The Project Gutenberg EBook of Mthode d'quitation base sur de nouveaux
principes, by Franois Baucher

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Title: Mthode d'quitation base sur de nouveaux principes

Author: Franois Baucher

Release Date: April 9, 2012 [EBook #39410]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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     MTHODE
     D'QUITATION
     BASE SUR DE NOUVEAUX PRINCIPES

     PAR

     F. BAUCHER

     QUATORZIME DITION
     REVUE ET AUGMENTE

     Avec portrait de l'Auteur et 16 planches.

     PARIS
     LIBRAIRIE MILITAIRE DE J. DUMAINE
     LIBRAIRE-DITEUR
     RUE ET PASSAGE DAUPHINE, 30

     1874




     MTHODE
     D'QUITATION




     PARIS.--Imprimerie J. DUMAINE, rue Christine, 2.


[Illustration: Portrait de l'auteur]




     MTHODE
     D'QUITATION
     BASE SUR DE NOUVEAUX PRINCIPES

     PAR

     F. BAUCHER

     QUATORZIME DITION
     REVUE ET AUGMENTE

     Avec portrait de l'Auteur et 16 planches.

     PARIS
     LIBRAIRIE MILITAIRE DE J. DUMAINE
     LIBRAIRE-DITEUR
     RUE ET PASSAGE DAUPHINE, 30

     1874




PRFACE


L'homme a reu du Crateur une intelligence suprieure  celle des
animaux, non pour les asservir  ses caprices et leur infliger des
mauvais traitements, mais pour en recevoir tous les services qu'il
est en droit de leur demander. Le cheval, ce noble animal, est
peut-tre celui dont l'homme a le plus abus, et les moyens dont on
s'est servi pour le soumettre trahissent l'ignorance autant que la
brutalit. Ds ma jeunesse j'aimai le cheval, et, frapp de
l'incertitude des principes noncs par tous les auteurs qui ont
crit sur l'quitation, je cherchai  ouvrir une voie nouvelle et
sre  tous ceux qui s'occupent de l'ducation du cheval. En 1830
je fis paratre le _Dictionnaire raisonn d'quitation_. La faveur
du public me rcompensa de mes laborieuses recherches, et
m'encouragea  persvrer dans mes efforts. Quelques annes plus
tard parut ma nouvelle Mthode, qui souleva dans le monde questre,
d'une part un grand enthousiasme, de la part de quelques-uns une
critique passionne trop passionne pour tre impartiale. Treize
ditions se succdrent en vingt-cinq ans, mes ouvrages furent
traduits dans plusieurs langues, et partout les amateurs et les
officiers intelligents adoptrent mes principes. J'ai dj dit les
causes qui avaient empch ma mthode d'tre introduite dans la
cavalerie franaise, malgr l'avis presque unanime de MM. les
officiers consults.

Que ma plume se taise sur ce triste pass!

Ma Mthode permettait de donner  tous les chevaux l'quilibre du
deuxime genre, et les vingt-six chevaux que j'ai monts en public
en ont t la preuve incontestable. Avec mes dernires innovations,
je donne non-seulement une plus grande facilit pour obtenir sur
tous les chevaux cet quilibre du deuxime genre, je donne encore
les moyens infaillibles _d'obtenir chez tous les chevaux une
lgret constante_, signe d'un quilibre parfait. C'est cet
quilibre que j'appelle quilibre du premier genre.

Le premier quilibre suffit  tous les besoins de la cavalerie et
de l'quitation ordinaire.

L'quilibre parfait, ou quilibre du premier genre, ne pourra tre
donn au cheval que par l'lite des cavaliers. Ce sera l'quitation
transcendantale. En posie, dans les arts, dans les sciences, il
n'est pas permis  tout le monde d'aller  Corinthe!




DERNIRES INNOVATIONS


Depuis quarante ans que je m'occupe de l'art de dresser les
chevaux, j'ai toujours compris que l'unique problme  rsoudre par
l'cuyer tait de parfaire l'quilibre naturel du cheval, et les
recherches de toute ma vie n'ont eu d'autre but que de rendre plus
facile la solution du problme. Chacune des treize ditions de la
mthode renferme un nouveau progrs qui simplifie le travail de
l'cuyer. A tous les instruments de torture employs prcdemment,
je substituai d'abord le mors qui porte mon nom; plus tard, je le
remplaai par un mors plus doux encore, aux branches plus courtes
et sans gourmette; enfin, aujourd'hui je ne me sers plus que d'un
simple bridon. Qu'on n'aille pas croire que ce bridon, nouveau par
sa disposition, possde une vertu magique qui dispense de l'tude
de la science; ce serait une grave erreur! Ce nouveau bridon
dmontre le perfectionnement de ma mthode, l'efficacit des moyens
qu'elle prescrit, puisque avec ce simple frein je puis dompter le
cheval le plus fougueux et le soumettre  ma volont. Quelque
simples que soient les nouveaux moyens que j'indique, ils ne
peuvent tre bien compris dans leurs dtails et dans leur ensemble
que par un cuyer habile.

Je dirai donc aux jeunes cavaliers: adressez-vous  un professeur
imbu de tous mes principes et familiaris avec la pratique de ma
mthode, lui seul pourra vous rendre facile et sre la route 
parcourir, en vous indiquant ces nuances diverses, ces effets
multiples de mains et de jambes, ce je ne sais quoi que le
sentiment peroit, que l'oeil du professeur saisit, mais que
l'auteur ne peut crire. Acqurez ainsi la science, apprenez  vous
servir de ce nouveau bridon, et vous obtiendrez des rsultats
inesprs; une fois le cheval dress, vous pourrez, si tel est
votre bon plaisir, employer  la promenade le mors que vous
prfrez.


Du cheval en libert.

Il n'est personne qui n'ait vu un cheval courant en libert dans la
prairie. Quelle souplesse, quelle lgret dans tous ses
mouvements! Prenez ce cheval, mettez-lui une selle, une bride et
cherchez  l'astreindre  votre volont, quelle mtamorphose! Ce
cheval qui, en tat de libert, planait au-dessus du sol, se trane
pniblement, et s'arrte entre vos jambes. Pourquoi? Le cheval
libre, matre absolu de ses forces, dispose son poids comme il
l'entend, pour excuter ces mouvements si gracieux que nous
admirons. Ds qu'il est mont par l'homme, il se sent gn,
paralys dans sa libert; il est forc d'abdiquer sa volont, et il
n'est pas encore capable de comprendre celle du cavalier. Il existe
alors entre ces deux volonts un tat transitoire d'incertitude qui
explique de la part du cheval ces rsistances qui dgnrent en
dfense sous son cavalier inexpriment. Comment dtruire ces
rsistances avant-coureurs de la dfense, si le cavalier ignore que
la cause de toutes les rsistances rside dans le mauvais quilibre
du cheval, par suite du dsaccord qui existe entre l'avant et
l'arrire-main? Les translations de poids ne sont faciles qu'autant
que le cheval demeure _droit_, c'est--dire que les jambes de
derrire soient sur la mme ligne que celle de devant. Avec le
cheval ainsi dispos, la force motrice peut agir avec galit et
simultanit de contraction et de dtente. L'effet sera transmis de
l'arrire-main  l'avant-main sans dcomposition de force, et le
cheval prendra facilement la position utile au mouvement demand.
Supposez, au contraire, le cheval ayant la croupe en dehors de la
ligne des paules, aussitt cesse la juste rpartition du poids,
parce que telle partie est trop surcharge, telle autre trop
allge; les contractions musculaires ne sont plus justes,
l'instrument n'est plus d'accord, et, au moindre changement de
direction, la croupe vient faire arc-boutant aux paules, et le
cheval rsiste. Si le cavalier ne se hte de dtruire la cause de
ces rsistances en mettant son cheval _droit_, il n'arrivera jamais
 la lgret parfaite et constante.


Du sentiment.

La routine traditionnelle veut que tout cavalier qui monte dans le
mange suive la piste prs du mur. Je prfre le voir se tracer une
piste  un mtre de distance du mur, afin de m'assurer s'il sait
maintenir son cheval _droit_, sans le secours d'un guide-ne. De
cette manire, le cavalier acquerra, outre le sentiment des lignes,
ce juste accord qui lui permettra de discerner plus facilement la
nature des contractions,--bonnes, si la lgret en est la
consquence,--mauvaises, lorsque les rsistances du cheval
augmentent au lieu de diminuer. Celui qui n'a pas le sentiment des
contractions est incapable de juger la position du cheval, je veux
dire de sentir si la distribution de son poids est convenable, si
la force est harmonise par rapport au mouvement  excuter. Il ne
peut donc ni prparer la position[1] ni la corriger, ni, par
consquent, atteindre le but qu'il s'est propos, _amliorer
l'quilibre naturel du cheval en le rendant lger dans tous ses
mouvements_. Le sentiment se dveloppe par l'exercice; l'essentiel
est de suivre la progression que j'indique et de se pntrer de la
vrit du principe dont un seul mot exprime les consquences:
_quilibre ou lgret._

  [1] On entend par _position_ la disposition du poids et de la
  force du cheval par rapport  chaque mouvement qu'il doit
  excuter.


De la bouche du cheval.

Le langage a t donn  l'homme pour dissimuler sa pense, a dit
le prince de Talleyrand. Plus loyal que l'homme, le cheval ne peut
pas dissimuler ses impressions. Est-il content de son cavalier, il
lui tmoigne sa satisfaction par la mobilit moelleuse de sa
mchoire. Surprend-il une faute, un oubli (le meilleur cavalier
peut se tromper), l'ami fidle semble s'attrister; il perd sa
lgret, son enjouement; si le cavalier comprend cet avis donn 
voix basse, s'il rpare sa faute, le cheval se hte de reprendre
son air de gaiet, et, par la mobilit de sa mchoire, remercie son
matre d'avoir cout l'humble remontrance de son serviteur. Mais
la faute s'aggrave-t-elle, l'ignorance et la vanit ddaignent-elles
d'couter les reproches discrets qui lui sont adresss, alors le
cheval retire sa confiance  ce matre dont il n'est pas compris;
il cesse tout change de penses et proteste par le mutisme contre
l'ignorance de son cavalier. On peut contraindre un esclave 
marcher, on ne peut l'obliger  vous tmoigner sa satisfaction.

J'ai dit que toutes les rsistances du cheval proviennent de son
mauvais quilibre. A qui la faute? Au cavalier! toujours au
cavalier!


Le professeur.

Plus les formules de la science se simplifient, plus important
devient le rle du professeur instruit, charg de transmettre
fidlement la pense de l'auteur, de la faire appliquer et de
dmontrer la vrit de ses principes. J'cris qu'il faut avoir le
cheval _droit_, et j'en dis la raison; mais qui indiquera  l'lve
que son cheval est ou n'est pas droit? Je parle des effets de main,
de jambes et d'perons employs tantt _sparment_, tantt
simultanment. Qui dira au cavalier qui se sera tromp dans
l'emploi de ces aides la cause de son erreur? Qui l'aidera  la
rparer et  prvenir ainsi les consquences graves qui en
rsulteraient? Je dis qu'il faut dtruire toutes les causes de
rsistances du cheval; mais qui indiquera  l'lve les moyens
justes, opportuns, qu'il devra employer, le degr de force dont il
devra se servir? Qui dveloppera le sentiment de l'lve par des
conseils donns  propos? Le professeur. Mais je parle du
professeur lev  mon cole, imbu de mes perfectionnements, car
lui seul pourra les transmettre fidlement et donner les moyens de
les appliquer toujours d'une manire juste, exacte. Je donne les
principes, ils sont vrais; j'indique les moyens, ils sont exacts;
je fais connatre la progression des exercices, ils sont
essentiellement abrviateurs. Mais, vouloir crire l'application,
ce serait tomber dans la faute de mes devanciers, en confondant
deux choses bien distinctes, la science et l'art. Si l'auteur est
la pense qui conoit, la science qui formule, l'habile professeur
sera la parole qui transmet, l'oeil qui observe, la main qui fait
agir.




RSUM

DES RAPPORTS OFFICIELS

EN FAVEUR DE LA MTHODE.


Dans les dix premires ditions de ma Mthode, j'ai publi, en
entier, les divers rapports officiels de MM. les gnraux et
officiers de cavalerie qui se sont occups de mon systme au point
de vue militaire. J'ai jug ncessaire de ne donner, dans cette
dition, qu'un rsum succinct de toutes ces pices, afin de
pouvoir publier mes ides nouvelles sans rien changer au format du
livre.

Mes lecteurs me sauront gr, sans doute, de remplacer ainsi ces
rapports logieux qui m'taient prcieux lors de l'apparition de
mon ouvrage, tant par la spcialit et le talent de leurs
rdacteurs que par l'impartialit qui les a dicts.

Je saisis cette occasion d'exprimer  MM. les officiers de l'arme
ma profonde reconnaissance pour leur juste apprciation de ma
Mthode et le zle qu'ils ont dploy  son tude. Je me tiendrai
toujours trs-honor de leur haute approbation.

L'intrt seul du public a pu me dterminer  retrancher de mon
livre leurs remarquables crits.

Je prie ceux de mes lecteurs qui voudraient lire ces rapports en
entier de se reporter aux ditions prcdentes.


Je passerai sous silence quelques lettres qui ont prcd la
mission qui m'a t confie de faire tudier mon systme dans les
corps de troupes  cheval.


_Rapport de M. de Novital, chef d'escadrons, commandant l'cole de
Saumur._

Analyse des exercices journaliers.--Progrs constats, jour par
jour, jusqu' parfaite ducation obtenue en treize jours pour
quarante chevaux.

M. de Novital continue:

Les adversaires de M. Baucher veulent lui donner le cachet d'une
imitation des Pignatel, Pluvinel, Newcastle, etc.; mais ces
clbres cuyers, tout en prchant l'assouplissement, l'quilibre,
ont-ils enseign une thorie aussi lucide, aussi juste, aussi bien
raisonne que celle de M. Baucher? Non.

La mthode de M. Baucher doit faire cole, parce qu'elle s'appuie
sur des principes vrais, fixes, rationnels, motivs. Tout en elle
est mathmatique et peut se rendre par des chiffres.

A lui donc appartient la nouvelle poque qui commence;  lui la
gloire d'avoir mis le cheval dans la dpendance complte du
cavalier en paralysant toute rsistance, toute volont, et en
remplaant les forces instinctives par des forces transmises.

L'opinion de MM. les capitaines instructeurs des 5e cuirassiers et
3e lanciers se trouve comprise dans ce que je viens d'mettre.

     Paris, 4 avril 1842.


_Rapport au gnral Oudinot, par M. Carrelet, colonel de la garde
municipale de Paris._

..... Je vous dirai qu'officiers et sous-officiers sont unanimes
pour approuver les procds de M. Baucher, appliqus au dressage
des jeunes chevaux. En quinze jours M. Baucher obtient des
rsultats meilleurs que ceux obtenus en six mois par les anciens
procds. Je suis tellement convaincu de l'efficacit des moyens
professs par M. Baucher, que je vais soumettre  ces procds tous
les chevaux de mes cinq escadrons.

     Paris, 6 avril 1842.


_Rapport du gnral marquis Oudinot au Ministre de la guerre._

Constatation des heureux rsultats obtenus par la mthode.--Les
principes de M. Baucher sont un grand et incontestable progrs.--Conclut
 ce que les corps de troupes envoient des instructeurs s'initier
 la mthode.

     6 avril 1842.


   _Rapport du chef d'escadron Grenier, charg du commandement des
   officiers envoys  Paris pour tudier la Mthode._

Vingt-deux officiers ont reu les leons de M. Baucher
lui-mme.--Approbation entire des principes et de leurs
dmonstrations pratique et orale.--C'est surtout  l'cole de
cavalerie que la mthode doit tre connue.

     Versailles, 24 juillet 1842.


   _Rapport demand par le colonel prsident de la commission
   charge d'tudier le dressage des jeunes chevaux d'aprs la
   mthode Baucher, et rdig par M. Desondes, lieutenant au 9e
   cuirassiers._

Ce rapport suit jour par jour l'ducation d'un cheval dsign.

Constatation des progrs simultans du cavalier et du cheval.

La Mthode, par l'excellence de ces principes, remdie  la
mauvaise conformation du cheval.--Elle est appele  diminuer les
proportions effrayantes des pertes de chevaux.

Enfin, dit M. Desondes, la plus heureuse des innovations doit
amener une rvolution dans la cavalerie.


_Rapport du commandant de l'Ecole royale de cavalerie de Saumur._

..... Je me rsume en disant que la nouvelle mthode doit tre un
grand bien, une amlioration incontestable pour la cavalerie.

Je fais donc des voeux pour son adoption et sa prompte
introduction dans l'arme.

     Saumur, 6 aot 1842.


_Rapport sur l'essai de la nouvelle mthode fait au camp de
Lunville, par M. Baucher fils._

..... La sollicitude claire de M. le Ministre de la guerre pour
l'arme est un sr garant que cette mthode trouvera en lui un
puissant protecteur, et que toutes les troupes  cheval pourront
bientt mettre  profit les importants avantages que procure son
application.

     _Les Membres de la Commission_:

     Capitaines de JUNIAC, de CHOISEUL, GROSJEAN;
     lieutenant-colonel HERMET; gnral GUSLER.

Outre tous ces rapports, j'ai reu l'adhsion de la plus grande
partie des officiers de cavalerie. Quatre-vingt-trois colonels ou
capitaines, sur cent deux, approuvent mon systme.




I

NOUVEAUX MOYENS D'OBTENIR UNE BONNE POSITION DU CAVALIER[2].


On trouvera sans doute tonnant que, dans les premires ditions,
promptement puises, de cet ouvrage ayant pour objet l'ducation
du cheval, je n'aie pas commenc par parler de la position du
cavalier. En effet, cette partie si importante de l'quitation a
toujours t la base des crits classiques.

  [2] Ces prceptes s'adressent plus spcialement aux cavaliers
  militaires; mais, avec quelques lgres modifications, faciles 
  saisir, ils peuvent galement s'appliquer  l'quitation civile.

Ce n'est pas sans motifs, cependant, que j'ai diffr jusqu'
prsent de traiter cette question. Si je n'avais eu rien de nouveau
 dire, j'aurais pu, ainsi que cela se pratique, consulter les
vieux auteurs, et,  l'aide de quelques transpositions de phrases,
de quelques changements de mots, lancer dans le monde questre une
inutilit de plus. Mais j'avais d'autres ides; je voulais une
_refonte complte_. Mon systme pour arriver  donner une bonne
position au cavalier tant aussi une innovation, j'ai craint que
tant de choses nouvelles  la fois n'effrayassent les amateurs,
mme les mieux intentionns, et qu'elles ne donnassent prise  mes
adversaires. On n'aurait pas manqu de proclamer que mes moyens
d'action sur le cheval taient impraticables, ou qu'ils ne
pouvaient tre appliqus qu'avec le secours d'une position plus
impraticable encore. Or, j'ai prouv le contraire: d'aprs mon
systme, des chevaux ont t dresss par la troupe, quelle que ft
la position des hommes  cheval. Pour donner plus de force  cette
mthode, pour la rendre plus facile  comprendre, j'ai d l'isoler
d'abord de tous autres accessoires, et garder le silence sur les
nouveaux principes qui ont rapport  la position du cavalier. Je me
rservais de ne mettre ces derniers au jour qu'aprs la russite
incontestable des essais officiels. Au moyen de ces principes,
ajouts  ceux que j'ai publis sur l'art de dresser les chevaux,
j'abrge galement le travail du cavalier, j'tablis un systme
prcis et complet sur ces deux parties importantes, mais jusqu' ce
jour confuses, de l'quitation.

En suivant mes nouvelles indications, relativement  la position de
l'homme  cheval, on arrivera promptement  un rsultat certain;
elles sont aussi faciles  comprendre qu' dmontrer: deux phrases
suffisent pour tout expliquer au cavalier. Il est de la plus grande
importance, pour l'intelligence et les progrs de l'lve, que
l'instructeur soit court, clair et persuasif; celui-ci doit donc
viter d'tourdir ses recrues par des dveloppements thoriques
trop prolongs. Quelques mots, expliqus avec -propos,
favoriseront et dirigeront beaucoup plus vite la comprhension.
L'observation silencieuse est souvent un des caractres distinctifs
du bon professeur. Aprs qu'on s'est assur que le principe pos a
t bien compris, il faut laisser l'lve studieux exercer lui-mme
son mcanisme: c'est ainsi seulement qu'il parviendra  trouver les
effets de tact, qui ne s'obtiennent que par la pratique. Tout ce
qui tient au sentiment s'acquiert, mais ne se dmontre pas.


Position du cavalier.

Le cavalier donnera toute l'extension possible au buste, de manire
que chaque partie repose sur celle qui lui est infrieurement
adhrente, afin d'augmenter l'appui des fesses sur la selle; les
bras tomberont sans force sur les cts; les cuisses et les genoux
devront trouver, par leur face interne, autant de points de contact
que possible avec la selle, les pieds suivront naturellement le
mouvement des jambes.

On comprend dans ces quelques lignes combien est simple la position
du cavalier.

Les moyens que j'indique pour obtenir, en peu de temps, une bonne
position lvent toutes les difficults que prsentait la route
trace par nos devanciers. L'lve ne comprenait presque rien au
long catchisme rcit  haute voix par l'instructeur, depuis la
premire phrase jusqu' la dernire; en consquence, il ne pouvait
pas l'excuter. Ici, c'est par quelques mots que nous rendons
toutes ces phrases, et ces mots sont comprhensibles pour le
cavalier qui suit mon travail d'assouplissement. Ce travail le
rendra adroit et, par suite, intelligent; un mois ne sera pas
coul sans que le conscrit le plus lourd et le plus maladroit ne
soit en tat d'tre bien plac.


Leon prparatoire.

   (La leon sera d'une heure; il y aura deux leons par jour
   pendant un mois.)

Le cheval est amen sur le terrain, sell et brid; l'instructeur
ne prendra pas moins de deux lves; l'un tiendra le cheval par la
bride, tout en observant le travail de l'autre, afin de l'excuter
 son tour. L'lve s'approchera de l'paule du cheval et se
disposera  monter;  cet effet, il prendra et sparera avec la
main droite une poigne de crins, qu'il passera dans la main
gauche, le plus prs possible de leurs racines, sans qu'ils soient
tortills dans la main; il saisira le pommeau de la selle avec la
main droite, les quatre doigts en dedans, le pouce en dehors; puis,
aprs avoir ploy lgrement les jarrets, il s'enlvera sur les
poignets. Une fois la ceinture  la hauteur du garrot, il passera
la jambe droite par-dessus la croupe sans la toucher et se mettra
lgrement en selle. Ce mouvement de voltige tant d'une trs
grande utilit pour l'agilit du cavalier, on le lui fera
recommencer huit ou dix fois, avant de le laisser s'asseoir sur la
selle. Bientt la rptition de ce travail lui donnera la mesure de
ce qu'il peut faire au moyen de la force bien entendue de ses bras
et de ses reins.


Travail en selle.

   Ce travail doit se faire en place; on choisira de prfrence un
   cheval vieux et froid. (Les rnes noues tomberont sur le col).

Une fois l'lve  cheval, l'instructeur examinera sa position
naturelle, afin d'exercer plus frquemment les parties qui ont de
la tendance  l'affaissement ou  la roideur. C'est par le buste
que l'instructeur commencera la leon. Il fera servir  redresser
le haut du corps les flexions des reins qui portent la ceinture en
avant; on tiendra pendant quelque temps dans cette position le
cavalier dont les reins sont mous, sans avoir gard  la roideur
qu'elle entranera les premires fois. C'est par la force que
l'lve arrivera  tre liant, et non par l'abandon tant et si
inutilement recommand. Un mouvement obtenu d'abord par de grands
efforts n'en ncessitera plus au bout de quelque temps, parce qu'il
y aura adresse, et que, dans ce cas, l'adresse n'est que le
rsultat des forces combines et employes  propos. Ce que l'on
fait primitivement avec dix kilogrammes de forces se rduit ensuite
 sept,  cinq et  deux. L'adresse sera la force rduite  deux
kilogrammes. Si l'on commenait par une force moindre, on
n'arriverait pas  ce rsultat. On renouvellera donc souvent les
flexions de reins en laissant parfois l'lve se relcher
compltement, afin de lui faire bien saisir l'emploi de force qui
donnera promptement une bonne position au buste. Le corps tant
bien plac, l'instructeur passera 1  la leon du bras, laquelle
consiste  le mouvoir dans tous les sens, d'abord ploy et ensuite
tendu; 2  la leon de la tte; celle-ci devra tourner  droite et
 gauche sans que ses mouvements ragissent sur les paules.

Ds que la leon du buste, des bras et de la tte donnera un
rsultat satisfaisant, ce qui doit arriver au bout de quatre jours
(huit leons), on passera  celle des jambes.

L'lve loignera, autant que possible, des quartiers de la selle
l'une des deux cuisses; il la rapprochera ensuite avec un mouvement
de rotation de dehors en dedans, afin de la rendre adhrente  la
selle par le plus de points de contact possible. L'instructeur
veillera  ce que la cuisse ne retombe pas lourdement; elle doit
reprendre sa position par un mouvement lentement progressif et sans
secousses. Il devra, en outre, pendant la premire leon, prendre
la jambe de l'lve et la diriger pour bien lui faire comprendre la
manire d'oprer ce dplacement. Il vitera ainsi la fatigue et
obtiendra de plus prompts rsultats.

Ce genre d'exercice ncessite de frquents repos; il y aurait
inconvnient  prolonger la dure du travail au del des forces de
l'lve. Les mouvements d'adduction (qui rendent la cuisse
adhrente  la selle) et ceux d'abduction (qui loignent) devenant
plus faciles, les cuisses auront acquis un liant qui permettra de
les fixer  la selle dans une bonne position. On passera alors  la
flexion des jambes.


Flexion des jambes.

L'instructeur veillera  ce que les genoux conservent toujours leur
adhrence parfaite avec la selle. Les jambes se mobiliseront comme
le pendule d'une horloge, c'est--dire que l'lve les remontera
jusqu' toucher le troussequin de la selle avec les talons. Ces
flexions rptes rendront les jambes promptement souples, liantes,
et leur mouvement indpendant de celui des cuisses. On continuera
les flexions de jambes et de cuisses pendant quatre jours (huit
leons). Pour rendre chacun de ces mouvements plus correct et plus
facile, on y consacrera huit jours (ou quatorze leons). Les
quatorze jours (trente leons) qui resteront pour complter le mois
continueront  tre employs au travail d'assouplissement en place;
seulement, pour que l'lve apprenne  combiner la force de ses
bras et celle de ses reins, on lui fera tenir progressivement des
poids de 2  5 kilogrammes  bras tendu. On commencera cet exercice
par la position la moins fatigante, le bras ploy, la main prs de
l'paule, et on poussera cette flexion  la plus grande extension
du bras. Le buste ne devra pas se ressentir de ce travail et
restera maintenu dans la mme position.


Des genoux.

La force de pression des genoux se jugera, et mme s'obtiendra 
l'aide du moyen que je vais indiquer. Ce moyen, qui de prime abord
semblera peut-tre futile, amnera cependant de trs-grands
rsultats. L'instructeur prendra un morceau de cuir de l'paisseur
de cinq millimtres et long de cinquante centimtres; il placera
l'une des extrmits de ce cuir entre les genoux et le quartier de
la selle. L'lve fera usage de la force de ses genoux pour ne pas
le laisser glisser, tandis que l'instructeur le tirera lentement et
progressivement de son ct. Ce procd servira de dynamomtre pour
juger des progrs de la force. Quelques paroles encourageantes
places  propos stimuleront l'amour-propre de chaque lve.

On veillera avec le plus grand soin  ce que chaque force qui agit
sparment n'en mette pas d'autres en jeu, c'est--dire que le
mouvement des bras n'influe jamais sur leurs paules; il devra en
tre de mme pour les cuisses, par rapport au tronc; pour les
jambes par rapport aux cuisses, etc., etc. Le dplacement et
l'assouplissement de chaque partie isole une fois obtenus, on
dplacera momentanment le haut du corps, afin d'apprendre au
cavalier  se remettre en selle lui-mme. Voici comment on s'y
prendra: l'instructeur, plac sur le ct, poussera l'lve par la
hanche, de manire que son assiette se trouve porte en dehors du
sige de la selle. Avant d'oprer un nouveau dplacement,
l'instructeur laissera l'lve se remettre en selle, en ayant soin
de veiller  ce que, pour reprendre son assiette, il ne fasse usage
que des hanches et des genoux, afin de ne se servir que des
parties les plus rapproches de l'assiette. En effet, le secours
des paules influerait bientt sur la main, et celle-ci sur le
cheval; le secours des jambes pourrait avoir de plus graves
inconvnients encore. En un mot, dans tous les dplacements, on
enseignera  l'lve  ne pas avoir recours, pour diriger, aux
forces qui maintiennent  cheval;  ne pas employer, pour s'y
maintenir, celles qui dirigent.

A l'aide de cette gymnastique questre justement combine, on
arrive, au bout d'un mois,  faire excuter facilement  tous les
conscrits les exercices qui semblaient les plus contraires  leur
organisation physique.

L'lve ayant franchi les preuves prliminaires, attendra avec
impatience les premiers mouvements du cheval pour s'y livrer avec
l'aisance d'un cavalier dj expriment.

Quinze jours (trente leons) seront consacrs au pas, au trot et
mme au galop. Ici l'lve doit uniquement chercher  suivre les
mouvements du cheval; en consquence, l'instructeur l'obligera  ne
s'occuper que de sa position et non des moyens de direction 
donner au cheval. On exigera seulement que le cavalier marche
d'abord droit devant lui, puis en tous sens, une rne de bridon
dans chaque main. Au bout de quatre jours (huit leons), on pourra
lui faire prendre la bride dans la main gauche. On s'attachera 
ce que la main droite, qui se trouve libre, reste  ct de la
gauche, afin que le cavalier prenne de bonne heure l'habitude
d'tre plac carrment (les paules sur la mme ligne); le cheval
trottera galement  droite et  gauche. Lorsque l'assiette sera
bien consolide  toutes les allures, l'instructeur expliquera
d'une manire simple les rapports qui existent entre les poignets
et les jambes, ainsi que leurs effets spars[3].

  [3] Voir les principes pour l'ducation du cheval.

ducation du cheval.

Ici le cavalier commencera l'ducation du cheval, en suivant la
progression que j'ai indique et que l'on trouvera ci-aprs. On
fera comprendre  l'lve tout ce qu'elle a de rationnel, et par
quelle liaison intime se suivent, dans leurs rapports, l'ducation
de l'homme et celle du cheval. Au bout de quatre mois  peine, le
cavalier pourra passer  l'cole de peloton; les commandements ne
seront plus qu'une affaire de mmoire; il lui suffira d'entendre
pour excuter, car il sera matre de son cheval.

J'espre que la cavalerie comprendra (comme elle a dj compris mon
mode d'ducation du cheval) tout l'avantage des moyens que
j'indique pour tirer le plus large parti possible du peu de temps
que chaque soldat reste sous les drapeaux.

J'ai galement la conviction que l'emploi de ces moyens rendra
prompte et parfaite l'ducation des hommes et des chevaux.

     RSUM ET PROGRESSION.

                                                         Jours. Leons.

     1 Flexion des reins pour servir  l'extension du
           buste                                            4     8

     2 Rotation, extension des cuisses et flexion des
           jambes                                           4     8

     3 Exercice gnral et successif de toutes les
           parties                                          8    14

     4 Dplacement du tronc, exercice des genoux et
           des bras avec des poids dans les mains          14    28

     5 Position du cavalier sur le cheval au pas, au
           trot et au galop, pour faonner et fixer
           l'assiette  ces diffrentes allures            15    30

     6 ducation du cheval par le cavalier                50   100
                                                         -----------
                         TOTAL                             95   188




II

DE L'QUILIBRE DU CHEVAL.

     L'harmonie du poids et des forces du cheval donne l'quilibre
       de la masse.
     L'quilibre de la masse produit l'harmonie des mouvements.

     BAUCHER.


Tout tre organis, pour conserver la libert et la sret de ses
mouvements, est astreint  observer la loi de l'quilibre. Le
cheval mont, plus que tout autre animal, est soumis  cette loi,
car non-seulement il doit calculer ses mouvements par rapport  sa
propre masse, mais le poids additionnel de son cavalier tend 
dranger constamment son quilibre naturel.

L'importance majeure d'quilibrer le cheval a t vivement sentie
par le monde questre: aussi tout cuyer se pique d'honneur et veut
trouver le secret de ce noeud gordien.

