Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net


Title: L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

Author: Various

Release Date: February 17, 2012 [EBook #38912]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 21 JUIN 1913 ***




Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque






L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

Ce numro contient:
1 Une double page hors texte en couleurs;
2 Le premier fascicule du nouveau roman de M. Michel Provins: UN ROMAN
DE THTRE;
3 Un SUPPLMENT CONOMIQUE ET FINANCIER de deux pages.

L'ILLUSTRATION
_Prix du Numro: Un Franc._
SAMEDI 21 JUIN 1913
_71e Anne.--N 3669._



[Illustration: LE DERNIER REPOS SUR LE LIT DE CAMP Au Maroc; le
commandant Bernier, tu prs d'Ifrane en chargeant  la tte de son
bataillon. _Voir l'article, page 577._]



        _Ce numro comprend une double page en couleurs
        hors texte sur_
                       _LES FLORALIES DE GAND_
        _et la premire partie d'une tude sur_
                        _LA FAUNE D'AFRIQUE_
        _illustre de quatre pages en_ hliogravure; _la seconde
        partie de cette tude, avec quatre autres pages en
        hliogravure, paratra la semaine prochaine. La plupart
        des numros qui vont suivre auront d'ailleurs,
        comme celui-ci, des pages en couleurs._

                _Le prochain supplment thtral contiendra_
                             _VOULOIR_
                    _comdie en quatre actes_
                     _de_ M. GUSTAVE GUICHES
        _qui poursuit une brillante carrire  la Comdie-Franaise._



COURRIER DE PARIS

LES MALLES

On les a descendues.

Les voil dans l'antichambre, encore mal rveilles du creux et long
sommeil qui les a engourdies depuis les dernires vacances. Je les
reconnais et elles n'ont pas du tout l'air de me connatre. Elles ont
beau porter, imprimes et peintes, mes initiales, en noir et en rouge,
et montrer ma carte de visite suspendue, en prtention,  une de leurs
poignes, dans l'tiquette de cuir, elles m'ignorent, totalement. Elles
ne me tmoignent pas plus de cordialit qu' un homme d'quipe. Dnues
de grce et de bienveillance, elles exagrent dj leur pataude
grandeur. Elles encombrent, et on dirait que c'est avec plaisir,
qu'elles le font exprs. tales dans une large indiffrence et un lourd
sans-gne, elles sont l--chez moi, qui suis leur matre, qui les ai
choisies, achetes, payes--comme elles seraient ailleurs, n'importe
o. Je comprends que, pour en avoir la taille et les dimensions, elles
ne sauraient pourtant tre des _meubles_, qu'il ne faut pas leur
demander le caractre intime et le bon ventre d'une commode, la
tendresse presque conjugale d'une armoire, la sympathie d'un
bonheur-du-jour. N'ayant ni famille, ni domicile, ni foyer, ni patrie,
elles ne se sentent, en effet, jamais chez elles. Ce sont des
juives-errantes. D'un gosme de voyageur, elles ne prsentent un peu de
caractre et de physionomie que dans les gares, les fourgons, sur les
chariots et sur le toit des omnibus. Elles ne vivent que sangles,
cordes, pleines jusqu'aux bords, et seulement en cours de route,
pendant le trajet. Une malle vide, et au repos, choue au grenier, ou
range dans la chambre de dbarras est une chose inoue d'abandon, d'une
impersonnalit inexprimable, une chose pire que morte, une chose triste
et affreuse, et dcourageante, qui n'est rien... rien... et dont
s'carte elle-mme, prise de spleen  sa vue, la souris  jeun.

                                  *
                                 * *

Mais en ce moment les malles sont  la veille d'entrer dans la danse. Le
couvercle lev, elles attendent-qu'on les nourrisse, que nous jetions en
elles, connue des petits pains dans le fournil de l'lphant, tout ce
que nous emportons avec nous ds que nous nous dplaons, les
indispensables inutilits dont nous croyons que nous ne pouvons pas nous
passer. Que l'on sache ou non faire une malle, il faut cependant, en
effet, que tout y tienne. Il est ncessaire que nous y mettions notre
linge et nos livres, nos vtements et nos papiers, nos cravates et nos
agendas, nos chaussures, nos remdes, nos affaires de toilette et nos
petits paquets intimes, les quotidiennes reliques qui font partie de
nous-mmes plus troitement encore que nos chemises. Tout cela doit
trouver sa place--et la trouve--dans la malle, quelle qu'elle soit. Car
la malle, d'aspect si dur et si peu accommodant, est pourtant doue
d'une incroyable souplesse. On n'imagine pas sa complaisance lastique 
se plier  tous nos dsirs, mme les plus insenss... Elle absorbe ce
que l'on veut. Ne dites jamais qu'elle est pleine et que l'on ne peut
plus rien y ajouter. Mme petite  ne contenir que le minimum, elle a
des profondeurs de gouffre insouponn, et j'en ai connu qui, sans avoir
la capacit d'un tonneau, taient de vraies malles des Danades.

Quel curieux et saisissant spectacle que celui de l'intrieur d'une
malle! Chaque fois qu'il m'est arriv d'y songer,  genoux devant la
mienne, tandis que j'empilais tour  tour, et les uns contre les autres,
les objets les plus diffrents et les plus opposs, je n'ai pu
m'empcher d'en sourire et quelquefois d'en divaguer... C'est un ramass
prodigieux, une cohsion de disparates qui amuse et fait rflchir. Au
fond d'abord, classement logique, les poids lourds, les chaussures, le
gros linge, les livres, les dossiers... Mais avec la meilleure bonne
volont, tout cela ne resterait pas cinq minutes et jouerait bientt si
l'on ne prenait la prcaution de le caler. Il faut boucher les trous,
tamponner. Et c'est ici qu'apparat la malice opportune du destin qui me
force  consolider mon Snque avec ma bote  bijoux et  enfoncer
trois paires de chaussettes de soie dans le flanc des _Penses de
Pascal_, pour les retenir.

Dans le casier du milieu sont gnralement dposs les vtements plis
mou, avec art, les habits qui ne veulent pas tre maltraits, les
pantalons bien tendus, couchs comme des malades. Et le dernier
compartiment, celui du dessus, reoit presque toujours la lingerie fine,
les chemises, les gilets blancs, les choses plates et lgres, entre
lesquelles se glisse au dernier moment maint objet menu et fragile.
Voici la malle  peu prs faite, acheve. Sans qu'elle ait besoin d'tre
transparente, on y voit avec l'esprit que toutes les matires y sont
rassembles, que le bois, le fer, l'or, l'argent, la laine, le fil, le
papier, le carton, la soie, le velours, le drap, le verre, la
porcelaine, sont condamns, dans l'espace le plus rduit,  se serrer, 
se presser,  s'accepter sans mauvaise humeur. Pas pour longtemps,
heureusement, la brve dure d'un voyage, d'un trs court trajet, mme
quand les indicateurs font croire qu'il est long. C'est tout  fait
l'image de la vie.

On ferme, en se baissant, avec la toute petite clef qui se donne des
faons de clef de coffre-fort, on boucle les courroies, et il semble
alors que l'on soit allg de tout ce qui est dans la malle comme si on
se l'tait retir de dessus le corps et la pense, ainsi qu'un gros
poids. On est dj  moiti parti.

                                  *
                                 * *

Pendant qu'elle est charge, transborde, la malle ne nous intresse
pas. Nous n'y pensons plus. Elle a cess de nous appartenir. Nous aimons
nous figurer que nous voyageons sans elle, les mains vides. Elle ne
commence  nous manquer qu' la minute o, arrivs  destination et
rendus  l'htel, nous commandons qu'on nous la monte. Elle nous
reprsente alors notre maison, notre fortune et nous-mmes, et nous nous
trouvons dj moins seuls quand le garon colossal--afin d'en exagrer
la pesanteur et pour nous donner aussi une plus vaste ide de la force
de ses reins--la laisse tomber  nos pieds dans la chambre
inhospitalire.

A cet instant, la malle quitte son air bte pour prendre figure de
camarade, et sa vue ne nous choque pas, si laide et si fatigue qu'elle
soit. C'est d'ailleurs en peinant et en vieillissant qu'elle gagne du
caractre et de la physionomie. Une malle propre, reluisante et neuve ne
signifie rien, n'a pas de raison d'tre. Il faut qu'elle ait, le plus
tt, un pass derrire elle, et beaucoup de pays, qu'on la sente lourde
et lasse, ne s'tonnant plus gure, et revenue de maints endroits
lointains comme de maintes illusions. Il faut qu'elle ait t cahote,
heurte, cogne, brutalise, que, sans mme avoir besoin de lire les
adresses des htels dont elle est couverte, et qui, colles les unes sur
les autres, lui font partout des empltres glorieux et racornis, nous
n'ayons qu' la regarder pour nous souvenir... pour qu'elle nous retrace
tous les voyages que nous avons faits avec elle et ceux aussi que nous
n'avons pas pu faire et que nous ne ferons jamais. Alors elle est
presque mouvante... Les mots Rome, Naples, Tolde, Prague, Florence,
Bruges, lui font un calendrier rtrospectif dont nous dtachons les
feuillets par la mmoire. Nous lui parlons, nous la tutoyons. Elle est
notre vieille malle, qui a trim comme nous, qui au long de nos
courses par le monde a contenu tant de choses, mme celles que nous
n'avons pas rapportes!

Et il y a des malles pour tous les gots, pour tous les ges, pour
toutes les conditions. La malle, c'est l'homme. Celle de l'enfance et de
nos trousseaux de collge n'est pas celle de la jeunesse et de l'ge
mr; la malle du domestique ne sera jamais prise pour celle du matre,
mme si elle a d'abord appartenu au matre. En la donnant il l'a
change. La malle de l'ouvrier, celles du bourgeois, du mondain, du
riche, de l'Anglais, de l'Amricain, de la femme lgante, et cent
autres, rvlent aussitt la qualit de leur possesseur. La petite
valise jaune du soldat en permission, et toujours ferme par une
ficelle, n'est-elle pas lgendaire, classique? Et si je ne parle pas de
celle du prtre, c'est que le prtre, chacun le sait, n'a pas de malle.
On ne lui connat toute la vie qu'un sac, un sac noir, comme au
sminaire. Seulement, si c'est un cur trs vieux, le sac est en
tapisserie.

Enfin, si la malle isole m'a quelquefois fait l'effet d'un cercueil qui
attend qu'on le cache en l'introduisant vite dans la terre, que dire de
l'trange et gnante impression que toujours me causent les malles
runies par centaines, quand je les vois dans les gares,  l'arrive du
train, alignes, comme aprs un sinistre, sur les parapets de chne. Je
ne peux pas croire qu'elles ne renferment que du linge, des vtements et
des mouchoirs, j'ai l'obsession qu'elles contiennent du mystre et de la
vie teinte, et que des morts y sont dj couchs, et que ces morts sont
nous-mmes, oui, nous-mmes, d'avance tendus, n'ayant plus rien 
dclarer, tout prts pour la Consigne.

HENRI LAVEDAN

_(Reproduction et traduction rserves.)_



UN ROMANCIER DANS LES COULISSES

MICHEL PROVINS

Lorsque Michel Provins, entre tous les sujets qui pouvaient galement le
tenter, a choisi celui de ce _Roman de thtre_ dont la publication
commence aujourd'hui, j'imagine qu'il a obi  une pense en quelque
sorte personnelle, amicale: il a voulu faire une oeuvre qui ft
particulire aux lecteurs de _La Petite Illustration_, une oeuvre pour
eux, et qui leur apportt le plaisir dont ils semblent si friands.
Presque chaque semaine, en effet, ces lecteurs reoivent une pice de
thtre, et, dans leur fauteuil, ils se donnent le plus confortablement
du monde le spectacle de toute la comdie contemporaine. Mais, au
thtre, n'y' -t-il que la littrature...? Chaque reprsentation
n'a-t-elle pas son histoire plus ou moins secrte, ses dessous
mystrieux, des amours, des affaires, des rivalits de vedette ou
d'argent...? Comment donc sont reues, montes, distribues, rptes,
portes aux nues ou trangles, ces comdies imprimes dont la lecture
est si calme, comment se comportent dans la ralit ces acteurs et
actrices dont se voient les noms fameux en regard des personnages,--tout
cela qui leur apparat un peu lointain, d'autant plus attirant, est-ce
que ces amateurs passionns du thtre en imagination, le plus beau de
tous, ne seraient pas bien aises tout de mme de le connatre un peu...?
Ils auraient ainsi, toujours chez soi et sans se dranger, le tableau
complet de la vie comique, les moeurs  ct des oeuvres, les pices
qu'on joue et ceux qui les jouent, la scne et les coulisses, les deux
cts du rideau.

Et cette intention, qui fut une attention, sera d'autant plus gote
que, s'il et l'ingniosit de la concevoir, nul aussi ne pouvait mieux
la raliser que Michel Provins.

Michel Provins, en effet, dont le thtre et le journalisme littraire
ont tabli la rputation, est un spcialiste, pourrait-on dire, du
Parisianisme. Mais il faut s'entendre, car il y a Parisianisme et
Parisianisme. Michel Provins n'est mme pas de Paris. Il est
Bourguignon, est rest Bourguignon, revient chaque anne au berceau de
sa famille, ne se repose et ne se plat que l. Si la vie le lui et
permis, peut-tre qu'il n'et dcrit que la campagne et ses plaisirs et
l'on verra dans le roman d'aujourd'hui avec quelle ferveur attendrie il
parle de la posie et du bonheur des belles existences rustiques. Mais
Michel Provins, qui fut secrtaire de Waldeck-Rousseau, a t de bonne
heure initi aux affaires,  la finance,  la haute finance. Son talent,
son got pour la littrature et principalement pour le thtre
achevrent d'largir le cercle de son information. Il apparat ainsi
comme un observateur qui n'a pas choisi son milieu et qui a seulement
observ celui o il s'est trouv. Il a fait du Parisianisme comme
d'autres font des paysanneries, uniquement parce qu'il avait de bons
yeux, le sens de la vrit, et que c'tait cela qu'il voyait.

De l son charme, son originalit vraie. Michel Provins est un Parisien
 la bonne franquette, un boulevardier sans faon, un ironiste charmant
homme. De silhouette lgante et mince, les yeux bleus, la moustache
fine et toute la physionomie comme la moustache, l'air un peu d'un
administrateur de grande banque, cordial, souriant, srieux, on le sent
tout de suite dans la vie, dans la ralit, autant que dans les livres,
intress par les hommes et par les choses, sincrement, directement,
navement, comme on l'est dans la pratique, avant de songer  ce qu'on
pourra dire en ses crits, attitude d'esprit qui est la plus prcieuse
et la plus fconde. Elle exclut toute prtention. Elle est la sincrit
mme et le naturel. Michel Provins ddaigne tout enjolivement, tout
apparat, toute pose proprement littraire. Il n'a rien d'un
gendelettre acharn  une ingrate profession, ni d'un crivain 
systme. Il est seulement un des hommes les plus avertis de la vie, qui
s'est trouv  mme de la connatre sous ses aspects les plus varis,
dans les milieux parfois les plus ferms, ct dames et ct messieurs,
et qui, tout naturellement, selon ses dons et moyens, s'est mis  la
peindre comme il l'avait aperue, non sans en dgager quelque
philosophie qui ressemble  une morale ni sans y mler un peu de ce
sentiment, j'allais dire de cette tendresse ou mieux encore de cet
attendrissement qui, chez beaucoup, est comme la revanche des
occupations les plus positives......

