Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0071, 4 Juillet 1844, by Various

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Title: L'Illustration, No. 0071, 4 Juillet 1844

Author: Various

Release Date: January 24, 2015 [EBook #48061]

Language: French

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L'ILLUSTRATION,
JOURNAL UNIVERSEL.


N 71. Vol. III.--JEUDI 4 JUILLET 1844.
Bureaux, rue Richelieu 60.

Ab. pour Paris.--3 mois, 8 f.--6 mois, 16 f.--Un an, 30 f.
Prix de chaque N, 75 c.--La collection mensuelle br., 2 f. 75 c.

Ab. pour les Dp.--3 mois, 9 f.--6 mois, 17 f.--Un an, 32 f.
pour l'tranger,          --    10           --    20           --   40



SOMMAIRE.

Histoire de la Semaine. _Portrait de M. Sguier._--Courrier de
Paris.--La Grande-Chaumire. _Trois gravures.--La reine d'Angleterre et
ses Ministres._--Un nouvel art. L'Osphrtique. _Une sance
d'osphrtique, caricature par Cham._--Mtorologie de Juin.--Exposition
des Produits de l'Industrie. (Dixime article). _Piano de M. rard;
Instruments de Sax; Sculptures excutes par les dtenus; Pendule par M.
Paul Garnier; Pendule et Bnitier par M. Victor Paillard._--Le sacrifice
d'Alceste. Nouvelle. Par M. Fabre d'Olivet (premire partie).--Les
forats. _Neuf Gravures, d'aprs les dessins de M. Letuaire, de
Toulon._--Bulletin bibliographique.--Allgorie de Juillet _Le
Lion._--Caricature par Cham. _Sophocle rclamant ses droits d'auteur 
l'Odon_.--Amusements des sciences.--Correspondance.--Rbus.



[Illustration: HISTOIRE DE LA SEMAINE]

La foule et l'attention se sont, toute la semaine, portes vers le
Palais de Justice.

La foule s'est coule, car, au moment o nous mettons sous presse,
l'arrt, si impatiemment attendu, vient d'tre prononc. Rousselet a t
condamn aux travaux forcs  perptuit, douard Donon-Cadot a t
acquitt. On ne peut pas dire que cet arrt rpond en tous points aux
prvisions du public,  moins que le jury n'ait voulu, par les
circonstances attnuantes, protester contre la peine de mort.
L'attention, elle, y demeure encore fixe, car la lutte de M. le premier
prsident et du conseil de l'ordre des avocats est toujours sans
solution. L'assassinat de Pontoise, dont les dbats avaient fait
ajourner la comparution du btonnier et de ses collgues devant la cour
au 1er juillet, puis au 3, a ncessit encore une remise nouvelle, et ce
n'est que la semaine prochaine que se videra ce dbat, que ce conflit
sera rgl.

L'_Illustration_ pntrera dans cette audience tout exceptionnelle et ne
manquera pas d'en reproduire la physionomie, aujourd'hui, et  titre
d'arrhes, elle offre celle de M. Sguier.

[Illustration: M. Sguier, premier prsident de la cour royale de
Paris.]

La chambre des dputs a eu aussi cette semaine des sances animes et
des dbats  retentissement. Le cabinet se croyait, il y a huit jours, 
l'abri de Secousses nouvelles, lanc sans accident possible sur ce qu'il
lui restait  parcourir de chemins de fer, et prs d'arriver  cette
discussion du budget, station finale que la canicule et le bonheur des
champs donnent aux htes du palais Bourbon et du palais du Luxembourg un
impatient dsir d'atteindre. L'opposition a encore obstru les rails, et
il en est advenu beaucoup de dsordre et de culbutes dans le wagon du
ministre. Nous avions laiss la discussion engage sur la ligne du
Nord. Par prudence, le gouvernement, contrairement  sa proportion
premire, avait, pour conjurer un chec, propos l'ajournement de la
question d'exploitation dfinitive, et demand,  titre provisoire,
d'tre autoris  poser les rails et  exploiter les tronons termins.
Ceci ne devait pas rencontrer d'obstacle: il y a eu, en effet,
unanimit. Mais il s'est agi de dterminer o s'embrancheraient les
chemins qui devaient partir du tronc commun pour aller joindre la
frontire belge et nos ports de la Manche, et l s'est engage une lutte
dont l'issue n'a pas t la phase la moins bizarre. Le gouvernement
pressait, pour point de bifurcation, une localit fort inconnue
jusqu'ici, mais qui se trouve avoir conquis tout  coup un grand renom,
non pas gographique, non pas historique, mais parlementaire,
Ostricourt. La commission avait adopt ce projet; mais, par distraction
sans doute, elle avait choisi pour le dfendre un rapporteur qui le
trouvait dtestable. Ce rapporteur donc ne faisait valoir aucun argument
en faveur d'Ostricourt, et ne disait pas ce qui pouvait militer pour un
trac qui faisait sacrifier les relations les plus importantes, celles
de Dunkerque avec Lille, par exemple, et dans le systme duquel Calais
se trouvait compromis aussi bien que Dunkerque. Les rvlations, ou,
pour tre moins affirmatif, les indiscrtions de la salle des
confrences, se sont fait jour  la tribune. On a donn  entendre qu'en
bifurquant  Ostricourt, une voie de fer passait  Douai, et que si le
chemin se trouvait de beaucoup allong pour les points qu'il s'agissait
de relier, il rendait par contre les communications trs-faciles entre
M. Martin (du Nord) et ses commettants. Ces bruits ont chemin  grande
vitesse, et, quand on est all au vote, Ostricourt a succomb aux rires
de l'Assemble entire. Le banc des ministres, voyant la dfaite de son
protg, s'est lev lui-mme pour l'achever. Des embranchements se
dtacheront de Lille sur Calais et Dunkerque, et comme ce dtour
allongerait les communications de Londres avec Paris, le chemin de
Boulogne, qui n'tait qu'une ventualit fort incertaine, a t
immdiatement class et arrt. Il viendra s'embrancher  Amiens; mais
ici on n'a reconnu ni au mode de concours de l'tat et des compagnies
prvu par la loi de 1812, ni  l'excution et  l'exploitation par
l'tat, ni  l'excution par une compagnie avec subvention de la part de
l'tat et bail d'une dure moyenne, comme pour le chemin d'Avignon 
Marseille, mais  son complet achvement par les ressources uniques
d'une compagnie  laquelle, en ddommagement, sera concde une
jouissance de 99 ans, comme pour les chemins d'Orlans, de Rouen, du
Havre et de Strasbourg  Ble. C'est, on le voit, un nouveau coup de
canif donn  cette fameuse loi de M. Teste,  laquelle nous devons du
moins la gravure et la frappe d'une fort belle mdaille, c'est un retour
aux principes poss par la commission de 1838.--Le lendemain, du reste,
la Chambre,  l'occasion du chemin de Vierzon et de ses embranchements,
qui aboutiront plus tard  Limoges et  Clermont, a, pour tenir tous les
systmes en quilibre, admis les compagnies financires. Dans les votes
de l'honorable assemble il y en a donc eu pour tous les modes et pour
tous les gots.--Restait la ligne de Strasbourg. Elle a t classe; les
travaux ont t ordonns et les crdits ouverts. Mais, quant  son mode
d'exploitation, on a remis  l'an prochain  le dterminer, par suite de
la dislocation du conseil d'administration de la compagnie. Une
susceptibilit honorable a amen M. Ganneron et ses collgues, que
l'amendement tout gnral de M. Crmieux n'avait pas eu,  coup sur,
l'intention de mettre ni en cause ni en suspicion,  se soumettre par
avance  une opinion de la Chambre qui n'a pas encore, qui n'aura
peut-tre pas force de loi, mais qui, ayant runi une majorit dans son
sein, leur a paru digne de dfrence. Pendant que communication tait
donne  la Chambre des dputs de cette dtermination de leur part, M.
le comte Mol, que ce mme conseil d'administration avait pri de le
prsider, faisait connatre  la tribune de la chambre des pairs sa
rsolution toute conforme. L'ancien prsident du cabinet du 15 avril n'a
pas, dans son langage, du reste plein de dignit, cherch  dissimuler
son aigreur contre le vote de la chambre des dputs, dont l'amendement,
comme il l'a rappel, n'a t ni motiv par son auteur, ni le moins du
monde combattu par le ministre, qui est all depuis le dnoncer  la
chambre des pairs. M. le comte Mol, en se soumettant, pour sa part, 
cette dcision, dont il dplore la porte, a dit quelle avait introduit
dans le sein de la chambre des dputs le germe d'une dissolution
prochaine, et qu'elle avait rendu invitable, au moins pour quelques-uns
de ses plus honorables membres, l'appel aux lecteurs. Le ministre n'a
pas plus rpondu  M Mol qu'il n'avait rpondu  M. Crmieux.--Du
reste, il semble que partout on reconnaisse que des mesures sont 
prendre pour que des abus sans nombre ne sortent pas de la mauvaise
organisation des compagnies. Dans le royaume de Wurtemberg on va plus
loin. La chambre de commerce de Stuttgart et la runion des libraires de
la mme ville viennent d'adresser une ptition au roi, pour le prier de
ne pas livrer les chemins de fer  des compagnies prives, mais de les
excuter aux frais de l'tat. Quant au roi de Prusse, il a rendu, le 3
juin, une ordonnance ncessite par l'agiotage effrn qui s'tait
tabli sur les actions de chemin de fer srieux ou fantastiques. Cette
ordonnance a caus beaucoup de sensation  la bourse de Berlin; elle
dfend d'ouvrir aucune souscription d'actions sans l'autorisation du
ministre des finances. Elle prononce une amende de 500  800 thalers
(1,875  3,000 fr.) contre les contrevenants. En mme temps elle prohibe
tout march  terme, et le dclare nul par avance.

Dimanche matin _le Moniteur_, qui ne se permet envers ses lecteurs que
de rares surprises, leur en a caus une dont la Chambre a cherch  les
remettre. Un long article, pas trop embarrass vraiment, affirmait que
par suite de toutes les dettes de famille qu'elle avait acquittes, de
toutes les charges qu'elle avait eues  supporter, de toutes les
dpenses auxquelles il lui fallait faire face, la royaut se trouvait
chez nous dans une situation d'argent qui n'tait digne ni d'elle ni de
la France, et que les clameurs des factions, des faux calculs qu'elles
mettent en avant avaient seuls pu abuser jusqu'ici la partie saine de la
nation et la majorit de la Chambre et dtourner les pouvoirs
lgislatifs d'accorder aux princes et princesses de la famille royale
des dotations qui leur sont aussi indispensables que lgitimement dues.
Cet appel  l'opinion publique dans un journal, de la part d'un cabinet
auquel prcisment en ce moment deux tribunes sont ouvertes pour les
propositions financires de l'exercice 1845, a paru inexplicable aux
commentateurs du _Moniteur_, n'a pas, le lendemain matin, t mieux
compris dans les couloirs du palais Bourbon, et a t fort rudement
repouss  la tribune.

La commission pour l'examen du projet de loi sur l'enseignement
secondaire poursuit activement ses travaux; son rapport sera
prochainement dpos, et, pour forcer le cabinet  entrer immdiatement
dans une des rformes qu'on recule successivement en prsentant de
quatre en quatre ans un projet de loi qu'on ne mne pas  fin, elle
proposera, par un amendement au budget des recettes de 1845, la
suppression de l'impt universitaire, lequel justifie fort bien son nom,
car il ne pse que sur les tablissements de l'universit et rend  la
plupart d'entre eux, aux collges communaux principalement, la lutte
avec les coles ecclsiastiques impossible.

On est impatient d'apprendre des nouvelles du Maroc. Le marchal Bugeaud
est venu avec sa rserve venger vigoureusement la trahison dont ses
gnraux avaient pens tre victimes. Quatre bataillons qui avaient mis
le sac bas, et un escadron de spahis conduits par le colonel Youssouf se
sont prcipits sur les Marocains, et leur ont tu trois cents hommes.
Chaque spahis est revenu avec une tte  la pointe de son sabre. Ce sont
de cruels trophes! Le fils d'un ancien gouverneur de l'Algrie, le
capitaine de spahis Tristan de Rovigo, et un antre officier du mme
grade, M. de la Chvre, ont perdu la vie avec cinq autres des ntres.
Est-ce le guet-apens tendu aux gnraux Bedeau et Lamoricire qui a
donn lieu au massacre furieux de nos soldats dans les colonnes du
_Times_ et surtout de _l'Eco del Comercio_ de Madrid? ou bien serait-ce
excs de sollicitude et de sympathie pour nous? Le journal espagnol nous
fait perdre, en une seule affaire, 18,000 hommes d'infanterie, 2,000
chevaux, une artillerie et un matriel considrable, et 5,000 mulets.
Nos gnraux sont tus. Dans tous les cas, ajoute-t-il, l'chec sera
difficile  rparer. Il est bien probable qu'il n'y aura d'chec que
pour la vracit de cette feuille sentimentale. En attendant, tout
commande  notre gouvernement, dans cette affaire, une grande nergie et
une dignit qui ne se dmente pas. On avait annonc que l'Espagne venait
de s'en remettre  l'Angleterre pour terminer son diffrend avec le
Maroc; mais on assure aujourd'hui que le Maroc a repouss cette
mdiation. Quoi qu'il en soit, sir Robert Peel a dclar  la chambre
des communes qu'il avait reu de M. Guizot communication des
instructions donnes par le cabinet franais. Nous prfrerions que le
cabinet, qui n'a point  se faire pardonner un pass ambitieux, chercht
moins  se prmunir, en cette occasion, contre un reproche de ce genre,
qu'il ne se crt pas forc  des communications qui,  coup sr, ne sont
pas sans danger, et dont le moindre inconvnient est d'autoriser le
_Times_  dire que nous avons pris l'engagement, _quel que soit le
cours des vnements_, de ne pas ajouter un pouce de terrain  nos
possessions d'Afrique, et qu' l'accomplissement de cette obligation
tiendront indissolublement la paix du monde, la bonne intelligence des
deux pays, et mme le maintien des possessions franaises dans
l'Algrie. En vrit, M. le ministre des affaires trangres aurait
bien le droit de se plaindre des mauvais services qu'on cherche
personnellement  lui rendre, des embarras qu'on lui fait natre de
l'autre ct de la Manche. Le ministre vient de donner l'ordre de faire
embarquer  Port-Vendres pour Oran deux rgiments de cavalerie, un de
hussards et un autre de chasseurs.

Nous avons parl, dans notre avant-dernier numro, des interpellations
de M. Duncombe sur la violation du secret des lettres. Ajournes, elles
ont t reproduites. A la plainte de M. Mazzini, l'honorable membre de
la chambre des communes est venu ajouter celle d'un officier polonais, M
Stalzberg. Ce ne sont pas, dit M. Duncombe, les seules personnes dont
la correspondance ait t visite. Qui sait si, lorsque le duc de
Bordeaux tait en Angleterre, ses lettres n'ont pas t ouvertes?
Assurment, Louis-Philippe eut t charm de les lire. (On rit.)
Peut-tre les a-t-il lues. Avez-vous lu les lettres de M. Mazzini, pour
faire plaisir au cabinet de Vienne? Dcachetez-vous d'autres lettres,
pour le bon plaisir du pape ou d'autres souverains? Je ne pense pas que
le gouvernement soit assez perfide pour user en un procs politique des
lments que pourrait lui offrir cette indiscrtion officielle. Ce
serait rvoltant dans l'hypothse d'une accusation de conspiration.
J'aime  croire que le magistrat  qui le trs-honorable baronnet (M. J.
Graham, ministre de l'intrieur) prsenterait de telles pices, le
prendrait par les paules et le mettrait hors de cour. (On rit.) Et
croyez bien que je ne demande pas  connatre les secrets de l'tat. Ils
n'en valent pas la peine. (On rit.) Ce que je veux, c'est savoir si le
gouvernement a abus de ses pouvoirs discrtionnaires. Je demande que la
ptition du capitaine Stalzberg soit renvoye  une commission spciale,
pour savoir en vertu de quels ordres a agi la direction des postes. La
commission devra faire son rapport  la Chambre, et exprimer son opinion
sur l'opportunit de la modification de la loi qui rgit la matire. Le
ministre a rpondu que c'tait son droit, et qu'il en usait comme
l'avaient fait ses prdcesseurs depuis le gouvernement de Cromwell. Un
orateur, faisant assez bon march de l'honneur de notre cabinet, a
rpondu qu'il fallait laisser ces expdients honteux aux gouvernements
de Franco, d'Autriche et de Russie; mais qu'en un pays de libert, un
espionnage honteux ne saurait tre maintenu, sous prtexte que
l'espionnage peut prvenir des crimes. La torture pouvait avoir aussi
quelques avantages, cependant elle a t abolie. La demande d'enqute de
M. Duncombe a t repousse par 206 voix contre 162. La mme question a
t souleve, sans plus de succs,  la chambre des lords par lord
Radnor. Le duc de Wellington, lord Brougham et plusieurs autres pairs
ont tabli que cet tat de choses tait irrprochable.--C'est trs-bien.
Mais nous devons alors avouer  leurs seigneuries que le gouvernement
actuel a supprim le cabinet noir  son avnement, et que ce scrupule,
qui doit leur paratre bien ridicule, nous met dans l'impossibilit de
reproduire aujourd'hui, comme le font les journaux illustrs anglais,
notre _Secret-Office_. Du reste, pour rendre justice  chacun, nous
devons dire que le noble exemple qu'a suivi le gouvernement de juillet
avait dj t donn par l'assemble nationale. Des lettres, adresses
au comte d'Artois, qui venait d'migrer en Suisse, avaient t saisies
sur M. de Castelnau, arrt sur le pont Royal; elles furent envoyes 
l'assemble nationale par la municipalit de Paris. L'Assemble ne
voulut pas mme les lire, et passa  l'ordre du jour.

Les dernires nouvelles de l'Inde sont  la date du 20 mai. A cette
poque, lord Ellenborough ne connaissait pas encore son rappel. Une
colonne anglaise de 800 hommes, commande par le capitaine Taitel et le
lieutenant Fitz-Grald, s'tait laiss surprendre par les Beloochees,
qui l'ont poursuivie jusqu' Poolagee, en la faisant cruellement
souffrir. Sher-Mahomed,  la tte de 20,000 Indiens, avait recommenc
les hostilits. Le 64e rgiment avait encore donn des marques
inquitantes d'insubordination. Aucune nouvelle de Chine ne figurait
dans ces dpches.

Les reines avaient appel  Barcelone ceux des ministres qu'elles
avaient laisss  Madrid en le quittant. Ces confrences ont donn lieu
 beaucoup de suppositions contradictoires, parmi lesquelles il ne s'en
est pas trouv cependant une seule qui tendt  accrditer la pense que
le gouvernement espagnol pt songer  rentrer enfin dans la voie
constitutionnelle. Ce qui a t arrt  Barcelone ne sera, dit-on,
publi qu'aprs le retour des ministres, dans la capitale o ils
reviennent. Les reines prolongent leur sjour  Barcelone, ce qui a
donn lieu au bruit qu'on y attendait le comte de Tripani pour le marier
avec Isabelle, un peu prcipitamment, et de faon  ne pas laisser le
temps d'arriver  des reprsentations nouvelles de la part de
l'Angleterre. Nous donnons cette version pour ce quelle vaut.

La Calabre vient d'tre le thtre de troubles nouveaux. Les deux fils
de l'amiral Bandiera, qui taient partis de Corfou avec un certain
nombre de rfugis italiens, sont dbarqus dans le royaume de Naples,
le 16 juin, et ont tent de soulever la province o la guerre civile
s'tait dj engage il y a peu de mois. Un supplment du _Journal des
Deux Siciles_, du 23, affiche la plus grande quitude, et cette feuille
du gouvernement traite d'chauffoure dj rprime la nouvelle
tentative.

La dite extraordinaire de Suisse s'est convertie en dite ordinaire,
sans avoir pris aucun parti dcisif sur la question du Valais.

La sentence de mort prononce par le tribunal du bey, le 12 avril
dernier, contre un sujet anglais, a reu son excution  Tunis le 5
juin. Le condamn a t trangl dans son cachot,  la Goulette. Aucun
de ses compatriotes n'ayant voulu servir de tmoin, le consul anglais,
sir Thomas Bead, a d se contenter de la prsence du frre de son valet
de chambre, pour faire constater lgalement la ralit du supplice.
Notre pavillon n'a point reu la fltrissure d'un vnement aussi
fcheux pour la chrtient. M. de Lagau avait pris des mesures pour
qu'il ne ft arbor, ce jour-l, ni sur la rade, d'o le bateau  vapeur
le _Camlon_ s'absenta pendant vingt-quatre heures, ni sur le consulat
gnral  Tunis. Grce  l'nergie de notre consul gnral, cette triste
affaire n'aura pour nous aucune des suites fcheuses que l'on en devait
redouter; elle a mme donn lieu  une dclaration de principes au
profit des Franais tablis  Tunis; M. de Lagau a protest, en vertu de
ses instructions, contre toute induction qu'on voudrait tirer de ce
procs au prjudice de ses nationaux, et a signifi au bey que la France
entend maintenir son droit de juridiction sur nos compatriotes rsidant
 Tunis. Le bnfice de cette manifestation s'tend  tous les sujets
des puissances europennes dont les agents se sont associs, en cette
circonstance, aux sentiments et aux dmarches du reprsentant de notre
pays.