Dans notre XIXe sicle, o toutes choses doivent tre traites
scientifiquement, il est tout naturel qu'on ait demand  la
science le secret de l'quilibre. La science a rpondu par un
problme:--Pour quilibrer votre cheval, cherchez son centre de
gravit.

Cette rponse n'a pas manqu d'exciter une noble ardeur.
Tout le monde s'est mis  l'oeuvre. On cherche le centre de
gravit partout, toujours....., mais on ne le trouve pas. Des
contradictions sans nombre surgissent chaque jour, les discussions
s'enveniment, les traits d'quitation tournent au pamphlet, les
dcouvertes restent nulles et le centre de gravit continue  se
promener dans le domaine dont on l'a fait seigneur et matre. Un si
grand personnage devrait cependant n'tre pas introuvable, eu gard
aux limites restreintes qui le renferment.

Combien d'cuyers ont us leur persvrance  cette vaine
recherche! Mais aussi, qui n'aurait voulu connatre la solution
d'un problme qui, d'un seul coup, tranchait les difficults de
l'quitation en donnant l'quilibre du cheval?

La science avait parl; comme tout le monde, je crus  son oracle.

Me voil donc livr, pendant des annes entires,  des recherches
journalires.

Rsultats nuls! Ceux de la veille taient contredits par ceux du
lendemain.

Fallait-il donc, cependant, parce qu'il plaisait au centre de
gravit de voyager incognito, laisser le cheval et son cavalier
exposs aux dangers qu'entrane le dfaut d'quilibre!

Pour m'aider dans mes recherches, je m'adressais aux
cuyers-auteurs. Ils mettaient une grande rudition  m'expliquer
le dplacement du centre de gravit, quand, par exemple, une jambe
se porte en avant, suivie de la jambe diagonalement oppose; ou
bien quand le rassembler s'opre, ou quand le cheval se cabre, rue,
etc.

Il est l, disait l'un; non, je le _vois_ de ce ct, disait
l'autre; et ces vaines discussions se continuent encore parce que
l'on ne veut pas remonter aux causes premires, et que les effets
absorbent l'attention gnrale.

On tudie la manire d'tre du centre de gravit. Pourquoi? Je
l'ignore. En saine pratique, n'avons-nous pas le poids du cheval 
rpartir et sa force  coordonner? N'avons-nous pas  combiner les
forces opposes du cavalier (main et jambes)? Si nous nous rendons
compte des effets de ces divers agents, et si nous en tirons le
parti convenable, nous arriverons  notre quilibre, sans avoir 
nous proccuper du centre de gravit.

Messieurs les thoriciens, prparez vos anathmes! je vais porter
une main profane sur le dieu de vos rves et briser votre idole,
aprs avoir, il est vrai, dans mon ignorance, brl sur son autel
un inutile encens.

Votre centre de gravit ne donne, n'entrane, ni ne produit rien.

Il existe incontestablement, mais  l'tat de passivit.

Vous voulez l'riger en cause, il n'est qu'effet.

Quelle que soit votre opinion  son gard, il fonctionnera toujours
dans le mme ordre: bien, si votre mouvement est juste; mal, si
votre mouvement est irrgulier.

Pourquoi donc,  propos d'quitation, avoir sans cesse  la bouche
des mots scientifiques, sonores il est vrai, mais vides de sens et
propres, tout au plus,  retarder les progrs de l'art, par
l'obscurit qu'ils rpandent sur les thories?

Tenez, messieurs, abandonnez simplement le centre de gravit aux
influences qui le gouvernent, et cessez les discussions qu'il
excite depuis trop longtemps. Au lieu d'enfourcher un nuage pour
chevaucher  la recherche d'une ide aussi introuvable qu'inutile,
montez un vrai cheval, et probablement vous approuverez les
principes que je vais appliquer  l'obtention et au maintien de
l'quilibre du cheval.




III

DE L'EMPLOI RAISONN DES FORCES DU CHEVAL.


Le cheval, comme tous les tres organiss, est dou d'un poids et
d'une force qui lui sont propres. Le poids, inhrent  la matire
constitutive de l'animal, rend sa masse inerte et tend  la fixer
au sol. La force, au contraire, par la facult qu'elle lui donne de
mobiliser ce poids, de le transfrer de l'une  l'autre de ses
parties, communique le mouvement, en dtermine la vitesse, la
direction et constitue l'quilibre.

Pour rendre cette vrit palpable, supposons un cheval au repos.
Son corps sera dans un parfait quilibre, si chacun de ses membres
supporte exactement la part du poids qui lui est dvolue dans cette
position. S'il veut se porter en avant au pas, il devra
pralablement transfrer, sur les jambes qui resteront fixes au
sol, le poids que supporte celle qu'il en dtachera la premire. Il
en sera de mme pour les autres allures, la translation s'oprant
au trot, d'une diagonale  l'autre; au galop, de l'avant 
l'arrire-main, et rciproquement. Il ne faut donc jamais confondre
les manires d'tre du poids et de la force. Le poids n'est que
passif, la force dterminante est active. C'est en reportant le
poids sur telles ou telles extrmits que la force les mobilise ou
les fixe. La lenteur ou la vitesse des translations dtermine les
diffrentes allures, qui sont elles-mmes justes ou fausses, gales
ou ingales, suivant que ces translations s'excutent avec justesse
ou irrgularit.


On comprend que cette puissance motrice se subdivise  l'infini,
puisqu'elle est rpartie sur tous les muscles de l'animal.
Quand ce dernier en dtermine lui-mme l'emploi, je les appelle
_instinctives_; je les nomme _transmises_[4] lorsque le cavalier en
coordonne l'emploi. Dans le premier cas, l'homme, domin par son
cheval, reste le jouet de ses caprices; dans le second, au
contraire, il en fait un instrument docile, soumis  toutes les
impulsions de sa volont. Le cheval, ds qu'il est mont, ne doit
donc plus agir que par des forces transmises ou harmonises.
L'application constante de ce principe constitue le vrai talent de
l'cuyer.

  [4] Plusieurs pamphltaires trs-_rudits_ et _profonds
  anatomistes_ ont beaucoup discut sur cette expression: _forces
  transmises_, n'ayant, disaient-ils agrablement, rien trouv de
  semblable dans les chevaux qu'ils avaient corchs  l'cole
  d'Alfort. On reconnatra sans doute avec moi que cette
  bouffonnerie est fort concluante.

  Pour parler srieusement, je dclare qu'en employant l'expression
  _transmises_, je ne prtends pas crer des forces en principe,
  mais seulement en fait. Je parviens  diriger et  utiliser des
  forces qui, par suite de contractions et de rsistances,
  demeuraient compltement inertes, et qui seraient consquemment
  comme si elles n'taient pas. N'est-ce point l une espce de
  transmission?

Mais un tel rsultat ne peut s'obtenir instantanment. Le jeune
cheval, habitu  rgler lui-mme, dans sa libert, l'emploi de ses
ressorts, se soumettra d'abord avec peine  l'influence trangre
qui viendra en disposer sans intelligence. Une lutte s'engagera
ncessairement entre le cheval et le cavalier; celui-ci sera
vaincu s'il ne possde l'nergie, la persvrance et surtout
les connaissances ncessaires pour arriver  ses fins. Les forces
de l'animal tant l'lment sur lequel l'cuyer doit agir
principalement, pour les dominer d'abord et les diriger ensuite,
c'est sur elles avant tout qu'il lui importe de fixer son
attention. Il recherchera quelles sont les parties o elles se
contractent le plus pour la rsistance, les causes physiques qui
peuvent occasionner ces contractions. Ds qu'il saura  quoi s'en
tenir sur ce point, il n'emploiera envers son lve que des
procds en rapport avec la nature de ce dernier, et les progrs
seront alors rapides.

Malheureusement, on chercherait en vain dans les auteurs anciens et
modernes qui ont crit sur l'quitation, je ne dirai pas des
principes rationnels, mais mme des donnes quelconques sur ce qui
se rattache  l'emploi raisonn des forces du cheval. Tous ont bien
parl de _rsistances_, d'_oppositions_, d'_quilibre_, mais aucun
n'a su nous dire ce qui cause ces rsistances, comment on peut les
combattre, les dtruire, et obtenir cette lgret, cet quilibre,
qu'il nous recommande si instamment. C'est cette grave lacune qui a
jet sur les principes de l'quitation tant de doutes et
d'obscurit; c'est elle qui a rendu cet art stationnaire pendant si
longtemps; c'est cette grave lacune, enfin, que je crois tre
parvenu  combler.

Et d'abord, je pose en principe que toutes les rsistances des
jeunes chevaux proviennent, en premier lieu, d'une cause physique,
et que cette cause ne devient morale que par la maladresse,
l'ignorance ou la brutalit du cavalier. En effet, outre la roideur
naturelle, commune  tous ces animaux, chacun d'eux a une
conformation particulire dont le plus ou le moins de perfection
constitue le degr d'harmonie existant entre le poids et les
forces. Le dfaut de cette harmonie occasionne l'imperfection des
allures, la difficult des mouvements, en un mot, tous les
obstacles qui s'opposent  une bonne ducation. A l'tat libre,
quelle que soit la mauvaise structure du cheval, l'instinct seul
lui suffira pour disposer ses forces de manire  maintenir son
quilibre; mais il est des mouvements qui lui sont impossibles,
jusqu' ce qu'un travail prparatoire l'ait mis  mme de suppler
aux dfectuosits de son organisation par un emploi mieux combin
de sa puissance motrice[5]. Le cheval n'excute un mouvement avec
lgret qu' la suite d'une position donne; s'il est des forces
qui s'opposent  cette position, il faut donc les annuler d'abord
pour les remplacer par celles qui pourront, seules, la dterminer.

  [5] J'engage beaucoup les amateurs dsireux de suivre mes
  prceptes dans tout ce qu'ils ont de naturel et de mthodique, 
  bien prendre garde d'y mler des moyens pratiques qui y sont
  trangers et contraires. Dans le nombre de ces grotesques
  inventions se trouve plac le jockey anglais ou l'homme de bois,
  auquel de graves auteurs ont attribu des proprits que la saine
  quitation rprouve; en effet, la force permanente du bridon dans
  la bouche du cheval est une gne et non pas un avis; elle lui
  apprend  revenir sur lui-mme en s'acculant, pour en viter la
  sujtion. A l'aide de cette force brutale, il connatra de bonne
  heure comment il peut se soustraire aux effets de main du
  cavalier.

  C'est  cheval, et par de justes et progressives oppositions de
  main et de jambes, que l'on obtiendra des rsultats prompts et
  infaillibles, rsultats qui seront tous en faveur du mcanisme et
  de l'intelligence du cavalier. Si le cheval prsentait quelques
  difficults dangereuses, un second cavalier,  l'aide du caveon,
  produirait une action suffisante sur le moral du cheval, pour
  donner le temps  celui qui le monte d'agir physiquement, afin de
  disposer la masse dans le sens du mouvement qu'on veut exiger.
  Mais, on le voit, il faut une intelligence pour parler
  intelligiblement au cheval, et non pas une machine fonctionnant
  brutalement.

Or, je le demande, si, avant d'avoir surmont ces premiers
obstacles, le cavalier vient y ajouter le poids de son propre corps
et ses exigences maladroites, l'animal n'prouvera-t-il pas une
difficult plus grande encore pour excuter certains mouvements?
Les efforts qu'on fera pour l'y astreindre, tant contraires  sa
nature, ne devront-ils pas se briser contre cet obstacle
insurmontable? Il rsistera naturellement, et avec d'autant plus
d'avantage, que la mauvaise rpartition de son poids et de ses
forces suffira pour annuler l'action du cavalier. La rsistance
mane donc ici d'une cause physique; cette cause devient morale ds
l'instant o, la lutte se continuant avec les mmes procds, le
cheval commence  combiner lui-mme les moyens de se soustraire au
supplice qu'on lui impose, lorsqu'on veut ainsi forcer des ressorts
qu'on n'a pas assouplis d'avance.

Quand les choses en sont l, elles ne peuvent qu'empirer. Le
cavalier, dgot bientt de l'impuissance de ses efforts,
rejettera sur le cheval la responsabilit de sa propre ignorance;
il fltrira du nom de rosse un animal qui possdait peut-tre de
brillantes ressources, et dont, avec plus de discernement et de
science, il aurait pu faire une monture dont le caractre serait
aussi docile et soumis que les allures seraient gracieuses et
agrables. J'ai remarqu souvent que les chevaux rputs
indomptables sont ceux qui dveloppent le plus d'nergie et de
vigueur, ds qu'on a su remdier aux inconvnients physiques qui
paralysaient leur essor. Quant  ceux que, malgr leur mauvaise
conformation, on finit par soumettre  un semblant d'obissance, il
faut en rendre grce  la mollesse seule de leur nature; s'ils
veulent bien s'astreindre  quelques exercices des plus simples,
c'est  condition qu'on n'exigera pas davantage, car ils
retrouveraient bien vite leur nergie pour rsister  des
prtentions plus leves. Le cavalier pourra donc les faire marcher
aux diffrentes allures; mais quel dcousu, quelle roideur, quel
disgracieux dans leurs mouvements, et quel ridicule de semblables
coursiers ne jettent-ils pas sur le malheureux qu'ils ballottent et
entranent ainsi  leur gr, bien plus qu'ils ne se laissent
diriger par lui! Cet tat de choses est tout naturel, puisqu'on n'a
pas dtruit les causes premires qui le produisent: _la mauvaise
rpartition du poids et des forces et la roideur qu'elle entrane 
sa suite_.

Mais, va-t-on m'objecter, puisque vous reconnaissez que ces
difficults tiennent  la conformation du cheval, comment est-il
possible d'y remdier? Vous n'avez probablement pas la prtention
de changer la structure de l'animal et corriger la nature? Non sans
doute; mais tout en convenant qu'il est impossible de donner plus
d'ampleur  une poitrine troite, d'allonger une encolure trop
courte, d'abaisser une croupe leve, de raccourcir et d'toffer
des reins longs, faibles et troits, je n'en soutiens pas moins que
si je dtruis les contractions diverses occasionnes par ces vices
physiques, si j'assouplis les muscles, si je me rends matre des
forces au point d'en disposer  volont, il me sera facile de
prvenir ces rsistances, de donner plus de ressort aux parties
faibles, de modrer celles qui sont trop vigoureuses, et de
suppler ainsi aux mauvais effets d'une nature imparfaite, en
tablissant, dans l'quilibre du cheval, une juste rpartition du
poids et des forces.

De pareils rsultats, je ne crains pas de le dire, furent et
demeurent interdits  jamais aux anciennes coles. Mais si la
science de ceux qui professent d'aprs les vieux errements vient
toujours se briser contre le grand nombre des chevaux dfectueux,
on rencontre des chevaux qui, par la perfection de leur
organisation et la facilit d'ducation qui en rsulte, contribuent
puissamment  perptuer les routines impuissantes, si funestes aux
progrs de l'quitation. Un cheval bien constitu est celui dont
toutes les parties, rgulirement harmonises, amnent l'quilibre
parfait de l'ensemble. Il serait aussi difficile  pareil sujet de
sortir de cet quilibre naturel, pour prendre une mauvaise position
et se dfendre, qu'il est pnible d'abord, au cheval mal conform,
d'acqurir cette juste rpartition du poids et des forces sans
laquelle on ne peut esprer aucune rgularit de mouvements.

C'est dans l'ducation de ces derniers animaux seulement que
consistent les vritables difficults de l'quitation. Chez les
premiers, le dressage doit tre, pour ainsi dire, instantan,
puisque, tous les ressorts tant  leur place, il ne reste plus
qu' les faire mouvoir; ce rsultat s'obtient toujours avec ma
mthode. Les anciens principes, cependant, exigent deux et trois
ans pour y parvenir; et lorsqu' force de ttonnements et
d'incertitudes, l'cuyer dou de quelque intelligence et de quelque
pratique finit par habituer le cheval  obir aux impressions qui
lui sont communiques, il croit avoir surmont de grandes
difficults, et attribue  son savoir-faire un rsultat que
l'application de bons principes aurait procur en quelques jours.
Puis, comme l'animal continue  dployer dans tous ses mouvements
la grce et la lgret naturelles  sa belle conformation, le
cavalier ne se fait nul scrupule de s'en approprier le mrite, se
montrant alors aussi prsomptueux qu'il est injuste, lorsqu'il veut
rendre le cheval mal constitu responsable de l'inefficacit de ses
efforts.

Si nous admettons une fois ces vrits:

Que l'ducation du cheval consiste dans la domination complte de
ses forces et dans la juste rpartition de son poids;

Qu'on ne peut disposer des forces qu'en annulant toutes les
rsistances,

Et que les rsistances ont leur source dans les contractions
occasionnes par les vices physiques,

Il ne s'agira plus que de rechercher les parties o s'oprent ces
contractions, afin d'essayer de les combattre et de les faire
disparatre en provoquant un quilibre convenable du poids et des
forces.

De longues et consciencieuses observations m'ont dmontr que, quel
que soit le vice de conformation qui s'oppose dans le cheval  la
juste rpartition des forces, c'est toujours sur la mchoire que
s'en fait ressentir l'effet le plus immdiat. Pas de faux
mouvements, pas de rsistance qui ne soient prcds par la
contraction de cette partie de l'animal; et comme l'encolure est
intimement lie  la mchoire, la roideur de l'une se communique
instantanment  l'autre. Ces deux points sont l'arc-boutant sur
lequel s'appuie le cheval pour annuler tous les efforts du
cavalier. On conoit facilement l'obstacle immense qu'ils doivent
prsenter, puisque la tte et l'encolure tant les deux leviers
principaux par lesquels on place et dirige l'animal, il est
impossible de rien obtenir de lui tant qu'on ne sera pas
entirement matre de ces premiers et indispensables moyens
d'action. A l'arrire-main, les parties o les forces se
contractent le plus pour les rsistances sont les reins et la
croupe (les hanches).

Les contractions de ces deux extrmits opposes sont mutuellement
les unes pour les autres cause et effet, c'est--dire que la
roideur de la mchoire et de l'encolure amne celle des hanches, et
rciproquement. On peut donc les combattre l'une par l'autre; et
ds qu'on aura russi  les annuler, ds qu'on aura ainsi rtabli
l'quilibre et l'harmonie entre l'avant et l'arrire-main,
l'ducation du cheval sera  moiti faite. Je vais indiquer par
quels moyens on y parviendra infailliblement.




IV

TRAVAIL A PIED.

MOBILISATION DU CHEVAL, AU MOYEN DES FORCES INSTINCTIVES, POUR
OBTENIR L'QUILIBRE DU POIDS.

EMPLOI DE LA CRAVACHE POUR APPRENDRE AU CHEVAL A VENIR A L'HOMME,
LE RENDRE SAGE AU MONTOIR, ETC.


Ds le dbut de l'ducation du cheval, il est essentiel de lui
donner une premire leon d'assujettissement et de lui faire
connatre toute la puissance de l'homme. Ce premier acte de
soumission, qui pourrait paratre sans importance, servira
promptement  le rendre calme, confiant,  rprimer tous les
mouvements qui dtourneraient son attention et retarderaient son
ducation.

Quelques leons d'une demi-heure suffiront pour obtenir ce rsultat
chez tous les chevaux; le plaisir que l'on prouvera  jouer ainsi
avec le cheval portera naturellement le cavalier  continuer cet
exercice autant qu'il sera ncessaire, et  le rendre aussi
instructif pour le cheval qu'utile pour lui-mme. Voici comment on
s'y prendra: le cavalier s'approchera du cheval, sa cravache sous
le bras, sans brusquerie ni timidit; il lui parlera sans trop
lever la voix, et le flattera de la main sur le chanfrein ou sur
l'encolure, puis, avec la main gauche, il saisira les rnes de la
bride,  16 centimtres des branches du mors, en soutenant le
poignet avec assez d'nergie pour prsenter autant de force que
possible dans les instants de rsistance du cheval. La cravache
sera tenue de la main droite, la pointe vers la terre, puis on
l'lvera lentement jusqu' la hauteur du poitrail pour en frapper
dlicatement cette partie  une seconde d'intervalle. Le premier
mouvement naturel du cheval sera de reculer pour viter les
attouchements de la cravache. Le cavalier suivra ce mouvement
rtrograde sans discontinuer toutefois la tension des rnes de la
bride, ni les petits coups de cravache sur le poitrail. Le cavalier
devra rester matre de ses impressions, afin qu'il n'y ait dans ses
mouvements et dans son regard aucun indice de colre ni de
faiblesse. Fatigu de ces effets de contrainte, le cheval cherchera
bientt par un autre mouvement  viter la sujtion, et c'est en se
portant en avant qu'il y parviendra; le cavalier saisira ce second
mouvement instinctif pour l'arrter et flatter l'animal du geste et
de la voix. La rptition de cet exercice donnera des rsultats
surprenants, mme  la premire leon. Le cheval, ayant bien
compris le moyen  l'aide duquel il peut viter la cravache, n'en
attendra pas le contact, il le prviendra en s'avanant de suite au
moindre geste. Ce travail, d'ailleurs trs-rcratif, servira de
plus  rendre le cheval sage au montoir, abrgera de beaucoup son
ducation, et acclrera le dveloppement de son intelligence. Dans
le cas o, par suite de sa nature inquite ou sauvage, le cheval se
livrerait  des mouvements dsordonns, on devrait avoir recours au
caveon, comme moyen de rpression, et l'employer par petites
saccades. Quand le cheval se portera franchement en avant 
l'action de la cravache, le moment sera venu de faire une lgre
opposition avec la main de la bride, afin d'obtenir un effet de
ramener, sans discontinuer l'allure du pas.

On commencera aussi quelques temps de reculer, qu'on alternera avec
les mouvements en avant, jusqu' disparition complte des
rsistances.

Cet exercice est trs-important pour dplacer, par les forces
purement instinctives, d'abord, mais que nous rgulariserons
ensuite, le poids qui se fixerait trop sur l'arrire ou sur
l'avant-main.

Faisons une remarque sur laquelle nous reviendrons plus tard.

Le poids du cheval surcharge naturellement la partie antrieure du
corps; c'est pour cela qu'en vertu du principe qui oppose les
forces au poids dans l'ordre naturel, la nature a donn une si
grande puissance aux muscles postrieurs du cheval qui doivent, aux
diffrentes allures et surtout au galop, non-seulement recevoir le
poids de l'avant-main, mais encore projeter toute la masse en
avant. Dans le reculer, cette distribution du poids induit souvent
en erreur le cavalier inexpriment. Il s'imagine que le mouvement
rtrograde est produit par le dplacement total du poids par les
forces, tandis qu'il n'est d qu'au reflux des forces impulsives,
qui, refoules par une opposition de main, n'ont entran avec
elles qu'une partie du poids. Aussi, bien que le cheval recule,
l'avant-main se trouve souvent surcharg d'un poids comparativement
norme. D'o il suit que le mouvement est irrgulier, jusqu' ce
que l'cuyer, revenu de son erreur, ait su allger l'avant-main de
manire  quilibrer le poids et les forces. Les moyens d'atteindre
 ce but seront donns ultrieurement. Alors nous appellerons
l'attention du lecteur sur l'emploi des aides, que la pratique
seule peut rendre judicieux.

Les exercices prcdents  l'aide de la cravache, tels que: porter
le cheval en avant, les commencements de ramener et de reculer,
seront suivis, toujours  l'aide de la cravache, soit des pas de
ct, soit des pirouettes ordinaires ou renverses.

Pour les pas de ct, la main, en se soutenant, facilite le
mouvement des paules dans le sens indiqu par la cravache. Dans le
cas de rsistance provenant de la croupe, le cavalier en
triompherait par une opposition de la main qui ne reprendrait sa
position que lorsque le mouvement serait commenc.

Dans les pirouettes renverses, la main se maintiendra pour forcer
la croupe  obir  la cravache, et la faire tourner autour des
jambes du cheval, dont l'une doit lui servir de pivot.

Dans les pirouettes ordinaires, la cravache agira sur la croupe,
pour la fixer et fournir aux jambes antrieures, mobilises par la
main, le pivot ncessaire  leur mouvement de rotation.

Ces divers exercices disposeront le cheval aux mouvements qu'il
devra excuter avec son cavalier en selle.

Bien entendu que dans le cours de l'ducation du cheval, il faudra
revenir souvent  ces exercices prliminaires, afin qu'il ne perde
pas le fruit de ses leons prcdentes.




V

DE L'ASSOUPLISSEMENT.


Les nouveaux principes de ma mthode ne peuvent tre pratiqus que
par les hommes verss dans l'art de l'quitation, et qui joignent 
une assiette assure une assez grande habitude du cheval pour
comprendre tout ce qui se rattache  son mcanisme. Je ne
reviendrai donc pas sur les procds lmentaires; c'est 
l'instructeur  juger si son lve possde un degr convenable de
solidit, s'il est suffisamment en rapport d'enveloppe avec son
cheval; car, en mme temps qu'une bonne position produit cette
identification, elle favorise le jeu facile et rgulier des
extrmits du cavalier.

Mon but ici est de traiter principalement de l'ducation du cheval;
mais cette ducation est trop intimement lie  celle du cavalier,
pour qu'il soit possible de faire progresser l'une sans l'autre. En
expliquant les procds qui devront amener la perfection chez
l'animal, j'apprendrai ncessairement  l'cuyer  les appliquer
lui-mme; il ne tiendra qu' lui de professer demain ce que je lui
dmontre aujourd'hui.

Nous connaissons maintenant quelles sont les parties du cheval qui
se contractent le plus pour les rsistances, et nous sentons la
ncessit de les assouplir. Chercherons-nous ds lors  les
attaquer,  les exercer toutes ensemble, pour les soumettre du mme
coup? Non, sans doute, ce serait retomber dans les anciens
errements, et nous sommes convaincu de leur inefficacit. L'animal
est dou d'une puissance musculaire infiniment suprieure  la
ntre; ses forces instinctives pouvant en outre se soutenir les
unes par les autres, nous serons invitablement vaincus si nous les
surexcitons toutes  la fois. Puisque les contractions ont leur
sige dans des parties spares, sachons profiter de cette division
pour les combattre successivement,  l'exemple de ces gnraux
habiles qui dtruisent en dtail des forces auxquelles ils
n'auraient pu rsister en masse.

Du reste, quels que puissent tre l'ge, les dispositions et la
structure du cheval, mes procds, en dbutant, seront toujours les
mmes. Les rsultats seulement seront plus ou moins prompts et
faciles, suivant le degr de perfection de sa nature et l'influence
de la main  laquelle il aura pu tre soumis antrieurement.
L'assouplissement, qui, chez un cheval bien constitu, n'aura
d'autre but que de prparer ses forces  cder  nos moyens
d'action, devra de plus rtablir le calme et la confiance, s'il
s'agit d'un cheval mal men, et faire disparatre, dans une
conformation dfectueuse, les contractions, causes des rsistances
et de l'opposition  un quilibre parfait. Les difficults 
surmonter seront en raison de cette complication d'obstacles, qui
tous disparatront bien vite, moyennant un peu de persvrance de
notre part. Dans la progression que nous allons suivre pour
soumettre  l'assouplissement les diverses parties de l'animal,
nous commencerons naturellement par les plus importantes,
c'est--dire par la mchoire et l'encolure.

La tte et l'encolure du cheval sont  la fois le gouvernail de
l'animal et la boussole du cavalier. Par elles il dirige l'animal;
par elles aussi il peut juger de la rgularit, de la justesse de
son mouvement; pas d'quilibre, pas de lgret, si la tte et
l'encolure ne sont aises, liantes et gracieuses. Nulle lgance,
nulle facilit dans l'ensemble, ds que ces deux parties se
roidissent. Prcdant le corps dans toutes ses impulsions, elles
doivent prparer d'avance, indiquer par leur attitude les positions
 prendre, les mouvements  excuter. Nulle domination n'est
permise au cavalier tant qu'elles restent contractes et rebelles;
une fois qu'elles sont flexibles et maniables, il dispose de
l'animal  son gr. Si la tte et l'encolure n'entament pas les
premires les changements de direction, si, dans les marches
circulaires, elles ne se maintiennent pas inclines sur la ligne
courbe, afin de surcharger plus ou moins les extrmits en raison
du mouvement, si pour le reculer elles ne se replient pas sur
elles-mmes, et si leur lgret n'est pas toujours en rapport avec
les diffrentes allures qu'on voudra prendre, le cheval sera libre
d'excuter ou non ces mouvements, puisqu'il restera matre de
l'emploi de ses forces.




VI

DE LA BOUCHE DU CHEVAL ET DU MORS.


J'ai dj trait ce sujet assez longuement dans mon _Dictionnaire
raisonn d'Equitation_; mais comme je dveloppe ici un expos
complet de ma mthode, je crois ncessaire d'y revenir en quelques
mots.

Je suis encore  me demander comment on a pu attribuer si longtemps
 la seule diffrence de conformation des barres ces dispositions
contraires des chevaux qui les rendent si lgers ou si lourds  la
main. Comment a-t-on pu croire que, suivant qu'un cheval a une ou
deux lignes de chair de plus ou de moins entre le mors et l'os de
la mchoire infrieure, il cde  la plus lgre impulsion de la
main, ou s'emporte, malgr les efforts des deux bras les plus
vigoureux? C'est cependant en s'appuyant sur cette inconcevable
erreur qu'on s'est mis  forger des mors de formes bizarres et si
varies, vrais instruments de supplice, dont l'effet ne pouvait
qu'augmenter les inconvnients auxquels on cherchait  remdier.


Si on avait voulu remonter un peu  la source des rsistances, on
aurait reconnu bientt que la roideur de la mchoire ne provient
pas de la diffrence de conformation des barres, mais bien du
mauvais quilibre du cheval. C'est donc en vain que nous nous
suspendrons aux rnes et que nous placerons dans la bouche du
cheval un instrument plus ou moins meurtrier; il restera insensible
 nos efforts tant que nous ne lui aurons pas donn cette lgret
qui peut seule le mettre  mme de cder.

Je pose donc en principe qu'il n'existe point de diffrence de
sensibilit dans la bouche des chevaux; que tous prsentent la mme
lgret dans la position du ramener, et les mmes rsistances 
mesure qu'ils s'loignent de cette position importante. Il est des
chevaux lourds  la main; mais cette rsistance provient de la
longueur ou de la faiblesse des reins, de la croupe troite, des
hanches courtes, des cuisses grles, des jarrets droits, ou enfin
(point important) d'une croupe trop haute ou trop basse par rapport
au garrot; telles sont les vritables causes des rsistances; le
serrement de la mchoire, la contraction de l'encolure, ne sont que
les effets.


Je n'admets, par consquent, qu'une seule espce de mors, et voici
la forme et les dimensions que je lui donne pour le rendre aussi
simple que doux:

Branche droite de la longueur de 16 centimtres,  partir de l'oeil
du mors jusqu' l'extrmit des branches; circonfrence du canon, 6
centimtres; la libert de la langue, 4 centimtres  peu prs de
largeur dans sa partie infrieure, et 2 centimtres dans la partie
infrieure. Il est bien entendu que la largeur seule devra varier
suivant la bouche du cheval.

J'affirme qu'un pareil mors suffira pour soumettre  l'obissance
la plus passive tous les chevaux qu'on y aura prpars par
l'assouplissement; et je n'ai pas besoin d'ajouter que, puisque je
nie l'utilit des mors durs, je repousse, par la mme raison, tous
les moyens en dehors des ressources du cavalier, tels que
martingales, piliers, etc.[6]

  [6] Voir, dans le _Dictionnaire raisonn d'quitation_, les mots
  _Mors_, _Barres_ et _Martingales_.




VII

ASSOUPLISSEMENT DE LA MACHOIRE ET DE L'ENCOLURE.


Les flexions de la mchoire, ainsi que les deux flexions de
l'encolure qui vont suivre, s'excutent en place, le cavalier
restant  pied. Le cheval sera amen sur le terrain, sell et
brid, les rnes passes sur l'encolure. Le cavalier vrifiera
d'abord si le mors est bien plac et si la gourmette est attache
de manire qu'il puisse introduire facilement son doigt entre les
mailles et la barbe. Puis, regardant l'animal avec bienveillance,
il viendra se placer en avant de son encolure, prs de la tte, le
corps droit et ferme, les pieds un peu carts pour assurer sa base
et tre prt  lutter avec avantage contre toutes les rsistances.


Premire flexion de la mchoire.