[Illustration: M. Michel Provins. _Portrait par Caillac._]

Cette simplicit d'un crivain sans doctrine se rvle dans le choix
mme de la forme qui a fait le succs de Michel Provins. Ses livres, il
ne les compose pas  la manire des romanciers: cela l'ennuierait ou
simplement le fatiguerait. Il est un dialoguiste, comme le furent avec
tant d'clat les Lavedan, les Donnay. Peut-tre mme,  l'heure
actuelle, est-il le seul qui y excelle encore. La loi de ce genre est la
fantaisie, la fantaisie dans la vrit, la vrit dans l'ironie: tout
l'art consiste ici dans le dosage de la satire, de l'observation, de
l'esprit, de l'enjouement, du scepticisme et de la morale. Et il est
incomparable, ce dosage, dans _la Femme d'aujourd'hui, les
Passionnettes, l'Entraneuse, Comment elles nous prennent, Nos petits
coeurs, Toute la lyre, Du dsir au fruit dfendu_, et tant d'autres
volumes,  la fois si harmonieux et de ton si pareil, si nuancs dans
leur fond. Mme quand il renonce au dialogue, Michel Provins ne renonce
pas  s'effacer lui-mme au seul profit de ses personnages. Il adopte
alors le genre pistolaire qu'il ne manie pas moins heureusement. C'est
ainsi que, dans _Celles qu'on brle et celles qu'on envoie_, il a tir
de ce procd l'effet le plus ingnieux. Chacun des hros qu'il met en
scne, le mari, par exemple, qui dcouvre que sa femme le trompe,
rdige, en un moment de sincrit, une longue ptre o il se peint tout
entier et laisse parler son me: celle-l, c'est la lettre  brler.
Puis, en regard, sans aucun commentaire, se trouve une toute petite
lettre de rien du tout sur les affaires courantes de la vie qui
continue: c'est la lettre qu'on envoie: antithse qui correspond
justement  la duplicit de toute existence ou du moins  son mystre.

La vrit, c'est donc que Michel Provins est, avant tout, un homme de
thtre et je regrette que ce ne soit pas aujourd'hui le lieu d'tudier
un peu plus longuement cet aspect essentiel de son talent. Chacune des
scnes qu'il publie de quinzaine en quinzaine dans un quotidien et qui
constituent ses volumes est une pice de thtre parfaitement compose.
Outre le dialogue, Michel Provins ne possde pas seulement les qualits,
qu'on pourrait appeler matrielles, de l'auteur dramatique, le sens de
l'effet, du mouvement, la logique scnique. Tout ce qui se prsente 
son esprit sous la forme thtrale prend un sens, une porte, une valeur
morale. A cette tche qui l'amuse, en cette observation lgre et gaie,
il apporte tout le srieux d'une longue rflexion et le soin mticuleux
d'un crivain attentif... Si ses amants, qui ne sont pas toujours
recommandables, si ses petites femmes, qui ne sont pas toujours ni bien
vertueuses ni bien amoureuses, si tous ces figurants de la
passionnette parlent selon leur nature et la vie, ils parlent aussi
selon la langue, et bien qu'ils ne s'expriment que pour se peindre, ils
ne le font pas au hasard et en disent bien souvent plus long qu'ils ne
pensent. Ce dialoguiste est un satirique et ce Boulevardier, venu de
Bourgogne, a des vues d'ensemble. C'est ainsi que peu de sujets furent
plus justes, plus comprhensifs, plus actuels en leur temps et plus
neufs que celui des _Dgnrs_ dont le titre mme est demeur gnrique
(ce n'est pas une mchante pointe...!). Ce type du ministre veule, du
groupe Gibou, cette femme arriviste, ce financier complaisant, tous ces
dsosss, sans morale, sans foi et sans force, n'ayant pas mme
l'nergie des petites vilenies qu'ils commettent presque sans les avoir
voulues, n'ayant' d'autre conception de l'existence que celle d'un
plaisir qu'ils sont aussi incapables de conqurir que de goter, tout
cela demeure comme une des peintures les plus russies et les plus
authentiques d'une poque dont on peut, par bonheur, esprer dj
qu'elle n'est plus tout  fait la ntre.

Au surplus, les lecteurs d'_Un roman de thtre_ vont se trouver bien 
l'aise pour apprcier  la fois Michel Provins tout entier, car je ne
serais pas tonn que ce ft l justement un de ses ouvrages les mieux
venus. Il semble qu'il y ait combin avec un bonheur particulier les
deux procds o il excelle--le dialogue et les lettres--et il y tudie
le milieu pour lequel nous savons son got naturel et sa comptence
acquise. J'ajoute qu'il est  l'ge de matrise o les dons et
l'exprience s'harmonisent comme d'eux-mmes dans le travail crateur.
Un jeune homme de famille et de province, pris  l'blouissement du
thtre, de l'applaudissement et de l'amour, puis revenu  la vrit de
la vie et du coeur, des comdiens et des comdiennes, des toiles, des
auteurs, des critiques, une fille de financier qui n'chappe  la misre
que par des engagements de toutes sortes, des commanditaires et des
directeurs, des lectures de pices, des rptitions, des chutes et des
triomphes, de la purilit, des nerfs, et, contre tant de
faux-semblants, un peu d'amour vrai, d'innocence et de puret qui ont
tout de mme ici, comme dans la vie, le dernier mot,--en faut-il tant 
un excellent et malicieux dialoguiste pour charmer, attacher, et parfois
doucement moustiller les amateurs si ardents que nous sommes tous de
toutes choses thtrales...?

GASTON RAGEOT.



            LE VOYAGE D'UNE COCCINELLE

              par ROSEMONDE GRARD

        Tandis que j'crivais, hier soir,
        Prs de la fentre entr'ouverte,
        Parmi l'odeur, l'odeur si verte,
        Qui monte du jardin si noir;

        Tandis que par plaintes gales,
        Dans le gazon mouill de nuit,
        La fine chanson des cigales
        Montait comme une herbe de bruit;

        Tandis que la brise essouffle,
        Remplaant le grand vent qui court
        N'envoyait plus qu'un souffle court
        Sentant la double girofle;

        Tandis que, fronant les sourcils,
        Je cherchais vainement  mettre
        Le soir vague en des mots prcis;
        Et tandis que, par la fentre,

        Mon coeur suivait mon rve au loin,
        --Sur ma page claire est tombe.
        Minuscule, rouge et bombe,
        Une coccinelle  sept points!

        Elle tomba, brusque et jolie;
        Et, comme elle tombait de haut,
        De mme que Manon Lescaut
        Elle en tait tout tourdie!

        Mais te brusque tourdissement
        Dura le quart d'une seconde.
        Et le plus simplement du monde
        Elle reprit le sentiment.

        Elle ne cria pas: O suis-je?
        N'eut pas besoin de sels anglais,
        Ni, pour dissiper son vertige,
        De dgrafer son corselet,

        Mais elle sut, hors de panique,
        Vite se rarticuler
        Comme un doux objet mcanique
        Dont on a retrouv la clef.

        Plus vernie et plus carlate,
        Sous le rond d'or de l'abat-jour,
        Elle se mit  faire un tour
        Au petit pas de ses six pattes;

        Elle esquissa des avant-deux,
        Traa des lignes et des cercles,
        Levant, ainsi que des couvercles,
        Son dos qui se spare en deux;

        Et, fins ptales de dentelle
        Bien replis dans un coffret,
        On voyait paratre ses ailes
        Chaque fois que son dos s'ouvrait.

                                  *
                                 * *

        Elle fit, sur mon critoire,
        Un voyage trs vari;
        Elle contourna la mer Noire
        Sur le rebord d'un encrier;

        Sur un presse-papier de verre
        Elle escalada le Mont-Blanc,
        Et, dans le brin de capillaire
        Qui d'un bouquet pendait tremblant.

        Elle put se croire, sans doute,
        Parmi les profondeurs d'un bois:
        Trois fois elle y perdit sa route
        Et dut la retrouver trois fois!

        Elle en partit comme on se sauve,
        Un instant tournoya dans l'air,
        Et tomba sur le sable fauve,
        Juste au milieu d'un grand dsert!

        (Ce dsert en miniature
        C'tait, dans la sbile en buis,
        La poudre  scher l'criture...)
        Elle en sortit vaillamment; puis.

        Sur la plate-forme splendide
        D'un pot de colle  bouchon d'or,
        Elle fit quelques pas encor
        Sur le dme des Invalides!

        Elle avait absolument l'air
        D'une petite voyageuse
        Qui s'en va du bord de la mer
        Jusqu' l'altitude neigeuse I

        Elle avait l'air absolument
        D'une infatigable touriste
        Qui, seule, sans guide et sans liste,
        Visite tous les monuments!

        Chaque perspective inconnue
        La ravissait comme un bonheur;
        Pour regarder les points de vue
        Elle montait sur les hauteurs;

        Et sa course tait si fuyante,
        Son voyage si furieux,
        Que, malgr sa robe voyante,
        Parfois je la perdais des yeux!

        Un instant, n'ayant pu la suivre
        Autour du manche d'un cachet,
        Je crus, dans un tui de livre,
        Que, peureuse, elle se cachait:

        Soudain, je la vois sur la pointe
        Du porte-plume que je tiens;
        Elle y demeure, pattes jointes;
        Sans doute elle s'y trouve bien.

        Sans bouger la main, je l'inspecte
        Et je l'admire de tout prs:
        Rien n'est joli comme un insecte,
        Douceur qui ne fait pas exprs,

        Perle qui brode la nuit triste
        Entre le soir et le matin,
        Ame qui semble une amthyste,
        Rubis qui possde un destin,

        Minute o s'accrochent deux ailes,
        Battement de coeur du mois d'aot!...
        Je regardai la coccinelle:
        Elle ne bougeait plus du tout,

        Et semblait s'amuser, sournoise,
        A donner, de tout son mail,
        Au porte-plume de travail
        Un air d'lgance viennoise.

        Juste  ce moment, du dehors,
        La srnade cigalire
        Monta si limpide, et le lierre
        Fut noir avec un cri si fort,

        Orgueilleux de sa fleur nouvelle,
        L'acacia parla si bien
        A la petite coccinelle,
        La glycine trouva moyen

        De lui faire, depuis la grille,
        En traversant tout le jardin,
        Un si tendre appel de vanille,
        Que je crus la voir fuir soudain.

        Mais qu'importent les tentatives
        De tout un soir occidental
        Quand s'chappe une flamme vive
        D'une colonne de cristal?

        Et restant le temps, sur ma tempe,
        De murmurer: Qu'est-ce que c'est?
        Elle s'lana vers la lampe
        Dont la splendeur l'blouissait.

        A peine eut-elle, au bord du verre,
        Mis un pied fin comme un cheveu,
        Qu'elle reut d'un doigt de feu
        Des chiquenaudes de lumire;

        Et brusquement, pour le bureau,
        Quittant la colonne qui brille,
        Je crus la voir tomber du haut
        D'une transparente Bastille!

        Vite, elle se remit d'aplomb,
        Alla, mais n'y demeura gure,
        Parmi les gros boulets de guerre
        Qui pour nous sont des grains de plomb;

        Elle explora deux livres: Dante
        _(l'Enfer)_, et Michelet _(l'Oiseau)_;
        Faillit trbucher, l'imprudente,
        Entre les pointes des ciseaux;

        Se noya presque dans un vase
        Pour voir de plus prs un oeillet;
        Revint examiner la phrase
        Qui s'talait sur mon feuillet;

        Promena longuement sa bouche
        Sur l'encre de mon papier bleu,
        Mettant dans mes pattes de mouche
        Ses pattes de bte  bon Dieu;

        Enfin, ayant, ronde et lgre,
        D'un bout de table  l'autre bout,
        Trac des mots sur la poussire
        Et vivement march sur tout;

        Ayant, minuscule et ravie,
        Dans ce voyage merveilleux,
        Manqu trois fois perdre la vie,
        Par le fer, par l'eau, par le feu.

        Elle regagna les dentelles
        Vacillantes des blancs rideaux,
        Quatre fois projeta ses ailes
        Et les replia sur son dos,

        Puis, ayant supprim ses pattes,
        Elle leva compltement
        Ses deux lytres carlates,
        Hsita, frmit un moment,

        Et, soudain, vite, vite, vite,
        Par la fentre s'envola,
        Emportant, elle si petite,
        Mon grand rve de ce soir-l!

                                  ROSEMONDE GRARD.



A L'ASSAUT DE L'ATLAS MAROCAIN

L'ACTION DE LA COLONNE HENRYS

Nous exposions rcemment (numro du 10 mai) le plan de campagne dont la
ralisation progressive, par une action convergente des colonnes Mangin
et Henrys, secondes par le colonel Coudein, doit nous livrer bientt,
enfin, le Tadla et la rgion du Moyen Atlas, si farouchement dfendus
par les tribus qui les occupent, Chleuh. Zemmour, Zaan, Beni M'Tir,
Beni M'Guild, Guerrouan, etc.

En rendant compte des conditions brillantes dans lesquelles avait t
excute la premire partie de ce plan, nous avions laiss le colonel
Henrys  Dar Cad Ito--exactement Dar Cad Omar Ould Ito dont la
position n'tait pas alors trs exactement connue--aprs un raid
audacieux sur Azrou qu'il avait occup.

A ce moment, les Beni M'Tir taient coups en deux groupes, dont l'un
avait cherch asile chez les Zaan, tandis que l'autre se repliait vers
le pays des Beni M'Guild.

Trs satisfait des rsultats obtenus, le gnral Franchet d'Esperey
tenait  venir fliciter en personne le colonel Henrys, et aussi 
visiter les deux nouveaux postes tablis  Ifrane et  Dar Cad Ito.

Le 13 mai, accompagn du gnral Dalbiez, commandant de la rgion de
Mekns, le commandant en chef du Maroc occidental arrivait  la kasba El
Hajeb, un de nos plus anciens postes en pays berbre, et le centre du
cercle des Beni M'Tir, rcemment cr et confi prcisment au colonel
Henrys. L'aprs-midi, il passait en revue la petite garnison de Dar Cad
Ito. Le lendemain, il se portait avec la colonne sur Ifrane, en passant
par le nord de la fort de Jaba. Il eut la fortune d'tre tmoin, au
cours de cette marche qui devait n'tre qu'une promenade d'inspection,
d'une attaque vigoureuse des Beni M'Guild. Ce fut une affaire assez
chaude, o, malheureusement, un des bons collaborateurs du colonel
Henrys, le commandant Bernier, du 1er tirailleurs, tomba mortellement
bless, au moment o,  la tte de son bataillon, il conduisait une
charge  la baonnette qui allait tre dcisive et repousser l'ennemi.

