line
of boats, tow.
trane, _f._ trail.
trainer, _v._ to drag, draw, drawl; se --, drag oneself along.
trait, _m._ trace, shaft, trait, feature, draught.
trait, _m._ treaty, agreement.
traiter, _v._ to treat, treat of; -- de, treat as, call.
tratreusement, _adv._ treacherously.
trajet, _m._ journey, trip, distance, way.
tramway, _m._ tramway, street-car.
tranche, _f._ slice.
trancher, _v._ to cut, cut off or out, stand out, form a contrast;
tranchant, -e, adj. cutting, sharp.
tranquille, _adj._ tranquil, quiet; laisser --, to let alone,
let be; vivre --, live quietly (_ll_ in this and the next three
words is not liquid).
tranquillement, _adv._ tranquilly, quietly.
tranquilliser, _v._ to tranquilize, quiet, make easy.
tranquillit, _f._ tranquillity, quiet, ease (of mind).
transcrire, _v._ to transcribe.
transe, _f._ fright, pang.
transformer, _v._ to transform.
transi, -e, _adj._ chilled, benumbed.
transparent, -e, _adj._ transparent.
transpiration, _f._ perspiration, transpiration.
transport, _m._ transportation, transport, rapture.
transporter, _v._ to transport, convey, carry.
trappe, _f._ trap-door.
trapu, -e, _adj._ thick-set, dumpy.
traquer, _v._ to track, hunt, pursue (closely).
travail, _m._ work, labor, laboring; instrument de --, tool.
travailler, _v._ to work, till, plow through, torment; travaill,
-e, worked, wrought.
travers, _m._ breadth, width;  --, through, across; au --
de, through; en --, crosswise; en -- de, across, through;
de --, awry, not on straight, crooked, crosswise, sidewise,
askance, wrong.
traverse, _f._ crossing, passage.
traverser, _v._ to cross, pass through, traverse.
trbucher, _v._ to stumble, trip.
treillis, _m._ trellis, lattice.
treize, _card._ thirteen.
tremblement, _m._ trembling.
trembler, _v._ to tremble; tremblant, -e, trembling, quaking,
shaking.
tremper, _v._ to soak.
trentaine, _f._ about thirty.
trente, _card._ thirty.
trente-cinq, _card._ thirty-five.
trente-deux, _card._ thirty-two.
trente-quatre, _card._ thirty-four.
trente-sept, _card._ thirty-seven.
trente-six, _card._ thirty-six.
trpignement, _m._ stamping.
trpigner, _v._ to stamp.
trs, _adv._ very, very much.
trsor, _m._ treasure.
tressaillir, _v._ to start, jump, thrill.
tretous (dialectic, = trs tous), _m. pl._ all indeed, quite
all.
triangle, _m._ triangle.
tribu, _f._ tribe.
tribunal, _m._ tribunal, court.
tricorne, _m._ three-cornered hat.
tricot, _m._ knitting, knitted vest.
tricoter, _v._ to knit.
trinquer, _v._ to touch glasses before drinkingo
triolet, _m._ triolet, triplet.
triomphal, -e, _adj._ triumphal.
triomphalement, _adv._ triumphantly.
triomphe, _m._ triumph.
triompher, _v._ to triumph; triomphant, -e, triumphant.
tripe, _f._ tripe, bowels, stomach.
triple, _adj._ triple.
tripler, _v._ to triple.
tripot, _m._ gambling-house.
trique, _f._ cudgel.
triste, _adj._ sad, gloomy, dismal, wretched.
tristement, _adv._ sadly.
tristesse, _f._ sadness.
trois, _card._ three.
troisime, _ord._ third; chambre du --, fourth-story room.
tromper, _v._ to deceive, disappoint; se --, be mistaken, make
a mistake.
tronc, _m._ trunk, tree-trunk.
tronon, _m._ fragment, stump.
trne, _m._ throne.
tronquette, _f._ girl, lass (popular).
trop, _adv._ too, too much; pas --, not too much, not very much.
trot, _m._ trot; petit --, slow trot.
trottoir, _m._ sidewalk.
trou, _m._ hole.
trouble, _m._ trouble, embarrassment, confusion, disturbance, distress.
troubler, _v._ to trouble, disturb, confuse, excite; se --, be
disturbed, become troubled.
trouer, _v._ to make a hole in, pierce; trou, -e, pierced,
full of holes.
troupe, _f._ troop, crowd, brood (of chickens), litter (of pigs);
de la --, soldiers.
troupeau, _m._ flock, herd.
troupier, _m._ trooper.
trousse, _f._ case; aux trousses (de), at one's heels.
trousseau, _m._ trousseau, outfit.
trouver, _v._ to find, consider, discover, hit on; se --, find
oneself, be found, chance to be, be, find that one has, offer an
opportunity; s'en -- bien, find it good for one.
truffe, _f._ truffle.
truie, _f._ sow.
truisse, _f._ clump of trees (used especially in La Vende).
trumeau, _m._ pier (of a wall), pier-glass.
tu, _conj. pr._ (familiar), you (occasionally: thou).
Tubingue, Tbingen (town in Wrttemberg).
tuer, _v._ to kill.
tumulte, _m._ tumult, uproar.
tumultueusement, _adv._ tumultuously, riotously.
tumultueux, -euse, _adj._ tumultuous, riotous.
tunique, _f._ tunic, coat (of a uniform).
turban, _m._ turban; valeurs  --, Turkish stocks (financial
vernacular).
turc, turque, _adj. and s._ Turkish, Turk (written Turc when
_s._).
turco, _m._ turco (Algerian soldier in the French service).
turne, _f._ wretched room, shanty (familiar).
tuyau, _m._ tube, pipe, flue.
typographe, _m._ printer; adjectively: printer's.