Des intrigues, auxquelles une grande puissance passe pour n'tre pas
trangre, ont replac la Grce dans une situation fcheuse. Des
soulvements se sont manifests sur diffrents points; des bandes
hostiles sont sous les armes. Le 16 juin, le roi a assembl le conseil
des ministres qu'il a prsid. Les ambassadeurs de France et
d'Angleterre taient prsents. On a agit la question de savoir si, dans
le cas o les troubles continueraient, on solliciterait l'intervention
des puissances. Les ambassadeurs ont rpondu que leurs instructions ne
disaient rien sur ce point, mais que dans le cas o la personne du roi
se trouverait en danger, ils mettraient des troupes  la disposition de
Sa Majest. Les puissances europennes regardent comme un devoir pour
elles de rtablir l'ordre dans les provinces limitrophes de la Turquie.
Quant aux ambassadeurs, leur rle se bornera  demander des instructions
pour agir suivant les circonstances. Deux vaisseaux de guerre, anglais
et franais, sont attendus dans le port du Pire.

Nous avons cit les journaux d'Orient, qui prsentaient l'insurrection
des provinces albanaises comme entirement termine. Les journaux de
Malte et les feuilles allemandes ne partagent pas cette opinion. Voici
ce que dit la _Gazette, universelle allemande_: On crit de Nissa,  la
date du 10 juin, que l'insurrection a gagn du terrain. Toute l'Albanie
et la Bosnie partagent les vues des insurgs. Ils repoussent toutes les
rformes, et leurs forces militaires ne le cdent pas  celles de Rumeli
Valeri, qui opre de Monastir avec six pachas. Ils occupent les dfils
des montagnes et dploient leur cruaut contre les raas; ils semblent
avoir pour but d'anantir les chrtiens. Les vice-consuls europens,
dans les provinces occupes par les insurgs, sont en mme temps des
raas, et, pour sauver leur vie, ils n'osent pas faire de
reprsentations.

Les nouvelles de Syrie sont toutes d'accord  signaler l'activit
dploye par les agents anglais dans ce pays. L'vque protestant
install  Jrusalem pourra dsormais justifier sa rsidence par les
ncessits religieuses qu'il a su faire natre. L'vque met utilement 
profit le zle des missionnaires amricains, et ceux-ci ont l'avantage
de ne pas veiller les susceptibilits politiques. Indpendamment des
cent familles grecques rcemment converties au protestantisme, et qui
forment le noyau d'une socit nouvelle dans ce pays morcel  l'extrme
par les divisions religieuses, le proslytisme fait des conqutes parmi
les Armniens. Le chiffre des conversions est tel dj, que la Porte,
assure-t-on, ne tardera pas  avoir des explications  demander 
l'ambassadeur anglais. Ainsi la propagande religieuse sert toujours
puissamment les intrts politiques de l'Angleterre.

Depuis les troubles de Silsie, presque tous les journaux allemands
s'occupent des questions sociales et de l'organisation du travail. La
_Gazette de Trves_ contient plusieurs articles  ce sujet. Aprs avoir
attaqu vigoureusement la libre concurrence, ce journal prouve que les
causes immdiates de ces troubles taient d'abord dans la concurrence
que l'Angleterre fait  l'Allemagne avec ses fils et ses _twits_, que le
congrs du Zollverein n'a pas voulu frapper d'une aggravation de tarif,
et en dernier lieu par la concurrence que les fabricants de la Silsie
se font entre eux en abaissant le salaire. La _Gazette de Trves_
dmontre que les travailleurs de la Wupperthal, d'Aberfeld et de Barmen
ne sont pas moins malheureux que ceux de la Silsie, et qu'ils ne sont
contenus que par le grand nombre des socits de bienfaisance, qui
malheureusement ne suffisent plus aux besoins de plus en plus grands des
ouvriers les plus honntes et les mieux intentionns. Ce journal aborde
ensuite la question de l'accord du capital et du travail, et finit par
annoncer qu'il vient de se former  Berlin une socit compose de
quelques professeurs distingus de l'Universit, et quelques directeurs
des instituts de commerce, dans le but de subvenir d'abord aux besoins
des malheureux proltaires et de publier un journal qui sera uniquement
consacr aux dissertations et aux moyens  proposer afin d'extirper le
pauprisme et de rconcilier le travail avec le capital et le talent. La
socit des ouvriers, qui existait dj, s'est runie  celle-ci afin de
contribuer  son tour  l'accomplissement du but projet.

Le trait d'annexation du Texas a t rejet le 8 juin par le snat
amricain,  35 voix contre 16. Le prsident Tyle cherche les moyens de
faire revenir cette question en discussion par une autre, voie. La
mesure compte plus de partisans secrets que de dfenseurs avous, parce
que beaucoup reculent devant la responsabilit des vnements qu'elle
pourrait entraner.

Dcidment la dposition du prsident Rivire Hrard est consomme en
Hati. Il a t embarqu le Ier juin avec l'ex-ministre Hrard Dumesle
pour la Jamaque. Leur bannissement avait t prononc par le gnral
Guerrier, proclam prsident, au pouvoir duquel on paraissait s'tre
gnralement soumis, et qui jouissait d'une certaine popularit, du
moins jusqu'au dpart du dernier navire. L'ancienne part espagnole
persistait toujours dans sa dtermination de se sparer de la
rpublique.

Les visites domiciliaires opres  Paris ne paraissent avoir fourni
aucun indice de culpabilit contre MM. d'Escars et de Montmorency; mais
une accusation de tentatives lgitimiste qui auraient t faites auprs
des sapeurs du gnie de chefferie d'Issy a donn lieu  plusieurs
arrestations. On cite comme placs sous la main de la justice, le sieur
Jean Louis Toulain, g de 58 ans, ex-domestique du roi Charles X,
demeurant rue de Svres, 180,  Vaugirard. (Cet inculp, condamn
politique de 1832, a t amnisti.)--Le sieur Cauchard-Desmares, g de
63 ans, employ dans un journal de sciences conomiques, demeurant 
Paris, rue de la Visitation-des-Dames-Sainte-Marie, 4. (Compromis dans
une conspiration politique de 1832, il a t acquitt.)--Le sieur de
Buchre de Lespinois, g de 46 ans, ancien sous-prfet sous la
restauration, demeurant  Paris, rue de la Visitation
des-Dames-Sainte-Marie, 4.--Le sieur Jean-Jacques Wattelier, g de 60
ans, charron, demeurant  Vaugirard, rue de Svres. 180.--Le sieur
Charbonnier de la Guesnerie g de 60 ans, ex-capitaine au 4e rgiment
de la garde royale demeurant  Paris, rue Notre-Dame-de-Lorette, 15,
condamn politique de 1832.

[Illustration: Courrier de Paris.]

Le terrible drame qui s'est droul en cour d'assises, et dont vous
savez maintenant le dnouement, l'affaire Donon-Cadot, a t pendant
huit jours le sujet de toutes les conjectures et de toutes les
conversations.

Dans les cafs, dans les promenades, sur les places publiques, il
n'tait question que de Rousselet et d'douard. Paris s'est trouv, en
quelque sorte, pendant toute la dure de ce procs sanglant, transform
en un immense tribunal o chacun posait les questions et faisait les
interrogatoires selon qu'il doutait du crime, ou qu'il en tait
convaincu: pour Rousselet, il n'y avait pas lieu  discussion, puisqu'il
s'avouait coupable, et  chaque audience renouvelait, avec un effroyable
exactitude, les dtails hideux de l'assassinat commis par lui dans la
fatale matine du 15 janvier; mais pour douard Donon, le procs
s'agitait dans le public comme la cour d'assises: a-t-il pu voir les
traces de sang empreinte sur les dalles du corridor par le soulier de
l'assassin? est-ce lui qui a retir de la serrure du cabinet o gisait
son pre, le malheureux Donon-Cadot, cette clef mystrieuse qui joue un
rle si important dans les dbats? comment n'a-t-il pas entendu le cri
terrible qu'a pouss la victime en tombant? Est-il vrai cependant que la
victime ait pu crier? n'a-t-elle pas t tue du premier coup? Ainsi se
reproduisaient de tous cts, hors de l'enceinte des assises, ces
discussions si pleines le terreur et de sang.

Il faut dire cependant,  l'honneur de l'honntet humaine et de la
pudeur publique, que beaucoup se refusaient de croire  la complicit
d'douard Donon, par cette raison, puise tout entire  la source
sainte des sentiments naturels,  savoir qu'un fils, quel qu'il soit,
qui entend son pre pousser un cri de dtresse, doit tre entran, pour
ainsi dire malgr lui, malgr ses mauvais penchants, par la voix
suprieure de la conscience et de la nature,  voler  la dfense le
celui de qui il tient la vie. Et puis, beaucoup aussi se refusaient 
penser qu'une telle insensibilit pt se rencontrer dans un si jeune
homme presque voisin de l'adolescence, et qui, tout  l'heure encore,
tait assis sur les bancs du collge; et de quel crime tait-il accus,
grand Dieu! du plus invraisemblable, du plus affreux de tous de
parricide!... La main tremble et s'arrte rien qu' crire cet horrible
mot.

Vous pensez bien que si ce procs occupait ainsi le dehors, les curieux
et les insatiables ne lui manquaient pas au dedans:  chacune des
audiences la salle de la cour d'assises s'est trouve envahie et
encombre; ds sept heures on se pressait aux portes, tandis que les
privilgis, c'est--dire les amis, les parents, les protgs de MM. les
juges et de MM. les avocats, attendaient paisiblement dans leur lit
l'heure de se glisser par les portes complaisantes et de s'emparer des
places rserves. Si jamais cette phrase de la _Gazette des tribunaux_:
L'enceinte de la cour est peuple de femmes lgamment pares, a t
applique avec vrit, c'est incontestablement  cette occasion: oui,
les femmes ont assist en grand nombre  tous les actes de ce drame
douloureux, et la plupart se distinguaient par une grande recherche
d'lgance et de coquetterie. Les journaux judiciaires ont dit avec
quelle grce charmante, avec quels doux sourires, avec quels regards
pleins de sduction, elles imploraient la bienveillance du prsident ou
cherchaient  dsarmer la svrit du gendarme et  sduire sa consigne.
Et pourquoi tous ces frais de coquetterie? pourquoi toute cette grce et
tous ces sourires? Pour assister aux dtails monstrueux d'un crime ou
succombe un vieillard, assomm  quatre reprises par une main sans
piti! pour entendre minutieusement la description de ces plaies
affreuses, de ce cadavre livide et baign dans une mare de sang! pour
voir un jeune homme ple et blond, de dix-neuf ans  peine, le fils de
la victime, assis  ct de l'assassin, et poursuivi par la voix de la
justice qui lui demande: N'es-tu pas le complice du meurtrier de ton
pre? Oui, assurment, mesdames, c'est l un beau spectacle, un
spectacle charmant, un spectacle rcratif, pour lequel vous n'avez pas
assez de toute votre lgance, de tous vos sourires et de tous vos
attraits! Oui, parez-vous comme si vous alliez au bal ou dans votre loge
d'opra! parez-vous! n'est ce pas un jour de plaisir et de fte?... un
assassinat, un vol et un parricide!... Lisette, apportez-moi ma robe la
plus frache et mon plus lgant chapeau, et ce joli bouquet de camlias
et de roses.

Ce n'est pas la seule et triste singularit que les honntes gens ont
signale dans ce procs mmorable, ni le seul trait en opposition avec
la sombre destination du lieu, la gravit de l'accusation et la grandeur
du crime; il y a eu des entractes, si on peut parler ainsi, qui n'ont
t que le complment ncessaire de cette curiosit sans mesure et sans
pudeur; pendant les suspensions de l'audience,--la _Gazette des
tribunaux_ l'a racont,--tandis que les accuss, le jury et la cour se
retiraient pour reprendre haleine, tout  coup la partie de l'auditoire
rserve aux femmes se transformait en rfectoire, en salle de
collation. Les pts, les babas, les fruits parfums, les vins exquis
circulaient a et l, les uns sortant d'lgants petits paniers et de
charmants petits sachets, les autres apports par la complaisance de
quelque fournisseur galant, on n'entendait plus, l o tout  l'heure le
crime se confessait de sa voix haletante, que le bruit d'un beau repas
et le choc des verres; je vous laisse  penser si la bonne causerie et
mme le rire manquaient  l'agrment de cet aimable festin ml d'une
odeur de conciergerie et d'chafaud.

_Le National_, en partageant le peu de got que nous montrons ici pour
cet incroyable sans-gne introduit en pleine Cour d'assises et pour
cette licence indcente, _le National_ a rappel, avec beaucoup
d'-propos, ces lignes de Timon, d'une raillerie et d'une amertume
loquentes: Que font ces agrafes d'or, ces mantilles de dentelles, ces
fleurs, ces gazes, ces plumes lgres parmi le lugubre appareil des
cours d'assises? Est-ce en spectacle que l'accus vient se donner, et le
prtoire n'est-il donc plus qu'un thtre? Si j'avais l'honneur d'tre
prsident de la cour d'assises, je n'admettrais dans son enceinte que
les parents de l'accus, et je dirais aux autres: Mesdames, tant
assises que debout, coulez ce que je vais vous dire: Vous, allez
tricoter les chausses de monsieur votre fils, ou mettre au lieu les
collerettes de mesdemoiselles vos filles; vous, ayez soin que le rti ne
brle pas; vous, que vos parquets soient cirs proprement, vous, que
l'huile ne manque pas dans vos lampes ni le sel dans votre soupe; vous,
nuancez de fleurs vives les paysages du vos tapis  la main; vous,
dployez sur le thtre l'ventail des grandes coquettes; vous, faites
des gammes, et vous, des entrechats; allez! mesdames, allez! la jugerie
n'a rien  voir avec les grces, et la cour d'assises n'est pas la place
de la plus belle moiti du genre humain.--Huissiers, excutez les ordres
du la cour!

Voil les ordres que je donnerais, et je serais, je le crois, approuv
de tous les honntes gens.

Ainsi parle Timon dans son _Livre des Orateurs_, et c'est ce qui
s'appelle bien parler.

Mademoiselle Rachel, dont le dpart pour la Belgique tait en effet fix
 l'poque que nous avions d'abord dsigne, il y a huit jours, a
retard tout  coup ce dpart de trois ou quatre jours, pour les deux
causes que voici: 1 mademoiselle Rachel a cd  l'empressement public
qui lui demandait une dernire reprsentation de la _Catherine II_ de M.
Hippolyte Romand; 2 mademoiselle Rachel a obi  un sentiment de
famille, en ajournant son voyage de quelque vingt-quatre heures: il
s'agissait pour elle de jouer _Phdre_ au bnfice de son jeune frre
Flix et de sa jeune soeur Rbecca. Cette reprsentation fraternelle a
eu lieu lundi dernier, et non-seulement mademoiselle Rachel a paru dans
le rle de la fille de Minos et de Pasipha, mais, qui le croirait? dans
celui de Marinette du _Dpit amoureux_! Molire et Racine dans la mme
soire. On sait comment la tragdie et mademoiselle Rachel s'entendent
toutes deux; depuis cinq ans, la muse au svre cothurne a reu de la
jeune tragdienne les gages les plus glorieux de sa tendresse, et les
lui a rendus en couronnes et en bravos. Mais pour la comdie, c'est
autre chose! La comdie et mademoiselle Rachel semblaient se tenir 
mille lieues de distance l'une du l'autre; du moins le public le pensait
ainsi, le public accoutum  voir mademoiselle Rachel vtue de la
tunique antique, le front svre, l'oeil sombre, le coeur agit par les
passions et ouvert de tous cts  l'ambition,  la jalousie,  la
haine; eh bien! le public se trompait dans sa routine; mademoiselle
Rachel ne serait pas une remarquable tragdienne, qu'elle et pu tre
une comdienne excellente; elle a du trait, de la verve, du mordant; et
si Hermione n'a pas tout  fait, faute d'habitude, donn  Marinette le
ton de grosse gaiet et l'aplomb comique qui lui conviennent, elle l'a
gratifie d'une diction trs-pure, trs-nette, trs-piquante, dont
Molire se serait fort rejoui, s'il s'tait trouv parmi les
spectateurs.

Aprs tout, cet essai comique n'est pas le premier qu'ait hasard
mademoiselle Rachel; nous nous rappelons trs-bien l'avoir vue jouer 
l'Odon le rle de Dorine du _Tartufe_, pour une reprsentation  son
propre bnfice, et dj,  cette occasion, on avait applaudi son esprit
et sa finesse.

Informez-vous d'ailleurs auprs de MM. les professeurs du Conservatoire
qui ont eu entre leurs mains mademoiselle Rachel toute petite fille,
alors que ses hautes destines ne se pouvaient souponner encore, ils
vous diront que dans les exercices qu'elle commenait  balbutier,
c'tait plutt le gnie comique que le gnie tragique qui semblait se
rvler en elle; il est clair maintenant que la muse voulant doter
mademoiselle Rachel de son double attribut, avait dpos dans ses langes
le poignard et la marotte; Melpomne et Thalie ont t ses marraines.

Il semble que les entreprises arostatiques de M. Kirsch ont remis les
ascensions  la mode. Voici M. Margat qui s'en mle, et annonce une
prochaine ascension. M. Margat porte un nom clbre dans ce genre; les
nuages ont fait plus d'une fois connaissance avec lui, avec lui ou avec
son pre; il ne serait donc nullement original que M. Margat montt en
ballon, et fit ce qu'on a l'habitude de faire dans sa famille, de pre
en fils; et vraiment nous ne parlerions pas de ce projet de voyage
arien annonc par M. Margat, si un fait singulier ne lui donnait un
intrt inusit. M. Margat ne se mettra pas seul en route, il aura un
compagnon, ou plutt une compagne de voyage. Quoi! une compagne? Quelque
luronne, quelque gaillarde, sans doute, habitue des longtemps  de
telles entreprises? Pas le moins du monde. L'intrpide voyageuse qui
prtend s'associer  M. Margat n'a jamais t dans les nuages: c'est une
fille jeune, blanche, timide, jolie, jusqu'ici leve dans le velours et
dans la soie. Elle appartient  une riche famille, et s'appelle
mademoiselle Augustine Dupast. On a eu beau faire, rien n'a pu arrter
la passion subite que mademoiselle Augustine Dupast a tout  coup
manifeste pour les voyages en l'air. Elle a pouss cette passion
jusqu' donner 6,000 francs  M. Margat pour l'indemniser de ses frais
de ballon et d'auberge. C'est dimanche, je crois, que ma demoiselle
Augustine Dupast se lance dans l'espace:

        Eh! vogue la nacelle!
        Doux zphyr, sois-lui fidle!

Si les romans se cotent  cent mille francs, les cuyres et les chevaux
sont galement hors de prix. On annonce que M. Dejean, directeur du
Cirque-Olympique, est sur le point de cder son tablissement,
c'est--dire ses cavaliers, ses sauteurs et ses quadrupdes au prix de
deux millions. Le march n'est pas encore fait, mais il va se faire. Il
faut que dans ce sicle-ci le saut du tremplin et les gambades soient
d'un fier revenu!

Le got de la comdie bourgeoise renat de tous cts; il n'y a pas une
maison de campagne un peu bien habite, il n'y a pas un chteau qui
n'ait en ce moment son thtre et sa troupe de socit, ou qui ne se
prpare  l'avoir. Les proverbes, abandonns depuis longtemps, sont en
rsurrection. Nous revenons, non pas tout  fait  Colle et  Panard,
mais tout au moins  M. Thodore Leclercq Que dis-je! On ne se contente
pas de ces esquisses lgres; il faut  ces messieurs de plus
magnifiques loisirs; les chefs-d'oeuvre de nos grands matres ne sont
pas trop pour eux, et il parat que dj plus d'un Mol, plus d'un
Fleury, plus d'une Contat, plus d'une Mars, plus d'une Talma, s'est
rvl dans ces passe-temps de salon. On cite surtout un ancien
ministre, homme de coeur et d'esprit s'il en fut, qui vient de jouer, au
chteau de M. le comte de ***, le rle d'Alceste avec une verve, une
chaleur et un art qui feraient plir les plus habiles du mtier. Allons!
soit. Puisque les bons comdiens ne sont plus au thtre, qu'on les
retrouve au moins chez les nouveaux ou chez les anciens ministres!

A la dernire reprsentation de mademoiselle Taglioni, au moment ou le
parterre et les loges inondaient la sylphide de bravos et de fleurs,
mademoiselle Louise Fitzjames, une de nos excellentes artistes, s'est
dgage du groupe des danseuses qui entouraient mademoiselle Taglioni,
et a offert  celle-ci une pomme d'or qu'elle a dtache d'une palme.
Cet hommage plein de grce, rendu au talent par le talent, n'a pas du
tre le moins prcieux pour mademoiselle Taglioni.



La Grande-Chaumire.

Ce qu'on appelle la Grande-Chaumire est un petit jardin situ sur le
boulevard Mont-Parnasse, et spcialement ddi  l'une des neuf soeurs
qui trnent sur ce mont classique. Cette muse, il n'est pas besoin de la
nommer; chacun a dj reconnu l'aimable dit qui prside aux volutions
et guide les pas cadencs des nymphes unies aux grces dcentes... Mais
je m'aperois que je commets l un impardonnable anachronisme.
J'emprunte a Horace sa dfinition pour vous peindre Terpsichore. Il
s'agit bien de cela, vraiment! Le monde, tout en dansant, a march
depuis Auguste, et les temps, ainsi que les pirouettes, sont bien
changs. Je me rtracte donc: au lieu de nymphes, lisez, tudiants;--au
lieu de grces, lisez grisettes;--au lieu de dcentes, lisez... ma foi,
hormis cette vertueuse pithte, tout ce que bon vous semblera.