Les Marocains laissrent sur le terrain de nombreux cadavres. Le chef
lui-mme qui les conduisait tait bless, et son prestige semblait en
tre considrablement entam.

A six jours de l, le 20 mai, l'ennemi dessinait une nouvelle offensive.
Mais il donnait des signes visibles de lassitude et ne montra pas le
cran qui caractrise d'ordinaire ses attaques et qui tonne toujours
les plus allants de nos soldats eux-mmes.

La colonne continue ses oprations, et il est certain que nous aurons 
rendre compte de plus d'un combat encore, avant 4e pouvoir enregistrer
la paix dfinitive.

Ce que nous tenons  souligner, c'est l'extrme rigueur de cette
campagne, dans un pays pre, difficile, dpourvu mme de pistes, hriss
en tous sens, par une temprature inclmente, pluvieuse, froide, mme en
cette saison avance.

Au premier coup d'oeil qu'on jette sur la carte que nous donnons et o
sont reports tous les itinraires suivis par la colonne Henrys depuis
sa mise en route,  la mi-mars, jusqu' la fin de mai, on est frapp de
la prodigieuse activit que dnotent ces marches et contremarches, et de
l'endurance qu'il a fallu aux troupes,  chaque instant accroches,
bataillant  chaque pas, pour parcourir et battre aussi en tous sens un
terrain en lui-mme si pnible.

[Illustration: Les oprations, marches et contremarches, de la colonne
Henrys.]

[Illustration: Colonel Henrys. Gnral Franchet d'Esperey. Gnral
Dalbiez. A j'tat-major de la colonne Henrys.]

Le colonel Henrys tait, aux dernires nouvelles que nous en avons eues,
au pied de l'Atlas. Il avait reu la soumission de nombreux douars
guerrouan et beni m'tir. Les rebelles taient rejets dans la montagne,
bloqus; l'indpendance des indomptables Zaan se trouvait fortement
compromise. Car la pression qu'exercent graduellement les colonnes
lances  l'attaque de l'Atlas va s'accentuant.

SANGLANTS COMBATS AU TADLA

Le colonel Mangin, de son ct, vient d'tre amen  livrer deux combats
trs meurtriers, les plus sanglants que nous ayons eu  enregistrer
depuis le commencement de l'occupation du Maroc, puisqu'ils ne nous ont
pas cot moins de 70 morts dont 3 officiers, et 135 blesss, parmi
lesquels 6 officiers.

C'est toujours Moha ou Sad qu'a devant lui le colonel Mangin.

Inform, au commencement de juin que cet irrconciliable ennemi
s'apprtait  fondre sur les tribus rallies de la rgion avoisinant la
kasba Tadla, le colonel constituait un groupe mobile qui, esprait-il,
suffirait  dtourner Moha de ses projets. Il n'en fut rien, et le 8
juin, une rencontre se produisait  Sidi ben Daoud,  la suite de
l'occupation, par le groupe mobile, de Rhorm el Allem,  12 kilomtres
de la kasba Tadla. Moha ou Sad fut mis en droute, mais il alla se
rfugier  sa kasba de Ksiba. Le colonel Mangin, laissant  Sidi ben
Daoud le gros de ses forces, se lana sur Ksiba avec un groupe lger et
deux batteries de 65.

[Illustration: Le chef d'escadron Picard.--_Phot. Louis Botte._]

La cavalerie, compose de goumiers et de partisans, sous le commandement
du chef d'escadron Picard, fut attaque ds le matin. L'escarpement de
la route rendit le combat trs prilleux. La petite troupe ne parvint 
se maintenir qu'au prix de pertes importantes: 21 tus, dont 2
officiers, et 3 blesss.

L'arrive du colonel Mangin, avec le gros, permit de reprendre
l'offensive. L'ennemi fut bouscul, la kasba enleve  la baonnette.
Nous avions 4 autres morts et 31 blesss. On fit sauter la kasbah, on y
mit le feu et l'on rentra camper le soir  Sidi ben Daoud.

Mais l'ennemi ne s'avouait pas vaincu. De nouveau il se rassemblait  la
kasba Ksiba. Le surlendemain de ce premier succs, le colonel Mangin
revenait sur lui pour l'achever, emmenant toutes ses fores, divises en
trois groupes: avant-garde commande par le lieutenant colonel Mathieu;
centre sous le commandement du commandant Bitrix; arrire-garde et
convoi, enfin, sous le colonel Mangin lui-mme.

La kasba fut dfendue avec un acharnement dsespr. On se rendit compte
alors de l'importance qu'avait sa possession aux yeux des indignes et,
donc, de l'impression que produirait sur eux sa prise dfinitive. Au
prix d'un hroque effort, la colonne escalada une falaise rocheuse
dominant Ksiba, d'o l'on commena le bombardement, et occupa, tour 
tour toutes les crtes avoisinantes. A 10 heures du matin, on pouvait
donner  la kasba le second assaut. Quand elle fut prise, on y ralluma
le feu pour en achever la ruine. A midi, on reprenait le chemin de Sidi
ben Daoud.

Mais cet avantage avait t achet au prix de 45 morts et de 101
blesss.

La liste des officiers et soldats mis hors de combat au cours de ces
deux oprations vient d'tre publie. On y relve parmi les morts, en
tte de liste, le nom du commandant Picard, commandant de la cavalerie
du groupe mobile, qui appartenait, comme capitaine, d'abord,  la
colonne Mangin depuis sa formation, qui s'tait distingu  Ben Gurir,
 Sidi bou Othman, contre El Heiba, avait command la pointe
d'avant-garde entre le 7 septembre 1912  Marrakech, et qui, en
rcompense de ces brillants tats de service, venait d'tre promu chef
d'escadron.

[Illustration: La rgion de Tadla o opre la colonne Mangin. Les pistes
sont indiques par les lignes en tirets.]

[Illustration: Colonel Mangin Gnral Ditte. Au camp: l'heure du
rapport.]

Avec lui sont tombs, le 8 juin, le lieutenant Bornet-Mazimbert,
l'adjudant Barreau, du 8e bataillon colonial, les brigadiers Bossillon,
Ladreux, et le cavalier Corbillin du 4e spahis, le soldat Mille, du 3e
zouaves. Au combat du 10 on a eu  dplorer la perte du lieutenant
Variengien du 7e tirailleurs, du sous-lieutenant de rserve Gilles, du
8e bataillon sngalais, de 6 zouaves, etc.

Aux dernires nouvelles, on annonce que le gnral d'Esperey se rend sur
les lieux, afin d'examiner les mesures  prendre pour assurer la
tranquillit de ce pays sans tendre les oprations.

G. B

[Illustration: La kasba Tadla. Dans les btiments blancs,  la base du
minaret, ont t installs les services de sant;  l'arrire-plan, 
gauche, pont sur l'Oum er Rhia.]



[Illustration: Impratrice Alexandra. Tsar Nicolas II. Tsarvitch Alexis
(sur les bras d'un cosaque). LES FTES DU CENTENAIRE DES ROMANOF.--A
Moscou: la famille impriale salue par la foule au Kremlin. _Phot.
C.-O. Bulla._]

Afin de suivre toute une srie de ftes organises pour la clbration
du centenaire des Romanof, le tsar Nicolas, accompagn de l'impratrice,
du grand-duc hritier et des grandes-duchesses, entour des membres de
la famille impriale et suivi par tous les hauts dignitaires de
l'empire, vient de se rendre dans plusieurs des vieilles villes
russes. Le voyage imprial commena  Vladimir, d'o les souverains et
leur suite gagnrent Nijni Novgorod. L, seize vapeurs attendaient pour
conduire, par la Volga, cette cour brillante  Kostroma.

Un peu avant d'atteindre cette ville, le groupe imprial dbarquait afin
de gagner, en voiture, le monastre Ilatief, o s'tait rfugi, fuyant
les Polonais, Michel Fodorovitch, le fondateur de la dynastie. Le
cortge emprunta la mme route qu'avaient prise, en 1613, les dlgus
moscovites qui allaient offrir la couronne  cet illustre anctre des
Romanof.

De Kostroma, la famille impriale gagnait Moscou, o elle arriva le 6
juin. De grandes ftes avaient t prpares en son honneur. La journe
du 7, anniversaire de la naissance de l'impratrice Alexandra, fut
particulirement solennelle. Les souverains, accompagns du prince
hritier et de toute la famille impriale, reurent, au Kremlin, des
dlgations venues des plus lointaines Russies, des confins de l'empire.
Et, en remerciant le marchal de la noblesse de Moscou, qui l'avait
salu au nom de la noblesse russe tout entire, l'empereur dit combien
il avait t frapp des tmoignages de fidlit et d'affection qui lui
avaient t prodigus au cours de ce voyage.



[Illustration: Antilope mle de Grant.]

LA FAUNE D'AFRIQUE

_Charg de mission dans l'Afrique quatoriale par le Musum national
d'histoire naturelle, le docteur mile Gromier,  la diffrence de tous
ceux qui ont avant lui rapport des photographies de la grande faune
africaine, n'est pas all l-bas en chasseur de grosse bte, soucieux de
produire des tmoignages de ses exploits, ni en photographe spcialiste,
proccup d'obtenir des clichs records, mais en zoologue, en
observateur de la vie animale dans la fort, et dans la brousse des
Tropiques. Il n'a pas traqu les antilopes, les girafes, les zbres, les
rhinocros, les lphants: il les a regards vivre, les piant, se
cachant prs de leurs points d'eau, non pour placer une balle au bon
endroit, mais pour les tudier sans les effrayer, pour surprendre leurs
attitudes familires qu'il notera sur le carnet et fixera par
l'objectif. Il a trait les fauves comme Fabre les insectes. De l, le
caractre, l'aspect particulier de ses photographies, surtout de celles
qui montrent des lphants, en quelque sorte, dans leur intimit, et qui
accompagneront un second article._

Nul, s'il n'est observateur passionn, ne saura l'intrt qu'offre la
poursuite et l'tude des animaux africains aux moeurs occultes, aux
allures furtives, aux sens veills. Si l'intrt est grand, la
difficult d'observation n'est pas petite. Il faut pier l'animal,
l'attendre avec une inbranlable patience et savoir profiter de
l'occasion  l'instant mme o elle se prsente. Cette occasion, aprs
l'avoir guette des mois et encore des mois, un jour, tout  coup, elle
surgit avec une facilit d'examen, une clart dans le dtail, qui
ddommagent de la longue attente. J'ai ainsi pu rcolter, malgr les
multiples difficults de la tche, d'intressants documents et de
nombreux clichs pris sur le vif.

Les contres de l'Est africain, de l'Uganda et du Congo belge, sur
lesquelles ont port mes investigations zoologiques, sont loin de
possder une faune ornithologique et mammalogique semblable. Les
diffrences profondes qu'elles prsentent au point de vue du relief du
sol et partant au point de vue climatrique font que chacune d'elles est
en quelque sorte caractrise par une flore et des espces animales
particulires.

Inversement, il est exact de dire que, dans les mmes conditions de
relief de sol et de climat, la flore et la faune se retrouvent
trangement semblables  elles-mmes  des centaines de kilomtres de
distance.

Il existe videmment un grand nombre d'espces qui, par suite de leur
mallabilit, de leur facilit d'adaptation aux diffrents milieux, ont
tendu leur habitat sur toute la zone tropicale, mais le plus grand
nombre se sont confines dans des contres bien dfinies qui leur
assurent une nourriture conforme  leurs besoins et une protection
suffisante.

C'est ainsi que les grands herbivores et les fauves qui en vivent
abondent dans les glands espaces herbeux, que les antilopes de plus
petite taille, les petits rongeurs et carnassiers, htes des brousses
basses, s'accommodent en gnral des rgions habites par l'indigne;
que les singes arboricoles affectionnent les rives boises des cours
d'eau et que les mammifres amphibies recherchent le voisinage des
estuaires et des grandes rivires.

GAZELLES ET BUBALES

Jetons un coup d'oeil sur la faune des plaines et des grandes steppes.
C'est le vrai domaine des herbivores, c'est l que nous trouverons,
runies en troupeaux souvent innombrables, ces antilopes de toutes
tailles et de tout poil qui constituent pour le voyageur un si curieux
spectacle dans les grandes plaines traverses par l'Uganda Railway par
exemple.

Voici de bien mignonnes petites btes: taille effile, tournure svelte,
costume crme avec charpe noire sur le ventre, tel est le signalement
sommaire des gazelles de Thomson. Hautes comme un chevreau, elles sont
l une dizaine, le chef arm de leurs petites cornes anneles, broutant
les pousses vertes qui vont reconstituer la prairie dtruite par le
grand flau des feux annuels. Peu mfiantes en gnral l o elles ne
sont pas trop poursuivies, elles laissent facilement approcher
l'observateur si celui-ci a pris la bonne prcaution de se mettre sous
le vent.

Mais la plus mfiante s'est alarme: c'est une jeune mre accompagne de
son petit haut comme un caniche; elle a lev la tte, fix le chasseur
en mastiquant la dernire bouche d'herbes folles, remu vivement le
petit appendice blanc et noir qui lui sert de queue et aussitt,  ce
signe d'inquitude, tout le groupe s'est alarm, toutes les petites
queues se sont agites, et la harde s'en est alle en trottinant,
conduite par la plus avise.

Plus loin, voici des gazelles plus fortes, mais tout aussi gracieuses,
ce sont des Grant.

Plus clectiques que leurs petites cousines de Thomson, elles broutent
avec entrain aussi bien dans la plaine dnude que dans les rochers
buissonneux, domins  et l par de rachitiques mimoses pineuses.

Le mle, d'un chantillon plus fort que ses compagnes, relve de temps
en temps la tte, montrant une admirable paire de cornes anneles,
arques en arrire, presque hautes comme lui-mme, une robe plutt
isabelle et une ceinture noire aussi, mais d'un noir moins franc.

D'une contre  l'autre,  quelques lieues de distance, les cornes de
cette antilope varient de forme et crent ainsi des sous-espces locales
dont la plus typique certainement la gazelle de Roberts _(Gazella
Robertsi)_, dont les cornes divergent d'extraordinaire faon.

Quel est cet escadron bizarre, et, quelque peu ridicule qui vous suit
des yeux avec obstination? Ce sont des bubales. Ah! les bubales:
providence et dsespoir du chasseur.