Pour excuter cette flexion, le cavalier, plac du ct montoir,
prendra avec la main droite la rne gauche de la bride  dix-sept
centimtres de la bouche, et avec la main gauche la rne gauche du
filet. Ces deux forces doivent agir en sens opposs. Si elles sont
bien proportionnes  la rsistance du cheval, elles amneront
bientt la mobilit de la mchoire. La flexion  droite s'excutera
d'aprs les mmes principes et par les moyens inverses, le cavalier
ayant soin de passer alternativement de l'une  l'autre. Si la
rsistance du cheval provient de la contraction trop grande des
muscles releveurs, il faut opposer une force de haut en bas,
jusqu' parfaite cession de la part du cheval, et _vice vers_. Il
doit en tre ainsi pour toutes les flexions; il faut combattre les
rsistances par la force qui leur est directement oppose.

Quelquefois, le cheval recule par impatience ou par la maladresse
du cavalier; on n'en continue pas moins l'opposition des mains,
lesquelles, dans ce cas, se portent en avant afin d'attirer le
cheval et de faire opposition  la force qui produit l'acculement.
Si l'on a pratiqu compltement le travail prcdent, il sera
facile,  l'aide de la cravache, d'arrter le mouvement rtrograde
qui est un puissant obstacle  toute espce de flexions (_Planche
1_).

[Illustration: Planche 1.]


Deuxime flexion.

La deuxime flexion s'excute en prenant les deux rnes de la
bride avec la main droite et les deux rnes du filet avec la
gauche. En procdant comme pour la premire flexion, et si celle-ci
a t bien faite, on obtient presque instantanment la mobilit de
la mchoire. Sur quelques chevaux, la mchoire infrieure se
dtache momentanment pour se refermer aussitt avec bruit. Cette
espce de tic nerveux, de grincement de dents, doit tre combattu
avec soin, car il finirait par augmenter la rsistance et
s'opposerait  la lgret (_Planches 2 et 3_).

[Illustration: Planche 2.]

[Illustration: Planche 3.]


Troisime flexion.

Le cavalier saisit, par exemple, la rne droite du filet avec la
main gauche et la rne gauche avec la main droite  dix-sept
centimtres, puis il croise les deux rnes sous le menton de
manire  exercer une pression assez forte sur la barbe. Si la
rsistance se prolongeait, le cavalier la ferait bien vite cesser
par un frmissement rapide des poignets (_Planche 4_)[7].

  [7] Les vibrations de mains peuvent tre employes dans toutes
  les flexions.

On comprendra facilement l'importance de ces flexions de mchoire.
Elles ont pour rsultat de prparer le cheval  cder aux plus
lgres pressions du filet ou du mors, d'assouplir directement les
muscles qui joignent la tte  l'encolure. La tte devant prcder
et dterminer les diverses attitudes de l'encolure, il est
indispensable que cette dernire partie soit toujours assujettie 
la premire. Cela n'aurait lieu qu'imparfaitement avec la
flexibilit seule de l'encolure, puisque ce serait alors celle-ci
qui dterminerait l'obissance de la tte en l'entranant dans son
mouvement. L'opposition des mains s'engagera sans -coup, pour ne
cesser qu' parfaite obissance du cheval,  moins cependant qu'il
ne s'accule; elle diminuera ou augmentera son effet en proportion
de la rsistance, de manire  la dominer toujours sans trop la
forcer. Le cheval, qui d'abord rsistera, finira par considrer la
main de l'homme comme un rgulateur irrsistible, et il s'habituera
si bien  obir, qu'on obtiendra bientt, par une simple pression
de rne, ce qui, dans le principe, exigeait une grande force.

[Illustration: Planche 4.]


ASSOUPLISSEMENT DE L'ENCOLURE.

Premire flexion latrale.

Le cavalier se place comme pour les flexions de mchoire; il
saisira la rne droite de la bride avec la main droite  seize
centimtres de la branche du mors et la rne gauche avec la main
gauche,  dix centimtres seulement de la branche gauche. Il
rapprochera ensuite la main droite de son corps en loignant la
gauche de manire  contourner le mors dans la bouche du cheval.
Comme pour les flexions de mchoire, la force qu'il emploiera devra
tre gradue et proportionne  la rsistance seule de la mchoire
et de l'encolure, afin de ne pas influer sur l'aplomb qui donne
l'immobilit au corps du cheval (_Planche 5_).

[Illustration: Planche 5 et 6.]

La flexion doit s'obtenir, non par un mouvement brusque de la tte,
mais par petites cessions successives. La main gauche suit tout
naturellement le mouvement de la tte, et, lorsque celle-ci se
trouve prs de l'paule droite, les deux rnes galement tendues
maintiennent la tte oblique et verticale jusqu' ce qu'elle se
soutienne d'elle-mme dans cette position (_Planche 6_). Le cheval,
en mchant son mors, constatera la mise en main ainsi que sa
parfaite soumission. Le cavalier, pour le rcompenser, fera cesser
immdiatement la tension des rnes et lui permettra, aprs quelques
secondes, de reprendre sa position naturelle. Mmes principes et
moyens inverses pour la flexion  gauche.


Deuxime flexion.

1 Le cavalier saisira la rne droite du filet, qu'il tendra en
l'appuyant sur l'encolure, pour tablir un point intermdiaire
entre la force qu'il emploie et la rsistance que prsentera le
cheval; il soutiendra la rne gauche avec la main gauche 
trente-trois centimtres du mors. Ds que le cheval cherchera 
viter la tension constante de la rne droite en inclinant sa tte
 droite, le cavalier laissera glisser la rne gauche, afin de ne
prsenter aucune opposition  la flexion de l'encolure. Cette rne
gauche devra se soutenir par une succession de petites tensions
spontanes, chaque fois que le cheval cherchera  se soustraire,
par la croupe,  l'effet de la rne droite (_Planche 7_).

[Illustration: Planche 7 et 8.]

2 Lorsque la tte et l'encolure auront compltement cd  droite,
le cavalier donnera une gale tension aux deux rnes pour placer la
tte verticalement. Le liant et la lgret suivront bientt cette
position, et aussitt que le cheval constatera l'absence de toute
roideur par l'action de _mcher son frein_, le cavalier fera cesser
la tension des rnes, en prenant garde que la tte ne profite
de ce moment d'abandon pour se dplacer brusquement. Dans ce cas,
il suffirait pour la contenir d'un lger soutien de la rne droite.
Aprs avoir maintenu le cheval quelques secondes dans cette
attitude, on le remettra en place en soutenant un peu la rne
gauche. L'important est que l'animal, dans tous ses mouvements, ne
prenne de lui-mme aucune initiative (_Planche 8_).

La flexion de l'encolure  gauche s'excutera d'aprs les mmes
principes et par les moyens inverses. Le cavalier pourra rpter
avec les rnes de la bride ce qu'il aura fait d'abord avec celle du
filet; cependant le filet devra toujours tre employ en premier
lieu, son effet tant moins puissant et plus direct. Si les
flexions  pied ont t bien faites, si elles ne laissent rien 
dsirer, celles  cheval s'obtiendront facilement. Ces premiers
exercices sont d'une grande importance, et le temps que l'on y
consacre abrge considrablement la dure des leons qui doivent
suivre.

Le cavalier doit scrupuleusement s'attacher  faire flchir la
mchoire avant l'encolure, de manire que cette dernire soutienne
la tte et la suive, sans la devancer jamais.

En principe, il n'y a pas d'encolure rsistante avec une mchoire
moelleusement mobile.

C'est presque toujours l'oppos quand la flexion de l'encolure
prcde celle de la mchoire. Les dents restent serres ou ne se
dtachent qu'imparfaitement.

La rsistance est toujours en raison directe du _mutisme_ du
cheval[8].

  [8] Ce mot, qui, sous le point de vue technique, ne manque pas de
  cachet, appartient  un cuyer qui a parfaitement profit de
  quelques leons que je lui ai donnes. M. Cinizelli, aprs avoir
  reu les flicitations du roi de Sardaigne, fut, un jour, invit
   visiter le mange royal. Il formula ainsi son opinion sur les
  travaux excuts devant lui: C'est trs-bien, mais vos chevaux
  sont _muets_. Ce mot, dans la bouche de l'cuyer, faisait tout
  simplement allusion  l'immobilit de la mchoire des chevaux.

Dans les flexions directes ou latrales, le cheval prsente encore
une rsistance qu'il est difficile de dtruire, si l'on n'en
connat la cause. C'est en faisant des _forces_ que l'animal
renouvelle ces luttes, que le cavalier n'annule qu'imparfaitement
et aprs de longs efforts. J'entends par faire des _forces_,
l'action du cheval qui contracte sa mchoire infrieure d'un ct
ou de l'autre. Exemple: si l'on porte la tte du cheval  droite,
la mchoire infrieure se portera plus  droite que la mchoire
suprieure. Il faudra donc la ramener  gauche pour obtenir sa
vraie mobilit et une lgret complte.

Ces exercices et les suivants sont faciles  excuter si le
cavalier met scrupuleusement en pratique les moyens que j'indique
et s'il suit en tout point la gradation qui en assure le succs.


Flexion directe ou ramener.

On alternera les flexions latrales avec la flexion directe ou mise
en main. Outre les moyens indiqus pour les flexions de mchoire,
la flexion directe s'obtiendra encore avec la rne droite du bridon
appuye sur l'encolure et tenue dans la main droite. Avec la main
gauche, on prendra la rne du mme ct  trois centimtres de la
bouche. Les deux rnes seront tendues graduellement, et leur action
amnera le cheval  cder compltement de la mchoire et de
l'encolure. (Voy. _Planche 9._)

[Illustration: Planche 9.]

Si l'encolure flchissait avant la mchoire, il faudrait opposer
une force spontane de la main, pour empcher cette flexion
dfectueuse et prmature.

Quelques jours de cet exercice assureront la lgret de la
mchoire et de l'encolure.

Il est indispensable que le cavalier se rende compte de la
disposition du poids et des forces de sa monture; car leur mauvaise
rpartition retarderait le progrs de l'ducation.

Supposons donc que, le cheval tant en place, le poids soit trop
port sur l'avant-main. Dans ce cas, les rsistances seraient
normes et presque insurmontables, si, au pralable, on ne forait
le poids  se reporter sur l'arrire-main par une pression soutenue
du mors, ce qui se ferait sans chercher  obtenir aucune flexion.
Par ce mouvement, le poids se combine tellement avec les forces,
que l'on obtient aussitt toute la lgret dsirable. Si, au
contraire, les forces taient toutes diriges sur l'arrire-main,
ce qui provoquerait un mouvement de recul, il faudrait attirer le
cheval en avant, aprs s'tre assur, toutefois, en forant le
reculer, si, malgr le mouvement rtrograde, le poids n'est pas
trop port sur le devant.


OBSERVATION. Les flexions  pied, incompltement faites,
non-seulement sont sans effet satisfaisant, mais encore elles
portent le cheval plutt aux rsistances qu'aux concessions qui
sont les premiers lments de son ducation. La prolongation des
flexions qui s'obtiennent facilement aurait son danger. L'encolure
s'amollirait au lieu d'tre liante; elle s'isolerait du corps, avec
lequel, au contraire, elle doit s'identifier, pour tablir entre
eux une espce de solidarit qui fait ragir, sur toute la masse,
un lger dplacement de la tte et provoque promptement tous les
changements de position dsirables.

Lorsque le cheval se soumettra  tous ces exercices, sans
rsistance, ce sera une preuve que l'assouplissement a fait un
grand pas et que l'ducation premire est en voie de progrs.




VIII

EFFETS DE MAINS (RNES).


Nous avons avanc comme rgle invariable que, lorsqu'on soumet
le cheval, pour les premires fois,  l'action du frein, il
faut l'emboucher avec un mors de bride accompagn d'un filet.
Ajoutons qu'on devra recourir aux effets de ce dernier dans les
commencements de l'ducation du cheval, parce que sa puissance,
moins grande que celle de la bride, a une action plus directe pour
faire cder l'encolure  droite et  gauche. En effet, pour le
ramener, le filet ne reprsente qu'un levier de 3e genre, tandis
que le mors avec branches et gourmette est un levier de 2e genre.
Pour le ramener et les mouvements rtrogrades du corps, la
puissance du mors est suprieure  celle du filet; mais pour les
premiers dplacements de la tte du cheval et la rpression de
rsistance venant du ct droit ou du ct gauche, l'usage du filet
amnera des rsultats plus prompts, parce que, compos de deux
pices, il a un effet local qui agit sur un des cts de la bouche
du cheval. Les mmes effets, avec les rnes de bride spares, ne
peuvent agir ni aussi directement ni aussi isolment sur l'une des
deux barres; car la seule pice qui compose le mors agit
ncessairement sur toute la mchoire et rend, par cela mme,
l'intention du cavalier moins claire  l'intelligence du cheval. De
l hsitation et lenteur d'un ct, impatience et colre de
l'autre, et souvent luttes regrettables qui ne se terminent pas
toujours  l'avantage du cavalier.

Je sais qu' la rigueur un cuyer peut se passer du filet, comme il
peut aussi ne se servir que du filet pour dresser un cheval, mais
ce n'est qu'une exception qui justifie la rgle.

On se servira donc, en commenant, des rnes du filet, une dans
chaque main; les rnes de bride, runies dans la main gauche  leur
position normale, seront lgrement flottantes. La rne gauche du
filet sera contenue entre le pouce et l'index de la main gauche; la
rne droite, contenue entre le pouce et les trois premiers doigts,
passera sur le petit doigt de la main droite. Ces dispositions
faciliteront l'emploi du filet pour les inclinaisons d'encolure.

Si, dans les flexions, le cheval portait au vent, on passerait les
rnes du filet dans la main droite, pour que la main gauche, par
une tension gale des deux rnes de bride, exert une pression du
mors qui dtruise la rsistance et ramne la tte dans la position
verticale. Cette attitude rendra le cheval plus soumis aux effets
des rnes du filet.

Cette premire flexion s'exercera, d'abord en place, puis au pas.

Ce travail, fait convenablement  pied, deviendra facile  cheval.

Tout exercice obtenu primitivement avec les rnes de filet, sera
pratiqu ensuite avec les rnes de bride, pour amener la tte du
cheval  droite,  gauche, ou dans la position verticale, et
obtenir la mise en main. L'excution des flexions latrales avec
les rnes de bride prouvera un progrs, puisqu'elle s'obtiendra 
l'aide de moyens moins directs.

Il est inutile de faire observer qu'avant de passer d'une flexion
latrale  une autre, il faut saisir l'instant o la tte se trouve
dans le prolongement de la ligne des paules et de la croupe, afin
de mettre le cheval en main, par une tension gale des deux rnes
de la bride. Cette observation s'applique galement  toutes les
flexions excutes aux diffrentes allures.

Le travail d'arrire-main, ou commencement des pirouettes
renverses, se pratiquera par la tension plus grande de la rne
oppose au ct o marchera la croupe. Si elle se porte  gauche,
la rne droite se soutiendra avec plus d'nergie (_et vice vers_),
afin de matriser les rsistances que doivent faire natre des
mouvements nouveaux pour l'animal. Aussitt que le cheval obira 
la jambe, on cessera l'action isole d'une des rnes de filet ou de
bride; car ce moyen n'tant que le correctif des rsistances doit
tre abandonn ds qu'il est sans but. Les rnes deviennent alors
inutiles comme force d'opposition et ne servent plus qu' maintenir
l'attitude la plus convenable pour que le cheval demeure bien plac
et gracieux dans ses mouvements.

Pour les pirouettes ordinaires,  droite, par exemple, on cartera
la rne droite du filet, en modrant son action avec la gauche. La
rne droite branlera l'avant-main, l'autre fixera la croupe afin
qu'elle serve de pivot. La main de la bride doit terminer tous les
mouvements, pour habituer le cheval  obir  sa seule action.

Observons en passant que l'emploi du filet n'est que prparatoire 
l'usage exclusif de la bride. Quand le cheval obira  cet agent,
la main de la bride seule agira pour commencer ou pour finir les
mouvements.

Au pas, sur la piste, on rptera les mmes flexions latrales
d'encolure, en cartant faiblement les rnes du filet d'abord et
les rnes de la bride ensuite.

Mme exercice pour les changements de direction.

Le cheval rpondant aux moindres tensions des rnes de filet ou de
bride, on les remplacera par un nouvel effet de rnes, qui
disposera ses forces pour rpartir le poids de la manire la plus
favorable au mouvement.

Il servira encore, par une juste opposition de la main,  corriger
les carts de la croupe, et  placer, point important, le cheval
parfaitement droit; c'est--dire, la croupe sur la ligne des
paules.

Ce nouvel effet de rnes transportera le poids d'une partie sur
l'autre sans dtruire l'harmonie des forces. Rsultat jusqu'alors
inconnu.

Prcdemment, en rtablissant l'quilibre du poids, on dtruisait
souvent l'ensemble des forces; puis, en rtablissant l'quilibre
des forces, on ramenait le poids  sa mauvaise disposition
premire. N'est-ce pas l un travail sans fin?

Expliquons le moyen qui, malgr sa simplicit, va remdier  ces
ttonnements infructueux.

Les premiers assouplissements ont mis l'animal  mme de rpondre 
ce nouveau procd.

Le cheval tant au pas, on sparera les rnes de la bride, une dans
chaque main. Si l'on dbute par la rne droite, la main droite se
portera  gauche et appuiera la rne contre l'encolure. Celle-ci se
contournera, la tte s'inclinera, et les paules du cheval se
porteront lgrement  gauche. La pression opportune des jambes
dterminera au besoin la croupe dans le sens du mouvement (les
mmes rsultats s'obtiendront avec la rne gauche). La position
propre  ce changement de direction s'obtient, en partie, par des
effets de rnes savamment pratiqus. Les mmes rsultats
s'obtiendront galement  toutes les allures, y compris le travail
sur les hanches.

Puis il arrivera un moment o l'ducation du cheval, plus complte,
permettra de se dispenser mme du secours des jambes. (Descente de
jambes.) Il est bien entendu que ces effets de rnes de bride
spares, obtenus soit par cartement, tension ou pression sur
l'encolure, ont pour but d'amener le cheval  obir  l'action
seule de la main de la bride.

Aprs ces exercices, la main gauche seule suffira  faire excuter
les changements de direction. A cet effet, avant de se porter du
ct dterminant, la main, en se contractant, fera sentir toute sa
force d'opposition, sans se rapprocher du corps. Cet effet
concentr de la puissance de la main demande qu'au pralable
l'gale tension des rnes permette de sentir facilement la bouche
du cheval; il devra complter la lgret du cheval avant que
celui-ci se conforme  la nouvelle inclinaison. Ce temps bien
compris, l'animal tournera  la simple indication de la main, si,
comme je l'ai dj recommand, on saisit le moment o la tte
passe par la ligne prolonge de la croupe et des paules, pour
oprer la mise en main avant de changer l'inclinaison d'un ct ou
d'un autre.




IX

EFFETS DE JAMBES.


Si je demandais au premier cavalier venu les moyens pour changer de
direction, il me rpondrait assurment: Si vous voulez tourner 
droite, portez la main  droite et faites sentir la jambe du mme
ct.

C'est, en effet, le principe que tous les traits d'quitation,
jusqu'au mien, ont donn comme le seul efficace pour ce mouvement.
Mais tant d'erreurs se sont riges en principes, que j'ai voulu
m'assurer de l'exactitude de ce dernier.

J'ai donc, pour tourner  droite, par exemple, port la main 
droite et fait sentir la jambe du mme ct.

Quelque lgret qu'et mon cheval sur la ligne droite et bien que
j'eusse fait sentir la jambe indique, j'prouvais souvent une
rsistance dont, longtemps, j'ai cherch la cause et les moyens de
la dtruire.

L'exprience m'a dmontr que souvent, par suite de l'action de la
jambe droite, la croupe se portant  gauche, empche, par sa
mobilit, le poids de se fixer sur le point d'appui ncessaire au
pivot de conversion et jette ainsi de l'irrgularit et de
l'incertitude dans le mouvement.

La rpression de cette rsistance exige naturellement, me suis-je
dit, l'emploi de la jambe gauche. J'adoptai donc ce moyen comme
correctif. Il me donna d'abord des rsultats surprenants, mais la
persistance de son emploi devint la source d'une autre rsistance.

La croupe, porte trop  droite par la pression de la jambe gauche,
s'arc-boutait, pour ainsi dire, contre l'paule droite, et
paralysait ses mouvements.

Aprs de minutieuses observations, je conclus donc que l'emploi
exclusif de l'une ou de l'autre jambe ne peut tre prescrit comme
principe absolu dans les changements de direction, puisque, destin
 prvenir, il provoque, au contraire, des rsistances.

En effet, quand je veux placer le cheval pour le changement de
direction, j'ignore de quel ct viendra la rsistance, puisque la
croupe peut se drober  droite ou  gauche; j'ignore mme s'il y
aura rsistance. Il n'est donc pas rationnel de dterminer, _
priori_, l'emploi exclusif de l'une ou de l'autre jambe, et le
principe, reconnu faux, doit tre abandonn.

Revenons donc aux vrais principes de l'quitation:

La main seule donne la position, les jambes donnent l'impulsion.

Si, d'aprs les prescriptions formelles de ma mthode, vous avez
dirig l'ducation de votre cheval de manire  lui donner une
juste rpartition du poids et des forces, le changement de
direction lui deviendra aussi facile que la marche sur la ligne
droite. Le cheval tant bien plac obira  la premire invitation
de la main, la tte et l'encolure prendront la position propre au
mouvement, et le liant parfait de toute la machine amnera les
paules et la croupe  prendre sans rsistance la part qui leur
convient pour la rgularit et la facilit du changement de
direction. D'o je conclus que l'emploi de l'une ou de l'autre
jambe prescrit comme principe est un non-sens, pour ce mouvement,
puisque sa rgularit et sa facilit ne dpendent que de l'harmonie
apporte dans l'quilibre de l'animal.

Je dis plus. L'aide des deux jambes deviendra tout  fait inutile,
quand le cheval sera arriv au point d'ducation o doit le
conduire invitablement ma mthode.


POINT IMPORTANT. Ds que le cheval commencera  prendre la
position indique par la main, celle-ci devra cesser son action et
laisser  l'animal sa libert de mouvement, en ayant soin toutefois
de le suivre dans son dplacement. Si, au contraire, aprs un
commencement d'excution, la main persistait dans son action, la
position de l'encolure deviendrait force et amnerait un
drangement de croupe, d'o natrait une rsistance qu'on ne
pourrait vaincre qu' l'aide des jambes.




X

EFFETS DE MAIN ET DE JAMBES.


Nous avons consacr un chapitre spcial aux fonctions particulires
de la main et des jambes; nous allons, maintenant, combiner
l'action de ces puissances de telle sorte qu'elles procurent au
cavalier les ressources qu'il doit retirer de leur judicieux
emploi.

En principe, les jambes du cavalier donnent au cheval l'impulsion
ncessaire aux mouvements. Mais elle n'est primitivement qu'un
moyen de dplacement qui, pour obtenir un bon rsultat, a besoin
d'un modrateur et d'un rgulateur.

Ce double rle appartient  la main.

Aussitt qu'obissant  la pression des jambes le cheval se
mobilise, la main, savante interprte de la volont du cavalier,
dispose l'animal dans le sens propre au mouvement qui doit tre
excut, et son action, mthodiquement rgle, fait comprendre au
serviteur les intentions du matre.

Le cheval, bien plac par la main, excutera facilement le
mouvement indiqu. Je dis plus: il l'excutera ncessairement, car
la disposition des diverses parties de son corps ne lui en
permettrait pas d'autre.

L'cuyer doit donc avoir pour but de dominer les forces du cheval;
il faut qu'il en dispose absolument. La combinaison intelligente de
l'action de la main et des jambes produira ce rsultat.


PRINCIPE ESSENTIEL. En gnral l'action des jambes doit prcder
celle de la main pour dterminer toutes les allures, ainsi que pour
obtenir les effets d'ensemble, le rassembler, les temps d'arrt et
le reculer, etc., etc.

En effet, si l'on porte le cheval en avant, il faut d'abord que les
jambes dterminent son action et que, sur l'impulsion donne, la
main prenne autant de forces qu'il lui en faut pour diriger la
masse dans le sens propre au mouvement. Si, au contraire, l'action
de la main prcdait celle des jambes, le cheval, manquant de
l'impulsion ncessaire, ne pourrait tre plac convenablement, et
le mouvement deviendrait incertain, d'une excution difficile et
souvent impossible.

Pour les effets d'ensemble, les jambes agiront les premires, afin
d'viter les effets rtrogrades du cheval, qui, par ce moyen, se
soustrairait  la bonne position de sa tte et  l'immobilit de
ses quatre jambes, s'il est en place.

C'est encore en dbutant par l'action des jambes qu'on fera jouer
tous les ressorts du mcanisme de l'animal, et leur puissance,
sagement dirige par la main, s'harmonisera de telle sorte que le
cheval sera toujours plac droit. L'action des jambes du cavalier
produira le rassembler en rapprochant les membres postrieurs du
cheval.

Pour le vrai reculer, les jambes de derrire du cheval doivent
d'abord quitter le sol. C'est encore une pression pralable des
jambes du cavalier qui dterminera ce mouvement. Le cheval est
port en avant par les jambes; mais aussitt l'impulsion donne, la
main se rapproche du corps, et son effet, justement combin, force
la jambe, dj leve,  se porter en arrire. Aprs quelques
rptitions de cet exercice, le cheval reculera franchement et
rgulirement.

L'impulsion imprime par les jambes est encore ncessaire dans
le reculer, en ce sens qu'elle s'oppose  la trop brusque
concentration des forces sur l'arrire-main, ce qui donnerait un
reculer prcipit et irrgulier.

Pour l'excution des pirouettes renverses ou ordinaires, les
jambes devront donner l'impulsion qui, comme toujours, permettra 
la main de placer le cheval. C'est alors que les rnes de la bride
par tension, cartement, ou pression sur l'encolure, deviendront
efficaces pour combattre les rsistances indiques par les refus du
cheval, qui arrivera graduellement  obir  la seule pression de
la jambe.

Au moyen de ces exercices et de la combinaison sage des effets de
jambes et de main, le cheval aura bientt acquis une juste
rpartition du poids et des forces.

J'indique le but; plus heureux que mes devanciers dans l'tude de
l'quitation, je donne les moyens infaillibles de l'atteindre.

Est-ce  dire, cependant, que je veuille promettre  tous les
adeptes de ma mthode les rsultats que beaucoup de mes lves ont
obtenus? Non; voici pourquoi. Quelle que soit la clart d'une
thorie et l'exactitude de ses principes, le professeur ne peut
donner  tous cette tincelle de feu sacr qui dnote l'aptitude,
la vocation et mne au succs.

Si les ides thoriques expliques et motives ne rencontrent pas
comme un cho dans l'esprit de l'lve, si son intelligence n'est
pas frappe comme d'un choc lectrique, par la vrit du principe,
c'est que l'inspiration manque. Les efforts du professeur lutteront
pniblement contre l'inaptitude.

En comparant les forces de l'homme et celles du cheval, on est
tonn que notre faiblesse proportionnelle ait entrepris de
dominer une puissance aussi suprieure; et, cependant, avec la
seule pression de nos jambes et de nos mains, nous lui imposons
notre volont.

Soumis  nos lois, notre superbe antagoniste se prcipite comme une
avalanche; ses forces, multiplies par l'impulsion, impriment  son
corps une rapidit vertigineuse; son lan semble indomptable. Un
geste du cavalier, et la masse imptueuse devient statue, le cheval
est immobile.

J'ai donn les moyens d'obtenir ces immenses rsultats. Ma mthode
met tellement le cheval dans la dpendance du cavalier, que, par la
combinaison des effets de jambes et de main, nos moindres
mouvements suffisent pour diriger,  notre gr, les ressorts de ce
puissant animal; mais je ne puis dire prcisment et clairement 
l'lve le degr de force impulsive ou rpressive qu'il doit
employer. C'est l'apprciation exacte de l'emploi des forces
combines qui s'appelle l'intelligence questre. Cette qualit est
inne chez le vritable cuyer, elle lui est indispensable.

Une longue pratique, en donnant l'exprience, peut, il est vrai,
combattre heureusement l'inaptitude. Mais si, dans ce cas, les
progrs sont lents, devra-t-on s'en prendre  l'impuissance des
principes?


[Illustration: Planche 10 et 11.]




XI

ASSOUPLISSEMENT A CHEVAL, AVANT MAIN ET ARRIRE-MAIN.


FLEXION DIRECTE DE LA TTE ET DE L'ENCOLURE, OU RAMENER.

1 Le cavalier se servira d'abord des rnes du filet, qu'il runira
dans la main gauche et tiendra comme celles de la bride. Il
appuiera la main droite _de champ_ sur les rnes en avant de la
main gauche, afin de donner  la premire une plus grande
puissance, en augmentant la pression du mors de filet. Ds que le
cheval cdera, il suffira de soulever la main droite pour diminuer
la tension des rnes et rcompenser l'animal. Lorsque le cheval
obira  l'action du filet, il cdera bien plus promptement  celle
de la bride, dont l'effet est plus puissant; c'est dire assez que
la bride devra par consquent tre employe avec plus de mnagement
que le filet. (_Planche 10_.)

2 Le cheval aura compltement cd  l'action de la main, lorsque
sa mchoire sera mobile. Le cavalier doit avoir soin de ne pas se
laisser tromper par les feintes du cheval, feintes qui consistent
dans un quart ou un tiers de cession, suivie de bgaiements. On
doit tout d'abord habituer le cheval  supporter les jambes pour
arrter tous les mouvements rtrogrades de son corps, mouvements
qui le mettraient  mme d'viter les effets de la main, ou
feraient natre des points d'appui ou des arcs-boutants propres 
augmenter les moyens de rsistance. (_Planche 11._)

Cette flexion est fort importante. Ds qu'elle s'excute avec
aisance et promptitude, il suffit d'un lger appui de la main pour
ramener et maintenir la tte dans la bonne position. La direction
de cette partie de l'animal deviendra ds lors aussi facile que
naturelle, puisque nous l'aurons mise  mme de comprendre toutes
les indications de la main, et d'y obir sur-le-champ sans efforts.
Quant aux fonctions des jambes, elles consistent  empcher un
mouvement rtrograde du corps.


FLEXIONS LATRALES DE L'ENCOLURE.

1 Pour excuter la flexion  droite, le cavalier prendra une rne
de filet dans chaque main, la gauche sentant  peine l'appui du
mors; la droite, au contraire, communiquant une impression modre
d'abord, mais qui augmentera en proportion de la rsistance du
cheval, et de manire  la dominer toujours.

L'animal, dj prpar par le travail prcdent, comprend la
volont du cavalier, et incline la tte du ct o se fait sentir
la pression du filet. (_Planche 12._)

[Illustration: Planche 12 et 13.]

2 Ds que la tte du cheval aura t ramene  droite, la rne
gauche formera opposition, pour empcher le nez de dpasser la
verticale. On doit attacher une grande importance  ce que la tte
reste toujours dans cette position: la flexion sans cela serait
imparfaite et la souplesse incomplte. Le mouvement rgulirement
accompli, on fera reprendre au cheval sa position naturelle par une
lgre tension de la rne gauche. (_Planche 13._)

La flexion  gauche s'excutera de mme, le cavalier employant les
rnes du filet et celles de la bride.


J'ai dit qu'il faut s'attacher  assouplir l'extrmit suprieure
de l'encolure. Une fois  cheval, et lorsque les flexions latrales
s'obtiendront sans rsistance, le cavalier se contentera souvent de
les excuter  demi, la tte et la premire partie de l'encolure
pivotant alors sur la partie infrieure, qui servira de base. Cet
exercice se renouvellera frquemment, mme lorsque l'ducation du
cheval sera termine, pour entretenir le liant et faciliter la mise
en main.

Les flexions latrales trop prolonges amneraient de l'abandon
dans la tte et l'encolure et les isoleraient du corps. Il faut
donc en user sagement ds que le cheval les excute avec facilit.

Il nous reste maintenant, pour complter l'assouplissement de la
tte et de l'encolure,  combattre les contractions qui
occasionnent les rsistances directes et s'opposent au ramener.




XII

MOBILISATION DE LA CROUPE.


Le cavalier, pour diriger le cheval, agit directement sur deux de
ses parties: l'avant-main et l'arrire-main. Il emploie  cet effet
deux agents: les jambes, qui donnent l'impulsion par la croupe;
les mains, qui dirigent et modifient cette impulsion par la tte
et l'encolure. Un parfait rapport de forces doit donc toujours
exister entre ces deux puissances; mais la mme harmonie n'est pas
moins ncessaire entre les parties de l'animal qu'elles sont
particulirement destines  impressionner. En vain se sera-t-on
efforc de rendre la tte et l'encolure flexibles, lgres,
obissantes au contact du mors, les rsultats seront incomplets,
l'ensemble et l'quilibre imparfaits, tant que la croupe restera
lourde, contracte, rebelle  l'agent direct qui doit la gouverner.