La Chaumire est  la fois bal, concert, estaminet, caf, restaurant,
promenade; on y fume, on y danse, on y boit, on y mange, on y jase, on y
rit, on y chante surtout, et avec des clats de voix  faire tomber les
murailles de n'importe quelle ville assige, l est la buvette; auprs,
la salle de danse, qui a pour dme le firmament, et pour lambris les
verts panaches des acacias et des tilleuls. Autour de la balustrade, qui
forme l'enceinte continue du terre-plein chorgraphique, circulait
gravement, la pipe ou le deux tiers havane  la bouche, deux ou trois
cents jeunes Abeilards avec bon nombre d'Hloses qu'ils promnent
triomphalement. Les costumes les plus excentriques, les cravates les
plus hasardes, les gilets les plus impossibles brillent dans cette
faon de tout qui serait  la fois allemand et britannique, s'il n'tait
avant tout franais. Toutes les varits de casquettes et d'accents sont
reprsentes dans ce tourbillon, dans cette mle confuse de cratures
et de voix humaines. Les chapeaux, en minorit, ne s'y maintiennent sur
l'oreille de leurs propritaires respectifs que par un miracle
d'quilibre; les moustaches naissantes ou la barbe  l'tat de fort
vierge y dcorent toutes les physionomies. C'est  qui se donnera l'air
le plus formidable, le plus solennellement rbarbatif. Une crinire
digne des rois de la premire race, _decus frontis_, complte l'ornement
naturel de ces majestueux visages. Quant aux jeunes Hloses, dont la
tenue de bal se compose d'une capote de crpe ou d'un chapeau de paille
cousue savamment inclin sur le front, d'une robe aux long plis
flottants comme la draperie antique et du crispin de rigueur, sinon d'un
immense chle qui retombe jusqu' la cheville, elles sont gnralement,
et ce n'est pas peu dire, aussi cheveles que MM. les Abeilards sont
chevelus.

D'autres promeneurs s'engagent dans les troits sentiers qui serpentent
entre les berceaux de feuillage et conduisent par ici  la salle du
billard, par l aux jeux de bagues, ou mieux encore au _jeu de la rose
des dames_, et plus loin aux _montagnes russes_, d'o l'on descend si
prestement le coteau de la vie dans une rapide dgringolade. Dix-sept
secondes de bonheur, pas davantage; c'est bien court; mais M. Scribe l'a
dit, le bonheur a des ailes! Et puis on peut recommencer.

Les montagnes russes de la Chaumire sont, je crois, le seul sommet qui
reste encore debout de toute cette chane artificielle de montagnes
cosmopolites dont le soulvement, non constat par M. lie de Beaumont,
remonte  la fin de l'Empire, et fit les dlices de la premire moiti
de la Restauration. Un instant Paris fut le rendez-vous de toutes les
sommits du globe; il eut le vertige, et la suprme flicit d'imiter le
torrent et l'avalanche dans leur course imptueuse, en se laissant
rouler du haut d'un pic de cent trente pieds au-dessus du niveau de la
terre, tourna pendant quelques annes toutes les ttes fminines.
Aujourd'hui Paris, redevenu plaine, se contente de jouissances
infiniment plus terre  terre, et se voit rduit, comme ci-devant, 
l'unique butte Montmartre, les montagnes russes exceptes, qui sont et
seront toujours de mode pour la lgre et aventureuse population du
Latium. Les grisettes surtout raffolent de cet exercice. Il en est qui
ne craignent pas de gravir vingt fois de suite les six tages qui
conduisent au haut de la montagne par un charmant escalier de bois, soit
cent vingt tages, pour se lancer autant de foi dans l'infini entre les
bras d'un fauteuil en velours d'Utrecht. Les plus intrpides, les
lionnes, cumulent les dlices de l'quitation avec celles d'un si
dlirant plerinage: elles s'lancent  corps perdu sur les alezans de
bois que l'administration fournit  son aimable clientle, moyennant la
faible bagatelle de cinquante centimes par coursier et par course, le
double du prix exig pour la simple descente en char; mais les chevaux
cotent si cher  nourrir! Chevaux et chars fonctionnent du reste
incessamment avec un grand bruit de tonnerre de l'Ambigu-Comique, qui
accompagne d'un faux-bourdon trs-agrable le cornet  pistons et le
flageolet de l'orchestre. Avec ce que cote par soire  MM. les
tudiants le parcours des montagnes hospitalires que nous venons de
dcrire, il y aurait de quoi faire l'ascension du mont Blanc et celle du
pic de Tnriffe. Il y aurait surtout de quoi passer nombre d'examens et
de thses, sans parler des inscriptions dont la montagne en question
devrait tre littralement couverte, pour peu qu'on y vit figurer toutes
celles dont elle a fait tort aux Facults du droit et de mdecine.

Laissons l la colline moscovite, et regagnons la salle de danse par un
sentier sinueux, coquet, peign, sabl, qui tournoie entre deux
plates-bandes, ou plutt deux blouissants tapis de Perse naturels. Le
jardinier de la Chaumire est certainement un horticulteur de premier
mrite; rien de plus judicieux et de plus savamment nuanc que le choix
et l'assortiment de ces belles fleurs auxquelles l'illumination du
jardin prte un clat et un coloris vritablement fantastiques, et que
les experts en l'art des Tripet et de-Newmann ne peuvent se lasser
d'admirer.--Mais nous voici  la buvette: entrons-y un instant, non
certes pour nous y attabler, mais pour jeter le coup d'oeil lacdmonien
sur les scnes orgiaques dont cette faon de cabaret est continuellement
le thtre.

[Illustration: Entre de la Grande-Chaumire.]

Il est bon de dire ici que les cinquante centimes, prix de l'entre  la
Chaumire, sont changs au bureau contre un billet au porteur payable
en consommation.--Quelle consommation! Mais  vingt ans on n'est pas
plus difficile sur la cave que sur le grenier. Les modrs (hlas! ils
sont en petit nombre) se contentent de troquer ce morceau de carton
dlivr par l'administration contre la classique bouteille de bire;
mais, pour un de ces honntes buveurs, que de jeunes Silnes plongs
dans une prcoce et dplorable ivrognerie!

Il existe dans chaque Facult un certain noyau de _flambards_, de
_vieilles maisons_, d'tudiants de quinzime anne qui donnent le ton;
sous ce rapport, les vnrables doyens d'ge sont entours du respect et
de l'admiration des novices qu'ils forment aux belles manires, en leur
apprenant par principes une foule de jolies choses, entre autres 
sonner de la trompe,  culotter les pipes,  distiller le domino, le
carambolage par effet et la nouvelle danse franaise,  ne point payer
son tailleur,  fasciner le beau sexe, mais, avant tout,  boire sec. La
grisette, d'ailleurs, est de sa nature essentiellement amie des
rafrachissements; elle les affectionne principalement sous la forme de
grands verres de punch et de petits verres d'anisette; tandis que
l'tudiant, ddaignant ces fadeurs, s'abreuve hroquement de _dur_ et
s'empoisonne d'un horrible trois-six dguis sous la fallacieuse
tiquette de vieux cognac.

Il rsulte de ce systme gnral de rafrachissement, en grand honneur 
la Chaumire, un tumulte, un dlire, un vacarme dont rien ne saurait
donner une ide. C'est un concert de hues, de clameurs furibondes, de
chants bachiques et autres, de bouteilles brises, de verres choquant
les tables,  se croire transport dans quelque corps de garde de
soudards ivres, ou au milieu d'une horde de frntiques.

Pour complter la ressemblance, plus d'une discussion se transforme en
querelle, qui,  son tour, dgnre en rixe ou en batterie, pour
employer l'lgante expression du lieu. Il y a heureusement moins de
sang que d'alcool vers dans ces luttes dont une Hlne modiste est trop
souvent l'indigne prix. Aprs quelques gourmes changes, les Grecs et
les Troyens sont spars de vive force par les garons aids de la
garde, qui met les plus furieux  la porte; puis tout rentre dans
l'ordre, c'est--dire dans le dsordre accoutum.

Mais l'orchestre vient de prluder, et un formidable _tutti_, ou domine
le cornet  pistons, annonce que le quadrille va commencer. Nombres de
couples interrompent momentanment leurs libations pour se prcipiter
dans l'enceinte rserve aux jeux de la muse que nous avons nomme plus
haut. Ici la scne change, mais elle n'offre pas un tableau plus
difiant. Certaine danse que nous ne nommerons pas met en mouvement tout
ce peuple de jeunes fous; qu'ils se gardent toutefois de dpasser une
certaine limite dans leurs emportements chorgraphiques. Un Argus veille
sur eux, tout prt  rprimer leur essor par trop imptueux; ce vigilant
gardien, au poignet formidable, n'est autre que le propritaire de
l'tablissement, l'athltique M. Labire, plus gnralement dsign sous
le nom de _pre Lahire._

Ancien grenadier de la garde, le pre Labire cumule aujourd'hui, avec la
profession de marchand de vin, la direction de la Chaumire. C'est la
plus grande clbrit du quartier latin; vingt gnrations d'tudiants
le portent dans leur coeur, aprs l'avoir passablement port sur leurs
paules. C'est que le pre Lahire, dont certes le rigorisme n'a rien
d'outre, ne badine pas avec les danseurs trop fougueux qui ne savent pas
se maintenir dans les bornes de la gaiet plus que suffisante tolre
par les statuts de l'tablissement. Il est certains pas que
l'ex-grognard rprouve de toute la vigueur de ses sonores poumons, et
rprime de tout le nerf de ses robustes bras, vritables colonnes
d'Hercule opposes aux carts de sa jeune et ptulante clientle. Les
relaps et les incorrigibles sont _consigns_ par lui, c'est--dire que
l'entre du jardin leur est interdite. Quant aux simples suspects,
embusqu derrire eux, il suit de l'oeil tous leurs mouvements et les
interpelle par leur nom  haute et intelligible voix, si par hasard
ceux-ci se permettent des poses un peu trop risques. Gobillard,
dit-il, voil un avant-deux qui ne me convient pas!--Grenouillet, c'est
joli, ce que vous faites-l! Patureau, si vous recommencez cette
pastourelle, je vous insinue  la porte!--Berlinguet, si a ne va pas
mieux, je vous envoie incessamment voir sur le boulevard si j'y suis!
et autres avis du mme genre. Les coryphes susdnomms murmurent,
haussent les paules en signe d'impatience; mais, comme ils savent que
l'effet suivrait de trs-prs la menace, ils s'empressent de dfrer 
l'imprative exhortation du vnrable dbris de notre grande arme.

Il en est cependant qui parfois se montrent plus rcalcitrants; leur
rbellion amne ordinairement des scnes du genre de celle que nous
allons dcrire comme tableau final.--Les danses, animes par l'absence
momentane du pre Lahire, brillent par un laisser-aller et un entrain
extraordinaires. Le vieux guerrier est un moment occup  dmontrer dans
un groupe comme quoi la puissance des gardes municipaux lui est
parfaitement inutile pour maintenir le bon ordre dans son tablissement.
Est-ce que je ne suis pas l, dit-il en effaant les paules, pour
faire filer doux ceux qui se permettraient des danses incohrentes? Ah
mais! ah mais! c'est qu'on me connat; on sait que, Dieu merci, j'ai la
poigne solide. Aussi, faut voir comme tous ces petits bonshommes se
mettent au pas... des agneaux, des pensionnaires, quoi (s'interrompant
tout  coup pour courir  la salle de danse, et s'criant d'une voix de
tonnerre)! Carrichon!!!

--Carrichon, _interpell_.--De quoi?

--Le pre Lahire.--Carrichon! voulez-vous bien finir!... Et dire que c'est
un avocat qui danse comme a!

--Carrichon, _jeune mridional se livrant  un balanc des plus
aventureux_.--Eh! vous tes toujours aprs moi! Pourquoi ne dites-vous
rien o-z-otres?

--Le pre Lahire.--Je vous ritre l'invitation de vous modrer, ou
sinon...

--Carrichon, _ne tenant aucun compte de l'avis_.--Eh! laissez moi la paix;
vous m'ennuyez  la fin!

[Illustration: Bal de la Grande-Chaumire, boulevard Montparnasse.]

--Le pre Lahire.--Ah! je vous ennuie!

[Illustration: Montagnes russes de la Grande-Chaumire]

Il enjambe la balustrade, et court sus  Carrichon, qui l'attend de pied
ferme. Il le saisit par le milieu du corps, et se dispose  l'emporter
hors de la salle de danse.--A cette vue, un groupe de jeunes
Languedociens s'branle et vole au secours de Carrichon. Le pre Lahire
appelle  son aide les garons de caf, les jardiniers et les lampistes
de l'tablissement. L'orchestre s'interrompt, et les danses sont
suspendues.--La mle devient gnrale.--Les tudiants veulent dgager
leur camarade compromis, et se prcipitent en foule sur le thtre de
l'action. Les Latines plores s'lancent  leur suite, et veulent se
jeter entre les combattants.--Tableau.--Il pleut des coups. Carrichon
fait des prodiges de valeur.--Accabl par le nombre, le pre Lahire
ordonne d'aller chercher la garde.--La garde meurt sans doute, car elle
ne se rend pas.--A la fin, elle parat sous les dehors d'un caporal et
de cinq fusiliers.--Cette intervention est le _deus ex machina_ qui met
fin  la tragdie.--Le champ de bataille est dsert.--Trois sergents de
ville viennent renforcer l'autorit militaire et administrative.--Ils
font vacuer l'tablissement.--On ferme les grilles du jardin.--Les
habitants du Latium, habitus  pareilles bagarres, offrent paisiblement
le bras aux Latines de tout  l'heure, et regagnent leurs pnates en
chantant  tue-tte tout le long du boulevard.

Et voil comment ce que l'on appelle la plus intelligente partie de la
belle jeunesse franaise emploie, trois fois dans la semaine, ses
loisirs et son superflu, pour ne pas dire (ce qui serait infiniment plus
exact) son ncessaire. Voil comment l'avenir de la France gouverne son
propre prsent. On rpond par ce vieil adage: Il faut que jeunesse se
passe. Soit; mais elle se passerait  toute autre chose que ce ne
serait pas un mal. Il y a loin de ces extravagances, grossires aux
passions que l'on peut comprendre, plaindre, ou quelquefois excuser. On
assure que tout ce bouillonnement superficiel se calme d'ordinaire, et
qu'aprs deux on trois annes de cette orageuse existence, la plupart
des anciens danseurs de la Chaumire fournissent  leurs localits
respectives d'excellents avous et de doctes mdecins. Nous voulons le
croire. Heureux ceux qui regagnent ainsi le port! Plus heureux s'ils n'y
arrivent pas appauvris, puiss, fltris!--Il est un fait
malheureusement trop certain, c'est qu' un tel rgime, tous perdent de
leur propre estime, beaucoup se corrompent, quelques-uns se dshonorent
sans retour.



[Illustration: La Reine d'Angleterre et ses Ministres.]



Un nouvel Art.--l'Osphrtique.

Les beaux-arts ont pour objet d'intresser l'me par l'intermdiaire des
sens. La musique, par exemple, commence par flatter agrablement
l'oreille, comme la peinture et la statuaire s'appliquent d'abord 
charmer les yeux. Aussitt leurs perceptions se communiquent 
l'intelligence, pntrent jusqu' l'me, veillent des souvenirs,
excitent des sentiments, et font natre des sensations aussi varies que
vives et profondes.

Comment n'a-t-on pas cherch  agir de la mme manire par
l'intermdiaire de tous les autres sens? A la vrit, l'art culinaire a
bien russi parfois  inspirer quelques imaginations d'lite, sous
l'influence de l'organe du got; on connat l'action plus ou moins
potique de certains produits de l'art qui intressent directement le
sens du toucher; mais comment se fait-il que le nez, organe si subtil,
si impressionnable, qu'il saisit jusqu'aux moindres nuances des odeurs
les plus dlicates, n'ait jamais t l'objet de recherches analogues et
le sujet d'un art approfondi? Comme si l'appareil nasal n'tait pas
susceptible d'prouver aussi des sensations agrables ou pnibles,
d'tre une source d'affections, de jouissances, et capable de
transmettre  l'me des sentiments, des motions de toute nature!

Je ne parle point de l'art ou plutt du mtier de parfumeur, que l'on ne
peut gure comparer qu' ceux du fabricant de couleurs ou du luthier,
chargs de prparer les instruments, les moyens matriels de la peinture
ou de la musique; je veux parler d'un art vritable, lev  la hauteur
de tous les autres, digne de tenir une place minente parmi les
ingnieuses conceptions de l'esprit humain, et ayant pour objet spcial
les plaisirs, les jouissances du nez. Voil, je l'espre, une ide
neuve, fconde; et comme je tiens  honneur de l'avoir mise le premier,
il est juste que j'entre dans quelques dtails sur la marche que je
voudrais imprimer aux dveloppements de l'art nouveau que j'imagine.

[Illustration: Une scne d'Osphrtique.--Caricature par Cham.]

Je voudrais donc qu'afin de l'appuyer avant tout sur les donnes
positives de la science, des savants se missent  tudier les odeurs,
comme on a tudi les sons du monocorde ou les nuances de l'iris, et
qu'aprs avoir expriment l'action de toutes les odeurs sur l'organe
olfactif, on en fit une classification raisonne, mthodique, fondement
d'une nouvelle science, qui serait  l'odorat ce que l'acoustique est 
l'oue; ce que l'optique est  la vue, et qui prendrait naturellement le
nom de rhnique (1).

Je voudrais ensuite que des artistes habiles soumissent les odeurs 
toutes les combinaisons qui leur seraient inspires par leur gnie, leur
caprice ou leur got, afin d'arriver  dcouvrir les mille sensations
que l'on pourrait en prouver. Il ne serait pas plus difficile, sans
doute, d'imaginer des procds, d'inventer des instruments propres 
agir sur le nez, qu'il ne l'a t de trouver les moyens d'impressionner
les yeux ou les oreilles. On s'appliquerait  varier,  multiplier les
sensations qui en dpendent,  tudier les oppositions et les
contrastes,  presser ou  ralentir les moyens d'action,  veiller, 
exciter l'activit de l'organe,  porter son nergie jusqu'
l'exaltation, ou bien  le plonger dans une molle et langoureuse extase.
De tout cela se composerait une sorte de potique de l'art, dont les
rgles, les moyens, les artifices, s'appuieraient sur les meilleurs
exemples, et l'on ajouterait ainsi, par l'intermdiaire du nez, une
nouvelle srie de jouissances  celles dont l'homme est dj redevable 
la cration et aux perfectionnements des beaux arts.

On me permettra de donner galement  cet art nouveau un nom grec, le
plus euphonique possible: l'_osmtique_ (2), ou l'_osphrtique_ (3), par
exemple.

Note 1: De rin, rinos, nez.

Note 2: De osm, odeur.

Note 3: De osfrsis, odorat.

L'un des premiers, des plus heureux rsultats de cette dcouverte,
serait de rendre  l'organe nasal une facult dont il a t dshrit en
quelque sorte par le hideux, le dtestable usage du tabac. Car,
remarquez bien que le tabac ne remplit pas uniquement, relativement aux
narines, l'office d'un morceau de coton introduit dans les oreilles, ou
d'un bandeau appliqu sur les yeux; mais, en mme temps qu'il obstrue le
nez, il dmoralise l'odorat, le ruine, et finit par l'anantir, sans
compter tous les autres inconvnients qui se rattachent  son usage,
pour soi comme pour les autres. L'attention des gens bien levs une
fois dirige sur le nouvel art, donnera lieu  des habitudes plus
convenables, plus dcentes, fera rechercher tout ce qui peut contribuer
aux plaisirs du nez, et loigner avec plus de soin tout ce qui lui
ferait prouver des sensations dsagrables. La dcouverte de toute
odeur suave, vive ou fragrante, sera regarde comme un bienfait public;
toute manation suspecte sera repousse avec l'horreur qu'inspire  nos
oreilles une cacophonie, ou  nos yeux l'aspect d'un mchant tableau.
Enfin le nez, rendu  ses destines naturelles, viendra prendre parmi
nos sens la place distingue qu'il occupe dj au milieu de la face
humaine, son orgueil sera rehauss par le sentiment de sa nouvelle
importation et de la conqute qu'il aura faite d'une facult trop
longtemps ignore ou mconnue.

Mais le plus solennel avantage qui en rsultera pour la socit tout
entire, sera d'ajouter un lien de plus  ceux qui unissent dj tous
les hommes distingus, sous l'empire des talents et par la culture des
beaux-arts. La mode une fois tourne vers cette nouvelle source de
sensations et de jouissances, tous les esprits ingnieux, toutes les
narines d'lite travailleront  l'envi  en accrotre,  en propager les
heureux rsultats. Dj j'entrevois,  une poque peu loigne, le
moment o les plaisirs du nez viendront se joindre  ceux des yeux et
des oreilles pour ajouter aux douceurs de la vie sociale, au charme de
nos runions,  l'clat,  la splendeur de nos ftes. Des muses, des
collections, des institutions publiques seront: consacrs au
dveloppement,  l'illustration de cette nouvelle conqute de
l'intelligence humaine. Des concours seront ouverts, des prix seront
dcerns  ses perfectionnements: et en mme temps que la facult des
Sciences fera de la _rhnique_ l'une des branches de la physique
gnrale, l'Institut verra s'lever une section d'_osphrtique_ au sein
de l'Acadmie royale des Beaux-Arts.