Providence, car ils sont partout et font la base du garde-manger;
dsespoir, car ils se constituent souvent les sentinelles des troupeaux
sans malice et les entranent dans leur fuite perdue au moment mme o
vous alliez faire le plus intressant des clichs ou le plus rare des
coups de fusil.

Bien souvent, des scnes se passent comme celle-ci: avec la prudence et
la souplesse du chat qui guette sa proie vous vous tes gliss en
rampant dans les herbes folles, votre front moite, vos reins courbaturs
mritent bien la rcompense: un bel lan aux cornes spirales broutant
sans soupon l'herbe sauvage. Hlas! un bubale vous a vu! Il part de son
trot lastique et saccad dans la direction de votre gibier, se plante
en face de vous, droit comme un I, ternue, donne l'alarme et s'enfuit
d'un galop grotesque, lent et rythm, entranant l'autre  sa suite.
Lorsque cette scne s'est renouvele quelquefois vous devenez l'ennemi
irrductible de ces pauvres congoni, nom que leur donnent les
indignes, et vous ne pouvez plus les voir sans tre pris d'une rage de
destruction irrflchie.

[Illustration: lan femelle allant, dans les roseaux, s'abreuver  un
ruisselet.--_Photographies du Dr E. Gromier._]

[Illustration: Les curieux de la steppe africaine: quatre bubales
intrigus par le photographe.]

Comme les Grant, et comme, en gnral, tous les animaux africains, ces
bubales varient d'une contre  l'autre. La forme des cornes, les
proportions, la robe, varient sensiblement, crant ainsi des
sous-espces.

Dans certains districts loigns les uns des autres et trs dlimits,
on trouve un parent du bubale, mais moins disgracieux, le chanfrein
moins disproportionn, la croupe moins fuyante, la robe d'un beau brun
roux: c'est le topi. On le rencontre dans le Jubaland, dans les
districts au sud du Rodolphe,  des centaines de kilomtres plus loin
aux sources du Nil, dans la valle de la Ronts-chourou et dans les
plaines au sud du lac Albert-Edouard. A Witschoumbi, j'ai vu 1.500 topis
en un seul troupeau.

Je n'ai pas l'intention de passer en revue, mme rapidement, toutes les
antilopes des steppes, je sortirais du cadre de cet article. Cependant,
je mentionnerai encore deux espces des grands espaces dnuds, les gnus
d'abord, ces curieux animaux qui tiennent du cheval par la queue, la
crinire et les ruades, du boeuf par la tte et les cornes, de l'antilope
par la souplesse et les moeurs, du bison d'Amrique par l'allure
gnrale; et les oryx, si jolies dans leur robe isabelle, leur chanfrein
harnach, leurs longues cornes effiles et parallles qui ont donn
naissance autrefois  la lgende de la licorne.

L'LAN ET LE ZBRE

Je veux dire quelques mots d'un hte important des forts  clairires
et de la savane: l'lan. C'est un animal superbe, la plus grande
antilope africaine. J'ai tu des mles d'une taille et d'un poids
considrables. Le cou muscl comme celui du taureau, termin trs prs
de terre par un fanon prominent, soutient une tte lgante, anime de
beaux yeux fort doux, et surmonte d'une paire de cornes tordues sur
leur axe trs volumineuses et lourdes. L'espce de l'Ouest et du Centre
africain, dite _Taurotragus derbyanus_, est la plus grande, ses cornes
atteignent parfois le poids de 20 kilos et une longueur d'un mtre. Cet
animal, pendant la saison des amours, vit en petites hardes d'un mle
accompagn de cinq  six femelles, puis les sexes se sparent.

J'ai pu approcher l'lan de fort prs; un jour mme, mon ami Barbezat et
moi, arms de nos appareils photographiques, sommes arrivs en rampant 
une dizaine de mtres d'une petite harde dont nous avons pris
simultanment quelques clichs.

[Illustration: FAUNE D'AFRIQUE.--Surprise  l'abreuvoir, une harde de
zbres s'enfuit au galop. _Phot. du Dr Em. Gromier_]

[Illustration: Un escadron de zbres.]

[Illustration: Un grand rhinocros mle fait la sieste sous un maigre
mimosa, pineux. Sur son dos des oiseaux cherchent des parasites.]

[Illustration: Une girafe mle gigantesque et un girafon, surpris par le
photographe, restent un instant immobiles avant de prendre leur galop.]

FAUNE D'AFRIQUE _Photographies du Dr mile Gromier._

C'est une antilope facile  tuer, cependant, comme elle est puissante et
son cuir pais, le chasseur doit employer des balles pleines. Ayant tir
au coeur,  trente mtres, un norme et vieux taureau, celui-ci fit un
bond, dcocha une ruade et resta immobile. Je tirai de nouveau: l'animal
fit une cinquantaine de mtres au trot. Outr de ma maladresse et
croyant avoir manqu le coeur malgr la proximit, je tirai une
troisime balle sans rsultat. Un quatrime coup eut raison enfin de la
bte qui s'croula; il tait temps, mes hommes, goguenards,
chuchotaient, et mon prestige en souffrait. Mes quatre balles pleines
taient au coeur o elles avaient opr de simples pertuis, venant
ensuite s'arrter contre la paroi costale oppose. Si la distance avait
t plus grande, les dgts eussent t plus importants, bien entendu.

Si l'on veut enrayer la disparition de cette espce, intressante,
belle, et facile  domestiquer, il faudra employer des moyens
nergiques, car elle offre une cible large, elle est lourde dans la
fuite, peu mfiante, et sa reproduction est mdiocre.

Dans les fourrs pineux de l'Est africain, du Cap  l'Abyssinie,
jusqu' 3.000 mtres d'altitude, on trouve la plus belle de toutes les
antilopes: le coudou.

De grande taille, de formes lgantes, la robe d'un brun roux stri de
quelques lignes blanches parallles, la tte petite surmonte de la plus
admirable paire de cornes spirales qu'il existe, c'est un animal
magnifique.

Trs furtif, on l'aperoit rarement au clair et dans les bush pais o
il se tient le jour, sa recherche est malaise et son approche trs
difficile. Il se nourrit de feuilles et de bourgeons, et vient souvent,
le soir, patre l'herbe des clairires.

Il existe un petit chantillon de l'espce, le lesser-kudu des Anglais,
_Strepsiceros imberbis_, assez abondant dans l'Est africain. Dans le
British-East-Africa notamment, il existe un peu partout entre les
stations de Tsavo et de Makindu. Je conseille au sportsman de s'arrter
 la station de M'toto-Ande, sur l'Uganda Railway, et de diriger ses
recherches avec un bon guide de la tribu des War Kmba entre la voie
ferre et la base du massif des Ongolea.

A ct de toutes ces antilopes, il ne faut pas oublier leur compagnon
presque insparable: le zbre. Il en existe plusieurs espces qui
varient par la taille, par le nombre et la disposition des rayures,
nulle n'est plus belle que le zbre de Grant color par les rayons si
riches du soleil quatorial. L'espce la plus favorise au point de vue
de la taille est le zbre de Grvy, spcial au Somaliland et qui
n'atteint pas au sud l'quateur. Son domaine est mme curieusement
dlimit par la rive gauche du fleuve Guaso-Nyiro, qui dcrit un vaste
arc de cercle autour du puissant massif de Knia et va se perdre dans un
immense marcage, le Lorian.

Le zbre est si peu mfiant, si peu rsistant  la balle, si lourd, et
offre une telle cible que le tirer n'est plus du sport, mais du
massacre, ce sont donc les novices ou les disciples de Costecalde qui se
livrent  cet exercice.

Cependant, un imprieux besoin de viande oblige quelquefois  en
sacrifier. La chair est rouge, semblable  celle du boeuf et excellente 
mon got; les colons, pourtant, la ddaignent, en gnral.

Tous ces beaux animaux de la steppe ont actuellement une vie bien
prcaire, constamment obligs de surveiller les quatre points de
l'horizon, le jour,  cause de l'homme acharn  leur perte, ils doivent
se garer encore, la nuit, des entreprises du lion.

LA VIE ET L'HUMEUR DES LIONS

Le grand flin, que je ne nommerai pas roi des animaux, rservant
cette appellation honorifique au seul qui la mrite, l'lphant, existe
partout o il y a des herbivores en dehors des forts. Il n'est pas rare
dans la savane, il est extrmement abondant dans les steppes o la vie
animale pullule et se tient surtout  leurs confins,  cause dos
couverts.

Il excelle  se dissimuler et dans un pays que vous parcourez chaque
jour en long et en large, vous n'avez que bien rarement l'occasion d'en
rencontrer alors que, la nuit, vous l'entendez rugir de tous cts.
Cependant, en battue, on arrive  le dbusquer de sa retraite qui est
souvent au bord d'un cours d'eau, dans les buissons pineux, les ajoncs
et les hautes gramines de la rive.

Quelquefois, dans les pays rocheux, il est tapi  l'ombre d'un bloc,
dans une anfractuosit, dans une grotte, ou plus simplement sous un
petit acacia pineux formant parasol.

Par des nuits trs toiles, sans lune, je pouvais compter exactement
tous les lions qui m'entouraient grce  leurs prunelles. Il ne s'agit
pas l de phosphorescence, bien entendu, mais, comme chez tous les
flins, y compris notre chat domestique, l'oeil reflte la lumire qui
le frappe sous une certaine incidence.

Quand j'tais dbutant en Afrique, je me rappelle qu'un soir nous tions
couchs, M. Brandon, un charmant Anglais, M. Klein, un jeune Amricain,
et moi sous un petit mimosa pineux, dans la steppe sauvage; vers le
milieu de la nuit, nos noirs vinrent, tremblants, nous avertir que nous
tions entours de lions. Ils nous montraient des lueurs jaune verdtre
qui se mouvaient. Je ne pouvais que me rendre  l'vidence: six lions
rdaient autour de nous, et chaque fois qu'ils nous fixaient on voyait
admirablement leurs six paires de prunelles, ainsi que le jeu de leurs
paupires. Depuis, j'ai pu faire souvent la mme constatation.

Le lion est timide le jour, au moins dans les pays o il est trs
poursuivi; s'il entend ou sent le chasseur blanc (il fait parfaitement
la diffrence entre l'Europen et l'indigne) et qu'il soit bien tapi,
il ne bouge pas; sinon, il se drobe rapidement.

S'il est surpris, il peut adopter, suivant son humeur, plusieurs
attitudes. D'assez loin sur une proie, il vous regarde fixement,
retrousse les babines comme pour lcher un juron, pivote sur lui-mme et
s'en va lentement, la tte basse sans se retourner, faisant comme si
vous n'tiez pas l. Vous voyez un animal beaucoup plus grand et plus
long que vous ne vous y attendiez, puissant, muscl, marchant sans
lgret, la queue raide, les deux omoplates saillant alternativement.
Sa robe trs claire le fait paratre blanchtre dans les herbes roussies
par le soleil, seule sa crinire, s'il en a, tranche en fauve ou en noir
sur l'ensemble. Ne vous y trompez pas, ce lion profitera du moindre
obstacle, un groupe d'arbres, un rocher, un mouvement de terrain qui le
masquera pour partir  fond de train et disparatre  longues foules.

Le plus souvent, un lion surpris de prs sur sa proie fuit au petit trot
ou au galop, quelquefois pourtant il esquisse un mouvement en avant;
c'est tantt une action de dfense rflexe, tantt une faon de vous
tter. La tte est haute, il vous regarde bien en face, retroussant par
intervalles les babines, montrant les dents, ses oreilles sont couches,
il ronchonne et grommelle, la queue se tortille de droite et de gauche,
surtout  son extrmit qui est plus mobile; puis la prudence reprenant
le dessus et en face de votre immobilit ou devant votre geste
d'pauler, il tourne sur les talons et se drobe.

Autre attitude, si vous avez affaire  un lion peu commode ou bless: il
baisse la tte en grondant et en montrant les dents par intervalles,
faisant le geste de mordre de ct, la queue s'agite avec prcipitation,
il rugit par saccades, dcouvre carrment ses crocs en retroussant les
lvres, couche les oreilles, part sur vous au trot, puis, levant
brusquement la queue, prend le galop sans cesser de vous fixer avec
fureur et en accompagnant chaque bond d'un rauquement rythm.

Chasseur, du sang-froid! Si vous tes sr de vous-mme attendez et
placez bien votre balle expansive, le lion n'ira pas plus loin et vous
aurez l'orgueil d'avoir triomph d'un grand pril. Sinon, ayez un noir
expriment et sr qui vous passera en cas de charge deux coups de
chevrotines. Ce n'est plus du sport, mais vous serez sauf et votre
ennemi cribl. Il n'existe, en face d'une charge, que ces deux
solutions.

Le lion est dou d'une grande force musculaire. videmment, je ne l'ai
jamais vu sauter une barrire avec un boeuf aux dents, comme on l'a
racont, mais les manifestations de sa force auxquelles j'ai assist
m'en ont pourtant donn une haute ide.

Un matin, sur les flancs du mont Donyo-Sabuk, dans l'Est africain
anglais, un indigne Masa accourt m'avertir que le cheval d'un Europen
absent vient d'tre tu par des lions.

Je me rends en hte sur les lieux et constate que la porte d'une petite
curie en bois a t force, que le cheval a t tu  l'intrieur et
tir au dehors par les fauves. Ceux-ci, alourdis, ne doivent pas tre
loin. Je prends quelques hommes avec moi pour battre un petit ravin.
Effectivement, les lions, car ils sont deux, un mle et une femelle,
sortent au pas d'un buisson pineux o ils taient tapis, ils sont
gorgs de viande et leur ventre norme trane presque jusqu' terre. Je
les vise dans mon oculaire photographique 9x12; mais, les apercevant
mal, je prends le pas de course pour me rapprocher autant que possible.
Inutiles efforts, les deux fauves se dcident  prendre le galop et 
remonter la pente de la montagne  une allure que je ne puis soutenir.
Quelques instants aprs ils rentrent dans un bois sombre o je ne me
risque pas  les suivre. Je change alors mes batteries et dcide de
photographier les lions la nuit suivante. Pour cela, j'appelle tous mes
hommes disponibles qui, s'attelant au nombre d'une trentaine, arrivent
avec une peine inoue  dplacer de quelques mtres le cadavre du grand
cheval blanc, de faon  le mettre dans une position plus favorable 
mon afft. Je fais construire une petite cabane en branchage pineux,
installe mon magnsium et mon appareil photographique en bonne position
et je descends au camp.

Le soir, je me rends  mon afft, sur les flancs de la montagne, en
recommandant  mes hommes de monter au premier coup de fusil.

Le soleil va se coucher  l'horizon des grandes plaines que je domine,
ses rayons lui font comme une aurole incandescente, son disque rouge
parat norme dans la brume lgre du soir.

La nuit vient et son silence n'est plus troubl que par le claquement du
bec de l'engoulevent au vol feutr engloutissant quelque coloptre, ou
par le chant vraiment euphonique d'une sorte de rapace nocturne grenant
ses notes perles.