U

uhlan, _m._ uhlan (German lancer; no elision before this word).
un, -e, _card. and indef. art._ one, a, an; l'--, one; les
uns ... les autres, some ... others; les uns les autres, one
another; les uns aux autres, to one another; l'-- et l'autre,
both; se regarder l'-- l'autre, to look at each other.
uni, -e, _adj._ united, smooth, uniform.
uniforme, _m._ uniform.
union, _f._ union.
unique, _adj._ unique, only.
uniquement, _adv._ only.
usage, _m._ usage, use, custom.
user, _v._ to use up, wear out, use, -- de, make use of.
usine, _f._ factory.
utile, _adj._ useful.

V

vacance, _f._ vacancy, vacation.
vacarme, _m._ uproar, hubbub.
vache, _f._ cow.
vaciller, _v._ to vacillate, reel, totter, shake.
va-et-vient, _m._ going and coming.
vagabond, _m._ vagabond, vagrant.
vague, _f._ wave, sea.
vague, _adj._ vague, indistinct.
vaguement, _adv._ vaguely.
vaillant, -e, _adj. and s._ valiant, strong, brave.
vain, -e, _adj._ vain, empty, useless.
vaincre, _v._ to conquer, vanquish; vaincu, -e, _adj. and s._
conquered, one conquered.
vainement, _adv._ vainly.
vainqueur, _m._ victor, conqueror; adjectively: victorious.
vaisseau, _m._ vessel, ship.
valet, _m._ valet, man-servant, farm-hand; -- de chambre,
man-servant.
valetaille, _f._ pack of footmen (derogatory).
valeur, _f._ value; _pl._ bills, paper (commercial).
valise, _f._ valise.
valle, _f._ valley.
vallon, _m._ little valley, vale.
valoir, _v._ to be worth; -- mieux, be worth more, be better.
Van den Berg, name of the Doyen in _la Montre du Doyen_ (_van_ is
the Dutch prefix corresponding to the German _von, Berg_ = mountain, in
German).
vanit, _f._ vanity.
vaniteux, -euse, _adj._ vain.
vanter, _v._ to boast of, brag about, extol.
vanvole, _see_ venvole.
vapeur, _f._ vapor, steam, fume, mist; _m._ steamer.
vaquer, _v._ to be vacant; -- , attend to, go about.
vareuse, _f._ jumper, pea-jacket.
variation, _f._ variation.
varier, _v._ to vary.
vase, _m._ vase.
vaste, _adj._ vast, immense.
va-t-au-nord, _m._ shift to the north (popular).
va-t-au-sud, _m._ shift to the south (popular).
veau, _m._ calf, veal.
vgtation, _f._ vegetation, vegetable growth, plant.
vehmence, _f._ vehemence.
veille, _f._ eve, clay before.
veiller, _v._ to watch, sit up; -- , watch over; veille sur
toi, look out for yourself.
veine, _f._ vein, good luck.
velours, _m._ velvet.
velout, -e, _adj._ velvety.
vendange, _f._ vintage.
vendetta, _f._ vendetta, blood-feud (in Italian, = vengeance;
_en_ pronounced as in _bien_).
vendeur, _m._ vendor, seller.
vendre, _v._ to sell;  --, for sale.
vendredi, _m._ Friday.
vnrable, _adj._ venerable.
vnration, _f._ veneration; avoir en --, to worship.
vengeance, _f._ vengeance.
venger, _v._ to avenge.
venir, _v._ to come; -- de, come from, have just; -- ,
come to, happen; s'en --, come away or along; venu, _m._
comer.
vent, _m._ wind; au --, in the wind, flying.
vente, _f._ sale.
ventre, _m._ belly, stomach, hull, body.
ventrebleu, _interj._ by heaven!, etc.
ventru, -e, _adj._ big-bellied, pot-bellied.
venue, _f._. coming.
Vnus, Venus; cheveux de --, kind of maidenhair fern.
venvole ( la), _adv._ heedlessly, lightly (obsolescent; formerly