Et voyez-vous d'ici une sance du nouvel art s'annoncer  ct d'un
concert, d'une reprsentation thtrale, d'une exposition de tableaux ou
d'objets d'industrie, nos salons se remplir de meubles et d'instruments
destins  flatter,  exalter notre organe nasal,  mouvoir,  exalter
notre me par l'intermdiaire de l'appareil olfactif? Le soir, entre
l'audition d'une sonate, la lecture d'un drame, l'exhibition d'un album
ou l'excution d'une polka, nous aurons le morceau d'osphrtique,
ravissant intermde qui dlassera un moment nos yeux, notre esprit, nos
jambes, nos oreilles, tandis que l'organe du got, se reposant aussi de
ses efforts gastronomiques, mditera sur les progrs de l'art culinaire
le premier et probablement le dernier de tous les arts qui enchantent la
vie.



Exposition de Produits de l'Industrie.

(10e article.--Voir t. III. p. 49, 153, 164, 180, 211, 228, 230, 264 et
283.)


HORLOGERIE.

Les produits devant lesquels s'arrtent le plus volontiers les visiteurs
de l'exposition, sont, en gnral, ceux qu'ils comprennent le moins.
Est-ce envie de s'instruire? Nous pourrions en douter, car, pour
comprendre, il faut des explications, et rarement on a  sa porte
quelqu'un qui veuille ou qui puisse descendre dans les dtails et donner
les premiers rudiments d'une branche d'industrie qui a devant les yeux
son expression la plus accomplie. N'est-ce pas plutt cet amour du
mystre, disons mieux, ce besoin incomprhensible de trouver autour du
nous quelque chose d'inexpliqu, quelque chose qui nous fasse rver et
mditer? n'est-ce pas ce besoin qui nous arrte des heures entires
devant les longs bras d'un tlgraphe, dont nous ne connaissons pas la
langue, mais dont nous voyons les allures et qui,  l'exposition, a
amen tant de personnes devant les grands appareils, devant le mtier 
la Jacquart et devant l'horlogerie?

Quant  cette dernire, peut-tre la plus incomprise de toutes, tout le
monde cependant se croit apte  en juger; chacun, en effet, porte une
montre, a chez lui, depuis la chaumire jusqu'au chteau, sous ses yeux,
depuis le clocher de village jusqu' l'orgueilleuse tour de l'glise
mtropolitaine, une horloge, une pendule; et comment ne pas porter un
jugement sur ce qu'on a sans cesse  sa porte? Mais ces jugements ne
portent que sur des faits; la montre va mal, l'horloge retarde ou
avance, et pourquoi? L s'arrte la science de fait; beaucoup seraient
encore tents de chercher, comme les petits enfants ou comme les
sauvages, ces enfants de la civilisation, dans l'intrieur de la montre,
le petit animal qu'on entend vivre, respirer, se remuer, aller et venir.
Nous ne disons pas cela, croyez-le bien, pour les lecteurs de
l'_Illustration_, qui savent tous ce que c'est qu'un mouvement de montre
et qui n'ont pas besoin des dtails que nous pourrions leur donner sur
son admirable mcanisme.

La plupart des montres produites  l'exposition, sinon toutes, ne sont
pas de fabrique franaise et viennent de Genve, de la Chaux-de-Fonds et
du Locle, en Suisse. Mais, comme toujours, le repassage s'excute 
Paris, et ce n'est mme qu' Paris que se fait bien cette opration, qui
consiste  remanier chaque pice,  repasser chaque pignon, chaque
engrenage,  finir, en un mot, ce que les premiers fabricants n'ont fait
qu'baucher. Nous n'avons pas remarqu d'innovations dans l'horlogerie;
c'est que, au dire des praticiens les plus clairs, il n'y a plus rien
 inventer dans cette branche, mais beaucoup  amliorer, 
perfectionner. Ainsi la division du travail et l'introduction des
machines dans la confection de toutes les pices d'un mouvement, ont
bien pu amener une baisse de prix et mettre  la porte de toutes les
bourses ces indispensables moyens de mesurer le temps; mais le progrs,
appel par tous maintenant, portera sur la perfection de ces objets;
car, vritablement, il y a trop de disproportion aujourd'hui entre un
mouvement de 10 francs pour le commerce et un chronomtre de 2,000
francs.

Les horloges, pendules, montres et chronomtres sont composs de mtaux
sur lesquels la temprature influe d'une manire sensible. Aussi
l'imagination des horlogers s'est-elle vertue  tromper le meilleur
systme de compensation. On conoit en effet quelle incertitude doit
rgner dans les indications d'une horloge dont le pendule peut, suivant
la temprature, s'allonger ou se raccourcir. Il faut que, le plus
possible, les oscillations du pendule soient _isochrones_, c'est--dire
durent rigoureusement le mme temps; car si le pendule se raccourcit, le
mouvement est prcipit; s'il s'allonge, le mouvement est plus lent. De
l la ncessit de recourir  l'alliance de deux mtaux dont les
dilatations soient ingales, ou disposes de telle faon que quand la
chaleur en dilatant l'un tait descendre le centre d'oscillation,
l'autre, par le mme effet de dilatation, remonte ce centre
d'oscillation et par cette combinaison le remet dans la mme position et
procure ainsi des oscillations isochrones.

Parmi les meilleurs rgulateurs, nous avons  signaler celui de M.
Houdin. Au lieu d'employer des tiges volumineuses, ce qui est contraire
 la thorie, puisque pour obtenir des oscillations parfaitement
isochrones, il faudrait que toute la masse du pendule ft rduite  un
point, cet habile mcanicien a reli la lentille de son pendule au point
de suspension par une simple lige en acier recouverte d'un manchon de
cuivre. Par un mcanisme ingnieux et d'une grande simplicit, la tige
d'acier vient presser par un support en croix sur deux tablettes fixes
au bas du manchon de cuivre, et qui sont elles-mmes presses en sens
contraire par la vis qui supporte la lentille. Ainsi quand le manchon de
cuivre se dilate, il presse sur les tablettes, et la lentille se relve
d'une quantit dtermine par la distance  laquelle se trouvent l'un de
l'autre le pied du manchon et la vis qui supporte la lentille.
L'exposition de M. Houdin se compose en outre de pices dtaches, roues
d'chappement, engrenages, etc., d'une remarquable excution.

Nous ne parlerons pas ici des Wagner, des Lepaute, des Berthoud, des
Brguet, dont les noms sont attachs depuis longtemps  tous les progrs
qu'a faits l'art de l'horlogerie et principalement ce qu'on appelle
l'horlogerie de prcision. La plupart des horloges publiques de Paris,
et presque tous les chronomtres, sortent des ateliers de ces grands
industriels.

Faisons mention des grands tablissements de M Japy,  Beaucourt prs de
Montbliard, auxquels l'industrie dont nous nous occupons doit tant de
progrs, et qui sont arrivs par un travail persvrant et le gnie de
l'invention  livrer au commerce  raison de 2 fr. et mme de 1 fr.
25 c. des mouvements de montre qui, avant la mise en pratique de leurs
moyens simplifis, cotaient 7 et 8 fr. Ils se reprsentent encore cette
anne, et, comme aux exportions prcdentes, ils soutiennent dignement
leur vieille rputation.

Il est un fait que nous signalons avec regret: c'est qu' part quelques
hommes qui ont l'amour de leur art, et qui font tous leurs efforts pour
aller en avant, l'horlogerie est devenue une affaire essentiellement
commerciale, et que sur dix hommes qui s'intitulent fabricants
d'horlogerie, il n'y en a souvent pas un qui soit un vritable horloger.
Ce fait, on doit l'attribuer surtout  ce que les pices sortent toutes
fabriques des ateliers de Suisse et de Beaucourt, et qu'on n'a plus
qu' les assembler. Nous dplorerons galement l'absence de got qui se
fait gnralement remarquer dans les pendules exposes; les modles sont
d'un dessin grossier et mauvais, les figures ne sortent pas de
l'allgorie, les formes de l'empire dominent encore; trop heureux quand,
au milieu de ce chaos, on parvient  reposer sa vue sur un modle
lgant ou sur une ornementation dans laquelle on peut chercher et
dcouvrir une pense d'artiste. C'est ce qui nous a dtermin  choisir
les deux pendules que nous offrons  nos lecteurs; l'une excute par M.
Paillard, sur le dessins de M. Feuchre; l'autre de M. Paul Garnier, sur
les dessins de M. Vieil-Castel.

Le dessin de la pendule de M. Paillard est simple et distingu; la base
est large et le couronnement gracieux; l'excution d'ailleurs ne laisse
rien  dsirer, et nous reconnaissons avec plaisir l'artiste que le jury
de 1839 a dj honor d'une mdaille d'argent. Nous donnons galement le
croquis d'un bnitier en bronze pour oratoire, excut sur les dessins
de M. Chtillon. Deux anges, les anges de la prire, appuys l'un sur
l'autre, s'ombrageant de leurs ailes, tiennent entre eux la coquille du
bnitier. Ce groupe est calme et recueilli; les vtements ont l'ampleur
suffisante, et sont bien draps. Nous sommes heureux de donner ici  M.
Paillard la preuve que ses produits n'avaient pas chapp  notre
attention, et que nous n'attendions que l'occasion de leur donner une
mention convenable et mrite.

Quant  M. Paul Garnier, sa case est une de celles devant lesquelles
nous nous sommes arrt avec le plus d'intrt. C'est que cet habile
mcanicien ne s'est pas content d'exposer des pices d'horlogerie; nous
lui devons encore une mention particulire pour diffrentes inventions
qui commencent  se rpandre dans l'industrie, et, par leur prcision,
ne peuvent manquer de conduire  des rsultats d'observations
remarquables. M. Paul Garnier a rsum dans sa pendule, commande par
lord Seymour, tous les progrs qu'a faits l'horlogerie; il y a appliqu
un mouvement  secondes fixes, obtenues par l'emploi d'un nouvel
chappement libre  coups perdus. La pice d'chappement porte une
dtente qui dgage  chaque oscillation le valet de repos, pour laisser
passer la dent suivante et donner une nouvelle impulsion. L'aiguille des
secondes est concentrique au grand cadran. Les heures et minutes sont
indiques sur un cadran excentrique au prcdent, au centre duquel se
trouve un fond en mail bleu parsem d'toiles, perc d'un orifice par
o apparaissent les configurations de la lune, dont l'ge est indiqu
par un troisime cadran concentrique. Les jours de la semaine, les dates
et noms des mois sont indiqus sur une ligne forme par les sections
apparentes de trois rouleaux en mail. La compensation du pendule est 
masses mobiles, et la sonnerie a heures et quarts en passant.

L'ensemble de cette pendule prsente un portique de style renaissance en
marbre statuaire. Au-dessous du cadran est un bas-relief reprsentant
des attributs de sciences et d'arts. De chaque ct du cadran sont deux
pilastres  enroulements sculpts, sur lesquels sont poss deux
statuettes, personnifiant l'astronomie et l'imprimerie, sous les traits
de Galile et de Gutenberg. Les extrmits sont termines par des
consoles ornes de fruits sculpts dans le marbre. Le fronton est
surmont de trois figures reprsentant Shakspeare, Raphal et le
Palestrina, la base porte des panneaux incrusts en lapis-lazuli et en
malachite. Enfin, le bas-socle de style roman, en cuivre cisel et dor,
est dcoup de manire  laisser entendre une musique place dans la
base de la pendule.

Le plus beau titre de M. Paul Garnier  la reconnaissance des industries
 vapeur, est son compteur simple et  horloge simultane. Par son
emploi, un chef d'tablissement tient se rendre compte de la manire la
plus prcise du nombre de coups de piston qu'a produits une machine dans
un temps donn, ou, plus gnralement, du nombre de priodes de
mouvement d'un moteur quelconque, et de la dure totale de la fonction
de la machine. Ainsi, par exemple, on a appliqu ce compteur  une
locomotive en service sur le chemin de Versailles. Le compteur a donn
le nombre exact de tours de roues; mais ce nombre tait suprieur 
celui de l'espace rellement parcouru par la locomotive. Cette
diffrence tenait au temps o les roues avaient tourn sur elles-mmes
sans avancer, par dfaut d'adhrence occasionne par une cause
quelconque, telle que l'humidit. On a donc pu dduire de l le
glissement des roues qu'on n'avait pas encore pu constater directement
et d'une manire rigoureuse. Le compteur avec l'horloge indique d'une
part, au moyen de l'horloge, le temps pendant lequel la machine a
fonctionn, et d'autre part, au moyen du compteur, l'espace parcouru par
les roues. Le compteur s'adapte avec avantage aux bateaux  vapeur, aux
machines fixes, aux machines d'puisement, aux moulins, aux laminoirs.
Les ministres des finances et de la marine en ont dj ordonn
l'application aux bateaux  vapeur de l'tat et aux paquebots
transatlantiques. De grands propritaires d'usines, et, entre autres,
MM. Schneider, en ont adopt l'usage pour leurs usines, et peuvent ainsi
se rendre un compte exact du travail et du produit de leurs diffrentes
machines. Ajoutons que le compteur peut compter jusqu' un million, et
que l'horloge peut  volont tre mise en rapport avec lui, et marcher
et s'arrter en mme temps que le compteur.

M. Paul Garnier a expos en outre des rgulateurs, des chronomtres, un
indicateur dynamomtre, des pendules de voyage d'une solidit et d'une
simplicit admirables, et d'autres pices dtaches pour l'horlogerie du
commerce, qui prouvent que cet artiste n'est tranger  aucune des
branches de son art, et qu'il poursuit le progrs dans toutes.


MARBRERIE.

Peu de contres sont plus riches que la France en substances minrales
propres aux grands travaux de sculpture et d'architecture, et,
cependant, ces richesses enfouies dans le sol y sont restes longtemps,
sinon inconnues, au moins abandonnes. L'Italie nous fournissait les
marbres blancs pour la statuaire; l'Espagne et l'Orient, les marbres
riches en couleurs pour l'ornement des difices. Ce n'est que sous
Franois 1er et sous Henri IV qu'on se mit  rechercher les marbres
indignes. Louis XIV les adopta pour les dcorations du Louvre et des
Tuileries. Puis on les abandonna de nouveau, et ce n'est qu'au
commencement de ce sicle que des recherches heureuses permirent  la
France de s'affranchir du tribut qu'elle payait aux marbres trangers.
Plus de soixante dpartements peuvent fournir des marbres varis de
couleurs et de beaut, et propres aux usages les plus prcieux. Le
marbre blanc des Pyrnes soutient avec avantage la comparaison avec les
plus beaux marbres de Carrare. Du reste, la preuve que, maintenant, la
France trouve en elle-mme ses propres ressources, et depuis longtemps
dj, c'est que la valeur des marbres imports, qui tait de 1,726, 114
fr. en 1823, n'tait plus en 1833 que de 368,701 fr.

L'exposition des marbres, cette anne, est aussi brillante qu'en 1834 et
en 1839, quant  la qualit et  l'aspect, et peut-tre suprieure quant
au got des ornements et de la sculpture, et surtout quant au bon
march. Nous avons surtout remarqu les marbres des Pyrnes et ceux des
Vosges. Les derniers sont un marbre brche  fond gris, avec nuances
varies, du marbre noir, blanc, bleu turquin, brche violet; la
serpentine des Vosges y occupe aussi un rang remarquable.

Dans les Hautes-Pyrnes, M. Gruzet continue  soutenir sa rputation
bien mrite. Il expose une chemine en stalactite d'une belle
excution, et un chantillon de stalactite remarquable par ses nuances
et sa grandeur; un verre d'eau en marbre amarante d'une grande lgret;
une colonne creuse, qu'il est parvenu  confectionner au prix de 30 fr.
le mtre courant. Cet industriel occupe constamment 82 ouvriers, 212
scies, tant droites que circulaires, 6 roues hydrauliques d'une force
ensemble de 75 chevaux. Il est mont de manire  pouvoir tourner des
colonnes d'un seul bloc et de 10  12 mtres de longueur.

Mais voici un rsultat plus tonnant obtenu par M. Amant dans la maison
centrale d'Eysses. Les dtenus de cette maison, appliqus  la marbrerie
au nombre de deux cents, ont taill avec la plus grande perfection des
chemines, des consoles, des tables, des guridons, et la plupart aprs
un an ou deux d'apprentissage. Les chemines principalement ont attir
notre attention, tant par leurs belles couleurs que par l'excution.
Ainsi, une chemine  petites consoles en marbre rouge-vert rubann a
t faite par un dtenu g de vingt-six ans, qui tait cordier, et qui
n'est dans l'atelier que depuis un an. Un bnitier orn de feuilles
d'eau, en marbre blanc vein de Carrare, a t excut par un maon,
aprs trois ans d'atelier. La pice la plus remarquable, une table orne
d'auves avec balustres  facettes et pied  griffes, volutes et feuilles
d'acanthe, est due  un peintre en btiments dtenu depuis cinq ans.
Nous ne ferons aucune rflexion sur ces beaux rsultats, nous dirons
seulement que M. Amant est parvenu, par le bon march de ses produits, 
en rpandre le got et l'usage dans un pays o une chemine de marbre
est un objet de luxe.

Nous avons parl  nos lecteurs, dans un prcdent article, de la
sculpture mcanique de M. Contzen. Voici venir un comptiteur qui lui
aussi expose de la sculpture mcanique, mais obtenue par d'autres
procds. Il travaille la pierre tendre ou dure, le marbre, l'albtre,
le bois et toutes les matires dures. Cet artiste est M. Sguin, qui va,
 votre dsir, vous offrir des ornements renaissance, rocaille,
gothique, etc., sur des parties droites, courbes, concaves et convexes
de toute grandeur, des bas-reliefs, mdaillons, portraits, des bustes,
des cariatides pour consoles et chemines, des moulures, des chapiteaux,
etc. Que lui faut-il pour cela? un moule, une certaine poudre, de l'eau
et un mouvement rapide, et en peu d'heures vous avez le rsultat le plus
fini, le plus dlicat que l'on puisse dsirer.


LUTHERIE--PIANOS.

Il y a  l'exposition une galerie qui jouit du privilge d'attirer
incessamment la foule et de la retenir des heures entires, presse,
agglomre et silencieuse: c'est la galerie des instruments de musique,
pianos, orgues, etc. O vous qui aimez  voir de beaux instruments,
allez-y bien vite; mais si vous aimez la bonne musique, prenez la
prcaution que prit Ulysse pour ses compagnons, mais non par le mme
motif, bouchez-vous les oreilles et partez bien vite, car jamais
charivari organis n'a trouv un plus bel emplacement et de plus nobles
encouragements. De tous cts des sons se heurtent dans l'air et
clatent sur vous en dissonances monstrueuses, en cascades de notes qui
n'ont rien  faire avec l'harmonie, en accords les plus contre nature:
ici c'est l'orgue, l un instrument de Sax, plus loin, en avant, en
arrire, de tous cts, un piano, deux pianos, dix pianos, cent pianos,
et tout cela marche en mme temps. Serait-ce, par hasard, les profondes
mditations qu'a d faire un de nos musiciens feuilletonistes les plus
excentriques sur les effets d'harmonie trange qui ont fait lection de
domicile dans cette galerie de neuf  cinq heures, qui lui ont inspir
l'ide de ce festival monstre avec 843 musiciens, dont 10 fifres, dont
on doit rgaler les malheureux exposants et ceux qui voudront bien
donner 10 francs!

Le bilan de l'exposition musicale, cette anne, peut se chiffrer ainsi:

Sept exposants d'orgues d'glise, dix d'orgues expressives,
quatre-vingt-neuf de pianos, dix-huit d'instruments  cordes, et
vingt-neuf d'instruments  vent. C'est dj un bon commencement pour le
concert-monstre.

Nous ne nous arrterons pas longtemps sur les instruments  corde. Notre
lutherie commence  prendre un nom, et les amateurs, en continuant 
apprcier comme il convient les Amati et les Stradivari, ne ddaignent
pas les produits des Gand, des Vuillaume, des Bernardel, qui sont
obligs de copier servilement la forme, les couleurs, et mme les
dfauts des instruments des grands matres. Tous ces habiles artistes
excellent trop dans l'imitation pour qu'on doute que, livrs 
eux-mmes, ils ne puissent acqurir un nom pour eux et leurs produits.
La grande difficult pour ces instruments c'est d'avoir du bois
convenable, du bois dont toutes les molcules vibrent de mme. Aussi la
perfection serait-elle de trouver une table d'harmonie sur laquelle il
ne se forme pas de _nodosits_ qui interceptent les vibrations et
dnaturent le son. L'habile physicien, M. Savart, tait parvenu 
composer la table suprieure d'un violon de petits morceaux de bois
qu'il avait prouvs isolment. Ce violon avait un beau son, mais sa
forme tait disgracieuse; et d'ailleurs aucun luthier, que nous
sachions, ne s'astreindrait  ces recherches minutieuses et patientes,
qui augmenteraient normment le prix de l'instrument. Ce qui rend les
instruments anciens prfrables aux nouveaux, c'est qu' la longue, et
sous les vibrations rptes des cordes, les molcules des tables se
sont disposes, habitues, pour ainsi dire,  vibrer ensemble,  prendre
la mme sonorit, et  devenir, par l'effet du temps, ce que la physique
indique qu'elles doivent tre pour donner le son le plus plein et le
plus beau.