Je m'introduis dans mon petit rduit pineux, et les sens aux aguets,
calme, avec l'indiffrence que cre l'habitude, je rve, pour tromper
l'attente,  la patrie lointaine, aux tres aims laisss si loin,
l-bas...

Il peut tre 10 heures quand le silence est rompu par des froissements
dans les grandes herbes. C'est alors que l'esprit travaille et que la
sagacit du chasseur s'essaie  interprter les sons pour en dduire
leur auteur; car chaque animal a son allure, qu'il est facile de
dterminer  l'oreille avec un peu d'habitude.

J'arrive, au bout de quelques minutes,  me rendre compte que ce sont
bien des lions qui avancent. Ils avancent, mais d'une faon
intermittente, ils font 20 ou 30 mtres et restent immobiles de longues
minutes avant de faire de nouveau quelques pas. Ces animaux sont
videmment en mfiance, ayant t drangs le matin mme et sachant la
prsence d'un chasseur dans la rgion.

Je n'insisterai pas sur la dose de patience qu'il faut dployer dans ces
circonstances, je dirai seulement que ces lions mirent plus d'une heure
certainement  franchir la distance qui les sparaient de mon appt,
lorsque je commenai  les entendre.

Enfin,  un moment donn sous la lune blafarde, fantmes blancs
immobiles en face de moi  exactement 7 mtres, j'aperois un magnifique
lion et une lionne. Ils me fixent sans un mouvement et me voient
certainement. Pensant qu'ils vont peut-tre fuir sans toucher au
cadavre, je me prpare  dclancher mon magnsium, lorsque d'un commun
accord ils se jettent sur le cheval, l'empoignent non avec la gueule,
mais avec les griffes de devant et s'arc-boutant sur le train de
derrire ils le tirent  eux pour l'emporter...

Je fais exploser mon magnsium, une lueur intense m'blouit,
accompagne d'une dtonation trs forte provoque par un malheureux excs
de poudre. Mes hommes croient  un coup de fusil, une immense clameur
monte de la valle clbrant la mort probable du simba couboua (grand
lion) qu'ils avaient aperu le matin mme, et trente torches illuminent
bientt le paysage.

Je renvoie tous mes gens en leur recommandant expressment de ne revenir
qu' la troisime dtonation de mon fusil.

Je m'installe de nouveau dans mon rduit, m'entoure d'une grosse
couverture, car je suis transi par le froid relatif des nuits
africaines, pose ma carabine Mannlicher  ma porte, bien dcid cette
fois  faire une fin au grand lion.

Je suis  peu prs sr que les fauves reviendront, car leur audace
prcdente prouve leur apptit. Ce sera long, videmment, mais je suis
arm d'une inbranlable patience.

Ma patience fut mise  trop forte preuve, hlas! car je m'endormis...
et, lorsque je m'veillai, le cheval n'tait plus l! Les lions taient
venus, avaient empoign le lourd cadavre et l'avaient tran  plus de
100 mtres de l sur une pente assez forte,  travers les hautes herbes
et les ronces. Ils avaient russi  deux le travail de trente hommes...
Belle manifestation de leur force musculaire que je tenais  signaler.

Je ne sais rien de plus formidable, de plus beau et de plus
impressionnant que le rugissement du lion dans son domaine sauvage. Il
est rare de l'entendre avant les dernires heures de la nuit, car
auparavant le flin chasse et il est silencieux. Mais, ds qu'il a
triomph et que son apptit est satisfait, il l'exprime  pleine gueule.
Aux quatre coins de l'horizon, les lions se rpondent ainsi, et c'est un
concert d'une grandeur et d'une sauvagerie incomparables!

Si la rencontre du grand flin m'a vite laiss sans motion, sa grande
voix m'a toujours impressionn vivement et certaines nuits je ne pouvais
m'endormir tant j'tais empoign.

Une nuit, mon domestique personnel vint tout tremblant me rveiller:
Bouana ico simba arbani!, Monsieur, il y a ici quarante lions. A la
clart de la lune blafarde, j'aperus vingt-quatre lions qui buvaient 
tour de rle  une flaque d'eau prs de laquelle nous nous trouvions.
Allant et venant, ils enjambaient et flairaient mes hommes rouls par
terre dans leurs couvertures. Leur soif tanche, ces lions repus s'en
allrent comme ils taient venus, nous gratifiant peu aprs du plus
magnifique concert.

Contrairement  ce que l'on croit gnralement, les lions ne se
nourrissent pas seulement de viande frache et palpitante, ils
s'accommodent admirablement des chairs putrfies. A l'afft, derrire
un cadavre de rhinocros, je les voyais la nuit venir humer les effluves
pouvantables, le nez au vent, paraissant se complaire tellement  cette
crmonie qu'ils la renouvelaient plusieurs nuits de suite, comme le
chasseur qui hume avec volupt le fumet de la bcasse pour savoir si
elle est  point. C'tait, d'ailleurs, le cas, car ces lions, ne pouvant
entamer le cuir pais de la lourde bte, attendaient que la
dcomposition et fait son oeuvre.

Il n'y a pas plusieurs espces de lions. Dans une contre
particulirement sche il y a plus de probabilit, videmment, de
rencontrer des lions gris jauntre avec une faible crinire, ou mme
sans cet ornement, mais on y rencontre aussi des lions dous d'un
systme pileux plus dvelopp.

Dans la valle du Kdong (Rift Valley), prs de la capitale de l'Est
africain anglais, Nairobi, il y avait en 1911 et mme encore en 1912 un
lion colossal bien connu des chasseurs anglais, que j'ai traqu moi-mme
sans succs  plusieurs reprises, et qui tait dou d'un systme pileux
brun rousstre au moins aussi dvelopp que celui des plus beaux
spcimens de nos mnageries. Il faisait partie d'une bande de fauves
gris jauntre dont plusieurs n'avaient aucune crinire. J'ai vu d'autre
part, dans une mme troupe, un lion sans crinire, deux lions avec une
courte crinire rousstre et un grand lion  petite crinire noire. Sur
la quantit de lions mles qu'il m'a t donn d'apercevoir, je n'en ai
peut-tre pas vu deux absolument semblables et il ne m'a pas t
vraiment possible de les classer en espces particulires.

L'ANIMAL TLESCOPE

L'animal typique de la savane est la timide girafe. Ce n'est pas un
animal, c'est un tlescope dont l'approche est d'une extrme difficult.
Immobile, son mimtisme la rend presque invisible; sa robe se marie
admirablement avec le paysage. L'espce du Kilima-N'djaro, dite de
Schillings, prsente mme en guise de taches de vritables feuilles de
platane.

Apeure, la girafe fuit au galop. Ce galop est lent (j'ai calcul que
l'animal accomplit une foule toutes les quatre secondes), mais ces
foules sont immenses et la vitesse est extrme dans tous les terrains.
Pendant la fuite, le grand cou dcrit un mouvement lent et rythm de
balancier d'avant; en arrire; tandis que la queue aux longs poils noirs
est releve en arc de cercle sur le ct gauche. Cet animal gigantesque
est encore trs abondant et subsistera partout o on voudra se donner la
peine de le protger comme dans les colonies anglaises. Malheureusement
partout ailleurs on le massacre par lucre ou simplement pour le plaisir.
N'ai-je pas lu qu'un sous-officier du Chari avait ananti tout un
troupeau en quelques minutes? Triste exploit!

Cet animal atteint parfois des proportions considrables dont la belle
girafe du Jardin d'Acclimatation peut donner dj une ide. La girafe
vit par petites hardes, d'un grand mle roux sombre, de cinq ou six
femelles roux clair et de deux ou trois girafons caf au lait. Rarement,
elle se runit en grands troupeaux; cependant j'ai vu ensemble
trente-deux girafes, dont je n'ai malheureusement pu prendre qu'un bien
mauvais clich.

La girafe vit aux dpens des mimoses de la savane.

La harde est l, immobile, devant les sveltes mimosas pineux; les
mouvements sont lents et compasss, les lvres prhensibles projetes en
avant saisissent dlicatement les pousses terminales, la queue fouette
les flancs, les oreilles sont couches, les yeux clignotent pour viter
les pines, de temps  autre une langue rose s'introduit dans chaque
narine.

Le grand mle noisette, au dos brun noir, prend l'amble et va explorer
un mimosa voisin que sa tte claire domine.

Alerte! Il a aperu l'observateur: il fait demi-tour et se plante droit
comme un I, oreilles en avant. Aussitt ses six compagnes, comme  la
parade, l'imitent, se rendent compte du danger et, pivotant de nouveau,
tous s'loignent  longues foules.

LE RHINOCROS AVEUGLE ET FROCE

Parmi les animaux qui frappent l'imagination et dont je veux entretenir
le lecteur, il en est un qui frquente indiffremment la savane, la
brousse pineuse, et n'est point rare dans la steppe  condition qu'elle
prsente les quelques petits mimosas pineux dont il se nourrit: c'est
le rhinocros. Cet animal dtient deux records, celui de la laideur et
celui de l'inintelligence. Il est facile de l'approcher de trs prs,
car il est pratiquement aveugle et n'a pas une oue trs fine; seul son
odorat est excellent. Il ne faudrait pas se fier  son aspect massif et
lourdaud, car il est capable de galoper dans les terrains les plus
extraordinaires et on le rencontre dans les montagnes abruptes comme
dans les plaines. Si le rhinocros sent l'homme de loin, quelquefois il
fuit au galop, le plus souvent il charge sur l'odeur. De prs, il charge
toujours sans hsiter, avec furie, sa petite queue grotesque  peine
longue de 50 centimtres menaant le ciel. Cette charge est rapide et
dangereuse si on ne sert pas du vent. Il est d'ailleurs facile et de
toute ncessit de courir rapidement  angle droit de faon  faire
perdie l'odeur  l'animal irascible. Drout, il s'arrte net, tourne
sur les talons et fuit souvent au galop pendant des kilomtres.

Il a comme parasite un oiseau, le _Buphaga erythroryncha_, gros comme
une grive et marron comme elle, qui lui tend les deux services de le
dbarrasser de ses tiques et de l'avertir du danger. Un jour que
j'approchais, prt  prendre,  quelques mtres, un curieux clich de
deux rhinocros endormis, les oiseaux parasites s'envolrent en
crissant, rveillant les deux grands animaux qui, instantanment, se
prcipitrent sur moi qui n'tais nullement masqu dans la plaine rase.
Je dus sacrifier presque  bout portant l'un d'eux pour ma dfense.

Le rhinocros n'est pas dur  tuer,  condition de le tirer au coeur,
qui est volumineux et facile  reprer. Une balle pleine suffit  en
avoir raison.

Dans certaines rgions, trs boises, cet animal est encore assez
abondant pour constituer un certain danger, pour les caravanes qu'il
charge sans qu'on sache d'o il vient et o il va. Nous tions
quelquefois chargs plusieurs fois par jour, mes hommes et moi, sans
apercevoir notre ennemi, tant tait dense la vgtation. Inutile
d'ajouter que mes malheureux colis, rgulirement prcipits  terre par
leurs porteurs, taient soumis  une bien rude preuve.

Dans l'Est africain, lorsque je dsirais rencontrer un rhinocros pour
mes photographies, je montais sur une minence et, arm de ma lunette
Zeiss, j'explorais minutieusement les alentours; il tait rare que je ne
visse point un ou plusieurs rhinocros.

... Aujourd'hui ils sont trois dans le champ de mon observatoire. L'un
d'eux somnole dans l'herbe, au gros soleil, ses quatre pattes replies
sous lui. Il ressemble  s'y mprendre  une termitire, d'autant plus
qu'il est couvert de la mme terre rougetre; seules les alles et
venues des gros cornets qui lui servent d'oreilles attestent la vie de
sa grosse masse.

Une grande femelle aux cornes remarquablement longues erre d'un pas
lent, broutant des acacias rachitiques couverts de grosses noix de
galle, d'pines droites et blanches et de fourmis noires. Des oiseaux
brun roux, au bec corail et aux yeux rouges, courent, sur son grand
corps comme nos pics autour de leur arbre. Quand ils sont par trop
indiscrets et s'agrippent aux oreilles, la lourde bte les secoue
violemment pour s'en dfaire. Mais on sent une union troite entre ces
parasites et leur hte, l'un pre nourricier, les autres avertisseurs.

Le troisime rhinocros est un vieux mle, maigre, efflanqu, dont les
ctes simulent les grillages de bois d'une cage  poulets. Ses oreilles
dchiquetes attestent son ardeur  provoquer ses rivaux lors des
comptitions amoureuses de ses jeunes annes. Son oreille gauche est
mme perce d'un gros trou rond comme  l'emporte-pice. Paisiblement,
en vieux philosophe dsabus, il somnole  l'ombre problmatique de
l'ternel mimosa pineux de la steppe.

De temps  autre il changera de place pour suivre l'ombre mouvante de
l'arbuste, jusqu'au soir, dont la fracheur l'engagera  reprendre la
monotonie de ses promenades nocturnes. Il se livrera alors avec volupt
aux douceurs des bains de boue, il s'abreuvera  longs traits  la mare
bourbeuse qui sert  toute la faune du district, il marchera toute la
nuit arrachant de-ci de-l quelques feuilles ou quelques branchages
terminaux qu'il mastiquera avec un bruit rude de molaires.

LE PLUS DANGEREUX ANIMAL DE l'AFRIQUE

Un animal fort dangereux, et je ne crains pas de dire le plus dangereux
mme de l'Afrique, est le grand buffle de Cafrerie dont le domaine est
tendu dans tout l'Est africain et qui est remplac au Centre et 
l'Ouest par une espce de taille moins considrable, mais d'humeur tout
aussi vindicative.

Animal des bois, on le voit rarement au clair, sinon au lever et au
coucher du soleil. Les mles sont d'une musculature et d'une puissance
tonnante, dont nos taureaux ne peuvent donner aucune ide. Les cornes,
fort belles, prennent souvent avec l'ge de grandes proportions, le poil
noir brillant est souvent rare chez les vieux mles. J'ai tu des
taureaux qui portaient de longues cicatrices parallles dues aux griffes
du lion dont ils s'taient dbarrasss victorieusement.

Le buffle est dur, une balle solid bien place au coeur en a pourtant
raison, malgr l'paisseur de son cuir. Mal place, le danger est grand,
la charge est foudroyante et difficile  arrter  temps; d'autre part,
quelquefois l'animal bless se cache et fond sur le chasseur 
l'improviste pendant qu'il suivait imprudemment sa piste. La meilleure
arme pour le buffle est l'express double 450-500.