and incorrectly written vanvole, the word is derived from
vent).
verdir, _v._ to make or turn green.
verdure, _f._ verdure, green vegetables.
vergue, _f._ yard (of a ship).
vrification, _f._ verification.
vritable, _adj._ veritable, true, real.
vritablement, _adv._ veritably, really.
vrit, _f._ truth.
vermeil, -le, _adj._ vermilion, bright red, rosy.
vermoulu, -e, _adj._ wormeaten.
vernir, _v._ to varnish, polish.
vernis, _m._ varnish, polish.
verre, _m._ glass; petit --, small glass of brandy.
verrou, _m._ bolt.
vers, _m._ verse.
vers, _prep._ toward.
verser, _v._ to pour, pour forth or out, shed.
verset, _m._ verse (of a hymn, of the Koran, etc.).
verste, _f._ verst (Russian measure, about one kilometer).
vert, -e, _adj. and m._ green.
vertige, _m._ vertigo, giddiness, dizziness.
vertu, _f._ virtue.
verve, _f._ animation, spirit.
veste, _f._ short coat, jacket.
vestibule, _m._ vestibule.
vestige, _m._ vestige, trace.
veston, _m._ jacket, short coat.
vtement, _m._ garment, piece of clothing; _pl._ clothes.
vtran, _m._ veteran.
vtir, _v._ to clothe, dress, cover.
vtust, _f._ oldness, antiquity, decay.
veuf, veuve, _m., f._ widower, widow.
viager, -gre, _adj._ for life; rente viagre, life annuity.
viande, _f._ meat.
vibrer, _v._ to vibrate, quiver; vibrant, -e, vibrating,
resounding, quivering, tremulous.
vice, _m._ vice.
victime, _f._ victim.
victoire, _f._ victory.
vide, _adj._ empty.
vider, _v._ to empty; se --, be emptied, empty oneself.
vie, _f._ life, living.
vieillard, _m._ old man.
vierge, _f. and adj._ virgin; la sainte Vierge, the Holy
Virgin.
vieux (vieil, before vowels), vieille, _adj. and s._ old, old
man or woman.
vif, vive, _adj._ lively, alive, keen,
brisk, bright, vivid, living.
vigne, _f._ vine, vineyard.
vignette, _f._ vignette (small ornamental engraving in a book, on
letter-paper, etc.).
vigoureux,-euse, _adj._ vigorous.
vigueur, _f._ vigor, strength, force.
vil, -e, _adj._ vile, despicable, base.
vilain, -e, _adj._ mean, dirty, nasty, coarse, wretched, ugly,
scandalous.
villa, _f._ villa (in this and in the next four words _ll_ is not
liquid).
village, _m._ village.
villageois, -e, _adj. and s._ rustic, villager.
ville, _f._ city, town; -- forte, stronghold.
Villemomble, village 8 miles east of Paris.
vin, _m._ wine; -- du Rhin, Rhine wine.
vingt, _card._ twenty.
vingtaine, _f._ score.
vingt-cinq, _card._ twenty-five (_t_ pronounced).
vingt-deux, _card._ twenty-two (_t_ pronounced as _d_).
vingt-huit, _card._ twenty-eight.
vingtime, _ord._ twentieth.
vingt-trois, _card._ twenty-three (_t_ pronounced in vingt).
violemment, _adv._ violently (_em_ pronounced as _am_).
violence, _f._ violence, force.
violent, -e, _adj._ violent.
violer, _v._ to violate.
violet, -te, _adj._ violet.
violette, _f._ violet.
violon, _m._ violin, violinist.
violoncelliste, _m._ violoncellist.
vindicatif, -ive, _adj._ vindictive.
virer, _v._ to turn.
visage, _m._ visage, countenance, face.
viser, _v._ to aim at, vis.
visible, _adj._ visible.
visiblement, _adv._ visibly.
visire, _f._ visor.
vision, _f._ vision.
visite, _f._ vigil.
visiter, _v._ to vigil, inspect.