Je viens d'expliquer par quelle sorte de procds simples
et faciles on donnera  l'avant-main les qualits indispensables
pour obtenir une bonne position; il me reste  dire comment on
assouplira de mme l'arrire-main pour complter l'assouplissement
du cheval, et ramener l'ensemble et l'harmonie dans le dveloppement
de tous ses ressorts. Les rsistances de l'encolure et celles de la
croupe se soutenant mutuellement, notre travail deviendra plus facile,
puisque nous avons dj annul les premires.

1 Le cavalier tiendra les rnes de la bride dans la main gauche,
et celles du filet croises l'une sur l'autre dans la main-droite,
les ongles en dessous; il ramnera d'abord la tte du cheval dans
sa bonne position par un lger appui du mors; puis, s'il veut
excuter le mouvement  droite, il portera la jambe gauche en
arrire des sangles et la fixera prs du flanc de l'animal jusqu'
ce que la croupe cde  sa pression. Le cavalier fera sentir la
rne du filet du mme ct que la jambe, en proportionnant son
effet  la rsistance qui lui sera oppose. De ces deux forces
imprimes ainsi par la rne gauche et la jambe du mme ct, la
premire est destine  combattre les rsistances, et la seconde 
dterminer le mouvement. On se contentera dans le principe de faire
excuter  la croupe un ou deux pas de ct seulement. (_Planche
14._)

[Illustration: Planche 14 et 15.]

2 La croupe ayant acquis plus de facilit de mobilisation, on
pourra continuer le mouvement de manire  complter  droite et
 gauche des pirouettes renverses. Aussitt que les hanches
cderont  la pression de la jambe, le cavalier fera sentir
immdiatement la rne oppose  cette jambe. Son effet, lger
d'abord, sera augment progressivement jusqu' ce que la tte soit
incline du ct vers lequel marche la croupe, et comme pour la
voir venir. (_Planche 15._)

Pour faire bien comprendre ce procd, j'ajouterai quelques
explications d'autant plus importantes qu'elles sont applicables 
tous les exercices de l'quitation.

Le cheval, dans tous ses mouvements, ne peut conserver sa lgret
sans une combinaison des forces opposes, habilement mnage par le
cavalier. Dans la pirouette renverse par exemple, si, lorsque le
cheval a cd  la pression de la jambe, on continue  opposer la
rne du mme ct que cette jambe, il est vident qu'on dpassera
le but, puisqu'on fera usage d'une force devenue inutile. Il faut
donc tablir deux moteurs dont l'effet se balance sans se
contrarier; c'est ce que produira dans la pirouette la tension de
la rne oppose  la jambe. Ainsi on dbutera par la rne et la
jambe du mme ct, jusqu' ce que le cheval rponde  la seule
pression de la jambe, puis avec la bride tenue dans la main gauche;
enfin, avec la rne du filet ou de la bride oppose  la jambe. Les
forces se trouvant alors maintenues dans une position diagonale,
l'quilibre sera naturel et l'excution du mouvement facile. La
tte du cheval, incline vers le ct o se dirige la croupe,
ajoute beaucoup au gracieux du travail, et donne au cavalier plus
de facilit pour rgler l'activit des hanches et maintenir les
paules en place. L'exprience seule pourra, du reste, lui indiquer
l'usage qu'il doit faire de la jambe et de la rne, de manire que
leurs effets se soutiennent sans jamais se contrarier.

Je n'ai pas besoin de rappeler que pendant toute la dure du
travail, comme toujours, du reste, la mchoire doit tre mobile.
Si, en combattant la contraction de la croupe, nous permettions au
cheval d'en rejeter la roideur sur l'avant-main, nos efforts
seraient vains et le fruit de nos premiers travaux perdu. Nous
faciliterons, au contraire, l'assouplissement de l'arrire-main en
conservant les avantages que nous avons acquis sur l'avant-main, et
en forant les contractions que nous avons encore  combattre 
rester isoles.

La jambe du cavalier oppose  celle qui dtermine la rotation de
la croupe ne doit pas demeurer loigne durant le mouvement, mais
rester prs du cheval et le contenir en place, en donnant d'arrire
en avant une impulsion, que l'autre jambe communique de droite
 gauche ou de gauche  droite. Il y aura ainsi une force qui
maintiendra le cheval en position, et une autre qui dterminera
la rotation. Pour que les deux jambes ne contrarient pas
rciproquement les effets de leur pression simultane, et pour
arriver de suite  s'en servir avec ensemble, on placera la jambe
charge de dplacer la croupe plus en arrire des sangles que
l'autre, qui restera soutenue avec une force gale  celle de la
jambe dterminante. Alors l'action des jambes sera distincte; l'une
portera de droite  gauche et l'autre d'arrire en avant. C'est 
l'aide de cette dernire que la main place et fixe les jambes de
devant.

Afin d'acclrer les rsultats, on pourra, dans le commencement,
s'adjoindre un second cavalier qui se placera  la hauteur de la
tte du cheval, tenant les rnes de la bride dans la main droite et
du ct oppos  celui o se portera la croupe. Celui-ci saisira
les rnes  seize centimtres des branches du mors, afin d'tre 
mme de combattre les rsistances instinctives de l'animal. Le
cavalier qui est en selle se contentera alors de soutenir
lgrement les rnes du filet, en agissant avec les jambes comme je
viens de l'indiquer. Le second cavalier n'est utile que lorsqu'on a
affaire  un cheval d'un naturel irritant, ou pour seconder
l'inexprience du cavalier; mais il faut autant que possible se
passer d'aide, afin que le praticien juge par lui-mme des progrs
de son cheval, tout en cherchant les moyens de rgulariser l'emploi
de ses aides.

Bien que ce travail soit lmentaire, il conduira nanmoins le
cheval  excuter promptement au pas tous les airs de mange de
deux pistes. Aprs huit jours d'un exercice modr, on accomplira
ainsi, sans efforts, un travail que l'ancienne cole n'osait
essayer qu'aprs plus d'une anne d'tude et de ttonnements.

Lorsque le cavalier aura habitu la croupe du cheval  cder
promptement  la pression des jambes, il sera matre de la
mobiliser ou de l'immobiliser  volont, et pourra, par consquent,
excuter les pirouettes ordinaires. Il prendra  cet effet une rne
du filet dans chaque main; l'une servira  dterminer l'encolure et
les paules du ct o l'on voudra oprer la conversion, l'autre 
seconder la jambe oppose, si elle tait insuffisante pour contenir
la croupe en place. Dans le principe, cette jambe devra tre place
le plus en arrire possible, et n'exercer son contact qu'autant que
les hanches se porteraient sur elle. Ds que la croupe est
immobile, la jambe oppose devient inutile. Une progression bien
mnage amnera de prompts rsultats; on se contentera donc, en
dbutant, de quelques pas bien excuts pour l'arrter par un effet
d'ensemble, puis rendre immdiatement au cheval sa libert
d'action, ce qui suppose cinq ou six temps d'arrt durant la
rotation complte des paules autour de la croupe. Si ce travail
est excut avec lenteur et mnagements, si la lgret accompagne
tous les mouvements, je garantis des rsultats surprenants. Mes
lves livrs  eux-mmes, ou les personnes qui pratiquent  l'aide
du livre seulement, prouvent souvent des checs ou des retards
dans l'ducation de leurs chevaux: cela provient de ce que l'on
passe souvent trop vite d'un exercice  un autre. Aller lentement
pour arriver vite, voil le grand prcepte, et, s'il est mis en
pratique avec intelligence, il donnera des rsultats infaillibles.

Je vais expliquer comment on tablira le parfait accord du
mcanisme au moyen des effets d'ensemble.




XIII

EFFETS D'ENSEMBLE.


En sollicitant dans de justes limites les forces de l'arrire-main
et de l'avant-main, on tablit leur opposition exacte ou l'harmonie
des forces. On reconnatra la justesse de cette opposition des
aides toutes les fois que la lgret sera obtenue sans
dplacement, si l'on travaille de pied ferme, sans augmentation et
surtout sans diminution d'allure, si l'on est en marche.

Il est essentiel, dans ce travail, d'accorder l'action des jambes
et de la main, pour conserver le cheval lger. L'effet d'ensemble
doit toujours prparer chaque exercice. En effet, il doit d'abord
prcder tout mouvement, puisque, servant  disposer toutes les
parties du cheval dans l'ordre le plus exact, il s'ensuit que la
force d'impulsion propre au mouvement sera, alors, d'autant plus
facilement et srement transmise.

Non-seulement les effets d'ensemble sont indispensables pour que
ces divers mouvements soient toujours faciles et rguliers, mais
encore ils servent  rprimer toute mobilit des extrmits
provenant ou non de la volont du cheval et dans quelques
mouvements que ce soit, puisqu'ils facilitent la juste rpartition
du poids et des forces.

La mise en pratique des effets d'ensemble apprend au cavalier
l'accord des aides, et le conduit  parler promptement 
l'intelligence du cheval, en faisant apprcier  ce dernier, par
des positions exactes, ce que nous voulons exiger de lui. Les
caresses de la main et de la voix viendront ensuite comme effet
moral. Ayons soin, toutefois, de n'y avoir recours qu'aprs que les
justes exigences des aides auront obtenu les rsultats cherchs.

D'aprs ce que je viens de dire, on comprend que tant que
l'assouplissement gnral du cheval n'est point parfait, les effets
d'ensemble ne peuvent tre qu'bauchs. Mais toujours est-il que,
ds le dbut, le cavalier doit commencer  les mettre en pratique,
puisque son premier soin doit tre de chercher  tablir l'accord
entre la force qui pousse en avant et celle qui porte en arrire,
soit que le travail se fasse de pied ferme ou en marche.

Souvenons-nous que l'abus des meilleurs moyens d'excution est 
craindre.

Ne multiplions donc pas outre mesure les effets d'ensemble, sous
peine d'amener l'incertitude dans les mouvements du cheval; et, du
reste, tablissons en principe que toutes les dpenses de forces,
toutes les translations de poids inutiles sont nuisibles aussi bien
 l'ducation qu' l'organisation de l'animal.




XIV

DE L'EMPLOI DE L'PERON.


L'peron est une aide suprieure  celle des jambes, je l'ai
dmontr depuis longtemps.

Tous les chevaux doivent arriver  supporter l'peron.

Le cheval naturellement bien quilibr supporte le contact des
jambes et de l'peron bien plus facilement que celui dont la
conformation est dfectueuse.

La raison en est simple. Chez le premier, le poids est bien
rparti, les forces harmonises se prtent un mutuel concours, et
le contact des jambes et de l'peron n'a pour effet que de donner
une plus grande intensit  l'action du cheval. Chez le second, au
contraire, le poids est mal distribu, les forces divergentes se
heurtent, et l'effet des jambes ou de l'peron est d'augmenter les
rsistances naturelles du cheval.

Le talent du cavalier consistera  ramener ce cheval  la
condition du premier, en dtruisant ses rsistances par une
meilleure rpartition du poids et des forces. Alors le cheval
supportera, sans la moindre hsitation, le contact des jambes et de
l'peron.

Voici la gradation que je recommande: quand le cheval supportera la
pression gradue des jambes du cavalier, celui-ci lui fera sentir
l'appui gradu de ses talons dpourvus d'perons, en place par des
effets d'ensemble, et au pas, pour obtenir et entretenir la
rgularit de l'allure. Lorsque le cheval supportera tranquillement
l'appui des talons nus, alors, mais alors seulement, on adaptera
l'peron  la botte, en ayant soin de recouvrir les molettes d'une
enveloppe de peau. Le cavalier agira avec ces molettes matelasses
comme il a agi avec les talons nus, par appui gradu, et ce n'est
que lorsque le cheval supportera avec le plus grand calme l'appui
nergique des molettes recouvertes, que le cavalier commencera  se
servir des molettes rondes dcouvertes, par les mmes pressions
progressives.

Cette sage progression prparera tous les chevaux, sans exception,
 supporter l'appui de l'peron, qui, bientt, deviendra inutile,
car le cheval rpondra aux moindres pressions des jambes du
cavalier.

L'abus de l'peron aurait les plus grands inconvnients, et comme
on l'a dj dit, l'peron est un rasoir dans les mains d'un
singe.

Plus que jamais l'action de la main doit tre intelligente et
d'accord avec l'emploi de l'peron.

Les amateurs s'apercevront que, dans cette nouvelle dition, je me
suis efforc de rendre plus facile l'application de mes principes
en les rduisant  leur plus simple expression.




XV

EMPLOI PAR LE CAVALIER DES FORCES DU CHEVAL POUR LES DIFFRENTES
ALLURES.


Lorsque le travail qui prcde aura dispos les forces du cheval au
point de nous les soumettre, l'animal sera entre nos mains un
instrument docile attendant, pour fonctionner, l'impulsion qu'il
nous plaira de lui communiquer. Ce sera donc  nous, dispensateurs
souverains de tous ses ressorts,  combiner leur emploi dans les
justes proportions des mouvements que nous voudrons excuter.

Le jeune cheval, roide d'abord et maladroit dans l'usage de ses
membres, aura besoin, pour les dvelopper, de certains mnagements.
Ici, comme toujours, nous suivrons cette progression rationnelle
qui veut que l'on commence par le simple avant de passer au
compos. Nous avons, par le travail qui prcde, assur nos moyens
d'action sur le cheval; il faut nous occuper maintenant de
faciliter ses moyens d'excution, en exerant l'ensemble de ses
ressorts. Si l'animal rpond aux aides du cavalier par la mchoire,
l'encolure et les hanches; s'il cde par la disposition gnrale de
son corps aux impulsions qui lui sont communiques; si le jeu de
ses extrmits est facile et rgulier, le mcanisme de tout
l'ensemble aura une harmonie parfaite aux diffrentes allures. Ce
sont ces qualits indispensables qui constituent une bonne
ducation.




XVI

DU PAS.


L'allure du pas est la mre de toutes les allures; c'est par elle
qu'on obtiendra la cadence, la rgularit, l'extension des autres;
mais le cavalier, pour arriver  ces brillants rsultats, devra
dployer autant de savoir que de tact. Les exercices prcdents ont
conduit le cheval  supporter des effets d'ensemble qui eussent t
impossibles avant d'avoir dtruit ses rsistances instinctives;
nous n'avons plus  agir aujourd'hui que sur les rsistances
inertes qui tiennent au poids de l'animal et sur les forces qui ne
se meuvent qu' l'aide d'une impulsion communique.

Avant de porter le cheval en avant, on devra s'assurer d'abord s'il
est lger, c'est--dire droit d'paules et de hanches. On
approchera ensuite graduellement les jambes pour donner au cheval
l'impulsion ncessaire au mouvement. Le cavalier se souviendra
toujours que la main doit tre pour le cheval une barrire
infranchissable chaque fois que celui-ci voudra sortir de la
position de ramener. L'animal ne l'essayera jamais sans ressentir
une impression dsagrable[9]. L'application bien entendue de ma
mthode amne ainsi le cavalier  conduire constamment son cheval
avec les rnes demi-tendues, except lorsqu'il veut rectifier un
faux mouvement ou en dterminer un nouveau.

  [9] J'ai habit Berlin pendant quelques mois; j'ai vu mettre en
  pratique l'quitation allemande dans toute son tendue. Je n'ai
  pas la prtention de m'riger en critique; je dirai seulement que
  les principes professs en Prusse sont diamtralement opposs aux
  miens: ainsi, plusieurs officiers, qui jouissent dans leur pays
  d'une certaine rputation de cavaliers, me disaient: Nous voulons
  que nos chevaux soient en avant de la main; et moi, leur
  rpondais-je, je veux qu'ils soient derrire la main et en avant
  des jambes; c'est  cette condition seulement que l'animal sera
  sous l'entire domination du cavalier; ses mouvements deviendront
  gracieux et rguliers; il passera facilement d'une allure
  acclre  une allure lente, tout en conservant son quilibre;
  car, leur disais-je, tout cheval qui est en avant de la main est
  derrire les jambes, alors il vous chappe par tous les bouts, ce
  qui entrane l'absence complte de grce et de rgularit dans
  les mouvements; de plus, si sa conformation est vicieuse, comment
  y remdierez-vous? En procdant  votre manire vous n'obtiendrez
  jamais l'quilibre ou la lgret. Toutes les thories mises en
  pratique jusqu' moi consistent  donner, avec plus ou moins de
  peines, une direction aux forces instinctives du cheval, mais non
   les harmoniser avec le poids. Ces rsultats ne peuvent tre
  obtenus sans l'application de mes principes; c'est fcheux pour
  les opposants, mais toute l'quitation est l.

Le pas, ai-je dit, doit prcder les autres allures, parce que son
action est moins considrable que pour le trot ou le galop, et
plus facile par consquent  rgler.

Pour que la cadence et la vitesse du pas se maintiennent gales et
rgulires, il est indispensable que les puissances impulsives et
modratrices du cavalier soient elles-mmes parfaitement
harmonises. Je suppose, par exemple, que le cavalier, pour porter
son cheval en avant au pas et le maintenir lger  cette allure,
doive employer une force gale  quatre kilogrammes, dont trois
pour l'impulsion et un pour le ramener. Si les jambes dpassent
leur effet sans que les mains augmentent le leur dans les mmes
proportions, il est vident que le surcrot de force communique
pourra se rejeter sur l'encolure, la contracter, et ds lors plus
de lgret. Si, au contraire, c'est la main qui agit avec trop de
puissance, elle prendra sur l'impulsion ncessaire  la marche;
celle-ci, par cela mme, se trouvera contrarie, ralentie en mme
temps que la position du cheval perdra de son gracieux et de son
nergie. En effet, que doit comprendre le cheval dans ces deux cas,
sinon que dans le premier il doit acclrer, et dans le second
ralentir son allure? Le cavalier voit donc que c'est toujours lui
qui est responsable quand son cheval comprend mal.

Cette courte explication suffit  dmontrer combien il est
important de conserver toujours un accord parfait entre les jambes
et les mains. Il est bien entendu que leur effet devra varier
suivant que la construction du cheval obligera de le soutenir plus
ou moins  l'avant ou  l'arrire-main; mais la rgle restera la
mme avec des proportions diffrentes.

Tant que le cheval ne se maintiendra pas souple et lger dans sa
marche, on continuera  l'exercer sur la ligne droite, et on
terminera chaque leon par quelques pas de reculer.




XVII

DU RECULER.


La mobilit rtrograde, autrement dit le reculer, est un exercice
dont on n'a pas assez apprci l'importance, et qui cependant doit
avoir une trs-grande influence sur l'ducation du cheval. Le
reculer diffre essentiellement de cette mauvaise impulsion
rtrograde qui porte le cheval en arrire avec la croupe
contracte, l'encolure tendue et la mchoire serre: ceci est de
l'acculement. Le vrai reculer assouplit le cheval, et contribue
puissamment  la prompte et juste rpartition du poids et des
forces.

Le cavalier, avant de commencer le reculer, devra d'abord s'assurer
si les hanches sont sur la ligne des paules, et si le cheval est
lger  la main; puis il rapprochera lentement les jambes, pour que
l'action qu'elles communiquent  l'arrire-main fasse quitter le
sol  une des jambes postrieures, et que le corps ne cde qu'aprs
la tte et l'encolure. C'est alors que la pression immdiate du
mors, forant le cheval  reprendre son quilibre en arrire,
produira le premier temps du reculer. Ds que le cheval obira, le
cavalier rendra immdiatement la main pour rcompenser l'animal et
ne pas forcer le jeu de sa partie postrieure. Si la croupe dviait
de la ligne droite, il la ramnerait  l'aide du filet du mme
ct, employant au besoin la jambe.

Il suffira d'exercer pendant huit jours ( cinq minutes par leon)
le cheval au reculer, pour l'amener  l'excuter avec facilit. On
se contentera, les premires fois, d'un pas en arrire, puis de
deux, puis de trois, progressivement, suivis d'un effet d'ensemble,
jusqu' ce qu'il n'prouve pas plus de difficults pour cette
marche rtrograde que pour la marche en avant.

Le cavalier est souvent dans l'erreur sur les causes d'acculement
de sa monture. Quand il croit le cheval accul par les forces et
par le poids, il ne l'est souvent que par les forces seulement, et,
dans ce cas, l'avant-main est surcharg plus qu'il ne devrait
l'tre; s'il continuait  porter le cheval sur la main, il est
constant que la vraie lgret serait impossible, puisque le poids
est la cause de la rsistance. Il sera donc urgent de porter le
cheval en arrire plutt qu'en avant.

On pourra se convaincre de la vrit de ce fait, en forant le
cheval  reculer, bien qu'en apparence il se prte  ce mouvement.
Quelques pas rtrogrades amneront une rsistance qui prouvera que
le poids est sur l'avant-main. Si, au contraire, le poids et les
forces taient refouls sur l'arrire-main, le cheval vous
entranerait en arrire, et la cabrade en serait le rsultat. Dans
ce cas, il faudrait porter le cheval en avant.

Il est un fait incontestable, c'est que pour le maintien de
l'quilibre du cheval, le poids et les forces doivent tre en
harmonie. La lgret ne saurait donc tre obtenue, tant qu'il y
aura lutte ou manque d'accord entre ces deux puissances.




XVIII

TRAVAIL SUR LES HANCHES.


Peu de personnes comprennent les difficults que prsente ce
travail; elles l'estiment d'autant moins qu'elles ne connaissent ni
les services ni les rsultats qu'on en peut obtenir. Comme on se
figure que ce n'est qu'un exercice de parade, chacun l'essaye  sa
manire sans chercher  l'utiliser, soit pour l'ducation du
cheval, soit pour l'agrment du cavalier: c'est cependant l le but
qu'il faudrait se proposer.

Tout cheval marche, trotte et galope naturellement, mais l'art
perfectionne les allures et leur donne le liant et la lgret
qu'elles sont susceptibles d'acqurir.

Le travail de deux pistes n'tant pas naturel au cheval, prsente,
par cela seul, des difficults bien plus grandes; il serait mme
impossible de l'obtenir rgulirement sans le secours de
l'ducation premire, qui tend  placer le cheval et  l'amener 
supporter des commencements de rassembler. Mais aussi, quand on
l'excute, il a pour rsultat de faire ressortir ses formes, et de
lui donner cette lgret, cette justesse de mouvements, qui le
font rpondre aux plus imperceptibles actions du cavalier.

Je pourrais,  la rigueur, me dispenser de dire ce qu'on appelle
airs de mange, si les auteurs qui ont crit sur ce sujet avaient
fait connatre autre chose que la nomenclature des figures; mais
comme ils n'ont indiqu ni comment le cheval doit tre plac, ni
comment il faut s'y prendre pour que l'excution en soit rgulire,
je m'efforcerai de rparer leur oubli: je dirai donc que l'cuyer
qui fera excuter avec prcision des lignes droites de deux pistes
obtiendra, sans de grands efforts, des lignes circulaires, si,
toutefois, il a exerc pralablement son cheval aux pirouettes
renverses ou ordinaires.

Aussitt que la mobilit de la mchoire et la souplesse des reins
auront prpar le cheval  prendre facilement tous les changements
de direction, on pourra commencer le travail sur les hanches.

Il ne faut faire excuter au cheval qu'un pas de deux pistes, puis
deux, ensuite trois, etc.

D'abord le cavalier se servira de la rne de filet et de la jambe
du mme ct, c'est--dire opposes  la direction dans laquelle
marche le cheval. Bien que la position qui en rsulte soit
contraire  la belle attitude que l'animal doit conserver pendant
un travail rgulier, on continuera nanmoins cet effet de la main
jusqu' ce que le cheval ne rsiste plus  la jambe. Bientt aprs,
la rne du filet ou de la bride du ct dterminant servira 
placer le cheval et  rgulariser le mouvement. Puis, 
l'cartement de la rne succdera sa pression sur l'encolure. Le
travail sera parfait ds que le cavalier saura combiner l'action
des jambes avec ce nouvel effet de rnes. Il devra, pour commencer
le mouvement, s'attacher  soutenir pralablement la jambe du ct
o le cheval doit marcher, afin d'viter que la croupe ne prcde
les paules. Par exemple: pour marcher  droite? jambe droite
d'abord, main porte  droite, et jambe gauche. Il est inutile que
je recommande la plus grande rapidit dans cet emploi successif des
aides.

Les pas de ct ne laissant plus rien  dsirer, on les pratiquera
au trot, puis au galop, aprs avoir exerc le cheval  ces allures,
pour lesquelles on graduera ce travail comme pour le pas.

Les descentes de main, les descentes de main et de jambes, en
compltant les pas de ct, les amneront  leur parfaite
excution. Il faut bien s'attacher  la rgularit des premiers pas
de ct. Le cheval doit travailler avec la mme facilit aux deux
mains. L'cuyer sentira le ct qui rsiste davantage, et il saura
promptement vaincre cette rsistance en l'exerant plus
frquemment.

On conoit que si le cheval se porte d'une jambe sur l'autre, avec
une vitesse gale  celle du contact qu'il reoit, il pourra
excuter tous les airs de mange.

Pour que les pas de ct soient rguliers, il faut: 1 que le
cheval soit toujours dans la main; 2 que ses paules et sa croupe
soient toujours sur la mme ligne; 3 que le passage des jambes se
fasse de telle sorte que celles qui marchent les dernires passent
par-dessus celles qui entament le mouvement. C'est--dire que la
jambe de devant du ct o l'on dtermine, quitte le sol la
premire et soit suivie par la jambe oppose de derrire; il faut
aussi que la tte du cheval soit lgrement porte du ct o il
marche, afin qu'il puisse voir le terrain sur lequel il chemine.

Cette dernire position, qui le rend plus gracieux, servira aussi
au cavalier pour modrer la marche des paules de l'animal, ou leur
donner plus d'activit.

C'est aussi avec cette attitude qu'il pourra rgler et surtout
cadencer ses mouvements.

Pour que le cheval demeure dans le juste quilibre qu'exige cet
exercice, le cavalier doit se servir de ses deux jambes pour
conserver l'harmonie et la rgularit d'action dans l'avant et
l'arrire-main. Si c'est la jambe gauche qui pousse la masse 
droite, c'est la jambe droite qui sert  l'enlever et  la porter
en avant; elle modre l'action de la jambe gauche, maintient le
cheval dans la main, l'empche de reculer, le porte en avant,
diminue ou augmente le passage d'une jambe sur l'autre et assure
ainsi la cadence gracieuse et rgulire du mouvement.




XIX

DU TROT.


Le cavalier engagera d'abord cette allure trs-modrment, en
suivant exactement les mmes principes que pour le pas. Il
maintiendra son cheval parfaitement lger, sans oublier que plus
l'allure est vive, plus l'animal a de dispositions  retomber dans
ses contractions naturelles. La main devra donc redoubler
d'habilet, afin de conserver toujours la mme lgret, sans nuire
cependant  l'impulsion ncessaire au mouvement. Les jambes
seconderont la main, et le cheval, renferm entre ces deux
barrires qui ne feront obstacle qu' ses mauvaises dispositions,
dveloppera bientt toutes ses belles facults, et acquerra, avec
la cadence du mouvement, la grce et la vitesse.

Il est vident que le cheval bien quilibr doit trotter plus vite
que celui qui n'a pas cet avantage.

La condition indispensable  un bon trotteur est l'quilibre exact
du corps, quilibre qui entretient le mouvement rgulier des deux
bipdes diagonaux, donne une lvation et une extension gales,
avec une lgret telle, que l'animal peut excuter facilement tous
les changements de direction, se ralentir, s'arrter, ou acclrer
sans efforts sa vitesse. Le devant alors n'a pas l'air de traner 
la remorque le derrire; tout devient ais, gracieux pour le
cheval, parce que ses forces, tant bien harmonises, permettent au
cavalier de les disposer de manire qu'elles se prtent un secours
mutuel et constant.

Il me serait impossible de citer le nombre de chevaux dont les
allures avaient t tellement fausses, qu'il leur tait impossible
d'excuter un seul temps de trot. Quelques leons ont toujours
suffi pour remettre ces animaux  des allures rgulires.

Il suffira, pour habituer le cheval  bien trotter, de l'exercer 
cette allure cinq minutes seulement pendant chaque leon. Lorsqu'il
aura acquis l'aisance et la lgret ncessaires, on pourra lui
faire conserver cette allure en pratiquant des descentes de main.
J'ai dit que cinq minutes de trot suffiraient d'abord, parce que
c'est moins la continuit d'un exercice que la rectitude des
procds qui produit la bonne excution. Le cheval se prtera mieux
 un travail modr et de courte dure; son intelligence elle-mme,
en se familiarisant avec cette sage progression, htera le succs.
Il se soumettra sans rpugnance et avec calme  un travail qui
n'aura rien de pnible pour lui, et l'on pourra pousser ainsi son
ducation jusqu'aux dernires limites, non-seulement en conservant
intacte son organisation physique, mais en rtablissant dans leur
tat normal les parties qu'aurait pu dtriorer un travail forc.
Ce dveloppement rgulier et gnral du mcanisme du cheval lui
donnera, avec la grce, la force et la sant, et prolongera ainsi
ses services, en centuplant les jouissances du vritable cuyer.




XX

DESCENTE DE MAIN, DESCENTE DE JAMBES, DESCENTE DE MAIN ET DE
JAMBES.


Ce que j'ai dit d'une main savante ou ignorante s'applique
galement aux jambes.

La gradation des pressions qu'elles devront exercer sera, suivant
le cas, apprcie par l'intelligence questre du cavalier, et cette
apprciation, plus ou moins juste, constituera leur science ou leur
ignorance.

Cependant, cherchons, autant que possible, les moyens de combiner
l'action des mains et des jambes, afin que leur entente parfaite
atteigne un but prcis et vite ce travail sans fin que produisent
leurs fautes rciproques. Pour bien dterminer le rle de la main
et des jambes, nous allons les faire agir isolment. Puis, pour
constater leur judicieux emploi, nous verrons si le cheval a t
parfaitement quilibr, en lui faisant continuer des mouvements
rguliers, sans l'aide de la main et des jambes.

Ces descentes de main et de jambes ont une importance majeure; on
devra donc les pratiquer frquemment.

La descente de main contribue  faire conserver au cheval son
quilibre sans le secours des rnes.

On pratiquera la descente de main comme suit:

Aprs avoir gliss la main droite jusqu' la jonction des rnes, et
s'tre assur de leur galit, on les lchera de la main gauche, et
la droite se baissera lentement jusque sur le devant de la selle.
Pour que cet exercice soit rgulier, il faudra qu'il n'altre en
rien ni l'allure ni la position. Peut-tre, dans le principe, le
cheval, livr ainsi  lui-mme, ne conservera-t-il que pendant
quelques pas la rgularit de l'allure et de la position. Dans ce
cas, le cavalier fera sentir soit les jambes soit la main, pour
ramener le cheval dans ses conditions premires.

Pour la descente de jambes: celles-ci se relcheront, la main
soutiendra les rnes afin de leur donner une tension gale. Il est
vident que, pour la rgularit de ce mouvement, le cheval devra,
en se passant de l'aide de jambes, conserver sans altration allure
et position.

Puis on arrivera  la descente simultane de la main et des jambes.
Le cheval, libre de toute espce d'aides, devra nanmoins, comme
dans les cas ci-dessus, conserver la mme allure et la mme
position au pas, au trot et au galop.

Le cavalier trouvant dans sa monture une disposition vidente 
l'obissance, emploie la plus grande dlicatesse dans ses moyens de
direction, et son intention  peine indique est nanmoins
comprise. De ces rapports entre l'homme et l'animal, il rsulte
pour ce dernier une apparence de libert qui lui inspire une noble
confiance. Il s'assujettit, mais  son insu, et notre esclave
soumis peut croire  sa complte indpendance.




XXI

TRAVAIL A LA CHAMBRIRE.


La chambrire a t employe jusqu'ici comme moyen de correction;
j'en ai fait un moyen assur de calmer les chevaux les plus
ardents; elle est aussi trs-utile pour obtenir les premiers temps
du rassembler.