[Illustration: Exposition.--Piano de M. rard.]

[Illustration: Instruments de Sax: Sax Tromba et cornet  cylindre.]

Quant aux pianos et orgues, quatre-vingt-neuf d'une part et sept de
l'autre. Mais  tout seigneur tout honneur! Commenons par les orgues.
Deux des exposants se distinguent tout d'abord et par leur ancienne
renomme, et par la perfection soutenue de leurs produits. Ce sont MM.
Cavaill-Coll, et Daublaine-Collinet. Ces facteurs ont rsum dans leur
art tous les progrs, et ont appliqu avec bonheur  leurs instruments
les perfectionnements les plus rcents.

L'orgue de MM. Cavaill-Coll est le modle de l'orgue destin  la
Madeleine. Le plus beau titre de ces habiles facteurs est d'ailleurs le
magnifique orgue de Saint-Denis.

La maison Daublaine-Collinet soutient dignement sa rputation. On sait
que M. Barker, un des chefs de cette maison, est parvenu  rendre les
claviers runis aussi doux au toucher que le clavier d'un piano, au
moyen d'un appareil pneumatique trs-ingnieux. Le perfectionnement que
prsente l'orgue expos cette anne, qui est destin  l'glise
Saint-Nicolas de Toulouse, consiste  produire l'expression par une
seule pdale et avec des nuances trs-varies, au lieu de l'obtenir,
comme on le fait sur les autres orgues, au moyen du mouvement alternatif
de deux pdales agissant sur la soufflerie.

Du reste, une tendance bien manifeste aujourd'hui, et qui a donn
naissance  l'harmonium, au mlophone, etc., est de pouvoir se procurer
sur les instruments  touches l'expression qu'on obtient sur les
instruments  cordes ou  vent. C'est dans cette direction que le
progrs se fait, et il y a dj bien loin de l'pinette et du clavecin
d'autrefois au piano  queue, et surtout au piano  sons soutenus de nos
jours.

Comme toujours,  la tte de nos facteurs se placent rard, Pape,
Pleyel, Herz, puis M. Boisselet, de Marseille, et quelques autres fort
remarquables, parmi lesquels nous citerons MM. Faure et Roger.

C'est  la maison rard que revient l'immortel honneur d'avoir fait les
premiers pianos complets, et d'avoir, par une srie de travaux non
interrompus depuis prs de soixante-dix ans, perfectionn, amlior,
complt cet admirable instrument. C'est ici que nous regrettons que
l'espace nous soit mesur, et que nous ne puissions entrer dans les
dveloppements que comporte la science du facteur. Il en est en effet du
mcanisme du piano comme de celui d'une montre; tout le monde en a, mais
bien peu en connaissent les lments. Nous ne pourrions donc pas tre
entendu  demi-mot, et nous devons nous borner  signaler, en les
rcapitulant, les nombreux perfectionnements dus  rard:

1 Un nouvel chappement qui, de 1809  1844, a t constamment
amlior, et qui rend le toucher plus facile et fait mieux rsonner la
corde;

2 Un systme d'agrafes pour tenir les cordes et qui procure un tirage
plus gal et plus rationnel;

3 Le barrage mtallique invent en 1822, et qui a t perfectionn par
des essais successifs jusqu' cette anne. Pour se rendre compte de
l'importance de ce procd, il faut songer que le tirage des cordes du
piano quivaut  environ 12,000 kilogrammes. De l la ncessit de
pices d'une grande force et d'une grande rigidit pour rsister  ce
tirage norme;

[Illustration: Sculptures excutes par les dtenus de la maison
centrale d'Eysses (Lot-et-Garonne), sous la direction de M de
Saint-Amant.]

[Illustration: Instruments de Sax.]

4 L'application depuis 1834 d'un nouveau systme de monture et de
proportion des cordes de basse qui leur permet de rsister  des
variations de temprature de quinze  vingt degrs;

5 L'introduction de la basse harmonique qui a permis de mettre en
rapport les dessus des grands pianos avec le mdium et les basses.

M. rard ne s'est pas born  la partie la plus importante de son art,
il a galement apport tous ses soins  l'bnisterie et 
l'ornementation de ses instruments, comme nos lecteurs peuvent s'en
convaincre par le dessin d'un piano en chne sculpt, peint et dor, que
nous mettons sous leurs yeux.

M. Pleyel a conserv la vieille rputation de ses pianos si bien
appropris  nos petits appartements; il les a amliors en leur donnant
plus de son et plus de tenue.

M. Pape a expos un piano qui compte huit octaves et qui se distingue en
outre par la rduction du format, l'augmentation de sonorit et la
simplicit de son mcanisme, qui se trouve rduit  quelques
frottements, les marteaux fonctionnant directement sous les touches,
sans l'intermdiaire d'aucun levier.

L'exposition de M. Boisselet se distingue par deux utiles innovations:
l'une est le _piano-octavi_. Ce piano a la proprit de produire les
octaves avec un seul doigt et par un seul mouvement. Les pianistes
apprcieront cet immense avantage. L'autre est un piano  sons soutenus
 volont, qui rend possible l'excution d'un chant en notes lies et de
longue valeur, sans qu'on soit oblig de laisser le doigt sur la touche,
tandis qu'en mme temps on peut faire entendre des passages en notes
brves et piques.

Mais voici un de nos plus habiles facteurs avec deux perfectionnements
notables; M Henri Herz, avec son piano  queue, du format des pianos
carrs, donnant autant de son que les grands pianos  queue, et surtout
avec son piano droit dont les sons se prolongent et se nuancent 
volont. Nous passerons rapidement sur le premier, dont nous avons
admir les sons larges et pleins, et dont nous approuvons tout  fait
l'ensemble et les dtails. Mais ce qui nous a le plus frapp, c'est le
piano  sons continus et nuancs. Ici rien n'est ajout au piano, pas de
lame mtallique, pas de tuyaux, un simple soufflet dispos de faon  ce
que la note une fois frappe, la corde mise en vibration conserve cette
vibration sous un courant d'air qui en augmente ou en diminue
l'intensit  volont. Cette invention est due  M. Isoard, qui en
s'associant  M. Herz, a donn  son ide et  ses essais la vie et la
direction qui leur manquaient. C'est,  notre avis, pour nos habiles
pianistes une mine inpuisable de richesses encore inconnues. Donner aux
sons du piano l'expression, c'est galvaniser un cadavre, et nous pensons
que cette heureuse innovation doit changer bientt le genre de musique
de cet instrument.

[Illustration: Exposition.--Pendule excute par Paul Garnier, horloger,
pour lord Seymour.]

MM. Faure et Roger, au milieu de bons pianos dus  leur fabrication
courante, ont expos un piano droit (style Louis XV) en bois de rose
avec dorures et porcelaines qui en font un magnifique meuble de salon.
L'espace nous empche de nous appesantir sur les diverses innovations
dues  ces habiles facteurs.

Enregistrons en passant trois inventions dues  M. Gurin: c'est le
pianographe, espce de daguerrotype musical qui permet de fixer
instantanment les improvisations, les penses les plus fugitives; le
stnoclure destin  plier les doigts aux exercices du piano, et une
nouvelle clef de piano  engrenage, dont l'effet est d'augmenter la
facilit  accorder, en amenant peu  peu, par un mouvement doux et sans
saccade, la corde au point dsir.

Signalons aussi les inventions de M. Sax dans les instruments  vent. M.
Sax a perfectionn tous les instruments en cuivre et en bois; il a
appliqu de nouveaux systmes de cylindres aux instruments en cuivre
sans rien changer  leur sonorit. Son exposition forme une musique
militaire complte: bugles  cylindres, trompettes grandes et petites,
nouveau basson, flte, clarinette basse et contre-basse, et
principalement le saxophone, vritable cration, puis le saxotromba, que
sais-je, des cornets, des trombones, tout s'y trouve et dans des
conditions d'excution telles qu'on peut dire que ce sont des
instruments nouveaux. Quant  nous, nous ne doutons pas que l'auteur, le
promoteur et le conducteur du festival monstre ne leur donne une large
place dans son orchestre; et en attendant ce grand jour, nous flicitons
sincrement M. Sax des habiles modifications et des utiles
perfectionnements de sa fabrication.

[Illustration: Bnitier model par M Chtillon, excut en bronze par M.
Victor Paillard.]



Le Sacrifice d'Alceste.

(PREMIRE PARTIE)

En vrit! m'criai-je, du ton irrsistible d'un homme qui a trouv un
argument premptoire, on dirait que vous n'avez pas lu Euripide!

Cette autorit imposante (je dois prvenir le lecteur qu'il y a de cela
quelques annes, et qu'on avait encore la faiblesse d'estimer les
anciens), cette autorit produisit l'effet attendu. Il y eut un moment
de silence.

Pourquoi? rpondit enfin le plus intrpide des adversaires; je l'ai
mme traduit. Ensuite?

--Pourquoi? parce que vous comprendriez alors le sacrifice d'Alceste.
Vous auriez vu que les anciens admettaient, comme moi, le dvouement de
l'amour dans toute sa puissance, et qu'Alceste se dvouant pour son
mari, donnant sa vie pour racheter la sienne, est l'emblme le plus
touchant de ce sacrifice...

--Renouvel des Grecs! interrompit un autre, qui prit sa revanche par
une plaisanterie, et mit pour un moment les rieurs de son ct.

Pendant tout ce vacarme, mon oncle Antoine, appuy sur son fauteuil, les
pieds sur les chenets et les bras croiss, sifflotait sans mot dire son
thme favori de la bataille de Marengo.

Voyons donc, papa: lui dis-je en lui mettant la main sur l'paule; on
dirait que vous n'tes pas de mon avis.

--Si fait! dit l'oncle Antoine. Seulement, raie Alceste de tes
arguments. C'est une invraisemblance hellnique.

A ce mot irrvrencieux, il y eut un nouveau tumulte. L'oncle Antoine
l'apaisa bien vite.

J'ai une histoire l-dessus, dit-il.

Alors, il se fit silence; on se resserra autour de son fauteuil; il
frappa deux ou trois fois la pincette sur les tisons, et commena:

Tu as entendu ton pre, me dit-il, parler souvent du comte de Keraudran?
C'tait un aimable homme, et j'tais fort li avec lui... avant la
rvolution. Nathaniel de Keraudran tait bien fait de sa personne, d'un
esprit peu commun et d'une instruction rare; seulement, sa tte bretonne
avait t doue d'une imagination tellement vive, que parfois on pouvait
craindre qu'elle ne domint sa raison. Les croyances superstitieuses
dont il avait t berc, les vieilles lgendes galliques qui avaient
entour son enfance, avaient laiss dans son me des traces
ineffaables. Un penchant secret l'entranait sans cesse vers ces ides
vagues et mystiques de rapports magntiques, de puissances caches et
surnaturelles, de pressentiments, de divinations spontanes, enfin, vers
toutes ces faiblesses du coeur et de l'me qui prennent leur source dans
les passions exaltes d'une imagination potique et rveuse. Malgr
cela, et peut-tre mme  cause de cela, Keraudran tait un homme
remarquable. Sa conversation tait spirituelle et vive, son caractre
gal, son coeur sensible, son amiti dvoue. Nous fmes presque
insparables!

Nathaniel de Keraudran tait fianc avec Mathilde de Larcy, charmante
enfant gte de dix-huit ans. Il l'aimait comme un fou, et franchement
Mathilde tait faite pour tourner la tte la mieux organise. Vous me
dispenserez de vous dcrire ses superbes cheveux noirs, ses grands yeux
bleus, son teint blanc et rose, et surtout l'inexprimable vivacit de sa
physionomie, qui semblait si bien d'accord avec les mille petits
caprices charmants qui faisaient  la fois le bonheur et le tourment de
mon pauvre ami. Ils s'aimaient comme deux enfants, et devaient se marier
dans quelques mois.

Cependant, en approchant de ce moment si dsir, il semblait que
Mathilde perdit quelque chose de sa gaiet, de sa vivacit habituelles.
Elle devenait rveuse, et fixait par intervalles sur Keraudran des
regards pntrants, dont l'expression  la fois mlancolique et
passionne excitait ma surprise. Au reste, je l'expliquai facilement par
le prochain dpart du fianc, qui devait aller  Rennes dans quelques
jours pour prparer leur union.

Je ne pus m'empcher de lui en dire quelques mots un soir que pendant la
promenade, plus rveuse encore que de coutume, elle avait pris mon bras.

Vous croyez donc que Nathaniel m'aime! me rpondit-elle avec expression
Oh! oui, il m'aime comme les hommes savent aimer!... Il m'aime parce que
je suis riche et jolie; il m'aime pour le plaisir que je puis lui
donner. Le coeur d'une femme vaut mieux que cela, monsieur le marquis!
L'amour d'une femme, c'est le dvouement; l'amour d'un homme, c'est
l'gosme.

--Si vous avez une exception  faire dans cette condamnation gnrale,
rpondis-je, vous pouvez la faire pour Keraudran... Je le connais assez
pour en rpondre.

--Bonne caution! dit-elle en riant. Rpondez-vous toujours ainsi l'un
pour l'autre? Ce serait comique. Je serais curieuse de savoir si vous
feriez honneur  la lettre de change tire sur vous au nom de Keraudran?

--Essayez! rpliquai-je.

Elle rit encore un moment, puis retomba dans sa rverie. Quelques jours
aprs, Keraudran partit pour Rennes, et je l'y accompagnai.

Je ne fus pas longtemps  m'apercevoir que Keraudran avait contract une
singulire habitude. Tous les soirs,  dix heures, il envoyait un
baiser...  la lune. Je me moquai passablement de lui, et il convint,
non sans quelque confusion, qu'il avait promis  Mathilde de remplir
scrupuleusement ce devoir.

A la mme heure, me dit-il, Mathilde regarde galement le ciel, et nos
penses s'unissent par un lien sympathique, malgr la distance qui nous
spare...

Je ne pus m'empcher de rire.

Vous tes bien heureux de vous aimer ainsi... Seulement cet astre
inconstant et de forme bizarre me parat assez mal choisi.

A cette plaisanterie, Keraudran faillit se fcher pour tout de bon, et
nous en restmes l.

Malgr l'impatience de Keraudran, notre sjour  Rennes se prolongeait.
Un soir, nous entrmes dans un caf pour passer le temps, et nous nous
mmes  regarder plusieurs individus qui jouaient aux checs. Keraudran
se croyait fort  ce jeu, et il suivit avec intrt la partie qui se
trouvait engage. Moi, je regardai surtout l'un des joueurs. C'tait un
homme dj sur le retour, mais grand et robuste. Sa tte, fortement
caractrise, avait une expression remarquable, et ses grands yeux,
abrits sous d'pais sourcils noirs, brillaient d'un tel clat, qu'il
tait difficile d'en soutenir le regard. Au reste, il semblait distrait
et proccup; Keraudran semblait surtout attirer son attention, et il
ngligeait videmment son jeu, qui s'embrouillait de plus en plus.

Enfin, s'cria l'adversaire, je le tiens!

Et il fil un coup qu'il mditait depuis longtemps.

La partie est gagne, dit Keraudran.

L'inconnu sourit, et lui jetant un regard expressif:

Croyez-vous? rpondit-il.

En mme temps il dplaa une pice, et en trois coups son adversaire fut
mat. Keraudran resta stupfait. L'inconnu lui fit un geste amical et
s'loigna. Nous sortmes du caf presque aussitt.

Voici un homme extraordinaire! me dit Keraudran avec enthousiasme.

--C'est un homme qui joue bien aux checs, rpondis-je froidement.

Nous continumes  nous promener en silence sur la place. L'heure du
rendez-vous tait arrive, et la lune brillait de tout son clat dans un
ciel d'azur. Keraudran s'arrta, la regarda un moment, et lui envoya le
baiser d'usage. Au bruit qu'il entendit derrire lui, il se retourna
brusquement et vit l'inconnu. Il fit un pas pour se retirer; mais
celui-ci s'avana et le retint par le bras. Il y avait dans ce mouvement
et dans l'expression de sa remarquable figure quelque chose d'imposant
et de noble qui fascina Keraudran.

Pourquoi n'attendez-vous pas la rponse? lui demanda-t-il.

--La rponse? repartit Keraudran avec surprise. Quelle rponse puis-je
attendre?

--Un moment! rpliqua l'tranger avec une certaine autorit; et il serra
fortement la main du jeune homme, tandis qu'il lui posait son autre main
ouverte sur le coeur, en regardant fixement l'astre qui brillait au
ciel.--La voici! continua t-il: Les sympathies de deux mes qui
s'aiment franchissent la distance, de mme que l'amour doit franchir le
temps. Souvenez-vous de ces paroles, et vous verrez que je ne me suis
pas tromp. Vous tes heureux, jeune homme, d'tre aim ainsi.

En achevant ces mots, il s'loigna. Keraudran resta immobile.

C'est trange! murmura-t-il.

--Il s'amuse  tes dpens, lui dis-je. Mais il m'entendit  peine;
videmment son imagination tait frappe.

Deux jours aprs, lorsque j'entrai dans sa chambre le matin, je le
trouvai  demi vtu, assis sur son lit, la tte dans sa main et
profondment absorb dans ses mditations, il tenait une lettre qu'il
relisait par intervalles.

Qu'y a-t il? lui demandai-je. Il tressaillit.

Te souviens-tu des paroles que m'a dites l'inconnu avant-hier soir?

--Ma foi...  peu prs. Il tait question de sympathies, de distance,
d'amour, de temps; toutes choses assez banales et qui prtent fort bien
 l'improvisation.

--Tiens! me dit-il, et il me tendit la lettre qu'il tenait  la main.
Elle lui arrivait par la poste, et lui tait crite par Mathilde. Elle
lui parlait de leurs conversations nocturnes, et je lus en effet cette
phrase singulire: Ce soir, lui disait-elle, en regardant  l'heure
fixe la discrte et ple intermdiaire de nos penses, je n'ai pu
m'empcher de croire que les sympathies de deux mes qui s'aiment
franchissent la distance, de mme que l'amour doit franchir le temps.

Eh bien! reprit Keraudran, voyant que je restais muet, qu'en dis-tu
maintenant?

--Je ne dis rien, de peur de me tromper, rpondis-je. C'est, en effet,
assez singulier. Il a devin juste, s'il n'a fait que deviner.

Mais j'eus beau examiner le cachet, il tait intact. D'ailleurs la
lettre avait t videmment crite  peu prs au moment mme de la
rencontre, et l'tranger ne pouvait en avoir en connaissance. Ce ne
pouvait tre qu'un de ces hasards fabuleux qui arrivent aux joueurs
audacieux et aux quilibristes. Je ne pouvais donner d'autre
explication. Mais Keraudran secoua la tte et haussa les paules.

Quand on veut tout expliquer, on n'explique rien.

Je n'avais rien  rpondre, et je le laissai. Je ne sais trop quand et
comment il revit l'individu en question, mais il parat qu'ils eurent
plusieurs conversations en mon absence. Mon scepticisme choquait
Nathaniel, et loin de moi il s'abandonnait bien plus facilement  son
imagination rveuse. Un soir, cependant, il me dit:

Il faut que lu viennes avec moi.

--O? rpondis-je.

--Dans l'glise des Cordeliers. J'y ai rendez-vous, et j'ai besoin que
tu voies comme moi ce qui s'y passera.

--Ah! ah! rpliquai-je, le sorcier est de la partie! Eh bien, partons je
ne demande pas mieux.

Nous nous rendmes aux Cordeliers. La soire tait superbe. La chaleur
du jour avait t, tempre par une brise rafrachissante, et le ciel
scintillait d'toiles. Lorsque nous entrmes dans l'glise, elle nous
parut dserte; mais  peine avions-nous fait quelques pas dans la nef
que nous apermes le grand inconnu devant nous. Dans cette obscurit
croissante, sa haute taille et sa figure majestueuse prenaient un
caractre imposant qui commandait en quelque sorte le respect. On et
dit qu'on voyait jaillir de ses paupires le feu de ses regards. Il
s'approcha de nous lentement.

Je suis satisfait de vous voir, dit-il d'une voix grave; je suis
dispos, et je tiendrai tout ce que je vous ai promis.--Et vous?

--Que faut-il faire? dit Keraudran.

Et je m'aperus au son de sa voix de l'motion qui le dominait.

Priez, esprez... et ne parlez pas.

Il parut ensuite se recueillir un moment; puis il leva la tte et
regarda la lune qui commenait  traverser les vitraux.

L'heure est venue! ajouta-t-il  voix basse; suivez-moi.

Nous le suivmes dans une chapelle latrale qu'inondait un rayon de
lumire argente. L, une jeune fille d'une douzaine d'annes tait
tendue, profondment endormie, dans une stalle garnie de velours rouge;
ses cheveux blonds flottant sur ses paules taient couverts d'une
lgre guirlande de bluets; sa figure dlicate et ple, sa longue robe
blanche, vivement claires par la lune au milieu de cette obscurit,
sous les noirs arceaux de la chapelle, semblaient en faire une forme
arienne, transparente et lgre. Je m'arrtai  la considrer; il y
avait un charme indicible dans cette potique et frle vision.

Voici l'enfant, dit notre guide; le sommeil magntique l'enchane, et
son regard, quoique voil, va percer le temps et l'espace. Je suis
matre de lui, et je n'ai qu' commander pour tre obi.