Le buffle de Cafrerie a t fort prouv il y a quelques annes par la
grande pidmie de peste bovine qui a svi sur le sud du continent et a
atteint la rgion des grands lacs elle-mme. Des mesures de protection
ont permis aux troupeaux de se reconstituer en partie et dans l'Uganda
on parlait, lors de mon passage, d'en rendre la chasse absolument libre
pour quelque temps de faon  en limiter le nombre. Je ne puis m'tendre
davantage sur cet animal pourtant si intressant, et je passe au vrai
roi des animaux, au plus intelligent, au plus formidable, et, je ne
crains pas de le dire, au plus beau de tous: l'lphant d'Afrique...

DR MILE GROMIER.

_A suivre._--Droits rservs.

[Illustration: lphants cueillant des pousses nouvelles dans un fourr.
_Phot. du Dr E. Gromier._]



[Illustration: LA MODE AU DERBY DE CHANTILLY.--Les gracieux effets et
les surprises du contre-jour. _Photographies Agi et B._]

Des robes souples, vaporeuses, enveloppantes, o la mousseline de soie,
la prcieuse dentelle, le tulle neige, la fine charmeuse, souligns de
gros rubans, font merveilles, des chapeaux qui supportent toutes les
fantaisies de l'aigrette et du paradis ou qu'orne encore le tulle,
dispos en grands nouds lgers: tels sont apparus, dimanche pass, en
cette belle runion de Chantilly, o se courait le Derby franais, les
derniers produits de la Mode, dcidment pare pour les ardeurs de
l't... Cette fois-ci, les photographes se sont plu  saisir en
contre-jour quelques-unes des lgantes qui remplissaient le pesage. La
prcaution tait ncessaire pour obtenir des images o tous les dtails
fussent mis en valeur, et non pas absorbs par l'clat direct du soleil:
on lui doit aussi--car l'instantan est impitoyable--cette silhouette
inattendue de jeune femme, un peu trop sommairement vtue sous sa robe
arienne et surprise par l'objectif avec une cruelle indiscrtion.

[Illustration: L'investissement, par la force arme, de la maison o
s'taient enferms les meurtriers.]

[Illustration: La police pntre dans une maison d'o elle pourra
surveiller les assigs.]

[Illustration: Les meurtriers capturs sont emmens en automobile.]

[Illustration: La garde de la maison enleve d'assaut. _Photographies
Tab Kope._]



La capture des meurtriers du grand vizir Mahmoud Chefket.

A CONSTANTINOPLE

Pas un instant la tranquillit de Constantinople n'aura t trouble
aprs l'assassinat de Mahmoud Chefket pacha et deux jours  peine auront
suffi pour arrter ses meurtriers. Tout l'honneur en revient  l'nergie
du gouverneur militaire Djemal bey et du prfet de police Azmi bey.

La recherche des assassins a donn lieu  un pisode mouvant. Ceux-ci
s'taient rfugis  Pra dans un immeuble de la rue Pir Mehmed o la
police les dcouvrit. Ils s'y dfendirent avec acharnement durant trois
heures.

Agents et pompiers occupaient les alentours de la maison, le doigt sur
la gchette de leur fusil. Ds le dbut de l'affaire, un officier, Hilmi
bey, fut bless mortellement. La police avait pntr dans la maison
sise en face de l'immeuble assig. Assassins et agents changeaient de
l coups de fusil et coups de revolver. Cependant d'autres policiers,
avec le prfet  leur tte, entraient dans une maison mitoyenne de celle
occupe par les meurtriers, faisaient sauter les cloisons et
s'emparaient de trois hommes, le capitaine Kiazim, le lieutenant Ali bey
et un certain Chefky qu'une automobile emportait aussitt  la prison de
la cour martiale.

Les funrailles du grand vizir se sont faites avec pompe. Les fils du
sultan suivaient le corps qui, les prires faites  Sainte-Sophie, fut
transport sur la colline de la Libert pour y tre inhum parmi les
soldats morts  la bataille de Constantinople (24 avril 1909) que
commandait Mahmoud Chefket pacha.

Un grand ministre s'est aussitt constitu. Nous y voyons figurer les
noms que les rcents vnements de Turquie ont rendu les plus clbres:
Izzet pacha, Mahmoud pacha, Talaat bey. La tche est norme, souhaitons
qu'ils y suffisent, selon la formule turque, avec l'aide et la
misricorde de Dieu.

[Illustration: Tckuruk Soulou Mahmoud, ministre de la Marine.
Hadji Adil, ministre de l'Intrieur. Sad Halim, grand vizir.
Zia effendi. Hilmi effendi, fils du sultan.
Le nouveau grand vizir aux obsques du grand vizir assassin.--_Phot.
Tab Kope._]



[Illustration: Au Thtre Antique: les jeunes Arlsiennes, revtues du
costume local, dfilent devant Mistral et le saluent.]

LES FTES VIRGINALES D'ARLES

Des ftes pittoresques ont eu lieu dimanche et lundi derniers  Arles,
en Provence. Prs de quatre cents jeunes filles du territoire, ayant
nouvellement revtu le costume local qu'elles s'engagent  conserver,
sont venues recevoir, des mains de Frdric Mistral, le diplme
attestant cette solennelle prise de coiffe.

Le grand pote de Maillane est l'initiateur de cette conscration dont
l'origine remonte  1903. A cette poque, une vingtaine de jeunes
Arlsiennes seulement se rendirent, dans une salle du _Museon Arlaten_,
 l'appel des organisateurs: la _Festo Vierginenco_, la Fte Virginale,
tait fonde. L'anne suivante, le lundi de Pques, pour la premire
fois, elle fut rendue publique et clbre avec clat.

Mistral y parla devant un grand concours de peuple, et son allocution,
voquant le pass glorieux de la race, rendit hommage  la beaut de ses
femmes. _L'Illustration_ (9 avril 1904) consacra une page entire 
cette intressante manifestation rgionale qui, depuis, n'avait plus t
renouvele, dans Arles du moins.

Cette anne, par les soins du Syndicat d'initiative local, dont le
prsident, le docteur Urpar, a dploy la plus intelligente
persvrance, la crmonie s'est droule dans l'imposant dcor du
Thtre Antique, et elle a t prcde et suivie de divertissements
emprunts aux vieilles coutumes du pays d'Arles.

Le dimanche, aprs les aubades des tambourinaires, les jeunes filles,
ayant dfil une  une devant Mistral au Thtre Antique, se rendirent,
escortes d'une foule enthousiaste, aux arnes. On y vit les taureaux du
Pouly combattus  la mode provenale, les farandoleurs excuter les
danses traditionnelles, les _gardian_ se dfier au tournoi des charpes
et au jeu des aiguillettes. Puis le soir, dans le Thtre Antique
encore, impressionnant sous les clarts lunaires, une reprsentation
d'opra runit un auditoire innombrable; et les ftes se terminrent le
lendemain, aux plaines de Meyran, en Camargue, par une
_ferrade_--mouvant spectacle dont, au cours d'une rcente excursion aux
Saintes-Maries-de-la-Mer, les invits des _Annales_ ont connu le
frisson--cavaliers et pitons, aux prises avec le jeune taureau qu'il
faut parvenir  terrasser, y rivalisrent de courage et d'audace, pour
gagner un sourire de celles en l'honneur desquelles la fte tait
donne.

[Illustration: Ftes arlsiennes: la _ferrade_, dans l'arne improvise
des plaines de Meyran, en Camargue. _Photographies Chusseau-Flaviens._]



CE QU'IL FAUT VOIR

LE PETIT GUIDE DE L'TRANGER

Les gens de sport ont leurs grandes semaines. Le petit monde des
thtres a sa grande Quinzaine; et cette grande quinzaine s'ouvrira ces
jours-ci. C'est deux semaines d'motions trs fortes; de rires, de
larmes, d'enthousiasmes et d'attaques de nerfs. Il faut voir cela. Un
tranger qui aime Paris et qui a la curiosit de le bien connatre
commettrait la plus inexcusable des tourderies s'il se dsintressait
d'un spectacle aussi rare, et laissait passer les Concours du
Conservatoire sans essayer de conqurir le coin de loge ou le strapontin
d'o il pourra y assister.

Tous ces concours ne sont pas galement courus, et, pour moi, j'ai
cette faiblesse de m'intresser surtout  ceux que la foule nglige: aux
concours de contrebasse et de cor, de clarinette, de trombone et de
basson. Ceux-l sont les plus accessibles. Ils sont suivis par une
clientle discrte d'amis, de parents pauvres, de vieux amateurs et de
jeunes soldats. Les concurrents qu'on applaudit l ne s'lveront
presque jamais  la dignit de virtuoses. Ils occuperont obscurment
leur place en des orchestres civils ou militaires; ils y tiendront leur
partie avec utilit, et sans gloire.

Comme l'accompagnateur qui, assis au piano, soutient de ses dix doigts
le chant de la cantatrice qu'on acclame, ils seront, toute leur vie, les
_servants_ du succs des autres. Ce sont les proltaires de la Musique;
et ces concours sont pour eux d'inoubliables journes...

Car ce sont les seuls instants de leur carrire o ils auront eu
l'honneur de comparatre _seuls_ devant une salle o chacun d'eux est
attendu, et sparment entendu. Ils connatront la gloire du _solo_; un
accompagnateur, assis prs d'eux, au piano, les assistera modestement;
ils seront, pour cinq minutes, des vedettes; on les applaudira. Et, si
une rcompense leur est dcerne, ils seront de nouveau introduits en
scne par un appariteur en habit noir, interpells dans le silence de la
salle par un monsieur illustre qui prononcera les mots sacramentels:
Monsieur, le jury vous dcerne un premier prix. Dans le crpitement
des bravos, ils salueront encore, trs confus, trs heureux, tellement
mus qu'on les verra rire quelquefois,  cause d'une extrme envie de
pleurer... Et puis, le lendemain, ce sera la joie d'ouvrir les journaux,
d'y trouver, son nom, suivi d'apprciations logieuses de la critique;
ils pourront dire, tout comme Caruso, Pugno, Chaliapine ou
Nijinski: J'ai une bonne presse. Et ce sera fini pour toujours.
Confondus dsormais dans la foule des orchestres, ils ne seront plus,
sous le bton du chef, que deux mains qui s'agitent devant un pupitre,
autour d'une figure qu'on ne regarde pas. N'importe. Ils auront eu leur
minute heureuse, et l'impression dlicieuse de ce que c'est que la
gloire... Allez les voir vivre cette minute-l. C'est trs touchant, et
ce n'est pas ennuyeux du tout.

Et puis, vraiment, quelquefois, on tombe sur un solo de trombone ou de
contrebasse qui est fort agrable  couter.

Les sances consacres au piano et au violon sont plus dures, et vous
admirerez qu'une telle foule consente  s'craser en une salle o rgne
une temprature d'tuve, pour entendre le mme morceau jou trente ou
quarante fois de suite, et presque toujours trs bien! car on n'a mme
pas, aux concours du Conservatoire, la ressource d'entendre, de temps 
autre, le morceau trs mal jou qui vous reposerait des autres, et
donnerait du prix  ce qui va suivre. Tous sont d'une force
dcourageante. Mais l'auditoire qui est l ne se dcourage point. Il
pie les fautes, prend des notes, se pme aux traits heureux, compare et
commente avec passion... Il me semble qu'aux concours de violon et de
piano le spectacle, pour un observateur dsintress, est surtout dans
la salle.

Mais voici les grandes preuves! Le chant, l'opra, l'opra-comique, la
comdie!

Amis trangers, que le caprice de vos dplacements a fixs  Paris
dans le moment prcis o s'ouvre la srie des grandes preuves du
Conservatoire, ne manquez pas de mettre un hasard si exceptionnel 
profit. Coin de loge, ou simple strapontin, vous dis-je! Ce sera dj
bien joli si vous les obtenez.

En ces dernires annes, il n'tait pas trop difficile d'y russir. Un
sous-secrtaire d'tat aux Beaux-Arts, M. Dujardin-Beaumetz, s'tait
gnreusement avis de transporter du Conservatoire  l'Opra-Comique
les concours du Conservatoire. Cela lui donnait mille places de plus,
dont une partie tait distribue aux membres du Parlement. Et comme je
m'tonnais un jour que le Parlement prtendt envahir  lui seul la
moiti d'une salle de spectacle o, somme toute, il ne s'agissait que de
suivre une preuve scolaire qui ne le regarde point; Pardon, fit M. le
sous-secrtaire d'tat, cela les regarde! Ce sont les parlementaires qui
votent le budget. Il est tout naturel qu'ils veuillent savoir comment
leur argent est dpens... L'amiti d'un snateur ou d'un dput (et
quel tranger ne compte un snateur ou un dput parmi les amis de ses
amis?) suffisait donc  assurer l'accs de ces spectacles clbres 
quiconque avait rsolu de s'y faufiler. La vieille tradition est, depuis
deux ans, restaure; et l'on est revenu  la petite salle du faubourg
Poissonnire. Sept cents personnes seulement peuvent trouver place aux
grands concours; en sorte qu'au plaisir _d'en tre_ s'ajoute
l'orgueilleuse satisfaction d'en _avoir t!_

Amis trangers, je vous recommande tout particulirement celui de
Comdie. Il y a de vieux Parisiens qui se croiraient dshonors s'ils
n'avaient t vus, ce jour-l, dans l'atmosphre surchauffe de la
petite salle, applaudissant aux dbuts de la grande amoureuse ou de la
grande soubrette de demain. Ah! les enthousiasmes de ce public, et ses
fureurs! Comme il aime le succs et comme il dteste l'injustice! Ah!
ces salles dchanes contre un jury dont la sonnette perdue de M.
Gabriel Faure s'efforce en vain de faire entendre les dcisions!...

Sans doute, le Grand Prix de Longchamp est une chose  voir, et vous ne
manquerez pas, amis trangers, ce spectacle-l; sans doute, le Salon du
peintre-sculpteur futuriste Boccioni qui s'ouvre demain rue La Botie
est  voir aussi; mais qu'est-ce que tout cela,  ct d'un beau
chahut au concours d'Opra-comique ou de Comdie!

UN PARISIEN.



AGENDA (21-28 juin 1913)

EXAMENS ET CONCOURS.--Les preuves pour le concours d'admission au
Prytane militaire de la Flche auront lieu les 23 et 24 juin, au
chef-lieu de chaque dpartement. Les candidats inscrits  Paris
concourront  la mairie du 6e arrondissement--Un concours est ouvert
entre les artistes franais, pour l'excution d'une mdaille
commmorative de l'lection du prsident de la Rpublique par les
Chambres runies  Versailles le 17 janvier 1913.

LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE.--Les concours publics de fin d'anne du
Conservatoire sont ainsi fixs: 23 juin, contrebasse, alto, violoncelle;
le 24, instruments  vent (bois); le 25, instruments  vent (cuivre); le
26, chant (hommes); le 27, chant (femmes); le 28, piano (femmes); le 30,
harpe; le 1er juillet: opra-comique; le 2, tragdie; le 3, comdie; le
7, violon; le 8, piano (hommes); le 9, opra; le 12, distribution des
prix.

EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--Grand-Palais (Champs-Elyses); Salon de la
Socit des Artistes franais; Salon de la Socit Nationale des
Beaux-Arts.--Pavillon de Marsan (muse des arts dcoratifs); exposition
rtrospective de l'art des Jardins en France.--Bibliothque Le Peletier
de Saint-Fargeau (29, rue de Svign): promenades et jardins de Paris.
Confrences le vendredi  4 heures.--Galerie Georges Petit (rue de
Sze): exposition des petits matres de 1830.

EXPOSITION PHILATLIQUE.--Au Palais de glace (Champs-Elyses): du 21 au
30 juin, exposition philatlique internationale organise par la Socit
franaise de timbrologie.

INAUGURATIONS DE MONUMENTS.--Le 22 juin aura lieu l'inauguration du
monument d'Hougoumont, dans la plaine de Waterloo, lev  la mmoire
des soldats morts le 18 juin 1815  Waterloo.--Les ftes d'inauguration
du muse Ingres et du monument Pouvillon, qui devaient avoir lieu  la
fin de juin  Montauban, sont remises au mois d'octobre.

FTE DE BIENFAISANCE.--Le 22 juin, au thtre du Parc de la maison de
retraite de Pont-aux-Dames, matine de gala au bnfice de la Maison de
retraite fonde par Coquelin.

CONCERT.--Le 22 juin, au Chtelet en soire, concert donn par la
Socit des grandes auditions musicales de France: les Grands musiciens
modernes anglais.

SPORTS.--_Courses de chevaux_: le 21 juin, Saint-Ouen; le 22, Auteuil
(grand steeple); le 23, Saint-Cloud; le 24, Longchamp; le 25, Auteuil;
le 26, Longchamp; le 27, Auteuil; le 28, Longchamp; le 29, Longchamp
(Grand Prix de Paris).--_Automobile_: le 22 juin, Grand Prix de France
des motocyclettes, circuit de Fontainebleau.--Le 1er juillet commencera
le rallye-automobile du Plateau central (concours de tourisme en
montagne).--_Cyclisme_: les 29 juin, 3 et 6 juillet,  la Piste
municipale (Vincennes): Grand Prix cycliste de Paris.--A Buffalo, le 22
juin, runion de courses. Course de 100 kilomtres.--Le 11e tour de
France se disputera du 29 juin au 27 juillet.--_Athltisme_: le 22 juin,
 Colombes, championnats nationaux d'athltisme.



LES LIVRES & LES CRIVAINS

LE COEUR ET LA TTE

M. Georges Oudart a glan avec tact quelques-unes des penses vives ou
profondes, qui rendent  la fois si grave, par ses vrits d'me, et si
joliment chatoyante, par son alerte et spirituelle fantaisie, l'oeuvre
de Maurice Donnay. La rubrique la plus riche de ce recueil (1) est
naturellement celle qui traite de l'amour. N'oublions point qu'Amants
est l'un des premiers triomphes de Maurice Donnay et que l'amour a tenu
le grand premier rle dans toute une partie de son thtre.

      Note 1: Le Coeur et la Tte, Sansot, diteur.

Or voici, entre autres choses, ce que M. Maurice Donnay nous dit, ou
nous fait dire par ses personnages, de l'amour:

... On aime plusieurs fois, c'est vrai, et chaque fois d'une manire
diffrente, mais on n'aime qu'une seule fois d'une faon immortelle,
divine presque... une seule fois, on peut tre un dieu!

... On nat amant comme on nat musicien ou pote.

... Le ddain d'aimer n'est le plus souvent que l'impuissance d'tre
aim.

... En amour, il y a toujours un qui aime davantage et c'est celui-l
qui souffre.--Mais c'est l'autre qui s'ennuie.

... Moins un coeur est sec, mieux il flambe.

... En amour, neuf fois sur dix, le malheur arrive par les lettres
comme la fivre typhode vient par l'eau.

... a ne signifie rien de dire  un homme qu'on ne l'aime plus; mais
ce qui signifie quelque chose, c'est de lui dire qu'on en aime un
autre.

... La passion excuse tout, mais chez les brutes seulement.

... Les mariages d'amour sont les seuls qui ne puissent pas durer, car
ils supposent des mes d'amants, et tre amants, n'est-ce pas avoir le
dsir continuel de sensations, de troubles, de mystre et d'inconnu,
d'inconnu?

... Il y a des souvenirs d'amour qu'on n'voque pas avec des mots;
c'est comme des paysages de bonheur que l'on revoit dans le silence de
soi-mme, des paysages attendrissants avec de grandes lignes calmes; un
air que l'on entend, un parfum que l'on respire, et voil que vous
revivez avec leur intensit les heures de jadis et que vous retrouvez
l'me que vous aviez  cette heure-l; c'est donc qu'elles valaient la
peine d'tre vcues.

En amour, l'homme et la femme sont dissemblables, et par le coeur et par
la tte. L'amour chez la femme, plus violemment passionne, plus
exclusive, plus personnelle, a particulirement retenu l'attention, si
souvent mue, de l'auteur _d'Amants_, qui nous parla le mieux de l'amour
moderne. Il nous dit:

... Dans le coeur de l'homme, chacune de ses matresses a sa pierre,
son inscription et sa petite croix. Tandis que les femmes, lorsqu'elles
aiment un homme, tout disparat; leur vie commence  partir du jour o
elles l'ont connu... et, quant au reste, il n'y a pas d'inscription ni
de croix dans leur coeur. C'est l'oubli absolu, et, pour certaines, la
fosse commune.

... Le flirt est la leon d'escrime que prend une femme avec des
fleurets mouchets avant d'aller sur le terrain avec des pes
vritables.

... Il y a une rgle commune qui veut que, lorsqu'une femme se croit
moins aime, elle se rende encore moins aimable.

Rien n'est plus vrai... Mais, nous le savons aussi, pour avoir fait la
plus large part  l'observation moderne de l'amour, le thtre de
Maurice Donnay ne lui est pas exclusivement consacr. L'auteur de _la
Patronne_, du _Retour de Jrusalem_, de _Paratre_, s'est surtout
passionn, dans les oeuvres de ces dix dernires annes,  l'tude des
problmes sociaux. D'o, dans le prcieux petit recueil de M. Oudart, de
riches glanes sur notre poque, sur la souffrance, sur la mort. Nous ne
pouvons citer tout le livre, nous donnerons seulement, pour terminer,
ces quelques lignes, jolies et graves, sur la patrie:

... La patrie, c'est des victoires glorieuses, des dfaites hroques,
de beaux exemples de sacrifices et de vertus... c'est des cathdrales,
des palais, des tombeaux... c'est des paysages que l'on a vus tout
enfant et d'autres qui, plus tard, ont encadr des heures de joie ou de
tristesse... c'est des choses intimes, des souvenirs, des traditions,
des coutumes... c'est un langage qui nous parat le plus doux, c'est une
vieille chanson, un vieux proverbe plein de bon sens... c'est une rose
qui s'appelle la France, c'est une assiette peinte, que sais-je?

Mais oui, la patrie, c'est tout a... et bien d'autres choses encore.

Voil. Et cette dfinition chaude et vibrante, cette dfinition d'lan
et d'instinct, peut suffire  la fois  notre tte et  notre coeur.

A. C.

Voir dans _La Petite Illustration_ le compte rendu des oeuvres des
potes.



LES FLORALIES DE GAND

_Nous avons dj, dans le numro du 3 mai, consacr quelques gravures 
l'Exposition de Gand. Nous publions aujourd'hui un ensemble de
photographies en couleurs qui donneront une vision des Floralies qui
sont le clou de cette exposition, et au sujet desquelles notre
correspondant de Bruxelles, M. Grard Harry, nous a adress l'article
suivant:_

Voici prs d'un sicle que la trs ancienne Socit d'horticulture de
Gand organise, de cinq en cinq annes, ces concours baptiss Floralies
o se marque chaque tape du progrs que le savoir et le got du
botaniste ont fait franchir  des crations d'essence immuable tels que
l'oillet, l'azale, l'orchide, le bgonia, le lilas, la rose mme. Ces
Floralies, plus populaires encore en Belgique que les Concours hippiques
et les Expositions de beaux-arts (il faut, tous les cinq ans, des trains
spciaux pour y amener les foules d'amateurs des neuf provinces) ont t
presque ignores du grand public de France, d'Angleterre, d'Allemagne,
jusqu' leur concidence actuelle avec une Exposition universelle. Mais,
sur les spcialistes de tous pays, elles exercent depuis longtemps
autant d'attirance que le Derby d'Epsom ou le Grand Prix de Paris sur
les leveurs de chevaux pur sang. Et chacun s'y prpare de longue date
et y apporte, avec le souci de sa propre gloire, ce qu'il a pu produire
de plus beau ou de plus neuf, en s'aidant des procds de culture les
plus ingnieux ou des combinaisons chimiques les plus savantes.

Les photographies en couleurs, que nous reproduisons, du rcent
concours de beauts de Gand donneront une ide synthtique de cette
priodique et potique solennit. On y verra que la furie multicolore et
odorante des fleurs est elle-mme habille d'un joli dcor constitu
par des dioramas qui situent illusoirement leur splendeur dans un cadre
adquat: ici,  l'ore d'un taillis, le feuillage d'un htre rouge
tranchant sur les teintes azures d'un massif d'hortensias; l, les
ondulations d'une simili-chane de montagnes largissant l'horizon de
pyramides d'azales; l encore, les ruines, en staff patin, d'un
antique temple grec, ddi  Flore, ternelle divinit de l'phmre
royaume du printemps. A dfaut des dlicieuses varits d'oeillets
anglais, arrivs en retard, par la suite de la grve gnrale belge, on
a pu fixer les ombelles couleur bleu de ciel d'un groupe d'hortensias
dont les experts ont chant spcialement les louanges,  raison de leur
nuance idale et aussi parce que leurs leveurs avaient su les
prserver d'une maladie qui, aprs quelque temps, les dcolore ou les
amaigrit. Une varit d'hortensias d'un blanc immacul apparat sur une
autre de nos gravures et aussi un massif de ces azales  fleur simple
ou double, unicolores ou panaches, qui constituent la spcialit
gantoise par excellence et qui tonnent, aux Floralies, par leur
opulente profusion et la recherche de leur coloris.

_Ici vient s'intercaler une double page hors texte en couleurs: LES
FLORALIES DE GAND, compte dans la pagination de 591  594._

[Illustration: Corbeille de Cinraires.]

[Illustration: Le Temple de Flore.]

[Illustration: Azales et Hortensias.]

[Illustration: Bgonias Gloire de Lorraine.]

[Illustration: Renan thera. Odontoglossum et Oncidium. Dendrobium. Autre
varit de Dendrobium. Un coin de la serre des Orchides.]

[Illustration: Hortensias.]

LES FLORALIES DE L'EXPOSITION DE GAND

Des potes de bgonias Gloire de Lorraine appelaient d'emble les
regards des profanes par le prestige de leur ton de rose brique, et les
connaisseurs les proclamaient presque uniques parmi les bgonias
hybrides, suprieurs au prototype naturel et homogne. Hybride encore,
ce groupe de cinraires o le bleu indigo lutte avec le rouge sang et le
violet intense pour composer un tableau qui met l'oeil en tumulte, et
l'on sent bien que l'audace imaginative et la persvrance du botaniste
ont pass par l et surenchri victorieusement sur la conception de la
nature... Quant  la tribu des orchides qui emplissaient huit salonnets
de leurs gestes pleins de fier dcorum ou de grce aristocratiquement
alanguie et retombante, il faudrait des pages pour les numrer et les
dpeindre. Jamais on n'avait vu runie une telle profusion de ces Reines
exquises et manires du monde vgtal,-- croire que cette lite
patricienne tait devenue une dmocratie innombrable. Que dire de
l'infinit et de la subtilit de leurs bigarrures, et comment dfinir
des nuances qui vont de la teinte de la neige ou du nuage  celles des
velours violets, des satins verts ou des bronzes dors. Le groupe que
montrent nos photographies et o elles se prsentent, au milieu des
hautes et souples lianes dont elles sont les luxueuses parasites,
appartient  un assortiment magnifique des genres odontoglossum,
cattleyas, amarylles et vandas qui se droulent en grappes jaunes,
blanches ou mauves, en silhouettes d'insectes ou d'oiseaux, ou en
admirables cols d'urnes.

On m'a dit que l'ensemble des Floralies de Gand avait t assur contre
les accidents pour quatre ou cinq millions, dont la grosse part
s'appliquait aux orchides. Quel salon de peinture moderne prtendrait
atteindre ou surpasser pareille valuation, pour des risques de huit
jours? Mais les fleurs n'ont qu'une saison. Et c'est prcisment ce qui
fait le prix de ces expositions fugitives, de ces floralies o l'on
court comme  un spectacle de radieuse jeunesse sans lendemain,  un
talage de beaut dont il faut se hter de jouir et dont le souvenir
vaudra plus que la possession des choses plus durables et pour cela
moins rares.

GRARD HARRY.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE PLUS PRCIEUX TAPIS DU MONDE

Le Victoria-and-Albert Musum,  Londres, vient de recevoir,  titre de
prt, l'un des quatre panneaux qui forment le fameux tapis de perles de
Baroda, ce trsor de l'art indien que les experts considrent comme la
plus merveilleuse pice de broderie en existence.

Il est compos de quatre panneaux symtriques, prsentant chacun une
superficie de 0 m. 55, et qui se juxtaposent exactement.

D'aprs le TIMES,  qui nous empruntons ces dtails, ce tapis fut
command par un des prdcesseurs du maharadja actuel, qui le destinait
 recouvrir le tombeau de Mahomet,  Mdine. Le travail demanda trois
annes aux meilleurs brodeurs et joailliers du Baroda; les matires
employes cotrent une vingtaine de millions de francs, et les artistes
se distriburent une gratification de 50.000 francs.

La section expose comporte une fleur centrale forme de 405 diamants et
24 rosettes en bordure, formes chacune de 52 diamants. Des
ruissellements de rubis, d'meraudes et de saphirs sont encadrs
d'arabesques brodes de perles fines.

On comprend que le prudent prince hindou, qui, dans un lan
d'enthousiasme inspir par sa femme prfre, de religion musulmane,
avait dcid d'offrir un pareil chef-d'oeuvre  la mmoire du Prophte,
se soit ravis au dernier moment!

Les CAUSES DU DESSCHEMENT DU PAIN

On pourrait croire que, si le pain se dessche, devient rassis, c'est
simplement parce qu'il perd de l'eau par vaporation.

Il n'en est rien, et la preuve, c'est qu'en chauffant du pain rassis
vers 50  60 degrs, ce pain reprend la consistance du pain frais.

De rcentes expriences d M. Katz, d'Amsterdam, dmontrent qu'il s'agit
de deux formes diffrentes d'quilibre physico-chimique.