Voici comment je l'emploie:

Placez-vous du ct montoir,  la tte du cheval; tenez les rnes
du filet, le corps droit, le visage calme et l'oeil bienveillant.
La chambrire, tenue dans la main droite, sera leve lentement; la
lanire sera place doucement sur le dos de l'animal. Si, lors du
contact, le cheval cherche  s'y soustraire par un acte quelconque,
la main, par un mouvement assez vif de gauche  droite et de droite
 gauche, arrtera bientt cet acte de dsobissance. Le cheval,
devenu calme et immobile, supportera le contact de la lanire
flottant sur son dos, et amene graduellement jusque sur la queue.


On continuera cet exercice jusqu' ce que le cheval ne manifeste
plus aucune crainte et reste entirement calme.

Tel est l'effet des procds employs avec intelligence; le cheval
les comprend, s'en souvient et s'y soumet sans peine: aussi
l'emploi de la chambrire, de correctif qu'il tait, deviendra le
modrateur le plus efficace. C'est alors que sera venu le moment
d'obtenir de lgers effets de rassembler. On y parviendra au moyen
de quelques appels de langue et d'un mouvement de la chambrire
agite  ct de la croupe du cheval. On se contentera d'une lgre
mobilit, puis on arrtera le cheval par l'exclamation modre de
hol! et en lui glissant la chambrire sur le dos; de manire que
ce dernier moyen soit plus tard le seul employ et qu'il suffise
d'un lger contact de la chambrire pour immobiliser l'animal.

Le rassembler, devenant plus facile, amnera tout naturellement des
apparences de piaffer dont le cavalier devra se contenter. Si, ce
qui doit tre notre but constant, la lgret s'obtient en mme
temps, nous aurons pour consquence l'quilibre du poids et des
forces.

L'influence de ce _travail_ est trs-grande sur le moral des
chevaux; quelques-uns qui ruaient, tant attels, ont t corrigs
de ce dfaut en cinq ou six leons. Dans le commencement, le
cheval, tonn, se livre parfois  des mouvements assez brusques;
le cavalier ne doit pas se laisser intimider, et bientt le cheval
le plus fougueux deviendra calme, soumis et obissant.




XXII

DU RASSEMBLER.


Comment dfinit-on le rassembler dans les coles d'quitation? _On
rassemble son cheval en levant la main et en tenant les jambes
prs._ Je le demande,  quoi pourra servir ce mouvement du cavalier
sur un animal mal conform, contract, et qui reste livr  toutes
les mauvaises propensions de sa nature? Cet appui machinal des
mains et des jambes, loin de prparer le cheval  l'obissance,
n'aura d'autre effet que de doubler les moyens de rsistance,
puisqu'en l'avertissant qu'on va exiger de lui un mouvement, on
reste dans l'impuissance de disposer ses forces de manire  l'y
astreindre.

Le vritable rassembler consiste  runir au centre les forces du
cheval, pour faciliter plus ou moins le rapprochement des jambes de
derrire, du milieu du corps. Il y a plusieurs degrs de
rassembler, indispensables  la facilit et  la justesse des
diffrentes allures et des diffrents airs de mange. Pour bien
nous faire comprendre, nous tablirons l'chelle suivante:

     Avant-main.    Cen|tre.      Arrire-main.
     ------------------+------+--+--+--+--+--+--+----
                       |      |  |  |  |  |  |  |
                       |      |  |  |  |  |  |  |
                       |      6  5  4  3  2  1                    0
                       |

Je dirai encore une fois qu'avant de commencer ces effets de
rassembler, il faut ncessairement que le cheval soit parfaitement
lger  la main; alors il sera facile de diminuer, sans contrainte
pnible, la marche des jambes de devant et d'augmenter celle des
jambes de derrire. Les premiers effets de rassembler qui amneront
les jambes de derrire aux degrs 1, 2, 3, seront utiles aux
allures du trot cadenc ou allong, du galop modr. Ce rassembler
peut s'obtenir en travaillant au pas avec le concours des jambes et
mme de l'peron, si l'action des jambes tait insuffisante; la
main devra dtruire toutes les contractions nuisibles qui
pourraient se produire, et faciliter ainsi le juste quilibre utile
au rassembler. C'est par l'emploi de ces moyens qu'on arrivera 
obtenir que les jambes de derrire gagnent en vitesse sur celles de
devant. Quant au rassembler plus complet, dans lequel les jambes de
derrire atteignent les degrs 4, 5, 6, il faut, pour l'obtenir,
arrter le cheval et multiplier les oppositions de main et de
jambes ou d'perons, jusqu' ce qu'il se mobilise, autant que
possible, sans avancer, ou n'avancer qu'imperceptiblement, puis
l'arrter par un effet d'ensemble. La rptition frquente de cette
mobilit plus ou moins rgulire des jambes conduira insensiblement
au rassembler le plus complet, et ce rassembler donnera pour
rsultat naturel le piaffer avec rhythme, mesure et cadence. Si le
cheval est bien conform, le rassembler s'obtiendra facilement et
bientt aprs les grandes difficults de l'quitation qui en
dpendent. Reste  savoir s'il est possible de les aborder
lorsqu'on a pour sujet un cheval de construction mdiocre,
c'est--dire possdant une partie des dfauts ci-aprs: les hanches
courtes, les reins longs et faibles, la croupe basse, ou trop haute
par rapport au garrot, les cuisses effiles, les jarrets plus ou
moins couds, trop rapprochs ou trop loigns l'un de l'autre,
trop ou trop peu d'action; je suis forc d'avouer que ces sortes de
chevaux prsentent de grandes difficults; mais, en les surmontant,
l'on prouve que l'on est non-seulement cuyer, mais encore homme
d'intelligence, de sens et de conception questre.

J'ai dj expliqu et dmontr que le cheval n'a pas la bouche
dure; j'ai dit que la faiblesse des reins, la mauvaise disposition
de l'arrire-main sont en gnral les seules causes des rsistances
que prsente le cheval. En effet, si la longueur des reins, par
exemple, loigne les jambes de derrire de la place qu'elles
devraient occuper pour que le mouvement soit rgulier, la flexion
et l'extension des jarrets qui reoivent le poids et le rejettent
en avant ne peuvent se faire que pniblement; c'est pour remdier 
ces inconvnients qui rendraient toute belle ducation impossible,
qu'il faut avoir recours aux premiers effets du rassembler, une
fois la mise en main obtenue; dans ce cas, les jambes de derrire
se rapprocheront du centre et se trouveront  la place qu'elles
occupent naturellement chez les chevaux bien conforms. Pourquoi
certains chevaux rsistent-ils par la mchoire et l'encolure? Parce
que les reins, les hanches et les jarrets, fonctionnant mal,
s'opposent  la translation rgulire du poids. Ce qui confirme ce
principe, c'est que plus un cheval a de lgret et de mobilit
naturelle dans la mchoire, plus sa conformation se rapproche de la
perfection; dans ce cas, ses dispositions physiques sont dans de
bonnes proportions pour obtenir immdiatement un juste quilibre:
aussi le rassembler complet, facile pour les bonnes constructions,
devient-il d'une difficult trs-grande pour les constructions
mdiocres. Il faut employer des moyens bien mthodiques et tre
dou d'un grand tact pour amener ces sortes de chevaux  excuter
un travail compliqu et prcis. Je dirai mme qu'une semblable
tche serait sans succs, si elle tait entreprise par un cavalier
qui ne pratiquerait pas la mthode dans tous ses dtails et dans
son ensemble. Le cheval mal conform n'acquiert jamais la grce du
cheval bien quilibr naturellement; mais combien il est beau pour
les spectateurs habiles et rudits! Voil le merveilleux rsultat
de l'quitation: _L'art a fait plus que la nature._

Le rassembler complet, c'est--dire celui qui amne les jambes de
derrire aux degrs de 4 et 6, sert au piaffer, au passage en avant
et en arrire, au galop raccourci, espce de terre--terre, aux
pirouettes ordinaires, au galop en arrire, etc., etc. Il est
indispensable  tous les mouvements ascensionnels, puisque dans
cette position les jarrets excutent plus facilement la flexion de
bas en haut que celle d'arrire en avant, ce qui prouve qu'une fois
le rassembler complet obtenu, le cheval peut excuter les
mouvements les plus difficiles, sans que cela lui soit pnible, et
sans porter atteinte  sa construction; ses poses sont toujours
justes, ses points d'appui exacts, et ses mouvements toujours
gracieux.

L'animal se trouve alors transform en une sorte de balance, dont
l'avant-main et l'arrire-main reprsentent les deux plateaux, et
il suffira du moindre appui sur l'un des deux pour les dterminer
immdiatement dans la direction qu'on voudra leur imprimer. Le
cavalier reconnatra que le rassembler est complet lorsqu'il
sentira le cheval prt, pour ainsi dire,  s'enlever des quatre
jambes. C'est avec ce travail qu'on donne  l'animal le brillant,
la grce et la majest; ce n'est plus le mme cheval, la
transformation est complte. Si nous avons d employer l'peron
pour pousser d'abord jusque sur ses dernires limites cette
concentration de forces, les jambes suffiront par la suite pour
obtenir le rassembler ncessaire  la cadence et  l'lvation de
tous les mouvements compliqus.

Ai-je besoin de recommander la discrtion dans ce travail? Si le
cavalier, arriv  ce point de l'ducation de son cheval, ne sait
pas comprendre et saisir de lui-mme la finesse de tact, la
dlicatesse de procds indispensables  la bonne application de
ces principes, ce sera une preuve qu'il est dnu de tout sentiment
questre, et tous mes conseils ne sauraient remdier  cette
imperfection de sa nature.




XXIII

DU GALOP.


J'ai parl longuement du galop dans le dictionnaire; je me bornerai
ici  donner quelques conseils qui pourront acclrer l'ducation
du cheval. Je suppose que le cavalier a suivi la progression que
j'ai indique, et que son cheval est lger  la main, droit
d'paules et de hanches, familiaris avec les jambes, l'peron, et
supportant les deux premiers degrs du rassembler, etc. videmment
ce cheval est prpar pour le galop, et pourvu que le cavalier ne
commette pas de fautes graves, il suffira de quelques leons pour
que le cheval prenne la position pour partir sur le pied droit et
sur le gauche. Examinons les fautes que peut commettre le cavalier.
Il veut faire partir son cheval sur le pied droit, je suppose, et
par _ngligence_ ou _manque de tact_ il le dispose  partir sur le
pied gauche, ncessairement le dpart aura lieu sur le pied gauche:
premire faute commise. Si le cavalier s'en aperoit, et qu'il
arrte de suite son cheval, pour lui donner la position juste qui
dterminera le dpart sur le pied droit, cette premire faute sera
rpare. Mais si le cavalier ne s'aperoit de sa faute qu'aprs
quelques foules de galop, et qu'il arrte son cheval, celui-ci ne
pourra pas distinguer si l'arrt a lieu parce que tel est le bon
plaisir de son matre, ou s'il est la rpression un peu tardive de
la faute commise. On comprend quel retard dans l'ducation du
cheval apportera ce manque de tact ou de science du cavalier.

Non-seulement le cavalier vitera de commettre les fautes que je
viens de signaler, mais il s'attachera avant tout  prvenir les
faux dparts, puisque chaque mouvement est le rsultat d'une
position qui elle-mme est la consquence d'une juste rpartition
du poids et de la force de l'animal. Il devra d'abord donner au
cheval la position indispensable pour le dpart sur le pied droit.
En suivant ce principe, qui est la base de la science de
l'quitation, il oblige le cheval  bien faire, et il obtient en
quelques leons les dparts faciles, rguliers sur tel ou tel pied.

Les premires fois, comme l'allure du galop prdispose le cheval 
une certaine rsistance, il devra employer, avec des nuances
diffrentes, les deux forces directes, jambe gauche et rne gauche,
afin de combattre ces rsistances qu'entrane toujours un
quilibre qui n'est pas exact, et donner au cheval la position qui
lui permettra de partir sur le pied droit. Mais, ds que les
dparts deviendront faciles, le cavalier remplacera les forces
directes par les forces opposes, jambe droite et main porte 
gauche. Puisqu'il n'y a plus de rsistance, l'emploi des forces
directes aurait pour effet de dtruire l'quilibre devenu meilleur.
Bon dans le premier cas, cet emploi des forces directes deviendrait
nuisible dans le second: aussi le cavalier n'aura plus recours qu'
la jambe droite pour le dpart sur le pied droit, et  la jambe
gauche pour le dpart sur le pied gauche.--Je crois inutile
d'insister sur les avantages que les cavaliers intelligents et
dous de tact retireront de cette sage progression, o rien n'est
laiss au hasard.




XXIV

SAUT DE FOSS ET DE BARRIRE.


Tous les chevaux peuvent sauter, et l'lan est proportionn  leur
nergie et  leurs dispositions naturelles. Toutes les combinaisons
de la science ne peuvent remplacer ces conditions premires; mais
je dis que par l'ducation bien dirige tous les chevaux peuvent
apprendre  mieux sauter.

Le point capital est d'amener le cheval  essayer de bonne volont
ce travail. Si l'on suit ponctuellement tous les procds que j'ai
indiqus pour matriser les forces instinctives de l'animal et le
mettre sous l'influence des ntres, on reconnatra l'utilit de
cette progression par la facilit qu'on aura  faire franchir au
cheval les obstacles qui se rencontreront sur sa route. Du reste,
il ne faut jamais, en cas de lutte, recourir aux moyens violents,
tels que la chambrire, ni chercher  exciter l'animal par des
cris; cela ne pourrait produire qu'un effet moral propre 
l'effrayer. Nanmoins l'exclamation: _Hop!_ mise avec tact au
moment o le cheval doit s'enlever, lui donnera un encouragement
utile. Mais on devra s'abstenir de tous cris, si l'on est pas
certain de les mettre en temps opportun, car ils seraient un
obstacle  la rgularit de l'lan de l'animal. Or, c'est au moyen
des aides que nous devons avant tout l'amener  l'obissance,
puisqu'elles peuvent seules le mettre  mme de comprendre et
d'excuter. On doit donc lutter avec calme, et chercher  surmonter
les forces qui le portent au refus, en agissant directement sur
elles. On attendra, pour faire sauter un cheval, qu'il rponde
franchement aux jambes et  l'peron, afin d'avoir toujours un
moyen assur de domination.

La barrire restera par terre jusqu' ce que le cheval la passe
sans hsitation; on l'lvera ensuite de quelques centimtres, en
augmentant progressivement la hauteur jusqu'au point que l'animal
pourra franchir sans de trop violents efforts. Dpasser cette juste
limite, serait s'exposer  faire natre chez le cheval un dgot
que l'on doit viter avec un grand soin. La barrire ainsi leve
avec mnagement devra tre fixe pour que le cheval, dispos 
l'apathie, ne se fasse pas un jeu d'un obstacle qui ne serait plus
srieux ds l'instant o le contact de ses extrmits suffirait
pour le renverser. La barrire ne devra tre recouverte d'aucune
enveloppe propre  diminuer sa duret; l'on doit tre svre
lorsqu'on exige des choses possibles, et viter les abus
qu'entrane toujours une complaisance irrflchie.

Avant de se prparer  sauter, le cavalier se soutiendra avec assez
d'nergie pour que son corps ne prcde pas le mouvement du cheval.
Ses reins seront souples, ses fesses bien fixes sur la selle, ses
cuisses et ses jambes enveloppant exactement le corps du cheval,
afin qu'il n'prouve ni choc ni raction violente. La main, dans sa
position naturelle, tiendra les rnes de manire  sentir la bouche
du cheval pour juger des effets d'impulsion. C'est dans cette
position que le cavalier conduira l'animal sur l'obstacle; si
celui-ci y arrive avec la mme franchise d'allure, une lgre
opposition des mains et des jambes facilitera l'lvation de
l'avant-main et l'lan de l'extrmit postrieure. Ds que le
cheval est enlev, la main cesse son effet, pour se soutenir de
nouveau lorsque les jambes de devant arrivent sur le sol, afin de
les empcher de flchir sous le poids du corps.

On se contentera d'excuter quelques sauts en harmonie avec les
ressources du cheval, et on vitera surtout de pousser la bravade
jusqu' vouloir contraindre l'animal  franchir des obstacles
au-dessus de ses forces. J'ai connu de trs-bons sauteurs qu'on est
parvenu  rebuter ainsi pour toujours, et que nuls efforts ne
pouvaient plus dcider  franchir des hauteurs ou des distances de
moiti infrieures  celles qu'ils sautaient aisment dans le
principe.

Je viens recommander un procd plus efficace, plus mthodique pour
apprendre  tous les chevaux  mieux sauter. Je fais tenir par deux
hommes, loin du mur, une barre _nue_,  6 pouces du sol. Le
cavalier marche au pas vers cette barre, et au moment o le cheval,
aid par son cavalier, franchit, les deux hommes _lvent la barre
de 6 pouces_. Je fais recommencer jusqu' ce que le cheval
franchisse la barre sans la toucher, malgr l'exhaussement rpt 
chaque saut. Alors je fais tenir la barre  un pied au-dessus du
sol, et, comme prcdemment, elle sera leve de 6 pouces au moment
du saut. Ds que le cheval sera habitu  franchir cette nouvelle
hauteur, je fais graduellement tenir la barre 6 pouces plus haut,
en la faisant exhausser de 6 pouces  chaque saut, et j'arrive,
aprs quelques leons donnes avec la gradation prcite,  faire
sauter  tous les chevaux, _en hauteur_, des obstacles qu'ils
n'auraient jamais pu franchir. Ce procd simple et bien appliqu
sera utile mme aux chevaux exceptionnels, tels que les chevaux de
steeple-chase, en leur apprenant  mieux revenir sur eux pour
prendre le temps, et il rendra les chutes moins frquentes et moins
dangereuses.




XXV

DU PIAFFER.


Tous les chevaux peuvent piaffer rgulirement; mais ils ne
peuvent, tous, avoir la mme lvation, la mme lgance. Je
distingue trois genres de piaffer: le piaffer lent, le piaffer
prcipit, le piaffer dpit. Le piaffer est rgulier, lorsque
chaque bipde diagonale se lve et retombe sur le sol  des
intervalles gaux. L'animal ne doit pas se porter plus sur la main
que sur les jambes du cavalier, afin de conserver la justesse de la
balance hippique.

Lorsque le cheval est prpar par le rassembler, il suffit, pour
amener un commencement de piaffer, de communiquer au cheval, avec
les jambes, une vibration lgre d'abord, mais souvent ritre.
J'entends par vibration une surexcitation de forces, que le
cavalier doit toujours rgler.

Une fois la mobilit des jambes obtenue, on pourra commencer  en
rgler,  en distancer la cadence. Ici encore, je chercherais
vainement  indiquer avec la plume le degr de dlicatesse
ncessaire dans les procds du cavalier, puisque ses effets
doivent se reproduire avec une grande justesse et un -propos sans
gal. C'est par l'appui altern des deux jambes qu'il arrivera 
prolonger les balancements du corps du cheval, de manire  le
maintenir plus longtemps sur l'un ou l'autre bipde. Il saisira le
moment o le cheval se prparera  prendre son appui sur le sol,
pour faire sentir la pression de sa jambe du mme ct et augmenter
l'inclinaison de l'animal dans le mme sens. Si ce temps est bien
saisi, le cheval se balancera lentement, et la cadence acquerra
cette lvation si propre  faire ressortir toute sa noblesse et
toute sa majest. Ces temps de jambes sont difficiles et demandent
une grande pratique; mais leurs rsultats sont trop brillants pour
que le cavalier ne s'efforce pas d'en saisir les nuances.

Le mouvement prcipit des jambes du cavalier acclre aussi le
piaffer. C'est donc lui qui rgle  volont le plus ou moins de
vitesse de la cadence. Le travail du piaffer n'est brillant et
complet que lorsque le cheval l'excute sans rpugnance, ce qui a
toujours lieu quand l'harmonie du poids et des forces, utile  la
cadence, se conserve.




XXVI

DIVISION DU TRAVAIL.


Je viens de dvelopper tous les moyens  employer pour complter
l'ducation du cheval; il me reste  dire comment l'cuyer devra
diviser son temps pour lier entre eux les divers exercices et pour
passer du simple au compos. 50 jours de travail  2 leons par
jour d'une demi-heure, trois quarts d'heure au plus suffiront pour
amener le cheval le plus neuf  excuter rgulirement tous les
exercices qui prcdent. Je tiens  deux courtes leons, l'une le
matin, l'autre dans l'aprs-midi; elles sont ncessaires pour
obtenir d'excellents rsultats. On dgote un jeune cheval en le
tenant trop longtemps sur des exercices qui le fatiguent d'autant
plus que son intelligence est moins prpare  comprendre ce qu'on
exige de lui.

Je conseille de donner deux courtes leons par jour, parce que,
selon moi, un intervalle de vingt-quatre heures entre chaque leon
est trop long pour que l'animal puisse bien se rappeler le
lendemain ce qu'il a appris la veille.

En tablissant l'ordre du travail tel qu'il se trouve dans le
tableau annex ci-aprs, il est bien entendu que je me base sur les
dispositions des chevaux en gnral; un cuyer, dou de quelque
tact, comprendra bien vite les modifications qu'il devra apporter
dans la pratique, suivant la nature particulire de son lve. Tel
cheval, par exemple, exigera plus ou moins de persistance dans les
flexions; tel autre dans le reculer; avec le cheval froid et
apathique, il faudra employer l'peron avant le temps que j'ai
indiqu. Tout ceci est affaire d'intelligence; ce serait offenser
mes lecteurs que de les supposer incapables de suppler aux dtails
qu'il est d'ailleurs impossible de prciser. On comprend facilement
qu'il existe des chevaux irritables et mal conforms dont les
dispositions dfectueuses ont t accrues par l'influence d'une
mauvaise ducation premire. Avec de tels sujets, on devra
ncessairement mettre plus de persistance dans le travail des
assouplissements et du pas. Dans tous les cas, quelles que puissent
tre les modifications lgres que ncessitent les diffrences dans
les dispositions des sujets, je persiste  dire qu'il n'est pas de
chevaux dont l'ducation ne puisse tre faite, en un mois et demi,
deux mois. Ce temps suffira toujours pour donner aux forces du
cheval l'aptitude ncessaire  l'excution de tous les mouvements;
le fini de l'ducation dpendra ensuite de la justesse de tact du
cavalier.




DUCATION DU CHEVAL

GRADATION DU TRAVAIL.


Premire Leon  pied.

TRAVAIL DE LA CRAVACHE.

Flexion de la mchoire: 1 avec les rnes de la bride et du bridon
d'un seul ct, le bridon en avant; 2 avec les deux rnes de la
bride et du bridon; 3 avec les rnes du filet croises sous le
menton.

Flexion d'encolure: 1 avec le mors; 2 avec le bridon; 3 avec la
bride; 4 flexion directe avec le bridon et avec la bride.

Mobilisation de la croupe  l'aide de la cravache.

Reculer.

Monter  cheval et en descendre; rpter cet exercice jusqu' ce
que le cheval soit sage au montoir.

     2 jours, 2 leons par jour, de 3/4 d'heure.


Deuxime Leon.

Rptition du travail prcdent. Pas de ct avec la cravache.

LEON DU MONTOIR.

Flexion directe de la tte, ou ramener avec le filet d'abord, puis
avec la bride, sans jambes, puis avec les jambes. Flexion de
l'encolure avec le filet et avec la bride. Flexions latrales de la
croupe. Reculer un pas d'abord. Marcher au pas sur des lignes
droites,  main droite et  main gauche avec le filet.

     3 jours, 2 leons par jour, de 3/4 d'heure.


Troisime Leon.

Rptition du travail prcdent en restant moins de temps sur
chaque exercice. Epaule en dedans,  pied avec la cravache.

En place: ramener avec l'aide des jambes. Au pas, mise en main.
Changements de main. Doublers et demi-voltes ordinaires. Terminer
les doublers et les changements de main par deux pas de ct.

Demi-pirouette renverse, en deux temps.

Au trot: ramener. Doubler et changer de main. Reculer plusieurs
pas.

     6 jours, 2 leons par jour, de 3/4 d'heure.


Quatrime Leon.

Rptition des exercices prcdents.

Ramener en place avec l'appui de l'peron rond ou effets
d'ensemble.

Voltes et demi-voltes au pas et au trot. Serpentine.
Contre-changements de main.

Terminer les changements de direction par 4, 5 et 6 pas de ct.

Commencement de pirouette ordinaire.

Descente de main et de jambes.

Travail individuel.

1/4 de flexion d'encolure en marchant.

     6 jours, 2 leons par jour, de 3/4 d'heure.


Cinquime Leon.

Rptition du travail prcdent.

Ramener complet sur les attaques[10].

Changement de main sur deux pistes.

Demi-voltes sur deux pistes.

Contre-changement de main sur deux pistes.

Changement de main renvers.

Pirouettes renverses et ordinaires entires.

Tte au mur, paule en dedans, 5 ou 6 pas.

Commencement de piaffer ou rassembler, avec la cravache, ou la
chambrire,  pied, puis  cheval.

Dparts au galop  main droite et  main gauche, les deux derniers
jours.

     6 jours, 2 leons par jour, de 3/4 d'heure.

  [10] L'appui de l'peron et les attaques comme moyen de
  concentration ne doivent se pratiquer qu'avec des molettes rondes
  ou peu piquantes; il serait dangereux de les employer dans le
  dressage du cheval de troupe. Le soldat ne doit se servir de
  l'peron que pour porter son cheval en avant, lorsqu'il rsiste 
  la pression des jambes.


Sixime Leon.

Rptition des leons prcdentes en exigeant plus de prcision et
de rgularit.

Pas de ct au trot, trois pas d'abord.

Reculer dans toute la longueur du mange.

Changement de direction au galop.

Galop  droite et  gauche  la mme main, les deux derniers jours.

     5 jours, 2 leons par jour, de 3/4 d'heure.


Septime Leon.

Rptition des prcdents exercices.

Passer du trot au galop _et vice vers_

Marcher au trot et arrter.

Temps d'arrt au galop.

Changement de pied.

     8 jours, 2 leons par jour, de 3/4 d'heure.


Huitime Leon.

Pas de ct au trot et au galop.

Changement de pied  la mme main.

Passer du galop ordinaire au galop allong _et vice vers_.

Galop allong et arrter. Pirouette ordinaire aprs l'arrt et
repartir au galop.

Saut du foss et de la barrire.

     6 jours, 2 leons par jour, de 3/4 d'heure.


Pour la cavalerie.

Travail en reprise sur des indications.

Habituer les chevaux au sabre et aux bruits de guerre.

Travail avec le sabre.

Rpter les exercices, les chevaux chargs et paquets.

     7 jours, 2 leons par jour, de 3/4 d'heure.




XXVII

MA MTHODE HORS DU MANGE.


Quelques amateurs qui n'ont pratiqu ma mthode que
superficiellement, bien que satisfaits des rsultats obtenus au
mange, sont surpris de ne plus trouver la premire fois au dehors
la mme lgret et le mme calme. Aussitt ils s'crient: La
mthode bonne pour le mange est inefficace quand le cheval est en
plein air. Des rsistances inattendues surgissent, l'animal a peur,
il s'loigne des objets qu'il rencontre, son action est plus
considrable et sa gaiet devient inquitante pour le cavalier. De
consquence en consquence, ils trouvent dans la mthode une lacune
 l'abri de laquelle ils masquent leur peu d'habilet ou de
sang-froid questre.

Il est vident qu'au milieu de bruits et d'objets nouveaux, avec de
l'espace devant eux, tous les chevaux, quel que soit d'ailleurs le
fini de leur ducation de mange, seront surpris les premires fois
qu'on les montera en plein air. Leurs sens, leur instinct,
surexcits par des sensations inconnues, seront en outre soumis 
l'action enivrante de l'air libre. Les rsistances instinctives,
manifestes au commencement de l'ducation, surgiront en partie de
nouveau, effrayeront le cavalier pusillanime qui, dans le cheval
qu'il croyait soumis, ne trouve plus qu'un animal fantasque et sans
lgret. Mthode impuissante! s'crie-t-il.

Voyons donc si le reproche est fond; le raisonnement l'aura
bientt rduit  sa juste valeur.

Disons d'abord que nous avons vu des chevaux, trs-francs d'allure
dans les rues et sur les routes, devenir trs-inquiets en entrant
dans un mange et perdre subitement la grce et la facilit de
leurs mouvements. A plus forte raison, un cheval, dress entre les
quatre murs d'un mange, doit-il tre plus ou moins impressionn
quand on le conduit, sans transition, au milieu de mille objets
inconnus. Mais, qu'est-ce  dire?

Croyez-vous qu'il soit plus facile de porter un cheval sur un objet
quelconque, de modrer sa frayeur ou sa fougue, quand il dispose
librement de ses forces instinctives, que lorsque par une ducation
bien dirige le cavalier s'en est rendu matre?

Dominerez-vous plus facilement le cheval qui n'a jamais t dompt
que celui que l'exercice a dj rendu souple et obissant au
mange? Cette hypothse est inadmissible.

L'influence de l'ducation peut bien faiblir dans ce premier
moment, mais elle reprendra bien vite son empire et fera
disparatre ces rsistances d'un jour pour les remplacer dsormais
par la lgret constante.

Car, except quelques rares chevaux qui ncessitent une attention
continuelle de la part du cavalier pour rprimer leur impressionnabilit
excessive, tous reviennent  leur degr d'ducation mthodique. Si
quelques chevaux sortent de la rgle gnrale, il faut reconnatre
que, sans les effets de l'ducation, ils seraient demeurs tout 
fait impossibles  monter.

On le voit donc, le cheval dress ne demande qu'une attention
soutenue du cavalier pour retrouver dehors son calme et sa
soumission, tandis que, dans le cas contraire, il deviendrait
non-seulement inutile, mais encore dangereux pour son matre.
Rassurons donc les cavaliers timides, en leur certifiant qu'une
ducation supplmentaire, mais trs-courte, et fonde toujours sur
les principes de la mthode, rendra au cheval mont soit dans les
rues, soit dans les promenades, les qualits brillantes que l'on
admirait au mange. A l'appui de mon assertion, je citerai pour
exemple les chevaux d'artillerie qui, bien qu'impassibles au bruit
du canon, s'effrayent de la crpitation du feu de l'infanterie et
du bruit des tambours la premire fois qu'ils les entendent, et
reprennent leur calme au bout de quelques instants. Je crois avoir
dtruit les objections que l'on m'avait opposes: me sera-t-il
permis de donner quelques conseils  tous les amateurs de chevaux?

Je signalerai  MM. les sportsmen, dont je respecte infiniment les
gots, le danger d'une tendance malheureusement gnrale. On ne
demande au cheval que d'avoir du _sang_. Toutes les qualits
chevalines se rsument dans ce mot: Vitesse. Sous prtexte
d'obtenir cet idal du beau, le physique du cheval est tout  fait
sacrifi. On veut l'amener  la rapidit de la vapeur. Mais on ne
remarque pas que la vapeur rclame une machine solide, et que la
machine elle-mme veut des freins. A votre cheval vapeur, donnez
donc une machine solide en le douant d'un corps robuste, donnez des
freins  votre machine en instruisant votre monture.

Que les personnes qui se trouvent si souvent exposes aux dangers
de l'emportement des chevaux attels vitent ces malheurs
journaliers, en dressant ou faisant dresser  la selle leurs
chevaux avant de les soumettre inconsidrment au harnais de la
voiture. Par cette ducation pralable, non-seulement les chevaux
deviendraient plus faciles  conduire, mais ils auraient sous le
harnais la position et les allures brillantes qui conviennent  des
chevaux de luxe.




XXVIII

APPLICATION DE LA MTHODE AU TRAVAIL DES CHEVAUX.

PARTISAN, CAPITAINE, NEPTUNE, BURIDAN.


J'ai mont en public 26 chevaux, et si, dans le principe, quelques
personnes, tonnes de ce travail nouveau pour elles, en
attriburent le mrite, les unes  la musique, les autres  des
procds purils et en dehors du domaine de l'quitation, elles
revinrent bientt de leur erreur, et reconnurent que l'artiste
n'avait fait qu'appliquer les principes de la mthode.

Voici la nomenclature de ces mouvements nouveaux, avec quelques
mots sur les moyens qui permettront aux cavaliers habiles de les
excuter.

1 _Flexion instantane et maintien en l'air de l'une ou l'autre
extrmit antrieure, tandis que les trois autres restent fixes
sur le sol._

Le moyen de faire lever au cheval une des jambes de devant est bien
simple, ds que l'animal est quilibr: il suffit, pour faire
lever, par exemple, la jambe droite, d'incliner lgrement la tte
 droite, tout en faisant refluer le poids du corps sur la partie
gauche. Les deux jambes du cavalier seront soutenues avec nergie
(la gauche un peu plus que la droite), afin que l'effet de la main
qui amne la tte  droite ne ragisse pas sur le poids, et que la
force qui sert  fixer la partie surcharge donne  la jambe droite
du cheval assez d'action pour la faire soulever de terre. En
rptant quelquefois cet exercice, on arrivera  maintenir cette
jambe en l'air aussi longtemps qu'on le voudra.