En mme temps il leva le bras... et comme du mme mouvement, par une
attraction irrsistible, le bras de l'enfant se souleva, et se dirigea
vers le sien, restant immobile et tendu; il baissa sa main, et par la
mme action mcanique, le bras de la jeune fille se reposa sur
l'accoudoir; il fit un signe, et la tte anglique de l'enfant, comme si
elle et suivi la voir l'indication muette du doigt fascinateur, se
tourna lentement et regarda les vitraux.--C'tait trange.

Avez-vous apport le gage? dit l'inconnu  voix baisse  Keraudran.

--Le voici! rpondit-il; et il lui remit une tresse de cheveux, don que
sa fiance lui avait remis avant son dpart.

--C'est bien, rpondit-il; et il alla le placer sur le coeur de
l'enfant, puis il revint auprs de nous.--Regarde! dit-il d'une voix
basse mais vibrante.

L'enfant se souleva avec roideur, comme sous l'impulsion d'une volont
trangre, se retourna et regarda  travers l'ogive le disque brillant
de la lune.

Je la vois! murmura-t-elle; elle regarde aussi.

Sa voix semblait une modulation lointaine, indpendante de ses lvres.

Qui vois-tu?

--Celle que j'ai sur le coeur.

--Comment est-elle? que fait-elle? o est-elle?

--Elle est appuye sur le balcon d'une terrasse sculpte--les boucles de
ses cheveux noirs flottent sur son cou et sa poitrine... ses grands yeux
bleus me regardent... son regard est si doux!... Elle envoie un
baiser... l!...

Et par un mouvement elle indiqua Keraudran, qui l'coutait avec avidit;
mais l'enfant se tut, retomba sur le fauteuil avec un soupir, et parut
reprendre son sommeil immobile.

Que voulez-vous apprendre encore? demanda l'inconnu.

--Peut-on voir dans l'avenir, comme dans le prsent? rpondit Keraudran.

--Sans doute! rpliqua l'inconnu. Et reprenant son geste imprieux.

--Regarde! dit-il  l'enfant.

--Non, non, assez! rpondit la jeune fille d'une voix suppliante en
s'agitant avec effort; je souffre! grce... je n'en puis plus...

Et sa tte se renversant convulsivement allait frapper les stalles de
chne.

Lve-toi, et regarde! continua l'inconnu. Comment la vois-tu dans trois
jours?

--Elle rit, et tresse une guirlande de jasmin.

--Dans huit jours?

--Je la vois encore... oui... c'est elle... mais... elle est change...
elle est ple... ah! je souffre... car... elle souffre aussi.. ah!
j'touffe... elle est bien ple... ah!... ah!... ah! le coeur me fait
mal!

Et elle s'agitait pniblement. Son gracieux visage se contractait et
s'agitait convulsivement; ses mains semblaient vouloir loigner d'elle
quelque chose qui et pes sur sa poitrine; sa voix devenait de plus en
plus faible et sourde, entremle de soupirs et de gmissements
touffs. Il y avait, je l'avoue, dans ces paroles sinistres, dans cet
enfant se dbattant ainsi, comme sous la pression d'un dmon invisible,
quelque chose de saisissant qui remplissait l'me d'une motion
involontaire et d'une sorte d'effroi.

Ah! oui! continuait l'enfant... je la vois... ses joues sont creuses et
ses yeux brillants.. ils me font mal... ah! ah!... au secours... au
secours... je n'en puis plus... j'touffe... qu'on m'te ce cadavre...
je l'ai sur le coeur... ah! ah!

L'inconnu se prcipita, et enleva  l'enfant la fatale mche de cheveux.
Elle retomba immobile sur la stalle.

tes-vous satisfait? dit-il  Keraudran d'une voix mue... Sortez!

Keraudran restait devant lui en proie  une agitation fbrile, ne
pouvant ni parler ni partir. Je l'entranai hors de l'glise, et le
ramenai chez lui. Son motion tait si violente, que je craignais
presque pour sa raison. Je n'essayai de le calmer que le lendemain
matin; mais mes raisons eurent peu d'influence. Keraudran tait fascin,
et moi-mme j'avais peu de chose  lui dire. Je ne voyais pas le but de
cette comdie, et il rfutait sans peine mes arguments, qui n'taient au
reste que des prsomptions.

Je ne puis rester ici, me dit-il; je n'aurai de repos qu'auprs de
Mathilde. Je verrai alors s'ils m'ont tromp.

Deux jours aprs nous tions au chteau de Lurcy; Mathilde, rayonnante
et plus gaie que je ne l'avais vue depuis longtemps, accueillit avec
tendresse son fianc. Cette courte absence semblait avoir dissip les
nuages qui avaient obscurci un moment leur intimit.

Tu es bien heureux! dis-je  Keraudran en revenant avec lui d'une
promenade que nous avions faite dans le parterre.

--Attendons encore, rpondit-il avec un soupir en me serrant la main; le
dlai fatal n'est pas expir.

--Tu es fou! rpliquai-je.

En ce moment nous entrions au salon, dont les larges fentres
s'ouvraient sur la terrasse, orne de fleurs odorifrantes. Mathilde
tait appuye sur le balcon; elle s'avana en riant au devant de nous.

Tenez, beau chevalier! dit-elle avec gaiet, je vous ai tress de mes
mains une guirlande.

Et elle tendit  Keraudran une guirlande de jasmin qu'elle achevait de
nouer. Keraudran me tenait encore le bras. Je le sentis tressaillir et
chanceler; et j'avoue que cette singulire concidence, que ce
rapprochement inconcevable avec la vision de l'enfant me frappa au
coeur.

Eh bien! dit Mathilde en continuant de rire, est-ce ainsi le vous
recevez mes prsents, Nathaniel? me laisserez-vous encore longtemps le
bras tendu?

Nathaniel se prcipita vers elle, prit la guirlande, et par et mouvement
involontaire, tombant en mme temps  ses pieds, couvrit ses mains de
baisers perdus.

Mon Dieu! mon Dieu! dit-elle en essayant de se dgager, en voil trop
maintenant, Nathaniel!... Assez, assez!

Et son motion tait visible, Quoi! vous pleurez! mon Dieu!
qu'avez-vous donc?

Nathaniel balbutia quelques mots entrecoups, sans suite, j'essayai
moi-mme d'intervenir pour terminer cette scne dont je redoutais
l'issue. Keraudran sortit et me laissa seul avec Mathilde.

C'est trange! dit-elle aprs un moment de silence; comprenez-vous
cela?

--Mais, sans doute! rpondis-je avec, quelque embarras, Keraudran a t
touch de votre attention... Il vous aime tant!

--Je le crois... je crois mme en tre sre... mais... c'est gal, c'est
trop; et je ne puis m'expliquer cela.

Je n'essayai pas de l'aider dans cette recherche, car j'tais un peu
troubl moi-mme. Au reste, elle l'oublia bien vite, prenant l'motion
de Keraudran comme une nouvelle preuve de sa tendresse, elle fut
d'autant plus gaie, d'autant plus affectueuse. Deux ou trois jours
passrent ainsi rapidement.

Le troisime jour aprs notre arrive, nous tions runis soir dans le
parterre. Elle tait silencieuse. Je m'en aperut et je m'en plaignis.

Ce n'est pas ma faute, me rpondit-elle; j'ai un mal de tte affreux.
Je crois mme que j'ai un peu de fivre. Keraudran se rapprocha
vivement de nous.

Quoi! vous souffrez! dit-il d'une voix altre.

--Ce n'est rien, reprit-elle en souriant, une migraine! nous avons trop
ri ce matin.

Elle se retira de bonne heure.--Le lendemain elle ne parut pas au
djeuner, et fit dire qu'elle tait indispose. Elle ne parut que fort
tard, en peignoir. Je la trouvai rellement change. Elle tait ple et
silencieuse, et se plaignait de douleurs dans la poitrine.--Keraudran
paraissait presque fou. J'avoue que je devenais inquiet.--Le lendemain,
elle fut oblige de garder le lit. Je ne savais plus que penser,
Keraudran avait disparu ds qu'il avait appris quelle avait pass une
mauvaise nuit, et je ne savais ce qu'il tait devenu.--C'tait en effet
le huitime jour.

Le neuvime jour, je vis entrer chez moi Keraudran mconnaissable. Je ne
pus m'empcher de tressaillir en apercevant ses traits dcomposs, sa
physionomie bouleverse, ses yeux hagards.

L'as-tu vue aujourd'hui? me dit-il d'une voix touffe.

--Non! rpondis-je.

--Est-ce quelle ne va pas mieux?

Il fit un geste de dsespoir et tomba dans un fauteuil.--Je me rendis 
son appartement, et demandai si je pouvais tre introduit. La vieille
gouvernante y consentit avec quelque difficult, et je fus admis. Je fus
frapp du changement qui tait opr en si peu de temps. Elle tait
excessivement ple, et paraissait dj maigrie. Dans ce demi-jour, qui
rgnait dans sa chambre, je pouvais distinguer cependant ses yeux
mobiles, qui semblaient anims de cet clat extraordinaire que donne une
fivre ardente, et que faisait encore ressortir le cercle bleutre dont
ils taient entours. Je fus terrifi en reconnaissant ces symptmes qui
nous avaient t dcrits si bien, et en voyant se raliser l'effrayante
vision de la jeune fille. Je crus encore entendre les gmissements
terrifi de l'enfant, et ce en sinistre: Otez-moi cadavre!--Je sentais
malgr moi mes genoux flchir et une sueur froide m'inonder le visage Je
dis quelques mots, auxquels elle rpondit d'une voix faible et
entrecoupe,--puis je sortis.

Mon Dieu! quelle est donc cette maladie? que dit le mdecin?
demandai-je  la gouvernante.

Elle haussa lgrement les paules.

Imprudence de jeune fille! rpondit-elle avec un sourire. Que
voulez-vous? elles ne comprennent jamais le danger de cela.

Je sentis que je ne pouvais insister davantage, et je me retirai hors de
moi. Je ne revis Keraudran que le soir. Quand il entra dans ma chambre,
je crus voir s'avancer un spectre,  l'abattement de sa physionomie, et
en mme temps l'garrent de ses regards m'effrayrent; je craignis
srieusement pour sa raison, et j'essayai, par quelques mots, de lui
donner une confiance que, rellement, j'avais peu moi-mme Il m'coutait
 peine; son regard, mobile et vague, tait invariablement fix devant
lui, et, par intervalles, un frissonnement convulsif passait sur tous
ses membres. Il n'interrompit tout  coup.

Maintenant je suis sans inquitude! me dit-il d'une voix caverneuse,
avec un indfinissable sourire.

Je le regardai avec tonnement.

Je suis sans inquitude! reprit-il d'un ton plus sombre encore.

--Comment cela?

--Oui... j'ai entre mes mains le remde qui doit la sauver!

Et comme il remarqua mon air incrdule, il ajouta:

Je l'ai retrouv... et je viens de lui parler.

--Qui? interrompis-je vivement, le jongleur des Cordeliers? Que t'a-t-il
dit encore, cet homme que Dieu confonde?

--Il m'a donn le remde qui doit la sauver rpta-t-il l'un air gar.
Je l'ai... le voici' et il tira de son sein une petite fiole, qui me
parut pleine d'une liqueur paisse et noirtre.

--Ah! malheureux! m'criai-je en essayant de la lui prendre des mains;
garde-toi bien de l'essayer! Qui sait ce que ce dtestable charlatan a
mis dans cette fiole?...

--Je le sais, moi!... c'est du poison!

--Du poison?...

Je restai stupfait.

Voyons, Nathaniel, es-tu fou?

--Oui, c'est du poison!... et ce poison, continua-t-il d'une voix sourde
et vibrante, ce poison est pour moi!

Je gardai un moment le silence, ne sachant trop si mon malheureux ami
jouissait encore, en effet, de toute sa raison, et cherchant  lire sur
son visage, o se peignait toute l'agonie du dsespoir.

Oui, continua-t-il d'une voix entrecoupe, je l'ai vu, je lui ai
parl... nous avons interrog le prsent et l'avenir... L'enfant a lu
dans son sein... elle y a vu la cause du mal et le remde... Le
remde..., le voici... je dois le prendre, c'est du poison. Je mourrai,
mais elle vivra. Mon seul attouchement l'aura sauve.

--Quelle atroce folie! quel ridicule dlire! m'crai-je Comment peux-tu
croire, Nathaniel,  de semblables rveries? Reviens  toi, mon ami.

--coute! dit Keraudran d'une voix saccade, et en me saisissant
fortement le bras. Tu doutes toujours, n'est-ce pas? c'est ton esprit,
ta nature! Eh bien, homme sens, homme raisonnable, explique-moi comment
cet homme a lu, vingt-quatre heures  l'avance, la lettre que j'ai reue
le lendemain; explique-moi cette guirlande de jasmin qui m'a t offerte
 l'heure mme qu'il me l'avait prdite; explique-moi... comment
Mathilde se meurt!... et tu me diras ensuite pourquoi je ne puis la
sauver.

J'avoue, mes amis, que je restai muet. Mon bon sens, qui se rvoltait
contre cette succession de faits incomprhensibles, surnaturels, ne me
fournissait pas un seul argument solide pour les rfuter. Au reste,
Keraudran ne m'en laissa mme pas le temps.

L'arrt est prononc! continua-t-il d'un ton sombre avec une sorte
d'garement; le poison est l. Si demain, au point du jour, je n'ai pas
fait passer dans mes veines ce venin mortel... qui lui donnera la vie...
elle est morte!... et moi je vivrai!... Mais non, elle vivra... et
alors, moi... je ne serai plus!...

Il tomba dans le fauteuil, et se cacha la figure entre ses mains.

Pour l'amour du ciel, Keraudran, m'criai-je, garde-toi bien!....

--Laisse-moi! rpliqua-t-il en m'chappant; la nuit porte conseil!
Adieu! Et il sortit prcipitamment. Je voulus le suivre et le
rejoindre, mais il se barricada dans son appartement, et je ne pus
pntrer jusqu' lui.

Vous concevez que ma nuit fut triste et sans sommeil. Je vous laisse 
juger aussi quelle fut celle de Keraudran. Le lendemain matin j'allai
frapper  son appartement: je n'obtins pas de rponse. Fort effray,
j'allai me procurer la seconde clef pour ouvrir la porte, et en revenant
en toute hte, je rencontrai la vieille gouvernante qui montait aussi
l'escalier avec prcipitation.

Pour Dieu! madame Gervais, comment va mademoiselle Mathilde?
demandai-je.

--Beaucoup mieux, Dieu merci! me rpondit-elle. Je l'ai veille toute la
nuit. Elle a eu, au petit jour, une crise terrible; mais elle est toute
soulage; la livre l'a quitte, et elle repose J'allais le dire  M.
Nathaniel.

--Au petit jour! rptai-je avec un saisissement dont je ne pus me
dfendre; et je htai le pas vers l'appartement de Keraudran. J'ouvris
la porte et j'entrai. Les volets taient ferms; la bougie place sur la
table, entirement consume, fumait en s'teignant, et ne jetait plus
que par intervalles une rouge et vacillante lueur, trop faible pour
distinguer les objets. La chambre tait silencieuse, et paraissait
dserte. Je courus au lit; il tait vide. Je courus  la fentre et
j'ouvris les volets pour donner de la lumire... Keraudran,  demi vtu,
tait tendu sur le sol, auprs de la table.--Je le relevai... Il tait
sans connaissance. Je regardai avec effroi, et je vis la fiole fatale
renverse et vide; mais la liqueur tait encore tout entire dans la
coupe o mon pauvre ami l'avait verse... Il n'avait pas eu la force de
la boire et de consommer le sacrifice... Il tait tombe vanoui.

Dieu soit lou! m'criai-je  haute voix; il n'a pas bu... Et je le
portai sur son lit.

Il n'a pas bu? rpta madame Gervais en regardant la liqueur; c'est
vrai! tout y est. Et elle sortit aussitt, me laissant seul avec
Keraudran, que je fis revenir  lui avec beaucoup de peine.

Mathilde' dit-il avec effort.

--Elle est sauve, rpondis-je.

--Sauve!.. rpta-t-il en se levant sur son sant malgr sa faiblesse;
et je n'ai pus bu!

--Eh! non, parbleu! mais elle va beaucoup mieux malgr cela; il n'y a
plus de danger.

--Dieu soit bni! dit-il en retombant sur le lit. Ah! j'ai cru en
mourir.

En effet, la unit terrible qu'il avait passe, et toutes les motions
qui avaient prcd ce fatal moment, l'avaient puis. Il tait en proie
 une livre ardente. Il voulut se lever pour aller s'assurer lui-mme
de la gurison de Mathilde; mais il ne pouvait se soutenir, et je le mis
au lit malgr lui. Quelques minutes aprs il avait le dlire, et ne
parlait que visions, mort et poison. J'envoyai vite chercher le mdecin.

Je redescendais pour apprendre des nouvelles de Mathilde que je croyais
encore trs-souffrante, quand je rencontrai madame Gervais  la porte de
l'appartement.

Mademoiselle m'envoie savoir comment M. Nathaniel a pass la nuit. me
dit-elle aussitt qu'elle me vit.

Je restai un peu surpris de cette phrase et du ton qui l'accompagnait.

Mais... fort mal! rpondis-je. J'ai envoy chercher le mdecin. Je suis
fort inquiet.--Et mademoiselle Mathilde?

--Oh!... elle va bien. Elle se lvera aujourd'hui.

Puis elle se mit  rire et rentre.

J'tais stupfait. Je descendis au jardin pour rencontrer quelqu'un qui
pt me donner quelques claircissements, lorsqu'on traversant le
parterre, et levant les yeux sur la faade du chteau, je vis,  ma
grande surprise, Mathilde debout, habille, et appuye sur son balcon Je
croyais rver. Elle me vit aussi, me fit un geste aimable de la main et
de la tte, et disparut. Je restai clou  la mme place, lorsqu'un vint
m'avertir que le docteur tait chez Keraudran. J'y courus. Il me rassura
et prescrivit une ordonnance que je me chargeai d'excuter. Lorsqu'il
sortit, j'entendis du bruit dans le chteau, et j'appris que Mathilde
avait fait mettre les chevaux  la voiture et qu'elle partait. Presque
aussitt aprs on vint remettre de sa part  Keraudran une lettre, qu'il
ne lut que quelques jours plus tard, mais dont voici  peu prs le
contenu:

Vous m'aviez dit souvent que vous m'aimiez plus que vous-mme, plus que
votre existence, que vous donneriez mille fois votre vie pour la mienne.
J'ai voulu savoir si vous me la donneriez une seule; j'ai fait l'preuve
de ce dvouement que vous m'aviez promis, et j'ai vu que, pour vous
aussi, promettre et tenir sont deux.

J'ai perdu une illusion; mais je ne risque plus d'tre trompe. Comme
vous vous tiez dj rsign  ma perte, je pense que vous accepterez
sans beaucoup de regret une sparation qui, bien qu'elle ne soit pas
ternelle, Dieu merci! n'en sera pas moins sans retour. Adieu.

Mathilde.

Ds ce moment, tout devint clair comme le jour, les prdictions du
sorcier et la maladie de la fiance n'taient qu'une comdie arrange 
l'avance. Il faut avouer qu'elle avait t bien joue.

Ici mon oncle Antoine s'arrta.

Mais, qu'est-ce que cela prouve, papa? repartis-je. Sans doute ton
Keraudran n'eut pas la force d'accomplir le sacrifice d'Alceste? Eh
bien! c'est qu'il n'aimait pas assez pour cela.

--Erreur! rpliqua mon oncle Antoine, double erreur! 1 Parce qu'il
aimait assez pour sacrifier sa vie, et que c'est la forme seule du
sacrifie, prsent, invitable, raisonn,  heure fixe, qui rpugne  la
nature humaine, et qu'il ne put accomplir; 2 parce qu'il n'est pas
ncessaire d'aimer bien vivement pour sacrifier sa vie... et la suite le
prouvera bien.

--Il y eut donc une suite? s'cria-t-on.

--Sans doute! rpondit l'oncle Antoine.

D. Fabre d'Olivet.

(_La suite  un prochain numro._)



Les Forats.

Le 18 mai dernier, 231 voix contre 128 ont adopt,  la Chambre des
dputs, un projet de loi sur les prisons dont la discussion avait
occup vingt sances.

Dans la Chambre des dputs comme dans la presse et dans le public, ce
projet de loi a soulev de vives et loquentes protestations. Mais ce
n'est pas ici le lieu de les reproduire et d'en discuter la valeur.

D'aprs le titre III, qui rgle le sort des condamns, le projet de loi
vot par la Chambre des dputs dcrte la suppression des bagnes et
l'adoption de l'isolement cellulaire perptuel pour tous les condamns;
non pas, il est vrai, tel que l'ont invent les quakers de Philadelphie,
mais tempr par le travail et les frquentes visites du mdecin, de
l'aumnier, de l'instituteur, des membres des associations charitables,
des comits de surveillance, des entrepreneurs des travaux, des parents,
etc.

Dans notre numro 60 (20 avril) nous avons montr le systme nouveau
appliqu dans la prison modle de Pettonville, en Angleterre.
Aujourd'hui nous allons mettre sous les yeux de nos abonns le systme
ancien tel qu'il fonctionne actuellement dans le bagne de Toulon.