visiteur, -euse, _m., f._ visiteur.
vite, _adv._ quickly.
vitesse, _f._ speed.
vitre, _f._ window-pane.
vitrer, _v._ to glaze; vitr, -e, _adj._ glass.
vitreux, -euse, _adj._ glassy.
vivacit, _f._ vivacity.
vivement, _adv._ quickly, briskly, heartily, intensely, keenly.
vivre, _v._ to live, be alive; pour --, live, live on;
vive!; long live!; vivant, -e, living, alive.
vocifrer, _v._ to vociferate, bawl.
voeu, _m._ vow, wish.
voici, _prep._ here is, here are, ago, you see here, etc.; le
--, here he (it) is.
voie, _f._ way; en bonne --, on the road to recovery.
voil, _prep._ there is, there are, you see there, that's it,
that's how it is, there you have it, here is, etc.; le --, there he
(it) is; -- que, suddenly, it happened that, now; -- deux jours
que, for two days; -- qui est bien, that's right.
voile, _m._ veil, sail; toile  --, sail-cloth.
voiler, _v._ to veil.
voir, _v._ to see; voyons, let us see, come now!;
voyez-vous, just see, you see; -- la chose, see the thing, see
about the matter; faire --, show; nous verrons cela, we'll see
about that; bien vu, in favor; vu que, _conj._ seeing that;
vu, _prep._ seeing, in view of.
voisin, -e, _adj. and s._ neighboring, adjoining, bordering,
neighbor.
voisinage, _m._ neighborhood; de --, neighborly.
voiture, _f._ carriage.
voix, _f._ voice; d'une -- rauque, hoarsely.
vol, _m._ theft.
vol, _m._ flight, flock;  -- d'oiseau, bird's-eye view.
volaille, _f._ fowl, poultry.
volant, _m._ shuttlecock, pump handle.
volcan, _m._ volcano.
voler, _v._ to teal, rob.
voler, _v._ to fly.
volet, _m._ shutter.
voleur, -euse, _m., f._ thief, robber.
volontaire, _adj._ voluntary.
volontairement, _adv._ voluntarily.
volont, _f._ will, wish.
volontiers, _adv._ willingly.
voltiger, _v._ to hover, flutter, flit.
volumineux, -euse, _adj._ voluminous, bulky.
volupt, _f._ pleasure, delight.
voluptueux, -euse, _adj._ voluptuons.
voracement, _adv._ voraciously, ravenously.
vos, _see_ votre.
Vosges (les), _m. pl._ the Vosges (chain of mountains in
north-eastern France and south-western Germany. parallel with the upper
Rhine; pronounced: _voge_).
vote, _m._ vote.
voter, _v._ to vote.
votre (vos, _pl.), poss. adj. pr._ your.
vtre, _poss. adj. pr._ (usually with the article), yours.
vouer, _v._ to devote, consecrate, dedicate.
vouloir, _v._ to wish, will, be willing, require, decree, start,
expert; -- bien, be willing, be willing to, accept; -- bien
de; be willing to accept; -- dire, mean; en -- , have a
grudge against, be angry with; que voulez-vous?, what do you wish?,
what do you expect?; veuillez, be good enough to.
vous, _conj. and disj. pr._ you, to you.
vous-mme (s), _pr._ you, yourself, yourselves.
vote, _f._ vault, arch.
voter, _v._ to vault.
voyage, _m._ voyage, journey, trip, traveling, travels.
voyager, _v._ to travel.
voyageur, _m._ traveler.
vrai, -e, _adj._ true, real; bien --, really; dire --, to
speak the truth.
vraiment, _adv._ truly, really.
vraisemblance, _f._ likelihood, probability (_s_ pronounced as in
sembler).
vue, _f._ view, sight; perdre de --, to lose sight of.
vulgaire, _adj._ vulgar, low, common.
vulnrable, _adj._ vulnerable.