2 _Mobilit des hanches, le cheval s'appuyant sur les jambes de
devant, pendant que celles de derrire se balancent alternativement
l'une sur l'autre, la jambe postrieure qui est en l'air excutant
son mouvement de gauche  droite sans toucher la terre pour devenir
point d'appui  son tour, afin que l'autre se soulve et excute
ensuite le mme mouvement._

La mobilit simple des hanches est un des exercices que j'ai
indiqus pour l'ducation lmentaire du cheval. On compltera ce
travail en multipliant le contact alternatif des jambes, jusqu' ce
qu'on arrive  porter facilement la croupe du cheval d'une jambe
sur l'autre, de manire que le mouvement de droite  gauche et de
gauche  droite ne puisse excder un pas. Ce travail est propre 
donner au cavalier une grande finesse de tact, et prpare le cheval
 rpondre aux plus lgres pressions de jambes. Il est bien
entendu que tous ces airs de mange ne seront rguliers qu'autant
qu'ils seront accompagns de la lgret.

3 _Passage instantan du piaffer lent au piaffer prcipit, et
vice vers._

Aprs avoir amen un cheval  dployer une grande mobilit des
quatre jambes, on doit en rgler le mouvement. C'est par la
pression lente et alterne de ses jambes que le cavalier obtiendra
le piaffer lent; il l'acclrera en multipliant les pressions de
jambes. On peut obtenir ces deux piaffers sur tous les chevaux.

4 _Reculer avec une lvation gale des jambes transversales qui
s'loignent et se posent en mme temps sur le sol, le cheval
excutant le mouvement avec autant de franchise et de facilit que
s'il avanait et sans concours apparent du cavalier._

Le reculer n'est pas nouveau, mais il l'est certainement dans les
conditions que je viens de poser. Ce n'est qu' l'aide d'un
quilibre exact que la rpartition du poids est parfaitement
rgulire. Ce mouvement devient alors aussi facile et aussi
gracieux qu'il est pnible et dpourvu d'lgance lorsqu'on le
transforme en _acculement_.

5 _Mobilit simultane et en place des deux jambes par la
diagonale; le cheval, aprs avoir lev les deux jambes opposes,
les porte en arrire pour les ramener ensuite  la place qu'elles
occupaient, et recommencer le mme mouvement avec l'autre
diagonale._

Lorsque le cheval ne prsente plus aucune rsistance, il apprcie
les plus lgres actions du cavalier, destines dans ce cas  ne
dplacer que le moins possible de poids et de forces pour arriver 
mobiliser les deux extrmits opposes. En ritrant cet exercice,
on le rendra en peu de temps familier au cheval. L'habilet du
mcanisme favorisera le dveloppement de l'intelligence.

6 _Trot  extension soutenue; le cheval, aprs avoir lev les
jambes, les porte en avant en les soutenant un instant en l'air
avant de les poser sur le sol._

Les procds qui font la base de ma mthode se reproduisent dans
chaque mouvement simple, et  plus forte raison dans les mouvements
les plus compliqus. Si l'quilibre ne s'obtient que par la
lgret, en revanche il n'est pas de lgret sans quilibre;
c'est par la runion de ces deux conditions que le cheval acquerra
la facilit d'tendre son trot jusqu'aux dernires limites
possibles, et changera compltement son allure primitive.

7 _Trot serpentin, le cheval tournant  droite et  gauche pour
revenir  peu prs sur son point de dpart, aprs avoir fait cinq
ou six pas dans chaque direction._

Ce mouvement ne prsentera aucune difficult, si l'on conserve le
cheval dans la main en excutant au pas et au trot des flexions
d'encolure. On conoit qu'un semblable travail est impossible sans
cette condition.

8 _Arrt sur place  l'aide des perons, le cheval tant an
galop._

Lorsque le cheval, parfaitement assoupli, supportera convenablement
les attaques et le rassembler, il sera dispos pour excuter le
temps d'arrt dans les conditions ci-dessus. On dbutera dans
l'application par le petit galop, pour arriver successivement  la
plus grande vitesse. Les jambes, prcdant la main, ramneront les
extrmits postrieures du cheval sous le milieu du corps, puis un
prompt effet de main, en les fixant dans cette position, arrtera
immdiatement l'lan. Par ce moyen, l'on mnage l'organisation du
cheval, que l'on peut conserver ainsi toujours exempt de tares.

9 _Mobilit continue en place de l'une des extrmits antrieures,
le cheval excutant par la volont du cavalier le mouvement par
lequel il manifeste souvent de lui-mme son impatience._

On obtiendra ce mouvement par le mme procd qui sert  maintenir
en l'air la jambe du cheval. A cet effet, les jambes du cavalier
doivent exercer un appui continu pour que la force qui tient la
jambe du cheval leve conserve bien son effet, tandis que, pour le
mouvement dont il s'agit, il faut renouveler l'action par une
multitude de petites pressions, afin de dterminer la mobilit de
la jambe qui est tenue en l'air. Cette extrmit du cheval
excutera bientt un mouvement subordonn  celui des jambes du
cavalier, et si les temps sont bien saisis, il semblera, pour ainsi
dire, qu'on fait mouvoir l'animal  l'aide d'un moyen mcanique.

10 _Reculer au passage en arrire, le cheval conservant la mme
cadence et les mmes battues que dans le passage en avant._

La condition premire pour obtenir le passage en arrire est de
maintenir le cheval dans une cadence parfaite et aussi rassembl
que possible; la seconde est toute dans l'habilet du cavalier.
Celui-ci doit chercher insensiblement par des effets d'ensemble 
faire primer les forces du devant sur celles de derrire, sans
nuire  l'harmonie du mouvement. On le voit donc: par le
rassembler, on obtiendra successivement le piaffer, le passage en
arrire, mme sans le secours des rnes.

11 _Reculer au galop, le temps tant le mme que pour le galop
ordinaire; mais les jambes antrieures, une fois leves, au
lieu de gagner du terrain, se portant en arrire, pour que
l'arrire-main excute le mme mouvement rtrograde aussitt que
les extrmits antrieures se posent sur le sol._

Le principe est le mme que pour le travail prcdent; avec un
rassembler complet, les jambes de derrire se trouveront tellement
rapproches du centre, qu'en levant l'avant-main, la dtente des
jarrets ne fonctionnera plus, pour ainsi dire, que de bas en haut.
Ce travail, qu'on pourra faire excuter  un cheval nergique, ne
devra pas tre exig de celui qui ne possderait point cette
qualit.

12 _Changements de pied au temps, chaque temps de galop s'oprant
sur une nouvelle jambe._

On comprend que, pour pratiquer ce travail difficile, le cheval
doit tre habitu  excuter parfaitement, et le plus frquemment
possible, les changements de pied du tact au tact. Avant d'essayer
ces changements de pied  chaque temps, on doit l'avoir amen 
excuter ce mouvement aux deux temps. Tout dpend de son aptitude,
et surtout de l'intelligence questre du cavalier: avec cette
dernire qualit, il n'est pas d'obstacle qu'on ne puisse
surmonter. Pour excuter ce travail avec toute la prcision
dsirable, le cheval doit rester lger, droit d'paules et de
hanches, conserver son mme degr d'action; de son ct, le
cavalier vitera par-dessus tout les brusques renversements de
l'avant-main.

13 _Pirouettes renverses sur trois jambes, celle de devant, du
ct vers lequel on tourne, restant en l'air ou tendue pendant
toute la dure du mouvement._

Les pirouettes renverses doivent tre familires  un cheval
dress d'aprs ma mthode, et j'ai indiqu plus haut le moyen de
l'obliger  tenir leve l'une de ses extrmits antrieures. Si
l'on excute bien sparment ces deux mouvements, il sera facile de
les joindre en un seul travail. Aprs avoir dispos le cheval pour
la pirouette, on quilibrera la masse de manire  enlever une
jambe antrieure; celle-ci une fois en l'air, on surchargera la
partie oppose au ct vers lequel on veut tourner, en appuyant sur
cette partie avec la main et la jambe. La jambe du cavalier place
du ct qui converse ne fonctionnera pendant ce temps que pour
porter les forces en avant, afin d'empcher la main de produire un
effet rtrograde.

14 _Reculer avec temps d'arrt  chaque foule, la jambe droite du
cheval restant en avant immobile et tendue de toute la distance
qu'a parcourue la jambe gauche_, et vice vers.

Ce mouvement dpend de l'habilet du cavalier, puisqu'il rsulte
d'un effet de forces qu'il est impossible de prciser. Bien que ce
travail soit peu gracieux, le cavalier expriment peut l'essayer,
pour apprendre  modifier les effets de forces et acqurir toutes
les nuances de son art.

15 _Piaffer rgulier avec un temps d'arrt immdiat sur trois
jambes, la quatrime restant en l'air._

Ici encore, comme pour les pirouettes renverses sur trois jambes,
c'est en exerant le piaffer et la flexion isole d'une jambe qu'on
arrivera  runir les deux mouvements. On interrompra le piaffer en
arrtant la contraction des trois jambes pour la reporter
exclusivement sur la quatrime. Il suffit donc, pour habituer le
cheval  ce travail, de l'arrter lorsqu'il piaffe, en le forant 
contracter une seule de ses jambes.

16 _Changement de pied au temps,  des intervalles gaux, le
cheval restant en place ou n'avanant qu'insensiblement._

Ce mouvement s'obtient par les mmes procds que ceux qui sont
employs pour les changements de pieds au temps en avanant;
seulement il est beaucoup plus compliqu, puisque l'on doit donner
une impulsion justement assez forte pour dterminer le mouvement
des jambes sans que le corps se porte en avant. Ce mouvement exige,
par consquent, beaucoup de tact de la part du cavalier, et ne
saurait tre pratiqu que sur un cheval parfaitement dress, mais
dress comme je le comprends.

Des cavaliers ont obtenu l'apparente excution de quelques-uns de
ces airs de mange. Fiers de ces rsultats, ils s'criaient: Voil
du systme Baucher!

Erreur! non-seulement l'excution n'tait pas complte, mais elle
tait due au hasard, ou tout au moins  des moyens trangers  ma
mthode. Ainsi, le cheval mal plac, tait contract; ses
mouvements taient heurts, sans harmonie, sans grce. Rien dans
tout cela ne ressemble  mon systme. Je ne demande jamais au
cheval l'excution d'un mouvement pour lequel je ne l'ai point
plac, et je n'attends d'excution facile qu'autant que l'quilibre
est exact.




XXIX

EXPOSITION SUCCINCTE DE LA MTHODE PAR DEMANDES ET RPONSES.


DEMANDE. Qu'entendez-vous par force?

RPONSE. La puissance motrice qui rsulte de la contraction
musculaire.

D. Qu'entendez-vous par forces _instinctives_?

R. Celles qui viennent du cheval, et dont il dtermine lui-mme
l'emploi.

D. Qu'entendez-vous par forces _transmises_?

R. Celles dont le cavalier coordonne l'emploi et qui sont
apprcies immdiatement par le cheval.

D. Qu'entendez-vous par rsistance?

R. La force que le cheval oppose et avec laquelle il cherche 
tablir une lutte  son avantage.

D. Doit-on s'attacher d'abord  annuler les forces que le cheval
prsente pour rsister, avant d'exiger le mouvement?

R. Sans nul doute, puisque dans ce cas la force du cavalier qui
doit dplacer le poids de la masse se trouvant annule par une
rsistance quivalente, tout mouvement rgulier devient impossible.

D. Par quels moyens peut-on combattre les rsistances?

R. Par l'assouplissement partiel et mthodique de la mchoire, de
l'encolure, des reins et des hanches, et la juste rpartition du
poids.

D. Quelle est l'utilit des flexions de mchoire?

R. Comme c'est sur la mchoire infrieure que se reproduisent
d'abord les effets de la main du cavalier, ceux-ci seront nuls ou
incomplets si la mchoire est serre ou contracte. De plus, comme
dans ce cas les dplacements du corps du cheval ne s'obtiennent
qu'avec difficult, les mouvements qui en rsultent seront toujours
pnibles.

D. Suffit-il que le cheval _mche son frein_ pour que la flexion de
la mchoire ne laisse plus rien  dsirer?

R. Non, il faut encore que le cheval _lche son frein_,
c'est--dire qu'il carte ( volont) et moelleusement la mchoire
infrieure.

D. Tous les chevaux peuvent-ils avoir cette mobilit de mchoire?

R. Tous sans exception, si l'on suit la gradation indique, et si
le cavalier ne se laisse pas tromper par la flexion de l'encolure
prcdant celle de la mchoire. Bien que cette flexion soit
ncessaire, elle nuirait au jeu prompt et rgulier de la mchoire,
si elle le prcdait.

D. Dans la flexion directe de la _mchoire_, doit-on tendre en mme
temps les rnes de la bride et celles du bridon?

R. Non, il faut se servir d'abord du filet jusqu' ce que la
mchoire cde facilement; on emploiera ensuite le mors et on
passera alternativement de l'un  l'autre.

D. Doit-on rpter souvent cet exercice?

R. Il faut le continuer jusqu' ce que la mchoire se mobilise au
moyen d'une lgre pression du mors ou du filet.

D. Pourquoi la contraction de la mchoire est-elle un puissant
obstacle  l'ducation du cheval?

R. Parce qu'elle absorbe  son profit la force que le cavalier
cherche  transmettre pour en rpartir les effets sur toute la
masse.

D. Les hanches peuvent-elles s'assouplir isolment?

R. Oui, certainement, et cet exercice se trouve compris dans ce que
l'on appelle mobilisation de la croupe.

D. Quelle est son utilit?

R. De prvenir les mauvais effets rsultant des forces instinctives
du cheval, et de lui faire apprcier, sans qu'il s'y oppose,
l'action transmise par le cavalier.

D. Le cheval peut-il excuter un mouvement rgulier sans avoir un
quilibre exact?

R. C'est impossible; il faut s'attacher  faire prendre au cheval
une position qui opre dans son quilibre une variation telle que
le mouvement en soit une consquence naturelle.

D. Qu'entendez-vous par position?

R. La juste rpartition du poids et des forces dans le sens des
mouvements que l'on veut faire excuter au cheval.

D. En quoi consiste le _ramener_?

R. Dans la position verticale de la tte, avec mobilit de la
mchoire.

D. Comment parle-t-on  l'intelligence du cheval?

R. Par la position, en ce sens que c'est elle qui fait connatre au
cheval les intentions du cavalier.

D. Pourquoi faut-il, que dans les mouvements rtrogrades du cheval,
les jambes du cavalier prcdent la main?

R. Parce qu'il faut dplacer les points d'appui avant de poser
dessus la masse qu'ils doivent supporter.

D. Est-ce le cavalier qui dtermine son cheval?

R. Non, le cavalier donne l'action et la position qui sont la
demande, le cheval y rpond par le changement d'allure ou de
direction qu'avait projet le cavalier.

D. Est-ce au cavalier ou au cheval que l'on doit imputer la faute
d'une mauvaise excution?

R. Au cavalier, et toujours au cavalier. Comme il dpend de lui
d'quilibrer et de placer le cheval dans le sens du mouvement, et
qu'avec ces deux conditions fidlement remplies, tout devient
rgulier, c'est donc au cavalier que doit appartenir le mrite ou
le blme.

D. Quelle espce de mors convient au cheval?

R. Le mors doux.

D. Pourquoi faut-il un mors doux pour tous les chevaux, quelle que
soit leur rsistance?

R. Parce que le mors dur a toujours pour effet de contraindre et de
surprendre le cheval, tandis qu'il faut l'empcher de faire mal et
le mettre  mme de bien faire. Or, on ne peut obtenir ces
rsultats qu' l'aide d'un mors doux et surtout d'une main savante;
car le mors, c'est la main, et une belle main, c'est tout le
cavalier.

D. Rsulte-t-il d'autres inconvnients de l'emploi des instruments
de supplice appels mors durs?

R. Certainement, car le cheval apprend bientt  en viter la
pnible sujtion en forant les jambes du cavalier: leur puissance
ne peut jamais tre gale  celle de ce frein barbare. Le cheval
lutte victorieusement en cdant du corps et en rsistant de
l'encolure et de la mchoire; ce qui est tout  fait contraire au
but qu'on s'tait propos.

D. Comment se fait-il que presque tous les cuyers en renom aient
invent des mors auxquels ils attribuent des effets merveilleux?

R. Parce que, manquant de science personnelle, ils cherchent 
remplacer leur insuffisance par l'emploi de moyens mcaniques.

D. Le cheval quilibr peut-il se dfendre?

R. Non, car la juste rpartition de poids que donne cette position
produit une grande rgularit dans les mouvements, et il faudrait
intervertir cet ordre pour qu'il y et acte de rbellion de la part
du cheval.

D. Quelle est l'utilit du filet?

R. Le filet sert  combattre les rsistances latrales de
l'encolure,  faire prcder la tte dans tous les changements de
direction quand le cheval n'est pas encore familiaris avec les
effets du mors; il prpare aussi l'lvation et le soutien de
l'encolure.

D. Doit-on laisser le cheval longtemps aux mmes allures pour
dvelopper ses moyens?

R. C'est inutile, puisque la rgularit des mouvements rsulte de
la rgularit des positions; le cheval qui fait cinquante temps de
trot rgulirement est beaucoup plus avanc dans son ducation que
s'il en faisait mille avec une position vicieuse. C'est donc  sa
position qu'il faut s'attacher, c'est--dire  sa lgret.

D. Dans quelles proportions doit-on user des forces du cheval?

R. Cela ne peut se dfinir, puisque les forces varient en raison
des sujets; mais il faut en tre avare et ne les dpenser qu'avec
circonspection, surtout pendant le cours de l'ducation; il faut,
pour ainsi dire, leur crer un rservoir pour que le cheval ne les
absorbe pas inutilement; c'est alors que le cavalier en fera un
usage utile et d'une longue dure.

D. A quelle distance l'peron doit-il tre rapproch des flancs du
cheval avant l'attaque?

R. La molette ne doit jamais tre loigne de plus de 4  5
centimtres des flancs du cheval.

D. Comment doivent se pratiquer les attaques?

R. Elles doivent arriver aux flancs du cheval par un mouvement
prompt, et s'en loigner aussitt. Mais, au pralable, on doit les
pratiquer par appui progressif.

D. Est-il des circonstances o l'attaque doive se pratiquer sans
l'intervention de la main?

R. Oui, lorsqu'elle doit avoir pour but de donner l'impulsion qui
permet ensuite  la main de placer le cheval.

D. Sont-ce les attaques elles-mmes qui chtient le cheval?

R. Non; le chtiment est dans la position que les attaques et la
main font prendre au cheval, en mettant ses forces  la disposition
du cavalier.

D. Quelle diffrence existe entre les attaques pratiques d'aprs
les anciens principes et celles que prescrit la nouvelle mthode?

R. Les anciens cuyers ne se servaient de l'peron que comme
chtiment; dans ce cas, les attaques, loin d'quilibrer le cheval,
le faisaient toujours sortir de la main; la nouvelle mthode en
fait usage pour l'quilibrer, c'est--dire pour lui donner cette
position premire qui est la mre de toutes les autres.

D. Quelles sont les fonctions des jambes pendant les attaques?

R. Les jambes doivent rester adhrentes aux flancs du cheval, et ne
partager en rien les mouvements des talons.

D. Dans quel moment doit-on commencer les attaques?

R. Quand le cheval supporte paisiblement les appuis d'peron sans
sortir de la main.

D. Pourquoi un cheval quilibr supporte-t-il l'peron sans
s'mouvoir et mme sans mouvements brusques?

R. Parce que la main savante du cavalier, ayant prvenu tous les
dplacements de la tte, ne laisse jamais chapper les forces au
dehors; elle les concentre en les fixant. La lutte gale des
forces, ou, si l'on aime mieux, leur ensemble, explique
suffisamment l'apparente froideur du cheval.

D. N'est-il pas  craindre que, par suite de ces attaques, le
cheval ne devienne insensible aux jambes et ne perde l'activit qui
lui convient pour les mouvements acclrs?

R. Quoique cette opinion soit celle des gens qui parlent de la
mthode sans la connatre, il n'en est rien. Puisque tous ces
moyens servent seulement  maintenir le cheval dans un juste
quilibre, la promptitude des mouvements doit ncessairement en
tre le rsultat, et, par suite, le cheval sera dispos  rpondre
au contact progressif des jambes, quand la main ne s'y opposera
pas.

D. Comment reconnatre qu'une attaque est rgulire?

R. Lorsque, bien loin de faire sortir le cheval de la main, elle
l'y fait rentrer sans prendre sur la force propre au mouvement.

D. Comment la main doit-elle agir dans les moments de rsistance du
cheval?

R. Les effets de la main doivent tre proportionns  la rsistance
du cheval et surtout ne jamais la dpasser.

D. Dans quel cas doit-on se servir du caveon, et quelle est son
utilit?

R. On doit s'en servir dans le cas o la mauvaise construction du
cheval le porterait  se dfendre, bien qu'il ne lui soit demand
que des mouvements simples. Il est galement utile d'employer le
caveon, avec les chevaux rtifs, attendu que son but est d'agir
sur le moral, pendant que le cavalier agit sur le physique.

D. Comment doit-on se servir du caveon?

R. Dans le principe, on doit tenir la longe du caveon  33 ou 40
centimtres de la tte du cheval, tendue et soutenue par un poignet
nergique. Il faudra saisir tous les -propos pour diminuer ou
augmenter l'appui du caveon sur le nez du cheval, afin de s'en
servir comme d'un moyen d'aide. Tous les actes de mchancet seront
rprims par de petites saccades qui ne doivent avoir lieu que dans
le moment mme de la dfense. Ds que les mouvements du cavalier
commenceront  tre apprcis par le cheval, le caveon deviendra
inutile; au bout de quelques jours l'animal n'aura plus besoin que
du mors, auquel il rpondra sans hsitation.

D. Dans quel cas le cavalier est-il moins intelligent que son
cheval?

R. Quand ce dernier l'assujettit  ses caprices et lui fait faire
sa volont.

D. Les dfenses du cheval sont-elles physiques ou morales?

R. Les dfenses sont d'abord physiques, elles deviennent morales
par la suite; le cavalier doit donc se rendre compte des causes qui
les font natre, et chercher, par un travail bien gradu,  obtenir
la juste rpartition du poids et des forces.

D. Le cheval bien quilibr naturellement peut-il se dfendre?

R. Il serait aussi difficile  un sujet, runissant tout ce qui
constitue le bon cheval, de se livrer  ces mouvements dsordonns,
qu'il est impossible  celui qui n'a pas reu de semblables dons de
la nature, d'avoir des mouvements rguliers, si l'art bien entendu
ne lui a prt son secours.

D. Qu'entendez-vous par _rassembler_?

R. Le rapprochement des jambes de derrire du centre, sans altrer
la lgret du cheval.

D. Peut-on bien rassembler le cheval qui ne se renferme pas sur les
attaques?

R. Dans beaucoup de cas, les jambes seraient insuffisantes pour
contre-balancer les effets de la main.

D. A quel moment doit-on commencer  rassembler le cheval?

R. Quand le cheval est lger.

D. A quoi sert le rassembler?

R. A obtenir sans difficult tout ce qu'il y a de compliqu en
quitation.

D. En quoi consiste le piaffer?

R. Dans la pose gracieuse du corps et la cadence harmonieuse des
bipdes diagonaux.

D. Existe-t-il plusieurs genres de piaffer?

R. Trois: le lent, le prcipit et le dpit.

D. De ces trois, quel est le prfrable?

R. Le piaffer lent, car c'est celui qui rehausse le plus le mrite
du cavalier et la noblesse du cheval.

D. Doit-on faire piaffer le cheval qui ne supporterait pas le
rassembler?

R. Non, car ce serait un _enjambement_ sur la gradation logique qui
seule donne des rsultats certains. Aussi, le cheval qui n'a pas
t conduit par cette filire de principes n'excute qu'avec peine
et sans grce ce qu'il devrait accomplir avec enjouement et
majest.

D. Tous les cavaliers sont-ils appels  vaincre toutes les
difficults et  saisir toutes les nuances du sentiment questre?

R. Comme les rsultats en quitation ont pour point de dpart
l'intelligence, tout est subordonn  cette disposition inne; mais
tous les cavaliers seront aptes  dresser leurs chevaux, s'ils
renferment l'ducation du cheval dans la mesure de leurs propres
moyens.




NOUVEAUX MOYENS QUESTRES


quilibre parfait ou quilibre du premier genre[11].

     Mains sans jambes.
     Jambes sans mains.

  [11] On peut distinguer trois sortes d'quilibres:

  quilibre du troisime genre:

  Rsistance constante dans toutes les positions, dans tous les
  mouvements.


  quilibre du deuxime genre:

  Lgret accidentelle sous l'influence de la position et du
  mouvement.


  quilibre du premier genre:

  Lgret invariable dans toutes les positions et dans tous les
  mouvements.


TROIS NOUVEAUX EFFETS DE MAINS:

   1 Pour obtenir la juste rpartition du poids.

   2 Pour rtablir l'harmonie des forces.

   3 Pour donner les positions utiles aux changements de direction
   par la rne oppose.

   4 Dpart au galop et changements de pieds (mains sans jambes,
   jambes sans mains).

   De la force et du mouvement dcomposs.

   Progression du dressage.




NOUVEAUX MOYENS QUESTRES

QUILIBRE DU PREMIER GENRE.


L'ancienne quitation travaillait le mouvement par le mouvement, en
donnant aux forces instinctives du cheval une direction plus ou
moins juste; mais jamais elle ne parvenait  rendre lger un cheval
d'une mauvaise conformation, parce qu'elle ne connaissait pas les
moyens de changer son quilibre naturel.

J'avais compris que l'ducation du cheval tait dans son quilibre,
et toutes mes tudes ont eu pour but de trouver les moyens
d'amliorer le mauvais quilibre naturel du cheval, convaincu que
le cheval quilibr tait presque dress; cependant je n'tais
arriv qu' obtenir l'quilibre du deuxime genre.

Par quilibre du premier genre, j'entends la lgret parfaite et
constante du cheval, dans toutes les positions, dans tous les
mouvements,  toutes les allures; c'est cet quilibre dont je vais
m'occuper.

Qu'il me soit permis de rpondre d'abord  une objection que plus
d'un lecteur pourra me faire.

Mais les vingt-six chevaux que vous avez monts en public, et dont
le travail a t salu par les applaudissements de la foule,
Capitaine, Partisan, Neptune et les autres, n'taient donc pas
dresss? Qu'entendez-vous alors par un cheval dress? Je rponds:
Oui, ils taient dresss, puisque leur travail avait dpass tout
ce qui s'tait fait jusqu'alors, et cependant leur quilibre
n'tait que du deuxime genre.

Avec cet quilibre, je modifiais les mauvaises conditions de leur
construction plus ou moins dfectueuse; j'obtenais, par moments,
une lgret trs-grande, mais qui diminuait par suite d'un nouveau
mouvement, d'un changement de direction.

Je dtruisais promptement, il est vrai, cette rsistance
momentane, et j'acqurais de suite une grande lgret, en
redonnant au cheval la position juste; mais il n'y avait pas moins
eu perte de la lgret, ce qui pouvait rendre par moments le
mouvement moins gracieux et le travail moins exact; de plus, malgr
les progrs continus de mes chevaux, je reconnaissais chaque jour
un nouveau _desideratum_, tandis qu'aujourd'hui, une fois leur
ducation termine, je n'ai plus rien  dsirer. Ce que j'obtiens
maintenant sur les chevaux que je monte, en leur donnant cet
quilibre parfait, me permet de dire que si je pouvais montrer de
nouveau au public mes anciens chevaux, tous les amateurs
reconnatraient la vrit de ce que j'avance.

Il faut donc arriver  ce degr de perfection de l'quilibre chez
tous les chevaux, malgr leurs dfauts de conformation, pour qu'ils
conservent une lgret parfaite, constante, dans tous les
mouvements, changements de direction, et  toutes les allures. Tel
est le rsultat que j'ai obtenu et que je me hte de faire
connatre aux cavaliers intelligents de tous les pays. Les progrs
rapides qu'ils verront faire  leurs lves en suivant la
progression, et en employant les nouveaux moyens que je vais
indiquer, les jouissances ineffables qu'ils prouveront  monter
des chevaux constamment lgers, voil la rcompense que
j'ambitionne pour prix de mes recherches incessantes, consacres au
bonheur du cavalier et au bien-tre du cheval!

J'ignore si c'est de l'orgueil: mais lorsque je sens mon cheval se
plier  toutes mes volonts, et rpondant _sans rsistance aucune_
 ma pense, excuter avec grce et _une lgret parfaite_ tous
les mouvements que je lui demande, je suis si heureux, que loin de
me sentir atteint par les clameurs des envieux et l'ingratitude des
plagiaires, je n'ai qu'un dsir, celui de leur faire partager mon
bonheur.


MAIN SANS JAMBES.--JAMBES SANS MAIN.

Je vais dmontrer que l'emploi simultan des jambes et de la main
ne permettra jamais de donner au cheval l'quilibre du premier
genre, ou la lgret constante. Puisque les rsistances de la
mchoire proviennent toujours d'une mauvaise rpartition du poids,
comment le cavalier qui emploiera en mme temps la force impulsive
et modratrice, jambes et main, pourra-t-il sentir que ses jambes
ne se sont pas opposes  la juste translation du poids opre par
la main, et rciproquement que celle-ci n'a pas dtruit la justesse
de l'impulsion communique par les jambes? En effet, ou la main a
t juste, ou elle a produit trop ou trop peu d'effet. Dans le
premier et le troisime cas, le concours des jambes a t plus ou
moins nuisible. Dans le second cas seulement, les jambes auront
corrig la faute de la main, et leur aide aura t opportune.

Il en est de mme pour les jambes dans le premier et le troisime
cas mentionns ci-dessus: l'opposition de la main sera nuisible, et
ce n'est que dans le second cas seulement qu'elle sera utile en
corrigeant la faute des jambes.

Que de malentendus entre le cheval et son cavalier; quel retard
dans l'ducation de l'animal doit amener cette contradiction
perptuelle des jambes et de la main du cavalier qui est toujours
dispos  attribuer au cheval les fautes que lui fait commettre
l'emploi simultan de ses jambes et de sa main! En s'en servant
sparment, il peut discerner de suite si la faute provient de son
cheval ou de lui, et il sera forc de reconnatre que neuf fois sur
dix, c'est lui seul qui l'a commise.

Il est vrai qu' la longue, aprs maintes erreurs corriges par son
tact, le cavalier pourra donner  son cheval l'quilibre du second
genre, mais jamais celui du premier genre, cet quilibre parfait
qui permet au cheval de conserver la mobilit moelleuse de la
mchoire dans tous les mouvements,  toutes les allures.

En n'employant qu'une force  la fois, soit celle des jambes pour
impulsionner, soit celle de la main pour oprer les translations de
poids utiles  tel ou tel mouvement,  telle ou telle allure, le
cavalier peut apprcier  l'instant le degr de justesse avec
lequel il a agi.

S'il commet une erreur, il peut la corriger de suite; il en connat
la cause, et le pauvre cheval n'tant plus ballott par ces deux
volonts opposes des jambes et de la main, s'identifie tellement
avec la pense de son matre, que bientt ces deux intelligences
n'en forment plus qu'une, le cheval conservant son quilibre
parfait sans le secours des jambes et de la main du cavalier.

L'quilibre du second genre est suffisant pour les chevaux de
l'arme, cependant MM. les capitaines instructeurs pourront
employer plus ou moins ces nouveaux moyens pour acclrer
l'instruction des hommes et l'ducation des chevaux.


TROIS NOUVEAUX EFFETS DE MAIN.

   1 Pour combattre les rsistances provenant du poids;

   2 Pour combattre les rsistances produites par la force;

   3 Pour donner la position utile au changement de direction par
   la rne oppose.

J'ai dit que l'emploi simultan des jambes et de la main ne pouvait
donner que l'quilibre du deuxime genre, et jamais celui du
premier genre, c'est--dire cette harmonie constante du poids et de
la force qui se font opposition sans se contredire ni se heurter,
cette lgret parfaite chez le cheval; j'ajoute que l'application
seule de ces nouveaux effets nous permettra d'atteindre ce but.