Aux tempratures leves, de 50  100 degrs, le pain frais est la phase
d'quilibre; au contraire, aux tempratures ordinaires, la forme stable
est le pain rassis.

On peut conserver du pain frais en vase clos  la temprature ordinaire;
aprs vingt-quatre heures, il est devenu rassis; au contraire, celui
qu'on conserve, mme  l'air libre,  une temprature de 50  70 degrs,
prsente encore une mie parfaitement frache et une saveur inaltre.

Les tempratures trs basses ont d'ailleurs une action analogue aux
tempratures leves. Tandis qu' 0 le pain est devenu trs rassis,
 -6 il se ramollit, et  -8 il redevient frais. A la temprature de
l'air liquide, le pain se conserve absolument frais.

Il est vraisemblable qu'il s'agit l de modifications se produisant dans
le grain d'amidon.

Ces expriences sont intressantes au point de vue pratique, car elles
dmontrent qu'il serait possible d'avoir du pain frais le matin sans
imposer le travail nocturne aux boulangers.

NGRES ESCLAVAGISTES.

Un crivain amricain vient de faire connatre un chapitre curieux de
l'histoire de l'esclavage aux tats-Unis: c'est celui qui concerne les
ngres possesseurs d'esclaves. Il n'y avait pas seulement des blancs qui
eussent des esclaves noirs: il y avait des ngres aussi. Des ngres
mancips qui s'taient mis, eux aussi,  acheter de leurs congnres.
Rien de surprenant  cela, puisque en Afrique l'esclavage tait pratique
courante et que la population tait divise en deux classes: les hommes
libres et les esclaves. On ne peut donc s'tonner que l'usage africain
ait persist en Amrique.

Bon nombre de cas sont relats, d'aprs des pices: par exemple, des
contrats de vente. Les contemporains, en outre, ont fait mention de
faits de ce genre. Il en est de scandaleux dans le nombre. Ainsi on
rappelle l'exemple d'un jeune ngre qui, tant fils de blanche, et par
l citoyen libre, se laissa persuader par sa mre d'acheter son pre qui
tait esclave. Tout alla bien jusqu'au jour o le pre, froiss de
quelque mauvais procd de son fils, lui fit des reprsentations; sur
quoi le jeune homme vendit son pre  quelque autre propritaire, dans
le Sud, dans la rgion la plus redoute des malheureux ngres, pour lui
apprendre les bonnes manires.

On cite un autre exemple: celui d'une ngresse libre qui avait pour
esclave son mari. Elle le louait au tiers et au quart, pour divers
travaux, et s'en faisait des rentes. Mais un jour il l'offensa de
quelque manire, et elle le vendit  un autre. Elle eut du regret du
reste, et voulut le ravoir, mais le nouveau propritaire refusa.

Un ngre, libre, qui avait une femme esclave la racheta en vendant leurs
enfants. On a connu des ngres qui approuvaient fort l'esclavage: l'un
d'eux tait l'esclave de sa femme, et, lorsque clata la guerre, ce fut
un sudiste enrag. Il fallut mme le mettre quelque temps  l'ombre,
pour insultes aux troupes du Nord.

Il est mme arriv  des ngres de possder des blancs, des migrs:
entre autres deux familles allemandes trop pauvres pour payer le voyage
et qui obtinrent l'avance des fonds contre promesse d'une certaine dure
de travail. Une loi fut mme promulgue en Virginie pour empcher les
ngres de possder des blancs ou des Indiens.

En 1860,  Charleston, il y avait 132 ngres possdant 390 esclaves. On
estime qu'il y a bien eu plus de 6.000 ngres possesseurs d'esclaves aux
tats-Unis. Mais les renseignements les concernant sont trs rares.

LA CHAPELLE DE L'ELYSE.

Nous avons promen l'autre jour nos lecteurs parmi les salons du palais
de l'Elyse. Nous avions pass, sans nous y arrter, devant une troite
antichambre, presque obscure, tout prs de laquelle aboutit l'escalier
priv des appartements du prsident de la Rpublique. On n'a pas parl
depuis bien longtemps de ce coin de l'Elyse. C'est l que se trouve la
chapelle, salle basse  laquelle on accde par quelques degrs. Depuis
la sparation des Eglises et de l'tat, cette chapelle est inutilise,
mais elle a t laisse intacte. Nagure, jusque sous la prsidence de
M. mile Loubet, un prtre y venait dire la messe plusieurs fois dans
l'anne, et la petite chapelle tait alors remplie d'assistants. De
vieux serviteurs ont gard le souvenir des fastueuses crmonies qui se
droulaient sous ses votes, telles que la remise, par le nonce, de la
barrette pourpre aux nouveaux cardinaux. Dans sa robe clatante, le
prlat qui, devant l'autel, venait ainsi d'tre investi de nouvelles
grandeurs, quittait la chapelle et parcourait plusieurs salons aux cts
du prsident de la Rpublique. Des officiers franais et des Gardes
nobles, venus de Rome tout exprs, leur faisaient cortge. Les personnes
qui ont t tmoins de ces pompes ne les voquent qu'avec admiration.

LA PORTE DES ONDES HERTZIENNES COMPARE  CELLES DU SON ET DE LA
LUMIRE.

On peut communiquer  travers l'atmosphre par les ondes sonores, les
ondes lumineuses ou les ondes hertziennes. Or, la tlgraphie sans fil
atteint aujourd'hui des portes de plusieurs milliers de kilomtres, qui
dpassent de beaucoup la porte de la tlgraphie optique ou des signaux
sonores. On peut donc se demander si la supriorit de la tlgraphie
sans fil ne tient pas, en majeure partie,  ce que les postes hertziens
disposent d'une puissance mcanique beaucoup plus considrable que celle
utilise pour la tlgraphie optique ou acoustique.

Un ingnieur anglais, M. Duddell, a essay de rsoudre la question, en
prenant pour base de ses calculs une porte de 100 milles anglais, soit
160 kilomtres.

Pour franchir cette distance par ondes lectriques, l'antenne doit
rayonner environ 300 watts.

D'autre part, les expriences rcentes de M. Paterson permettent
d'admettre qu'une source lumineuse ayant une intensit de l/10e de
bougie, est visible jusqu' 1 kilomtre. Il en rsulterait que, pour
rester visible  160 kilomtres, la source lumineuse devrait avoir une
intensit de 2.560 bougies. En tenant compte de la perte de rendement,
il faudrait, pour obtenir une telle lumire, une force d'environ 250
watts.

Enfin, en appliquant les lois physiques connues, on trouve qu'une
puissance mcanique de 143 watts peut produire un signal sonore
perceptible  160 kilomtres.

Ces trois chiffres, 300, 250, 143 watts prsentent des carts sensibles;
on peut dire cependant qu'ils sont du mme ordre de grandeur.

Il semblerait donc que notre oreille, notre oeil et le rcepteur
radiotlgraphique possdent approximativement la mme sensibilit et
sont,  une distance donne, impressionns par des puissances variant au
maximum du simple au double.

Mais cet quilibre ne se manifeste plus dans la pratique, parce que
l'atmosphre ne vhicule point avec la mme perfection les ondes de
divers genres.

Les ondes hertziennes, constitues par d'immenses vagues, contournent
les obstacles et sont peu absorbes par l'air et par ses poussires. Au
contraire, les ondes sonores et les ondes lumineuses sont trs courtes;
un obstacle faible les arrte et les brumes les absorbent. En outre,
elles sont incapables de contourner la courbure de la terre, qui cesse
d'tre ngligeable quand il s'agit de franchir des centaines de
kilomtres.

L'ACCROISSEMENT DE LA POPULATION ET DE LA PRODUCTION DU BL.

Le prix du bl tend  augmenter sur tous les grands marchs du monde.
Voici, en effet, pour diffrents pays, les cours d'avril 1913 compars
au prix moyen par quintal de deux priodes dcennales:

              1881-90   1901-10   Avril 1913

Paris.......   24 55     22 60     28 80

Liverpool...   20 08     16 94     20 57

Berlin......   22 66     23 49     26 03

Budapest....   27 22     22 41     22 64

New-York....   18 50     16 71     18 36

La hausse est donc gnrale. Et, cependant, de 1901  1910, la
production mondiale a pass de 674 millions de quintaux  888 millions,
soit un accroissement d'environ 30%.

M. Edmond Thry se demande ds lors si l'augmentation de la production
n'est pas dpasse par l'augmentation de la population consommatrice de
bl.

En prenant pour base les statistiques officielles, on constate que, pour
l'ensemble de l'Europe, la production moyenne de bl par tte d'habitant
est tombe de 126 kilos pendant la priode 1881-1890  117 kilos pendant
la priode 1901-1910. A vingt ans d'intervalle, la population europenne
a donc augment dans une proportion plus grande que la production
mondiale du bl. Il en est de mme en Afrique.

La situation change en Asie, en Ocanie et surtout en Amrique. Dans ce
dernier pays, la production du bl par habitant s'est leve de 174 
218 kilos. Ainsi s'est trouv compens le dficit relatif de la
production europenne.

Maintenant, si nous envisageons le problme de faon plus gnrale, nous
voyons que la population de tous les pays producteurs de bl est passe
de 689 millions d'habitants en 1885  858 millions en 1905, soit une
augmentation, de plus de 24%, alors que la production du bl augmentait
de 30%, comme nous l'indiquons plus haut.

M. Thry croit pouvoir conclure que la hausse persistante du bl tient 
des causes diverses trs accidentelles. Et l'lvation des cours ayant
provoqu un accroissement des surfaces ensemences, il en rsultera une
nouvelle augmentation de la production mondiale par rapport  la
population. Dans ces conditions, le prix du bl pourra baisser
sensiblement sur les marchs franais.

UN PRCURSEUR.

C'est bien un gratte-ciel, avec ses multiples tages, son architecture
massive et rgulire, o se reconnaissent pourtant, aux dtails
d'ornementation, la grce et la mesure du got franais, que figure
l'ancienne estampe reproduite ici, dont nous devons la communication 
un de nos lecteurs, M. Flix Rochet, de Pigeac.

[Illustration: Projet d'un gratte-ciel (11 tages et 110 mtres de
hauteur) datant de 1601.]

Cet difice, qui rappelle si curieusement les sky-scrapers
amricains--nous en avons, tout rcemment encore, montr quelques-uns
pour illustrer les pages de M. Pierre Loti, sur New-York--fut conu et
dessin, voil plus de trois sicles, par un architecte savoyard,
Jacques Perret, de Chambry, le prcurseur assurment des hardis
constructeurs d'outre-Atlantique. Dans un ouvrage paru en 1601, il a
donn le plan d'ensemble de ce grand et excellent pavillon dans lequel
pourraient loger cinq cents personnes  leur aise. Le btiment mesure
26 toises de long (50 mtres 45 cent.) sur 22 toises de large (46 mtres
65 cent.). Dans l'paisseur des murailles, qui n'ont pas moins de 2
toises (3 mtres 98 cent,), sont petits escaliers, cabinets et privs
depuis le bas jusques en haut; par ce moyen, ajoute l'ingnieux
architecte, il n'y a rien de vide ou de perdu.

Avec ses onze tages et le petit pavillon bti sur le toit en terrasse
du corps central, l'difice devait atteindre environ 110 mtres. Certes,
nous sommes loin encore des immeubles gants de New-York, hauts de 150
ou 200 mtres, dont nous avons reproduit nagure, dans notre numro du 3
aot 1912, l'impressionnant aspect. Mais il faut reconnatre, dans le
grand et excellent pavillon de Jacques Perret, l'anctre des
sky-scrapers d'aujourd'hui: les Amricains devaient raliser, trois
cents ans plus tard, l'audacieuse ide conue par un Franais.

[Illustration: Dr Carrel. M. Georges Clemenceau. Dr Pozzi. La confrence
du docteur Alexis Carrel  l'hpital Broca.--_Phot. L. Mayer_.]

LA VIE DES TISSUS CONSERVE

Lundi dernier,  l'hpital Broca, dans l'amphithtre du docteur Pozzi,
le docteur Alexis Carrel, devant une affluence norme, a expos les
rsultats de ses merveilleuses recherches sur la vie des tissus
conserve et transfre. Le public connat dj, par les comptes rendus
des sances de l'Acadmie de mdecine, les impressionnantes dcouvertes
que l'on doit, dans le domaine de la physiologie exprimentale, au
docteur Alexis Carrel qui, aprs avoir t attach comme prosecteur  la
Facult de mdecine de Lyon, est maintenant fix, depuis plusieurs
annes,  New-York o il poursuit ses admirables travaux  l'Institut de
recherches scientifiques cr par M. Rockefeller. Le docteur Carrel est
l'homme qui enlve une cuisse tout entire, un rein, ou tout autre
organe  un animal et qui lui en rajuste un autre emprunt  un de ses
congnres. Il a, dans sa confrence, expose comment il russissait 
conserver des cellules, des tissus, des organes entiers mme maintenus
vivants pendant des semaines, une fois spars du corps, et il a
expliqu les applications pratiques qui pouvaient tre faites au point
de vue de la greffe humaine. Ajoutons qu'une ovation enthousiaste fut
faite au jeune savant par ses auditeurs, au premier rang desquels on
remarquait, vtu du mme sarrau d'hpital que les tudiants, M.
Clemenceau toujours curieux des progrs de la science mdicale.



PREMIRES ARMES DU PRINCE DE GALLES

Le prince de Galles, qui fait partie du bataillon d'officiers form par
les lves de l'Universit d'Oxford, a, pour la premire fois, port
cette semaine l'uniforme kaki de l'arme territoriale anglaise: samedi
dernier, il quittait Oxford, avec de nombreux tudiants, dans un
compartiment de troisime classe, disent les journaux de Londres, et
gagnait Mitchet Camp, prs d'Aldershot, o il devait accomplir une
courte priode d'instruction.

Avec la mme simplicit et la mme bonne grce qui ont laiss en France
un souvenir si charmant, le prince de Galles partagea familirement la
vie de ses camarades, s'associant aux travaux du camp, prenant sa part
des corves, et marchant, dans le rang, comme un simple private. Le
premier jour de manoeuvres lui rserva des motions inattendues: envoy
en reconnaissance avec un autre claireur, il fut surpris par une
dizaine de cyclistes du parti adverse, qui le firent prisonnier en
criant: Haut les mains. Quelques instants aprs, il tait heureusement
dlivr par les siens, accourus en nombre...

[Illustration: Au cantonnement.]

[Illustration: Sur la route, en claireur.]

L'DUCATION MILITAIRE D'UN FUTUR SOUVERAIN.--Le prince de Galles aux
manoeuvres.



[Illustration: LA PAVOTINE, par Henriot.]






End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 21 JUIN 1913 ***

***** This file should be named 38912-8.txt or 38912-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/8/9/1/38912/

Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.net/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.net),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