W

w, this letter does not belong to the French alphabet, it occurs
only in foreign words.
wachtman, _m._ watchman (German).
wagon, _m._ railway-car; --  minerai, ore or mining car.
Walewska, _see_ Gallitzin.
Wilfrid, Wilfrid.

Y

y, _adv. and conj. pr._ there, to or at or in it, to or at or in
them, about it, to him, etc., here.
ya, _adv._ yes (German).
yatagan, _m._ yataghan (long Turkish dagger).
yeux, _see_ oeil.
Ypsilanti (Alexandre), Alexander Ypsilanti (or Hypsilanti), a Greek
who became an officer in the Russian army; in 1820 he became the head of
the Greek Hetreria, a secret society founded in Odessa for the purpose
of liberating Greece from the Turks, and in 1821 he led an insurrection
against the Turks in the Danube provinces and inaugurated the Greek war
for independence; after a number of mistakes (_cf. the droute de
Skouliani_) and humiliating defeats, and after having been dismissed
from the Russian army, he died in poverty (1792-1828).

Z

Zaatcha, Algerian oasis near Biskra (captured by the French in 1849).
Zhn, proper name (_Zahn_ = tooth, in German).
zebeks (zebecks or zebecs), _m. pl._ there is a Turkish word
(_zebek; or zebeik_;) with an obscene meaning, probably Gautier found
this unknown word and thought that it meant "aldquo;attendant," it should be so
translated. There is a similar word in Turkish (_zibek or zeibek_, with
a different _k_), which means "vldquo;vagabond" or "pldquo;people living in the
mountains."
Zette (abbreviation of Suzette), Susie.
Zidore, abbreviation of Isidore.
Zimmer, proper name (_cf. Zimmer_, room, in German).
zingueur, m. zinc-worker.










End of Project Gutenberg's Contes Franais, by Douglas Labaree Buffum

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CONTES FRANAIS ***

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
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The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
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where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
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International donations are gratefully accepted, but we cannot make
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Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
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Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


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