Si les jambes du cavalier impulsionnent le cheval, les fonctions de
la main sont multiples. C'est elle qui place, dirige, en
rgularisant les translations du poids, c'est la main qui sonde les
causes des rsistances, pour discerner si elles proviennent du
poids ou de la force.

Je vais indiquer trois nouveaux effets raisonns de la main. Les
deux premiers concourent  dtruire les rsistances qui constatent
la perte de l'quilibre, et en signalent la cause; le troisime
sert  faciliter les changements de direction, etc. Ces rsistances
peuvent provenir de la mauvaise rpartition du poids ou du dfaut
d'harmonie de la force. L'effet de la main sera diffrent selon
qu'elle devra combattre la rsistance du poids ou de la force. Pour
reconnatre la cause de cette rsistance, le cavalier rapprochera
graduellement et lentement la main. La rsistance est-elle inerte,
elle procde du poids mal rparti; dans ce cas, la main agira par
un demi-arrt[12], prompt et proportionn  l'intensit de la
rsistance. Si ce demi-arrt ne suffit pas, il sera suivi d'un
deuxime, d'un troisime, jusqu' ce que cette rsistance inerte
ait disparu. Ces demi-arrts, pratiqus avec une force de bas en
haut, dtruisent les rsistances du poids sans acculer le cheval;
si la rsistance provient de la force, la main agira par
_vibrations_ ritres, jusqu' ce que la lgret ait reparu. Ces
vibrations annuleront les rsistances locales sans dtruire
l'ensemble des forces; et si,  la suite de ces vibrations, la
rsistance persistait, ce qui indiquerait que le poids n'est pas
encore justement rparti, il faudrait revenir aux demi-arrts. Ces
mmes effets de main se rpteront avec plus d'importance encore
dans les changements de direction.

  [12] Le mot demi-arrt, dont je me sers pour exprimer l'action
  vive et nergique de la main qui a pour but de reporter en
  arrire le poids dont le devant est trop charg, ne rend
  qu'imparfaitement l'ide qu'il doit reprsenter. Ce terme indique
  un ralentissement. Je l'ai conserv pour ne pas changer une
  expression consacre par l'usage. Je l'emploie pour dsigner
  uniquement un dplacement de poids, avec la condition expresse de
  ne prendre en rien sur l'action propre au mouvement. Si le
  demi-arrt se donne de pied ferme, il ne doit, dans aucun cas,
  amener le reculer.

Le cavalier se servira d'abord des rnes du filet spares, et,
plus tard, des rnes de bride galement spares. Mais ds que le
cheval tournera facilement  droite et  gauche par l'effet de la
rne _directe_, le cavalier emploiera le nouvel effet (troisime
effet de main). Je suppose d'abord que le cheval est parfaitement
droit d'paules et de hanches, _condition_ indispensable: le
cavalier veut tourner  droite, par exemple; il rapprochera
lentement la main pour reconnatre si son cheval est lger, ou s'il
rsiste. S'il est lger, le cavalier portera  droite la main
tenant les rnes du filet, qui seront remplaces plus tard par les
rnes de bride, pour agir seulement par la _rne gauche_, _rne
oppose_. Pour tourner  gauche, il portera la main  gauche, pour
agir seulement par la _rne droite_, _rne oppose_. C'est la
lgret seule du cheval, harmonie du poids et de la force, qui lui
permet d'apprcier l'effet de la rne oppose, d'y cder et de
tourner en inclinant lgrement la tte de ce ct. Si le cavalier
sent une rsistance, celle du poids, par exemple, il la dtruira
par un, deux ou trois demi-arrts successifs. Cette rsistance
est-elle due au dfaut d'harmonie des forces, il agira par
vibrations. Ces demi-arrts et ces vibrations seront pratiqus avec
la _rne directe_, _rne droite_, s'il veut tourner  droite, et
_rne gauche_, s'il veut tourner  gauche; et ds qu'il sentira son
cheval lger, il tournera  droite par l'effet de la _rne
oppose_, _rne gauche_, et _vice vers_. Comme on le voit, je me
sers de la _rne directe_, non pour tourner, mais seulement pour
combattre les rsistances, et c'est avec la _rne oppose_ que
j'apprends au cheval  tourner. Le cavalier demandera seulement un
huitime de conversion, s'arrtera, combattra avec ces nouveaux
effets de main (_rne directe_) les rsistances qui se seraient
manifestes, et continuera avec la _rne oppose_. Bientt le
cheval pourra tourner, sans sortir de son quilibre, c'est--dire,
la tte porte du ct o il marche, la partie oppose de
l'encolure demeurant convexe, et la mobilit moelleuse de la
mchoire lui permettant de cder avec la plus grande facilit 
l'effet de la rne oppose. On comprend le plaisir que le cavalier
prouve  suivre cette gradation, qui lui donne comme rcompense
l'quilibre parfait, en ne lui laissant plus rien  dsirer. Il
jouera avec les rnes flottantes qu'il fera onduler de gauche 
droite ou de droite  gauche, et son cheval tournera dans toutes
les directions, en conservant cette harmonie constante du poids et
de la force, ce qui constitue l'quilibre du premier genre. Le
cavalier doit comprendre maintenant l'importance de ces nouveaux
moyens questres, puisqu'il peut immdiatement apprcier la cause
des rsistances du cheval, et y remdier de suite. Il ne peut plus
s'illusionner et imputer  l'animal les fautes qui lui sont
personnelles. Nulle erreur n'est possible.


Que l'on compare un pareil cheval, gracieux, lger, prompt dans ses
mouvements, avec ces pauvres chevaux que l'on fait tourner avec la
rne oppose, il est vrai, mais l'encolure roide, la tte mal
place, la mchoire serr, etc., rsultat infaillible de leur
mauvais quilibre. Si cet inconvnient tait le seul, on pourrait
me dire: Qu'importe la position des chevaux de la cavalerie,
pourvu qu'ils tournent au commandement? Je rponds: Prenez garde!
ne voyez-vous pas que si ces chevaux taient moins braqus, que si
leur quilibre tait moins mauvais, ils tourneraient plus
facilement, c'est--dire _plus promptement_? Ce que je dis des
changements de direction s'applique mieux encore au travail
individuel, aux voltes, demi-tours, en un mot,  tout ce qui
concerne l'quitation militaire.


Ces inconvnients sont si bien apprcis que beaucoup de cavaliers
emploient la rne directe pour tourner. Mais ils n'ont pas dtruit
les rsistances qui proviennent du poids ou de la force; ils ont
seulement donn une indication, et la rsistance se continue.

Avec l'quilibre du premier genre, tous les chevaux tourneront
facilement par l'effet de la rne oppose, en conservant une bonne
position de tte et une lgret constante.

Avant de terminer cet article, je vais parler d'un certain
maniement de rnes qui produit d'heureux et prompts rsultats,
inspire de la confiance au cheval, et confirme l'quilibre, la
lgret, l'harmonie, la rgularit du mouvement.

Le cavalier retirera la gourmette, et fera produire  la bride, par
une force de bas en haut, le mme effet que le filet, sur la
commissure des lvres, avec un contact moindre sur les barres. (La
gourmette sera replace lorsque le cheval rpondra facilement 
l'effet de la bride.)

Puis, au pas, au trot, au galop, sans se presser, il dposera les
rnes qu'il tenait, et saisira de la main les autres rnes. Les
premires fois, le cheval acclrera peut-tre l'allure, et le
cavalier devra reprendre vivement les premires rnes, pour
rappeler  l'ordre le cheval dispos  s'manciper; mais bientt le
cheval s'habituera  cet abandon momentan, y puisera de la
confiance, du bien-tre, et conservera la rgularit de l'allure
et la lgret, pendant que le cavalier, en jouant ainsi avec les
rnes du filet et les rnes de la bride, acquiert du tact, de la
dlicatesse, et arrive  conduire son cheval avec un fil!


DE LA FORCE ET DU MOUVEMENT DCOMPOSS.

L'quilibre ou la lgret tant le rsultat de la juste
rpartition du poids et de la force, si celle-ci n'est pas
maintenue dans la limite de l'effort  produire, l'quilibre ne
sera que momentan, et ds les premiers pas que fait le cheval, la
lgret disparat et la rsistance se produit. Si le cavalier
continue  marcher, il lui faut combattre les rsistances qui
rsultent de cette mauvaise position et qui sont accrues par le
mouvement. Chaque pas de plus que fait le cheval dans cette fausse
position vient augmenter le dsaccord qui s'oppose aux justes
translation du poids, et le mouvement demeure irrgulier. Le
cavalier voit fuir devant lui cette lgret qu'il poursuit, et
s'il finit par l'obtenir ce sera aprs un long et difficile
travail; le plus souvent, il ne l'aura qu'en partie, et il
s'habituera  cette rsistance qui sera le grand obstacle  la
perfection de l'ducation du cheval, telle que je la comprends.
Pour moi le cheval dress, _c'est le cheval quilibr_, celui qui
prsente cette harmonie du poids et de la force qui permet au
cavalier de disposer de la force utile  tel ou tel mouvement, tout
en conservant la lgret parfaite du cheval. C'est cette harmonie
que donne en peu de temps _le mouvement dcompos_.

Aprs avoir fait quelques pas  l'allure  laquelle il se trouve,
si le cavalier rencontre une rsistance, il s'arrte, donne aux
fibres musculaires le temps de se relcher et rtablit l'quilibre.
Il restera en place plusieurs minutes, s'il le faut, jusqu' ce que
le cheval soit DCONTRACT, c'est--dire, que le mouvement
prcdent NE RSONNE PLUS. Les fibres reoivent de nouveaux
courants lectriques, et la nouvelle contraction pourra tre plus
harmonieuse, plus convenable. Ce nouveau principe, _le mouvement
dcompos_, doit tre appliqu  chaque partie de l'ducation du
cheval, jusqu' ce qu'il conserve sa lgret constante et la
rgularit du mouvement, rsultat infaillible de son parfait
quilibre.

Que le mouvement soit lent ou acclr, peu importe. Je demande
seulement qu'il soit _rgulier_, c'est--dire que le cheval ne
diminue pas ou n'augmente pas son allure par des fluctuations
incessantes, et qu'il parcoure des espaces gaux dans des temps
gaux, en conservant cette rgularit de l'allure qui est un signe
certain de la justesse de l'quilibre.

Quoique certaines personnes, peu verses dans l'tude de mes
principes, blment la position leve que je fais prendre 
l'encolure et  la tte du cheval, je dis qu'il est indispensable
de leur donner toute l'lvation dont elles sont susceptibles, en
agissant avec les poignets de bas en haut. Il ne faut pas
s'effrayer de la position horizontale que prend forcment la tte.
C'est alors qu'il faut _dcontracter_ la mchoire, dont la
moelleuse mobilit permet au cheval de se ramener de lui-mme. Ce
moyen, indirect en apparence, est le seul qui donne la grce et une
lgret constante  tous les mouvements du cheval.


QUELQUES MOTS SUR LE PRINCIPE:

MAIN SANS JAMBES, JAMBES SANS MAIN

POUR LE

DPART AU GALOP ET LES CHANGEMENTS DE PIED.

Ce nouvel axiome tait tellement en opposition avec ce que j'avais
profess et pratiqu moi-mme toute ma vie, que malgr les
rsultats merveilleux que j'en obtenais, je voulus avoir une preuve
clatante de sa justesse.

Avant donc de livrer cette dition  la publicit, je runis cinq
cavaliers habiles, sur la loyaut et la discrtion desquels je
pouvais compter, et je leur fis exprimenter mes nouveaux moyens.

Le succs couronna mon attente. Je pus me convaincre que ma grande
habitude de me servir de mes aides ne me faisait point croire cette
dernire dcouverte plus fconde qu'elle ne l'tait rellement.
Chacun de ces messieurs me remit alors un mmoire sur l'application
qu'ils en faisaient sous mes yeux, et je demandai  M. le baron
Faverot de Kerbrec la permission de reproduire son travail, qui
peut servir de complment et de dveloppement  mes innovations.

Le voici:

Il ne faut pas confondre dans l'oeuvre questre de M. Baucher les
PRINCIPES, qui sont  jamais invariables, avec les MOYENS, qui sont
perfectibles et par consquent pouvaient varier.

Au nombre des PRINCIPES qui forment la base immuable de la
mthode, on doit citer en premire ligne l'obligation constante
de rechercher ou de conserver chez le cheval mont l'QUILIBRE,
c'est--dire cet tat physique provenant du dressage et dans lequel
l'animal peut obir instantanment  la volont du cavalier, quelle
qu'elle soit.

L'_quilibre_ que M. Baucher a appel _du premier genre_ existe
quand les translations du poids sont galement faciles dans tous
les sens. On peut comparer cet tat de l'animal  l'quilibre
_indiffrent_ dans les corps inanims. De mme qu'une sphre pose
sur un plan horizontal obit  la plus petite impulsion, de mme,
dans le cheval mont qui possde l'quilibre du premier genre, le
poids cde  la plus lgre pression, de quelque ct qu'elle lui
soit communique, et l'obissance absolue aux aides en est la
consquence.

Quant aux MOYENS enseigns par le matre, ils peuvent tre diviss
en deux groupes constituant chacun une manire distincte. Dans
la premire, M. Baucher agit sur les forces du cheval, c'est--dire
sur les ressorts anims qui portent et font mouvoir la masse, le
poids de la machine. Il arrive  faciliter le dplacement de ce
poids,  _quilibrer_, en diminuant l'tendue de la base de
sustentation, en rapprochant plus ou moins, selon le besoin, les
extrmits infrieures du cheval.

On comprend qu'il faut alors souvent avoir recours  des moyens
puissants pour forcer l'animal, surtout dans les commencements du
dressage,  conserver cette disposition artificielle de ses
membres. De l la ncessit de l'emploi frquent de l'peron.

Dans cette premire manire, M. Baucher ayant constamment en vue
d'agir sur les forces de l'animal, de s'en rendre le matre absolu,
cherche ds le dbut  fixer  ces forces des barrires qui les
enferment de tous les cts et qu'elles ne puissent jamais
franchir.

Une fois cette domination obtenue, le dressage est presque termin.
Il ne s'agit plus que de donner  ces mmes forces la direction
qu'il plat au cavalier de leur imprimer  l'intrieur de cette
sorte de _lacet de fer_ form par le mors et les perons. Enfin, il
suffit de resserrer ce lacet pour rduire l'animal  l'immobilit,
puisqu'on ne permet alors la dtente d'aucun des ressorts de la
machine.

Plus tard, s'inspirant du cheval en libert, qui, pour se mouvoir,
commence par lever la tte et l'encolure afin d'allger son
avant-main, M. Baucher en est venu  sa seconde manire.

Dans cette deuxime manire, pour arriver  la lgret
absolue,--qui indique l'quilibre du premier genre,--il s'attaque
directement au poids du cheval et en reporte une partie de devant
en arrire. C'est la main qui est charge de ce soin. A elle donc
de rendre le cheval lger, quilibr. Aux jambes de donner
l'impulsion ncessaire. Ds lors l'animal n'est plus expos 
hsiter entre deux actions contraires. L'effet qui pousse et celui
qui retient sont toujours distincts, et il n'y a plus de confusion
possible entre les aides.

La lgret complte est obtenue quand l'action du mors ne
rencontre jamais ni la rsistance du poids, ni celle des forces.

Dans l'application de ses nouveaux moyens, comme dans le dressage
par les anciens, M. Baucher habitue par une progression savante le
cheval  supporter sans dsordre le contact de l'peron. C'est
seulement lorsque l'animal ne s'effraie plus de l'appui de cette
aide et que cet effet provoque  volont une dtente en avant
calme, mais _certaine_, le cheval restant lger  la main, que le
cavalier commence  tre matre de sa monture et que les
barrires dont nous avons parl peuvent devenir une ralit.

Ds les commencements du dressage, le cheval doit tre habitu
progressivement  se passer du secours des aides, une fois le
mouvement demand obtenu. Mais il faut que cet abandon n'altre en
rien l'quilibre, c'est--dire que l'animal doit se soutenir de
lui-mme, continuer exactement son mouvement avec la mme vitesse
et la mme cadence, et conserver toujours sa lgret, ce dont le
cavalier s'assure de temps en temps.

Essayons maintenant de faire comprendre le parti que peut tirer un
cavalier habile des nouveaux moyens main sans jambes, jambes sans
main pour le dpart au galop et le changement de pied, par
exemple.

Pour l'excution de tout mouvement, il faut l'action et la
position: l'action est le rsultat de la force qui pousse; la
position est la rpartition normale du poids en raison du mouvement
demand. Si l'action et la position sont justes, le mouvement l'est
galement.

Ce qui prcde tant admis, examinons le dpart du pas au galop par
la main et supposons que le cheval ait l'action convenable; s'il
possde l'quilibre du premier genre, la main n'aura qu' donner la
position, et le mouvement suivra.

Si l'quilibre n'est pas parfait, des rsistances de poids ou de
forces se manifesteront. La main les rencontrera aprs avoir senti,
comme toujours, la bouche de l'animal, et elle les fera cesser par
des demi-arrts ou des vibrations, selon le cas.

Ds que le cavalier sentira l'action diminue, ou si au dbut elle
n'est pas suffisante, ce sera, bien entendu,  ses jambes,
employes sans opposition de main,  la rtablir. Alors viendra
encore le tour de cette dernire aide pour donner seule la
position.

Aussitt le mouvement obtenu, il faudra dans tous les cas relcher
entirement les rnes; c'est la seule manire de se rendre un
compte exact de l'quilibre du cheval.

Quand le dpart au galop ainsi demand sera facile, on apprendra au
cheval  s'enlever  cette allure par les aides infrieures seules.

Ici le rle des jambes est assez difficile. Elles doivent donner la
position sans augmenter l'action d'une faon apprciable. Dans le
dpart  droite, par exemple, la jambe gauche se glissera un peu en
arrire par une pression lente et finement gradue; l'autre agira
plus en avant par de petits coups de mollet dlicatement rpts 
de courts intervalles.

Si,  l'approche des mollets, le cheval part au trot, les jambes se
relcheront, et la main rtablira l'quilibre en luttant contre le
poids ou les forces. Puis on recommencera  donner la position par
les jambes seules, et on continuera ces exercices jusqu' ce que
les enlevers au galop s'obtiennent facilement. On les alternera
alors avec les dparts par la main.

On fera ensuite passer plusieurs fois le cheval du pas au trot. La
main s'abaissera et les jambes agiront sans opposition par une
pression simultane, habilement gradue, et bien quivalente 
droite et  gauche. Si le dpart au trot est mauvais, il faudra
arrter, dcontracter, et recommencer.

Passons maintenant au changement de pied par la main, et supposons
que le cheval ait l'action ncessaire. Les jambes n'auront rien 
faire. Elles pourraient en agissant provoquer des contractions,
augmenter inutilement l'action dj suffisante et amener du poids
sur le devant. La main serait alors force de corriger les fautes
des jambes, ce qu'il faut viter le plus possible.

Si le cheval possde l'quilibre du premier genre, la main
inversera la rpartition du poids, et le changement de pied sera
obtenu.

Si l'quilibre n'est pas parfait, la main rencontrera des
rsistances de poids ou de forces qu'elle vaincra par les moyens
connus, mais en s'efforant de ne pas prendre sur l'action pour ne
pas obliger les jambes  la rtablir.

Enfin, si le cheval au changement de position se prcipite en
avant, on _dcomposera_ le mouvement, c'est--dire qu'on arrtera
et qu'on dcontractera compltement avant de repartir.

Le calme et l'action rtablis, la main cherchera de nouveau 
donner la position.

De mme que pour le dpart au galop sans jambes, la main
abandonnera compltement les rnes aussitt le mouvement obtenu. On
verra ainsi exactement o en est l'quilibre. Il est inutile
d'ajouter que, ds que ce dernier sera altr, la main devra le
rtablir.

On apprendra ensuite au cheval  changer de pied sans le secours de
la main.

Le mors n'aura plus aucune action sur la bouche, et pour passer du
pied gauche au pied droit, par exemple, la jambe gauche se glissera
un peu plus en arrire que la droite pendant que celle-ci agira par
de petits coups de mollet.

Il est impossible du reste de dterminer d'une manire absolue
l'usage exact de l'une ou de l'autre. C'est au tact  suppler  la
thorie pour indiquer instantanment au cavalier comment il devra
employer ses jambes suivant les mille cas particuliers qui pourront
se prsenter.

La difficult consiste  inverser le poids sans augmenter l'action
d'une manire sensible.

Si les premires fois l'allure augmente, les jambes cesseront
d'agir, et la main rtablira l'quilibre avant qu'elles
recommencent  demander seules le changement de position.

Puis quand le mouvement s'obtiendra facilement de cette faon, on
le demandera alternativement par la main et par les jambes..........

       *       *       *       *       *

Disons, avant de terminer, que les recommandations suivantes nous
semblent devoir tre faites dans l'emploi des nouveaux moyens:

1 Recherche et conservation constantes de la _lgret_ complte,
le cheval toujours maintenu absolument _droit_ tant que le
mouvement ne s'y oppose pas.

2 _Ds le dbut_ du dressage, mettre le cheval  l'peron et ne
quitter cette leon que lorsque l'animal l'a parfaitement comprise.

3 _Ds_ que l'encolure et la tte _se soutiennent_ bien, chercher
le _ramener complet_  toutes les allures.

4 Arriver  produire _facilement_ par l'emploi _altern_ des aides
infrieures et des aides suprieures, tous les degrs de
_rassembler_, de concentration, dont on peut avoir besoin par le
genre de service auquel est destin le cheval en dressage.

     BARON FAVEROT DE KERBRECH.

       *       *       *       *       *

Les quatre autres mmoires traitaient le mme sujet. Ne pouvant les
rapporter tous et afin d'viter les redites, je me borne  citer
ici textuellement la partie didactique de celui de M. d'Estienne,
qui, tout en exposant les nouveaux moyens, les a prsents sous des
formes quelquefois un peu diffrentes qui contribuent encore  en
faire comprendre la justesse.




TRAVAIL AU GALOP SUR LA LIGNE DROITE D'APRS LES NOUVEAUX MOYENS.


Les premires rsistances du cheval vaincues, on l'embarque sur le
pied droit, par exemple, avec la rne ou la jambe droites: on
emploie ce moyen le plus promptement possible.

Ds que les dparts s'obtiennent de la sorte avec facilit, on se
sert alternativement de la bride et du filet. Ces changements de
rnes se font d'abord rapidement, ayant soin toutefois de reprendre
les rnes sans -coup, sans surprise pour le cheval. S'il vient 
se contracter; s'il allonge son allure, il faut l'arrter, le
dcontracter, et repartir. Quand on fait passer le cheval au pas,
on cherche sa lgret, soit par la flexion directe, soit par des
demi-flexions  droite et  gauche.

On arrive ainsi  changer de rnes lentement, sans que le cheval
ralentisse son allure, sans qu'il l'allonge.

On l'exerce galement peu  peu  s'enlever, en diminuant l'effet
des jambes, et en multipliant les changements de rnes.

Quand le cheval part facilement  la mme main, sur les deux pieds,
ce qui revient  dire qu'il dplace facilement le poids de droite 
gauche, et de gauche  droite, on arrive tout naturellement aux
changements de pied. Cependant il faut les commencer avec la rne
ou la jambe opposes. Ainsi, un cheval galopant sur le pied droit,
pour changer de pied, il faut se servir de la rne ou de la jambe
droites, ayant bien soin d'arriver le plus vite possible au
changement de pied avec la rne ou la jambe gauches.

     En rsum:

1 Dpart avec rne ou jambe opposes;

2 Dpart avec rne ou jambe directes;

3 Changement de pied avec rne ou jambe opposes;

4 Changement de pied avec rne ou jambe directes.

Ici s'arrte la premire partie du dressage qui donne dj
l'quilibre du deuxime genre.

Quand le cheval est arriv  ce degr d'instruction, on l'exerce 
s'enlever au galop avec les mains, sans aucun emploi de jambes. A
cet effet on lui marque autant de demi-arrts qu'il est ncessaire.
S'il se ralentit, ce qui indique que la main a pris sur le
mouvement, il faut cesser l'effet des mains, porter le cheval en
avant avec les jambes, et le remettre dans son aplomb au pas,
avant de chercher  l'enlever de nouveau. On arrive ainsi
trs-rapidement  galoper sur le pied droit avec la rne droite,
sur le pied gauche avec la rne gauche. Alterner les rnes
trs-frquemment.

On passe ensuite aux changements de pied avec la main seulement.
Avant de marquer le demi-arrt au moyen duquel on l'obtient, il
faut sentir la bouche. Si ce demi-arrt ne suffit pas, il faut en
marquer deux, trois, dix, coup sur coup, jusqu' ce que le
changement de pied ait eu lieu et rendre ds qu'il est excut. On
comprend combien cette manire de faire est admirable pour arriver
 une excution parfaite. En effet, une fois l'impulsion donne,
quel peut tre le rle des jambes? Elles ne servent qu' traverser
le cheval,  porter davantage le poids en avant, surcrot de poids
que la main doit dtruire. Au contraire, en se servant de la main
seule, on change la position, et le changement de pied se fait tout
naturellement. S'il y a ralentissement dans le mouvement, se servir
des jambes ou de l'peron pour l'acclrer; puis revenir au
demi-arrt sans jambes pour le changement de pied. Il faut dans ce
mouvement, comme dans le prcdent, alterner l'emploi des rnes.

On exerce ensuite le cheval  partir au galop avec les jambes
seulement: la main tient les rnes par leur extrmit. Le cheval
bourre-t-il sur la main, prend-il le trot? le poids est en avant;
il faut alors marquer un demi-arrt, et recommencer le dpart,
aprs avoir dcontract le cheval.

Arriv  ce degr d'instruction, on alterne les dparts au galop
avec les mains et avec les jambes. On multiplie les descentes de
mains.

On fait de mme aprs chaque changement de pied, ayant soin de
reprendre les rnes immdiatement pour faire un nouveau changement
de pied, et ainsi de suite.

Enfin, on passe aux changements de pied avec les jambes seules: on
tient les rnes demi-flottantes.

Dans tous ces mouvements, les rnes sont d'autant plus flottantes
que l'ducation du cheval est plus avance; et l'on arrive ainsi 
les excuter, les rnes sur l'encolure, sans que le cheval augmente
en rien son allure.

     Donc, en rsum:

1 Dpart au galop avec la main seule;

2 Changement de pied avec la main seule;

3 Dpart au galop avec les jambes seules;

4 Dpart au galop avec la main et les jambes alternativement:
descentes de main;

5 Changement de pied, suivi d'une descente de main;

6 Changement de pied, avec les jambes seules.

C'est seulement alors, quand tous ces mouvements s'excutent
facilement, sans augmentation ni ralentissement d'allure, que l'on
a un cheval dans un quilibre de premier genre.

Comment assez admirer ici toute la beaut de ces nouveaux
principes, qui, joignant  leur simplicit la puissance de leur
action, rendent le cheval souple, lgant, et assurent sa dure.

     D'ESTIENNE.

     Paris, le 20 mars 1864.




PROGRESSION DU DRESSAGE.


_Travail avec la cravache._

   A PIED.

Faire venir le cheval  l'homme.

Faire reculer le cheval, l'encolure leve, le cavalier tenant dans
chaque main une rne du filet, les bras levs de toute leur
extension. (Voir la planche n 16.) Le cavalier commencera 
combattre les rsistances du poids et de la force, par les
demi-temps d'arrt successifs et les vibrations rptes. Cette
position leve de l'encolure, obtenue par une force de bas en
haut, prvient l'acculement en reportant en arrire le poids dans
la limite du mouvement rtrograde.

[Illustration: Planche 16.]

On ne fera reculer le cheval qu'un pas, en le conservant aussi
droit que possible d'paules et de hanches. On comprend que la
moindre dviation de la croupe serait un obstacle  cette juste
translation du poids: aussi doit-on avoir le plus grand soin de ne
recommencer un deuxime pas en arrire qu'aprs avoir replac le
cheval parfaitement droit, afin d'viter les rsistances qui
l'empchent de comprendre les intentions du cavalier. Ce travail du
reculer fait pas  pas, chaque pas suivi d'un moment d'arrt qui
permet la cessation de toute contraction musculaire autre que celle
qui sert  la station, sera altern avec celui de deux pistes 
droite et  gauche, avec les pirouettes renverses et ordinaires,
en ayant soin de ne demander qu'un pas au cheval et de l'arrter
ds qu'il a achev ce pas. L'essentiel, c'est que les parties qui
doivent tre _momentanment immobilises, ne se mobilisent pas_
(pirouettes), et que la translation du poids ait lieu selon les
lois de l'quilibre et l'harmonie du mouvement. (Reculer et travail
sur les hanches.)

On passera ensuite aux flexions, avec le filet d'abord et la bride
ensuite, en insistant sur la flexion directe et demi-latrale de la
mchoire. Le cavalier se place, en face du cheval et lui lve la
tte avec les deux rnes du filet spares et tenues  douze
centimtres des anneaux, pour faire cder (point essentiel) la
mchoire avant la tte. Cette mme flexion se fera ensuite avec le
mors, le cavalier tenant dans chaque main une branche du mors pour
lever la tte du cheval et obtenir le mme effet.

Le cheval qui a cd  l'action plus directe du filet, pourra, les
premires fois, rsister  l'action du mors  cause de l'obstacle
apport par la gourmette; on reviendra au filet, pour reprendre de
nouveau le mors, et ds que le cheval y rpondra comme au filet, ce
sera la preuve vidente qu'il a bien compris les intentions de son
matre.

_Remarque._ La flexion directe et semi-latrale de la mchoire,
avec le soutien de l'encolure et l'lvation de la tte, a dtruit
les rsistances que la mchoire pourrait prsenter dans n'importe
quelle position. La flexion latrale de l'encolure dtruit les
rsistances provenant de la contraction des muscles de l'encolure.
Ce travail prparatoire durera quatre jours, pour rendre le cheval
familier  l'homme, sage au montoir, et lui faire apprcier la
domination de l'homme.

Les chevaux de troupe peuvent tre exercs  ce travail  pied,
pendant huit ou dix jours, au commencement de chaque leon. Ce
travail rend l'obissance du cheval plus facile et tablit des
rapports d'intimit entre lui et son cavalier. L'instructeur,
enchant des progrs de sa monture, devient plus indulgent et
traite son cheval avec plus de douceur.


A CHEVAL.

   EN PLACE.

Avec les rnes du filet spares, lever l'encolure et ne rendre
qu'aprs cession de la mchoire. viter l'acculement; s'il y a
rsistance, agir par demi-temps d'arrts successifs et vibrations
rptes. _Rgles gnrales._ Ds les premires leons, le cavalier
se servira de ces nouveaux effets de main pour dtruire toutes les
rsistances du poids ou de la force, toutes les fois qu'elles se
prsenteront.

Rpter les flexions latrales et semi-latrales de l'encolure,
comme  pied. Ds que le cavalier a obtenu un commencement de
soutien de l'encolure et de mobilit de la mchoire, il mettra son
cheval au pas et le travaillera  main droite et  main gauche
(s'il est dans un mange) sur les lignes droites et circulaires, en
recherchant la lgret et en employant les nouveaux effets de main
pour dtruire toute rsistance du poids ou de la force: viter
l'emploi simultan des jambes et de la main.

Il procdera  cheval comme il a agi  pied, c'est--dire, qu'il
marchera un pas ou deux, et qu'il arrtera en ne rendant de la main
qu'aprs avoir obtenu la mobilit de la mchoire: _descente de
main, et repos pour le cheval_. Il reprendra les rnes, demandera
de nouveau la lgret et portera le cheval un pas ou deux en
avant, pour l'arrter et suivre la mme gradation. Il alternera ce
travail au pas, ainsi gradu, avec le reculer, les pirouettes, le
travail sur les hanches. L'importance de dcomposer chaque
mouvement est tellement grande et produit des rsultats tellement
extraordinaires, que je ne crains pas de me rpter, et d'engager
tous les cavaliers intelligents  suivre exactement cette
gradation: 1 rechercher si le cheval est lger ou prsente une
rsistance  la main; 2 la dtruire de suite par les demi-temps
d'arrt et les vibrations, selon la nature des rsistances, obtenir
la mobilit de la mchoire, et porter le cheval un pas ou deux en
avant, en combattant de suite toute rsistance par les nouveaux
moyens; arrter le cheval et ne lui rendre de la main que lorsqu'il
est lger, le garder calme, immobile en place, pendant une
demi-minute, et le reporter de nouveau au pas, aprs s'tre assur
de la mobilit de la mchoire.