Alors mme qu'ils ne seraient pas remplacs par des pnitenciers
cellulaires, les bagnes seront tt ou tard dtruits. Trop de causes
graves ncessitent leur suppression, pour qu'ils puissent subsister
encore longtemps. Nous le rptons, nous ne voulons discuter ici aucune
des graves questions que soulve la rforme des prisons. Montrer
simplement et que sont les bagnes en 1844, faire connatre ou plutt
faire voir ces prisons fameuses, ici est notre seul but. Aussi nous
bornerons-nous  donner  nos lecteurs une courte explication sommaire
des curieux dessins qui accompagnent notre texte, et dans lesquels M.
Letuaire, artiste minent de Toulon, reprsente les scnes principales
de la vie d'un forat.

La cration des bagnes n'est pas nouvelle.

Les galres, qui remontent  une grande antiquit, furent supprimes
lorsque, par suite des changements notables introduits par le temps dans
les diverses institutions maritimes de l'Europe, l'on conut la pense
d'employer aux travaux des ports les criminels condamns aux fers.

Des lors il ne fut plus question pour ces hommes de ramer comme
autrefois, on les affecta aux armements et dsarmements, ainsi qu'aux
constructions neuves, aux travaux hydrauliques, aux excavations, au
creusement des bassins, aux fondations des quais et des cales, enfin 
tous les ouvrages de force,  toutes les manoeuvres et oprations des
ateliers, chantiers et magasins des ports.

Pour cela, il fallut ncessairement construire de grands tablissements
destins  recevoir, loger et garder ces condamns avec toutes les
prcautions convenables.

C'est ainsi qu'en excution d'une ordonnance de Louis XV, les bagnes
furent cres en 1748, il y a prs de cent ans.

[Illustration: Arrive des Forats au Bagne]

Aussitt les mesures les plus svres et les plus minutieuses furent
prises pour l'installation de ces prisons nouvelles et exceptionnelles;
et, depuis, les administrateurs distingus qui, sans interruption, se
sont succd  la tte de nos ports, ont constamment apport leur
sollicitude et leur attention  l'amlioration du bagne.

Aujourd'hui on compte quatre bagnes en France: trois civils, ceux de
Toulon, Brest et Rochefort, et un militaire, celui de Lorient. Les trois
bagnes civils contiennent environ sept  huit mille forats condamns
aux travaux forcs  temps ou  perptuit.

Sur ce nombre, Toulon et Brest en comptent chacun plus de trois mille.

Une administration fort peu nombreuse est charge du soin difficile,
mais important, de contenir les condamns, de les diriger et de les
garder, de pourvoir  leur nourriture,  leur habillement, et de rgler
les faibles salaires qui leur sont accords pour les travaux les plus
pnibles, de punir les fautes et de rcompenser la bonne conduite, de
recevoir leurs rclamations et d'y faire droit, de correspondre avec
leurs familles, de rendre les comptes d'un service aussi minutieux que
compliqu, d'entretenir sans cesse des relations avec toutes les
autorits maritimes, civiles, militaires et judiciaires du royaume;
enfin, des innombrables dtails que l'on peut imaginer, puisqu'il s'agit
de l'agglomration de trois  quatre mille condamns dans la mme maison
de force.

Cette administration est confie  un commissaire de la marine, qui
porte le titre de chef du service _des chiourmes._

Un commis principal, avec le titre d'agent comptable, est charg de
l'immense comptabilit de ce grand dtail, et n'a pour le seconder que
deux ou trois commis de marine.

[Illustration: Bain des Forats.]

Les auxiliaires de ces agents suprieurs sont nomms adjudants ou
sous-adjudants des chiourmes. Ils se divisent en trois classes; et,
malgr les difficults et les dangers de leurs fonctions, ils n'ont que
les faibles appointements de 1,500, 1,200 et l,000 fr. par an.

Enfin, chaque bagne a une garde militaire plus ou moins considrable,
compose de gardes chiourmes, divise en escouades, et commande par des
sergents-majors, des sergents et des caporaux.

Ces renseignements prliminaires termins, arrivons au bagne avec un
condamn.

[Illustration: Enregistrement des Forats.]

Jug par une cour d'assises loigne; le malheureux qui descend de la
voiture cellulaire est rest plusieurs jours et plusieurs nuits enferm
dans un troit espace o il ne pouvait faire aucun mouvement, o il
respirait  peine la quantit d'air ncessaire  sa poitrine. Ses yeux
se ferment malgr lui, blouis par la lumire du jour; ses pieds sont
enfls, et tous ses membres tellement endoloris, qu'il faut le porter ou
le soutenir jusqu' la chaloupe qui l'attend sur le port. Des forats
lui rendent ce service. Le chef des chiourmes assiste presque toujours
en personne  l'arrive de la voiture cellulaire et  la rception des
condamns.

Les places rserves aux nouveaux arrivs occupes, la chaloupe se
dirige vers le bagne. Ce sont des forats qui rament, mais le gouvernail
reste confi  un pilote libre. Des gardes chiourmes se tiennent debout
entre les condamns. La chaloupe court rapidement sur les vagues, et
bientt les condamns pntrent dans cette prison redoutable, dont la
plupart d'entre eux ne doivent plus jamais franchir les limites: Quel
moment terrible! frapps dans leur honneur, dans leur fortune, dans leur
libert, dans leur tat civil, ils disent un adieu ternel  cette vie
du monde maintenant finie pour eux... Est-ce un remords ou le dsespoir
qui leur cause cette motion que la plupart d'entre eux essaient
vainement de dissimuler?

A peine dbarqus au bagne, on les conduit tous dans le bureau de M. le
commissaire de la marine; on les fait asseoir sur un banc, et cet
employ suprieur, assist d'adjudants et de sous-adjudants, procde
immdiatement  la vrification de leurs papiers, s'assure de leur
identit, et les enregistre sur les livres du bagne. Dsormais ils
n'auront mme plus de nom; le numro de leur inscription servira seul 
constater leur individualit.

[Illustration: Coupe des Cheveux.]

Au sortir du bureau des commissaires, ils sont conduits  la salle de
bain. L, ou les lave dans une cuve en bois; des forats les frottent
avec une grosse ponge, tandis que d'autres vident et remplissent
incessamment la cuve d'eau de mer. Des adjudants et des gardes chiourmes
prsident toujours  cette opration, qui ne dure que quelques minutes.

A peine nettoy, chaque homme passe de la cuve dans une salle voisine,
o le mdecin attach spcialement au bagne,--un chirurgien de premire
classe de la marine,--l'examine avec soin de la tte aux pieds. A ct
du docteur, vous remarquez un forat debout; il tient d'une main une
planchette recouverte d'une feuille de papier, et de l'autre un crayon.
C'est le secrtaire du docteur, charg d'crire toutes ses observations.
Les malades sont immdiatement envoys  l'hpital pour y recevoir tous
les soins que rclame leur tat.

La visite du docteur termine, les forats reconnus valides et bien
portants reoivent leurs effets d'habillement, qui se composent des
objets suivants:

1 Une seule casaque, ou robe de moui rouge;

2 Un seul pantalon de moui jaune en hiver et de toile en t;

3 Deux chemises de grosse toile crue;

4 Une paire de gros souliers ferrs;

5 Un bonnet de laine rouge ou vert; vert pour les condamns  vie,
rouge pour les condamns  temps. Chaque bonnet porte une plaque sur
laquelle est grav le numro d'enregistrement de son possesseur.

[Illustration: Visite des Forats.]

Depuis quelques annes on leur donne, en cas de pluie, comme ils n'ont
pas de casaque de rechange, une espce de manteau en toile sur lequel le
mot _bagne_ est crit en grosses lettres rouges:

Ds qu'ils ont revtu ce costume, ils se rendent, toujours accompagns
d'adjudants et de gardes chiourmes, dans une des salles des condamns 
vie. L on leur coupe les cheveux presque ras, et le coiffeur a soin de
tracer sur leur tte un nombre considrable de raies, afin qu'ils soient
plus faciles  reconnatre, s'ils parvenaient  s'vader.

Les trois quarts de la vie des forats se passent dans une salle
semblable  celle o se fait cette opration, et que reprsente notre
dessin. Pendant une partie de la journe, ils travaillent au grand jour,
en plein air, avec des hommes libres. Si pnible qu'elle soit, cette
fatigue leur est salutaire; mais, le soir, on les renferme dans ces
tristes salles. La nuit venue, ils y sont enchanas sur un lit de bois,
les uns contre les autres, par une tringle de fer, sans pouvoir faire un
seul mouvement...

[Illustration: Ferrement des Forats.]

Mais il reste une dernire prcaution  prendre pour rendre les vasions
plus difficiles: les forats ont tous des fers aux pieds, et ils sont
accoupls deux  deux par une chane d'un mtre environ de longueur.
Notre dessin reprsentant la ferrure ne ncessite aucune explication. Ce
sont des forats qui remplissent les fonctions de ferreur.

Le jour de leur arrive, les forats ne sont pas encore accoupls. On se
contente de leur river un anneau  un pied, et on les conduit dans la
salle qu'ils doivent dsormais habiter jusqu' l'expiration de leur
peine. Ils y restent en gnral trois jours. Non-seulement ils ne
travaillent pas, mais on leur donne une nourriture plus abondante et
plus succulente. Ce n'est que lorsqu'on les suppose remis des fatigues
du voyage qu'on les accouple et qu'on les contraint  travailler.

[Illustration: Les nouveaux arrivs au repos.]

Comme cet anneau auquel ils ne sont pas habitus les blesse, ils tchent
de se procurer un morceau de toile et de drap pour le garnir et garantir
ainsi leurs jambes d'un frottement douloureux.

Parmi les trois mille forats du bagne de Brest ou de Toulon, toutes les
classes de la socit ont leurs reprsentants.

On y trouve des propritaires, des ngociants, des mdecins, des
notaires, des avocats, des fabricants, des artisans, des paysans, des
militaires, etc. Tous ces condamns sont confondus et accoupls dans les
mmes salles, soumis au mme rgime, aux mmes rglements, aux mmes
rcompenses, aux mmes travaux,  la mme surveillance; tous, ils sont
condamns aux travaux forcs. L'galit la plus inflexible rgne au
bagne.

Quels que soient leur ancienne position sociale, leurs habitudes, leur
fortune, leur famille, leurs talents, leur constitution physique, tant
qu'ils sont bien portants, ils vont, sans distinction, travailler dans
les ateliers, dans les magasins et sur les chantiers de l'arsenal, ou
aux excavations ou  bord des btiments en armement ou en dsarmement;
ils y sont occups selon leur aptitude et leurs forces.

Dans l'hiver, les travaux finissent  quatre heures et demie. Au coup de
canon, tous les forats sont ramens au bagne, et ils ne sortent plus de
leurs salles respectives jusqu'au lendemain matin.

La ncessit de maintenir l'ordre le plus parfait, l'avantage de
dtourner les condamns des mauvaises penses ou des projets funestes
qu'ils pourraient former pendant les heures d'inaction qui prcdent
celle du silence et du repos; ces motifs et d'autres encore, qu'il
serait inutile d'numrer ici, ont, de tout temps, fait accorder aux
forats la facult de se livrer  de petits travaux d'industrie, qu'ils
font dans leurs soires.

Ds leur rentre en salle, et aussitt qu'ils se sont replacs sur leurs
bancs, ils se mettent  l'ouvrage; les uns gravent des cocos et des
tabatires; d'autres tournent, lisent, crivent, copient de la musique;
d'autres rdigent des lettres ou des mmoires pour leurs camarades
illettrs ou pour eux-mmes, et ces occupations nombreuses et varies
produisent les rsultats les plus heureux, dit M. Venuste-Gleizes,
directeur du bagne de Brest, dans son intressant mmoire sur l'tat
actuel des bagnes en France. D'abord les condamns y trouvent le moyen
de se procurer de petits profits qui amliorent leur triste position;
ensuite (et ceci est d'une extrme importance) le bagne est tranquille.
Les forats travailleurs sont infiniment soumis parce qu'ils savent bien
que la privation de cette permission serait la peine de la plus lgre
dsobissance, de la simple contravention  l'ordre et  la police qui
doivent rgner dans les salles.

[Illustration: Travaux des Forats.]

Au coup de sifflet, tous les forats d'une salle cessent leurs travaux,
puis on dit la prire du soir et ils s'tendent sur l'troite portion de
planche qui leur sert de lit. Pour se garantir du froid ils n'ont qu'une
couverture. Quand ils se sont allongs  leurs places respectives, on
les enchane tous ensemble par une tringle de fer passe dans les
anneaux de leurs fers; pendant la nuit des gardes chiourmes se promnent
dans le couloir pour contraindre ceux qui ne dorment pas  rester
parfaitement immobiles et silencieux, et pour rprimer  l'instant mme
toute tentative de dsordre.

Le matin, au coup de canon, les bagnes s'ouvrent, les gardes enlvent
les tringles de fer, et les forats, se levant, roulent leur couverture
jusqu'au haut de leur lit, puis ils vont travailler. Toutes tes fois
qu'ils sortent de leur salle, un garde chiourme procde  la visite des
fers, en prsence d'un adjudant, pour s'assurer qu'ils n'ont pas t
lims. A cet effet, chaque forat dboutonne le bas de son pantalon,
tend sa jambe sur un petit banc, et le garde chiourme frappe les fers
avec un marteau. La planche que l'on aperoit contre le mur s'appelle
planche de sret; tous les noms des forats enferms dans la salle y
sont inscrits, et  mesure qu'ils sortent, un garde place une cheville
de bois  ct de leur nom. On s'assure ainsi par un coup d'oeil qu'ils
ont tous pass  la visite et qu'il n'en manque aucun.

[Illustration: Visite des fers.]

Les forats sortis, d'autres forats, qui ne sont plus accoupls, lavent
et balaient la salle, vident les baquets, etc. En rcompense de ces
services pnibles, on accorde  ces derniers un petit matelas pour la
nuit...

Le dernier dessin que nous publions aujourd'hui reprsente les forats
employs dans le bagne aux travaux les plus rudes,  retourner des
pices de bois,  les transporter,  les hisser sur les chantiers, etc.
Leur zle a souvent besoin d'tre stimul par des avertissements,
quelquefois mme par des coups de canne. Leurs travaux sont presque
toujours forcs. Aux heures de repas, et quand l'ouvrage manque, les uns
s'tendent et dorment  terre, les autres confectionnent ces divers
petits ouvrages qu'ils vendent aux visiteurs des bagnes.

(_La suite  un prochain numro._)



Bulletin bibliographique.

_Cours de littrature_, par Amde Duquesnel: _Histoire des Lettres au
moyen ge_, t. IV; _Histoire des lettres aux seizime, dix-septime et
dix-huitime sicles_; t. V et VI. In-8. _W. Coquebert_, diteur.


M. Duquesnel, qui avait dbut par rsumer l'histoire des lettres chez
les anciens, a entrepris l'histoire de la littrature en Europe depuis
l're chrtienne jusqu' nos jours. Son travail, fort avanc, entame
dj le dix-huitime sicle. Ce jeune et laborieux crivain a mme saisi
par anticipation l'poque contemporaine dans un livre en deux volumes
qui a pour titre: _Du travail intellectuel en France, rsum de la
littrature franaise de 1815  1837_; il ne reste donc plus qu'une
lacune de cent et quelques annes. Lorsqu'elle sera remplie, nous
pourrons suivre, grce  l'auteur, dans un tableau continu, le
dveloppement des lettres pendant plus de trois mille ans. Nous n'avons
pas  nous occuper des trois premiers volumes, qui exposent, outre
l'antiquit, les origines des littratures modernes. Ceux que nous avons
sous les yeux embrassent le moyen ge  dater du sixime sicle et les
temps modernes depuis la renaissance jusqu'au dix-huitime sicle. Ce
serait encore une tche considrable si nous voulions contrler sur tous
les points cette partie de l'ouvrage de M. Duquesnel. Nous nous
bornerons donc  juger l'ensemble et quelques dtails. Aussi bien ne
crois-je pas que sur une masse aussi imposante de faits et de jugements,
personne au monde puisse avoir une comptence universelle.

Il est vident qu'un travail de ce genre doit tre, avant tout, un
rsum des histoires antrieures; car aucun crivain, si rudit et si
laborieux qu'on le suppose, ne peut avoir dvor moins encore digr les
oeuvres de tant de sicles et de tant de peuples. L'Allemagne, l'Italie,
l'Angleterre, la France, ont produit en oeuvres littraires dignes
d'attention, assez de livres pour que la vie d'un homme ne suffise pas 
les feuilleter. Donc, par force majeure, l'auteur parlera souvent sur la
foi d'autrui, et lorsqu'il ne transcrira pas ses devanciers, il les
abrgera, heureux si sur quelques points il apporte des tudes et des
sentiments personnels! Qui veut la fin veut les moyens; Or, les moyens
de l'entreprise de M. Duquesnel sont la connaissance et l'exploitation
des historiens littraires,  dfaut des oeuvres originales. Qu'on ne
croie pas que cette tche secondaire puisse tre remplie avec succs par
un esprit vulgaire; il faut beaucoup de discernement pour choisir les
traits caractristiques dans le tableau d'une poque, pour classer les
faits avec mthode, pour concilier des jugements contradictoires, pour
viter la scheresse et l'obscurit, enfin pour arriver  la proportion
des parties et  l'intrt de l'ensemble. Celui qui rsume doit apporter
de son fonds des ides gnrales d'histoire et de critique et un langage
qui mette en relief tout ce qu'il exprime.

Nous sommes loin d'affirmer que M. Duquesnel runisse sans exception
toutes les qualits ncessaires pour atteindre  la perfection dans un
rsum, mais nous pouvons le louer hautement d'une vertu fort rare chez
les crivains qui tirent d'autrui la substance de leurs oeuvres, je veux
dire la probit. M. Duquesnel ne donne sous son nom et sous sa garantie
que ce qui lui appartient rellement, et il avoue hautement ses
emprunts. J'en sais d'autres qui sont moins scrupuleux et qu'on mettrait
 nu si on les dpouillait de leurs larcins anonymes. Notre jeune auteur
a respect les principes du droit des gens en matire littraire; nous
le croyons irrprochable sur ce point. Nous nous plaindrons seulement
qu'il ait nglig plusieurs des sources o il pouvait puiser. Ainsi, par
exemple, pour la littrature italienne, il nous semble qu'il aurait pu,
sans ddaigner M. de Sismondi, consulter plus souvent Ginguen. Je le
louerai sans doute d'avoir suivi pour le tableau du moyen ge les lignes
traces par M. Villemain, et d'avoir par son livre de quelques
fragments tirs de notre illustre historien littraire; mais je lui
reprocherai de n'avoir tir aucun parti de travaux plus rcents qui ont
pour objet spcial les essais de posie hroque et dramatique pendant
la mme priode. Il serait facile de multiplier les reproches de ce
genre.

M. Duquesnel mle dans sa composition l'histoire, la biographie et la
critique. Il ne nous parat pas qu'il ait toujours employ ces trois
lments dans une proportion convenable, ni surtout qu'il les ait fondus
de manire  les clairer mutuellement. Les dtails biographiques dans
une histoire gnrale ne doivent venir que s'ils jettent quelque lumire
sur le gnie de l'crivain. Or, il est rare que M. Duquesnel fasse ce
rapprochement: il raconte et il juge successivement sans chercher le
lien des faits et des oeuvres. Mme ces esquisses biographiques ne sont
pas toujours d'une parfaite exactitude. Voici comme chantillon les
traits par lesquels l'auteur pense faire connatre Paul de Gondi: Il
eut pour prcepteur l'illustre Vincent de Paul, et se fit remarquer dans
ses tudes. En 1643, il prit le bonnet de docteur en Sorbonne et fut
nomm la mme anne coadjuteur de l'archevque de Paris; mais ces
honneurs furent vains. L'abb de Gondi, entran par son humeur ardente,
s'loignait de plus en plus de l'esprit de son tat: il sollicitait les
plus hautes dignits de l'glise, et se battait en duel comme un
mousquetaire. Abandonn  sa passion pour les femmes, dvor du besoin
de l'intrigue et d'une ambition trs inquite, on le vit prparer la
guerre civile ds que Mazarin eut t mis  la tte du gouvernement,
lever  ses frais un rgiment que l'on nomma le rgiment de Corinthe,
prendre sance au Parlement en laissant sortir de sa poche la poigne de
son poignard, etc. Tout ce morceau, qui veut tre mchant, n'est ni
exact ni piquant. L'abb de Gondi prit longtemps avant 1643, en
Sorbonne, ses degrs, qui ne l'levrent pas jusqu'au doctorat: je ne
crois pas que les mousquetaires fussent plus ferrailleurs que les autres
porteurs d'pe, et de plus il y a un trange anachronisme  faire du
coadjuteur un duelliste, car c'est dans son extrme jeunesse que Paul de
Gondi fit bruit de ses duels et de ses galanteries pour viter de
prendre les ordres et rejeter la soutane dont on avait charg ses
paules d'adolescent. Peut-on dire que le coadjuteur ait prpar la
guerre civile, qu'il ait lev un rgiment ds que Mazarin fut premier
ministre, puisque la Fronde ne se forma que cinq ans aprs, que Retz n'y
fut prcipit que par les ddains de la cour, et qu'il n'organisa son
clbre rgiment que pendant le blocus de Paris? Ne semble-t-il pas
aussi que le poignard inoffensif dont le coadjuteur arma sa poche une
seule fois pendant la seconde Fronde fit partie intgrante de ses
insignes archipiscopaux? Ceci ne nous apprend pertinemment qu'une seule
chose, c'est que si M. Duquesnel a lu les mmoires du cardinal de Retz,
il n'en a gard qu'un souvenir bien confus.--Puisque j'en suis aux
chicanes biographiques, je demanderai  M. Duquesnel o il a vu que
madame de Lafayette, ne en 1632 et morte en 1693, n'ait vcu que
trente-huit ans.

Malgr beaucoup d'imperfections qu'il nous serait facile de signaler, M.
Duquesnel a fait un ouvrage qui ne manque ni d'utilit ni d'intrt.
Nous souhaitons d'autant plus vivement qu'il russisse, qu'une
rimpression lui permettrait de remplir bien des lacunes, de rparer
bien des erreurs et de mettre  profit des ouvrages rcents ou anciens
qu'il n'a pas consults et qui valent mieux que ceux dont il s'est aid.
Nous pensons qu'il pouvait se dispenser d'invoquer l'autorit littraire
de M. Mly-Janin, dont il cite une page, et n'emprunter des ides
littraires  une histoire qui n'est pas toujours judicieuse. Prions le,
crainte d'oubli, de rectifier dans l'occasion une fausse leon de
quelques vers de Charles d'Orlans. On lit dans l'dition de Chalvet
(Grenoble, 1803):

        En regardant vers le pays de France,
        Un jour m'advint _adoure_ sur la mer;
        Qu'il me souvint de la doulce plaisance
        Que je soulois audit pays trouver.

Ces vers harmonieux sans doute, gracieux par l'image qu'on entrevoit,
touchants par le sentiment qu'on devine, ont l'inconvnient d'tre
inintelligibles. Tels qu'ils sont, M. Duquesnel les gote fort. Eh bien!
qu'il consulte l'dition donne par M. Guichard, et il verra qu'il
fallait dire _ Dovre_ (Douvre) _sur la mer_, et ne mettre qu'une
virgule  la fin du vers, ce qui rend l'admiration plus lgitime, parce
qu'alors on comprend.

Nous ne pousserons pas plus loin les remarques de ce genre; mais nous
voulons attirer l'attention de M. Duquesnel sur la langue qu'il parle.
Nous ne croyons pas que pour bien crire, il suffise de vivre en paix
avec la syntaxe. On renonce au titre d'crivain, si on se contente
d'expressions vagues, si on adopte toutes celles que l'improvisation
introduit  la tribune et dans les journaux, et qui n'en seront pas
moins longtemps encore des barbarismes pour les gens de got; si enfin
on accepte ces phrases toutes faites qui cessent si vite d'avoir un
sens, ou du moins de l'exprimer, si elles le conservent. M. Duquesnel
croit-il avoir dit quelque chose lorsqu'il crit que _les Provinciales_
excitrent un enthousiasme _impossible  dcrire?_ pense-t-il parler
lgamment et mme purement, lorsqu'il dit que l'act _progresse_, que
des principes sont _bass_ sur, etc., qu'un livre n'est pas
_analysable_, et qu'il dclare ne pas savoir par quelle _ramification_
Boursault fut _attir_  la cour? Au risque de passer pour pdant,
continuons cette leon, et ouvrons au hasard un des volumes de M.
Duquesnel.

Je tombe sur la page 230, vol. VI. J'y lis un morceau sur _Rgnard
(sic)_. Lisons d'abord Regnard et prononons Renard. Continuons et Une
intrigue d'amour _le fit s'embarquer_.... Voil du patois si je ne me
trompe. Deux lignes plus loin, je vois:

Regnard, gourmand et _cuisinier_, art qu'il avait appris... J'apprends
ici pour la premire fois que cuisinier est un art: possible, dans le
franais de cuisine, non dans celui des matres. Que dire de la phrase
suivante: On dit qu'aprs avoir vcu au milieu _d'une voluptueuse
gaiet_, il mourut du _spleen_ en 1709. A cette poque, le spleen
n'avait pas encore t import d'Angleterre en France; c'est au moins un
anachronisme de langage; de plus, c'est une erreur, car la tradition
fait mourir Regnard d'une mdecine de cheval qu'il s'administra de sa
propre autorit, avec la complicit d'un vtrinaire. Et ceci: Ses
ptres et ses autres posies n'ont gure de caractre et _manquent
souvent de conviction._ Ainsi les ptres de Regnard ne sont pas
toujours convaincues. Nous voil bien instruits! Le _Bat_ et la
_Srnade_ sont des bauches sans valeur par lesquelles le pote
_prludait  sa carrire_. Prluder  une carrire! qu'en pensez-vous?
Regnard ne peut tre class qu' une distance _incommensurable_ de
Molire. Faut-il apprendre  M. Duquesnel qu'incommensurable se dit de
deux tendues qui n'ont point de mesure commune, et que par consquent
une distance, considre absolument, n'est jamais incommensurable?
Encore une petite citation prise dans le voisinage et  distance
trs-mesurable: c'est trois lignes plus bas: On n'y trouve presque
jamais ces vues morales si leves que Molire jette  pleines mains
dans son oeuvre immortelle. Pour jeter des vues  pleines mains, il
faudrait avoir des vues dans les mains; or, est-ce l leur place? et
pourquoi M. Duquesnel met-il de si tranges figures dans sa prose?

Nous faisons ces remarques, parce que M. Duquesnel ne passe pas pour
crire plus ngligemment qu'un autre, et qu'effectivement il y a bon
nombre de nos auteurs, parmi ceux dont on loue le style, qui ne
supporteraient pas mieux les regards de la critique... si on critiquait
encore.

Z.


_Le Droit commercial dans ses rapports avec le Droit des gens et le
Droit civil_; par M. G. Mass, avocat  la cour royale de Paris, 2 vol.
in-8. 15 fr.--Paris, 1844. _Guillaumin._

Depuis le rtablissement de la paix, l'industrie et le commerce ont pris
des dveloppements inattendus. L'esprit militaire, si puissant
autrefois, est en pleine dcadence. La pense de l'abb de Saint-Pierre,
trop longtemps regarde comme un rve d'honnte homme, marche  grands
pas vers sa ralisation. S'il est un fait vident, dit le capitaine
Ferdinand Durand, dans la prface de son livre sur les tendances
pacifiques de la socit europenne, c'est que de toutes les thories
sociales ravives par la rvolution de 1830, celle qui tend  prendre la
premire place dans les coeurs gnreux, celle qui remue le plus les
intelligences larges et nobles, c'est la thorie du progrs pacifique.
Ne devons-nous pas nous en fliciter tous? Est-il une pense plus
consolante pour l'homme que celle qui lui montre la vie terrestre comme
une marche incessante vers un tat meilleur, vers un tat de paix et
d'association?

Que l'on partage ou non l'opinion de M. F. Durand, on ne peut nier
l'existence de la paix et les progrs toujours croissants de l'industrie
et du commerce. Or, ces relations nouvelles toutes pacifiques et
commerciales qui se forment et se consolident chaque jour entre des
nations trangres ou entre les diverses populations d'un mme peuple,
ont naturellement tabli des rapports, impos des devoirs, fait natre
des intrts, en un mot, cr des droits nouveaux. De l, l'utilit, la
ncessit mme d'tudier le Droit commercial dans ses rapports actuels
ou futurs avec le Droit des gens et le Droit civil.

Cette tude est d'autant plus utile et ncessaire en ce qui touche le
Droit des gens, que les grands travaux des matres de la science
remontent  une poque o l'Europe tait encore domine par les systmes
politiques ou religieux qui, depuis la chute de l'empire romain, avaient
produit une succession non interrompue de guerres et de dsastres
publics; et que, si d'heureuses modifications dans la conduite des
peuples les uns envers les autres se sont manifestes plus tard, les
vingt-cinq ans de guerre qui ont marqu la fin du dix-huitime sicle et
le commencement du dix-neuvime, ont fait perdre en peu d'annes, 
certains principes, tout le terrain qu'ils avaient mis des sicles 
conqurir. Ce terrain est regagn aujourd'hui, dit M. Mass; mais, pour
n'tre plus exposs  le perdre encore, il faut constater les conqutes
que nous avons faites et en tenter de nouvelles, dterminer les droits,
trop longtemps incertains, que la paix donne aux nations; montrer
comment le commerce et la paix s'entretiennent l'un par l'autre, parce
que le commerce a besoin de paix, de mme que la paix a besoin de
commerce; rechercher comment la guerre ne doit tre faite qu'en vue de
la paix; expliquer les droits respectifs des belligrants; indiquer la
limite de ces droits, quand ils se trouvent en contact avec ceux des
neutres; enfin, tablir l'difice social sur l'intrt de tous, qui
n'est autre chose que l'observation rciproque des droits et des
devoirs, galement rpartis entre tous les hommes. Il y a une relation
ncessaire entre le mouvement des affaires internationales et celui des
affaires intrieures. Le commerce intrieur et le commerce extrieur se
prtent un mutuel appui. Les principes de droit qui rgissent l'un sont
donc le complment ncessaire de ceux qui rgissent l'autre. Le Droit
priv se prsente  la suite du Droit des gens, comme les transactions
prives reoivent leur impulsion des transactions publiques.

Le Droit priv, lorsqu'il a pour objet les transactions commerciales,
devient le Droit commercial, et se distingue alors du Droit civil
proprement dit. Mais les diffrences qui existent entre l'un et l'autre
droit, profondment marques lorsque le commerce n'avait pas pris tous
les dveloppements auxquels il est parvenu de nos jours, s'effacent peu
 peu, depuis que la plupart des transactions prives tendent  revtir
une forme commerciale et industrielle. Le droit commercial a fait et
fait encore d'importantes conqutes sur le Droit civil. Dans l'opinion
de M. Masse, l'avenir de la jurisprudence lui appartient. Montrer les
rapports du Droit civil et du Droit commercial, expliquer et complter
ces deux droits l'un par l'autre, telle est donc la tche que M. Mass
s'est impose, avec la conviction que cet ensemble de recherches qui
rsumera les conqutes du Droit commercial sur le Droit des gens et sur
le Droit civil, intressera galement le jurisconsulte, l'homme d'tat,
l'conomiste et le philosophe. C'est parce que nous partagions cette
conviction, c'est parce que nous avons reconnu combien elle tait
lgitime et fonde, que nous annonons aujourd'hui dans notre bulletin
le consciencieux et intressant travail de M. Mass. Quand il sera
termin, nous essaierons de l'apprcier.

_Le Droit commercial dans ses rapports avec le Droit des gens et le
Droit civil_, formera six forts volumes in-8, qui paratront en trois
livraisons de chacune deux volumes.

La premire livraison est en vente. Elle renferme l'exposition des
caractres du Droit civil proprement dit, et du Droit commercial, et le
Droit des gens public et priv dans ses rapports avec le commerce.

La deuxime livraison est sous presse et paratra en septembre 1844.
Elle sera consacre  l'examen des rgles du Droit civil sur l'tat des
personnes et leur capacit, au point de vue commercial; sur les biens
considrs comme objet de commerce; aux contrats et obligations en
gnral; aux contrats de socit, et  la vente.

La troisime livraison paratra en dcembre 1844. Elle contiendra le
contrat de change, le prt, le dpt, le mandat et la commission, le
louage des choses, d'ouvrage et d'industrie, ainsi que le louage
maritime; les contrats alatoires, les assurances maritimes et
terrestres; enfin, le cautionnement, le gage, les privilges et
hypothques, la contrainte par corps, et les rgles particulires aux
faillites.

_L'Univers pittoresque, histoire et description de tous les peuples, de
leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc.,--Europe_, t. XXIX,
_Belgique et Hollande_, par M. Van Hasselt, membre de l'Acadmie royale
de Bruxelles. 1 vol. in-8. 6 fr.--Paris, 1844, _Firmin Didot._

Cette grande collection, entreprise il y a plusieurs annes par MM.
Didot, touche  sa fin. Le volume que nous annonons aujourd'hui est le
tome vingt neuvime de l'_Europe_. Il comprend la Belgique et la
Hollande. L'auteur, M. Van Hasselt, a su profiter de toutes les
recherches historiques qui, depuis quelques annes, ont t poursuivies
avec tant d'ardeur et de succs, en Belgique et en Hollande, par MM.
Raepsaet, Dewes, Ernst, Nothomb, les barons de Gerlache, de Reiffenberg
et de Saint-Genois, les chanoines de Smet et de Ram, Willems, Gachard,
Moke, Marchal, Piolain, Schayes, Borguet, etc. En parcourant son livre,
on s'aperoit qu'il leur a fait de nombreux emprunts. Malheureusement
pour ses lecteurs, M. Van Hasselt s'est trop occup des faits proprement
dits. Sur les 532 pages dont se compose ce volume, l'histoire des
rvolutions politiques, des batailles, traits de paix, rvoltes, etc.,
en remplit 506; 32 pages seulement sont consacres aux beaux-arts, aux
lettres, au commerce et  l'industrie de ces deux contres, o les
beaux-arts ont brill d'un si vif clat, et o le commerce et
l'industrie ont,  diverses poques, atteint  un tel degr de
prosprit. Bien qu'il ait avou sa faute et qu'il s'en montre
repentant, M. Van Hasselt n'en mrite pas moins nos reproches pour
s'tre ainsi laiss entraner dans sa premire partie au del des
limites que lui imposaient le titre et l'ide mre de l'utile collection
qui s'honorait de le compter parmi ses collaborateurs.


_OEuvres morales de Plutarque_, traduits par Ricard, 5 vol.
in-18.--Paris, 1844. _Didier_. 3 fr. 50 c. le volume.

J'avoue mon got pour les anciens, crivait Montesquieu dans ses
_Penses diverses_; cette antiquit m'enchante, et je suis toujours prt
 dire avec plaisir: C'est  Athnes que vous allez, respectez les
dieux.

J'ai eu toute ma vie un got dcid pour les ouvrages des anciens, j'ai
admir plusieurs critiques faites contre eux, mais j'ai toujours admir
les anciens. J'ai tudi mon got, et j'ai examin; ce n'tait point un
de ces gots malades sur lesquels on ne doit faire aucun fond; mais,
plus j'ai examin, plus j'ai senti que j'avais raison d'avoir senti
comme j'ai senti.

Les livres anciens sont pour les auteurs, les nouveaux pour les
lecteurs.

Qui ne partagerait cette opinion, ces sentiments de l'auteur de
l'_Esprit des Lois?_ Protestons seulement contre ce dernier jugement,
surtout lorsqu'il s'agit de Plutarque; et remercions M. Didier d'avoir
rimprim en cinq volumes d'un format commode et d'un prix accessible 
toutes les bourses, les oeuvres morales de l'immortel biographe des
grands hommes de l'antiquit grecque et romaine. C'est un vritable
service qu'il a rendu aux lecteurs comme aux auteurs. La plupart des
traits compris dans cette collection sont des modles de bon sens et de
got, dont l'tude est aussi profitable qu'intressante. Quelques-uns
ont un peu vieilli, il est vrai, mais d'autres semblent avoir t crits
hier pour l'instruction et la moralisation des hommes d'aujourd'hui.
Lisez-les donc si vous avez le malheur de ne pas les connatre;
relisez-les si vous tes assez heureux pour les avoir dj mdits.



[Illustration: Allgorie du mois de Juillet.--Le Lion.]



[Illustration: Sophocle venant rclamer ses droits d'auteur 
l'Odon.--Caricature par Cham.]



Amusements des Sciences.


SOLUTION DES QUESTIONS PROPOSES DANS LE SOIXANTE-SIXIME NUMRO.

I. Toutes nos monnaies, ainsi que nous avons dj eu occasion de le
dire, ont des poids qui peuvent s'exprimer en multiples ou
sous-multiples exacts du gramme. La pice de 5 francs, entre autres,
pse 25 grammes (cinq fois le poids de la pice de 1 franc); de sorte
que 20 pices de 5 francs, ou 100 francs, psent 500 grammes.

Le moyen le plus simple pour compter une grande somme d'argent en pices
de 5 francs consistera donc  la peser par parties.

Ainsi, supposons que les peses se fassent par tas de 560 kilog; chaque
tas vaudra 100,000 francs. Un million de francs exigera dix peses de ce
genre, c'est--dire au moins une heure,  six minutes pour chaque tas.

S'il s'agissait, non plus d'un million, mais d'un milliard, somme que
notre budget dpasse actuellement de beaucoup, il faudrait mille heures
pour le compter, d'aprs cette base. Or mille heures,  douze heures de
travail par jour, c'est quatre-vingt-trois jours quatre heures.

M. Souquet, auteur d'une excellente Mtrologie franaise,  laquelle
nous empruntons ces dtails, fait observer que le mode ordinaire de
comptage  la main par piles de 100 francs exigerait un temps beaucoup
plus long. Ainsi,  240,100 francs par jour de douze heures, il faudrait
quatre mille cent soixante-six jours, ou onze ans et cinq mois.

--Le poids d'un milliard en argent tant de 5,000,000 de kilog.,
exigerait, pour tre transport sur mer, dix navires de 500 tonneaux
chacun. (Le tonneau est de 1,000 kilog.)

Pour dplacer ce poids sur une route ordinaire, en supposant que chaque
cheval pt traner 1,500 kilog., dont un tiers seulement appartenant au
vhicule, il faudrait cinq mille chevaux.

Le volume occup par cette masse d'argent fondue serait de 475 mtres
cubes; le rayon de la sphre qu'occuperait ce volume serait de 4 m. 85
environ.

Les deux cents millions de pices de 5 francs, qui font un milliard,
tant mises bout  bout,  raison de vingt-sept par mtre, occuperaient
une longueur de 7,407 kilomtres,  peu prs la sixime partie de la
circonfrence de la terre.


II. Tout mouvement sur une ligne courbe donne lieu  un dveloppement de
la force que l'on appelle centrifuge; force dont on a l'ide en faisant
mouvoir circulairement avec une grande vitesse un morceau de plomb
attach  un fil dont on tient l'autre extrmit  la main. La tension
du fil augmente ou diminue avec la vitesse de rotation. Mais dans le cas
particulier o un corps tourne sur lui mme autour d'un arc par rapport
auquel la figure de ce corps est symtriquement dispose, la pression
exerce par la force centrifuge sur l'axe devient nulle, et la proprit
caractristique d'un axe de ce genre, c'est que le mouvement
continuerait indfiniment  s'y oprer, sans la rsistance des
frottements.

Or une toupie, un toton ont une figure symtrique autour de leur axe. Si
donc on a plac cet axe verticalement, et qu'on leur ait ensuite imprim
un mouvement de rotation rapide, l'axe restera dans la position, sans
que le joujou tombe, tant que le frottement de la pointe et la
rsistance de l'air n'auront pas ananti l'impulsion primitive.

Si l'axe n'a pas t plac verticalement  l'origine du mouvement, mais
que le centre de gravit soit plac suffisamment bas, l'axe oscillera en
tournoyant lui-mme autour de la verticale, et y arrivera bientt.


III. La tendance d'un corps  s'loigner de la verticale est d'autant
plus prononce, que le centre de gravit de ce corps s'en loigne
lui-mme d'une quantit angulaire plus considrable. Or, supposons deux
btons d'un mtre, ayant leur centre de gravit, l'un  dix centimtres
de l'extrmit infrieure, l'autre  la mme distance de l'extrmit
suprieure.--Il est clair que pour une dviation d'un centimtre de la
verticale, le premier point aura dcrit un angle beaucoup plus grand que
le second, aura tourn d'une quantit angulaire plus considrable autour
de l'extrmit infrieure prise pour point d'appui.--Telle est la raison
du fait signal.


NOUVELLES QUESTIONS A RSOUDRE.

I. Imaginer une voiture qui transporte les fardeaux avec une seule roue,
sans chssis de support, ni ressorts, ni trains spars.

II. Pourquoi la lune et le soleil,  l'horizon, nous paraissent-ils plus
grands qu'au point le plus lev de leur cours?



Correspondance.

_A M. A.,  Paris._--Puisque vous dites vous-mme que le dbut de votre
lettre est impertinent, nous n'y changerons rien. Va pour impertinent.
Nous ajouterons seulement qu'il ne suffit pas d'tre un homme sensible;
un peu d'orthographe ne gte rien. On crit: _assez_ et non _asss_;
vous _avez_ et non vous _avs._

_A M. C.,  Turin._--Nous avons reu votre rcit et le dessin de la
salle du concert. Le dessin est  la gravure. Continuez  nous tenir
informs de tout ce qui arrive d'intressant dans votre pays; nous
profiterons de vos communications, et vous contribuerez  justifier
notre titre de _Journal universel._

_A M. P.,  Venise._--Nous donnerons la place Saint-Marc, avec la scne
de la grande tombola par laquelle on a inaugur l'clairage au gaz de
cette place. Mille remerciements.

_A M...,  Saint-Ptersbourg._--Nous faisons graver la statue et
imprimer votre lettre.

_A M. A. B.,  Paris._--Nous recueillons des renseignements sur le
Maroc; vous serez satisfait.

_A M. F. G.,  Lausanne._--Nous venons de recevoir d'un de vos
compatriotes une belle suite de dessins sur le tir fdral. Nous ne
ngligeons pas la Suisse, comme vous semblez nous le reprocher. Vous le
verrez encore bientt  un autre signe: nous faisons graver avec soin
les plus beaux paysages de l'cole de Genve.



Rbus.

EXPLICATION DU DERNIER RBUS.

Le gendarme emprisonnera maintenant le chasseur chassant ses livres en
temps prohib.


[Illustration.]










End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 0071, 4 Juillet
1844, by Various

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
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LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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