De mme pour le reculer, les pirouettes renverses et ordinaires,
et le travail de deux pistes, ne demander qu'un pas, arrter,
redonner la position ou la lgret, et laisser le cheval calme en
repos quelques instants, pour continuer en suivant toujours la mme
gradation. Ces moments de repos, rpts avec cette scrupuleuse
attention, produisent des rsultats qui surprendront le cavalier.
La contraction musculaire cesse d'tre en jeu, le cheval prouve
du bien-tre, rflchit, et reprend son travail sans fatigue. De
plus, par le calme de ce travail ainsi gradu, le cavalier grave
dans l'intelligence du cheval l'ide de la supriorit morale de
l'homme et assure ainsi sa domination sur sa monture, tout en lui
rendant l'obissance plus facile. Pour arrter son cheval le
cavalier se servira d'abord des effets d'ensemble (opposition
gradue de jambes et de main); mais bientt la main suffira pour
arrter le cheval droit d'paules et de hanches.

Puisque l'action combine des jambes et de la main _immobilise_ le
cheval, on comprend par cela mme que lorsqu'il s'agit de
_mouvement_, on ne doit pas employer les mmes moyens.

Le cavalier mettra ensuite son cheval au trot, et l'arrtera aprs
quelques foules, en suivant la mme gradation qu'au pas;
c'est--dire qu'il lui donnera la _position_ ou la lgret
(mobilit de la mchoire) avant de partir au trot; pendant ces
quelques foules, il combattra les moindres rsistances en se
servant des nouveaux effets de main, et en arrtant son cheval, il
lui demandera de nouveau la mobilit de la mchoire, en le
maintenant quelques instants calme et immobile. Il continuera
pendant quelques minutes le travail au trot, sur les lignes droites
et circulaires, en suivant la mme gradation qu'au pas,
c'est--dire, en faisant toujours succder le repos au travail,
dans une mesure plus ou moins gale.

Le cavalier essayera ensuite en place quelques apparences de
mobilit des extrmits, pour prparer les premiers temps du
rassembler, et il terminera la leon par quelques dparts au galop,
sur les deux pieds, en _suivant toujours la mme gradation_ qu'au
pas et au trot.

Le cavalier aura soin d'employer le maniement des rnes, tel que je
l'ai indiqu au chapitre des nouveaux effets de main, c'est--dire,
d'alterner le jeu des rnes du filet et des rnes de bride, pour
habituer le cheval  conserver DE LUI-MME son quilibre et sa
bonne position.

Ici se place une observation trs-importante.

En se servant, au galop, de la rne _directe_, rne droite, si le
cheval galope sur le pied droit, et rne gauche, si le cheval
galope sur le pied gauche, pour dtruire les rsistances, par
demi-arrts ou vibrations, le cavalier obtient de suite une grande
lgret, conserve son cheval droit, et rend les dparts et par
consquent les changements de pied d'une trs-grande facilit.

Tout ce travail doit se faire sans aucune fatigue pour le cheval,
et ds le dbut les efforts du cavalier doivent tendre  obtenir
l'quilibre parfait ou la lgret constante: aussi devra-t-il
demander au cheval la mobilit moelleuse de la mchoire avant de
le mettre en mouvement: il est sr alors que la machine est prte 
fonctionner. On comprend les progrs extrmement rapides que cette
gradation amnera dans l'ducation du cheval.

Le professeur initie ds les premiers pas son lve  toutes les
difficults de la route qu'il doit parcourir, en lui donnant les
moyens de les vaincre, et en corrigeant immdiatement les moindres
fautes que le cheval peut commettre par ignorance. Aussi, deux mois
de cette ducation raisonne ne se seront pas couls que le
cavalier intelligent jouira d'un rsultat qu'il n'aurait jamais pu
obtenir, s'il n'avait pas donn  son cheval l'quilibre du premier
genre ou cette lgret parfaite et constante qui permet  l'animal
d'excuter avec la plus grande facilit tous les mouvements
demands, sans l'ombre d'une rsistance, parce qu'il apprcie
immdiatement les moindres effets de la main ou des jambes du
cavalier. Le matre commande, et le serviteur obit.

Quand un cheval, par l'application de tous les principes enseigns
dans cette dernire dition, a t amen  l'quilibre du premier
genre, toutes les rsistances ayant disparu, les moyens doux
doivent seuls tre employs. La main agira par une force lente,
dlicate et finement gradue.

J'ai dit ce que je crois tre la vrit questre. Je pense tre
utile aux cavaliers intelligents et srieux, en leur recommandant
de suivre la progression que je viens d'indiquer. Je me permets de
leur donner un conseil d'ami, et j'ose dire, d'un vieil ami, en
leur disant: rejetez mes principes, s'ils ne vous conviennent pas;
mais si vous y reconnaissez la vrit en quitation, acceptez-les
en entier, ne les mutilez pas, et rappelez-vous que l'auteur qui a
tudi pendant quarante ans, connat assez l'oeuvre de toute sa vie
pour apprcier l'importance de toutes ses parties.

       *       *       *       *       *

L'arme, comme je l'ai dit souvent, a toujours eu et aura toujours
mes sympathies. Le rve de toute ma vie a t de rendre ses
cavaliers d'abord, ses cuyers ensuite, les meilleurs de l'Europe.
Je ne crois pas que Dieu me permette d'en voir la ralisation; mais
j'ai confiance. Je sais que la vrit fait son chemin lentement et
qu'elle finit toujours par percer.

Pourquoi ne le dirais-je pas? C'est la consolation de mes vieux
jours de voir bien des hauts personnages, des gnraux clairs
rendre justice  mes principes. Chaque fois que le nom d'une
clbrit questre de l'arme arrive  mes oreilles, je consulte
mes souvenirs, et c'est bien souvent, j'allais dire presque
toujours, celui d'un de mes lves ou du moins d'un partisan de ma
mthode. Ce sont eux que je vois diriger l'enseignement de
l'quitation dans les coles du Gouvernement. Au moment o j'cris,
j'apprends avec plaisir que le commandement du mange de Saumur
vient d'tre donn  M. le chef d'escadrons L'hotte[13], qui m'a
fait, pendant douze ans, l'honneur de me demander mes conseils et
dont la rputation comme cuyer ne peut craindre, avec raison, le
rapprochement d'aucune autre.

  [13] Aujourd'hui colonel du 18e dragons.




CONCLUSION


Le got de l'quitation se perd, tout le monde le reconnat, et
chacun donne son opinion. Les uns attribuent la dcadence de l'art
 l'engouement de la jeunesse pour les courses; ils voient dans le
turf une succursale de la Bourse, et regrettent que le Gouvernement
favorise cet entranement, au lieu de laisser  l'industrie prive
le soin de payer ses passe-temps. Ils disent que les parieurs sur
les chevaux de courses n'ont pas le droit de rclamer des primes
gouvernementales, plus que les parieurs sur le trois-six, le colza
ou la betterave. Les autres pensent que l'enseignement routinier
des manges a fait son temps, et qu' notre poque de vapeur,
d'lectricit, o tout se perfectionne, l'quitation doit suivre
aussi la loi du progrs. Je partage cette manire de voir, et
j'apporte comme tmoignage les travaux de toute ma vie.

Qu'il me soit permis de rappeler les innovations que j'ai
introduites dans la science et l'art de l'quitation:

Les exercices de kinsie pour donner en quelques semaines une tenue
ferme, gracieuse, solide,  quiconque n'aurait jamais enfourch un
cheval.

Les moyens d'assouplir la mchoire, l'encolure, les reins, la
croupe de tous les chevaux;

De les rendre tous lgers  la main, aux trois allures.

De leur donner  tous un pas rgulier;

Un trot uni, tendu ou cadenc;

Un reculer aussi facile que la marche en avant;

Un galop facile.

Changement de pied du tact au tact, aux deux temps,  chaque temps.

Le rassembler dans tous ses degrs.

Les trois genres de piaffer.

Le temps d'arrt au galop, par l'peron.

Faire venir le cheval  l'homme et le rendre sage au montoir.

La translation du poids par les forces instinctives.

1 Distinction entre les forces instinctives du cheval et les
forces communiques;

2 Explication de l'influence d'une mauvaise construction sur les
rsistances des chevaux;

3 Effet des mauvaises constructions sur la mchoire, l'encolure
et la croupe, principaux foyers de rsistance;

4 Moyens de remdier  ces inconvnients, par les assouplissements
des deux extrmits et de tout le corps du cheval;

5 Annulation des forces instinctives du cheval pour leur
substituer les forces transmises par le cavalier, et donner de
l'aisance et du brillant  l'animal le plus disgracieux;

6 galit de sensibilit de bouche chez tous les chevaux; adoption
d'un genre de mors uniforme;

7 Moyens d'habituer tous les chevaux  supporter galement
l'peron;

8 Tous les chevaux peuvent se ramener et acqurir la mme
lgret;

9 Moyen d'tablir chez un cheval mal constitu un quilibre aussi
facile que celui des plus belles organisations;

10 Le cavalier donne la position, et le cheval excute le
mouvement;

11 Des causes qui font que des chevaux non tars ont souvent des
allures dfectueuses: moyens d'y remdier en quelques leons;

12 Changement de direction par de nouveaux effets de main et de
jambes;

13 Distinction entre le reculer et l'acculement; de l'effet utile
du premier dans l'ducation du cheval; des inconvnients du second.

14 Des attaques employes comme moyen d'ducation;

15 Tous les chevaux peuvent piaffer; moyens de rendre ce mouvement
lent ou prcipit;

16 Dfinition du vrai rassembler; moyens de l'obtenir; de son
utilit pour la grce et la rgularit des mouvements compliqus;

17 Moyen d'amener tous les chevaux  projeter franchement au trot
leurs jambes en avant;

18 Moyens raisonns pour mettre le cheval au galop;

19 Temps d'arrt au galop, les jambes ou l'peron prcdant la
main;

20 Force gradue, base sur les rsistances du cheval, le cavalier
ne devant cder qu'aprs les avoir _annules_;

21 ducation partielle du cheval, ou moyen d'exercer ses forces
sparment;

22 ducation complte des chevaux d'une conformation
trs-ordinaire en moins de trois mois;

23 Seize nouvelles figures de mange propres  donner le fini 
l'ducation du cheval et  perfectionner le sentiment du
cavalier[14];

24 Nouvel effet de chambrire;

25 Nouvel effet de main;

26 Nouvel effet de jambes;

27 Nouveaux effets de main et de jambes combins;

28 Descentes de main;

29 Descentes de jambes;

30 Descentes de main et de jambes simultanes.

  [14] J'ai eu aussi le premier l'ide de faire excuter, mme par
  des dames, les grandes difficults de l'quitation; le public en
  a t tmoin. Tout le monde a pu admirer Mmes Caroline Loyau,
  Pauline Cuzent, Mathilde et Maria d'Embrun.

       *       *       *       *       *

Il est bien entendu que tous les dtails d'application qui se
rattachent  ces innovations sont nouveaux comme elles et
m'appartiennent galement.

Mais on se tromperait grossirement si l'on voulait chercher
le but de ma mthode dans ces fioritures questres, destines
principalement  rcrer le public.

Ces fioritures servaient  reposer le cheval, en faisant succder 
des exercices de haute cole, des mouvements lgers, gracieux,
trs-faciles pour le cheval quilibr.

Ma mthode s'adresse aux vrais amateurs, aux officiers de
cavalerie, aux cuyers,  tous ceux qui veulent tirer le meilleur
parti des chevaux, quelle que soit leur conformation.

L'quilibre, c'est le but que l'on doit se proposer, et la lgret
est la rcompense du travail.




NOUVEAU

TRAVAIL RAISONN

AVEC LE CAVEON.


Encore un progrs nouveau que je dois  la pratique et que je me
hte de porter  la connaissance du public. D'un instrument employ
jusqu'ici comme moyen de coercition, comme une espce de collier de
force, je suis parvenu  faire un instrument puissant d'ducation.
Je veux parler du caveon. Je m'en sers pour dvelopper le
sentiment questre de l'lve.

A cet effet, je fais mettre le caveon au cheval mont, et je fais
suivre  l'lve toute la progression, en commenant par le travail
en place, au pas, au trot, au galop et de deux pistes. Mon but est
de faire SENTIR  l'lve les fautes qu'il a commises ou qu'il
commet. Je m'explique. Je tiens la longe horizontalement,  1 mtre
de distance, et je dis  l'lve d'lever les poignets pour
dcontracter les muscles de l'encolure; je fais, en mme temps, une
opposition attractive. Deux causes peuvent faire revenir le cheval
sur lui: les mauvaises contractions de l'encolure, ou un faux effet
de main du cavalier. J'ai soin, par une traction horizontale,
d'empcher l'acculement du cheval, et je fais observer  l'lve
qu'il aurait d, dans le premier cas, agir par pression des jambes
sans main; dans le deuxime, qu'il a eu trop de main.--J'ai prvenu
l'effet de l'acculement, par la traction horizontale de la longe,
j'ai donc empch le cheval de percevoir la faute commise par le
cavalier, auquel, cependant, j'ai pu la faire remarquer, sans
inconvnient pour l'ducation du cheval.--De temps en temps, je
laisse la faute produire ses consquences invitables, la perte de
la lgret, la modification de l'quilibre, en un mot,
l'acculement. Je dis  l'lve de n'agir ni par les jambes ni par
la main, et de se contenter de sentir ce qui va se passer _sous
lui_. Je rtablis l'quilibre par une traction horizontale du
caveon, et je rpare la faute commise par l'lve.

Les professeurs, les officiers de cavalerie, comprendront par ce
qui prcde de quelle importance peut tre ce nouveau travail avec
le caveon, pour aider au progrs du cavalier et acclrer
l'ducation du cheval.--Je dis ce qu'il faut faire, mais ce n'est
que sous la direction d'un habile professeur lev  mon cole que
l'lve pourra apprendre  se servir avec justesse du caveon,
comme je le comprends.--Je fais rpter le mme travail en cercle
(le professeur tiendra la longe  2 ou 3 mtres de distance), au
pas, au trot, au galop, en recommandant  l'lve de ne chercher
qu'une seule chose, la lgret.--Or, nos lecteurs doivent savoir
aujourd'hui que la lgret suppose l'quilibre du poids prpar
par l'harmonie des forces.--Et pour tout rsumer en quelques mots,
disons: HARMONIE DES FORCES produite,  l'aide du caveon, par
la dtente des muscles de l'encolure, QUILIBRE DU POIDS,
CONCENTRATION DE LA FORCE HARMONISE. L est toute l'quitation,
et tout ce que l'on pourrait dire en plus ressemblerait  ces bois
flottants dont parlait le fabuliste.




EXAMEN RTROSPECTIF


La vrit n'est pas sortie tout arme de mon cerveau, et il m'a
fallu quarante ans de travail, de recherches et de mditations pour
perfectionner la mthode telle qu'elle est aujourd'hui. J'avais, je
l'ai dj dit, tudi tous les auteurs qui ont crit sur
l'quitation, et j'avais retir de mes lectures la conviction que
la science questre n'existait pas, qu'elle tait  crer. Comme
tout le monde, j'tais imbu des prjugs que l'ignorance
traditionnelle avait fait accepter comme des vrits. Je croyais
aux barres dures,  l'influence de leur paisseur sur la
sensibilit de la bouche du cheval, et je me livrai  une foule
d'expriences pour dcouvrir un mors assez puissant pour combattre
cette prtendue insensibilit des barres.

J'tais au Havre, et je revenais, un jour de la foire aux chevaux,
avec un cheval que j'avais pay 300 francs. Mon examen rapide avait
embrass l'ensemble de l'animal; de retour au mange, j'examinai
attentivement la bouche de mon cheval, et je reconnus avec
tristesse que l'paisseur des barres expliquait l'norme rsistance
qu'il opposait  l'action du mors. Je lui appliquai tour  tour les
freins les plus puissants, et la bouche demeurait insensible.
Pouvait-il en tre autrement eu gard  sa conformation?

Un jour, je me le rappelle, je montais Bienfaisant, que la douceur
de son caractre m'avait fait nommer ainsi, et je venais de
m'arrter dans le mange. Je rflchissais, et pendant que mon
esprit travaillait, ma main tait demeure fixe. Tout  coup je
sens Bienfaisant lger; Bienfaisant a rendu, Bienfaisant ne rsiste
plus! Que s'est-il donc pass? Comme il n'y a pas d'effet sans
cause, je reconnus que la fixit de ma main avait dtermin la
cession du cheval, et j'acquis ainsi la preuve que la bouche
n'tait pour rien dans les rsistances, et qu'elles provenaient des
contractions de l'encolure, car je n'avais pas modifi les
conditions anatomiques des barres, je n'avais pas diminu leur
paisseur. Tel fut le dbut de la mthode. Bienfaisant m'avait
appris qu'il n'y a pas de bouches dures, de barres insensibles.

J'exprimentai sur cent chevaux, et la pratique vint confirmer
chaque fois la vrit de cette dcouverte. Il n'y a pas de bouches
dures, il y a des chevaux lourds  la main dans le principe, que
l'on rend facilement lgers.

Qu'il me soit permis de relater une anecdote qui trouve ici sa
place.

Vingt ans plus tard, aprs que la mthode eut t adopte par S. A.
R. le duc d'Orlans en prsence de son frre le duc de Nemours, des
membres du Comit de cavalerie, et d'un grand nombre de gnraux,
un de ces derniers, le gnral X..., me demanda d'examiner la
bouche de son cheval, se plaignant de l'insensibilit des barres.
Je regardai de suite les reins, la croupe, les jarrets de l'animal.
Pardon, me dit le gnral, c'est de la bouche du cheval que je
parle.--Je comprends parfaitement, gnral.--Mais je ne vous
comprends pas, me rpliqua-t-il. J'expliquai alors au gnral que
la bouche tait  tort accuse d'un dfaut qui venait de la
mauvaise conformation du cheval. C'tait un homme intelligent, et
il comprit.

Bienfaisant m'avait appris que la mauvaise position de la tte et
de l'encolure tait la cause des rsistances de la mchoire. Mais
comment obtenir cette bonne position? Parmi tous ces mors quel
tait le meilleur? Dirai-je toutes les tentatives que je fis avec
ces instruments de torture? Enfin, aprs nombre d'essais, aprs
mille combinaisons, je me convainquis de cette nouvelle vrit que
l'on pouvait, avec un mors doux, amener tous les chevaux  prendre
une bonne position de tte, et j'adoptai le mors qui porte mon nom.
Ce fut avec ce mors que je cherchai  donner  mes chevaux cette
lgret que je pressentais, et que le temps seul devait me
permettre de rendre parfaite et constante.

Ces deux premires dcouvertes me mirent sur la trace d'une
troisime non moins importante. Je me demandai s'il n'en tait pas
de la sensibilit des flancs du cheval comme de ses barres, et
j'arrivai  la mme conclusion. Je me servais alors d'perons
pointus  cinq pointes, et je calmais les chevaux les plus
irritables, au moyen des attaques appliques  propos. Je pus alors
formuler cette troisime vrit: La sensibilit des flancs du
cheval n'est pas inhrente  cette partie, elle dpend de
l'irritabilit gnrale, du systme nerveux, de la mauvaise
conformation du cheval. J'ai dit que les mauvaises contractions
des muscles de l'encolure faisaient sentir leur effet sur la
bouche, mais il fallait arriver  les dtruire, afin de
discipliner, en les harmonisant, ces cordes si impressionnables.
C'est ce qui me donna l'ide des flexions de l'encolure, que je fis
 pied,  cheval, au pas et au trot. J'obtins des effets de
lgret, des mouvements plus faciles; mais que j'tais loin de cet
quilibre, de cette lgret que j'obtiens aujourd'hui, en quelques
heures, sur n'importe quel cheval! Si j'obtenais avec l'peron
pointu, le ramener, le rassembler, le piaffer et tous ces airs
nouveaux que je fis produire  tous mes chevaux, dont je montai une
vingtaine, en public, je ne pouvais me dissimuler que le rsultat
n'tait pas le mme chez tous mes lves dont beaucoup faisaient
dfendre leurs chevaux. Il fallait viter cet inconvnient, et je
recherchai si en traitant les flancs avec la mme douceur que
j'apportais dans mes rapports avec la bouche, je n'arriverais pas
au mme rsultat. J'essayai les perons  molettes rondes, que
j'adoptai dfinitivement aprs en avoir constat les excellents
rsultats. C'tait un progrs nouveau. Je le compltai en
introduisant le travail  pied. En apprenant au cheval  venir 
l'homme au contact de la cravache, je donnais au cavalier le
premier sentiment de sa domination, et j'tablissais des rapports
plus directs entre le matre et le serviteur. Plus tard, je
compltai le travail  pied par les flexions de croupes, d'paules,
par le reculer.

Le progrs appelle le progrs. J'arrivai  substituer  mon mors un
mors plus doux encore,  branches plus courtes, et dpourvu de
gourmette, et comme ce nouveau mors permettait de nouveaux effets
de main, je prescrivis l'action isole des jambes et de la main.
J'ai dit les raisons qui m'avaient fait introduire cette nouvelle
formule. J'avais t tmoin de tant de mcomptes essuys par les
cavaliers chez qui le mcanisme laissait  dsirer, que je crus
leur rendre un grand service en leur recommandant ma nouvelle
formule: Main sans jambes, jambes sans main. En effet, 
l'exception de mes lves d'lite, presque tous se servaient de
leurs jambes pour rparer les fautes de la main, et _vice vers_.
On comprend que l'action isole de la main et des jambes devait
prvenir cette contradiction dans les aides et acclrer
l'ducation du cheval. Mais je voulais obtenir plus encore, et
donner  la masse des cavaliers les moyens certains d'quilibrer
facilement leurs chevaux. C'est  quoi je suis heureusement arriv
par l'emploi du bridon pour mors unique. Avec ce simple bridon
j'obtiens, en quelques heures, des rsultats plus satisfaisants,
plus complets que je n'en ai jamais obtenu avec le mors de bride.
Deux effets de main suffisent  dtruire toutes les rsistances de
l'encolure, et  donner au cheval la belle position de la tte, qui
rendra plus faciles les translations de poids utiles  tous les
mouvements que le cavalier peut lui demander. Le premier effet a
lieu par l'lvation des poignets, agissant par une force de bas en
haut sur la commissure des lvres, en donnant  l'encolure toute
l'extension possible. Ds que le cheval cdera  l'action des rnes
du bridon, dans cette position leve, le cavalier abaissera les
poignets, serrera nergiquement les doigts et attendra que la tte
du cheval soit revenue dans la position verticale, en mme temps
que la mchoire cdera moelleusement. Avec ces deux effets de main,
employs seuls, ou simultanment avec le concours des jambes ou
l'appui de l'peron, le cavalier obtiendra de son cheval tout ce
qu'un cavalier intelligent est en droit de lui demander, puisqu'il
peut agir en haut, en bas, ou de ct, selon la force  combattre
ou la position  donner  la tte du cheval.

La cavalerie reconnatra les nombreux avantages que le bridon lui
offre pour le dressage de ses chevaux, et peut-tre arrivera-t-elle
plus tard  employer, comme je le fais aujourd'hui, le bridon pour
l'unique frein, pour le plus convenable  tous les besoins du
service. Aprs avoir recommand tour  tour l'emploi de la jambe
oppose ou de la jambe directe, je suis arriv  reconnatre que
ds que le LE CHEVAL EST DROIT, la jambe directe doit tre toujours
employe pour DISPOSER la croupe. De cette manire j'vite l'espce
d'arc-boutant que les hanches opposaient aux paules, dans les
changements de direction, pirouettes, travail de deux pistes, et
par la disposition de la croupe, je dtermine ncessairement la
direction des paules. Avec le cheval droit et la disposition de la
croupe, j'enlve au cheval le moindre prtexte  la rsistance, je
rends tous les mouvements faciles, gracieux, avec la mobilit
moelleuse de la mchoire!

Je ne puis terminer cette revue rtrospective des progrs qu'a
faits la mthode, sans me rappeler, avec un juste sentiment de
satisfaction, que les meilleurs cavaliers de l'arme, que tous les
officiers de cavalerie qui ont crit sur l'quitation, tels que: le
capitaine Raabe, le colonel Gurin, le capitaine Gerhardt, le
lieutenant Wachter, sont mes lves, et qu'en toutes circonstances
ils ont eu le courage de leur opinion.




CAVALERIE


La mthode appartient surtout maintenant  la cavalerie; c'est 
elle  la conserver,  la dvelopper en l'appropriant  tous ses
besoins. Dans le civil,  l'exception de quelques brillantes
individualits, de quel rsultat peut tre la science questre?
Dans la cavalerie, au contraire, le cheval est votre outil, votre
compagnon de gloire. Recherchez donc les moyens d'accrotre votre
domination sur le cheval, afin de parler plus facilement  son
intelligence. N'oubliez pas que les cavaleries trangres ont dj
profit de la mthode, et n'attendez pas que ces ides nouvelles
vous arrivent plus tard du dehors, car votre patriotisme
souffrirait de recevoir de l'tranger ce qu'un de vos compatriotes
confie avec tant de bonheur  la cavalerie franaise!

Puissent mes dernires innovations rendre la tche plus facile et
contribuer aux progrs de notre belle cavalerie! C'est le voeu d'un
citoyen, ami de son pays, dont toutes les tudes n'ont eu qu'un
but, le progrs de l'quitation.




TABLE DES MATIRES


                                                             Pages.

     Prface                                                      1

       Dernires innovations                                      5

       Du cheval en libert                                       6

       Du sentiment                                               8

       De la bouche du cheval                                     9

       Le professeur                                             10

     Rsum succinct des rapports officiels sur l'application
       de ma Mthode dans l'arme                                12

     Nouveaux moyens de donner une bonne position au cavalier    18

     De l'quilibre du cheval                                    30

     De l'emploi raisonn des forces du cheval                   34

     Mobilisation du cheval par les forces instinctives          45

     De l'assouplissement                                        50

     De la bouche, du mors                                       54

     Flexions de la mchoire et de l'encolure                    57

     Effets de mains                                             67

     Effets de jambes                                            74

     Effets de main et de jambes                                 78

     Assouplissement  cheval                                    83

     Mobilisation de la croupe                                   87

     Pirouettes                                                  89

     Effets d'ensemble                                           94

     Eperon                                                      97

     Emploi par le cavalier des forces du cheval aux
       diffrentes allures                                      100

     Pas                                                        102

     Reculer                                                    106

     Travail sur les hanches                                    109

     Trot                                                       114

     Descente de main, de jambes, de main et de jambes          117

     Travail  la chambrire                                    120

     Rassembler                                                 123

     Galop                                                      129

     Saut de foss et de barrire                               132

     Piaffer                                                    136

     ducation du cheval; gradation du travail                  141

     Ma Mthode hors du mange                                  146

     Application de la Mthode au travail des chevaux
       Partisan, Capitaine, Neptune, Buridan                    150

     Exposition succincte de la Mthode par demandes et par
       rponses                                                 160

     Nouveaux moyens questres                                  173

     quilibre du premier genre                                 175

     Main sans jambes                                           178

     Jambes sans main                                           178

     Trois nouveaux effets de main                              181

     1 Pour rtablir l'quilibre                               181

     2 Pour rtablir l'harmonie des forces                     181

     3 Pour donner les positions utiles aux changements de
     direction par la rne oppose                              181

     De la force et du mouvement dcomposs                     188

     Travail au galop sur la ligne droite d'aprs les nouveaux
     moyens                                                     191

     Progression du dressage                                    206

     Conclusion                                                 217

     Nouveau travail raisonn avec le caveon                   223

     Examen rtrospectif                                        227

     Cavalerie                                                  235


PARIS.--Imprimerie de J. DUMAINE, rue Christine, 2.




A LA MME LIBRAIRIE:


   =AURE= (le comte d').--=Trait d'quitation illustr=, prcd
   d'un aperu de diverses modifications et changements apports
   dans l'quitation depuis le XVIe sicle jusqu' nos jours; suivi
   d'un appendice sur le jeune cheval, du trot  l'anglaise, et
   d'une lettre sur l'quitation des dames. 4 dit. Paris, 1870.
   Joli vol. gr. in-8 avec portrait, planches et figures dans le
   texte. 10 fr.

   =CURNIEU= (le baron de).--=Leons de science hippique gnrale=,
   ou Trait complet de l'art de connatre, de gouverner et
   d'lever le cheval. Paris, 1855-1860. 3 beaux vol. gr. in-8,
   illustrs de plus de 200 figures graves sur textes. 36 fr.

   =DEBOST= (mile), ancien instructeur de l'cole de cavalerie,
   etc. CINSIE QUESTRE.--=Nouvelle tude du cheval= et principes
   indits d'quitation rationnelle et de haute cole, etc. Paris,
   1873. In-8. 6 fr.

   =GERHARDT= (A.), capitaine-instructeur des lanciers de la
   garde.--=Manuel d'quitation=, ou essai d'une progression pour
   servir au dressage prompt et complet des chevaux de selle, et
   particulirement des chevaux d'armes, prcd d'une analyse
   raisonne du Bauchrisme. Paris, 1859. In-8 avec planches par V.
   Adam. 6 fr.

   =LENOBLE DU TEIL= (Jules).--=tude sur la locomotion du cheval=
   et des quadrupdes en gnral considre dans ses rapports, avec
   l'quitation et la reprsentation des quadrupdes  toutes les
   allures et  toutes les varits de ces allures; ouvrage
   complt par un atlas de 23 planches, indiquant les phases
   successives d'appui et de soutien de chaque membre  toutes les
   allures. 1 vol. in-4 et atlas. 12 fr.

   =MGNIN= (J.-P.), vtrinaire en 2e.--=Dermatologie hippique=,
   ou Trait de l'organisation et des maladies de la peau du
   cheval. Paris, 1868, 1 vol. in-8 avec 12 planches graves dont 8
   en couleur. 5 fr.

   =MGNIN=, vtrinaire en 2e.--=Essai sur les proportions du
   cheval= et son anatomie externe compare  celle de l'homme, 
   l'usage des cuyers militaires ou civils et des artistes. Paris,
   1860. Album in-folio jsus oblong, compos de 15 planches
   colories avec texte. 20 fr.

   =MERCHE=, officier de la Lgion d'honneur, vtrinaire
   principal, membre de plusieurs socits savantes, etc.--=Nouveau
   trait des formes extrieures du cheval.= Paris, 1868. 1 fort
   vol. in-8 avec figures dans le texte. 12 fr.

   =MONTIGNY= (le comte de), chevalier de la Lgion d'honneur,
   ancien cuyer de 1re classe et ancien inspecteur gnral des
   haras.--=Manuel des piqueurs, cochers, grooms et palefreniers=,
    l'usage des coles de dressage et d'quitation de France. 3e
   dit., revue et corrige. Paris, 1873. 1 fort vol. in-12 avec 22
   planches. 5 fr.

   =MUSSOT= (P.), lieutenant-colonel de cavalerie, ancien
   capitaine-instructeur  l'Ecole de Saumur.--=Manuel
   d'hippiatrique=, d'quitation et d'hygine  l'usage de tous, ou
   Etude de la connaissance intrieure du cheval, de son
   instruction et de son emploi, de sa conservation en l'tat de
   sant, de sa reproduction, de son levage et de son
   remplacement. Paris, 1856. 2 vol. in-8 avec planches. 12 fr.

   =NOLAN= (L.-E.).--=Dressage des chevaux de remonte.=--Traduit de
   l'anglais par Savin de Larclause, colonel du 14e dragons. Paris,
   1872. Gr. in-8 avec 13 planches. 3 fr.

   =VALLON= (A.), vtrinaire principal, professeur d'hippologie et
   directeur de haras de l'Ecole de cavalerie, etc, etc.--=Cours
   d'hippologie=,  l'usage de MM. les officiers de l'arme, de MM.
   les officiers de haras, les vtrinaires, etc.; adopt pour
   l'enseignement hippologique dans l'arme, par dcision
   ministrielle du 1er juin 1863. 2e dition. Paris, 1873. 2 forts
   vol. in-8 avec planches et figures dans le texte. 14 fr.

   =VALLON= (A.), vtrinaire principal, professeur d'hippologie,
   etc., etc.--=Abrg d'hippologie=  l'usage des sous-officiers
   de l'arme. Adopt pour l'enseignement de l'hippologie dans
   l'arme par dcision ministrielle du 11 juin 1863. 4e dition.
   Paris, 1873. 1 vol. in-12 avec planches. 3 fr. 50


Paris.--Imprimerie J. DUMAINE, rue Christine, 2.





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nouveaux principes, by Franois Baucher

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